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Jusqu'à cet incroyable accident aussi spectaculaire qu'étrange, Julie et Michael formaient un couple heureux. Michael est en état de mort cérébrale. Reste Julie seule avec ses deux filles. Elle ne se sent plus capable d'affronter un avenir qui lui parait trop sombre. Extrêmement fragilisée, elle s'en remet à son entourage pour l'aider à accepter l'inacceptable. Sa meilleure amie qui doit se rendre à Miami, ne peut se résoudre à la laisser seule,et l'emmène dans ses bagages. Au moment du départ, rien ne se passe comme prévu et sa vie bascule en enfer. Un suspense haletant jusqu'à la dernière page, avec cette question: Jusqu'où peut-on aller par amour?
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Seitenzahl: 342
Veröffentlichungsjahr: 2019
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JOHN
MICHAEL ET JULIE
LE COURRIER
RENDEZVOUS
MISSION JULLIETT
LE SOUFFLE BRÛLANT
L’HÔPITAL
LA RENCONTRE
L’ERREUR
LA RESURRECTION
JONATHAN
ISABELLE
LA PRISE DE CONSCIENCE
LA FLORIDE
FACE À FACE
LE PARLOIR
LA RACINE
EPILOGUE
REMERCIEMENTS
Aout 2014
John est songeur ce matin. Il patiente dans la salle d'attente du docteur Blusson, psychiatre à La Teste de Buch sur le Bassin d’Arcachon. Les patients aimeraient bien enterrer leurs problèmes sous les tonnes de sable de la Dune située à deux pas. Les magazines sur la table sont très récents, et il y en a pour tous les goûts : de « Sport-Auto » qui porte bien son nom, à « Neptune » pour les riches passionnés de plaisance à moteur, nombreux à côtoyer ces murs, en passant par les standards des salles d’attente comme « Femme Actuelle ». La décoration dernier cri aux matériaux nobles, laisse deviner qu’ici on prend soin de la clientèle. Nul doute que cette dernière appartient plus à la bourgeoisie qu’au « tout venant ». Un petit fond musical détend l'atmosphère en y distillant des notes et des sons légers. À chaque visite, quand il s'installe sur la chaise, il se dit que, riches ou pauvres, personne n’est épargné par les accidents de la vie. La pendule qui trône sur la cloison ne tourne pas assez vite à son goût. Les pensées surfent sur le flot des minutes qui s’écoulent. Peut-être que cela fait partie de la thérapie. Les questions ont du temps pour trouver leurs réponses : Est-ce que l’argent aide à apprivoiser ses démons? Il ne le pense pas. Est-ce que les psys sont meilleurs dans les quartiers aisés? Il l’espère. En tout cas, vu le standing du cabinet, il devait y avoir beaucoup de patients. Pourtant, il n'en n'avait jamais croisé aucun. Il avait essayé les 6 chaises de la pièce, mais à chaque fois il était seul.
Si cette fois le rendez-vous se passe bien, et qu’il obtient le « feu vert » du psy, il restera encore les tests d’aptitude physique à passer. Il espère que, vu son entraînement quotidien, ils ne seront qu'une formalité pour lui. Son corps avait moins souffert que son mental, et cela fait déjà longtemps qu’il avait repris l’entraînement. Il le sent, il va bientôt pouvoir de nouveau piloter.
*****
Un an auparavant, en juin 2013, à bord de son Mirage 2000 armé jusqu'au cou, il était fier de défendre la liberté à Mach II. C'est au Mali qu'il a appris le prix de cette liberté. 20 millions d'euros au bas mot, c'était le prix de son Mirage, mais combien pour les sept vies humaines fauchées? Et celles qui n'ont été qu'abimées, lorsque sa machine s'était écrasée sur le village? Bien sûr, il n'avait rien pu faire pour empêcher cela. N'importe quel pilote de chasse sait qu'à près de Mach 1, à très basse altitude, le champs de vision se réduit à son strict minimum: le centre, droit devant, rien sur les côtés et de toute façon, à cette vitesse, il n’était pas question de détourner le regard, sous peine de risquer une fausse manœuvre, qui pourrait s’avérer fatale. Il n'avait donc pas pu voir le projectile qui allait détruire une partie des entrées d'air. Le réacteur n'étant plus alimenté, si ce n’est en débris de carlingue dévastateurs, son pronostic vital venait d’être sérieusement écourté. Pour les rebelles, leur dieu avait agi: toucher un engin lancé à cette vitesse avec une arme aussi désuète était un miracle. L'impact n'avait pas déstabilisé l'appareil, mais seulement affecté le réacteur qui avait fini par rendre l'âme. Les alarmes retentissaient dans le cockpit, et les voyants clignotaient. Désormais dépourvu de poussée, la décélération le poussait violemment vers l’avant. Le premier réflexe fut de prendre de l’altitude sur son élan, puis d’essayer de remettre le réacteur en route, mais aucune réponse de la machine ne vint le rassurer. Il avait pu lancer son Mayday, Mayday, Mayday, 3 fois de suite, comme le réflexe acquis lors des séances d’entraînement, que les pilotent espèrent ne jamais vivre sur le terrain. Le tout avait duré 29 secondes avant qu’il n’ait plus d’autre choix que de s'éjecter à presque 10 km du point où il avait été touché. 29 secondes pendant lesquelles il avait dû analyser la situation, aidé par les alarmes et les indicateurs du tableau de bord, communiquer à la radio, gérer son stress, poussé par une décharge d’adrénaline instantanée, avant de prendre la décision ultime en un éclair. Les pilotes aiment les poussées d’adrénaline, ils les recherchent même, parfois, comme une drogue. Mais, entre mettre deux doigts dans une prise, et prendre la foudre, il y a un monde. Et ce monde là venait de s’ouvrir à lui.
Le traumatisme n'était pas physique. Pourtant, au moment de l'éjection, il avait subi vingt-deux G, vingt-deux fois son poids. Pendant une fraction de seconde, son corps avait pesé presque deux tonnes. Aucun régime au monde ne prévoit ça. De plus, il était très bas, et le parachute n’aurait pas le temps de ralentir sa chute, et encore moins de freiner ses pensées. Elles se sont mêmes emballées si vite, que ces quelques secondes lui ont parues trop longues. Il aurait préféré ne pas avoir le temps de voir le sol qui jaillissait, de penser aux conséquences, probablement fatales, du choc. Puis l’instant arriva. Il avait eu l’impression de se faire traverser par le big bang, et que son corps s’était éparpillé aux quatre coins de l’univers. Cette douleur extrême, il ne l’aurait pas sentie s’il était mort. À cet instant précis, peut-être l’aurait-il voulu. La seconde suivante, son esprit prit le dessus et demanda un contrôle de l’intégrité de son corps, une sorte de checklist de lui même. Rien, pas de fracture, aucune brûlure, pas une égratignure, il s'en était sorti indemne. Là aussi, un dieu avait agi, même si lui n'en pratiquait aucun.
Non, le traumatisme, n'était pas physique. Mais dans l’instant qui suivît, quand il s'était rendu sur l'épave embrasée, au milieu du petit village, un traumatisme bien plus pervers avait planté sa mauvaise graine. Ce qu'il avait vu l'avait marqué au fer, au plus profond de son être. Une cicatrice ouverte sur son identité intrinsèque. Les militaires sont formés au combat, mais rien ne l'avait préparé à affronter l'horreur d'un tel carnage. 3 corps encore entiers gisaient sur la terre rouge. Probablement identifiables, pensa t-il bizarrement. Deux avaient une petite taille, des enfants. Et au fur et à mesure qu'il s'approchait de la carcasse, il ne voyait que des morceaux, des restes humains éparpillés au milieu des petits bouts d’avion encore fumant. Il était évident qu'ils n'appartenaient pas tous à la même personne. John était tombé à genou, prostré au cœur de l'enfer. Si proche du néant, si tentant, il n’aurait qu’un pas à faire pour y sombrer. Mais son cerveau s'était mis en "protection", en lui renvoyant ses souvenirs les plus profonds: il se rêvait dans les bras de la femme qu'il n'avait jamais cessé d'aimer. La chaleur des flammes et celle de l'étreinte sensuelle se confondaient. En fait, ce moment précis, où il avait occulté l'enfer, il aurait voulu qu'il ne cesse jamais.
Il ne réalisait plus du tout l'urgence de la situation. Le temps s'était arrêté. Il était même resté indifférent au raffut que dégageait l'hélicoptère de récupération qui venait le chercher. Ses pales fouettaient l'air si fort que le bruit du moteur n'était qu'un timide « chant » de cigales en comparaison. Son équipage était rompu à ce type de mission où seule la rapidité d'exécution compte. Les rebelles djihadistes qui avaient suivi la trajectoire de l'avion, n'étaient plus qu'à une centaine de mètres, une demi- heure à peine après leur tir miraculeux. Un des « récupérateurs » avait sauté de l’hélico avant même qu’il ne touche le sol. Il prit le bras de John autour de son cou, puis tira fort sur la ceinture de son pantalon pour le soulever. John se laissa faire sans aider ni s’opposer. Quelques secondes plus tard, le Puma s’extirpait du village avec la satisfaction du devoir accompli.
Plus tard, la graine avait germé, et le conflit intérieur prospérait. Que s’était-il passé pendant ces 29 secondes. Avait-il eu les bons réflexes? Et s'il n'avait pas essayé de sauver son avion? S’il avait tout de suite compris qu'il n'y avait plus rien à faire? Il se serait éjecté plus tôt et n'aurait pas tué tous ces gens. Ceux là mêmes qu'il était venu protéger, défendre contre la barbarie. Des femmes et des enfants à qui il aurait pu rendre l'espoir. C'était ça le but de la mission « Serval », l’intervention française de soutien.
Au retour des forces françaises en août 2013, John avait demandé sa mutation sur la base de Cazaux et l’avait obtenue tout de suite, compte tenu des événements tragiques qui l’avaient fortement perturbé. Il n’avait plus le droit de voler jusqu’à nouvel ordre. Et cet éventuel nouvel ordre dépendait de ses capacités à guérir de ses blessures internes.
La première de ces blessures était cette femme qu’il avait connue, plus jeune, sa première, celle dont on dit qu’elle compte plus que les autres et qu’on ne l’oublie pas. Celle qui lui était apparue pour l’extraire du chaos. Il ne l’oubliera jamais, cette jeune femme qui venait lui rendre visite presque toutes les nuits, dans ses rêves quand il arrivait à dormir, ce qui était rare, ou dans ses pensées quand le sommeil lui résistait, ce qui arrivait beaucoup trop souvent...
L’autre blessure avait été ce grand écart dans l’enfer du Mali, qui avait rouvert une cicatrice pourtant bien fermée. Il avait déjà été écartelé par le passé.
L’armée prenait soin de ses soldats touchés, et John avait vu beaucoup de médecins. Les radios, scanner et autres IRM n’auraient jamais pu trouver l’image de cette femme, pour l’effacer et l’en guérir. Non, seul un travail psychologique, voire psychiatrique, pouvait porter cet espoir. Ce travail avait commencé il y a presque un an.
*****
— Bonjour Docteur Blusson.
— Bonjour John, comment ça va depuis la semaine dernière ?
Le psychiatre est très grand. Il impose le respect également par son léger embonpoint. Son gros ventre s’affiche comme une carte du Lions club. Probablement un ancien joueur de rugby vu les oreilles aux reliefs arasés. La chevelure grisonnante, les cernes sous les yeux et les deux rides bien marquées entre les sourcils portent une expérience importante. La Porsche Cayenne garée devant le cabinet, le confirme.
— J'avance, j'ai compris pas mal de choses.
— Vous avez compris pas mal de choses ? Mais je vois que pas mal de choses ont changé.
— Quelles choses ont changé ?
— Je m’explique : Quand vous êtes venu la première fois, il y a presqu’un an, vous n’aviez pas le crâne rasé, vous n’aviez pas de barbe ni de lunettes.
John a une barbe « Van Dyke » composée d’une barbiche et d’une moustache pointue, plus longue que celle de Johnny Depp dans « La neuvième porte » mais plus courte que celle de Leonardo Di Caprio dans « Django ».
— Je me suis cherché longtemps, et je crois que cette nouvelle apparence me convient mieux. Dit-il l’air convaincu.
— Pour les lunettes, c’est le début de la vieillerie.
Continue-t-il avec humour.
— De toutes façons, c’est pour cela que je viens ici presque toutes les semaines, c’est bien pour accepter mes souffrances, apprendre à vivre avec. Je suis différent d’avant l’accident. Vous m’avez aidé à le comprendre.
— C'est bien, j'aime cet optimisme. Voyons cela, asseyez vous..
La séance dure une bonne demi-heure avec un long résumé comparatif entre sa situation d’aujourd’hui et celle d’il y a un an. À la fin John demande à son psy ce qu'il en pense.
— J'envoie le rapport à votre adresse et une copie à l'état major.
C'est la première fois que le Docteur Blusson utilise une telle procédure. John ne sait pas si c'est bon signe. De toute façon, il se méfie des signes, bons ou mauvais. Il n'en avait pas eu au Mali.
En sortant du cabinet, après avoir présenté sa carte vitale, ainsi que sa voisine de portefeuille, la carte bleue, au moment de serrer la main du psychiatre, il essaie de lire dans le regard de ce dernier. Celui-ci, ne peut l’ignorer et pose sa main sur l’épaule de John :
— Je crois que vous n’avez plus besoin de moi...
Un clin d’œil suit la phrase, et la porte qui claque ponctue cette année. John est un peu troublé par la rapidité de cette fin qui a un goût de définitif auquel il ne s’attendait pas. Il a la sensation qu’on lui retire la béquille sans être sûr qu’il sache marcher. D’un autre côté, c’est dans ce but qu’il était venu toutes les semaines, et, selon toute vraisemblance, il est atteint. Il repart en voiture en traînant derrière lui quelques doutes tenaces.
Trois jours plus tard, il a le compte rendu dans sa boîte aux lettres : John est enfin apte à passer à l’étape suivante. Celle qui le ramènerait vers son objectif s’il est suffisamment performant, ce qui ne l’inquiète pas .
*****
Depuis son retour à Cazaux, John est hébergé chez le capitaine Louis Robert, au moins le temps de sa convalescence. Louis Robert est commandant de l’escadrille SpA2201. Du haut de ses 1m88, il n’a pas de mal à se faire respecter. Sa coupe militaire, et un visage anguleux taillé à la serpe, collent parfaitement avec son grade de capitaine.
John et Louis s’étaient connus jeunes, lors de leur formation sur AlphaJet et étaient devenus les meilleurs amis du monde. Ils se tiraient la bourre dans les airs, poussant leurs machines toujours plus loin. Pendant leur temps libre, Ils en faisaient autant à la salle de sport. John y poussait des poids et enchaînait avec des séances de cardio, alors que Louis sévissait dans la salle d’arts martiaux, juste à côté. Il n’y allait pas pour prendre des cours, mais pour en donner au personnel de la base désireux de s’améliorer au combat au corps à corps.
Ils passaient presque toutes leurs soirées ensemble. Ils étaient tous les deux célibataires par choix, même si ce n’était pas pour les mêmes raisons. Louis était, et est toujours un séducteur redoutable. Les filles ne font que de courts passages dans sa vie, et il n’est pas question de changer cela. C’est d’ailleurs ce qui lui avait permis d'accueillir son pote et collègue John, chez lui... Comme un retour aux sources.
John était lui aussi célibataire. Lui ne voulait pas revivre de rupture trop douloureuse. Celle qu’il avait subie, le poursuivait encore. Aujourd’hui, il avait accepté, grâce à sa thérapie, le fait qu’il vivrait toute sa vie avec cette plaie en lui. Il n’y aurait plus d’engagement avec le sexe féminin.
Le capitaine Robert avait rarement vu une motivation aussi persistante et insistante que celle de John. Tous les jours il lui répète que dès qu’il aura passé les tests physiques, il compte bien intégrer l’escadrille que commande Louis Robert. Il aura besoin de son soutien, son aval, sa signature ! Mais fort de cette amitié de plusieurs années, il n’a aucun doute à ce sujet. Louis, de son côté, reste silencieux et ne promet rien, tant que les tests ne sont pas passés. S’il y a un endroit où il y a des règles à observer, des hiérarchies à respecter, c’est bien l’armée.
Tous les jours, Louis et John se rendent à la base 120 ensemble. Louis met en place les vols programmés pour la semaine. Les exercices s’enchaînent pour les petits nouveaux. Le lundi, exercice en basse altitude, le mardi, vol de nuit, le mercredi, tir sur cible, le jeudi, en formation et basse altitude, et le vendredi, mission « surprise ». John s’imprègne, frustré, de cette atmosphère si familière qu’il ne peut que renifler sans y goûter. Même s’il n’a pas le droit de piloter, il fait de nouveau partie de la base 120 et en profite pour déambuler dans les hangars, les parcs où les avions attendent, silencieux et froids. Il éprouve un peu de compassion pour ces ailes de fer qui, à ses yeux, ne sont sublimées que par le tonnerre et le feu de leurs réacteurs. Le contrôle d’une puissance phénoménale dans les doigts d’un pilote. Pour tuer le temps, il part discuter avec les mécanos, comme il le ferait avant un décollage. Il s’installe en bord de piste pour regarder départs et arrivées de missions ou d’exercices. Il patiente comme ça tous les jours jusqu’au soir quand il rentre avec Louis. John sait que son heure va bientôt arriver.
Le soir, ils sortent chasser d’autres cibles. Ce samedi soir, le 20 septembre, ils se rendent au Mira, un bar-restaurant branché de La Teste. En traversant la terrasse à demi remplie de couples, à l’heure du dîner, John devient blême, aussi livide qu’un cadavre, dont la rigidité aurait été instantanée. Figé littéralement sur ses deux jambes qui ne peuvent plus avancer. Louis le remarque immédiatement et le soulage en prenant le bras de John sur ses épaules et passant le sien autour de sa taille pour lui éviter de s’écrouler.
— Ca ne va pas John ? Qu’est ce qui t’arrive ?
Pas plus de réponse que de mouvement. Louis assoit John sur un tabouret à l’entrée de la terrasse.
— Tu veux que j’appelle un médecin ?
— Non, ça va aller... je... je vais rentrer. Reste si tu veux.
C’était comme si on lui avait tiré dessus. En une fraction de seconde, il était passé de l’enthousiasme à l'abattement.
— Pas question ! Je te ramène.
Sur le retour, Louis a beau questionner John sur ce qui se passe, les réponses restent évasives :
— Ne t’inquiète pas, ça va aller.
— Mais il faut vérifier ! On va aux urgences, c’est plus prudent.
— Non !
Cette réponse est bien plus ferme et n’appelle aucune alternative.
— Si tu es malade, il faut savoir ce que tu as. Les tests physiques sont pour bientôt, il ne faut pas risquer de passer à côté.
— On rentre. Ça va aller.
Le ton de sa voix n’a plus aucun relief. Louis se dit que si John ne veut pas se soigner, sachant qu’il a ses tests, et connaissant sa motivation extrême, c’est qu’il n’est pas malade. Il s’est donc passé autre chose, John a vu quelque chose ou quelqu’un qui l’a tétanisé. Pourquoi ? Qu’est ce qui peut bien déclencher une telle réaction ? Louis repousse ses questions à plus tard, John est assez secoué comme ça pour ne pas en rajouter ce soir. La soirée qui s’annonçait chaude se transforme en un glacial et silencieux tête à tête. Louis improvise un repas. Le bruit des ustensiles de cuisine qui s’entrechoquent, accidentent le silence imposant. Et, une fois à table, Louis se sent obligé d’allumer la télé pour rompre cette chape. John est dans sa bulle et ne s’en rend même pas compte.
Le lendemain, dimanche, quand Louis se réveille, John n’est plus là. Il est parti sans un mot d’explication. Ce n’est pas dans ses habitudes ni de laisser de mot, ni de se lever tôt le dimanche. Avec ce qui s’est passé hier, l’inquiétude du capitaine commence à se ramifier dans toutes les directions de sa pensée. Quand John réapparaît, vers midi, il n’est pas plus loquace.
— Tu t’es levé tôt ce matin ?
— Je suis allé courir et prendre l’air, j’en avais besoin.
— C’est la première fois un dimanche.
Louis est dubitatif.
— Oui, mais, comme tu l’as dit, les tests sont pour bientôt, il faut que j’en mette un coup.
— Ça va mieux alors ?
— T’inquiète.
L’après midi se passe chacun de son côté, en s’ignorant poliment, histoire de faire semblant d’oublier l’incident.
Lundi matin, John s’excuse auprès de Louis, mais il ne viendra pas à la base avec lui. Il lui explique qu’il va s’inscrire à une salle de sport pour se préparer.
— Mais il y a la salle de la Base où tu peux venir quand tu veux, gratuitement.
— Je serai mieux en ville, loin des avions. Ils m’envahissent un peu trop l’esprit.
Louis, est de plus en plus étonné, mais après tout, John est majeur et vacciné, et il est encore considéré convalescent. Il n’est pas tenu de se présenter à la base.
Mardi matin, une mauvaise nouvelle vient d’arriver à la base. Lors d’un exercice en basse altitude, un AlphaJet de la base de Tours s’est écrasé sur des bâtiments qui accueillaient des personnes handicapées, à Vouvray. Les deux pilotes ont pu s’éjecter, mais l’accident a fait un mort et plusieurs blessés au sol. De plus, le pilote instructeur est gravement blessé, car le siège éjectable n’était pas conçu pour une éjection trop près du sol. L’élève pilote a quant à lui eu plus de chance et ne souffre que de légères contusions.
La base 120 est concernée car un de ses pilotes instructeurs est dépêché sur place pour l’enquête. L’ambiance est alourdie par cet événement qui les touche au plus près, puisqu’il s’agit d’un AlphaJet, et rappelle à chacun des pilotes que le danger n’est pas très loin.
John quitte la base comme pour reprendre une bouffée d’air frais après être resté trop longtemps la tête sous l’eau. Il retrouve Louis le soir tard, mais l’ambiance n’est plus à la fête. John parait préoccupé. Probablement perturbé par l’accident, mais également par l’approche de ses examens qui le stressent. Le peu de temps qu’ils passent ensemble, John est sur son ordinateur portable. Louis remarque qu’il se connecte à l’abri des regards, de son regard, puisqu’il est seul à partager cet appartement avec John. Encore un changement d’attitude que relève Louis. En effet, d’habitude, c’est sur le canapé sans aucune pudeur informatique, qu’il surfe. L’ordinateur semble engloutir le peu de temps qu’il pourrait leur rester, ce qui agace Louis, qui ne le montre pas.
Mercredi matin, John accompagne Louis à la base puis s'éclipse le reste de la journée et de la soirée.
Cet emploi du temps, pour le moins décousu et irrégulier, ne colle pas avec la discipline très militaire que s’inflige John depuis des années. Louis décide qu’ils devront avoir une conversation très sérieuse ce weekend, et qu’il saura ce que cache cette attitude. Après tout, John vit chez lui et ils sont amis. Pourquoi refuserait-il de se livrer ? Et s’il le faut, il le menacera de le mettre dehors... S’il s’en trouve le courage…
Julie est une très jolie femme, même si elle ne serait probablement pas d’accord avec cette affirmation. Ses filles, Marine et Emma, la comparent souvent à Hagrid, le célèbre personnage de Harry Potter, à cause de sa volumineuse tignasse, longue et frisée. Michael attribuerait plutôt cette chevelure à une déesse ou à une sirène. C’est d’ailleurs le surnom qu’il a donné à celle qui partage sa vie depuis douze ans : « ma petite sirène ».
Avant il y avait eu Jérôme, le père biologique des filles, comme elles disent. Celui-là n’avait compris qu’après la deuxième naissance qu’il serait bien incapable d’assurer en tant que père. C’est donc tout naturellement qu’il avait fui ses responsabilités, et que depuis, il s’était toujours tenu à cette ligne de conduite. La relation avec ses filles s’était résumé à deux SMS par an pendant douze ans: un à Noël, et un autre à leurs anniversaires. Chaque fois, il leur avait fait miroiter un cadeau, cadeau qu’elles n’ont bien sûr jamais reçu. Après toutes ces années de ce qui ressemble à de la lâcheté, il continue cette mascarade, comme si de rien n’était. Il y a bien longtemps que les filles ne sont plus dupes, mais les premières années, il avait fallu faire preuve de beaucoup de diplomatie pour consoler les déceptions sans dénigrer ce soi-disant père. Michael s’est toujours demandé si Jérôme était idiot ou... En fait, il sait qu’il est bête à manger du foin. Il en avait eu la preuve quand ils avaient eu l’occasion de parler ensemble. Michael pensait que ce serait bon pour les filles de renouer avec leur père mais il avait vite fait machine arrière, quand, après quelques phrases remplies d’autant d’excuses bidons que de mensonges énormes, il s’était rendu compte de son erreur. Il n’y avait pas de jalousie de la part de Michael. Jérôme avait été là avant, et il respectait le choix de Julie, même s’il ne le comprenait pas. Mais, plus que la jalousie, c’est l’attitude de cet « ex » qui l’agaçait au plus haut point. Jérôme était artisan, et son affaire avait toujours battu de l’aile. Juste après leur séparation, Julie s’était sentie obligée de lui prêter une grosse somme d’argent pour qu’il ne coule pas. Elle ne voulait pas que le père de ses enfants soit à la rue. Il s’était engagé à la lui rembourser tous les mois. Mais là encore, ni le premier mois, ni les suivants ne virent le moindre centime. Quelques années plus tard, il avait eu le culot de revenir à la charge, réclamant une nouvelle aide en pleurant et menaçant de se suicider. Apparemment, d’après Julie, c’était une de ses méthodes préférées pour l’attendrir. Michael avait été très en colère, et ils en étaient presque venus aux mains. L’année suivante, l’affaire de Jérôme avait effectivement coulé. Julie avait réclamé le remboursement de son prêt, mais les mensonges et les menaces en tout genre avaient définitivement enterré cet argent sous les dettes. À cette époque, Michael et Jérôme ne pouvaient plus entendre parler l’un de l’autre. Même devant les filles, les insultes pleuvaient sans retenue à la moindre occasion. Depuis l’eau a coulé sous les ponts, mais, le hiatus était bien installé et pas près de se résorber. Michael n’avait jamais su pourquoi Jérôme et Julie s’étaient séparés, mais, peu importe la vraie raison, la question était surtout pourquoi s’étaient-ils mis ensemble.
Michael trouve Julie très belle au naturel, mais quand elle se maquille et « s'apprête » comme elle dit, elle devient presque irréelle de beauté. Les yeux marrons, elle n’est pas très grande, mais posée sur des talons aiguilles, ses jambes feraient fondre n’importe quel honnête homme. D’ailleurs, quand ils se baladent ensemble quelques fois sur les quais de Bordeaux ou sur le front de mer d’Arcachon, main dans la main, il n’est pas dupe des regards envieux des hommes, tout aussi obliques que ceux des femmes, tordues de jalousie. Il en est très fier. Julie est ce qui lui est arrivé de mieux depuis de longues années.
Ils s’étaient rencontrés à l’école de musique de La Teste. Elle prenait des cours de piano, et Michael était son professeur. Lui, était tout de suite tombé sous le charme. Par contre, il avait dû faire énormément d’efforts pour qu’elle finisse par voir en lui quelque chose d’autre qu’un prof de piano. Brun, cheveux en brosse, et de taille standard, comme il le dit lui-même, c’est plutôt sur ses beaux yeux noirs bordés de longs cils que les filles craquent. Son look avait beaucoup évolué. D’un survêtement de sport avec des tennis, il était passé au chemise/ jean/converses. Il s’était mis à faire attention, avant de l’avoir en cours, de se raser, se parfumer et d’éliminer les poils inesthétiques du nez et des oreilles. Quelques fois, il troquait la chemise, contre un teeshirt moulant, laissant deviner les muscles de son corps de sportif. Il espérait qu’elle le remarquerait.
Chaque semaine, pour le cours de piano, il sortait le grand jeu de la séduction, en essayant de ne pas tomber dans les clichés. Pas de « on prend un verre après le cours ? » Ou « je vous raccompagne ? ». Non pas ce genre de séducteur. C’était plutôt « naturel » : les regards appuyés légèrement gênés derrière des sourires timides. Les performances pianistiques devenaient plus démonstratives. C’était son atout principal, alors pourquoi ne pas l’exploiter. Puis, dès qu’il le pouvait, sans s’imposer, il chantait en s’accompagnant au piano, soit disant pour travailler les accords. En fait, il avait remarqué que Julie n’était pas indifférente à sa musicalité. De temps en temps, comme ça peut se produire en cours de piano, leurs peaux se frôlaient au moment de corriger une position de mains. Parfois, pour éviter à Julie de quitter le piano, il passait derrière elle et lui montrait la bonne façon de faire en l’entourant de ses bras. Il adorait ses moments, mais n’en abusait pas, de peur de paraître trop entreprenant. De plus, il n’arrivait pas à savoir si ce qu’elle aimait en lui relevait plus de la pédagogie ou de la sensualité qui se dégageait de ses instants fugaces. De semaine en semaine, les regards s’appuyèrent davantage, les sourires se libérèrent, les arpèges s’étoffèrent sur sa voix veloutée, les frôlements devinrent plus nombreux et plus appuyés jusqu’à devenir des frottements. Il poussa toujours plus loin, aspiré par le désir, et surtout, attisé par le « laisser faire » de Julie.
Un soir de septembre, elle était venue à l’école de musique à pied. Le soleil d’une soirée de fin d’été l’avait décidée. L’heure avait été moins pianistique, et ils avaient beaucoup parlé. Mais pendant cette heure, le ciel s’était sévèrement assombri, et des éclairs commencèrent à déchirer l’azur. De grosses gouttes charnues explosaient en milles éclaboussures en touchant le sol. La moiteur pesante ne laissait rien présager de bon. Michael proposa de la raccompagner avec une politesse qui peinait à cacher l’excitation de cette opportunité.
C’était donc cela qu’on appelle « un cadeau du ciel »?
Julie avait fait semblant d’être obligée d’accepter, mais elle savait bien au fond d’elle, que s’il lui avait fait la même proposition par un grand soleil, elle l’aurait tout de même suivi, contrainte par une autre raison qu’elle aurait inventée.
Dans la voiture, l’atmosphère était encore plus moite et plus chaude que dehors. La politesse de l’un fut balayée par le même souffle qui emporta la fausse gène de l’autre. Au premier feu rouge, leurs regards se comprirent et leurs lèvres furent prises dans un tourbillon, un cyclone qui aspirait tout autour de lui, comme le temps qui vit trois fois le feu passer au vert, comme les Klaxons qui n’eurent aucun effet, pas plus que les appels de phares. Ce n’est qu’à cause de l’essoufflement que les deux bouches se séparèrent. Les regards engourdis, les sourires complices, et les mains impatientes, Il fallut bien reprendre la route. Mais ce n’était qu’un regret partagé qu’il fallait vite soulager.
C’était il y a douze ans. D’un orage soudain, était né l’amour. Marine et Emma avaient pris Michael comme père assez rapidement, rôle qu’il est fier de remplir du mieux qu’il pouvait. Nul ne peut dire laquelle des deux est la plus belle. Emma, a les cheveux châtains clairs jusqu’à la taille, et les yeux bleus comme un ciel d’août. Marine est brune et depuis une récente pulsion, les cheveux courts. Ses yeux bleus océan dans lesquels bien des garçons se noient, se perdent quelques fois dans les brumes de l’adolescence.
Tous les quatre habitent dans une bâtisse en bois qu’ils ont acheté il y a cinq ans et que Michael a séparé en deux. D’un côté l’école de musique, et de l’autre un appartement qui demande encore de gros travaux avant d’être conforme à ses plans.
Quand il ne donne pas de cours, il compose dans son studio. Quand il ne compose pas il répète avec son groupe, et le reste du temps, il le consacre aux travaux. Il se réserve quand même tous ses jeudis matin pour aller courir. Pas question d’en louper un, à moins d’une grosse maladie ou d’une excuse en acier trempé.
Julie est Atsem dans une école de La Teste. Elle est censée aider la maîtresse en classe. En réalité, elle s’occupe des enfants bien sûr, mais aussi d’assister la directrice, de recevoir les parents, d’ouvrir et de fermer l’école, sans compter quelques menus ménages. En fait, ses journées sont bien remplies et elle est bien heureuse de se détendre sur le piano de la maison en rentrant le soir. Elle ne prend plus vraiment de cours avec Michael, mais elle peut compter sur lui quand une difficulté survient sur le clavier ou sur la partition.
Ils forment une famille heureuse, avec le quotidien à gérer : les factures, les petits coups de fatigues, les positions parfois rebelles des filles s’affirmant en tant qu’ados dignes de ce nom, le tout en faisant attention de ne pas sombrer dans la routine, qui leur fait si peur à tous les deux,. Ils n’avaient jamais hésité à faire garder les filles quand elles étaient petites, pour s’évader en voiture. Ils faisaient parfois beaucoup de kilomètres, mais chaque fois, ils atterrissaient sur un bord de mer. C’était leur truc, le bord de mer. Plus ils s’éloignaient de l’eau, plus ils se noyaient. Les côtes, de la Bretagne au Pays Basque espagnol ont toutes reçu leur visite. Même l’autre côté, du cap d’Agde à Barcelone, et de Marseille à la Corse. Le vent, les cailloux et les oliviers sont imprimés sur bon nombre de photos prises avec leurs Smartphones de compétition. La plupart du temps, ils dorment dans la voiture dont le coffre, suffisamment grand, accueille un matelas. Julie prévoit tout pour passer le séjour, et Michael gère le trajet. Leur record : sept jours et sept nuits pour faire le tour de la Corse sans mettre le pied dans un hôtel ou un camping. Non, la routine n’avait pas de place dans leur vie.
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En ce mercredi 24 septembre, Michael s’apprête à donner sa journée de cours. Il se remémore son emploi du temps. Au début du mois, les inscriptions à l’école de musique s’étaient bousculées, avec des débutants, des amateurs, des enfants, des adultes, d’anciens élèves et des nouveaux. Michael avait essayé de caser tous ces nouveaux élèves dans son planning du mercredi après-midi puisque les parents doivent y caler toutes les activités de leurs progénitures. Il les avait regroupés par quatre à chaque heure. Le matin et le soir, ce sont les adultes. Ceux-là prennent des cours particuliers. Certains adultes viennent là plus pour discuter que pour apprendre le piano. Il y a quelques anciens élèves avec qui il accroche plus, comme Valérie, très cool. Elle bosse bien, mais n’est pas avare en bavardages, souvent sur la musique comme le dernier concert de Sting à Arcachon, ou encore ses cours de flûte au conservatoire avec une prof caractérielle. Ou encore Michel, qui a largement dépassé la soixantaine, et passe son temps à raconter ses exploits passés, au chant. les nouveaux qui sont arrivés début septembre. Il les a déjà jaugés et sait désormais avec qui il passera une heure agréable par semaine, et avec qui il regardera la montre, tout en restant professionnel. Enfin, les retardataires qui n’arrivent que maintenant, comme René, qui s’essaye cette année au piano, comme il s’était essayé à l’arc l’an passé, ou à la marche en groupe il y a deux ans... Ou encore Jonathan, le dernier inscrit. Il était passé avant hier, alors que l’école était ouverte depuis trois semaines. Il voulait un créneau coûte que coûte, même s’il n’en restait plus. Il a l’air d’être aussi doué pour le piano qu’un manchot pour le tennis. Par contre il est très bavard, et rien que le temps de l’inscription, ils s’étaient déjà échangé des « plans » footing, passion commune, à défaut du piano. Michael l’a calé entre midi et treize heures, avec un premier cours aujourd’hui : il n’aura qu’une heure pour manger, si la conversation ne dure pas trop.
Le mercredi, Julie ne travaille que le matin, l’école étant fermée l’après midi. Avant de partir, Michael lui avait dit qu’il avait un cours à midi. Il lui avait fait comprendre que si le repas était prêt à treize heures, elle serait un amour de petite sirène. Ça lui permettrait de se poser un quart d’heure avant de reprendre pour un après midi marathon.
Quand Michael arrive à 13h10, le temps de fermer l’école de musique et de venir, le repas est chaud, servi, et très appétissant. Un gros bisou de remerciement s’abat sur la joue de Julie. Elle lui répond en posant ses lèvres sur les siennes. Sa langue se promène, comme si elle cherchait l’ouverture sans vouloir la trouver. Les corps, aussi chauds que le repas, cherchent un moyen de se refroidir. La frustration doit prendre le dessus car le temps n’attend pas, et le repas non plus. Les yeux et les sourcils bas marquent la déception. Ce qui incite Michael à la serrer dans ses bras. S’en suit une volée de regards tous plus allumeurs les uns que les autres pendant qu’ils s’installent à table.
Julie commence à raconter sa matinée, sur l’élan de sa bonne humeur. La petite moitié de mercredi travaillé remonte à la surface et le feu se calme :
— J’ai proposé à la directrice d’organiser une sortie sur le Bassin avec notre classe.
— Alors ?
— Et bien, non seulement elle est partante, mais elle va le proposer à toutes les classes.
— C’est bon ça !
— J’ai du pain sur la planche. Je vais faire ça au printemps, ça me laisse un peu de temps. Et toi ta matinée ?
— Rien de bien passionnant, si ce n’est Jonathan, le dernier. Celui-là c’est un « champion du monde » ! En une heure, il a du toucher le piano trois fois. Franchement, il s’en fout, je ne sais pas pourquoi il vient...
— Qu’est ce vous faites le reste du temps ?
— On parle footing. Il n’a pas trop de méthode, alors je lui explique comment je fais... Mais payer 40 euros de l’heure pour parler footing, j’ai vraiment eu l’impression de le voler. En plus il est sympa.
— Mais, t’essayes pas de lui dire ?
— Ben si ! Les trois fois qu’il a touché le piano !!! Si c’est comme ça la prochaine fois, je lui dis carrément d’arrêter, je le rembourse, et qu’il aille s’inscrire dans un club d’athlé... En plus, ça nous fera une heure de plus ensemble.
Le repas est englouti en quelques minutes, et Julie s’assoit dans le canapé pendant que Michael prépare le café. Il aura son petit quart d’heure de repos pendant lequel il a le temps de somnoler, avant de retrouver ses élèves. Il ne peut s’empêcher de faire remarquer à Julie qu’il s’endort plus vite après l’amour.
— Ça peut encore s’arranger ! Lui répond-elle en décroisant ses jambes.
— Je crois que c’est un peu tard maintenant.
— Je peux battre notre record si tu veux !
Michael apporte le café, puis rend le coup de langue à sa dulcinée. Il pose enfin un bisou sur sa joue, comme un point d’arrêt à ce petit jeu, avant de s’affaler en vue d’un petit somme.
L’après midi passe assez vite, entre les gamins qui le trouvent très sympa, et les adultes du soir qui progressent déjà. Cette année s’annonce bien.
Le soir, il prépare son survêtement pour le footing du lendemain. La seule concession qu’il cède à la routine. Mais aussi le seul moyen, pour lui, de s’assurer un peu de sport dans la semaine, ses autres activités sportives étant tributaires de son humeur, de ses envies ou de celles de Julie.
Samedi midi, le 27, pour le déjeuner, Louis emmène John au Cabanon, un resto bien sympathique de La Teste. L’ambiance y est chaleureuse et plutôt intimiste, distillée par les effluves de bois qui composent cent pour cent de la structure et de la décoration. Si le beau temps annoncé est au rendez vous, ils pourront s’installer sur la terrasse. Tous ces ingrédients devraient permettre aux deux complices de se détendre et de faciliter la conversation... C’est en tout cas le projet de Louis. Après un petit apéro alcoolisé en guise de sérum de vérité, et avoir abordé toutes les banalités de leurs vies personnelles, professionnelles, puis commenté l’actualité politique, Louis tente une première approche, comme s’il passait au dessus de sa cible, avec son avion de chasse, pour mieux la discerner.
— Au fait, tu as trouvé ta salle de sport ?
— Euh... Pas encore inscrit, j’ai fait un peu le tour. Je voudrais une salle où les machines sont guidées, j’aurai moins de risque de me blesser. C’est pas le moment de forcer.
— C’est à ça que tu passes tes journées ?
— Louis ! Je sais que tu t’inquiètes pour moi. J’ai mes raisons et elles sont personnelles. Mais rassure-toi, ma santé va bien, et les examens te le prouveront sans aucun doute.
— Mais... Samedi dernier... Qu’est ce qui s’est passé ? Si ce n’est pas un problème de santé.
— N’insiste pas s’il te plait, et fais moi confiance. Je ne veux pas en parler. Respecte ça.
Le ton monte un peu.
— Comme tu veux.
Louis lui donne un peu de répit, un peu de commérages sur la base et quelques verres de Pessac Léognan pour y dissoudre la réticence avant de revenir à la charge au moment où le serveur amène les entrées.
— Tu fais quoi sur ton ordi tous les soirs ? Tu ne te cachais pas avant.
— Eh, on est pas mariés. C’est quoi ces questions ?
