5 45 - Georges Alan Fischer - E-Book

5 45 E-Book

Georges Alan Fischer

0,0
12,99 €

-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Thriller politico historique, 5 45 vous immerge dans les neuf derniers jours du procès de trois membres d'un groupuscule ultra-violent de suprématistes blancs et de leur tête pensante accusés, d'avoir perpétré la tuerie d'Harlem. Face à ce crime de masse racial à résonance terroriste, l'équipe du Procureur ne cessera, jusqu'au dernier jour, d'enquêter et vous amènera au travers des événements, à remonter le temps pour faire face à de simples accès de folie mais aussi aux plus sombres et impensables implications politiques.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
MOBI

Seitenzahl: 225

Veröffentlichungsjahr: 2020

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.


Ähnliche


« Quand nous permettons à des pensées violentes de tourner en mots violents, nous ouvrons la porte à la naissance d’actes violents. »

- Jon Chu -

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

1

Le soleil se levait à peine sur Brooklyn Heights et la lumière filtrait avec douceur à travers les acacias et autres tilleuls en fleurs. Tout paraissait tellement calme de ce côté de l'East River, seuls quelques joggeurs croisaient mon chemin en foulant la Promenade. La vue m'émerveillait toujours un peu plus chaque jour, et ce jour-là, les couleurs sortaient tout droit d'un Turner ou d'un Renouf avant l'apparition de la Skyline. C'était comme un privilège matinal égoïste fixant un instant hors du temps, tout en écoutant Feeling Good, avant de parcourir le 1825 mètres qui me séparait de Center Street.

Prendre la décision de revenir vivre aux États-Unis à la mort de mon grand-père, n'avait pas été chose facile. Quatre ans s'étaient écoulés depuis mais j'avais toujours l'impression que tout ça, était hier. Hier, que j'ai laissé l'Europe. Hier, qu'on l'avait mis en terre. Hier, que mon oncle Bobby m'avait donné cette lettre.

- Les écrits en héritage, m'avait-il dit. Transmission de la mémoire d'un homme engagé que l'Histoire a muselé.

Puis il avait ajouté :

- Jackson est à toi. Tu y trouveras tout ce dont il parle. Tout ce qu'il voulait que tu saches. Il t'aimait beaucoup, il t'aimait plus que tout.

« Peeters,

Quel bonheur que tu sois là, et quelle tristesse que je n'y sois pas, car si tu lis cette lettre, c'est que je m'en serais allé rejoindre ceux qui m'ont tout au long de ces années tellement manqué. Je suis si fier de l'homme que tu es devenu, que j'ai vu grandir par procuration, non par choix mais par obligation.

Les documents que j'ai laissés pour toi t'expliqueront pourquoi. J'espère qu'ainsi tu comprendras et que tu continueras à essayer d'enfin laisser percer la vérité, celle pour laquelle tant de sang a coulé, celle qui m'a tant coûté, puisqu'Ils m'ont pour me maîtriser, tout enlevé.

Il avait un rêve, j'avais un rêve, nous avions un rêve ...

IL EST, maintenant, je pense grand temps de le laisser exister.

Je t'aime.

Grand’Pa »

Je pense souvent à ces mots quand je dois, comme aujourd'hui, assister à la fin des dépositions avant d'à mon tour prêter serment pour pouvoir exceller dans mon art. Mettre des mots sur l'inexplicable, moi, le faux américain car trop européen, un expert en crime de masse et autres formes de barbaries liées au terrorisme racial.

2

L'euphorie qui campait devant le tribunal depuis une semaine atteignait son paroxysme. L'omniprésence des médias sur le parvis pour couvrir le procès de Steven Garret et de trois autres membres des White Nation, auteurs de la tuerie d'Harlem l'attisait en permanence. Ils avaient pourtant été bien absents sur la couverture de l'événement durant les deux ans d'enquêtes, d'infiltrations et de collaborations entre services qui auront été nécessaires pour réussir à inculper Garret. Lui, la tête pensante du plus violent et radical groupuscule de suprémacistes blancs se revendiquant comme héritiers directs des membres fondateurs du Klan.

L'armée avait été appelée en renfort pour sécuriser les abords du tribunal. Cette partie de Big Apple semblait tout droit sortie d'un mauvais film catastrophe hollywoodien avec, en toile de fond la peur non dissimulée par les autorités, que tout dégénère et que des émeutes éclatent.

Le climat était électrique et nous étions tous conscients, au bureau du Procureur, que la moindre provocation, le moindre geste ou mot mal interprété ferait tout imploser, surtout avec le témoignage aujourd'hui d’un des derniers témoins clé.

Il m'était néanmoins très compliqué, malgré toute cette sécurité, de passer comme si de rien n'était, devant les représentants de ces groupuscules racistes squattant jour et nuit en bas des marches, clamant sans retenue sous le couvert du 1er amendement, leur idéologie issue des schémas nazis. Compliqué également de voir la croix gammée et le drapeau confédéré flotter au gré du vent, tout en les entendant chanter Blood and Soil avant de figer le Heil. Triste impression de déjà-vu.

Je crois cependant, que dans l'absolu, le plus déstabilisant, ce n'est pas la pseudo démonstration de force de ceux qui œuvrent pour le nationalisme blanc et la suprématie raciale, on en a, depuis la nuit des temps, malheureusement l'habitude, mais plutôt le silence de ceux qui leur font face. La dignité dont ils font preuve devant ce déversement de haine est une véritable leçon. Pas de chants, de slogans, de drapeaux ou autres représentations identitaires. Ils sont juste vêtus de noir et tiennent, dans un silence à vous glacer le sang, un portrait de chacune des 12 victimes de Sainte Cécile.

Quand les meurtres ont eu lieu, tout le monde a d'abord pensé à un acte lié à un règlement de compte entre gangs, avant que les premiers témoignages désignent clairement trois jeunes blancs armés jusqu'aux dents qui, avant de faire feu, avaient crié :

« Les White Nation vous saluent sales nègres ».

La scène de crime était une vraie boucherie. L'église baignait dans le sang. Certains corps avaient été en partie déchiquetés par le nombre impressionnant d'impacts de balles des AK47 utilisés. D'autres, certainement ceux qui n'avaient pas eu la chance de mourir tout de suite, avaient reçu une balle en pleine tête en guise de finition. Leur identification avait été difficile et souvent, n'avait été rendue possible que par leurs empreintes dentaires. C'était le crime de masse racial le plus barbare qu'il m'avait été donné de voir jusqu'à maintenant sur le sol américain.

La traque des suspects, qui n'ont été identifiés que plusieurs mois plus tard, avait fait la une et tout était matière à surenchères. On refaisait chaque jour le scénario dans un nombre incalculable de talkshows. Puis le soufflé était retombé du jour au lendemain quasiment plus personne n'en parlait. Le sujet était devenu sans grand intérêt puisque les membres du commando tueur avaient été arrêtés, laissant ainsi filtrer le sentiment que le monde avait déjà oublié le massacre perpétré. Mais tout était remonté avec l'ouverture du procès et battait son plein plus que jamais aujourd'hui avec la déposition d'un des assassins.

3

Le juge Nicolson présidait la séance. Sa nomination pour cette affaire avait fait éclater la polémique car on le savait proche de certains conseillers de la Maison Blanche, ceux qui lors de la campagne n'avaient pas caché leur soutien ou appartenance à l'Alt-Right. La demande de révocation demandée par le bureau avait été rejetée, il était donc difficile de ce fait de pouvoir imaginer que justice soit, réellement faite. Étrange ressenti que de savoir en apparence le jeu truqué et les dés pipés. C'est peut-être pour ça, que l'accusation avait misé sur Mongomery, un procureur qualifié par beaucoup de génie. Un vieux de la vieille qui n'avait jamais perdu un seul procès face aux chefs de gangs et autres parrains de la mafia new-yorkaise. Il connaissait parfaitement les rouages du crime organisé et les différentes articulations de ces sociétés à organisation pyramidale ainsi que les implications ou protections politiques qu'elles recevaient. Sa carrière parlait pour lui et imposait naturellement le respect.

On entrait sur le 9ème jour, le marteau résonna. La séance était ouverte. Mongomery se dirigea vers l'accusé.

– Veuillez décliner votre identité.

– Je m'appelle John Lester Junior, je suis né le 19 avril 1989, à Terre Haute en Indiana.

– Appartenez-vous au mouvement des White Nation ?

– Oui.

– Depuis combien de temps ?

– J'ai l'impression depuis toujours. Je suis devenu membre quand j'avais 15 ans. Mon père faisait partie du Klan, et mon grand-père aussi. Je crois que toute ma famille a toujours fait partie du Klan. J'aurais normalement dû suivre leurs pas mais je trouvais que le Klan ce n'était plus vraiment ce que c'était. Ils étaient devenus trop gentils. Moi, je voulais faire partie d'une vraie milice armée qui n'avait pas peur de passer à l'action pour imposer la race blanche comme race unique et suprême.

– Donc, si je comprends bien Monsieur Lester, le racisme, pour vous, est une simple petite histoire de famille. Une idéologie qui se transmet de père en fils. Un héritage. Peut-être devrions nous dès maintenant verser notre petite larme ce qui évitera à votre avocat de jouer la carte du « pauvre petit gars qui n'a pas eu le choix »

– Objection, propos diffamatoires Monsieur le Juge !

– Accordée. Maître Mongomery, je ne vous le redirai pas.

– Continuons Monsieur Lester. Mais puis-je vous appeler John ?

– Oui pas de problème.

– D'accord John. Donc, vous avez intégré cette milice, pour reprendre vos mots, à l'âge de 15 ans.

– Oui M'sieur, c'est bien ça.

– Pouvez-vous nous expliquer ce qu'il s'est passé ensuite ?

– J'ai gravi les échelons, suivi des entraînements militaires de tirs et de combats, des cours en stratégie et logistique de guerre. J'ai été recruteur aussi et je suis devenu, à 21 ans, lieutenant. On m'a donné la responsabilité du secteur de l'Indiana.

– Vous nous décrivez une milice secrète très organisée John, il y a donc la branche armée, dont apparemment vous faites partie, mais que pouvez-vous nous dire sur les liens avec les milieux politiques que les White Nation entretiennent ?

– Objection !

– Rejetée ! Veuillez répondre à la question.

– Franchement, ça je ne sais pas. Moi je recevais mes ordres du bureau principal en Arkansas, qui lui les recevait directement de Garret.

– Aviez-vous déjà rencontré Steven Garret avant novembre 2015 ?

– Non, jamais. Je l'ai rencontré pour la première fois à ce moment-là à Harrison. On ne le voyait que s'il nous convoquait.

– Et que s’est-il passé ?

– Garret avait réuni au bureau une dizaine de gars. Il faisait ça quand il organisait les op noires.

– Qu’est-ce-que les op noires, John ?

– Je sais pas trop M’sieur. Je crois que c’est un truc que fait le gouvernement.

– Quel rapport avec les White Nation ?

– Aucun, c’est juste comme ça qu’on appelait les raids.

– D’accord John. Qui étaient les autres personnes présentes à Harrison avec vous ?

– En plus des lieutenants principaux ?

– Oui.

– C’étaient des néo-nazis je crois et là, j'ai tout de suite compris qu'il allait se passer un gros truc.

– Vous êtes donc un des lieutenants principaux de Garret, mais pouvez-vous nous expliquer, John, en quoi consiste ce système de points dont vous avez parlé ?

– Objection votre Honneur. Il n'y a aucune preuve que ce système de points existe et Monsieur le Procureur le sait. Ce n'est que pure spéculation !

– Objection rejetée. Mais venez-en aux faits Maitre Mongomery.

– J'y arrive Monsieur le Juge.

– Je repère ma question John, en quoi consiste le système de points dont vous parlez ?

– Bah en fait c'est simple. C'est comme à l'école. On nous enseigne la théorie pendant les entraînements et ensuite on passe aux travaux pratiques. Chaque exercice ramène un certain nombre de points. Et les points nous permettent de monter en grade. C'est pour ça que je suis rapidement devenu lieutenant. Je suis un très bon élément. C'est parce que j'ai ça dans le sang.

– On vous croit John, on vous croit. Pouvez-vous nous donner un exemple ? Combien une agression rapporte-t-elle de points ?

– Ça dépend. Si c'est juste un passage à tabac, c'est 50 points. Les passages à tabac avec actes de tortures, c'est plus, ça vaut 100 points. Les humiliations ça ne rapporte pas grand-chose, juste 10 points. Alors on ne se fatigue pas trop avec ça. On casse du nègre directement. Le viol c'est juste un bonus pour se faire plaisir. Entendre hurler ces chiennes pendant qu'on leur montre qui sont les maîtres nous amuse. On fait généralement ça en groupe pour qu'elles en gardent plus de souvenirs.

– Et le meurtre, John, combien rapporte le meurtre ?

– Les vieux, ceux de plus de 60 ans, c'est 200 points. Les autres, ceux qui sont plus jeunes que ça, c'est 500 points. Si les négresses sont enceintes à ce moment-là on prend un bonus de 100 points parce qu'on a empêché leur race de s'étendre …

– Et les enfants, John ?

– Eux, c'est le pactole ! On prend 1000 points pour les mâles et 1500 points pour les femelles. C'est plus rare de pouvoir fumer un gosse, c'est pour ça que ça rapporte un maximum.

– Donc John, si mes calculs sont bons, vous avez récolté à vous 3, ce jour-là à Harlem, presque 9000 points. C'est bien cela ?

– Je ne sais pas, je n’ai pas compté, mais si vous le dites. Moi, j'ai juste terminé le travail. J'ai exécuté les survivants d’une balle dans la tête. Mais là, franchement les points on s'en foutait, c'était pas pareil. On entrait dans l'Histoire comme tous ceux qui avaient fait pareil avant. Earl Ray, Oswald, Beckwith et bien d'autres encore. Ces mecs sont de vrais héros américains. Maintenant je suis comme eux. Je suis moi aussi devenu un héros. J’ai fait honneur à mon pays.

– Une dernière question John. Est-ce que Steven Garret vous a donné l'ordre de commettre les meurtres à l'église Sainte Cécile ?

– Oui M'sieur.

– Je n'ai plus de questions votre Honneur. Mais l'accusation se réserve le droit de rappeler ce témoin si besoin.

– La séance est levée pour la pause déjeuner. L'audience reprendra à 14h.

4

J'avais connu Mongomery en 2005 à Paris. Je venais d'avoir 20 ans et commençais à peine mes études en criminologie judiciaire. Il était très proche de mon père. Leurs chemins s'étaient croisés lors du procès de McVeigh 8 ans plus tôt. Mongomery y représentait l'accusation pour ce qui reste encore à aujourd'hui le pire acte de terrorisme jamais perpétré sur le territoire américain, par un américain. La plus grande enquête criminelle de l’Histoire des Etats-Unis.

Quand McVeigh a été déclaré coupable, Mongomery l’avait personnellement appelé. Je n'avais que 12 ans et pourtant ce moment résonne encore toujours aussi fort en moi.

« Jack, je voulais vous l'apprendre en personne, le verdict vient de tomber. McVeigh est reconnu coupable pour les 11 chefs d'accusation d'assassinat et de complot. La peine de mort a été demandée. Le délibéré a duré 23 heures mais les jurés ont enfin rendu justice ... »

Mon père, quelques moments après avoir reposé le combiné du téléphone s'était retourné vers moi. J'avais vu pour la première fois couler les larmes sur son visage. Lui, cet homme que rien ni personne n'avait jamais ébranlé, ancien de la CIA et maintenant chef de la sécurité rapprochée à l'ambassade américaine à Paris, pleurait. Il m'avait alors pris dans ses bras avec tendresse et m'avait murmuré :

« Ils ont tué ta mère, rien ne changera ça, surtout pas la mise à mort de McVeigh. Il ne peut être le seul coupable. Il n'en a pas l'envergure. La constitution américaine est souillée par le sang depuis toujours. A croire que jamais, il ne pourra en être autrement ... »

Mongomery était resté, depuis ce jour-là, régulièrement au contact avec mon père. Ils étaient devenus au fil du temps de vrais amis et après notre première rencontre, de plus en plus proche de moi aussi. Il avait suivi avec beaucoup d'intérêt mon cursus universitaire et m'avait donné de précieux conseils au début de ma carrière professionnelle et surtout lors de mes premiers pas, du haut de mes 26 ans, à Interpol. C'était un puits de connaissances, une source intarissable de savoirs judiciaires et était devenu au gré de nos échanges, un peu comme un mentor.

A la mort de mon père l'année suivante, Mongomery avait insisté pour que je rentre à New-York et que j'intègre son équipe en qualité d'expert. J'étais à ce moment-là consultant sur une grosse enquête de trafic d'organes, dont l'argent finançait des groupes de fanatiques en lien direct avec plusieurs branches actives du terrorisme international, auteurs déjà d'une bonne dizaine d'attentats à travers le monde. J'avais donc tout naturellement décliné son offre, et fini un an plus tard par l'accepter et était venu m'installer à Brooklyn.

On travaillait ensemble depuis 5 ans maintenant, et on aimait, quand le temps nous le permettait se retrouver chez Maman, petit restaurant français sur Lafayette Street. C'était à deux pas du tribunal et je dois avouer qu'après la matinée que l'on venait de passer, conscients que le procès venait de prendre un véritable tournant, se poser dans un petit coin tranquille made in France n'était pas vraiment de refus.

J'avais flâné un peu en sortant de l'audience dans Thomas Paine Park, admirant avec toujours autant de plaisir les expositions permanentes d'art contemporain qui s'y trouvaient avant de rejoindre Lafayette. Mongomery était déjà là, accompagné de Ryan, l'enquêteur du bureau du Procureur. Ils s'étaient installés un peu à l'écart, dans le fond de la salle juste à côté du vaisselier qui amenait dans ce petit coin de paradis une subtile touche de Provence.

Une fois la commande passée, Ryan sortit de son porte document les dernières infos récoltées sur l'affaire Garret.

– J'ai vu Logan de la brigade financière et nous avons épluché tous les comptes de Garret et ceux de tous les membres référencés des White Nation, dit Ryan. On a trouvé des liens avec d'autres groupuscules de suprémacistes qui apparemment ont joué un rôle dans la mise en place de la tuerie d'Harlem. Le problème, c'est que beaucoup de ces transactions passent par des sociétés écrans domiciliées dans des paradis fiscaux. On continue de creuser.

– Tu confirmes ce qu'on soupçonnait déjà, c'est sans surprise, répondit Mongomery. Tu as pu trouver des ramifications avec les milieux politiques ?

– Oui, ils ont eu des appuis très hauts placés. On a obtenu un mandat fédéral pour pouvoir placer le bureau du gouverneur Laurens sur écoute ainsi que certains autres membres de l'administration. Des officiers du Département de Police de l'Indiana sont aussi impliqués.

Mongomery paraissait pensif, il se passa la main dans la nuque, respira profondément et dit :

– Et pour la NRA, tu as pu me trouver quelque chose ?

– Pas directement, pas encore, répondit Ryan. On sait que le lobby des armes a financé une partie de la campagne de Laurens, mais on n’a pas encore trouvé de liens directs par rapport aux White Nation. Je pense que ça risque d'être compliqué de pouvoir trouver des preuves de leur implication. Ils sont extrêmement prudents.

– Secret de Polichinelle, lâcha Mongomery en arborant un léger sourire puis il se tourna vers moi. Tu es bien silencieux Peeters.

– Avoir grandi dans les couloirs de la diplomatie aux côtés de mon père m'aura réellement servi à beaucoup apprendre sur les méandres du pouvoir et la face cachée des milieux politiques, répondis-je. Mais je reste perplexe face au déversement de toujours plus de haine et dans l'incompréhension face à ceux qui l'entretiennent. Je vais finir par croire que l'unique but n'est pas de se servir des enseignements de l'Histoire pour construire le meilleur mais de les utiliser pour recréer le pire. Cela dit, j'ai vu de jolis revirements de situation, des montées de conscience à des moments où tout semblait perdu, alors je reste confiant, je sais qu'on finira par trouver quelque chose et que le procès de Garret, en finalité, n'aura été que le premier d'une grande lignée, qui fera éclater toutes les vérités. Et en y réfléchissant, je pense que ce que Grand'Pa a laissé pour moi à Jackson va également nous y aider. J'ai laissé couler beaucoup de temps parce que je ne me sentais pas forcément prêt à y retourner pour faire face à mon passé mais, je crois qu'il est grand temps maintenant d'arrêter d'appréhender, de mettre mes peurs de côté et d'aller voir ça d'un peu plus près, quand tu n'auras plus besoin de moi ici.

Le reste du déjeuner se passa tranquillement et je me mettais doucement en condition pour mon passage à la barre tout à l'heure. On savait ma déposition cruciale pour enfoncer le clou mais on savait aussi que le contre interrogatoire de la défense restée bien calme jusqu'à maintenant risquait d'être un peu animé.

5

– Monsieur le Procureur, veuillez appeler votre prochain témoin.

Mongomery se leva en ajustant sa cravate et dit :

– L'accusation appelle le Docteur Peeters McFinley.

J'avais déjà été appelé sur bons nombres de procès malgré ma jeune carrière et collaboré également à de nombreuses enquêtes mais je dois avouer qu'à chaque fois que j'étais cité à comparaître j'avais toujours le même trac, s'en était même devenu amusant.

– Bonjour Docteur McFinley, commença Mongomery, vous êtes expert en criminologie judiciaire et spécialiste en crime de masse et acte de terrorisme racial. Est-ce-bien exact ?

– Oui, c'est exact.

– Avant d'entrer plus en détails sur l'affaire jugée dans ce tribunal, pouvez-vous nous expliquer, expliquer aux jurés, ce qu'est exactement la définition d'un crime de masse.

– Bien sûr, la notion de crime de masse désigne l'assassinat de plusieurs personnes en une courte période. Le FBI le définit « comme quatre meurtres ou plus survenant lors d'un événement particulier, sans répit entre les meurtres, sur un même lieu, les victimes pouvant être tuées par un ou plusieurs individus. »

– Peut-on donc raisonnablement dire que les meurtres perpétrés dans l'église Sainte Cécile ce jour-là, entrent dans cette définition ?

– Oui, tout à fait.

– Pouvez-vous nous dire, Docteur, comment se positionne le ou les tueurs dans le cadre des crimes de masse ?

– Comme se positionne généralement n'importe quel meurtrier dans le geste de prendre la vie d'autrui, ils évoquent souvent le principe de la main de Dieu. Le pouvoir de vie ou de mort.

– A-t-on quand même la possibilité de les différencier des autres meurtriers ?

– Dans l'absolu non. Malheureusement. Pas de manière individuelle avant qu'ils ne passent à l'acte. En revanche, une fois les crimes commis, oui. Ils rentrent, de ce fait, dans un profil bien particulier. Il en existe deux principaux, l'auteur d'une tuerie familiale et le pseudo commando. Mais il est un fait avéré que ce type de meurtrier est souvent caractérisé par des traits rigides obsessionnels et narcissiques.

– Quels sont les motifs invoqués par ces meurtriers de masse ?

– De manière générale, comme pour les actes classifiés de terroristes, ils sont toujours les mêmes, ils font valoir un motif racial et ou idéologique, visant souvent des bâtiments ou des lieux symboliquement représentatifs d'une culture, comme par exemple un lieu de culte, un centre commercial ou encore un concert mais, les victimes elles-mêmes sont dans la plupart des cas prises au hasard. Elles sont juste au mauvais endroit au mauvais moment. Les plus grandes tueries de masse connues dans l'Histoire ont été des tentatives d'exterminer des groupes entiers ou des communautés de personnes souvent avec le prétexte de leur ethnicité ou de leur religion.

– Ces meurtriers recherchent-ils dans leur action une célébrité posthume ?

– Oui sans aucun doute, le témoignage de John Lester Junior nous le prouve. Cette quête est souvent ...

– Objection votre Honneur, le Procureur cherche à influencer le jury, s'exclama l'un des avocats de la défense, qui était jusqu'à maintenant dans un mutisme surprenant.

– Rejetée, continuez Docteur McFinley.

– Cette quête est souvent augmentée par le narcissisme même du tueur, ou celle du commanditaire sous les ordres duquel le commando officie. C'est avant tout le positionnement en tant qu'être supérieur, et, dans le cadre de la tuerie d'Harlem, la revendication de la supériorité d'une race par rapport à une autre.

– Docteur, vous avez évoqué la notion de terrorisme tout à l 'heure, pouvez-vous préciser ?

– Objection votre Honneur ! L'accusation cherche à modifier la classification du crime.

– Rejetée, Maître Howard, vous aurez tout le loisir de faire valoir vos arguments lors de votre contre interrogatoire.

Le Juge se tourna vers moi et me dit :

– Docteur, veuillez répondre à la question.

Nicolson était coincé, on le savait et Mongomery en jouait. Il se devait de ne surtout pas laisser paraître quoi que ce soit sur ses orientations politiques et les idéologies qu'elles défendent. Il risquerait sinon la révocation immédiate et les médias, qui n'attendaient que ça, s'en donneraient alors à cœur joie.

– En fait, la définition elle-même du terrorisme est de façon inhérente sujet à controverse car il n'y a pas de définition identique aux différents pays. La difficulté étant d'arriver à un accord sur une base qui déterminera, quand, par qui, contre qui et pourquoi, l'usage de la violence dirigée est légitime.

– Pouvez-vous préciser ? enchaîna Mongomery d'une voix grave

– Le terrorisme est à l'origine une revendication de la terreur. L'ONU le définit « comme l'utilisation ou menace d'utilisation illégale de la force ou de la violence dans l'intention d'intimider ou de contraindre des sociétés ou des gouvernements à adhérer à diverses idéologies religieuses ou politiques ».

– Donc, si je comprends bien Docteur McFinley, si l'on tient compte de cette définition, la tuerie de Harlem pourrait être assimilée à un acte terroriste ?

– Objection votre Honneur !

– Rejetée !

– Si l'on s'en tient à la définition, je peux dire que oui, mais qualifier les White Nation de groupe terroriste obligerait le pouvoir en place à alerter la population du risque. A proportionner les mesures de sécurité et à mettre en valeur son action. Cette classification apparaissant comme totalement utopique aujourd'hui, c'est pour ça que le massacre de Sainte Cécile n'a été qualifié que de crime de masse. Cela réduit de ce fait, de trop larges investigations au niveau des différentes implications extérieures au groupuscule suprémaciste identifié.

– Merci Docteur McFinley. Je n'ai plus de questions.

Mongomery retourna s’assoir tranquillement et Howard, l'avocat référent de l'équipe de la défense prit place face à moi.

– Docteur McFinley, je n'ai pas de questions explicitement relatives à votre déposition, mais je voudrais cependant éclaircir quelques points avec vous. Vous avez vécu en France une grande partie de votre vie, est-ce exact ?

– Objection votre Honneur, en quoi le passé du Docteur McFinley est en rapport avec ce procès ?

– Nous allons y venir Monsieur le Juge, rétorqua Howard.

– Rejetée. Mais n'allez pas trop loin Maitre Howard. Que le témoin réponde à la question.

– Oui, c'est exact.

– Est-il vrai que vous y avez été envoyé après la mort de votre mère ?

– Oui, j'y ai rejoint mon père à l'âge de 10 ans.

– Pouvez-vous nous dire comment votre mère est morte ?

– Elle a été une des 168 victimes de l'attentat d'Oklahoma City.

– Attentat perpétré par un membre du mouvement des Miliciens affilié à l'extrême droite, n'est-ce-pas ?

– Oui.

– Extrême droite à laquelle les White Nation sont également affiliés, est-ce exact ?

– Tout à fait.

– Ne pensez-vous pas, au regard de ces éléments, Docteur McFinley que votre analyse dans cette affaire est obligatoirement entachée par votre propre histoire ? Que vos origines noires-américaines ont une influence majeure sur le regard que vous portez aux accusés ?

– Objection votre Honneur ! Les propos de Maître Howard cherchent à discréditer le témoin.