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L'astre lunaire et ses étincelles sont certainement les uniques confidents de Jeff, ce loup solitaire qui n'a jamais su tisser des liens avec ses semblables. Blessé par la vie, meurtri dans son corps, personne, ni même sa famille, ne semble avoir accès à ses pensées sauvages qui se muent dans la nuit. Sauf Julie, son unique amie, la seule à avoir pu faire tomber les barrières du donjon où il s'est enfermé depuis tant d'années. C'est donc naturellement qu'il vole à son secours lorsque celle-ci est en danger, entrant sans le savoir dans une chasse à l'homme dont il ne mesure pas encore les conséquences dramatiques. Progressivement, il se voit basculer dans un enfer où la folie et la raison ne semblent faire plus qu'un.
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Seitenzahl: 136
Veröffentlichungsjahr: 2021
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“- J’aime votre tatouage.
- Ah oui ? A quoi vous fait-il penser ?
- L’espoir”
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
L'écran digital du tableau de bord affichait 5h45. Jeff Stanford commençait à lutter contre le sommeil de plus en plus. Depuis trois ans maintenant son corps s'était habitué au rythme du travail de nuit, malgré cela, l'heure qui précédait le dernier tour de garde était toujours difficile quand il n'y avait pas d'intervention.
Jeff aimait son travail d'agent de sécurité ; bien que la plupart de ses collègues s'en plaignaient, il y trouvait deux choses essentielles, la tranquillité et la solitude. Son téléphone se mit soudain à vibrer, il le saisit en se demandant qui pouvait bien lui envoyer un message à cette heure si matinale.
Lorsqu'il vit le nom sur son écran, un sourire se dessina brièvement sur son visage fatigué.
« Un petit bonjour avant d'aller travailler, bon courage pour la fin de ta nuit si tu es de garde, sinon bonne journée mi amigo. » Jeff lui répondit instantanément. Julie Thomson était la seule vraie amie qu'avait Jeff, bien qu'ils ne se parlassent pas tous les jours, il savait qu'il pouvait compter sur elle. Il avait toujours été très solitaire ; enfant il ne parlait à personne, il restait dans un coin à parler à des amis imaginaires ou à lire. Ses camarades n'étaient pas vraiment tendres avec lui, il était « l'extra-terrestre », « l'Illuminé », le « petit garçon qui fait peur ». Il s'était alors progressivement construit une forteresse inconsciente que personne n'avait pu franchir à part Julie. Sa gentillesse et sa naïveté avaient su toucher Jeff - et percer sa carapace - elle devint alors pour lui sa confidente, son soutien, son amie. De son côté il lui apprit à être plus méfiante, à exploiter son caractère pour se faire respecter. Ils formaient un duo d'âmes blessées, ils avaient besoin l'un de l'autre pour avancer comme la lune a besoin du soleil pour briller.
Jeff sortit de ses pensées, démarra le moteur de sa voiture de fonction et commença son dernier tour de garde. Pendant que le paysage nocturne défilait sous ses yeux, des souvenirs l'envahissaient de plus en plus. Il était nostalgique d'une époque où Julie et lui se voyaient presque tous les jours, mais Julie avait mis de la distance quand un début de sentiment plus qu'amical avait émergé à l'égard de Jeff. Elle savait que Jeff n'était pas prêt pour ça et n'avait pas voulu gâcher leur amitié. Elle avait désormais refait sa vie de son côté avec quelqu'un et Jeff était heureux pour elle. Ils continuaient malgré tout d'être en contact régulier mais cela faisait quelques mois qu'ils ne s'étaient pas vus.
Jeff secoua la tête et finit son tour de garde en essayant d'oublier le manque qui l'accablait dès qu'il pensait à elle.
Thomas, un de ses collègues, l'appela pour venir passer la dernière heure de cette nuit avec lui. Il accepta, y voyant là une opportunité de ne plus lutter contre le sommeil. Lorsqu'il arriva sur place, Thomas lui tendit le joint qu'il avait déjà entamé.
Jeff le prit et ils commencèrent à parler des nouvelles conquêtes de celui que Jeff appelait « Le Tombeur ». Ce dernier demanda quand Jeff se déciderait à se trouver une petite amie, ce à quoi il répondit qu'il était pour lui hors de question de s'engager dans une relation, et qu'il tenait à sa liberté par-dessus tout. Thomas rit à gorge déployée et lui proposa de venir à la soirée de Samedi soir, il s'était fixé comme objectif de faire changer d'avis son collègue et comptait lui présenter quelques-unes de ses amies. Jeff refusa poliment de prime abord, expliquant qu'il n'était pas trop du style à faire la fête, mais devant l'insistance de Thomas, il se sentit obligé d'abdiquer.
7H15 venait de s'afficher, il se dirigea vers les locaux de l'agence, afin de faire la relève à ses collègues de jour. Avant de rentrer il s'arrêta au bord de la mer pour contempler le lever du soleil sur la baie de Cannes. Il alluma une cigarette, silencieux, il regardait le va et vient incessant des vagues contre les rochers. Le soleil se reflétait dans l'eau, changeant chaque goutte d'écume en or liquide. L'agitation de la ville faisait danser les lumières. La Côte d'Azur ressemblait plutôt à une côte dorée à cette heure-ci. Il resta ainsi une heure puis reprit sa voiture pour rentrer chez lui afin de sombrer dans un sommeil bien mérité.
Jeff secoua la tête pour effacer les images brumeuses et cauchemardesques à son réveil. Il soupira, se frotta le visage. Il en avait marre de cette sensation de peur au réveil, il savait les démons du passé tenaces, mais leur pesanteur mettait chaque matin ses nerfs à rude épreuve. Il se leva difficilement, le visage fermé et les mâchoires crispées, cherchant du regard sa dose de détente pour adoucir ce début de journée. Son graal enfin trouvé, il alla à la fenêtre, café à la main et l'alluma en soupirant. Il avait touché à la drogue la première fois au collège. Influençable, il y trouva un bénéfice vital à l'époque : Survivre dans une société qui faisait tout pour le rejeter.
« Encore en train de fumer ! Mais que diable ai-je fait pour mériter un fils pareil » cria Mme Stanford.
L'odeur de fumée l'ayant avertie du réveil de son fils, celle-ci s'était alors précipitée à la fenêtre de sa chambre jouxtant celle de Jeff.
Il ne répondit pas à l'invective de sa mère, et soupira à nouveau, comprenant que son moment de détente venait de s'évaporer. Il haussa les épaules et saisit son téléphone portable, espérant inconsciemment un message réconfortant qui pourrait venir égayer ce début de journée pourtant bien mal engagé. Malheureusement, il n'y trouva que le message de Thomas expliquant le lieu de la soirée dont il lui avait parlé le matin même.
Cependant, il se dit que sortir ne pourrait pas être pire que d'être coincé chez lui à entendre les revendications de sa mère qui semblait en forme aujourd'hui. Il enfila ses affaires de sport et prit les clés pour partir à la salle de sport, décidant de répondre à Thomas une fois l'esprit plus clair.
« Hello grand frère, j'espère que tu vas bien. Tu peux essayer de parler à Ricky, je le trouve plutôt triste en ce moment. Je t’embrasse. » Le message de Milla avait retenti dans ses écouteurs, coupant instantanément sa série de tractions. Jeff se leva rapidement, ramassa ses affaires et sortit de la salle pour appeler son frère, Ricky. Si les relations avec sa mère avaient toujours été conflictuelles, il entretenait une relation très forte avec ses frère et sœur. Il était considéré comme celui qui ne les avait jamais laissé tomber lorsqu'ils étaient enfants et qui avait pallié l'absence de leurs parents. Il n'avait que deux et trois ans de plus qu'eux mais s'était toujours comporté comme un père de substitution. Devenus majeurs, il avait poussé Ricky et Milla à poursuivre leurs études à Nice, donnant une partie de son salaire pour payer leurs frais d'université et se condamnant par la même occasion à poursuivre la cohabitation avec sa mère.
Ricky expliqua à son frère avoir une petite baisse de moral liée à une énième déception amoureuse. Jeff lui avoua ne pas être de très bon conseil sur ce sujet, Ricky en rigola au téléphone et lui confirma ses dires.
- Merci pour l'appel, grand frère. Je suppose que c'est Milla qui t'a prévenu ? questionna Ricky avec beaucoup de certitude.
- Exactement, elle s'inquiétait pour toi et...
- Et du coup elle a sonné la sirène d'alarme, ironisa Ricky
- Voilà, tu connais ta sœur, répondit Jeff avec un ton légèrement moqueur
- Oui, elle est comme mon grand frère, rétorqua Ricky dans un rire forcé, et qui s’effaça dans un soupir.
- Tu as raison, souffla Jeff, mais n'hésite pas, si ça ne va pas tu appelles et tu sais que je viendrai.
- Je le sais oui. Ricky laissa quelques secondes s'égrainer avant d’ajouter : Sache que quoi qu'il arrive grand frère, je ne te remercierai jamais assez pour tout ce que tu as fait pour nous, et je m'en veux de ce que tu as vécu... Tu ne serais peut-être pas comme ça maintenant si …
- Si notre père n'était pas parti, le coupa froidement Jeff. Ne culpabilise pas, concentre-toi sur tes études maintenant.
- Oui... Désolé, je ne voulais pas t'énerver... Tu diras à Milla qu'elle arrête de s'inquiéter, répondit Ricky, mal à l'aise avec la tournure qu'avait prise la conversation
- Je vais lui envoyer un message, prends soin de toi, Ricky, termina Jeff.
Il envoya le message, puis décida de rentrer chez lui. Il devait se préparer pour la soirée – il avait réussi à se convaincre que ça lui ferait peut-être du bien de sortir – et puis « Comment la journée pouvait-elle s'empirer davantage ?
Même en sachant que les gens de son âge sont régulièrement en retard, attendre sur le parking l'arrivée de Thomas commençait à l'agacer. Il tirait de plus en plus sur son joint, espérant y trouver un moyen de se décontracter. Il tint sa tête à deux mains, se demandant ce qu'il faisait là, l'envie de repartir grandissant au fur et à mesure que le temps passait.
Quand il vit la voiture du « Tombeur » arriver, un mélange de soulagement et d'angoisse l'envahit. C'était fini, plus de marche arrière possible, il était obligé d'y aller maintenant. Il passait la plupart de sa vie à éviter les gens et la foule en général, se retrouver devant une boite de nuit était pour lui comme se jeter dans la fosse aux lions en espérant que ceux-ci aient bien mangé avant – et il comprit que non quand les portes s'ouvrirent et qu'il vit la foule déjà très présente.
« Essaye d'être normal, essaye d'être normal » se répétait-il en boucle Jeff. Thomas lui présenta comme prévu plusieurs filles, que Jeff se contenta de dévisager rapidement. Elles semblaient toutes tellement superficielles qu'il n'avait pas vraiment envie de s'y intéresser. Une seule cependant attira son attention, elle ne faisait pas partie du groupe que formait Thomas, Jeff et ses autres collègues. Il se leva d'un bond et partit en sa direction.
Occupée à se frayer – non sans mal – un chemin à travers la foule, elle ne vit pas Jeff la suivre lorsque soudain il lui saisit le bras. Elle se retourna vivement, prête à repousser cet énième prétendant, quand elle reconnut le regard argenté et si caractéristique de l'homme venu l'aborder.
- Jeff ! s'écria Julie avant de l'enlacer tendrement
- J'ai reconnu tes petites boucles blondes de l'autre côté de la pièce, sourit Jeff. Qu'est ce que tu fais là ?
- Je travaille, répondit-elle en brandissant son appareil photo. Il y a beaucoup de « VIP », expliqua-t-elle en forçant le trait – elle s'était servie de ses doigts pour mimer les guillemets – et du coup, on m'a demandé de venir couvrir l'événement.
- Ah d'accord. Tu fais la photographe des stars … Dit-il avec complaisance
- Même pas, si j'ai bien compris ce sont des gens de la haute société, des hommes politiques notamment.
- Je n'aime pas vraiment ça, intervient Jeff en fronçant les sourcils. Fais attention avec ces gens-là, ils sont souvent prêts à tout pour cacher leurs vices...
Jeff força un sourire, mais son visage fermé ne faisait que prouver la méfiance qu'il avait à l'égard des « VIP » et la peur qu'il ressentait pour Julie.
- Cela m'avait manqué tes petites réflexions sur la nature perfide et profondément mauvaise de l'être humain, ria Julie de bon cœur. Ne t'en fais pas pour moi, dit-elle en lui caressant le visage, je ne me laisse plus faire. Je ne suis plus celle que tu as connue à l'époque, j'ai eu un bon maître.
- Le meilleur même.
Jeff lui adressa un sourire plein de tendresse et la prit dans ses bras.
- Tu sais que je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit, tu es importante pour moi, reprit-il calmement.
- Il n'y a pas de raison, ce n'est qu'un travail comme un autre. Je vais devoir y retourner, si tu restes un peu, je compte sur toi pour m'offrir un verre dès que j'aurai fini !
Elle rigola et partit dans la foule sans laisser le temps à Jeff de râler à cette invitation forcée. Il revint sans trop de difficultés vers son groupe d'origine, le sourire aux lèvres et la sensation d'angoisse disparue. Elle avait toujours eu cet effet là sur lui ; elle l'apaisait, le faisait rire et transformait toute scène tragique en une histoire sans accro. Il enviait parfois son conjoint, Alexandre, mais se raisonnait en se disant qu'il n'aurait pas su lui apporter la stabilité et le bonheur qu'elle méritait.
- Alors on va draguer en solitaire, intervint Thomas avec un grand sourire. Dis-moi au moins que t'as récupéré son numéro ?
- C'est ma meilleure amie, elle est photographe et elle couvre la soirée, riposta froidement Jeff.
- Oh, oh, tu me la présentes quand tu veux ta meilleure amie, ricana lourdement Thomas.
- N'y pense même pas, elle est en couple et le premier qui s'approche d'elle aura affaire à moi.
Le ton menaçant et le regard noir de Jeff, calmèrent les ardeurs du Tombeur. Du haut de ses 1m90, Jeff avait de quoi impressionner. Thomas changea vite de sujet, il avait bien compris qu'il n'aurait pas le dessus. Il dirigea le regard de Jeff vers la table basse où de la poudre blanche avait été disposée en petites lignes fines.
- Allez, tiens ! ça va te détendre ! dit Thomas en lui tendant un morceau de paille coupée.
Jeff la saisit et inspira la ligne sans broncher. Son apaisement avait été de courte durée.
La cocaïne commençait à faire son effet, Jeff commençait à se sentir euphorique. Il se leva pour aller danser, entraîné par Thomas et quelques-unes des filles présentes. Une d’entre elles essayait d’attirer l’attention de Jeff et celui-ci se laissait tenter doucement. La drogue enlevait ses appréhensions, et lui, si méfiant de prime abord, se surprit à engager le rapprochement. Malgré le bruit fort de la musique, il entendit la conversation des vigiles à côté de lui.
- Essaye de la retrouver, elle est blonde, les cheveux bouclés, elle a pris des photos de Monsieur et apparemment pas dans la meilleure posture, ricana le vigile. Faut qu’elle supprime ces clichés, apparemment, il est vraiment très énervé.
- D’accord, répondit le second vigile en disparaissant dans la foule.
Pour Jeff, il n’y avait aucun doute, c’était de Julie dont les vigiles parlaient. Il se dégagea de l'étreinte de sa prétendante et suivit le vigile dans la foule. Il l’avait prédit, il les connaissait ces gens de la haute société. Il aurait préféré avoir tort mais c’était rarement le cas quand il s’agissait de se méfier. Son cœur battait fortement dans sa poitrine, ses yeux parcouraient toute la salle plongée dans l’obscurité. Des frissons lui parcouraient le dos dès qu’il voyait quelqu’un qui ressemblait à Julie, des filles se prenaient en photo avec leurs téléphones, d’autres attendaient à la porte du carré VIP espérant jouer de leur charme pour entrer dans ce cercle fermé.
Soudain Jeff vit Julie au niveau du bar, en train de se commander un verre. Il fonça sur elle.
- Ah ! J’ai dû commander mon verre toute seule du coup, pendant que monsieur batifolait, le taquina Julie
- Faut que t’y ailles, j’ai entendu les agents de sécurité parler entre eux, ils te cherchent, on s’en va. Fais-moi confiance, ok ?
