Chaque crime en son temps - Liliane Avram - E-Book

Chaque crime en son temps E-Book

Liliane Avram

0,0

Beschreibung

Les choses ne sont jamais ce qu'elles prétendent être : une invitation peut être un piège, un meurtre une illusion, et la mort un mirage.

Quel est le point commun entre un modeste employé de bureau, une femme amoureuse d'un proxénète, l'animatrice d'une célèbre station de radio, un haut fonctionnaire, une petite voisine bien intentionnée, une épouse malchanceuse, et une veuve optimiste ? Tous ces personnages vont, chacun à leur tour, se trouver au cœur d'une petite histoire criminelle. Victime ou assassin ? Mais attention, les choses ne sont jamais ce qu'elles prétendent être : une invitation peut être un piège, un meurtre une illusion, et la mort un mirage.

Découvrez les destins de plusieurs personnages, et découvrez comment leurs parcours tendent tous à les placer au centre d'une petite histoire criminelle.

EXTRAIT DU CRIME DE L'ALLÉE DES CÈDRES

Je vivais des minutes à la fois pénibles et exaltantes où je n’arrivais plus à distinguer le vrai du faux, la réalité de la fiction. D’ordinaire, je serais bien incapable de jouer la comédie ! Pourtant, à cet instant, n’étais-je pas un véritable acteur… de même que la personne qui gisait par terre près du buffet ? N’allait-elle pas, quand le rideau serait baissé, se relever pour saluer son public ?
Hélas, nous n’étions pas au théâtre… Cette femme était bien morte, et moi j’étais dans un drôle de pétrin.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Liliane Avram vit à Poitiers. Un temps fonctionnaire, elle a démissionné, occupé divers emplois avant de se consacrer totalement, et avec passion, à l'écriture.
Chaque crime en son temps est son premier recueil publié.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 119

Veröffentlichungsjahr: 2017

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



Présentation

Quel est le point commun entre un modeste employé de bureau, une femme amoureuse d'un proxénète, l'animatrice d'une célèbre station de radio, un haut fonctionnaire, une petite voisine bien intentionnée, une épouse malchanceuse, et une veuve optimiste ?

Tous ces personnages vont, chacun à leur tour, se trouver au cœur d'une petite histoire criminelle. Victime ou assassin ?

Mais attention, les choses ne sont jamais ce qu'elles prétendent être : une invitation peut être un piège, un meurtre une illusion, et la mort un mirage.

Liliane Avram vit à Poitiers. Un temps fonctionnaire, elle a démissionné, occupé divers emplois avant de se consacrer totalement, et avec passion,

à l'écriture.

« Chaque crime en son temps » est son premier recueil publié.

Liliane Avram

Chaque crime en son temps

Petites histoires criminelles

Policier

ISBN : 978-2-35962-703-9

Collection Rouge : 2108-6273

Dépôt légal Février 2015

© couverture Ex Aequo

© 2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

Présentation

Le crime de l’allée des cèdres

À l’ombre de mon ombre

Coup de griffe

L’homme à l’écharpe jaune

Invitation au meurtre

Heureux présage

Le crime de l’allée des cèdres

Sur le buffet Louis-Philippe, un vase en porcelaine retenait prisonnières onze roses qui, résignées, courbaient la tête. Visiblement, personne ne se souciait du sort de ces demoiselles…

Et moi ? N’étais-je pas, aussi, prisonnier de ce salon… de cette maison ?

J’avais l’impression d’être sur la scène d’un théâtre et de jouer la pièce d’un auteur anglais (pourquoi, je ne saurais le dire, mais quelque chose de « british » flottait dans l’air). Seulement, s’agissait-il du premier ou du dernier acte ? Du début ou de la fin ? Ça, je l’ignorais.

Je vivais des minutes à la fois pénibles et exaltantes où je n’arrivais plus à distinguer le vrai du faux, la réalité de la fiction. D’ordinaire, je serais bien incapable de jouer la comédie ! Pourtant, à cet instant, n’étais-je pas un véritable acteur… de même que la personne qui gisait par terre près du buffet ? N’allait-elle pas, quand le rideau serait baissé, se relever pour saluer son public ?

Hélas, nous n’étions pas au théâtre… Cette femme était bien morte, et moi j’étais dans un drôle de pétrin.

Aussitôt, j’éprouvais pour ce cadavre une irrésistible attirance. Tirée à quatre épingles dans un tailleur impeccable, la morte dégageait comme une grâce, et, malgré un visage cyanosé, une vraie séduction émanait de toute sa personne.

Aucun doute possible : cette femme avait été étranglée.

N’ayant jamais été quelqu’un de prévenant, je m’abstenais de prévenir la police. En réalité, la peur des complications, des questions saugrenues en même temps qu’indiscrètes ne faisait que conforter ma décision de garder « ça » pour moi. Il me semblait les entendre d’ici me harceler de leurs sempiternelles questions : « Que faites-vous là, sur les lieux du crime ? », « Comment êtes-vous entré ? », « Connaissiez-vous la victime ? », « Avez-vous un alibi ? ». Difficile de supporter une telle inquisition quand on a, comme moi, horreur de se justifier.

Découvrir un cadavre vous expose toujours à mille et une petites tracasseries judiciaires…

Mais c’est vrai, que faisais-je ici, dans cette maison, en si mauvaise compagnie ? Comment avais-je fait pour me fourrer dans un pareil guêpier ?

C’est ce matin, en me rendant à mon bureau, que je trouvai ce portefeuille sur le trottoir, et, au lieu de le porter au commissariat de police du quartier, je décidai de regarder à l’intérieur à la recherche d’une adresse. Je tombai sur la carte d’identité d’un certain Paul Chardin, né le 05/12/67, mesurant 1m85, et demeurant 12, allée des cèdres.

Je consultai un plan de la ville et constatai que le domicile de ce monsieur n’était pas très éloigné de mon bureau. Je rapporterais donc le portefeuille à son propriétaire dans la soirée, après mon travail, et, à cette idée, j’éprouvai une certaine excitation.

La journée me parut interminable... et, au moment de quitter mon poste, comme un fait exprès Melle Rosset me demanda de lui apporter le dossier Cofrajec que, naturellement, je mis un temps fou à retrouver.

À 18 h 20, je quittai mon travail pour arriver un quart d’heure plus tard sur les lieux.

L’allée des cèdres était déserte, et, chose curieuse, pas un seul cèdre ne bordait cette allée.

Je sonnai plusieurs fois à la porte du n° 12. Vainement.

Je m’apprêtai à déposer le portefeuille dans la boîte à lettres quand, enfin, la porte s’ouvrit laissant apparaître un colosse à la mine hostile.

— Qu’est-ce que vous voulez ? me demanda-t-il d’une voix peu aimable.

Plutôt antipathique le colosse. Je lui exposai l’objet de ma visite. Sans un mot, il me fit signe de le suivre et me conduisit dans le vestibule où, avant de disparaître, il me pria de bien vouloir patienter.

Confortablement installé dans un fauteuil Voltaire, j’attendais donc patiemment qu’on vienne me chercher ; comme chez le médecin. J’aurais aimé entendre des voix, du bruit, un peu d’agitation, prouvant une présence autre que la mienne, mais pas un seul son ne me parvenait. Dans cette maison silencieuse, je commençais à trouver le temps long et à me demander si, par hasard, on ne m’aurait pas oublié. Il me tardait de rencontrer ce Paul Chardin que, vraisemblablement, le colosse était allé prévenir.

Ma patience, comme celle de tout un chacun, ayant des limites, au bout d’un quart d’heure je me décidai à ouvrir une porte, et pénétrai dans ce salon. Et c’est là, près du buffet, que je découvris, il y a seulement quelques minutes, le corps étendu de cette femme.

Et voilà, bien malgré moi je suis devenu l’acteur principal d’une macabre pièce de théâtre, d’un drame, d’une tragédie, et je sens bien que je ne suis pas fait pour le rôle…

Je réalise l’absurdité de la situation dans laquelle je me trouve, et jure, mais un peu tard, de ne plus jamais ramasser les portefeuilles perdus sur les trottoirs.

Il est des situations plus enviables que de se retrouver, seul, en présence d’un cadavre. J’ai toujours le chic pour me fourrer dans des situations inextricables.

Subitement, je ressens l’irrésistible envie d’appeler la police, ce qui serait encore le meilleur moyen de me disculper. Je sors mon téléphone portable de la poche de ma veste. J’hésite... la peur m’empêche d’agir. Pourquoi avoir peur, pourquoi m’inquiéter puisque, même si les apparences sont contre moi, je suis innocent. Et le rôle de la police n’est-il pas précisément de rechercher la vérité, rien que la vérité, afin d’empêcher les erreurs judiciaires ? On découvrirait sans peine que je n’ai aucun lien avec la victime, donc aucune raison d’avoir commis ce crime. Après tout, cette femme, je ne la connais pas.

À ce moment précis, je suis pris d’un horrible doute : ces cheveux châtain clair, ces mains aux doigts si délicats, ce corps gracile, cette élégance... Le trouble m’envahit ; j’éprouve comme un vertige tandis que dans ma tête tout semble s’embrouiller... Je me penche alors vers la morte et... stupéfaction, je reconnais ce visage. N’est-ce pas celui de ma femme ?

La terreur me gagne. Je tremble de tous mes membres. Quelqu’un a tué ma femme, ici, dans cette maison, et a réussi à m’y attirer. Pour me tuer moi aussi ? Et si l’assassin n’était autre que le colosse, ce géant à la mine hostile ? Ne risque-t-il pas de réapparaître brusquement ? Je sens le danger, là, tout autour de moi, et ma vie menacée par une force invisible.

Il me faut à tout prix quitter cet endroit le plus vite possible. Mais comment sortir d’ici sans être vu ? Pour rejoindre la grande porte, il me faut retraverser le vestibule et repasser par le couloir. Trop risqué. Et pas la moindre sortie de secours. Je ne vois qu’une issue : la fenêtre. Je regarde à travers la vitre ; dehors il n’y a personne. Sans hésiter, je l’ouvre et saute.

Je me retrouve dans l’allée des cèdres, toujours déserte. La nuit est tombée sans que je m’en rende compte. Il règne un silence de mort. Soudain, mon sang se glace… Quelque chose vient de me frôler… Je n’ose plus faire un pas. J’entends alors un léger miaulement. Ouf ! Ce n’est qu’un chat… mais dans cette nuit noire un chat n’annonce-t-il pas quelque mauvais présage ? Le danger est imminent. Il y a du meurtrier dans l’air !

Je cours jusqu’au bout de l’allée. Je m’arrête, haletant ; mes pieds me font mal. Je me suis tordu les chevilles tout à l’heure en sautant ; je n’en peux plus. Je suis comme une bête traquée, tremblante et à bout de souffle. Dans la rue voisine, j’aperçois un banc. Vais-je pouvoir me reposer, reprendre mes esprits, et retrouver un certain calme ?

C’est une histoire de fou ! Découvrir le corps de sa propre femme dans une demeure où, poussé par le hasard, on est entré avec d’honnêtes intentions, n’est-ce pas incroyable ? Et en plus de l’incroyable, cette découverte s’auréole d’un je-ne-sais-quoi d’anormal. ANORMAL… Mais c’est ce crime qui est anormal !

Je me demande si je ne suis pas victime d’une terrible machination… Imaginée par qui ? Et pour quelle raison ? Mais à l’horizon de ma vie, je n’aperçois pas l’ombre d’un ennemi. Et pourtant, je dois en avoir un. Un ennemi qui se cache parmi mes relations, peut-être même parmi mes amis. Quelqu’un de redoutable qui n’a pas hésité à tuer ma femme, et à m’attirer sur le lieu du crime... S’agirait-il d’une vengeance ? Mais je n’ai jamais commis quoi que ce soit qui pourrait justifier un acte d’une telle violence. Qui peut bien chercher à me nuire ? Je fouille dans ma mémoire... J’ai beau passer en revue toutes mes relations, je ne vois personne susceptible d’être l’instigateur de cet odieux complot.

Plus les minutes passent, plus je m’enfonce dans cette sordide histoire comme dans un marécage, et je me demande si je vais réussir à me tirer de ce piège (car il s’agit d’un piège, j’en suis convaincu). Qui me déteste assez pour avoir imaginé pareil scénario ?

Quelqu’un va bien finir par découvrir le corps, et, même si nous sommes séparés depuis cinq ans, remonter jusqu’à moi sera facile.

Pauvre Cécile ! Je ne l’avais jamais revue depuis notre divorce, et je la retrouve morte. Morte pour de bon… morte pour toujours… Encore sous le choc, je n’arrive pas à réaliser. Ce meurtre me glace d’effroi.

Cécile ! Moi qui avais fini par oublier ton existence, voici que tu réapparais, mais ce soir tu n’es plus qu’un fantôme.

Pourrais-je jamais oublier notre rencontre à Brighton, chez mon oncle, moi si timide, et toi Cécile, si belle, si insouciante, si vivante !

Ce jour-là, il faisait froid et je me réchauffais près de la cheminée. Quand tu t’es avancée vers moi, j’ai détourné le regard. C’est à ce moment-là que mon oncle t’a présentée à moi.

— Victor, je te présente Cécile, la fille de Monsieur et Madame Smith, tu sais... les amis dont je t’ai parlés. Ils ont une maison un peu plus haut.

Dès cet instant, je suis tombé sous le charme. Tu étais merveilleuse. Belle, bien sûr, mais aussi tellement intelligente, cultivée, brillante... la femme dont tout homme rêve. La femme idéale. J’étais bien trop réservé pour afficher mes sentiments... j’ai même tenté de les dissimuler. C’est peut-être ça qui t’a plu chez moi. Ma discrétion. Ça devait te changer de tous ces soupirants qui tournent autour de toi.

Durant mon séjour, nous ne nous sommes pratiquement pas quittés. Après déjeuner, je te retrouvais chez tes parents, et nous allions tous deux nous promener, bras dessus bras dessous, comme de vieux amis. On se racontait nos vies, on riait, on était bien. Je crois n’avoir jamais été aussi heureux qu’à cette période-là. La nuit, je pensais à toi. Tu ne me laissais pas une minute de répit. Ton prénom aussi me fascinait. Cécile. Ces deux syllabes tellement légères... Ma Cécile, si gracile...

J’avoue n’avoir jamais compris comment tu as pu tomber amoureuse de moi. Et pourtant, la veille de mon départ, c’est toi qui t’es déclaré. Même si j’en rêvais, je n’arrivais pas à le croire. J’étais sceptique, mais tu as tout fait pour me convaincre, si bien que nous sommes repartis ensemble. Deux mois plus tard, malgré des moments de doute, j’ai fini par te demander de m’épouser, et, sans l’ombre d’une hésitation, tu as accepté.

Je te revois, le jour de notre mariage, dans cette robe somptueuse. Tu avais l’air d’une princesse. Et moi, avais-je l’air d’un prince ? Tous mes amis m’enviaient. Le nombre de fois où j’ai entendu le mot « veinard ». Ils ne voyaient en toi que ta beauté, moi je voyais autre chose. Un charme indéfinissable. Je me rappelle l’instant, juste avant la cérémonie, où tu m’as murmuré « Promets-moi de m’aimer toujours » tandis que tes yeux se posaient sur certains invités, comme une caresse, comme une promesse…

Pendant trois ans, nous avons filé le parfait amour jusqu’à ce que je te surprenne, un soir, dans les bras d’un de tes soupirants. Quel naïf j’avais été ! Comment avais-je pu imaginer une seconde que tu me serais fidèle ? J’aurais dû prévoir, au moment même où tu avais prononcé le « oui » fatidique, qu’un jour ou l’autre je te perdrais... C’était couru d’avance ; on n’épouse pas une séductrice... Pourtant, j’ai fermé les yeux sur tes incartades. Je t’aimais trop.

Cécile ! Prononcer ton prénom me bouleverse et me fait mal. C’est comme une blessure qui se rouvrirait. Cécile, c’est ma cicatrice.

Je t’ai promis de t’aimer toujours. Pourrais-je jamais oublier tes yeux, ta bouche, tes cheveux, tes gestes, ton parfum, le son de ta voix et ces intonations que tu prenais quand tu avais quelque chose à te faire pardonner ?

Quand tu as quitté la maison pour partir avec cet homme, ce Paul Chardin, plus brillant que moi (oh oui ! tellement plus brillant), je suis tombé malade. Une dépression terrible. L’hôpital psychiatrique, comme si j’étais fou ! Fou de toi, sûrement. Je suis resté hospitalisé plusieurs semaines sans pouvoir faire quoi que ce soit. Un vrai zombie. On me gavait de pilules de toutes sortes. Je dormais tout le temps. Même éveillé, il me semble que je dormais. J’étais devenu un somnambule.

— Allons, secouez-vous ! me disait mon infirmière, dans la vie il y a des choses plus graves qu’un chagrin d’amour !

Je m’attendais à ce qu’elle me dise « Une de perdue, dix de retrouvées ! », mais elle n’alla pas jusque-là.