Dernières campagnes. Notes et impressions d'alpinisme - Jean Coste - E-Book

Dernières campagnes. Notes et impressions d'alpinisme E-Book

Jean Coste

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"Dernières campagnes. Notes et impressions d'alpinisme", de Jean Coste. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Jean Coste

Dernières campagnes. Notes et impressions d'alpinisme

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306991

Table des matières

AVANT PROPOS
CAMPAGNE 1924
EN SKIS DANS LA HAUTE-UBAYE
COL DU VALLONNET (2.597)
COL DU LONGET (2.672)
SUR LES FLANCS NORD DU MASSIF DE CHAMBEYRON
A TRAVERS L’UBAYE
LE GRAND BERARD (3.047)
LE CHAPEAU DE GENDARME (2.687)
GRANDE SEOLANE (2.910)
ROCCA-BIANCA (3.193)
LA TETE DE MOYSE (3.110)
UNE SEMAINE EN OISANS
PIC COOLIDGE (3.756)
PIC DE NEIGE-CORDIER (3.613)
TENTATIVE AUX ECRINS. PIC LORY (4.083)
PIC DES AGNEAUX (3.663)
L’AILEFROIDE. SOMMET OCCIDENTAL (3.952)
QUATRE JOURS AUTOUR DE MAURIN
COL DE SERENNES (2.680)
POINTE DES HENVIERES (3.273)
TETE DES TOILLIES (3.179)
AIGUILLE DE CHAMBEYRON (3.409)
DE JAUSIERS A NICE
Samedi 13 Septembre.
Dimanche 14 Septembre.
Lundi 15 Septembre.
Mardi 16 Septembre.
Mercredi 17 Septembre.
Jeudi 18 Septembre.
Vendredi 19 Septembre.
ALPINISME HIVERNAL
LE MOURRE HAUT (2.873)
LE GRAND MORGON (2.326)
ALPINISME HIVERNAL
CAMPAGNE 1925
DE FOUILLOUZE A LARCHE EN SKIS PAR LE COL de PORTIOLETTE (2.760)
TOURISME HIVERNAL
DOME DE CHASSEFORET (3.597)
PIC LAMARTINE (2.756)
LE GREPONET
LA TETE DE MOYSE. ARÊTE NORD-OUEST
L’AIGUILLE DE CHAMBEYRON EN COL
LES VERSANTS NORD ET OUEST DU BREC DE CHAMBEYRON
AIGUILLE MERIDIONALE D’ARVES (3.510)
AIGUILLE PIERRE ANDRE
LE GERBIER (2.773)
ASCENSION HIVERNALE DE L’AIGUILLE DE CHAMBEYRON
LA TETE DE MOYSE EN HIVER
CAMPAGNE 1926
CONCOURS DE SKI DE BARCELONNETTE
COURSES EN SKIS
TENTATIVE A L’AIGUILLE DORAN (3.049) COL DE CHAVIERE (2.801)
LE MONT-BLANC
LE VERSANT NORD DE L’AIGUILLE DE CHAMBEYRON
COURSES EN OISANS
LA MEIJE
12 Mai 1924.
7 Juin 1924.
8 Juin 1924.
29 Juillet 1924.
7 Août 1924.
9 Août 1925.
2 Février 1926.
7 Février 1926.
16 Février 1926.
24 Mars 1926.
15 Avril 1926.
24 Avril 1926.
1 Juin 1926.
8 Juin 1296.
17 Juin 1926.
12 Juillet 1926.
17 Juillet 1926.
25 Juillet 1926.
26 Juillet 1926.
27 Juillet 1926 — 4 heures.

AVANT PROPOS

Table des matières

Lorsqu’au lendemain de la catastrophe dans laquelle périt Jean Coste, de jeunes amis vinrent me demander l’autorisation d’éditer ses notes d’alpinisme qu’ils n’ignoraient pas, j’étais loin de supposer qu’elles rencontreraient la faveur dont elles jouissent.

Jean Coste était un modeste, s’il avait formé le projet de publier, quelque jour, un ouvrage d’ensemble sur l’Ubaye, il n’avait pas rédigé Mes quatre premières années de Montagne dans ce but. Il l’avait fait simplement pour son plaisir, pour sa satisfaction personnelle.

Alors, n’était-ce pas présomption que d’accéder à cette demande?

Je n’ai cependant pas cru pouvoir la rejeter.

En m’honorant d’une préface, Monsieur Paul Helbronner m’en a donné son approbation. Elle me dispense de toute autre pour qu’il me soit permis de me féliciter d’avoir suivi, sans débat, une inspiration que dictait l’amitié.

Mais, voici qu’en dépit de la simplicité ou plutôt à cause de la simplicité avec laquelle Jean Coste raconte ses premières campagnes, beaucoup de ceux qui l’on lu me réclament la suite de son journal.

«Pourquoi vous être arrêté en chemin, m’écrit-on? S’il a pris soin, durant ses premières années de montagne, de consigner soigneusement tous les détails de ses ascensions, d’enregistrer fidèlement toutes les impressions qu’elles lui ont procurées, est-il possible qu’il ait brusquement cessé de le faire? Cherchez bien, vous trouverez certainement les relations de ses dernières courses dont l’intérêt, pour lui, devait grandir à mesure que grandissaient sa technique et sa forme. Et, les ayant trouvées, vous nous les ferez connaître. Vous rendrez ainsi à cette âme dont l’unique passion fut, suivant l’expression de Paul Helbronner, la poursuite des difficiles victoires, le seul hommage capable de la toucher.

Jean Coste ne désirait rien plus que de recruter des adeptes à la Montagne. Il s’était fait l’apôtre de la Montagne. Par lui nous fûmes convertis à Elle. Publiez ses notes, vous prolongerez dans le temps son apostolat qui fut celui de la force souveraine, de la volonté conquérante, de la beauté sublime.»

Devant cette insistance j’ai compris.

J’ai compris que, malgré tout, on ne meurt pas en vain pour son idéal; j’ai compris que la mort de Jean Coste avait un sens, qu’il s’en dégageait une idée et j’ai répondu oui.

Avec ceux qui furent ses confidents je me suis aussitôt mis à la tâche. Nous avons trouvé, complètement rédigées et déjà mises au net, sa campagne 1924 ainsi qu’une partie de celle de 1925. Au moyen de ses carnets de route, de ses notes, de ses publications, de sa correspondance, nous avons pu facilement reconstituer la fin de sa campagne 1925 et sa campagne 1926. Nous avons réuni dans un quatrième chapitre: La Meije, tout ce qu’il nous a laissé sur la tragique montagne. Et, de l’ensemble, nous avons composé la seconde partie de la vie alpine de ce grimpeur, un des plus audacieux, des plus ardents, des plus passionnés de notre époque.

«C’est quand l’homme et la Montagne se rencontrent que de grandes choses se passent» Les récits de Jean Coste justifient pleinement cette réflexion de Scheckleton; au surplus, il s’en dégage un tel amour de la Montagne, une telle foi qu’on ne saurait douter que l’alpinisme fût devenu à ses yeux une Religion dont il accomplissait les rites, parfois terribles, avec une conviction devant laquelle il n’est possible que de s’incliner.

Aussi bien ces pages sont-elles un hymne à la beauté rayonnante des cimes, l’âme qu’elles révélent n’étant autre que celle de la Montagne puisqu’on retrouve dans l’austérité, la noblesse, la force, le calme impassible de celle-là toutes les qualités qui synthétisent celle-ci.

Cet hymne méritait d’être publié.

Il le méritait pour glorifier la mémoire, pour exalter le sacrifice du jeune homme qui pensait: «On ne doit considérer la montagne difficile ni comme un danger à courir, ni comme une difficulté à vaincre, mais comme une beauté nouvelle à posséder.»

Il était bien celui-là un de «ces êtres mystiques et fervents» dont parlait, dans son Courrier de Paris du 14 Août 1926, le semainier de l’Illustration. Il en était, en vérité, et cela suffit pour qu’on ne laisse pas tomber dans l’oubli un journal de campagne tout au long merveilleuse leçon de volonté, d’énergie, de courage.

Ce nous était d’ailleurs un devoir: «Dans notre civilisation réaliste, le grimpeur est peut-être le dernier de nos mystiques. Il faut honorer les prêtres de cette religion mystérieuse.... qui nous donnent chaque année..... le spectacle de la plus haute manifestation humaine de l’élan vital.»

Dr J. COSTE.

CAMPAGNE 1924

Table des matières

Ne regrettez pas qu’il ait fait de la montagne. Vous vouliez qu’il fût heureux, il l’a été plus que tout autre. En quelques années il a vécu une vie extraordinairement intense, extraordinairement riche en émotions uniques.

ERNEST COUTTOLENC.

Autographe de JEAN COSTE

EN SKIS DANS LA HAUTE-UBAYE

Table des matières

APRES LA MONTEE

Le thé sur la neige

(PHOT. JEAN COSTE)

COL DU VALLONNET (2.597)

Table des matières

7 Mars.

Je t’écris de Jausiers où je suis en vacances....

J’ai été heureux de revoir toutes ces choses qui font presque partie de moi-même. Là, je me sens dans mon vrai milieu; là, je vis.....

A peine arrivé, je suis allé à Barcelonnette faire du ski avec les lieutenants. J’ai essayé d’organiser une sortie, ce fut en vain. Pour me contenter et parce qu’il ne veut pas qu’en cette saison je m’aventure seul en montagne, mon Père s’est alors efforcé de me trouver un camarade. Il n’y était pas encore arrivé lorsqu’est survenu Bourillon. Rentrant de Barcelonnette il s’était, au passage, arrêté pour nous saluer. La belle aubaine! Mon père l’engage et, sans retard, avec tout mon attirail, en sa compagnie je prends la direction de Fouillouze où je vais coucher.

Superbe promenade, en auto jusqu’à Serennes, à pied ensuite, par la route que tu connais.

La neige et le soleil couchant donnaient au paysage une beauté extraordinaire, les montagnes étaient des merveilles de coloration.

Bourillon dont la femme est une de nos anciennes bonnes, m’a donné l’hospitalité. En mon honneur — j’en suis fier — il a réuni chez lui, après souper, tous les habitants du village pour faire un brin de causette. Veillée très agréable. J’admire ces petites gens dont les mœurs sont si pures comparées à celles du grand monde, j’admire ces âmes simples et bonnes, ces hommes si francs quand ils sentent qu’on les comprend et qu’on les aime.

Le lendemain matin, à notre réveil, le temps était incertain. Ayant décidé de faire le col du Vallonnet, nous hésitions à partir.

A huit heures une éclaircie se produit, nous partons.

En route le temps se gâte de plus en plus, il semble que nous nous enfonçons dans le brouillard, néanmoins la montée fut agréable jusqu’au pied de la dernière pente qui est très raide et dont la neige était profondément gelée. En la gravissant Bourillon, mal équipé, manque plusieurs fois retourner précipitamment à son point de départ. Nous sommes obligés de déchausser pour en terminer l’ascension.

Nous étions sur le col à dix heures.

Le brouillard était intense, il neigeait, un vent très froid soufflait avec violence.

C’est te dire que la descente fut plutôt pénible. N’empêche qu’à midi vingt, transis, blancs de neige mais enchantés, nous étions à Meyronnes où nous attendaient mes Parents venus, en auto, à notre rencontre.

J’ai bien commencé ma campagne 1924.

COL DU LONGET (2.672)

Table des matières

16 Avril.

Le mercredi 16 Avril, à cinq heures et demie du matin, de la maison de Pierre André chez qui nous avions couché, je sortais, avec mon ami Deschamps, dans l’unique rue de La Barge.

Une clarté qui n’est ni le jour ni la nuit éclaire un paysage gris; les toits sur lesquels la neige fond peu à peu s’égouttent avec un bruit mélancolique énervant; partout des nuages très bas s’accrochent aux flancs des montagnes.

Remplis d’un ardent optimisme, nous nous détournons d’un Est menaçant pour contempler à l’ Ouest — vue réconfortante — un ilot de ciel bleu. Mais il semble bien que le temps soit définitivement dans un état d’équilibre instable.

Est-il prudent de partir?

Le temps peut se relever et puis, s’il se met a pleuvoir, nous pourrons toujours revenir sur nos pas, la course ne présentant aucune difficulté. Partons donc, quitte à faire demi-tour à la première averse.

C’est avec ce raisonnement faux qu’encouragés par l’apparition de quelques lambeaux de ciel, nous avons pu, grâce à des trésors d’entrain et de bonne humeur, atteindre le but que nous nous étions proposé.

A mi-chemin entre Combe-Brémond et Paroir nous chaussons nos skis.

A Paroir, quittant le tracé tortueux du sentier, nous descendons dans la plaine qui fut un lac et la traversons.

Au Ga, pour éviter une gorge étroite et profonde, passage pouvant causer des ennuis, nous montons directement au-dessus des cabanes, puis nous coupons sur la gauche et, par une courte descente, reprenons aux Blavettes l’itinéraire habituel.

Là, nous déjeunons.

Quelques flocons de neige se mettent à tomber. Nous craignons un instant ne pouvoir aller plus loin.

Lorsque restaurés nous nous relevons, les choses vont mieux. Le ciel s’est déchiré, le bleu paraît immense..... en route!

Cette accalmie d’ailleurs ne dura pas. Jusqu’au dernier moment, notre succès fut incertain. Animé par un vent d’enfer, le brouillard disputait la place au soleil tandis que le col, visible de très loin, semblait reculer sans cesse et que la neige, de plus en plus collante, happait nos skis.

Enfin nous y sommes!

Mais nous n’y arrivons que pour voir disparaître dans les nuages le majestueux Viso.

Nous installons notre camp.

Etendu sur une toile de tente, emmailloté comme un esquimau, Deschamps m’a bien fait rire.

Cette impression étant réciproque nous avons dîné gaîment.

Cependant le soleil est définitivement battu, le brouillard nous enveloppe, le froid nous chasse, c’est la retraite précipitée.

La descente fut une véritable fuite dans le vent qui nous fouettait la figure et sous la neige qui nous couvrait d’une armure de glace. Nous nous suivions de près et pourtant, telle était l’épaisseur du brouillard, par moment je perdais de vue mon compagnon. Je suis convaincu qu’il nous aurait été impossible de rentrer à Maurin, sans nos traces.

Aux Blavettes, toujours sous la neige, nous attaquons la pente qui nous conduira au-dessus du Ga. Lorsque nous arrivons à son sommet une faible lueur perce la brume et, tout à coup, nous assistons au changement de temps le plus brusque qu’il soit possible de concevoir. En quelques secondes le ciel est déblayé et le soleil éclaire un paysage radieux. Toutes les cimes sont là étincelantes, seules quelques vapeurs qui s’attardent roulent au fond de la vallée.

Emerveillés nous descendons.

Bientôt le site de Paroir nous apparaît dans sa tenue de Janvier sous un ciel de Juillet! Le Panestrel couronné d’un nuage, le Rubren si blanc qu’il en impose pour une montagne glaciaire, le Pelvat noir et démantelé en dominent le cirque dont la neige dissimule les affreux graviers.

Je m’illusionne.

Le tapis qui s’étale à nos pieds est si plat, si uni qu’il me semble encore recouvrir le lac qui s’étendait là, le lac qui était si beau et que j’aimais tant.

Confortablement allongés sur le toit d’une métairie, nous restons au Ga plus d’une heure à rêver en contemplant cet inoubliable tableau.

Puis, avec la chute du jour, ce fut le retour à Maurin.

Mais pourquoi faut-il que le lendemain, au moment de notre départ, le soleil se soit levé splendide?

Etait-ce un défi?

SUR LES FLANCS NORD DU MASSIF DE CHAMBEYRON

Table des matières

24 Avril

Pendant toute la semaine qui suivit notre course au Longet le temps fut splendide, j’en profitais pour franchir l’à-pic de Cuguret par une voie particulièrement directe et nouvelle..... au moins pour moi: le grand couloir au-dessus de Guégnier. En outre je parcourus avec Louis Cuzin le sentier Pouradier-Duteil, ce qui est une promenade en montagne véritablement charmante à recommander aux amateurs.

Ce n’était d’ailleurs là qu’enfantillages en attendant une course à skis, en haute-montagne, qu’avec mon ami Deschamps nous avions décidée, au retour de notre dernière excursion.

Le mercredi 23 Avril, Deschamps vient me prendre. Il est accompagné des lieutenants Barnola et de Parscau Duplessis du 15e Bataillon de chasseurs alpins.

Nous montons à La Barge avec l’intention de faire le lendemain le Marinet, montée par Mary, descente par Chillol.

Le temps est beau mais en route nous faisons quelques remarques ennuyeuses. Le vent tourne du Nord au Nord-Ouest, il pousse de légers nuages. Le Brec est accroché. Le coucher de soleil est vaguement rouge-brique.

Je suis pessimiste, Deschamps reste enthousiaste, les lieutenants sont pleins de circonspection. Quant aux paysans je n’en peux tirer que cette réponse par trop prudente: «Pour avoir changé, c’est sur que le temps a changé. P’t-êt’ ben que c’est pas mauvais mais ça se pourrait bien qu’il pleuve.»

A Maurin, avant souper, nous allons faire un tour jusqu’à l’Eglise d’où nous saluons le Brec de l’Homme et l’Aiguille Pierre André.

Après souper, avec Deschamps, j’accompagne les lieutenants à leur logis. Les nuages sont très bas, tout est accroché, nous entendons descendre de la Tête de Miéjour une formidable avalanche de rochers.

Au milieu de la nuit, un bruit significatif me réveille: la pluie tambourine contre les vitres et sur les ardoises. Notre course est ratée, je suis furieux.

Néanmoins, comme convenu, à trois heures et demie je me lève. Il ne pleut plus mais le ciel est menaçant, cette fois pas un seul morceau de bleu. Cependant la Haute-Ubaye est tant soit peu dégagée, le Rubren se laisse voir. Devant cette situation météorologique déplorable, avec mes camarades qui m’ont rejoint, nous tenons conseil.

Barnola, ayant pris son air des grands jours, proclame, sentencieux: «Si mon peloton était là, il ne partirait pas.»

Deschamps le prend en riant, il développe toutes sortes de considérations: «L’homogénéité de la caravane la rend bien supérieure au peloton. (?)..... Le temps n’est en somme pas si mauvais que ça. (!!!)..... Nous serons toujours à temps de revenir, quitte à n’aller qu’au col de Mary voire qu’à la carrière de marbre........ etc.. etc..»

J’applaudis ces sophismes car je ne demande qu’à partir.

Bref, nous partons au petit bonheur.

Sur le chemin de la carrière, nous trouvons un peu de neige. De Parscau chausse, on dirait qu’il a hâte de skier.

Ses ébats au départ me font penser à ceux d’un jeune lévrier rencontrant, par temps sec, un clair ruisseau.

Seul de la caravane je connais le vallon de Mary, aussi je suis en tête. Ça va très bien, la neige est bonne, la pente est douce mais il est impossible de ne pas la couper. Vers huit heures, sans avoir reçu ni pluie ni neige, nous atteignons le col de Mary.

Le soleil levant avait bien dissipé quelques nuages, éclairé quelques sommets, nous avions bien vu, sur un morceau de ciel bleu, se détacher les pointes de Mary mais la chaîne de l’Aiguille ne s’était pas encore montrée et le temps se maintenait aussi menaçant qu’au départ.

A nos pieds s’ouvrait le profond sillon de la vallée de la Maira mais l’état du ciel ne nous permettait d’identifier aucune cime importante.

Du col de Mary, pour passer dans le Marinet, nous suivons la crête frontière jusqu’au point coté 2806. De là, par une neige mauvaise et sous la menace des avalanches, nous descendons au seuil du vallon. Alors se présente, barrant notre route, le Pas de Chillol.

Sa pente assez raide s’offre à nous de front, quel air rébarbatif!