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Roman de Science-Fiction/Fantasy interdit aux moins de 18 ans. An 3066 : Lamia, issue de parents inconnus, à Paris, vit son existence de jeune fille amoureuse et libertine dans une société dominée par les femmes, issue des ruines de « La Guerre Ultime ». Dans ce monde, les énergies fossiles sont épuisées et le progrès technique banni. Des extraterrestres aux desseins obscurs ont envahi la terre et menacent son existence même. Une nuit, Nicolas Flamel, l'alchimiste, apparaît à notre héroïne. Il l'implore de remonter le cours du temps pour découvrir les secrets de l'énergie universelle que détiendrait Nikola Tesla, savant génial et iconoclaste du début vingtième siècle. Pour cela, tout d'abord, elle part au royaume d'Armor, un royaume hors du temps et de notre dimension où elle apprendra des techniques qui lui permettront de mener à bien sa mission palpitante. Elle y fera connaissance de ses compagnons d'aventure : Stéphane le scientifique, et Cynthia la pulpeuse espionne.
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Seitenzahl: 333
Veröffentlichungsjahr: 2018
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A tous mes lecteurs et en particulier mes lectrices qui, par leurs lectures, leurs commentaires ou leurs petites attentions, me soutiennent dans cette aventure qu’est l’écriture.
Dédicace :
Lamia
Sur l’île de la cité
Le conseil des Anciennes
Nicolas Flamel
Valérian en expédition
Lamia en Armor
Téléportation
Séduction
Des gueux
Suggestion
Voler, ce n’est pas bien
Temps libre
Une nouvelle venue
La valse
Symposium
Larcin
Chair fraîche
La secrétaire
Flux hors essence
Allumer le feu
La communauté
Fréquence Gaïa
Boule de cristal
Retour à la source
De retour à Paris
L’Hétaïre cosmique, la Révélation
Épilogue
Au sujet de l'auteur
Lamia gémit. Des rigoles humectaient les bords crénelés et plissés de ses lèvres extérieures qui s’ouvraient sous les mouvements de ses doigts enfiévrés. Des larmes salées coulaient sur le mont de vénus, s’infiltraient dans les sous-bois ombragés de son pubis. Ses doigts errèrent entre les poils, stimulèrent le clitoris puis se glissèrent dans sa cavité humide.
Ses hanches se soulevèrent pour augmenter la pénétration agile et affolante. Elle caressait en même temps son ventre, gourmandait ses seins de caresses, titillait ses mamelons qui devenaient le sommet volcanique d’une activité jouissive.
La veille, Lamia avait perdu sa virginité avec Paul. Elle se remémorait ce moment exceptionnel et s’octroyait un plaisir solitaire dans son lit de jeune fille.
« Lamia ! »
En criant son nom, Paul s’était enfoncé dans son sexe virginal, et cette première intrusion avait provoqué un sursaut de douleur. Il l’avait pénétrée d’un coup, après qu’elle se fut enflammée sous les caresses et lui eut hurlé son envie de lui : « Viens ». Sursaut de douleur suivi d’un plaisir nouveau.
Lamia activait ses mains de plus en plus rapidement, la jouissance venait. Son corps enivré de plaisir s’arquait. Elle étouffa un cri dans l’oreiller à la toile rêche. Sous la grosse couverture en peau de loup, son corps cessa de s’agiter, elle savoura la sensation de béatitude.
Pourtant Paul n’était pas le garçon à qui, selon la tradition, elle avait promis d’offrir sa virginité. Elle avait embrassé et mordu son amoureux, son Valérian, dans le cou jusqu’au sang et avait marqué au charbon noir sa joue gauche d’un « LA » qui voulait dire Lamia. Toujours selon la tradition, le garçon devait rester un jour avec cette marque pour que tout son entourage sache qu’il avait été choisi par une jeune femme pour la dépuceler.
Oui, mais Lamia était comme une braise qui s’enflamme au vent. Nombreux étaient les garçons émus par les charmes pulpeux de cette belle brune à la voix douce et légèrement grave, au regard intense et sauvage. Une constellation de grains de beauté dans la vallée de ses seins achevait de lui donner un charme redoutable. Depuis un moment, Paul lui tournait autour et Lamia était sensible à la chaleur de son désir, d’autant plus que physiquement il l’attirait beaucoup. Elle n’était pas amoureuse de lui à la différence de ce qu’elle ressentait pour Valérian. Pourtant Paul dégageait quelque chose d’extrêmement érotique dans ses regards, ses attitudes. Pour une jeune fille en fleur comme elle, c’était délicieusement troublant et tentant.
À peine sa vie de jeune femme commencée, Lamia avait donc trompé et n’éprouvait guère de remords. Elle avait été remarquablement baisée par un jeune homme expérimenté, elle avait joui comme une folle, elle n’avait pas de regrets d’autant que Paul lui avait promis le secret.
À l’extérieur du lit, il faisait froid. Depuis l’escalier au bois vermoulu, les fumets de la cuisine de sa grand-mère montaient vers sa chambre. D’après les Grands Anciens, à l’époque de l’industrialisation, les gens pouvaient se chauffer à l’électricité, ou au gaz, au fuel… « L’électricité », quel mot magique.
Nicolas la regardait de ses grands yeux verts ou jaunes suivant la lumière du jour et semblait partager ses pensées. Elle avait appelé ainsi son chat car elle habitait rue Nicolas Flamel dans l’ancien domicile de l’alchimiste1 qui appartenait à une époque depuis longtemps ignorée, même des anciens.
« Lamia, descends, on va manger ! »
Lamia s’habilla rapidement d’un pantalon en lin et d’un gros pull qui irritait ses seins et se revêtit de sa doudoune en peau de mouton.
« J’arrive ! »
La jeune fille dégringola de l’escalier et se précipita vers la table. L’âtre tout près la réchauffait, c’était un vrai bonheur.
Sa grand-mère préparait un ragoût de mouton. C’était un plat qu’anciennement on aurait dit arabe mais, bien sûr maintenant que n’existaient plus les divisions, ce mot était censé ne plus avoir grand sens. N’existaient plus aucune nation, clan, ethnie, pays. Depuis la « Guerre Ultime », c’était formellement interdit.
« Dis, grand-mère, c’est vrai qu’avant il existait des machines lourdes en métal qui pouvaient avancer toutes seules sans ânes, ni chevaux, ni bœufs ? Des “voitures” ? »
Sa grand-mère était la récipiendaire d’une longue lignée, les Keshiv, qui avait pour tâche de transmettre la mémoire et diriger la communauté. Malheureusement elle n’avait eu que des fils. Aussi, quand elle avait découvert un matin d’été, Lamia, bébé abandonné et vagissant, sur le pas de la porte, elle s’était dit que la Grande Mère Universelle avait bien fait les choses une fois de plus.
Beaucoup lui prêtaient un talent de prescience et de sagesse peu commune, ce qui imposait un respect et une autorité naturelle. Elle regarda sa petite fille et dit :
« Non, elles n’avançaient pas toutes seules ma chérie… Énergie, tout est énergie… Elles avançaient grâce à une ressource qui n’existe plus : le pétrole et plus tard grâce à l’électricité fournie par des centrales qui elles-mêmes fonctionnaient avec un minerai qui n’existe plus : l’uranium… oui qui n’existe plus… C’est mieux ainsi. »
Lamia l’écoutait, admirative : sa grand-mère était un puits de savoir et d’histoires incroyables.
Sakhia, sa grand-mère, reprit :
« D’après la doctrine des Anciens, sur laquelle est fondé tout notre mode de vie, cette époque était littéralement dominée par le diable2, qui s’y entend en divisions et en petites coupures. Or c’est bien, par exemple, la division poussée du travail qui conduisit l’homme à épuiser les ressources naturelles et qui finit par engendrer une guerre pour la conquête des dernières ressources. C’est pourquoi la division du travail et le progrès technique dans notre société sont interdits. C’est aussi pour cela que nous avons confié le pouvoir politique aux femmes car nous sommes plus près de la nature et de l’Harmonie universelle. »
Comme à son habitude, tout en parlant, sa grand-mère manipulait ses cartes de tarot. Elle en sortit une puis regarda fixement sa petite fille… « Mais même notre société a besoin d’évoluer. »
Lamia regarda la carte qu’avait tirée sa grand-mère : c’était la mort, la lame XIII du tarot de Marseille.
Après avoir mangé le délicieux tajine de mouton, Lamia sortit et se dirigea vers la pointe de l’île de la cité où Valérian devait la rejoindre.
1 Nicolas Flamel est un alchimiste de la fin du XIVème siècle.
2 Étymologiquement, diable vient du grec « diabolos » qui veut dire division.
Lamia traversait les paysages en ruines de Paris. Tout d’abord la tour St Jacques qui éventrait le ciel bleu telle une lame de poignard à demi-ébréchée quand tant d’autres monuments parisiens avaient connu la ruine. Cet édifice de calcaire blanc était la survivance triomphante d’un passé depuis longtemps révolu qui voyait les différents savoirs théologiques, philosophiques et scientifiques unis. Un passé à l’expressivité fabuleuse qui intriguait par ses figures grimaçantes – les gargouilles, ses symboles mystérieux, ses messages claironnants mais incompréhensibles. Des messages figés dans la pierre dont la patine donnait un charme indéfinissable. Les rosiers avaient envahi le square en contrebas de la tour. Un panneau depuis longtemps dévoré par la rouille affichait encore péniblement les horaires d’ouverture et de fermeture. Lamia poussa la petite porte en fer dont les ressorts jouaient encore en partie. Dans la végétation luxuriante, la belle plante se fraya un chemin grâce au sentier maintes fois emprunté par la petite communauté survivante de « L’Ultime Guerre ». L’humanité avait connu après l’épuisement des ressources naturelles en énergie de gros problèmes logistiques pour l’alimentation en nourriture des mégalopoles. Famines, épidémies, guerres barbares et nucléaires avaient été les symptômes de soubresauts inéluctables. Tout l’appareil industriel s’était effondré.
« L’Ultime Guerre » avait saigné les populations des pays développés pour défendre leurs frontières et privilèges.
Il advint un moment où la guerre avait tellement ravagé la Terre, que les structures de tous ordres avaient été détruites. Il se forma bientôt un conseil des Anciens qui communiquait par des affiches placardées sur les monuments ou endroits des villes les plus fréquentées du monde. Leur légitimité venait de la prise de conscience que l’homme s’était retrouvé dans une impasse et que les solutions des sages allaient dans le sens d’une évolution à la fois viable pour l’homme et la Terre.
Personne ne connaissait l’identité de ces sages, c’étaient leurs idées dont l’évidence était frappante, qui circulaient et s’imposaient sur toute la surface de la terre. Bientôt des communautés d’hommes se constituèrent autour des préceptes du Conseil.
Lamia arriva à la place du Châtelet. Les jets d’eau ne fonctionnaient plus depuis longtemps, les sphinx à moitié défigurés et au béton fondu, statues sinistres dans cet hiver, donnaient une couleur fantastique à l’endroit entouré par les murs des bâtiments à la façade classique et du théâtre à moitié effondré.
Elle croisa quelques personnes, qui portaient toutes des vêtements aussi rudimentaires que le sien. Un signe parfois indiquait qu’ils appartenaient à une guilde particulière.
Lamia appartenait à la guilde des sages, dont le nombre des membres était extrêmement réduit. Elle regroupait les anciennes dirigeantes de la communauté vivant à Paris ainsi que les jeunes femmes, le plus souvent liées par le sang à ces membres, dont on espérait qu’elles pourraient prendre la relève au conseil.
Lamia traversa le pont qui l’amenait à l’île de la cité. La Seine coulait abondante entre les piliers. Des pêcheurs assis sur les bords des quais attendaient patiemment que le poisson morde. Les prises étaient nombreuses. Elle les observa un moment. Un jeune homme, assez grand, brun aux yeux bleus, les cheveux ondulés la regardait tout en tirant de temps en temps une ficelle qui devait être reliée à un hameçon.
Puis elle continua son chemin et alla saluer Notre Dame de Paris. Le parvis aux pavés descellés, la moitié de la toiture éventrée par une bombe, des chimères lançaient leurs imprécations contre les humiliations guerrières et sacrilèges. Avec Valérian, ils aimaient à discuter la nuit venue, avec au-dessus d’eux le ciel étoilé frangé par les restes de la voûte dans la cathédrale. C’était aussi le lieu de câlins prolongés entre les travées en bois quand les chauves-souris commençaient leur manège cliquetant.
Elle arriva à leur point de rendez-vous. Valérian l’attendait à la pointe de l’île de la cité sous un saule pleureur. Assis en tailleur à écrire une chanson ou conter une histoire, on eût dit qu’il était à la pointe de l’étrave d’un bateau.
Elle vint silencieusement derrière lui et observa par-dessus son épaule ce qu’il écrivait :
Le flot de ta peau
Bat contre mon corps.
J’embrasse tes cheveux d’or,
Mes lèvres s’ouvrent à ta chaleur.
Il est tôt,
Je te salue Ô soleil.
Elle se pencha, ses longs cheveux bruns vinrent effleurer le cou de Valérian. Il porta une main à la nuque de la jeune femme désormais toute proche, l’incitant à se baisser plus encore : leurs lèvres se joignirent.
Puis la bouche gourmande de Valérian s’abrita dans l’encolure de sa belle gazelle.
Lamia frémit et s’assit sur les cuisses en tailleur de Valérian, les pieds collés derrière son dos. Elle avait envie de lui. Elle sentit le membre se dresser en ce bel après-midi d’hiver.
Lamia avait mis une grande jupe en laine.
« Lamia…
— Valérian… »
Elle écarta la toile du pantalon et se saisit du pénis. Elle en appréciait la peau douce du prépuce, le branlait doucement pour mieux apprécier ce corps magique. D’une main ferme, elle le dirigea vers les lèvres de son sexe.
Valérian gémit.
« Si tu veux, tu me prends maintenant.
— Non ma chérie, tu sais que ce n’est pas en accord avec la tradition… ahhhhhh.
— Vraiment tu ne veux pas ?
— Je désire mais ne dois pas, continue de me branler contre ton sexe, ne me laisse pas !
— Très bien… Mais t’as intérêt à te rattraper après ! »
Lamia continua de caresser voluptueusement le pénis de Valérian tout en le frottant contre les lèvres de plus en plus humides de son intimité.
Valérian glissa une de ses mains en dessous de ses fesses, et de l’autre effleura les lèvres extérieures de son sexe, son clitoris. Lamia se colla contre lui. Son sexe était en feu. Le souffle de Valérian accélérait dangereusement, elle ralentit le mouvement afin d’amener son partenaire jusqu’à l’acmé du plaisir. Les doigts de Valérian allumaient mille feux dans son corps. Lamia haletait. Valérian engagea son majeur et son index, et la fit jouir une première fois. Elle se dégagea de la position et précipita sa bouche vers le pénis tendu et violacé. Elle le pompa vigoureusement jusqu’à ce que le foutre lui emplisse la bouche. Goût de soja. Avec malice, elle le regarda puis alla cracher un peu plus loin la semence. La saveur était bonne mais la substance par trop gluante, elle toussait après-coup si elle l’avalait.
Repus, ils se tenaient assis côte à côte, savourant ce moment d’unité et de silence. Valérian prit une longue flûte en roseau, un ney, dans sa sacoche et se mit à jouer.
Les accents profonds et envoûtants s’envolèrent dans les airs et habillèrent le couple d’un manteau ensorceleur.
Lamia ferma les yeux. Elle se leva et commença à tournoyer sur place dans une cadence de plus en plus rapide. Valérian la regardait évoluer, habitée par un autre monde. Les bracelets aux chevilles tintaient. Lamia étendit les bras en même temps qu’elle virevoltait sur elle-même et que le monde environnant disparaissait.
Voyageuse de l’espace, elle vit s’approcher des formes obscures, noires, effilées et menaçantes. Des yeux de feu, de noirs desseins. Les extraterrestres, les reptiliens comme on les appelait. Un tube énorme qui plonge dans les entrailles de la terre, souffrance, Lamia est connectée à l’âme de la Terre. Yeux de feu qui la dévisagent, main griffue qui s’étend et broie le cœur. En sueur Lamia s’effondre sur le sol.
« Lamia, qu’as-tu vu ?
— Les reptiliens. Ils préparent quelque chose. Ils vont faire du mal à la Terre. »
Valérian l’aida à s’asseoir contre le tronc du saule.
« Justement, ma chérie, il fallait que je t’en parle. Je vais être envoyé pour ma première mission de reconnaissance. Des guetteurs nous ont signalé des mouvements suspects de navires volants. Les messages, qu’ils soient transmis par les pigeons voyageurs ou par les estafettes, restent alarmants. Il semblerait que les reptiliens soient de plus en plus nombreux à envahir les montagnes de l’Auvergne. Mais nous ne comprenons pas leur but.
— Mais… Tu pars quand ?
— Demain matin, après le conseil des Anciennes.
— Putain et c’est maintenant que tu m’apprends ça ! Valérian je veux qu’on fasse l’amour avant ton départ !
— Non ma chérie, tu sais très bien que la tradition nous impose de le faire au solstice d’été, pour cette première ouverture. Je ne veux pas gâcher ce symbole.
— Mais qu’est ce que ça change de le faire maintenant ou dans quelques mois ! Et ta mission est dangereuse, tu comprends ? Je veux que tu me baises !
— Non. »
Valérian caresse tendrement la joue de Lamia qui repousse sa main.
« De toute manière, tu ne m’aimes pas. C’est toujours moi qui dois venir vers toi. Tu es perdu dans tes pensées artistiques et, du bout des lèvres, tu me dis que tu m’aimes comme si tu m’observais d’une autre planète…
— Tu es injuste Lamia. Tu sais très bien que dans notre société, c’est la femme qui doit faire les premiers pas. L’homme ensuite dit à la femme s’il est intéressé. Comment me jugerait-on si je venais vers toi ? Toute ma réputation d’homme en devenir en souffrirait. »
Lamia se contint car elle allait lui dire que ce qu’il lui refusait, un autre homme le lui avait déjà offert et de quelle manière ! Mais elle était en rage de voir son amoureux aussi raisonnable et pourtant aussi déroutant par son côté artistique.
De plus, en tant que membre observateur du conseil des Anciennes, elle se devait de respecter les codes de leur société, autrement comment aurait-elle été légitime aux yeux de la population ?
Enfant, elle se revoyait avec Valérian quand ils se battaient dans le jardin du Luxembourg, quand elle faisait semblant d’être contrariée pour un oui ou pour un non et commençait à le boxer. Ou quand ensemble, ils grimpaient dans un arbre pour admirer le bassin et les restes de statues, témoins d’une époque très lointaine. Ils étaient alors comme deux copains. Lamia, même si elle s’était féminisée, avait gardé ces traits de caractère un peu brutaux, sans apprêts, avec un franc-parler qui contrastait souvent avec les jeunes filles de son âge.
Valérian fouilla dans sa sacoche et en sortit un pendentif. Il le tendit à Lamia qui l’examina. Le collier était d’argent, et le médaillon, une sorte de pièce, était gravé d’un bateau.
Valérian sourit et lui dit :
« Prends. Tu ne sais peut-être pas mais l’ancienne devise de Paris était : “Il flotte mais il ne coule pas”. J’aimerais que notre amour soit à cette image.
— Mon chéri à moi ! »
Lamia, toute fière, mit le bijou autour de son cou et embrassa Valérian tout en plaquant sa main sur son entrejambe.
« Ça suffit pour aujourd’hui vilaine fille ! »
Ils roulèrent ensemble sur les pavés. L’aprèsmidi s’achevait sur le plus joyeux des moments.
Après avoir vu Valérian, Lamia alla examiner le petit moulin à eau qu’elle avait conçu dans un endroit difficile d’accès sur l’Île de la Cité. Un jour, en furetant dans les archives rongées par le temps de la bibliothèque de Polytechnique, elle était tombée sur le schéma d’une bobine électrique. Lamia s’était penchée sur le problème et avait eu l’idée de ce moulin pour recharger des batteries qui allumeraient une lampe. La jeune femme sortit de sa poche une ampoule trouvée dans une réserve d’un magasin puis prit la batterie et la connecta avec des fils en cuivre. Un court instant, dans le soleil couchant, une lumière brilla qui n’était pas celle d’une bougie ni celle de l’astre solaire ; puis un grésillement se fit entendre et l’éclair s’enfuit. La lumière était née littéralement de rien et était repartie dans le néant.
Ce qu’elle faisait là était strictement interdit et passible de bannissement. L’un des fondements de la société reposait sur le fait que tout progrès technologique était proscrit, mais sa curiosité était trop forte.
Même si Lamia éprouvait beaucoup de joie à ce court succès, elle était au fond bouleversée. La jeune femme ne pouvait s’empêcher de penser à Valérian et les risques qu’il allait encourir. Les missions de reconnaissance sur les reptiliens étaient toujours dangereuses. Il était rare que les expéditions n’essuient pas des pertes.
Valérian appartenait à la guilde des éclaireurs qui recrutait des guerriers habiles, courageux, et intelligents : des soldats d’élite. Le jeune homme, depuis peu, avait terminé sa période de formation et était apte au service.
Lamia se reprochait maintenant d’avoir couché avec Paul et priait pour que celui-ci respecte le secret. Arrivée à la maison, elle grimpa rapidement dans sa chambre et fit dégager son chat qui dormait sur le lit. La jeune femme ouvrit l’armoire et chercha sa robe de cérémonie. Un flash lui traversa l’esprit : des images d’immenses tours, de rues qui se croisaient à angle droit, et des gens vêtus d’étrange manière.
Troublée par cette vision, elle s’assit sur le lit : qu’était-ce cela ? Quelle en était la signification ? Cela semblait réel mais appartenir à un lieu et une époque inconnus. Sa grand-mère pourrait peut-être lui fournir des indications à ce sujet.
Remise de son étourdissement, elle se vêtit de sa robe longue et noire munie d’une capuche brodée d’argent avec pour motif deux croissants de lune entrelacés formant une sorte de X courbé.
Après avoir grignoté, elle rejoignit la Sorbonne où se tenait le conseil. Sa grand-mère était déjà là-bas sans doute à préparer méticuleusement l’ordre du jour.
Ce soir se tenait un conseil des Anciennes qui devait déterminer entre autres l’objectif de la mission à laquelle participait Valérian.
Elle arriva par le côté jardin du Luxembourg. Deux gardes surveillaient l’entrée, assistés d’une acolyte de la guilde des sages. Elle échangea avec la jeune fille qui n’avait pas encore été initiée au premier degré, la poignée de main rituelle et secrète qui certifiait que Lamia était bien autorisée à pénétrer dans le bâtiment. En effet sous les grandes capuches, dans la pénombre, il était impossible de l’identifier, et le secret était voulu, au cas où les reptiliens se seraient mis en tête de les observer. Seul le Grand Tout savait de quoi ils étaient capables. Autant se méfier. Pour l’instant, il n’y avait pas de guerre déclarée, tout au plus les considéraient-ils comme des fourmis qu’ils écrasaient à l’occasion sans montrer d’acharnement particulier.
Dans le hall, Lamia croisa plusieurs membres du conseil qui pénétraient dans l’amphithéâtre en bois tandis qu’elle-même prenait un escalier menant à une galerie surplombant la salle. Elle ne participait pas encore aux débats. Pendant encore quelques années, elle observerait en silence, jusqu’à ce que les membres d’un commun accord estiment qu’elle était suffisamment mûre pour siéger au conseil.
Sa grand-mère se tenait debout derrière le pupitre, tête nue. En face, l’assemblée était assise sur les bancs, la tête recouverte de leur capuche. Sakhia, était ainsi le point de convergence visible de toute la communauté de Paris même si elle ne décidait pas seule. Elle assumait ce rôle bien qu’il ne s’agisse pour Sakhia que de laisser parler une sagesse millénaire, de s’effacer devant l’évidence qui jaillissait dans son esprit.
Une fois que tout le monde fut réuni, devant l’assemblée silencieuse elle ouvrit un éventail et le referma en provoquant un son sec : la séance commençait.
La première partie fut consacrée au règlement des tracas quotidiens, aux conflits de voisinage. Les débats et les prises de décision étaient rapides. Puis Sakhia s’arrêta, une expression grave se peignit sur son visage.
« Venons-en au principal point du jour… L’unique survivant d’une équipe d’éclaireurs nous a signalé une activité de reptiliens très importante dans la région désertique de l’Auvergne. Ils ont observé des navires dans le ciel tels qu’ils n’en avaient jamais vus. Ils ont essayé de s’approcher du lieu d’où semblaient provenir des bruits, des fracas, des rumeurs de destruction. Malheureusement des reptiliens les ont interceptés avant qu’ils aient pu recueillir la moindre information. »
Un silence se fit dans l’assemblée. Certainement, des femmes présentes connaissaient ces éclaireurs qui avaient ainsi sacrifié leur vie. Cependant aucune parole de commisération ne serait prononcée, car c’était la grandeur et la noblesse de cette guilde des soldats d’accepter pleinement et entièrement la mort. On murmurait d’ailleurs que dans une initiation, des mystères sur la vie après la mort étaient révélés aux éclaireurs pour qu’ils affrontent avec plus de sérénité les dangers et l’horreur.
Sakhia reprit :
« La guilde des éclaireurs nous conseille d’envoyer un groupe de trois commandos, connus pour leurs compétences dans le domaine du camouflage et leurs capacités d’adaptation. Il s’agit de Markus et Nexa qui ont déjà fait leurs preuves dans des missions de haute intensité et d’un tout jeune éclaireur très prometteur, Valérian. »
« Mission de haute intensité », c’était l’expression employée quand il s’agissait d’une mission lors de laquelle la densité de reptiliens par kilomètre carré était très élevée.
« Envoyer un petit groupe est plus adéquat, il aura ainsi moins de risques de se faire détecter, qu’en pensez-vous ?
Une voix douce intervint, qui émanait d’une des capuches.
— Je suis d’accord sur la notion de petit groupe, tout le problème étant de savoir si les membres envoyés sont les plus compétents.
Chaque participant n’avait droit qu’à un avis, ce qui l’obligeait à s’exprimer très distinctement et à donner rapidement toutes les précisions nécessaires.
— Pour cela, je fais confiance au conseil de la guilde des éclaireurs, répondit Sakhia. Une autre remarque ? »
Lamia focalisa son attention sur la femme qui venait de s’exprimer. Il lui semblait avoir décelé une note d’inquiétude dans la voix.
La tenue s’acheva. Une à une, les participantes s’éclipsèrent, les robes de cérémonie frôlant le sol en un murmure. Sakhia, sans même lever le nez vers Lamia lui intima de rester, elle avait des choses à lui dire.
« Qu’as-tu fait Lamia ?
— De quoi parlez-vous grand-mère ?
— Tu as saboté les règles en bradant ta virginité avec Paul ! »
Comment avait-elle su ? Il était inutile pour Lamia de feindre, Sakhia savait déceler la vérité ou le mensonge par les moindres signes du visage ou de l’expression corporelle. Même en les connaissant, il restait difficile de déjouer ces techniques, qui faisaient partie intégrante de l’enseignement des sages. Lamia, de plus, soupçonnait sa grand-mère d’avoir développé une intuition qui dépassait la seule observation des signes minimaux. Aussi, Lamia décida de ne pas s’en laisser compter et répondit :
« Qu’est ce que ça change de baiser maintenant ou dans trois mois ? Qu’est ce que ça change pour toi que ce soit avec Paul ou Valérian ? Ça me regarde !
— Lamia, tu n’es pas n’importe quelle fille ! Tu as un destin qui t’attend, si tu arrives à canaliser ton énergie, il est possible que tu prennes ma succession.
— Je m’en fous du futur, ce que je veux, c’est vivre ! »
Sakhia regarda sa petite fille. Elle voyait au-delà de la rébellion, la blessure sous-jacente d’avoir été abandonnée. Elle percevait l’intelligence et la sensibilité exacerbée qui avaient donné cet esprit indomptable. Pour l’instant, ce pouvait être pris comme un défaut, plus tard, ce serait peut-être un marqueur de volonté et de personnalité. Elle se radoucit :
« Ma chérie, Valérian est venu à la maison, fou de rage après s’être battu avec Paul qui s’est vanté auprès de lui d’avoir pris ta virginité. »
Lamia recula d’un pas comme si elle avait pris un coup en pleine face. Sakhia la retint par la manche et lui dit :
« J’ai dit à Valérian que Paul ne comptait pas. Il m’a dit le savoir mais que ça faisait mal quand même et que ça faisait mal aussi à Paul, car il lui a cassé le bras. »
Lamia s’arracha à l’étreinte de sa grand-mère, et courut dehors.
Non seulement, Valérian partait en mission, non seulement elle n’était pas sûre de le revoir, mais en plus il doutais de son amour ! Quelle idiote ! L’impudente chercha le pendentif accroché à son cou et l’embrassa. Elle savait qu’il était inutile de se précipiter chez lui pour lui demander pardon. Il était bien trop tôt et ce serait ridicule. Et puis, en toute honnêteté, elle était bien contente que son artiste, malgré son flegme de guerrier, se soit enfin mis en colère au point de se battre pour revendiquer sa fierté de mâle outragé.
La lune voilée par les nuages éclairait son chemin d’une lumière pâle et habillait les recoins sombres de nuances fantastiques. À la faveur de la nuit la raison semble s’effacer au profit d’une émotion venue du fond des âges, et sous la lune tous les décors prennent une autre dimension.
Les sphinx du Châtelet dormaient tandis que les gargouilles de la tour St Jacques semblaient prêtes à attaquer la moindre menace sur Paris de leur bouche hurlante.
Arrivée chez elle, Lamia trouva son chat en train de miauler.
« Qu’est-ce qui se passe Nicolas ? »
Nicolas courut vers la porte qui menait à la grande cave. Une porte en bois sur laquelle étaient gravés des symboles étranges, un dragon, des corps nus entrelacés, un rosaire, et deux triangles pointes inversées qui s’entrecroisaient. Tout cela semblait avoir un sens bien défini mais restait hermétique pour Lamia. Elle s’était plusieurs fois interrogée dessus, pressentant un domaine d’exploration intéressant mais elle n’avait pas encore les éléments nécessaires à la compréhension.
Lamia ouvrit la porte qui tourna difficilement. Les gonds étaient hors d’âge et le bois gonflé par l’humidité. La porte craquait, Lamia franchit le seuil, munie d’un chandelier.
L’escalier plongeait dans l’obscurité. La jeune femme avait toujours aimé aller dans cette cave à l’odeur d’humidité et puis elle appréciait le contact des parois de calcaire. Lamia descendit précautionneusement. Nicolas miaulait tout en bas.
« J’arrive, j’arrive ! »
Rendue au pied de l’escalier, elle éclaira les voûtes de l’immense cave remplie d’un capharnaüm composé d’un grand lit, de vieux meubles abîmés, d’un vélo hors d’usage.
Parfois elle s’y réfugiait le jour pour rêvasser mais c’était la première fois qu’elle y venait la nuit. Aussitôt la pièce prenait un aspect nettement plus mystérieux. Lamia avait un tempérament courageux mais assez impressionnable. Or à la lumière tremblotante du chandelier, les coins et recoins devenaient une source potentielle de danger dans laquelle son imagination s’engouffrait. Sans compter que le bois des meubles craquait et délivrait des bruits inquiétants. Lamia avait les nerfs tendus et Nicolas continuait de râler. Avec l’humidité et le froid pour ne rien arranger, Lamia grelottait.
Le chat l’entraînait au fond sur la gauche, du côté d’une armoire, il se trouvait derrière un grand miroir de pied qui était appuyé sur le mur.
Lamia rapprocha le halo du chandelier de l’endroit et ne vit pas son chat. Par contre elle découvrit derrière la glace un trou dans le mur, qui manifestement s’ouvrait sur une autre pièce jusqu’ici dissimulée. L’anfractuosité lui laissait juste assez de place pour se faufiler. Un souffle d’air vint éteindre deux bougies sur les trois du chandelier. L’aventure commençait à devenir effrayante. Elle tira le miroir et laissa le chandelier non loin du trou, sur le côté. Elle se glissa à l’intérieur de l’autre pièce, une toile d’araignée se colla à son visage et se prit dans les cheveux, elle la balaya nerveusement. Sur sa gauche, des trottinements. Sûrement une souris ou un rat. Bien vite, elle tendit le bras pour récupérer son chandelier. Derrière elle, il lui semblait sentir une présence.
Elle tira péniblement le chandelier en priant le Grand Tout pour qu’il ne s’éteigne pas, et se maudit d’avoir oublié le briquet à étoupe qu’elle s’était fabriqué.
Enfin elle se redressa pour découvrir cette nouvelle salle. Sans doute à cause de l’humidité, la flamme était faible et la fumée importante. Des voûtes avec ogives soutenues par des piliers s’offrirent à ses yeux. C’était sûrement un endroit très ancien. Dans un coin, elle distingua le foyer d’une cheminée. Des ustensiles pour s’occuper du feu, des flacons en verre artisanal recouvert de poussière reposaient sur des tables et une étagère. La sensation d’être observée demeurait. Elle n’entendait plus son chat.
Elle tourna le chandelier vers un coin resté dans l’obscurité. Elle avait beau éclairer, le coin restait obscur ! Soudain, comme s’il s’agissait d’une silhouette vêtue d’un manteau noir qui se retournait, un homme apparut. Lamia sursauta et resta paralysée d’étonnement. Son chat se frottait aux jambes de l’inconnu, la queue dressée de plaisir.
« Bonjour Lamia. »
Interloquée, elle regarda l’homme. La cinquantaine apparente, elle distingua un visage où s’enfonçait des yeux ténébreux, des lèvres charnues, une mâchoire forte, un nez aquilin qui lui dessinait un profil où la force grossière de l’ours se disputait la délicate fierté de l’aigle. Elle discerna un homme de volonté et d’action avec une aura comme elle n’en avait jamais ressentie. Il portait une mante couleur charbon. Son poitrail était recouvert d’une tunique en cuir ornée d’un dragon vert qui s’enroulait autour d’un caducée.
Il n’avait pas l’air menaçant. Elle n’observait aucune trace de poussière sur la mante et pourtant, il n’y avait aucune porte qui menait à cette salle.
« Comment avez-vous fait pour entrer ?
— Tu ne te laisses pas facilement impressionner Lamia… Te dire tout d’abord qui je suis t’aidera sans doute à comprendre. Je suis quelqu’un qui a hanté cette maison il y a fort longtemps, plus d’un millénaire…
— Ne me racontez pas de salades !
Pour toute réponse, l’inconnu, lança le bras dans sa direction, un souffle glacial lui effleura le visage, et la flamme de la dernière bougie s’éteignit.
— Qu’est-ce que vous faites ? »
Lamia tâtonna dans l’obscurité et essayait de percevoir d’éventuels mouvements de son visiteur qui lui semblait d’un coup moins inoffensif. La lumière l’aveugla. Puis ses yeux s’habituèrent. Les paupières encore plissées, elle le voyait nimbé d’une lumière qui semblait sortir de son corps et se prolonger au-dessus de la tête. Les yeux rouges feu.
La lumière décrut, le sorcier tendit à nouveau vers elle le bras, un souffle chaud la parcourut et le chandelier se ralluma.
« Je m’appelle Nicolas Flamel. J’étais l’habitant célèbre de ce lieu, foyer de mes expérimentations qui menèrent à la grande transformation. Un véritable alchimiste et pas seulement un souffleur comme il en existait tant à mon époque. »
Lamia, qui n’entendait rien à ces explications, restait cependant persuadée qu’elle tenait là un être extraordinaire, bien décidé à lui adresser la parole.
Par acquit de conscience, elle se donna une claque pour vérifier qu’elle ne souffrait pas d’une hallucination. Mais Nicolas Flamel ne disparut pas. Au contraire, il souriait franchement en la regardant. Et sa joue lui faisait mal.
« Approche-toi, n’aie pas peur. Je viens te demander de l’aide. »
Comment pourrait-elle aider un tel être ?
« D’accord je vous crois, mais qu’est-ce que je peux pour vous ?
— L’humanité et plus globalement une branche de l’évolution et de l’univers est en grand danger. Comme tu le sais, ceux que vous appelez les reptiliens s’intéressent de plus en plus à la Terre. »
Nicolas lui prit brusquement la nuque entre les mains et tira Lamia vers lui de manière à ce qu’ils se retrouvent front contre front.
Le décor de la salle s’effaça. Nuées rouges, arbres coupés qui tombent avec fracas, un énorme tube de métal relié à un vaisseau envahisseur fouaille les entrailles de la terre.
Gigantesque bruit, la terre tremble, sucée par un ver de métal monstrueux. Métal qui rougeoie et aspire le magma en fusion.
Les reptiliens tuent, massacrent tous les soldats se mettant en travers de leur chemin. Le sang abreuve la terre. La terre se vide, exsangue. Cendres, froid, arbres morts. Paysages lunaires. Des vents toxiques de monoxyde de carbone balaient les reliefs désertiques. Nulle oreille pour entendre un soupçon de vie.
Haut dans le ciel, des nuées de vaisseaux reptiliens rétractent leurs tentacules et crèvent en éclairs blancs l’atmosphère pour gagner l’espace intergalactique, chargées d’une précieuse cargaison : l’énergie de la terre.
Lamia sentait encore la marque brûlante de la main de Nicolas Flamel sur sa nuque quand elle rouvrit les yeux.
Toutes les informations s’étaient abattues dans son esprit comme une avalanche. Elle était étourdie et se raccrocha au bras de l’alchimiste. Envahie par des nausées, elle était prise de tremblements.
« C’est une vision ?
— Non, je t’ai transportée dans le futur, tu l’as vu à la manière d’un Elonirte3. C’est pour cela que tu es physiquement si bouleversée.
— C’est quoi un Elonirte ?
— C’est un être comme moi, qui a su gagner une contrée hors du temps et immortelle : Armor.
— Hmmm. C’est le futur de la terre que j’ai vu ?
— Le futur de plus en plus probable oui. Sauf si tu décides d’agir.
Lamia, le fixa, sceptique.
— Tu as été choisie pour accomplir une mission. Ta grande intelligence, ton apparence physique, entre autres, sont des critères décisifs, même si tu as beaucoup de choses à apprendre avant que nous t’envoyions loin dans le passé de l’humanité.
Lamia secoua la tête, agacée :
— Je ne comprends pas.
— Vois l’évolution de l’humanité dans le temps comme un arbre avec des nœuds qui donnent des branches. Il existe un nœud dans son Histoire qui n’a pas été suivi alors que s’il l’avait été, vous seriez en mesure de lutter contre les reptiliens. Fin XIXe siècle, début XXe siècle, un savant Nikola Tesla inventa le courant alternatif et s’intéressait aux secrets de l’énergie universelle. Malheureusement, de manière tout à fait logique, les puissances de l’argent arrêtèrent de financer ses recherches car Tesla envisageait une énergie inépuisable et gratuite. Nous ne savons pas si Tesla a mené à bien ses recherches secrètes mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’estimait pas l’humanité de son temps assez mûre pour des découvertes de cet ordre. Nous avons besoin de quelqu’un qui récupère de manière très discrète ses connaissances sans influencer le cours de l’histoire.
— Et cette personne, ce serait moi ? Vous pensez que je suis à même de lui soutirer ses secrets ?
— C’est possible, oui, en fait tout m’incline à le penser. Mais je ne peux t’en dire plus, le temps nous est compté, ici.
— Je dois prendre ma décision maintenant ?
— Oui. Je ne pourrai pas intervenir dans l’histoire de l’humanité une seconde fois, les gardiens du Temps m’intercepteront et m’annihileront : personne, pas même les Elonirtes ne peuvent se soustraire à la loi du Temps et de ses gardiens. »
Lamia ne comprenait pas ce discours dans les détails mais en sentait la sincérité profonde. Cependant, c’était un pas vers l’inconnu incroyable ! Peu de temps auparavant, elle était préoccupée par Valérian, par son aventure avec Paul, par sa discussion avec sa grand-mère et voilà qu’on lui demandait de s’arracher à ce monde et d’aller sauver la patrie en danger dans un voyage qui s’annonçait absolument imprévisible et bouleversant ! Lamia en fait n’hésita pas longtemps.
« D’accord, je viens.
— Très bien, tout d’abord, donne-moi cette amulette. »
Il prit l’amulette entre ses mains qui se mirent à rougeoyer, et prononça quelques paroles à voix basse dans une langue incompréhensible. Puis il la passa autour du cou de Lamia. Ses mains s’attardèrent un peu sur son cou, c’était un contact agréable. Ils se regardèrent. Assurément, en termes d’expérience, un abîme les séparait, mais en cet instant Lamia se sentait proche de l’alchimiste.
« Pour gagner le royaume d’Armor, il te faudra dire la formule suivante : “Armor mathaz” tout en tenant ton amulette entre tes mains comme si tu faisais une prière. Tu as compris ?
— Oui.
— Hé bien, alors allons-y ! »
Lamia prit l’amulette entre ses mains :
« Armor mathaz »
3 Pour plus d’informations sur les Elonirtes, lire les Champs d’Armor du même auteur (lecture gratuite) : http://www.atramenta.net/lire/les-champs-darmor/30128
Assis en tailleur, faisant face à la fenêtre qui donne sur l’orient, Valérian méditait en attendant l’aube nouvelle. Il avait passé une nuit agitée à penser à la trahison de Lamia. Il n’avait pu s’empêcher de l’imaginer en train de baiser avec Paul alors que lui mettait tant d’application à respecter les traditions. En même temps, c’était bien dans le caractère de Lamia de transgresser les règles. Il ne pouvait prétendre l’aimer et à la fois ignorer cet aspect de sa personnalité. Il distingua deux pensées en lui, l’une de basse énergie, qui l’entraînait dans les tourments de l’ego, et l’autre plus élevée qui l’emmenait vers plus de compréhension, d’acceptation.
Finalement, il avait donc pu s’endormir. Il s’était levé tôt pour préparer mentalement sa mission. Le soleil finit par dessiner sa silhouette immobile : respiration dans l’azur du matin frais.
Il se déplia lentement. Il ne croyait pas faire de bruit. Pourtant sa mère, Ahura, parut aussitôt dans l’embrasure de la porte.
Elle dissimulait mal son inquiétude. Valérian était son premier enfant. Ahura l’avait conçu avec un soldat de l’élite. Elle avait toujours été attirée par les hommes courageux, même si la majorité s’avérait trop rude pour son caractère sensible. Celui-ci lui racontait ses missions pour surveiller certaines bandes anarchiques et éventuellement aller au combat. Elle l’écoutait, admirative, raconter ses exploits, frémissait parfois et avait peur rétrospectivement pour lui. Un jour, Ahura s’était donnée à lui et Valérian était le fruit de cette nuit de passion.
