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Un texto bref et explicite, des meurtres sanglants, un commissaire séduisant…
2vin ki G tué. Un terrifiant message, en langage SMS. En pièce jointe, la photo d’un corps mutilé. La cible de ce harcèlement téléphonique, c’est Camille, une jeune femme déjà fragilisée par un terrible drame familial. L’auteur de ces SMS morbides prend visiblement un grand plaisir à reproduire le traumatisme qu’elle a subi et l’informe de chacun de ses meurtres, comme s’ils lui étaient personnellement dédiés… Camille sera-t-elle sa prochaine victime ? Ou la déchéance psychologique de la jeune femme est-elle le véritable enjeu ?
Quand les événements du présent se tissent dans la trame du passé et que le tout s’entremêle de stupéfiants coups de théâtre, le résultat promet d’être terrifiant… Le séduisant commissaire Perrotti saura-t-il se montrer à la hauteur ?
Rangez vos portables, et laissez-vous entraîner sous le soleil de Marseille, dans une intrigue aussi inextricable que l’antique cité phocéenne…
EXTRAIT
Restée seule, Camille s’adossa à nouveau à son fauteuil. Le faible sourire esquissé en présence de Juliette disparut de ses lèvres, et à nouveau ses yeux se remplirent de larmes. Même si elle faisait appel à tout son courage, jamais, non jamais elle ne pourrait oublier cette terrible journée. C’était comme si une partie d’elle-même était morte ce soir-là, en même temps que sa sœur. Sur son ordinateur, l’icône de la messagerie instantanée se mit à clignoter.
« a kel heure tu ve demaré la reunion ? »
Le message venait de l’un de ses commerciaux. La nouvelle génération et son fichu langage abrégé ! Elle se redressa et tapa sur son clavier avec brusquerie :
« pas aujourd’hui ! »
Elle se leva et s’approcha à nouveau de la fenêtre. Au-delà de l’étendue grisâtre des immeubles, des toits et des rues, elle aperçut la mer. Même houleuse sous un ciel pluvieux, elle la trouva belle. Elle fut soudain prise du violent désir de se retrouver sur la plage, face aux vagues violentes qui s’écrasent sur le rivage lorsque le vent souffle.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Christelle Goffinet-Maurin est originaire de Marseille et maman de deux jeunes enfants. Depuis son plus jeune âge, elle est une incontestable littéraire. Elle a toujours aimé écrire, que ce soit des nouvelles, des poèmes, des chansons ou des romans. Ayant hérité de son grand-père ce goût de la plume, l’écriture est plus tard devenue un exutoire précieux, une source d’émotions sans cesse renouvelées et l’occasion de recherches approfondies. L’objectif de Christelle Maurin est de prendre ses lecteurs « aux tripes » et de leur donner un plaisir identique à celui qu’elle a éprouvé en écrivant…
Son premier roman,
l’Ombre du soleil, a reçu le prix du Quai des Orfèvres 2006.
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Seitenzahl: 251
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Christelle Goffinet-Maurin est originaire de Marseille et maman de deux jeunes enfants. Depuis son plus jeune âge, elle est une incontestable littéraire. Elle a toujours aimé écrire, que ce soit des nouvelles, des poèmes, des chansons ou des romans. Ayant hérité de son grand-père ce goût de la plume, l’écriture est plus tard devenue un exutoire précieux, une source d’émotions sans cesse renouvelées et l’occasion de recherches approfondies. L’objectif de Christelle Maurin est de prendre ses lecteurs « aux tripes » et de leur donner un plaisir identique à celui qu’elle a éprouvé en écrivant…Son premier roman, l’Ombre du soleil, a reçu le prix du Quai des Orfèvres 2006.
Un texto bref et explicite, Des meurtres sanglants, Et un commissaire séduisant…
2 vin ki G tué. Un terrifiant message, en langage SMS. En pièce jointe, la photo d’un corps mutilé. La cible de ce harcèlement téléphonique, c’est Camille, une jeune femme déjà fragilisée par un terrible drame familial. L’auteur de ces SMS morbides prend visiblement un grand plaisir à reproduire le traumatisme qu’elle a subi et l’informe de chacun de ses meurtres, comme s’ils lui étaient personnellement dédiés… Camille sera-t-elle sa prochaine victime ? Ou la déchéance psychologique de la jeune femme est-elle le véritable enjeu ? Quand les événements du présent se tissent dans la trame du passé et que le tout s’entremêle de stupéfiants coups de théâtre, le résultat promet d’être terrifiant… Le séduisant commissaire Perrotti saura-t-il se montrer à la hauteur ? Rangez vos portables, et laissez-vous entraîner sous le soleil de Marseille, dans une intrigue aussi inextricable que l’antique cité phocéenne…
24 décembre 2004
Camille Desjardins consulta sa montre pour la énième fois. Les aiguilles indiquaient dix-neuf heures quinze. Elle se leva et arpenta nerveusement le petit salon de l’appartement. Que fabriquait donc Carla ? Elle avait eu tout le temps de terminer ses emplettes, d’ailleurs à cette heure-ci, tous les magasins étaient fermés. Elle s’approcha de la fenêtre et laissa son regard errer sur la rue. En ce 24 décembre, Marseille avait revêtu ses habits de fête. Du quatrième étage de son appartement situé au début de la rue Paradis, Camille pouvait voir les lampadaires irisés de lumières clignotantes qui bordaient la Canebière. Tous les dix mètres, l’avenue était traversée par des arches scintillantes dont les sapins, les traîneaux et les pères Noël ventrus surplombaient le passage des automobilistes pressés de rentrer chez eux pour réveillonner.
Camille composa une fois de plus le numéro de portable de sa sœur, et une fois de plus, elle tomba sur la messagerie. Elle raccrocha, furieuse. Elle enrageait de s’être montrée aussi crédule. Elle aurait dû se douter que Carla lui jouerait un tour de ce genre. Sa sœur cadette serait tout à fait capable de passer la nuit de Noël sur les trottoirs de Marseille pour éviter de devoir dîner chez leurs parents, comme c’était convenu. Et elle devait se délecter d’imaginer leurs têtes quand Camille arriverait seule et leur dirait qu’elle ne viendrait pas. La jeune femme serra les poings. Cette fois, Carla passait les bornes. Elle se comportait comme une véritable peste, et bien qu’elle adore sa sœur, Camille n’était pas loin de donner raison à ses parents, à qui elle donnait souvent du fil à retordre. C’était d’ailleurs pour cela que Carla habitait chez elle depuis deux semaines. La tension entre le père, la mère et la fille cadette avait atteint un tel niveau que l’adolescente avait jeté quelques affaires dans un sac de sport et avait débarqué chez sa grande sœur en décrétant qu’elle ne supporterait pas un jour de plus la tyrannie de « ses vieux ». Comme à son habitude, Camille avait revêtu sa robe d’avocate et tenté de dédramatiser la situation. Elle avait convaincu ses parents de laisser Carla vivre quelques jours chez elle, le temps que les tensions s’apaisent de part et d’autre. Elle connaissait bien sa cadette. Soupe au lait, capricieuse, têtue, mais aussi sensible, aimante et pas méchante pour deux sous. Mettant les relations difficiles entre Carla et ses parents sur le compte d’une crise d’adolescence tardive, Camille était persuadée que les choses s’arrangeraient d’elles-mêmes. Et elle comptait beaucoup sur les fêtes de Noël pour améliorer la situation. Carla s’était un peu fait tirer l’oreille, mais elle avait fini par lui promettre de l’accompagner chez leurs parents pour le réveillon et de se montrer aimable et polie. Camille était même certaine qu’avant que la soirée ne s’achève, sa sœur se jetterait au cou de ses parents en leur demandant pardon.
Et voilà que Carla ne revenait pas. Elle était partie vers quinze heures, sous prétexte d’acheter ses derniers cadeaux de Noël et elle avait dit qu’elle serait de retour au plus tard à dix-huit heures. Camille mordilla nerveusement l’ongle de son index. Les deux sœurs auraient déjà dû se trouver chez leurs parents. Qu’allait-elle bien pouvoir raconter à sa mère pour justifier l’absence de Carla ? Comme pour faire écho à son anxiété, le téléphone sonna, la faisant sursauter. « Seigneur, c’est peut-être l’hôpital… », songea-t-elle brusquement en décrochant le combiné. « Et si Carla s’était fait renverser par un chauffard… » Mais c’était seulement sa mère.
— Camille ? Tu es toujours chez toi ? Mais qu’est-ce que tu fais, ma chérie ? Ton père et moi nous vous attendons.
— Oui, je sais maman…, bredouilla la jeune femme, tentant désespérément d’improviser une explication. Ne t’inquiète pas, nous serons un peu en retard. J’ai… Je viens de voir que j’avais un pneu crevé. Je vais demander de l’aide au voisin du dessus, tu sais, M. Camparon, ce monsieur si serviable. Il… Il va m’aider à changer la roue et nous vous rejoindrons immédiatement.
— Et si papa venait vous chercher toutes les deux ? Il en profitera pour changer ce pneu et vous ramener bien vite à la maison. Il sera heureux de te rendre service.
— Non, maman, répliqua précipitamment Camille. Je… Je sais que papa ne demande pas mieux que de m’aider, mais je préfère qu’il reste au chaud et qu’il se repose. Je t’assure, il est inutile de le déranger. M. Camparon m’a maintes fois répété que je pouvais compter sur lui en cas de besoin. Il va régler ça très vite…
— Bon, comme tu voudras…
Mme Desjardins marqua un temps d’arrêt avant de poursuivre.
— Comment va ta sœur ? Est-ce que… est-ce qu’elle est heureuse de venir ce soir ?
« Ma sœur va sûrement très bien, mais pas pour longtemps. Dès qu’elle franchira le seuil de cette porte, je l’étranglerai ! », songea Camille en son for intérieur.
— Ne t’inquiète pas, maman, tout ira bien, s’entendit-elle répondre à sa mère. Tout va s’arranger avec Carla, j’en suis sûre.
— Je l’espère…, murmura sa mère avec anxiété. Ton père et moi nous en sommes malades… Et pourtant, nous l’aimons tellement, tu sais…
— Je sais, maman. Et elle aussi vous aime, je vous le garantis. Écoute, je vais te laisser, je vais monter voir M. Camparon. À tout à l’heure, maman.
Camille raccrocha et consulta sa montre une nouvelle fois. Dix-neuf heures quarante-cinq. Cette peste de Carla passerait un mauvais quart d’heure lorsqu’elle lui mettrait la main dessus, garanti sur facture ! Elle tenta à nouveau de joindre sa sœur sur son portable, sans succès.
— Carla, c’est moi, dit-elle sèchement après le bip de la messagerie. C’est le troisième message que je te laisse. Rappelle-moi immédiatement pour me dire où tu es.
Elle recommença à faire les cent pas, sursautant au moindre bruit, s’attendant à chaque instant à voir sa cadette ouvrir la porte de l’appartement. Mais les minutes passaient sans que rien ne bouge. Sous la colère de Camille, une sourde inquiétude commençait à poindre. Et s’il était arrivé quelque chose à Carla ?
« Ne sois donc pas si timorée, se morigéna-t-elle intérieurement. Que pouvait-il lui arriver dans les magasins ? Carla est sûrement en train de traîner quelque part pour faire une mauvaise blague à papa et maman. »
Elle retourna s’asseoir et recommença à mordiller ses ongles avec nervosité. Au bout de dix minutes, elle n’y tint plus et décrochant le téléphone, elle composa un numéro.
— Juliette ? C’est Camille, la sœur de Carla.
— Oh, bonsoir, Camille, et joyeux Noël !
— Joyeux Noël à toi aussi. Dis-moi, Carla ne serait-elle pas chez toi par hasard ? Elle est en retard, et elle ne répond pas à son portable.
Il y eut un bref silence à l’autre bout du fil.
— Non, je suis désolée, elle n’est pas avec moi. Elle devait faire des courses cet après-midi, non ?
— Effectivement, mais elle n’est toujours pas rentrée. Tu as une idée où elle peut être ?
— Non. Non, vraiment, je ne vois pas du tout.
— Juliette, je suis désolée d’insister, mais je sais combien vous êtes proches toutes les deux. Est-ce que par hasard Carla t’aurait confié qu’elle n’avait pas l’intention d’aller chez nos parents ce soir ?
— Non, au contraire. Elle angoissait un peu à l’idée de se retrouver en face d’eux, mais elle était prête à mettre du sien pour arranger les choses. Elle me l’a dit.
— Bon, je te remercie. Au revoir, Juliette.
Camille raccrocha. Au creux de son estomac, une boule d’angoisse s’était formée et ne cessait de croître. Carla avait-elle changé d’avis, décidé au dernier moment de braver à nouveau l’autorité parentale ? Sa sœur pouvait se montrer très versatile parfois. À moins… À moins qu’il ne lui soit vraiment arrivé quelque chose. Un terrible pressentiment s’immisça peu à peu dans son esprit. Mue par une impulsion subite, elle se leva et chercha en hâte ses clés de voiture. Peut-être qu’en faisant un tour sur les principales artères de la ville… Elle était déjà sur le pas de la porte lorsque son portable vibra dans sa poche, lui indiquant qu’elle venait de recevoir un message. Enfin ! Carla avait intérêt à avoir une bonne explication pour justifier son absence. Si elle croyait que le fait de lui envoyer un texto plutôt que de lui téléphoner en direct lui éviterait les remontrances qu’elle méritait, elle se trompait. Camille ralluma la lumière du séjour et sortit son téléphone de son blouson. C’était bien le numéro de portable de Carla qui avait émis le SMS. Elle l’ouvrit. Tout d’abord, elle ne comprit pas la signification de ce qu’elle lisait. Puis, la sensation de soulagement qu’elle avait éprouvé en croyant recevoir enfin des nouvelles de sa sœur s’éteignit brusquement et elle fut submergée par un flot d’adrénaline. Ses jambes flageolèrent et sa vue se brouilla. Elle se laissa tomber sur le canapé. Sa main droite serrait convulsivement le portable dont elle ne pouvait détacher le regard. Sur l’écran, une seule phrase était affichée :
« 2vin ki G tué »
Le cœur de Camille battait si fort qu’il l’empêchait presque de respirer. Il y avait une image jointe au message. D’un doigt tremblant, Camille l’ouvrit. Quand la photo apparut sur l’écran, elle poussa un hurlement terrible et s’écroula sans connaissance. Le téléphone s’échappa de sa main et roula sur le tapis, la photo toujours affichée sur l’écran. On y voyait Carla, le visage blême, les yeux révulsés, pendue à la branche d’un arbre. De sa gorge ouverte, un flot de sang avait jailli, maculant entièrement son buste. Dans la luminosité blafarde de l’écran, le rouge du cou contrastait étrangement avec le blanc du visage…
27 décembre 2006
Camille, sourcils froncés, s’efforçait de mettre de l’ordre dans le courrier accumulé sur son bureau. Il suffisait de prendre quelques malheureux jours de congé, et au retour on se retrouvait aussitôt submergé par la paperasse. Elle poussa un profond soupir, et se leva. Il serait bien temps de s’occuper du courrier plus tard. Elle se dirigea vers la fenêtre et appuya son front contre la vitre. Dehors, une petite pluie grise et sale s’était mise à tomber, donnant aux trottoirs une brillance visqueuse. Beaucoup de gens étaient encore en vacances, ce qui rendait les rues moins animées que d’habitude. Le trafic routier était fluide, et pour une fois, l’atmosphère n’était pas assourdie par les coups de klaxon. Le calme extérieur joint au calme intérieur. En effet, une bonne moitié des employés de l’agence étaient également en congé, et Camille s’apercevait que le bourdonnement des conversations matinales lui manquait. L’atmosphère semblait étrangement vide. Pour sa part, elle était plutôt satisfaite de réintégrer le bureau. Elle avait pris quelques jours de vacances sur l’insistance de ses parents et de Nicolas, qui trouvaient qu’elle avait besoin de se changer les idées, mais elle aurait de beaucoup préféré travailler. Elle détestait les vacances de Noël…
La porte de son bureau s’ouvrit et Lucile, sa secrétaire, apparut un sourire aux lèvres. Elle tenait une tasse de café fumant entre les mains.
— Bonjour, mademoiselle Desjardins. J’ai vu de la lumière dans votre bureau, aussi j’ai compris que vous étiez déjà là. J’ai pensé que vous apprécieriez un petit remontant, histoire de vous remettre dans le bain plus facilement !
Camille lui sourit en retour.
— Vous êtes une véritable perle, Lucile ! C’est exactement ce dont j’avais envie. Posez-le donc sur mon bureau, près du tas de papiers, là.
Lucile s’exécuta, et tandis qu’elle posait la tasse, son regard tomba sur le courrier amoncelé. C’était une femme d’une cinquantaine d’années, à la silhouette replète et au chignon grisonnant. Ses yeux gris brillaient d’un éclat vif derrière leur monture d’écaille, et tout son visage respirait la gentillesse. Elle était l’assistante de Camille depuis que celle-ci avait été promue directrice de l’agence de voyages Massilia Monde trois ans auparavant.
— Je vois qu’ils ont déposé tout le courrier sur votre bureau pendant que nous étions en congé. Comme si vous n’aviez pas autre chose à faire. Je vais emporter tout ça et m’en occuper moi-même.
— Merci beaucoup, Lucile. Que ferais-je sans vous ? lui dit Camille d’un ton reconnaissant. Oh, au fait, est-ce que Juliette est déjà arrivée ?
La secrétaire se retourna sur le pas de la porte, la pile de courrier sous le bras.
— Non, pas encore. Elle s’est probablement accordé une grasse matinée. Cela ne lui aura d’ailleurs pas fait de mal. Elle ne pense qu’à travailler, cette petite !
— Quand elle arrivera, pouvez-vous lui dire de passer me voir ? J’ai hâte de savoir ce qu’elle a pensé de ce nouvel hôtel à Rome. Si elle a jugé ses prestations satisfaisantes, nous signerons probablement un contrat avec la chaîne Harmony et tous ses hôtels. Le directeur, Vincent Darmony, attend mon coup de téléphone.
Lucile esquissa une grimace.
— Mouais… Bien que je me demande comment un personnage aussi antipathique puisse travailler dans un domaine où la sociabilité et la politesse sont de rigueur !
Camille observa sa secrétaire en silence.
— Vous ne l’appréciez vraiment pas beaucoup, n’est-ce pas ? Lucile secoua la tête avec véhémence.
— À mon avis, cet individu fera fuir tous vos clients !
— Allons, vous exagérez, tempéra Camille avec amusement. Après tout, on s’en fiche de son caractère, tant que ses hôtels offrent des prestations de qualité. Et je fais confiance à Juliette pour se montrer objective.
Quand Lucile fut sortie, Camille s’installa confortablement dans son fauteuil, et avec délices, elle savoura à petites gorgées son café brûlant. Pendant ces quelques jours de vacances, ses proches avaient tenu à ce qu’elle se détende. Elle avait donc fait un effort pour oublier son travail, s’abstenant de passer le moindre coup de fil au bureau. Aussi ce matin, elle avait l’impression de débarquer d’une autre planète. Son portable se mit à biper, et elle ne put s’empêcher de sursauter. C’était Nicolas qui lui envoyait un texto :
« koman c passe la reprise ? Jtm. Nico »
Camille sourit. Un bref instant, la sonnerie l’avait faite frissonner, comme chaque fois qu’elle recevait un message.
— Toi au moins, tu reviens bosser avec le sourire ! lança une voix juvénile.
Camille releva la tête, et aperçut le visage enjoué de Juliette, adossée à la porte de son bureau. Elle se leva aussitôt pour l’embrasser.
— Juliette ! Ça y est, tu es revenue ?
— Eh oui, me voilà ! Alors, qu’est-ce qui te met d’aussi bonne humeur ?
— Rien, c’est juste Nicolas qui m’envoie un texto pour savoir comment s’est passée la reprise.
Juliette soupira longuement en levant les yeux au ciel.
— Dis-moi, tu es sûre qu’il n’a pas un frère jumeau, Nicolas ? Un homme comme lui, aussi beau gosse, aussi gentil, aussi attentionné, voilà ce qu’il me faudrait !
— J’espère que tu plaisantes ! avertit Camille en levant un index faussement menaçant. De ce côté-là, tu n’as pas à te plaindre. Alain est une vraie perle. Alors, comment s’est passé ton voyage, raconte !
— Eh, une minute ! protesta gaiement la jeune femme. Offre-moi au moins un café, patronne tyrannique !
Camille lui envoya une bourrade affectueuse.
— Demande à Lucile, elle se fera un plaisir de t’en concocter un.
Juliette se laissa tomber sur une chaise et croisa ses longues jambes.
— En tout cas, tu as bonne mine. Comment était Rome en cette saison ?
— Dis donc, toi ? Est-ce que tu insinuerais que j’ai joué les vacancières au lieu de bosser ? Sache que je n’ai pas arrêté une minute, je me suis donnée à trois cents pour cent, je…
— Ça va, ça va, je te crois…, l’interrompit Camille en riant. Alors, trêve de plaisanterie, que penses-tu de l’hôtel Harmony ?
Juliette redevint sérieuse, et, tirant une pochette de sa mallette, elle la posa sur le bureau.
— Tiens, tout mon rapport est consigné dans ce dossier. Tout y est, de la salle de bain à l’ascenseur, en passant par la piscine, les cuisines, la réception, les services annexes offerts aux clients, etc., etc.
— Oui, je sais. Mais ce qui m’intéresse d’abord, c’est ton opinion personnelle au sujet de ces hôtels. Est-ce que leur image correspond au label de qualité que nous tenons à offrir à notre clientèle ? Offrent-ils tout ce que nous attendons d’un véritable professionnel du tourisme ? Qu’en penses-tu ?
Juliette resta un instant silencieuse.
— L’hôtel en lui-même est parfait, dit-elle enfin. Des chambres à la fois fonctionnelles et ravissantes, un cadre de rêve, un service irréprochable. Rien à dire non plus sur les excursions qu’ils proposent, les circuits sont très complets, parfaitement organisés et adaptés à toutes les classes de touristes. Quant au personnel, il se montre à la fois efficace, discret et toujours à la disposition de la clientèle. Non vraiment, c’est parfait, vraiment parfait…
— Alors quel est le problème ? l’interrompit Camille. Juliette esquissa un petit sourire.
— Toi, tu me connais trop bien ! rétorqua-t-elle, feignant le reproche.
— Bien sûr que je te connais. Et je vois très bien que quelque chose te préoccupe, sinon tu m’aurais déjà tendu un stylo pour signer le contrat. Alors, qu’est-ce qui ne va pas chez Harmony pour que tu hésites à y envoyer nos clients ?
— Vincent Darmony, répondit Juliette du tac au tac. C’est lui qui ne va pas. Ce type a quelque chose de… enfin, je ne sais pas exactement comment le décrire, mais il me fait froid dans le dos…
— Sois plus précise, dit Camille en fronçant les sourcils.
— Son attitude a quelque chose de malsain… Il se montre désagréable au plus haut point, et en même temps il vous fouille de ses petits yeux perçants comme s’il voulait lire au fond de vous-même. Et sans transition, il se montre soudain suave et onctueux, comme… comme du miel frelaté !
Camille ne put s’empêcher de sourire.
— Non, je t’assure, c’est vrai, poursuivit Juliette. Tantôt il me toisait comme si j’étais une guenon, tantôt j’avais la très nette impression qu’il me faisait des avances, et pas des plus raffinées ! Tu imagines s’il se comporte comme ça avec la clientèle !
Camille réfléchit un moment.
— Lucile m’a tenu le même genre de discours ce matin. Je reconnais que Darmony est particulier. Avec moi, il s’est toujours tenu à peu près correctement, mais…
— À peu près correctement ? coupa vivement Juliette. Ne me dis pas que tu n’as pas remarqué la façon dont il louche sur ton décolleté, ses poignées de main insistantes et molles, ses regards appuyés et sa voix sirupeuse ! Pour moi, c’est très clair : il veut non seulement te faire signer ce contrat, mais aussi te mettre dans son lit !
— Tu exagères encore, voyons ! Et puis encore une fois, que nous importe que Vincent Darmony soit un rustre mal éduqué ? Si sa chaîne d’hôtels correspond aux vœux de notre clientèle, c’est la seule chose qui m’intéresse.
— C’est toi la patronne ! dit Juliette en se levant. Bon, je vais consulter mes e-mails. Après une semaine d’absence, il doit y en avoir au moins trois cents !
Elle s’apprêtait à sortir du bureau quand elle se ravisa et revint sur ses pas.
— Au fait, demanda-t-elle d’une voix radoucie, tu ne m’as pas dit comment s’étaient passés ces quelques jours de vacances. Tu… enfin… tu as pu te reposer ?
Camille leva les yeux vers elle et soupira doucement.
— Tu veux savoir si j’ai tenu le coup ? dit-elle à mi-voix. Eh bien tu vois, je suis toujours là…
— Oui, je le vois bien, répondit Juliette en posant sa main sur son épaule. Mais parfois, le temps est long à adoucir les peines. Et à certains moments, on se sent très vulnérable.
— Je t’avoue que je n’étais pas au mieux de ma forme cette semaine…, murmura Camille. J’ai été plutôt soulagée de revenir ici ce matin. J’ai… Je préfère que la période de Noël soit derrière moi.
— Je sais…, répéta encore Juliette d’une voix lointaine. Je sais…
Machinalement, ses yeux se posèrent sur le cadre qui ornait le bureau de Camille. À l’intérieur, la photo d’une jeune fille blonde et svelte, au joli visage souriant. Un visage qui semblait être celui de Camille en plus jeune…
— Elle aurait eu 22 ans aujourd’hui…, dit Camille d’une voix atone en suivant le regard de Juliette.
Cette dernière déglutit péniblement.
— Je sais… Je suis passée au cimetière ce matin avant de venir. C’est pour ça que j’étais un peu en retard… Je lui ai apporté des roses jaunes. Elle les adorait…
Camille serra les poings de toutes ses forces pour s’empêcher de pleurer. Elle respira profondément et jeta à Juliette un regard reconnaissant.
— Je sais combien elle comptait pour toi… Carla avait de la chance de t’avoir pour amie… Et elle le savait…
Juliette lui serra la main en silence.
— Et tes parents ? Comment vont-ils ?
— Couci-couça… Par moments, ils ont l’air de remonter la pente. Et puis soudain, maman s’effondre en larmes. Elle est toujours sous antidépresseurs depuis…
Sa voix s’étrangla et elle n’acheva pas sa phrase. Elle resta adossée à son fauteuil, les yeux clos. Juliette garda aussi le silence, et chacune revécut en pensée la terrible soirée où elles avaient compris que Carla ne reviendrait plus jamais.
— Allons, nous ne devons pas nous laisser aller, reprit Juliette au bout d’un moment. Carla n’aurait pas aimé te voir comme ça, Camille. Souviens-toi comme elle était gaie et pleine de vie. Même si c’est difficile, tu dois continuer à vivre, c’est ce qu’elle aurait voulu.
Un faible sourire se dessina sur les lèvres de Camille.
— Je sais, tu as raison. Ça va aller, je te le promets. C’est juste que… cette semaine a été difficile, et aujourd’hui… son anniversaire.
Elle essuya ses yeux embués de larmes, et se leva avec une expression déterminée.
— Bon, au travail ! Je vais téléphoner à Darmony afin qu’il passe me voir dès son retour de Rome. Je tiens à discuter avec lui de façon plus approfondie, histoire de voir si mes impressions confirment les tiennes.
— Vas-y, et surtout ne le salue pas de ma part ! lança Juliette en se dirigeant vers la porte. Au fait, on déjeune ensemble à midi ?
— En fait, je n’ai pas très faim…
Juliette leva un doigt menaçant et roula des yeux, feignant l’indignation.
— Bon, bon d’accord. Demande à Lucile de réserver une table aux Délices de Provence.
— Parfait ! répliqua Juliette en s’éclipsant.
Restée seule, Camille s’adossa à nouveau à son fauteuil. Le faible sourire esquissé en présence de Juliette disparut de ses lèvres, et à nouveau ses yeux se remplirent de larmes. Même si elle faisait appel à tout son courage, jamais, non jamais elle ne pourrait oublier cette terrible journée. C’était comme si une partie d’elle-même était morte ce soir-là, en même temps que sa sœur. Sur son ordinateur, l’icône de la messagerie instantanée se mit à clignoter.
« a kel heure tu ve demaré la reunion ? »
Le message venait de l’un de ses commerciaux. La nouvelle génération et son fichu langage abrégé ! Elle se redressa et tapa sur son clavier avec brusquerie :
« pas aujourd’hui ! »
Elle se leva et s’approcha à nouveau de la fenêtre. Au-delà de l’étendue grisâtre des immeubles, des toits et des rues, elle aperçut la mer. Même houleuse sous un ciel pluvieux, elle la trouva belle. Elle fut soudain prise du violent désir de se retrouver sur la plage, face aux vagues violentes qui s’écrasent sur le rivage lorsque le vent souffle. Elle avait envie de marcher pieds nus dans le sable, et en dépit du froid, de laisser les vagues lécher ses orteils. En cette saison, la plage était déserte. Si elle s’y était trouvée en ce moment, elle aurait pu laisser libre cours à son chagrin. Elle aurait pu crier que la vie était injuste, et que le jour de Noël n’était pas un jour pour mourir. Elle aurait pu hurler à Dieu qu’il n’était plus possible de célébrer la naissance de son fils dans la joie, après ça. Elle aurait laissé sa douleur remonter à la surface, et crever, telle une bulle de savon. Aucun être humain n’aurait été là pour la voir ou la consoler, mais elle savait que Carla aurait été à ses côtés, et qu’elle l’aurait comprise. Carla aussi aimait la mer. Lorsqu’elle avait quatre ans, elle avait bien failli se noyer en basculant de sa bouée cul par-dessus tête. Son père l’avait immédiatement repêchée, et au lieu d’émerger en pleurant et en crachant, Carla s’était mise à rire aux éclats. Elle se sentait tellement à l’aise dans l’eau que sa mère disait souvent qu’il lui pousserait des écailles. Si elle avait pu décider de la façon dont elle quitterait ce monde, sa sœur aurait certainement choisi de se laisser dériver à l’infini sur les vagues. C’eut été une mort infiniment plus douce que d’être pendue à un arbre, la gorge ouverte. À cette idée, Camille sentit son estomac se contracter et des larmes coulèrent sur ses joues sans qu’elle ne parvienne à les retenir. Ses yeux se posèrent machinalement sur la photo. « Oh, Carla, Carla ! » Son appel intérieur résonna dans sa poitrine de façon déchirante. « Si tu savais comme je déteste Noël depuis que tu n’es plus là ! Tu me manques tellement… »
Elle respira profondément pour tâcher de se calmer. Elle tremblait, mais elle ne savait pas si c’était de nervosité, de chagrin ou de froid. Elle aurait volontiers demandé à Lucile une seconde tasse de café brûlant, mais elle ne tenait pas à ce que sa secrétaire la voie dans cet état. Elle se sentait au bord de la crise de nerfs. Avoir pris des vacances pour se détendre ne lui avait servi à rien. Tout comme ne servaient à rien tous ses efforts pour aller de l’avant, pour oublier. Elle ne pouvait pas oublier. Aujourd’hui, c’était l’anniversaire de Carla, et Carla était morte. Carla avait été assassinée, sauvagement mutilée, accrochée à un arbre comme une vulgaire pièce de gibier. Carla, son unique sœur, qui était jeune, belle et qui avait la vie devant elle. Elle avait rendu l’âme deux ans auparavant pendant qu’elle, Camille, l’imaginait en train de faire une mauvaise plaisanterie à leurs parents.
Camille se rassit. Elle se renversa en arrière, et les yeux clos, elle se laissa submerger par les souvenirs. Tous les détails de cette horrible soirée s’insinuaient dans sa mémoire, la rongeant comme de l’acide. Il lui semblait à nouveau sentir vibrer son portable, elle voyait le message macabre s’inscrire en lettres de feu dans sa tête. Puis il y avait eu la vision insoutenable du cadavre de sa sœur, cette abominable photo jointe au texto envoyé par l’assassin…
Là, ç’avait été le trou noir. Elle s’était évanouie. C’était son voisin du dessus, qui, l’ayant entendu hurler, était descendu et l’avait ranimée. Là, les images se bousculaient dans sa tête. Les policiers prenant son téléphone portable, ses parents en pleurs, les questions qui tournaient dans sa tête : « Savez-vous qui vous a envoyé ce message ? », « Mademoiselle, votre sœur avait-elle des ennemis ? » ou bien « Pourquoi l’assassin vous a contacté, vous, en avez-vous une idée ? » Oui, pourquoi elle, au fait ? Non hélas, elle n’en savait rien. Elle avait secoué la tête, incapable de répondre. Puis, il y avait eu les moments affreux où l’on avait retrouvé le corps de Carla, près d’une décharge publique en dehors de la ville, l’identification à la morgue, les funérailles. L’enquête menée par la police n’avait pas abouti. Le texto lui avait bien été envoyé avec le portable de sa sœur, mais l’appareil n’avait pas été retrouvé. Pas le moindre élément susceptible de rechercher l’ADN du meurtrier non plus. Ni cheveu, ni lambeau de chair sous les ongles de la victime, ni sécrétion quelconque. La police avait interrogé tous les membres de la famille, ainsi que les relations personnelles et professionnelles de Camille et de ses parents. Sans aucun résultat. Juliette avait également tenté de faire avancer l’enquête. Elle avait signalé à la police qu’un peu plus d’un mois auparavant, Carla, sa cousine Laurie et elle-même avaient passé la soirée au Trolley, une discothèque du centre-ville de Marseille. Carla y avait été abordée par un type à l’allure louche. L’excitation de la soirée et quelques margaritas aidant, ils avaient flirté et échangé quelques baisers. Le type l’avait collée ferme toute la soirée, et elle avait accepté de le revoir. Mais très vite, suivant les conseils de sa sœur et de ses amies, Carla avait rompu. Elle avait dit à Juliette que le type était malsain, qu’il vivait on ne savait de quoi, traînait on ne savait où et que si elle avait eu toutes ses facultés ce
