Contes d'Evêr - Valérie Jacquet-Betmalle - E-Book

Contes d'Evêr E-Book

Valérie Jacquet-Betmalle

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Beschreibung

Les Contes d'Evêr , tome 1, renouent avec une tradition littéraire où le merveilleux a une place prépondérante. Ils sont une ode à la Nature, à l'Amour et à la Beauté.

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Sommaire

Les Champignons

Le Papillon et la Fleur

Il était une fois, dans le royaume de Galadibur, un Roi et une Reine dont le seul regret était de n’avoir point d’enfant.

Un jour qu’ils se promenaient le long des sentiers bordés de vignes de leur pays, rêvant à ce que pourrait être leur vie si elle était égayée par un adorable bambin, le roi Dryodon et la reine Griphola virent surgir devant eux une vieille femme.

- Noble roi, leur dit-elle, et vous, gente reine, ne prenez point ombrage de mon audace à vous aborder de la sorte ; je puis peut-être vous apporter joie et réconfort…

- Qui es-tu ? fit Dryodon avec bienveillance, et de quel réconfort parles-tu ? Ne sais-tu pas, hélas…

- Je sais, Sire, je sais, puisque, par votre pensée, et sans le savoir, vous m’avez appelée : mon nom est Unguilina, et je suis magicienne. Doux Sire, reprit-elle, belle reine, votre bonté et votre loyauté méritaient que l’un de vos souhaits les plus chers se réalise…

La Vieille extirpa soudain de son habit trois énormes Champignons aux chapeaux brun-fauve sur leurs lamelles ocre, surplombant un pied à la chair rougeâtre.

- Voici, dit-elle en les présentant aux souverains, trois fruits dont le pouvoir est immense : mangez-en chacun un, Roi Dryodon, reine Griphola, et dans quelques mois vous bénirez la Vieille Unguilina, car un héritier vous naîtra. Mais il vous faut aussi conserver précieusement le Troisième Champignon : enfermez-le dans un coffret hermétique qui ne devra jamais être ouvert jusqu’au seizième anniversaire de l’enfant, en souvenir de notre rencontre. Prenez bien garde à ce qu’il ne tombe jamais entre les mains de personnes malveillantes, ou les plus grands malheurs s’abattraient sur le royaume !

Sur ces mots, la Vieille Unguilina disparut.

Surpris, mais avec au cœur un fol espoir, Dryodon et Griphola s’en furent consulter leur Mage et Ministre, le Comte Paxillus. Ce dernier, jeune et brillant savant tout dévoué aux souverains, partageait son temps entre le service du Roi au palais de Galadibur, et ses activités de chercheur qu’ils pratiquaient dans la haute et sombre tour, au cœur de la ville, qui lui servait de logis.

Très proche de Dryodon et de Griphola dont il secondait efficacement le gouvernement ; le Mage Paxillus connaissait Unguilina de réputation : c’était une fée bienfaisante qui n’avait semble-t-il jamais fait de mal à personne. Aussi accepta-t-il d’examiner attentivement les Champignons.

Sans doute fut-il satisfait de son observation car, quelques mois plus tard, la Reine mettait au monde une petite princesse qui reçut le nom de Roneïla. Quant au Troisième Champignon, les souverains de Galadibur le confièrent sans l’ombre d’une hésitation à la vigilance de Paxillus.

Celui-ci, fidèle aux recommandations d’Unguilina, l’enferma dans un coffret de fer qu’il rangea dans une armoire secrète de son laboratoire.

Les quinze années qui suivirent furent un enchantement. Le royaume, en paix depuis longtemps, était prospère : les vastes étendues de vignes produisaient une boisson réputée au-delà des frontières et les sujets qui, déjà, vénéraient leurs suzerains, portaient désormais une véritable adoration à leur petite princesse dont l’intelligence, la grâce et l’esprit s’épanouissant de jour en jour, rehaussaient l’éclat de sa jeune beauté.

A l’occasion du quinzième anniversaire de Roneïla, qui fut célébré en grande liesse à Galadibur, le Roi Dryodon et la Reine Griphola invitèrent rois et reines des pays voisins, dans le secret espoir que la jeune fille trouverait parmi les princes conviés, un époux digne d’elle ; un époux qu’elle choisirait librement selon son cœur.

En effet, les jeux d’esprit, concours et tournois organisés pendant les fêtes devaient permettre à la jeune fille d’apprécier à leur juste valeur chacun des concurrents qui rivalisaient d’adresse pour un regard d’elle. Car sa beauté et son esprit étaient connus à des centaines de lieues à la ronde. Des princes, des ducs, des comtes, parmi lesquels on put reconnaître Paxillus, offrirent à la jeune fille les plus beaux présents, l’assurèrent de leur dévouement, lui promirent leur royaume ou leurs terres.

Mais point ne fut besoin de prier la jeune princesse : dès le premier jour, le Prince Xylar, fils du roi d’Engodrod, héritier d’un fabuleux royaume, conquit le cœur de Roneïla.

La mâle et grande beauté, l’intelligence, l’esprit et la vaillance de ce jeune prince de dix-neuf ans ne pouvaient que s’accorder avec les qualités de la Princesse. Très vite, leur mutuelle admiration se transforma en un chaste et merveilleux amour.

On les vit ensemble du soir au matin, tantôt riant de tout et de rien, tantôt sérieux comme de vieux sages, mais toujours les yeux brillant de cet éclat particulier que seul le véritable amour peut provoquer.

Les sujets des deux royaumes accueillirent avec joie le projet d’alliance entre Galadibur et Engodrod.

Aussi le mariage entre le Prince Xylar et la Princesse Roneïla fut-il décidé pour le seizième anniversaire de la jeune fille…

C’est à ce moment précis que l’atmosphère idyllique de Galadibur s’altéra : les murs des maisons et du palais prirent peu à peu une couleur noirâtre. Autour du trône, des gens disparurent mystérieusement. Nul ne comprenait comment ce pays jadis si agréable pouvait en quelques mois devenir la proie de la terreur.

Consulté par les souverains, Paxillus ne savait que répondre ni que faire : sa magie et son savoir semblaient impuissants à enrayer un mal dont nul ne savait la cause.

Alors Dryodon et Griphola demandèrent à voir le coffret du Troisième Champignon.

Le Comte Paxillus les emmena dans son laboratoire, situé au sous-sol de sa tour. Mais ils trouvèrent les lieux en grand désordre, avec les meubles jetés au sol pêle-mêle parmi les flacons, alambics, grimoires et plantes séchées.

Avec un horrible pressentiment Paxillus ouvrit l’armoire de chêne cadenassée dans laquelle, depuis quinze ans, il conservait le troisième Champignon.

A la stupeur générale le coffret avait disparu !

- C’est impossible ! murmura le Comte stupéfait, moi seul pénètre ici ! moi seul possède la clé de l’armoire et du coffret !

Mais il fallait se rendre à l’évidence : la serrure avait été forcée, le coffret emporté, ce qui présageait les plus grands malheurs…

Et le malheur arriva, quelques semaines avant le seizième anniversaire de la Princesse. Un soir, après le repas, Roneïla se plaignit de maux de tête et se retira dans ses appartements. Le lendemain, elle avait disparu…

Fous de douleur autant que d’inquiétude, Dryodon et Griphola ne trouvèrent réconfort qu’auprès du Prince Xylar qui, non moins anéanti, jura qu’il n’aurait de cesse tant qu’il n’aurait pas retrouvé sa princesse. Paxillus se joignit à lui mais, hélas, les recherches entreprises s’avérèrent vaines : pendant des jours et des nuits, refusant de dormir ou de s’accorder le moindre repos, le Prince Xylar à la tête de ses troupes armées sillonnèrent le pays par-delà même les frontières, jusqu’au Royaume de Tol.

En vain : la Princesse Roneïla s’était bel et bien volatilisée.

Pour comble de malchance ce fut au tour du Roi Dryodon et de la Reine Griphola de disparaître, laissant le pays sans gouverne.

D’office, Paxillus se fit nommer Régent du Royaume et fit poursuivre les recherches.

Pendant ce temps les disparitions se multipliaient, la ville devenait de plus en plus noire.

Le Prince Xylar sentait peu à peu le désespoir l’envahir lorsque, une nuit, il vit apparaître en songe le visage de sa bien-aimée. Elle semblait l’appeler, l’implorer. Puis, soudain, sa peau si blanche, si délicate, se brunit, adoptant comme les murs des maisons, une teinte de cendres, avant de se flétrir pour ne laisser place qu’à un horrible masque tanné, aux orbites creuses, aux joues défoncées.

Cela ne dura qu’un instant. L’image suivante fit voir au Prince la face austère de Paxillus, et il lui sembla que cette figure toujours impassible s’animait d’un rictus de jubilation intense. Enfin un autre visage fit son entrée dans le songe du jeune homme, celui d’une très Vieille Femme qui pleurait.

« Le Troisième Champignon, disait-elle, le Champignon du pouvoir et des calamités ! Trouve le troisième Champignon !… »

Très impressionné par son cauchemar, le Prince Xylar ne douta pas qu’il contenait les solutions du mystère. Il fit le rapprochement avec ce que lui avait révélé Griphola sur la naissance de Roneïla et sur les pouvoirs du Troisième Champignon confié à Paxillus.

Il pensa que ce dernier pouvait l’aider autrement qu’en dépêchant des hommes d’armes auprès de lui.