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Règlements de compte et rebondissements sont au menu de ce polar détonnant.
Quel est le point commun entre l'enlèvement d'un Député-Maire-Conseiller-Général du sud de la France, le port africain de Mombasa au Kenya, la destruction d'un dolmen dans le massif montagneux des Albères, cette fin des Pyrénées plongeant dans la Méditérranée, quelques groupes de rock aux noms improbables, et l'Ukraine ?
Bienvenue dans la Catalan Connexion, Jance c'est celui qui sert la potion au plomb, Leïla c'est l'ukrainienne, une splendide escort girl au besoin pas avare de son colt. Tout ce petit monde se retrouve dans ce beau pays catalan à cheval entre France et Espagne, les frontières ça crée des liens étroits, parfois trop étroits...
Bon on vous laisse retrouver Leila et Jance pour une promenade de santé, quoique des fois dans cette belle Catalogne, ça dérape !
EXTRAIT
– Salomon, hurle Paco, qui se redresse comme un fou pour foncer droit sur moi.
Possédé par une énergie démoniaque. Le couteau pointé sur ma gorge. Ses yeux se révulsent. Son visage est parcouru de tics. Des courants nerveux agitent sa peau de tremblements de terre miniatures. Il bave convulsivement. Pas beau à voir le romanichel. Pas question d'égayer les mariages par ses chansons voluptueuses, le Paco. Plutôt le genre à animer les zombies-parties en aspergeant les convives de cascades de sang frais. Invitez le, vous serez pas déçus, surtout à Halloween. En une seconde, il a parcouru deux mètres sur les trois qui nous séparent. Bave aux lèvres style chien enragé. Devrait concourir aux Jeux Olympiques du Crime, le Paco. Pour le dix mètres défoncé à mort il est au point. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je vais pas me laisser égorger, quand même. Mais c'est avec lassitude que je sors mon Colt et lui sers la potion au plomb qui fait mon succès. Trois fois. Plus une quatrième pour faire bonne mesure.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Patrick Noël, alias
Patricio Nadal : Ex-libraire spécialisé BD SF Policier. Ex-graphiste et programmeur informatique, créateur de sites internet.
Artiste (pseudo Pat Grigri) multimédia, peintre, vidéaste, auteur de courts métrages, interviewe des artistes en particulier ceux qui exposent au Centre d'Art Contemporain « à cent mètres du centre du monde » à Perpignan, filme concerts et expositions.
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Seitenzahl: 270
Veröffentlichungsjahr: 2017
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Toute ressemblance, avec des faits ou des personnes existantes ou ayant existé, est parfaitement fortuite.
Faut qu'ça saigne !Boris Vian
Pendant que j'installe la petite caméra sur son trépied face à la table basse sur laquelle j'ai étalé journaux et documents... La scène me revient. Bam. Me submerge. Sans prévenir. Le ciel, le soleil, les odeurs, les couleurs. Et les sons. Surtout les sons. Comme si c'était hier. C'était quand ? Il y a une semaine ? Il y a un siècle ? De toute façon, Leïla et moi on ne compte plus en jours, mais en nombre de morts.
La Mercedes. Garée le long d'une petite route de campagne au sommet d'un col. Le ciel. Bleu, pas un nuage. Une petite brise courbe les branches. J'écoute attentivement jusqu'à ce que je distingue des bruits étouffés sur ma droite. Je fonce, la main sur mon gun, à l'assaut d'un minuscule sentier qui mène tout droit à une clairière.
Leïla se débat. Plaquée au sol par les deux gitans. Malgré ce qu'elle m'a dit dans la voiture quelques instants plus tôt, elle n'a pas vraiment l'air consentante pour se faire sauter. Le gros, Hardy, lui a collé un couteau sous la gorge. Tout en déboutonnant sa braguette avec l'intention manifeste de se faire sucer. Pendant que. Laurel, Paco. S'active entre ses jambes. Son jean déjà baissé. Lui aussi tient son couteau d'une main. Il en menace la jeune femme. Des fans des armes blanches à n'en pas douter, mes deux convoyeurs de la Catalan Connexion.
– Arrêtez, je dis, d'un ton péremptoire, tout en sachant pertinemment que ça va rien arranger. Au contraire tout va déconner. Partir en vrille, échapper à tout contrôle. Vous pariez ?
Merde, pourquoi les chauffeurs sont aussi cons, ces temps ci ? Faudrait interdire les voitures. En plus ce serait bon pour lutter contre le réchauffement de la planète, la connerie crasse, le pétrole, les cheiks sans provisions. Je ne tente pas de l'expliquer aux deux comiques violents volontiers violeurs. A mon avis une perte de temps. La logique, la raison, c'est pas leur truc. Je garde mon Colt dans ma poche. Pas la peine d'en rajouter. Pour l'instant. Pas la peine d'en rajouter ! Tu déconnes mec, je me dis. Tout ça va partir en cacahuète dans une seconde. Putain, je vais me les faire !
– Salomon, hurle Paco, qui se redresse comme un fou pour foncer droit sur moi. Possédé par une énergie démoniaque. Le couteau pointé sur ma gorge. Ses yeux se révulsent. Son visage est parcouru de tics. Des courants nerveux agitent sa peau de tremblements de terre miniatures. Il bave convulsivement. Pas beau à voir le romanichel. Pas question d'égayer les mariages par ses chansons voluptueuses, le Paco. Plutôt le genre à animer les zombies-parties en aspergeant les convives de cascades de sang frais. Invitez le, vous serez pas déçus, surtout à Halloween. En une seconde, il a parcouru deux mètres sur les trois qui nous séparent. Bave aux lèvres style chien enragé. Devrait concourir aux Jeux Olympiques du Crime, le Paco. Pour le dix mètres défoncé à mort il est au point. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Je vais pas me laisser égorger, quand même. Mais c'est avec lassitude que je sors mon Colt et lui sers la potion au plomb qui fait mon succès. Trois fois. Plus une quatrième pour faire bonne mesure. Pour éviter la lassitude. Dans la pochette surprise des toilettes de l'aéroport de Girona, il y avait des munitions de rab, que j'ai fourrées dans mes poches. Alors je ne suis pas avare.
Paco, Paco. La première balle le stoppe net. Il lâche son couteau. Paco, Paco. La seconde l'étonne. Il passe la main sur sa poitrine. Qu'il retire pleine de sang. Ce qui paraît le remplir de stupeur, ce qui ne rime à rien, vous en conviendrez. Mais pas lui. Paco, Paco. Il est déjà mort quand la troisième le fauche. L'envoie valdinguer en arrière. La quatrième ne sert à rien. Juste le plaisir de voir son cadavre tressauter. On s'amuse comme on peut, nous les porteurs de Colt Pocktelite. A sa place Hardy-Salomon s'est dressé, pistolet au poing. Qu'il a sorti d'une poche en laissant tomber son couteau. Pas con. Il a tout de suite compris, contrairement à Paco. Que, l’artillerie était nécessaire. Bizarrement, pour contredire mes attentes anxieuses, il ne tire pas. Il reste figé. Du sang se met à couler de sa bouche. Envahit sa barbe rugueuse. Coule sur sa poitrine. Il tombe... en avant sur son pote. Un couteau planté entre ses deux épaules. Leïla, furie vengeresse surgie des tréfonds de l’Antiquité, se jette sur les deux corps. Qu’elle bourre hystériquement de coups de pieds, de poings, et d’insultes que je me garderais bien de répéter. Je reste sans voix. C’est pas vrai ! Je vais me réveiller. Je suis encore dans mon rêve ? Un rêve ! Tu parles. Un vrai cauchemar à répétition. Moi qui n’avait jamais tué personne. Ou presque. Je suis servi. Je regarde Leïla qui se reboutonne. S’époussette. Vérifie qu’elle n’a pas de trace de sang sur ses vêtements. Elle me secoue sans ménagement.
– Alors, tu bouges, Jance. Ou bien tu comptes camper ici ?
Je suis dedansEn plein dedans jusqu’aux dentsLe drame c’est que même en ne voulant pas être dedansC’est pareil, je suis dedansJusqu’aux as jusqu’aux dentsRobert Charlebois
Quel est le point commun entre l’enlèvement d’un Député-Maire-Conseiller-Général du sud de la France, le port africain de Mombasa au Kenya, la destruction d’un dolmen dans le massif montagneux des Albères, cette fin des Pyrénées à cheval entre France et Espagne1 plongeant dans la Méditerranée, quelques groupes de rock aux noms improbables, et l’Ukraine ?
On pourrait tout aussi bien tenter le rapprochement entre des hommes politiques de premier plan et l’incendie d’une ferme de cannabis dans la banlieue de Perpignan, entre des groupes d’extrême droite et le business de la prostitution transfrontalière entre l’Espagne et la France. Plus facile, reconnaissons-le. Mais qu’en est-il de cette folle nuit qui vit Perpignan s’embraser, les communautés gitanes et maghrébines s’affronter à l’arme de guerre, les pompiers comme la police assister, démunis et impuissants, à la destruction d’édifices publics de premier ordre ? Autant rechercher la raison de la rencontre fortuite d’un parapluie et d’une machine à coudre sur une table de dissection2.
Ne cherchez plus. Vous êtes vernis. Même pas la peine d’envoyer une requête à la NSA. De lancer une recherche sur Google, Youtube, Wikipédia, Facebook ou à Twitter, les filiales de la NSA. Il suffit de regarder la suite de cette video, parvenue entre vos mains par un heureux, autant que mystérieux, hasard. Le point commun, c’est moi ! J’ai participé à l’enlèvement du député Casasses, dit Charly C. Avec son consentement, il faut le préciser. A Mombasa, j’ai échappé, enfin, je pensais avoir échappé à des groupes d’activistes musulmans, qui ne comptaient pas me récompenser pour mes aptitudes religieuses, mais me faire subir quelques tortures savantes avant de m’expédier en Enfer après m’avoir délesté de ma tête. Je me trompais du tout au tout. J’écoute beaucoup de musique live. Quand aux prostituées... Quand à l’Ukraine... Ha, Florence ! Ha, Leïla, Leïla ! J’ai été utilisé, manipulé, roulé dans la farine. On a voulu me faire porter le chapeau, faire de moi le bouc émissaire parfait. On m’a pris pour un con. On m’a pris pour le roi des cons. On m’a pris pour le pigeon idéal... Celui qui finissait avec les petits pois dans l’assiette au final. C’est pour cette raison que j’ai décidé de tout balancer. J’ai prudemment changé les noms de tous les protagonistes de cette histoire, mais il suffit de relire les journaux de cette époque pour en reconnaître certains. Sur son pied, face à la table basse sur laquelle j’ai étalé tous les documents, depuis les photos jusqu’aux articles de journaux, qui vont me servir à étayer mes dires, la caméra tourne. Ronronne comme un gros minet qui s’apprête à vous griffer sans prévenir. Je vois la petite lumière rouge clignoter. Rappel à tous ceux qui veulent ma peau. C’est pas les chats qu’on écrase, mais les chiens ! Les gats, les chats eux, par contre, possèdent neuf vies, comme moi. Ceux qui ont voulu me baiser auraient dû y penser avant. Vous êtes prêts ? Laissez vous aller sur votre canapé, devant votre écran favori, votre ordi, votre i-quelque chose, pad, phone, pod, ou tout bêtement votre bonne vieille TV connectée à une box quelconque, vu que tout ce que je dégoise va se retrouver directos sur Youtube. Est déjà sur Youtube, en fait, puisque vous le matez. On y va ? C’est parti !
Tout ce que j’ai évoqué plus haut n’est que la partie émergée de l’iceberg. Les 90% restants, immergés sous des tonnes d’eau croupie et de sang coagulé, vous ont opportunément échappé. Les miennes de révélations, pourtant de première main, vont finir à la poubelle des vérités révélées, soigneusement dissimulées qu’elles étaient par toutes les infos de la Presse et des médias audiovisuels réunis. Je n’ai aucune illusion. Quelqu’un l’a dit avant moi : dans notre monde, le vrai est un moment du faux. Alors ouvrez grand vos mirettes, décapsulez vos neurones défraîchis, faites un effort de compréhension. Je reconnais que ça risque d’être coton vu les doses de drogues diverses, Lexomil, Tranxène, THC, Hero, Crack, TF1, TNT, etc. que vous vous enfilez quotidiennement pour rester dans le brouillard. Mais, peut-être, à la fin des fins, aurez vous entr’aperçu une petite partie de ce qui se cache derrière le rideau des apparences. Du genre : qui dirige vraiment ce monde ? Et comment ? Du genre : il faut que tout change pour que rien ne change. Du genre : reprenez vite votre dose pour oublier. Ce n’est qu’une histoire de plus, pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot, l’odyssée pitoyable d’un mec qui se croyait affranchi alors qu’il n’était qu’un crétin candide, un de plus, pétri d’optimisme jusqu’à ce que la réalité lui explose au visage, lui ouvre les yeux à coups de marteau sur la tête...
Essayez, vous verrez, ça marche du tonnerre !
1 – Je devrais dire entre Catalogne et Catalogne, pour éviter de froisser les susceptibilités, mais pour ceux qui ignorent tout du problème, genre 99,99% de la population mondiale, ce serait un peu long à expliquer, voire indigeste, surtout en démarrant les notes en bas de page par une note de 2000 pages. Mais par la suite, tout devrait s’éclairer... ou pas ! (Note de l’Auteur)
2 – « Beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. « Les chants de Maldoror (1869) Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont
C’que tu peux faire mal quand tu t’y metsSerge Gainsbourg
Avant, j’avais un petit job tout ce qu’il y a de pépère. J’engrangeais de la thune tranquillement, sans prise de tête. Tout en voyageant aux quatre coins de la planète. A peine la trentaine, plutôt cool, non ? Déjà du fric qui rapportait à droite à gauche, placé dans des bars, des apparts...
Du fric qui ne me servait pas à grand chose, d’ailleurs, une sorte d’assurance pour l’avenir, puisque je gagnais largement de quoi vivre. En plus, vu que mon taf était à plein-temps, je n’avais même pas le temps de le dépenser. La trentaine, sapé comme un prince, en pleine santé, physiquement au top de ma forme, un boulot, pas si illégal que ça si on n’y regardait pas de trop près. Que demander de plus ? Juste que ça continue à rouler sur cette voie semée de roses et d’or. Et puis quelqu’un... Un dieu malin ? Le destin ? Qui que ce soit, cet enfoiré s’est amusé à savonner la, jusqu’alors douce, pente de ma vie, à y planter des clous, des lames de rasoir, à la truffer de mines, de chausse-trappes, de pièges vicieux comme des requins marteaux. Style politique, putes, drogue et tout ce qui va avec : dealers, maquereaux, patrons de cafés, de boîtes, de club, racket, gros bras, coups fourrés aux marrons comme au plomb, élections truquées, valises pleines de billets, à double fond, à fonds perdus, promesses à gogo, députés souriants, conseillers dégoulinants, gogos hébétés, michetons promenés, drogués délestés... et des flingues comme s’il en pleuvait. Pas mon monde jusque là. J’évoluais à la frontière, faut le reconnaître, mais j’évitais comme la peste d’y mettre mes pieds chaussés de pompes à mille dollars. Sans parler des cadavres qui s’accumulaient avec une régularité croissante et angoissante depuis quelque temps, comme des cailloux semés par un Petit Poucet sanguinaire, cailloux qui balisaient un chemin foireux, dangereux, mortel... qui menait directos jusqu’à moi. Je me voyais bien au bout de ce chemin, étendu raide mort, pendant que des ogres obscènes se bâfreraient et rigoleraient comme des bossus au-dessus de ma carcasse refroidie, trouée comme une écumoire. Comme épitaphe sur ma pierre tombale, cette question : comment avait-il fait son compte pour se retrouver plongé jusqu’au cou dans les embrouilles ? Comment j’allais me tirer de ce mauvais pas ? C’est ce que je me demandais à chaque seconde. Parce que tout ceci m’était tombé dessus sans prévenir. Bing ! Jance prends ça dans ta gueule. Jance c’est le diminutif, pour Jack Chance. Ne rigolez pas. Un petit nom qui me suit depuis la maternelle. Impossible de s’en débarrasser, vous vous en doutez. Bien malin qui pourrait prédire l’avenir du dit Jance. J’en étais même réduit à me poser des questions existentielles, c’est vous dire ! Du genre. Certains s’imaginent que c’est la société qui rend l’homme mauvais. Je n’ai pas l’habitude de philosopher, mais quand je vois le spécimen d’humanité qui sautille sous mes yeux comme un cancrelat venimeux monté sur ressorts, j’en arrive à la conclusion inverse. Serait-il né pauvre ou riche, en démocratie comme en dictature, ça ne ferait aucune différence : on ne peut se l’imaginer autrement que bête et méchant, menteur, arnaqueur, voire même tueur à ses heures, mais alors d’enfants, dans le dos, quand il ne risque rien. Il ne tue pas grand monde, et pourtant il patauge dans le sang comme un canard décapité. Une belle charade, non ? Le job de mon premier, c’est le meurtre. Mon second se lave les mains dans l’hémoglobine. Mais mon troisième ne tue personne. Vous donnez votre langue au rat ? Mon tout est un Nettoyeur. C’est même El Netejador, Le Nettoyeur de la Catalan Connexion, Català Connexió comme on dit ici, mais en n’importe quelle langue, ça signifie la même chose : Mafia ! Il intervient avec ses assistants, après une exécution, et nettoie tout du sol au plafond. Monsieur Propre. Pas d’empreintes. Pas de sang. Pas de traces ADN. Rien, nada. Pas de cadavre. Sauf quand la présence du dit cadavre est indispensable. Pour envoyer un message, par exemple. Nettoyeur. Nécrophage. Nécrophile, disent certains. Mais pas trop fort. De peur qu’il ne les entende. De peur de se faire proprement nettoyer à leur tour, éradiquer, néantiser. Pourtant ne vous réjouissez pas trop vite. Regardez pour une fois la réalité en face. Ce crétin malfaisant, ce repoussoir commode, représente à la fois vos pires cauchemars mais aussi vos plus grands désirs. Tuer, piller, violer sans entraves : le menu alléchant de vos fantasmes enfouis sous des tonnes de faux-semblants. Fausse culpabilité. Fausse bonté. Faux-culs. Il n’est que ce que vous seriez si vous n’aviez pas peur du châtiment.
– Un bain de sang ! Je vous prédis un bain de sang, s’énerve le Crabe du haut de son mètre cinquante, talonnettes comprises. Savall n’aime pas qu’on le prenne pour un con.
Rouge et jaune comme des ailes de papillon. Les paroles explosent.
Poudroiements hystériques.
Arc-en-ciels psychédéliques.
Flashs oranges aux franges bleutées.
C’est de cette manière que m’apparaissent les menaces dont le Crabe nous bassine depuis qu’on l’a retrouvé en fin d’après midi, sortant du Casino aux tourelles bleues en front de mer, Place de la Méditerranée à Canet-Plage, sous une sorte de sculpture en métal tordu, de l’art contemporain standardisé puisque j’ai vu la même à Dallas, et dans deux ou trois autres villes. Non, je n’ai pas ingéré quelque substance hallucinogène, fumé la moquette, sniffé une lignette poudreuse, bu plus que de raison des rhums-vodkas additionnés de poudre à canon. Non, Je ne me suis pas évadé du plus proche asile d’aliénés, bourré de médocs opiacés. Je suis à jeûn et en pleine possession de mes moyens. Je suis seulement en proie à des atteintes neurologiques dites synesthétiques. Comme 3% de la population mondiale, selon les dernières statistiques de l’OMS. Presque banal, quoi ! Synesthétiques ! Synesthétiques ? Oups, désolé. Traduction rien que pour vos neurones défraîchis : pour moi les sons s’accompagnent de formes colorées. A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu. Rimbaud. Rimbaud ? Non, il ne présente pas les jeux de 18h30. N’en parlons plus. Pour faire simple, vu le niveau de votre Q.I., 15 maximum, j’explique : je mélange tout. Mon cerveau mixe formes, sons et couleurs. La vue se confond avec l’ouïe. C’est génétique, à ce qu’on dit. Pas vraiment handicapant, puisque je ressens ça depuis mon enfance. J’ai même mis du temps à intégrer que les autres ne voyaient rien de spécial quand ils entendaient des sons. Merde, c’est triste, me suis-je dit. Deux dimensions au lieu de trois. Du noir et blanc en place de la couleur. Pour moi, vous passiez à côté de la vie. Pauvres, nains, aveugles. Une berceuse de ma mère : symphonie de douceur aquarelle. L’orgasme de ma petite amie : comètes de glace au citron brusquement sorties du congélateur. Mais je ne le crie pas sur les toits. Synesthétique ! Synesthétique ! C’est pour le coup qu’on m’enfermerait. Bref, j’ai appris à faire profil bas, à mentir, à cacher ma réalité. Jamais. Aussi bien à l’école qu’au collège. Jamais. Aussi bien devant mes parents que devant mes profs. Jamais. Aussi bien devant mes petites amies que mes amis. J’ai des amis ? Première nouvelle. Jamais je n’ai révélé mes capacités. Trop peur que les gens l’apprennent... et qu’on me soigne, qu’on m’enferme, qu’on me traite, me lobotomise, me pique, me repique, me bourre-de-médocs, bourre et bourre et colegram, me bombe-à-moustique, me cobayise, m’extermine, bourre, bourre et me rétame. Synesthétique ! Quel pauvre crétin ! Un Gogol, un cardiaque, un aliéné, un malade. Quelle contradiction ! Au fond de moi, en cachette, yeah, je suis le meilleur, je vois les sons, j’entends les couleurs. Mutant X. Serval de pacotille. Je m’éclate à mort. Et... En même temps, parfois, cette capacité cognitive aberrante me pèse. Comme en ce moment. Sang. Menaces. Hystérie.
Vibrions intermittents, néons primaires. Eteignez les novas !
Putain de Crabe !
Scie violette coupant des engrenages rubis.
Le Crabe possède ce genre de voix éraillée, très désagréable, qui fait penser à un grincement suspect de pignons mal graissés. On a envie de le faire vérifier par un garagiste. Cravate à pois, pompes de prix. Il en jetterait plein la vue, s’il ne s’était affublé d’une veste rouge, qu’il doit imaginer très classe, mais qui lui donne l’allure d’un groom. Un Spirou obèse et court sur pattes au visage graisseux, aux cheveux graisseux, aux mains boudinées, dont les yeux porcins enfoncés comme des boutons au fond de puits noirs vous observent vicieusement. Une charcuterie ambulante. Du mauvais cholestérol à pattes. On dirait qu’il s’est fait cogner et qu’il a gagné deux coquards, mais même pas, ce serait trop beau, ce sont seulement de vulgaires valises à rallonge sous les yeux. Sourcils mités, cheveux poivre et sel en train de se faire doucement la malle, vaguement bouclés, un peu longs. Il agite ses mains décorées de bagues en or comme s’il voulait nous les vendre. Les bagues, pas les mains ! Il a raté une carrière de commercial, le Crabe. Il a préféré la voie oblique du crime organisé, ça rapporte plus, mais il y a énormément de risques de ne pas profiter de sa retraite. Il pourrait y songer à ses heures perdues, le crustacé cramoisi, si toute la partie de son cerveau dédiée à la chose : la réflexion, n’était inscrite aux abonnés absents depuis bien longtemps. Faut dire qu’il soigne son crétinisme basique à l’alcool et à toutes sortes de drogues, cannabis, cocaïne, crack, héroïne, et j’en passe et des plus nocives. Le tout à hautes doses... Et sans modération. On discute sur l’esplanade, qui dominerait la mer si elle n’était pas pratiquement au même niveau, à côté de l’arrêt des Bus à Un Euro, une invention locale, sous un panneau publicitaire souhaitant la bienvenue aux nouveaux catalans. En tant qu’étranger, j’ai du mal à comprendre le concept. J’ai intégré rapidement la notion de catalanité, une sorte d’entité mitoyenne entre la France et l’Espagne, dont la langue serait le pont. Reste ce « nouveaux catalans » qui me laisserait perplexe, si ce n’était le dernier de mes soucis actuellement. Mais le Crabe se fait un plaisir de m’expliquer à sa manière limpide, subtile, toute en nuances.
– Ici, on est en Catalogne. On n’aime pas les étrangers, crache-t-il.
– Mais alors, dis-je étonné, pourquoi cette affiche ?
– C’est de la merde. C’est le Conseil Général qui a lancé ça. Mais moi, j’emmerde les nouveaux arrivants. Des retraités et des chômeurs, pour la plupart. Tu parles d’une aubaine. Comme si on n’en avait pas assez d’assistés. Merde, Chance, de quoi tu me parles, grince-t-il méchamment, on s’en fout. T’as un boulot à assurer pour nous. On t’a tiré d’un mauvais pas, on t’a sauvé la vie. T’as pas oublié ? Toi et ta pute, vous devez tuer Charly C. dans les plus brefs délais. On vous a briefés. Le moment est venu de payer ta dette ! Pas de glander. Tu te crois en vacances ?
– J’attends le feu vert de ton boss, mec. En attendant, je fais ce que je veux, non ? Mais je ne suis arrivé, on n’est arrivés, que depuis quelques jours. C’est un peu court comme préparation !
Je tente de négocier en avançant quelques arguments raisonnables, mais c’est perdu d’avance, je commence à connaître l’animal.
– J’ai pas envie de me retrouver au trou pour quinze ans. J’ai besoin d’un peu de temps. Une ou deux semaines. Pour les repérages. Un député, c’est pas n’importe qui. Maire, Conseiller Général, qui plus est. En plus je vous répète que je ne suis pas un tueur. Téléphonez à mon patron. M. Wang. C’est lui qui est en dette avec votre organisation. Pas moi. C’est idiot de me demander ça. Je risque de tout foirer. Vous avez dix mecs plus capables que moi pour ce job.
– Tu es parfait pour le taf, Mister Chance, parce que tu ne fais que passer, comme ta pute, insiste-t-il très lourdement en regardant Leïla, comme si elle puait. On l’a faite venir de Gérone pour ça. Et toi t’arrives direct de Mars. Personne vous a vus, pouf, bang, puis vous disparaissez. Idéal !
T’as pas l’intention de moisir dans le coin, quand même ? T’installer, fonder un foyer, dit-il en riant, ce qui est encore pire que quand il parle. On ne discute pas les ordres de Savall. Pneus dégonflés asthmatiques graisseux marronnasses.
– Nouveau catalans de merde, fas cagar, je les encule, ajoute-t-il, pour ponctuer.
– Détends toi, mec, lui dis-je avec un sourire qui se veut complice, car nous le sommes, complices, bien que cette promiscuité me répugne, je vous suis redevable pour ce que vous avez fait à Mombasa. Mais je respecte vos coutumes traditionnelles... comme le quart d’heure catalan. Ha, ha !
Je tente l’apaisement par l’humour en faisant allusion à cette coutume du coin qui consiste à toujours être en retard. Comme si ce n’était pas une coutume universelle, d’ailleurs. Demandez aux africains chez lesquels je séjournais il y a quelque temps. Et j’ajoute, en incluant Leïla d’un geste de la main : Plus catalan que nous, tu meurs !
Le rire de Leïla, qui ne dit rien, s’envole en cascades triomphantes comme sa poitrine impériale. Un poil exagéré vu le niveau de mes vannes, mais au moins elle me soutient. Les quelques pékins égarés sur l’esplanade miteuse se retournent. Leïla et la discrétion, ça fait deux. Sa chevelure de walkyrie emportée par le vent en tourbillons torsadés capte l’attention avec la force d’un premier soleil qui déchire six mois de nuit dans l’Arctique. Ensuite on est épinglés, comme des lépidoptères dans une boîte, par les yeux. Bleus. Bleus cercle polaire. Bleus cercueil.
Son rire : rafales de pulsations liquides orange acrobatiques.
Mais Leïla comprend très bien les sous-entendus. Pas besoin de lui faire un dessin, surtout quand il est question de mort. Alors que le Crabe ignore royalement mes tentatives pour détendre la conversation, et ne fait pas mine d’avoir saisi ma mise en garde cachée. Tu meurs. Tu meurs ! Crétin. Imprime ! Rien à faire. Il continue à vociférer.
On part marcher sur la plage tous les trois. C’est bon pour la digestion, paraît-il. Pour digérer les conneries du Crabe, faut marcher un bon moment. Ce qu’on fait avec application. Jusqu’à ce que les immeubles derrière nous commencent à se confondre avec le ciel qui s’obscurcit dans une brume de grains de sable soulevés par le vent. Je ne lui répète pas pour la vingtième fois qu’on m’appelle Jance. Jack Chance comprimé. Trop compliqué pour ses trois neurones.
Jance : balle bleutée.
Comme les yeux glaçons effilés comme des dagues empoisonnées de Leïla. Quand j’entends ce que déblatère ce crétin, j’ai du mal à en croire mes oreilles. Et mes yeux. Synesthésie, vous n’avez pas oublié.
Pointillés carrés couleur huile de vidange.
Je n’aime pas, mais alors pas du tout ce que j’entends-vois.
– Pouf, vous disparaissez, dit-il, mon ami le Crabe. Comme c’est pratique. J’ai peut-être l’esprit mal placé, mais mon expérience des méthodes subtiles de la Catalan Connexion me laisse présager le pire. Merde, je voudrais lui dire.
Un, je ne suis pas le larbin de Savall. C’est ton boss, pas le mien. Leïla par contre, son statut est plus incertain. On ne se connait pas depuis longtemps, elle et moi, ça se mesure en jours, bien qu’on ait pris le temps de se raconter notre vie, malgré qu’on soit très occupés... à baiser. Corps en fusion, râles à l’unisson. Entre deux cadavres...
Formes légendaires de pieux fulgurants carmin clair.
Deux, prédire l’avenir c’est plutôt difficile. Pas tellement parce que c’est plus facile de prédire le passé, mais à cause du point trois.
Trois, fais gaffe mec, tu délires. Réfléchis avant de causer ! Comme vous dites, faut tourner ta langue cinquante fois dans ton palais d’hiver avant de menacer Leïla. T’es fou. Marteau. Frappadingue. Suicidaire comme un lapin qui menace le chasseur. Ou un Crabe la pince à homard. Moi je suis plutôt cool, mais elle... Manque de pot, je ne sais pas exprimer tout ça à la fois, et l’autre con ne sait pas s’arrêter. Vous me direz, c’est pour ça qu’il est con. Con. J’aime ce mot. Si l’humour est la dernière chose qu’on apprend dans une langue, l’argot est la première. On n’a pas ça en anglais, un mot aussi universel. Jeune con, vieux con, petit con, grand con, gros con. Con comme un balai, une bite, la lune, ses pieds, une huître... On peut être un jeune con et un vieux con en même temps. Jeune en âge, et vieux dans sa tête. Il y a même un féminin tout aussi riche. Et puis il y a les jeux de cons, le dîner de cons. C’est d’ailleurs à un dîner de cons que je j’ai l’impression d’être convié depuis le début de cette histoire et si je reste calme, je n’en pense pas moins. Je m’étonne moi même, d’ailleurs. Quand ça va péter... Sauf que, pour l’instant, ça ne pète pas bien haut. Le con déconne à plein tubes. Et, comme dit le chanteur : quand on est con on est con...
– Ton patron est en dette avec nous, homme, gargouille de plus belle le Crabe-Quasimodo, en répétant pour la dixième fois la même chose, comme s’il suffisait de répéter suffisamment longtemps une connerie pour qu’elle devienne une vérité. Claro que si, et toi, le pingouin tu es là pour éponger la dette. Alors tu fais ce qu’on te dit ! Si je te dis de me sucer, tu suces. Et tu dis merci ! Quand à toi, puta, ta mère la pute...
Tous les crétins, comme vous et moi, sauf le Crabe qui n’a pas encore atteint ce stade de l’évolution, se demandent un jour ou l’autre ce qu’est le Destin. Tout est-il écrit d’avance ? Peut-on en changer le cours ? Toutes ces questions idiotes s’imposent souvent quand ledit Destin se fait un peu trop remarquer en nous jouant des tours à sa façon. J’ai ma théorie là dessus. Pour moi le Destin, c’est une rencontre imprévue. Juste ça, pas plus. Et ce petit imprévu fait basculer votre vie. Chamboule tout. Vous propulse dans une direction inimaginable quelques jours, voire quelques minutes auparavant. Tu parles d’une théorie originale !
C’est ce que je me dis en contemplant Leïla. La. Ma dernière rencontre imprévue, parce qu’en ce moment, je les collectionne les rencontres imprévues qui chamboulent tout, debout, face à la Méditerranée, les pieds cloqués dans le sable d’une plage plutôt minable, minable pour qui a connu celles du sud de l’Inde, d’Afrique du sud, d’Hawaï, et tant d’autres paysages qui méritaient vraiment le qualificatif de plages. Mais là, moitié sable, moitié gravier, fourrée à la cigarette, grande comme un mouchoir de poche, donnant sur une mer quasi morte encore agitée de quelques soubresauts, dégoulinante de méduses l’été et de bouteilles plastiques rongées à l’acide l’hiver, la plage ! Vous parlez d’un destin enviable. Canet-Plage. Il y a quelques jours, j’en avais encore jamais entendu parler. Veinard ! Pas plus que de Leïla, d’ailleurs. Bon, pour ne pas vous cacher ma pensée, je me serais bien passé de découvrir Canet-Plage... par contre Leïla, je ne regrette pas. Si vous la connaissiez, intimement comme moi, vous diriez pareil. Leïla c’est l’Etna, le Vésuve, voire Hiroshima-Nagasaki concentrés en un mètre quatre-vingt carénés à la nitro, qui vous explosent je ne dirai pas où. Leïla, un blaze arabe romantique : la nuit la plus longue de l’année ! Plutôt zarbi pour une blonde ukrainienne ! Par contre avec elle c’est vrai, les nuits sont les plus longues... Et encore nous n’avons passé que quelques nuits ensemble ! Mais je suis tellement con, moi aussi, que j’ai hâte de vivre les futures.
Leïla : jaune d’or, bleu cimetière, rouge tornade.
Pourtant, vu les ennuis que Leïla m’attirait, à chaque seconde qui passait, j’aurais dû m’enfuir à toutes jambes, et à des milliers de kilomètres, et oublier avec application ses chevilles de rêve, ses mollets galbés, ses cuisses fuselées, et j’arrête ici l’ascension avant de me faire mal...
Et j’atterris façon Leïla. Boum !
Boum !
Rouge cercueil. Bleu cercueil. Jaune cercueil. Leïla Fukushima. Zone d’exclusion. Terminateurs sacrifiés. Pacifique irradié. Le flingue qu’elle tient à la main fume encore. Le Crabe, ce con, est vraiment raide à ses pieds. Il n’a eu que quelques soubresauts minables... comme sa vie. Il était petit, gros, si ça se trouve son slip était crade et il puait des pieds, et en plus il ne disait que des conneries. voilà pour l’oraison funèbre ! Merde, encore un, et presque en plein jour ! Dégâts collatéraux, à répétition comme le gun. Leïla, Leïla, tu devrais pas t’laisser aller. Quand t’es avec moi, tu fais qu’des conneries...
Jamais, non jamais,A cette porte, je n’aurais dû frapper ;Si je pouvais tout changer,Je s’rais chez moi, seul sous ma couette, dans mon lit douillet !Debout Sur Le Zinc
Le mieux serait que je me présente. Que je commence par le commencement. C’est convenu, voire un peu chiant, je sais, mais vu votre niveau de compréhension, ça me paraît obligatoire. D’abord, oubliez tout ce que vous croyez savoir. Sur tout. C’est que des conneries. Du flan. On vous bourre le mou depuis tellement longtemps que vous avez oublié de penser. C’est en train de changer, et ça va vous faire bizarre. Comme si vous enleviez vos lunettes noires d’aveugle patenté, et que vous enfiliez des loupes grossissantes. Voire vos Google Glasses, vos binocles à réalité augmentée, vos béquilles d’handicapés de la vie. Pour apercevoir ce qui se trame derrière ce que vous pensez être la réalité...
Quelle bonne blague !
Noir encre de seiche.
Donc, flashback rien que pour vous ! On décolle vers le passé, machine à remonter le temps demandée. H.G Wells aux commandes. Morlocks à l’horizon.
