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Les "Contes de l'adolescence choisis de Miss Edgeworth" présentent une anthologie d'histoires destinées à la jeunesse, mêlant instruction morale et divertissement narratif. Écrites dans un style clair et direct, ces récits témoignent du souci d'Edgeworth de concilier le didactisme avec l'attrait littéraire. Enracinés dans le contexte littéraire du début du XIXe siècle, ces contes se distinguent par leur représentation des mœurs de la société britannique, tout en intégrant des éléments irlandais, enrichissant ainsi la variété culturelle à travers des personnages et des situations qui provoquent la réflexion chez les jeunes lecteurs. Maria Edgeworth, romancière et éducatrice, est souvent considérée comme l'une des pionnières du récit pour enfants. Son engagement envers l'éducation et l'émancipation des jeunes, en particulier des filles, a fortement influencé son œuvre. Elevée dans une famille intellectuelle, elle déploie dans ses contes des leçons de vie, s'inspirant de ses propres expériences et de l'environnement social qui l'entoure. Son approche pragmatique à la narration reflète une tentative consciente d'élever le conversationnel à un niveau où la moralité et le plaisir coexistent. Je recommande vivement les "Contes de l'adolescence choisis" à tout lecteur avide de découvrir des récits riches en leçons de vie. Leur richesse d'intrigues, combinée à des réflexions éthiques, en fait une lecture intéressante pour les jeunes comme pour les adultes. Ces histoires, ancrées dans des valeurs intemporelles, constituent un excellent point de départ pour engager des discussions sur la moralité et les choix de vie, rendant cette œuvre aussi pertinente aujourd'hui qu'au moment de sa publication. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction approfondie décrit les caractéristiques unifiantes, les thèmes ou les évolutions stylistiques de ces œuvres sélectionnées. - La Biographie de l'auteur met en lumière les jalons personnels et les influences littéraires qui marquent l'ensemble de son œuvre. - Une section dédiée au Contexte historique situe les œuvres dans leur époque, évoquant courants sociaux, tendances culturelles и événements clés qui ont influencé leur création. - Un court Synopsis (Sélection) offre un aperçu accessible des textes inclus, aidant le lecteur à comprendre les intrigues et les idées principales sans révéler les retournements cruciaux. - Une Analyse unifiée étudie les motifs récurrents et les marques stylistiques à travers la collection, tout en soulignant les forces propres à chaque texte. - Des questions de réflexion vous invitent à approfondir le message global de l'auteur, à établir des liens entre les différentes œuvres et à les replacer dans des contextes modernes. - Enfin, nos Citations mémorables soigneusement choisies synthétisent les lignes et points critiques, servant de repères pour les thèmes centraux de la collection.
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Veröffentlichungsjahr: 2021
Cette édition, intitulée Contes de l’adolescence choisis de Miss Edgeworth, réunit un ensemble cohérent de récits destinés à la formation intellectuelle et morale de jeunes lectrices et lecteurs. Elle propose une porte d’entrée resserrée dans l’œuvre de Maria Edgeworth, autrice anglo-irlandaise dont l’influence s’est exercée à la fois sur la fiction et sur la réflexion éducative. Les textes ici rassemblés privilégient le moment décisif de l’adolescence, période où se fixent habitudes, jugements et responsabilité. L’objectif n’est ni l’intégrale ni l’anthologie indiscriminée, mais une sélection lisible, organisée et fidèle, permettant de suivre, d’un conte à l’autre, la cohérence des questions que l’autrice pose au caractère et à la conduite.
La portée de ce volume est volontairement délimitée. Il ne donne pas l’ensemble des contes de Maria Edgeworth et ne prétend pas couvrir toute l’étendue de son œuvre romanesque ou pédagogique. Il rassemble des récits courts disposés selon leur articulation interne, précédés d’un avertissement qui en fixe l’esprit et l’usage. Jervas le Boiteux, Le Nègre reconnaissant, L’Honnête Famille et Les Gants de Limerick constituent le noyau narratif, chaque titre étant présenté dans ses sections. L’édition adopte la continuité d’une collection d’un seul auteur, afin de faire apparaître les échos thématiques et la progression des difficultés morales proposées au lecteur adolescent.
Les genres représentés ici sont principalement le conte et la nouvelle, de longueur variable, parfois divisés en chapitres numérotés. Le volume comprend aussi un paratexte d’ouverture, l’Avertissement, qui éclaire la destination et la méthode de lecture. D’autres formes que Maria Edgeworth a pratiquées ailleurs — tels le roman à vaste développement ou les écrits d’éducation — ne sont pas incluses dans ce recueil, qui privilégie la brièveté exemplaire et la netteté de l’action. On y lit des récits de mœurs, des études de caractère et des situations d’épreuve, où l’intrigue demeure soumise à l’examen des motifs et des conséquences.
L’unité de l’ensemble tient aux grands thèmes qui traversent l’œuvre de Maria Edgeworth: formation du jugement, probité, autodiscipline, justice dans les relations sociales, valeur du travail et de la vérité. Les contes examinent la manière dont l’adolescent, encore modelable, apprend à voir clair dans ses intérêts, à choisir un guide sûr parmi les passions, et à inscrire ses décisions dans le bien commun. Loin d’énoncer des maximes abstraites, ces récits mettent à l’épreuve les principes: on y observe la tentation, l’erreur possible, la rectification par l’expérience, et l’émergence d’une force intérieure qui devient caractère.
Le style de Maria Edgeworth se distingue par la clarté, la précision d’observation et une économie de moyens qui conserve la vivacité de l’action. L’instruction ne s’impose pas d’en haut; elle se découvre par la conséquence naturelle des faits. Dialogues nets, détails concrets, sens du milieu social et de la vraisemblance composent une prose d’une grande lisibilité. L’autrice sait faire sentir la logique morale sans détourner l’intérêt romanesque. Une ironie mesurée, au service de la lucidité plutôt que de la dérision, souligne les illusions passagères et les faux-semblants. Ce ton, ferme et bienveillant, explique l’attrait durable de ces contes pour des lecteurs d’âges variés.
Dans le paysage littéraire de langue anglaise, Maria Edgeworth occupe une place reconnue par la diffusion de ses contes et de ses romans. Sa réflexion sur l’éducation, nourrie d’observations concrètes et de discussions familiales, a irrigué ses fictions, où l’expérience quotidienne devient laboratoire moral. Ses récits irlandais, ses portraits de ménages ou de jeunes gens à l’épreuve, tout comme ses constructions romanesques plus amples, ont contribué à renouveler la peinture des mœurs. Les textes ici rassemblés témoignent de cette ambition: unir utilité et plaisir, attacher le lecteur à des personnages vraisemblables, puis laisser l’enchaînement des faits faire apparaître ce qui doit être compris.
Jervas le Boiteux introduit un jeune héros dont la particularité physique n’épuise ni la dignité ni les talents. À travers les cinq sections du récit, la mise en scène d’apprentissages concrets et de rencontres décisives montre comment l’intelligence pratique, la patience et l’ardeur au travail peuvent faire germer une vocation. L’intérêt du conte ne gît pas dans l’exploit spectaculaire, mais dans la construction patiente de soi, à hauteur d’adolescent. La narration propose une progression claire, chaque épisode ajoutant une pièce à la reconnaissance des aptitudes de Jervas, sans promettre d’issue miraculeuse ni céder à la sentimentalité.
Le Nègre reconnaissant transporte le lecteur dans un cadre colonial où se dévoilent des relations de pouvoir, des dépendances et des responsabilités morales. Le récit aborde la réalité historique de l’esclavage et les dilemmes qu’elle impose aux individus concernés. Sa mise en intrigue, centrée sur une loyauté mise à l’épreuve et sur la justice des décisions, invite à une lecture vigilante et informée. L’édition conserve le titre historique dans son contexte, tout en encourageant une approche critique des termes et des perspectives hérités. L’enjeu pédagogique consiste à éclairer, sans complaisance, un passé dont la littérature transmet à la fois les tensions et les aspirations.
L’Honnête Famille développe, en six volets, la vie d’un foyer dont la réputation se confond avec la rectitude des actes. Les épreuves qui surviennent — d’ordre domestique, social ou économique — permettent d’observer la solidarité entre générations et l’art de concilier devoirs et affections. Le récit montre comment la confiance se gagne, se conserve et se répare lorsque des imprudences l’ont entamée. Il s’agit moins d’édifier par l’exemple irréprochable que de saisir les mouvements d’une vie ordinaire, où la persévérance, la franchise et le discernement assurent l’équilibre sans supprimer la possibilité d’erreur.
Les Gants de Limerick, en deux parties resserrées, prend pour objet un article du quotidien qui devient signe d’estime, d’échange et d’appartenance. À partir d’un détail concret, le conte fait apparaître un réseau de gestes et de paroles où se négocient réputation, gratitude et mesure. La scène irlandaise y est perceptible dans l’évocation des métiers et des usages; le ton, plus enjoué par moments, conserve la rigueur d’observation qui caractérise l’autrice. Les péripéties restent modestes, mais elles suffisent à proposer au jeune lecteur un cadre où éprouver la valeur d’un engagement et la portée d’une promesse.
La durabilité de ces contes tient à leur manière d’enseigner à penser plutôt qu’à prescrire. Ils invitent à examiner les motifs des actions, à mesurer les conséquences et à développer une attention au réel qui protège des enthousiasmes mal éclairés. Ils conviennent à la lecture individuelle autant qu’à la conversation familiale ou scolaire, où l’on peut confronter les interprétations sans s’ériger en juge des personnes. Leur brièveté favorise une progression suivie, tandis que la diversité des situations évite la monotonie. Ainsi la littérature devient exercice de liberté guidée: choisir, répondre, corriger, et reprendre, en mieux, ce que l’on croyait acquis.
Le présent recueil offre un texte continu, clair et respectueux de l’original, ordonné pour accompagner le lecteur de l’avertissement aux derniers dénouements sans déflorer les surprises locales. Il n’exige pas de connaissances préalables: l’essentiel se comprend à partir des situations, et l’on peut entrer par n’importe quel conte. Que l’on lise pour le plaisir de l’histoire ou pour nourrir une discussion, ces pages proposent la même expérience: une conversation exigeante et accessible entre la prudence, la justice et l’imagination. Que le lecteur y découvre la fermeté douce de Maria Edgeworth, et qu’elle lui donne le désir de poursuivre au-delà de ce choix.
Maria Edgeworth (1768–1849) est une romancière et moraliste anglo-irlandaise majeure du tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Figure centrale de la prose réaliste de langue anglaise, elle conjugue observation sociale, visée pédagogique et sens de la satire. Son œuvre couvre le roman, les contes et traités éducatifs, et se distingue par des cadres irlandais et britanniques finement décrits. Traduites tôt en français, ses histoires ont circulé largement en Europe. La présente collection francophone, qui réunit un avertissement et plusieurs récits caractéristiques, reflète la variété de ses formes narratives et l’articulation constante entre divertissement, instruction morale et réflexion civique.
Formée principalement à domicile dans un milieu acquis aux lumières, Edgeworth est marquée par l’empirisme, l’économie politique et la philosophie morale de son temps. Sa collaboration avec son père, l’éducateur Richard Lovell Edgeworth, nourrit une pensée pédagogique qui irrigue ses fictions autant que ses essais. Les principes de clarté, d’utilité et d’observation expérimentale y priment, de même qu’une attention soutenue aux effets de l’éducation sur le caractère. Ses contemporains remarquèrent la nouveauté de son réalisme social et de sa veine didactique, qui situent ses récits au croisement du conte moral, du roman d’idées et de la chronique locale.
Edgeworth s’impose rapidement par des œuvres qui renouvellent la représentation de l’Irlande et des élites britanniques. Des romans comme Castle Rackrent et Belinda, ainsi que des recueils de contes, posent les jalons d’une écriture attentive aux mœurs, aux intérêts économiques et aux responsabilités civiques. Les récits privilégient des situations exemplaires sans sacrifier la vivacité des dialogues ni la complexité des milieux. Ce compromis entre exemplarité et mimèsis rend ses textes aisément transposables et traduisibles, comme en atteste leur fortune éditoriale en France. Ces choix esthétiques rendent possible l’équilibre délicat entre divertissement, instruction et critique mesurée.
La collection présente des récits brefs qui condensent ses préoccupations centrales. Jervas le Boiteux explore les préjugés et la valeur personnelle au-delà de l’apparence, à travers un protagoniste physiquement diminué mais moralement exemplaire. Le Nègre reconnaissant aborde la question de l’esclavage et des rapports de pouvoir coloniaux, en convoquant le devoir moral et la responsabilité. Les Gants de Limerick font primer l’intégrité sur l’opportunisme dans les échanges commerciaux. L’Honnête Famille fait ressortir les vertus domestiques comme socle de la vie publique. L’Avertissement qui ouvre l’ensemble situe ces récits dans une tradition explicitement pédagogique destinée à un vaste lectorat.
Ces contes, souvent divisés en sections numérotées comme I, II, etc., traduisent une intention méthodique: guider le lecteur par étapes, moduler le suspense et ménager des pauses réflexives. Beaucoup appartiennent à des ensembles de « contes populaires » ou « moraux » publiés à partir du début du XIXe siècle et largement diffusés. La variété des milieux — ateliers, foyers, boutiques, plantations, villes irlandaises — sert une même ambition: éprouver des principes généraux dans des circonstances concrètes. C’est là une signature d’Edgeworth, qui met en scène la formation du jugement, l’épreuve des intérêts particuliers et la recherche d’un bien commun praticable.
Sans programme doctrinal rigide, Edgeworth privilégie une éthique de responsabilité, d’éducation utile et de réforme graduelle. Ses fictions interrogent la propriété, l’endettement, l’absentéisme et les hiérarchies sociales, tout en plaidant pour l’impartialité et l’examen des faits. L’ancrage irlandais de nombre de ses textes, conjugué à un cosmopolitisme éclairé, lui permet d’articuler particularisme et standards universels de conduite. Cette posture explique l’accueil durable de ses œuvres dans les milieux pédagogiques et auprès d’un public général, ainsi que l’intérêt qu’elles suscitent chez les écrivains attentifs au réalisme des situations et à la comédie des caractères.
Dans ses dernières décennies, Edgeworth maintient une activité littéraire soutenue, rééditant et ajustant ses textes, et défendant la lisibilité, l’observation précise et la probité intellectuelle. Elle meurt en 1849, laissant une œuvre étendue où romans et contes se répondent. Son héritage se mesure autant à l’histoire du roman réaliste qu’aux usages scolaires de ses récits. Les pièces rassemblées ici illustrent sa capacité à traiter de la famille, du commerce, du handicap, de la race et de l’autorité sans effet de thèse, par des intrigues nettes et des caractères mémorables. Cette combinaison explique leur pertinence continue.
La collection Contes de l’adolescence choisis de Miss Edgeworth réunit des récits composés à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles par Maria Edgeworth (1768‑1849), écrivaine anglo‑irlandaise installée à Edgeworthstown, en Irlande. Leur horizon intellectuel est celui de l’« amélioration » et d’une pédagogie éclairée, nourrie par l’Enlightenment britannique et par la collaboration avec son père, Richard Lovell Edgeworth. Les textes sélectionnés, destinés aux jeunes lecteurs, mobilisent des situations contemporaines — familiales, économiques, impériales — pour convertir des débats publics en leçons morales applicables. Ils reflètent un temps marqué par la Révolution industrielle, les guerres napoléoniennes, l’Union anglo‑irlandaise (1801) et les controverses abolitionnistes.
L’« Avertissement » s’inscrit dans une tradition de préfaces didactiques qui, au tournant de 1800, définissent explicitement l’usage et le public des livres pour la jeunesse. Dans la lignée de Practical Education (1798), Edgeworth revendique une littérature d’exemples concrets, qui associe plaisir de lire et formation du jugement. La préface situe les récits dans un cadre de « preuves par les faits » (observations, expériences domestiques, économie quotidienne), en cohérence avec les pédagogies d’inspiration éclairée alors débattues en Grande‑Bretagne et en Irlande. Elle annonce aussi l’ambition transnationale des contes, largement traduits en Europe au début du XIXe siècle, dont en français.
Jervas le boiteux s’insère dans une culture morale qui, de la philosophie écossaise à la littérature pour enfants, examine comment le caractère se forge par l’habitude, l’effort et l’émulation. À la fin du XVIIIe siècle, les discussions sur l’éducation des enfants « différents » — physiques ou sociaux — gagnent en visibilité, entre charité paternaliste et projets d’autonomie. Edgeworth transpose ces débats dans des situations ordinaires, accessibles aux jeunes lecteurs, pour contester les jugements hâtifs fondés sur l’apparence et valoriser la compétence, l’assiduité et la fiabilité comme critères de mérite dans une société en mutation.
Le contexte irlandais donne un arrière‑plan social à Jervas: une société agraire dominée par la propriété foncière, où la bienveillance (ou l’indifférence) des notables pèse sur les trajectoires. Après l’insurrection de 1798 et l’Acte d’Union (1801), l’idéologie de l’« improvement » se diffuse: gestion d’arpentages, fermes modèles, écoles locales. Edgeworth, issue de la gentry réformatrice, observe comment la mobilité sociale reste conditionnée par l’accès à l’instruction et par les réseaux de confiance. Les contes moduleraient ces réalités en évitant les discours partisans, afin d’illustrer, pour un lectorat adolescent, les mécanismes concrets par lesquels la réputation se construit.
Dans la période 1790‑1810, les métiers et l’apprentissage demeurent des voies essentielles d’intégration. Les expériences techniques de Richard Lovell Edgeworth, l’intérêt familial pour les instruments, routes et dispositifs de communication, irriguent l’éloge edgeworthien de l’habileté pratique. Jervas le boiteux s’accorde à cet environnement: l’adresse, la patience et la méthode y valent capital symbolique. Cette perspective répond au goût contemporain pour l’« utilité » — compter, mesurer, réparer — promu dans les écoles du dimanche, les bibliothèques de circulations et les manuels domestiques, où la compétence technique se confond avec la probité morale et prépare à l’indépendance.
Le Nègre reconnaissant s’écrit dans la pleine actualité des controverses sur la traite et l’esclavage. Au tournant du siècle, la révolution de Saint‑Domingue (1791‑1804) et les insurrections caribéennes alimentent en Europe un débat intense sur l’ordre colonial. Dans les années 1800, Edgeworth publie ce récit en mobilisant l’imaginaire jamaïcain largement diffusé par récits de voyage et pamphlets. Le conte met en scène des relations de dépendance et de loyauté telles que les concevaient alors de nombreux moralistes, tout en sensibilisant les jeunes lecteurs aux violences systémiques et aux contraintes économiques du monde sucrier atlantique.
La chronologie abolitionniste structure la réception du Nègre reconnaissant: campagne contre la traite portée par Clarkson et Wilberforce, vote britannique de l’abolition de la traite (1807), puis abolition de l’esclavage dans l’Empire (1833, avec période d’« apprentissage »). Edgeworth puise dans un registre paternaliste répandu — opposant « gestion éclairée » et cruauté — qui visait à convaincre un public britannique jeune et adulte. Cette tonalité, historiquement datée, traduit la volonté d’instruire par comparaison de systèmes moraux, tout en restant tributaire des récits contemporains sur les plantations, la discipline et les hiérarchies coloniales.
Le public britannique des années 1790‑1810 est également travaillé par la peur des révoltes d’esclaves et par la question des Marrons en Jamaïque. Le Nègre reconnaissant répond à ces anxiétés en attribuant un rôle central à la gratitude, à la loyauté et au gouvernement « humain », motifs fréquents de la littérature de réforme. Si l’ambition immédiate est didactique, la postérité a interrogé ces représentations: les lecteurs des XXe‑XXIe siècles y voient un document sur l’imaginaire impérial britannique et sur les limites d’un réformisme qui, tout en dénonçant des abus, conserve des cadres de domination aujourd’hui critiqués.
L’Honnête famille se situe dans un moment où l’ascension des « middling sorts » et l’économie domestique deviennent objets d’observation morale. Entre fin XVIIIe et début XIXe siècle, l’expansion du commerce de détail, du crédit à court terme et des circuits d’approvisionnement met au premier plan la tenue des comptes, la régularité des paiements et la réputation. Les manuels de conduite recommandent l’ordre, la ponctualité et la transparence. Les récits d’Edgeworth intègrent ces normes: l’honnêteté n’est pas vertu abstraite, mais condition de la solvabilité familiale et de la confiance sociale qui permet aux ateliers et boutiques de prospérer.
Dans les décennies napoléoniennes, la volatilité des prix et les ruptures d’approvisionnement éprouvent artisans et familles. De nombreux débats publics opposent charité indiscriminée et encouragement de l’effort. L’Honnête famille reflète ce climat: écoles paroissiales, sociétés d’épargne et associations d’entraide cherchent à combiner secours et responsabilisation. Chez Edgeworth, la prudence économique et la prévoyance sont pensées comme compétences apprises. Les jeunes lecteurs sont invités à voir dans la régularité du travail et la loyauté contractuelle les véritables amortisseurs des crises, plutôt que dans la chance ou l’ostentation, motifs fréquents de la littérature moralisatrice contemporaine.
L’alphabétisation croissante transforme la culture matérielle du foyer: cahiers de comptes, reçus, inventaires. Les associations d’enseignants et les écoles mutuelles (systèmes Bell et Lancaster, dès le début du XIXe siècle) diffusent un apprentissage élémentaire de l’arithmétique et de l’écriture. L’Honnête famille s’empare de cette pédagogie appliquée: mesurer, comparer, vérifier. En présentant la tenue rigoureuse des affaires comme un exercice moral, Edgeworth répond aux réformes éducatives de son temps, qui faisaient des compétences de calcul et de lecture un moyen de participation civique et d’intégration au marché du travail.
L’État de droit et l’arbitrage public gagnent du terrain au détriment des règlements privés des différends. Les tribunaux locaux, les magistrates’ courts et la presse illustrent l’essor d’une confiance institutionnelle naissante. L’Honnête famille s’accorde avec ce déplacement: le recours aux procédures, la médiation et l’enquête factuelle remplacent la rumeur, la violence ou le favoritisme. Cette orientation s’inscrit dans un programme plus large d’Edgeworth, visible aussi ailleurs dans son œuvre, qui fait de la loi, de l’évidence et de la publicité des actes les conditions d’une sociabilité moderne, moins dépendante des caprices du rang ou de la naissance.
Après l’Acte d’Union (1801), l’intégration des marchés irlandais et britanniques intensifie les circulations de biens, d’informations et de personnes. Routes, canaux et relais de poste soutiennent l’essor du commerce de proximité tout en exposant les ménages à de nouveaux risques de crédit et à la concurrence. L’Honnête famille illustre ces enjeux sans polémique partisane: elle montre comment la réputation — capital intangible par excellence — résulte d’habitudes vérifiables. Ces histoires proposent ainsi aux adolescents un apprentissage de la modernité économique: choisir des partenaires fiables, préférer le contrat à l’entente informelle, et tenir compte de la publicité des actes.
Les Gants de Limerick convoquent une géographie industrielle irlandaise reconnaissable. Limerick, port sur le Shannon, connaît aux XVIIIe‑XIXe siècles une activité artisanale et commerciale notable; la ganterie y est attestée, aux côtés d’autres métiers urbains. En prenant pour objet un produit manufacturé identifiable, le conte prête attention aux circuits de la qualité, du goût et de la provenance, sujets importants dans une époque attentive aux labels locaux et aux guildes. Le choix de Limerick permet aussi d’évoquer l’articulation entre production régionale et débouchés nationaux, dans un royaume politiquement unifié et économiquement interconnecté.
Les dernières décennies du XVIIIe siècle voient persister des codes d’honneur, duels et querelles de réputation, tandis que la presse et les correspondances élargissent le tribunal de l’opinion. Les Gants de Limerick explorent ces tensions: la valeur d’un nom se mesure autant à la parole tenue qu’à la marchandise livrée. Le récit s’accorde avec la critique edgeworthienne des impulsions violentes et du prestige vide, au profit d’une éthique de la preuve et de l’explication. Dans un contexte où les controverses de réputation pouvaient briser des carrières, le conte propose aux jeunes lecteurs des modèles de réparation et de justification publique.
Les améliorations progressives des routes irlandaises, des relais de diligence et de la navigation intérieure au XVIIIe siècle facilitent la circulation des biens vers Dublin ou Londres. Les Gants de Limerick tirent parti de cet arrière‑plan matériel: un objet artisanal peut voyager, changer de mains, acquérir des histoires — et engager, à chaque étape, la crédibilité des acteurs. Ce cadre technique rejoint l’ethos d’Edgeworth, familier des projets d’infrastructure défendus par son père. La traçabilité, le reçu, la lettre plausible deviennent ainsi des instruments moraux, en même temps que des réalités logistiques d’un monde commercial en expansion.
Enfin, la collection témoigne de la circulation européenne des idées pédagogiques. Les contes d’Edgeworth sont traduits en français dès le début du XIXe siècle et lus sous l’Empire, puis sous la Restauration, notamment dans des contextes scolaires. Leur réception ultérieure a évolué: l’abolitionnisme est désormais relu à l’aune de l’histoire impériale, tandis que l’économie domestique intéresse l’histoire sociale et l’éducation comparée. En conjuguant cas concrets et horizons publics — Irlande, Atlantique, villes de province —, ces récits commentent leur temps sans ériger de système. Les lecteurs postérieurs y trouvent un laboratoire de la modernité morale et sociale.
Réunissant des récits brefs centrés sur des adolescents, la collection explore comment des choix concrets façonnent le caractère. Edgeworth y déploie un réalisme domestique et une pédagogie par l'exemple, où honnêteté, responsabilité, travail et regard sur l'autre reviennent comme fils conducteurs. L'ensemble privilégie une ironie douce et une empathie lucide, faisant évoluer les protagonistes de l'intérêt personnel vers le souci de la communauté.
Ce texte liminaire expose la visée éducative des contes et oriente la lecture vers l'observation des mœurs et des conséquences des actes. Il annonce une méthode par l'exemple, tirée de la vie ordinaire, pour encourager jugement, prudence et bienveillance. Le ton simple et direct prépare à une lecture active qui privilégie la réflexion sur le caractère.
Un jeune héros affligé d’une claudication affronte préjugés et isolement pour forger son jugement et sa place parmi les siens. À travers une suite d’épisodes, sa conduite est mise à l’épreuve: courage discret, patience et loyauté s’opposent aux apparences et aux jugements hâtifs. Le récit conjugue empathie et observation concrète, privilégiant l’apprentissage intérieur plutôt que l’exploit.
Ce conte met en scène la gratitude d’un personnage noir et les attentes qu’elle suscite chez un adolescent et son entourage. L’intrigue interroge la réciprocité, la justice et les limites d’une bienveillance intéressée, tout en rendant visibles des asymétries de statut. Le ton sentimental et moral invite à reconnaître l’humanité commune au-delà des catégories sociales et raciales.
Chronique d’un foyer mis à l’épreuve par de petites tentations, des malentendus et la pression du regard social. Chaque membre, du plus jeune au plus âgé, affronte un dilemme où l’intérêt immédiat rivalise avec la probité, engageant la réputation collective. La narration domestique et vive valorise transparence, solidarité et réparation.
Autour d’une paire de gants, symbole de travail artisanal et de civilité, se noue une intrigue d’échanges, de dettes et de malentendus. Le décor suggéré par Limerick cadre un apprentissage de la valeur, de la confiance et de la preuve face aux rumeurs. Le ton enlevé allie humour et netteté morale, montrant comment l’industrie et la fiabilité construisent l’estime de soi et des autres.
Une morale douce, des préceptes solides, des appréciations justes, un style facile et sans recherche, des événements simples caractérisent les nombreux ouvrages que miss Edgeworth a consacrés à l’enfance et à la jeunesse. Cet écrivain si populaire depuis un demi-siècle a été interprété dans toutes les langues, imité dans toute l’Europe avec plus ou moins de bonheur, mais presque toujours avec succès. Ses livres sont de ceux qui ne vieillissent pas, et l’on retrouve encore avec plaisir quelques - uns de ces contes qui ont charmé nos jeunes années.
Miss Edgeworth a écrit pour tous les âges. Ses contes et ses romans renferment de précieuses leçons pour toutes les époques et toutes les situations de la vie. La collection de ses œuvres forme une encyclopédie où l’on trouve de précieux enseignements aussi bien pour le pauvre que pour le riche. Toutes les conditions de la société peuvent y puiser de sages préceptes. La morale s’y présente sous une forme attrayante et gracieuse. Le caractère aimable, le tact exquis de la femme se reflètent à chaque page.
Parfois on pourrait bien reprocher à notre auteur de ne pas faire marcher l’action avec cette vivacité que le goût moderne recherche par-dessus tout. Miss Edgeworth n’appartient pas à cette école. Elle instruit autant par les réflexions que par les faits, et son dialogue manque souvent d’animation. Ces défauts sont inhérents au génie même de la langue anglaise. Nous n’avons point la prétention de les avoir corrigés. Mais en faisant un choix de ses contes les plus aimés de la jeunesse, nous avons cru qu’il nous était permis d’approprier notre traduction aux mœurs de nos jeunes lecteurs français. Notre tâche, du reste, a été d’autant plus facile que miss Edgeworth connaissait la France, et qu’elle a puisé dans l’étude de notre littérature et de notre société ses meilleures inspirations.
Ce livre, destiné à l’adolescence, renferme plusieurs contes qui ont une grande réputation. Ils présentent, dans leur ensemble, une variété qui les fera goûter de nos jeunes lecteurs et de nos jeunes lectrices. Les aventures merveilleuses de Jervas, les scènes dramatiques du Nègre reconnaissant, la touchante et pathétique histoire de l’Honnête famille, les tribulations comiques de M. Hill dans les Gants de Limerick, sont propres à intéresser vivement cette classe de lecteurs dont le cœur et l’esprit se développent par les bons exemples et par l’attrait de récits où la morale n’exclut pas la gaieté.
William Jervas, surnommé le Boiteux, était un jeune garçon employé à soigner les chevaux, dans une mine d’étain de la Cornouailles. Un soir, ses camarades le laissèrent, comme d’habitude, dans la petite cabane où il passait la nuit, à l’extrémité de la mine; mais le lendemain matin Jervas manquait à l’appel, et on ne put le retrouver nulle part. Cette disparition subite donna lieu aux conjectures les plus étranges et les plus ridicules parmi les mineurs. Les plus raisonnables, toutefois, supposaient que ce jeune garçon, ennuyé de son métier, avait pris la fuite pendant la nuit. On s’étonnait avec raison qu’il n’eût laissé aucune trace de son évasion, et les commentaires allèrent leur train pendant quelque temps; puis on en parla moins, et cet événement finit par tomber dans l’oubli.
Deux ou trois des plus anciens mineurs se souvenaient à peine du nom de William Jervas, lorsqu’ au bout de vingt ans une société nombreuse vint pour visiter les mines. Pendant que le guide en expliquait toutes les curiosités, un personnage d’environ trente-six ans, qui se montrait fort peu attentif à tous ces discours, avisa une inscription gravée dans le roc.
«Quel nom a-t-on voulu écrire là ? demanda-t-il.
— Celui de William Jervas, répondit le guide; un pauvre garçon qui s’est enfui des mines il y a déjà bien longtemps.
— Mais êtes-vous sûr qu’il se soit réellement enfui?
