Diplôme négocié - Aly Le Grand - E-Book

Diplôme négocié E-Book

Aly Le Grand

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Beschreibung

A cause des moyens que possédaient ses parents, Damien s'est mis à bâcler sa formation durant tout son parcours scolaire, du primaire à l'Université. Il a toujours négocié quand il n'en fallait : diplôme, justice, carrière, popularité... les conséquances ont été humiliantes, dévastrices, désatabilisatrices par des échecs tous azimuts. En passant, il a été briefé que la joie de se savoir riche peut parfois emmener à faire des exactions : manque de respect, viol, mensoge, corruption, meurtre.... Malgré les quelques pages noires enregistrées, Damien a pu rebondir en reprenant sa vie presqu'à zéro, en se formant, en devenant célèbre et recollant les morceaux qu'il avait perdus hier et enfin à vivre heureux avec sa bien-aimée Charlotte en compagnie de leurs enfants comme pour dire qu'il n'est jamais trop tard pour renaître.

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Seitenzahl: 142

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Ähnliche


Table des matières

Les bayah-kas

Le retour humiliant

Le bercail

Le manque d’emploi

Rudes épreuves

La bataille pour l’héritage

Le pardon

Les retrouvailles

Les bayah-kas

Bayah est une localité dont les résidents sont originaires de la colline arborée de Soumabossyah. Ses premiers habitants l’ont choisie pour sa générosité géographique. Cette contrée de la banlieue de Conakry est située sur la deuxième marche des escaliers formés par la colline de Soumabossyah, la hauteur de Lambangni et le bas-fond qui faisait frontière avec la mer.

Nos parents, avant d’y habiter avaient étudié tous les phénomènes naturels qui se déroulaient dans la zone. Ils avaient trouvé que la terre était fertile et acceptait presque toute sorte de culture. Avec une végétation bienveillante, durant toutes les deux saisons, jamais l’on ne pouvait s’attendre à une quelconque plainte venant de qui que ce soit. Presque tous ses alentours bruissaient de ruisseaux et cours d’eau architecturales prêts à arroser nos cultures même pendant les périodes de chaleur les plus torrides. Cette hydrographie était la promesse que toute vie était possible dans la cité de Bayah.

Il faut rappeler également que le nom de la localité est un dérivé du nom ‘’Bâ’’ emprunté à la langue soussou et qui signifie en français ‘’mer’’, mais dédié au patriarche de la communauté qui y résidait avant la grande famille. On l’appelait Alkhaly Bâ c’est-à-dire « Alkhaly mer » à cause de sa promptitude à aller à la mer, capturer des poissons très rapidement et revenir les remettre aux femmes pour en faire la sauce à la famille.

Bayah est une terre d’amour et de bénédiction. Elle tend les bras à tous. Jusqu’à nos jours, elle a été témoin du parcours de beaucoup de générations. Damien, un des habitants de Bayah, n’en fait pas exception à cette règle. Il l’exprime d’ailleurs avec enjouement :

« Moi personnellement, Bayah m’a vu naître, m’a aidé à grandir, m’a accompagné sur le chemin de l’école et était là quand je prenais mes premiers pas. Bayah était un secteur d’agriculture, de pêche et d’élevage.

J’ai atteint l’adolescence à Bayah, alors que je vivais encore dans la très vaste famille des BAYAKAS dont les grands parents, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, les nièces et les enfants hébergés. Chaque membre suivait le cours de sa vie avec l’assurance que, naître, grandir et réussir auprès des siens est le meilleur cadeau que la vie puisse nous offrir.

Tous mes copains d’âge et moi vivions en apprenant des expériences d’initiation à la chasse, à la pêche et à la cuisine. Chacun de nous retiendrait encore sans doute les beaux souvenirs du rôle que jouait notre grand-père paternel. Son mode d’éducation était basé sur la rigueur, parfois la douceur et le tout fondé sur la compréhension facile des choses. Il ne brutalisait jamais personne par ses paroles et encore moins par ses actions. La grande famille vivait dans l’harmonie absolue. Notre grand père était notre miroir de justice et d’équité. A cause de sa qualité de grand narrateur, nous les jeunes, étions plus fascinés par ses histoires que d’autres occupations. Grand-père Mômô avait la magie du verbe. Son art de communiquer impressionnait toujours son auditoire.

Une nuit, à la belle étoile, alors que nous étions en pleine séance de questions-réponses avec notre bien aimé de vieux sage, ma cousine Khadija lui posa la question suivante :

« Chéri, commence-t-elle, quelle est la cause de la famille élargie et nombreuse en Guinée ?

Le vieux Mômô sourit avec un air de bon éducateur en faisant une blague à Khadija :

-Réfèrerais-tu au nombre de mes femmes pour compter combien d’oncles, de tantes, de cousins…as-tu ?

Tous les enfants pouffèrent de rire. Il ne s’est, lui-même pas empêché d’éclater de rire. Et d’en poursuivre, il dit :

Voilà une question très intéressante. Mais pour vous satisfaire, je vais vous donner presque tous les détails possibles dans ma réponse.

Les familles sont élargies et nombreuses parce qu’il y a l’esprit de société. Il y a cette volonté de vivre avec les autres en société, dans l’amour, la fraternité et la tolérance. En Afrique et en Guinée spécialement, deux familles qui marient leurs enfants deviennent automatiquement membres d’une même famille. En plus, une épouse et un époux féconds pourraient faire beaucoup d’enfants s’il n’y a aucune initiative d’espacement de naissance.

Il y a aussi la polygamie. Si deux, trois ou quatre femmes toutes fécondes épousent un même mari et qu’il se trouve que l’époux est un vrai athlète ; mes enfants, lui seul pourrait constituer une véritable nation entière. Imaginez également le lien que chaque membre peut créer.

Bien, il ne s’agit pas là, de voir la polygamie comme seulement un mal. Pas du tout. Il faut savoir à côté, que c’est une doctrine qui a suffisamment de valeurs…

Mais grand-père, moi personnellement, je ne veux pas de coépouses. Je ne l’accepterais jamais, reprit Khadija

Oui, mon enfant je te comprends, mais il s’avère que la polygamie a plus d’avantages que d’inconvénients. Je reconnais qu’elle a quelques problèmes largement détestables : comme la rivalité malsaine des épouses, qui pourrait même entraîner les enfants dans le combat. Elle est souvent source de dislocation d’une famille dès après le décès du père de famille à cause du mauvais partage de l’héritage. L’animosité qui naît pendant ledit partage transformerait les frères de même sang en de pires ennemis mortels. Ces héritiers ne souffleront plus désormais le même feu. Parfois, c’est elle qui définit le penchant du chef de famille entre ses femmes. Elle est une forme de charge capable de perturber l’élan de meilleure éducation que pourraient avoir les enfants. La polygamie peut transformer une femme aimante et attentionnée en une sorcière sans pitié…

Cependant, quand on regarde le côté positif, elle donne la chance à toutes les femmes d’avoir au moins un mari durant toute sa vie car les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Autrement, avec une santé défaillante ou un organisme à fonctionnement limité ; en ce moment, la polygamie peut jouer la suppléante. Ailleurs, elle multiplie et diversifie les membres d’une nation. Une coépouse ou plus, peut réduire considérablement les chichis intempestifs de la femme unique. La polygamie garantit une alimentation compétitive pour l’heureux époux. La polygamie soulage les parents dont les filles se sont mariées car nul n’aimerait voir sa fille naître, grandir sans jamais avoir le bonheur de se marier ne serait-ce qu’une fois dans toute son existence. Elle est aussi une solution à la stérilité. Elle réduit également la prostitution. Elle sauve les hommes constants de l’adultère…C’est pourquoi mes enfants, diaboliser la polygamie ou la dramatiser, c’est perdre la raison. Par contre c’est une circonstance qui doit normalement l’orienter, mais après avoir rempli ces conditions indispensables : la droiture, les moyens financiers, moraux et physiques. Donc, la polygamie est une notion d’équilibre. Pour nous les Africains, c’est une identité.

Je sais qu’étant adolescent, vous parlez, vous comprenez et vous pensez comme tel. Ainsi, quand vous allez mûrir, cherchez toujours un esprit critique qui analyse un fait dans les deux sens.

Enfin, je crois qu’on en a assez dit ce soir. Bien que Khadija ne soit pas d’accord, elle comprendra un jour que la réalité est le seul juge.

C’est sur cette note que les bonnes nuits furent formulées par tous les enfants et chacun rejoignit ses parents.

A l’époque, je ne fréquentais pas une école d’une grande renommée, mais au moins les années que j’y ai passées, j’avais toujours ma moyenne pour passer en classe supérieure. J’étais conscient que ma famille a une modeste vie. Donc je m’étais fixé le devoir d’étudier bien afin de pouvoir donner un jour l’opportunité à mes parents de vivre dans l’aisance.

Malgré nos moyens limités, je voyais que l’harmonie dans notre grande famille procurait du bonheur à tous, bien que l’observation d’un jeune ne saurait égaler celle d’un homme à grandes expériences vécues pour cerner les réalités de la vie d’ensemble.

Pendant que ce rapport de paix continuait son cours, la nouvelle de la promotion de mon père tombe dans la concession. Il était promu au poste de Directeur national du trésor.

Comme une chance ne viendrait jamais souvent tout seul, mon papa bénéficia d’un autre avancement dans le nouveau gouvernement six mois plus tard. Cette fois l’heureux bénéficiaire se voit confier le portefeuille du département du ministère du budget. Cet enchainement à couper le souffle était interprété dans la famille comme un miracle.

Pour certain, la nouvelle était un coup de grâce, tandis que pour d’autres à cause de leur esprit de comparaison, ils prenaient la nouvelle comme un avantage exagéré accordé à un même individu. Que ce dépassement de mon ministre de père fera de lui non seulement le pilier de la famille, mais aussi le préféré de nos grands-parents.

Cette double promotion incita alors des hostilités contre Damien Senior, mon papa.

Ainsi, l’équilibre qu’a connu autrefois la communauté, commença à basculer contre le jeune ministre.

Ayant pris fonction deux semaines plus tard, le nouveau promu entre en possession de tous les droits dus à son rang : véhicule de commandement, résidence à la cité ministérielle tout comme les autres avantages non cités.

Avant tout cela, nous vivions encore dans la concession familiale durant les premiers jours de la nomination de mon géniteur. Mais mon père, ma mère et moi avions tous les trois remarqués que cet esprit de fraternité et de partage avait pris du plomb dans les ailes. Nous n’étions plus regardés comme avant, et nous étions de moins en moins aimés.

Quand monsieur le ministre a compris cette situation tentatrice de la part de ses frères et sœurs, il accéléra le déménagement pensant que la distance saurait calmer les jalousies et apaiser les cœurs.

Le jour où il décida d’annoncer la nouvelle désormais à aller aménager la cité des lieutenants de la république, cela provoqua une réponse cinglante de son frère aîné Soriba qui s’était très bien défoulé sur son cadet.

Nous en étions sûrs, commença-t-il. Avec ces avènements, tu quitterais la famille. D’ailleurs depuis que tu avais commencé à travailler dans l’administration, tu nous as fait voir de toutes les couleurs : épouser une femme qui n’a aucune considération pour ta famille ; demander de séparer les cuisines ; ne parler qu’en français à ton fils…

Tu t’es trouvé un cadre isolé de tout fonctionnement de tes frères de sang. Et aujourd’hui, tu nous fais comprendre que tu n’as plus ta place parmi nous les pauvres. Ah petit frère ! Que tu nous as déçus hein. Tu peux y aller, mais tu nous rejoindras un jour dans ces mêmes taudis qui t’ont vu naître.

Quand grand-père a voulu intervenir, mon oncle lui envoya une phrase de rancune :

« Nous savons papa que tu l’as toujours préféré à nous autres ».

Désemparé par la teneur des mots, l’ancien entra dans sa maison. Quant à son excellence, il a juste dit : « grand frère, t’entends-tu parler ? »

Bien sûr que je m’entends très bien. Tu t’es toujours vu audessus de nous. Donc ce départ, parce que ça va enfin bouger chez toi, en est la conclusion. Retiens bien petit frère, tu es né après moi. Nous te répondrons.

C’est à ce jour que je compris finalement tout ce que me racontait ma mère à propos de la jalousie, de la haine et des provocations verbales qu’a endurées ma pauvre petite famille.

A ma présence, mon père minimisait les faits, mais était tout de même conscient de la portée de la menace voilée. Dans le but de m’épargner de grandir avec une quelconque haine, papa me somma de ne jamais rompre le lien de parenté. Il me dit : « petit, sache que grand frère Soriba est ton oncle jusqu’à chez DIEU. Nos querelles de frères ne te regardent point. Il ne veut peut-être pas me voir partir loin d’eux afin de garder la fierté qu’un ministre habite dans la famille. C’est seule la façon de le réclamer qui lui manque ; sans quoi, il n’est pas si mauvais. Donc, ne retiens rien de ce qui vient de se passer. Seulement, je te dirais de faire attention car dans une famille, lorsque tu en comptes les membres, tu les trouveras très nombreux ; mais quand tu demandes secours, rares sont ceux qui te viendront en aide. Et aussi, le reste te sera l’éternel obstacle vers la réussite.

J’aurai aimé vivre encore un peu plus auprès des nôtres, partager la fraternité, cultiver l’amour et l’entraide entre nous. Je suis d’accord du fait que la vie en communauté est souvent source de jalousie qui, à son tour engendre une rivalité fratricide capable de pousser les protagonistes jusqu’à la dislocation de la famille. Mais que faire quand il s’agit du lien de parenté ?

Au Week end suivant, le déménagement fut effectif. Mon père et sa petite famille furent soulagés.

Un mois plus tard, les élèves entrent en vacances. Elles ont été pour moi les vacances les plus abouties : entre repos dans l’opulence et le rêve dans l’espoir. J’étais complètement distrait. Je me rends compte finalement que l’argent vulnérabilise les jeunes en les rendant insouciant. Tant pis, en tout cas il ne faut jamais fuir les premières opportunités.

La fin des vacances arrive, les écoles rouvrent, et les activités scolaires redémarrent. Mon papa me transfert dans une autre école plus proche de la cité nommée ‘’Future élite’’. Je devais y faire la dixième année. Sauf que mes premières vacances en tant que fils du ministre m’ont été toxiques. La facilité économique et les privilèges sociaux changèrent ma vision du monde réel. Ils transformèrent brusquement mes ambitions d’emmener mes parents au sommet, en la volonté de laisser les autres tout faire pour moi car je suis le petit ‘’Son excellence’’.

Je n’avais plus de motivation pour les études. Mais j’étais plein de passion pour les loisirs. Les conséquences aussi ne tardèrent point. En fin d’année, mes maigres efforts étaient insuffisants ; et donc l’échec s’en suivit. C’était la première fois de ma vie. Bien que je sois conscient de mon laxisme, mais cela m’avait touché profondément. J’étais inconsolable.

Mon père de son côté, voyait cet échec comme une honte pour sa notoriété ; d’autant plus qu’à peine devenu Ministre, le vocabulaire échec fait son entrée dans le mode de vie de sa petite famille. Donc, c’est inacceptable. Surtout que la grande famille ne doit en aucun cas être au courant de cette nouvelle.

C’est dans cette optique que son ‘’excellence joue encore les dessous de table et après une semaine de l’ouverture, je fus installé au lycée avec le prétexte de reprendre l’examen au moment venu. C’est ainsi que ma situation se bouleversa sur toute la ligne durant les années qui suivirent.

J’oubliais que pour avoir quelque chose qu’on n’a jamais eu dans notre vie, il faut faire quelque chose qu’on n’a jamais fait avant.

Cette transition m’a été d’une perturbation omniprésente. Ce passage d’un niveau de vie modeste à celui de l’ouverture a été pour moi quelque peu brutal. Le changement de régime dans une vie affecte toujours directement ou indirectement. J’en étais atteint psychologiquement. La première conséquence a été le relâchement de mes études. Chose dont j’ai payé les frais la première année qui suivit.

Ce coup de papa aussi, bien que ce soit de bonnes intentions a, à nouveau troublé ma vision du monde. Avant, je me disais que je suis en grande partie responsable de mon avenir. Dans les combats et dans les épreuves ; c’est à moi de me battre d’abord. Mais que mon père gomme presque toutes mes traces noires m’avait ramené à baisser la garde contre les revers de la vie. Certes qu’il voulait m’épauler un peu en m’évitant de possible retard dans les études, mais cela a affecté ma raideur psychologique.

Arrivé en terminale, avant d’affronter le baccalauréat, mon chéri de papa avait déjà joué le jeu. Cette fois, le pactole était d’être admis et être classé parmi les cinq premiers de la république avec une mention très bien. Chose qui est synonyme de bourse d’études à l’étranger. Le coup avait bien fonctionné. Je fus boursier de l’Etat.

Une lueur de fierté me traversait l’égo, tandis qu’un point noir tachetait ma conscience. Mais c’est la vie, il faut faire avec. Des fois il faut laisser certaines parenthèses du parcours se volatiliser…D’ailleurs jamais personne ne prétend être propre à cent pour cent.

Cinq semaines plus tard, après les courses pour obtenir les documents de voyage, le jour du départ arriva. Le vol était programmé à vingt-deux heures piles.

Papa rentre très tôt du travail à quinze heures. A trois à la maison, nous avons préparé tous les bagages. Vers les dix et huit heures, je me lave, puis je mange et enfin je prends une pause d’une heure environ. A vingt heures, mes bienaimés de parents décidèrent tous les deux de m’accompagner à l’aéroport.

En partant, comme c’est papa qui devait conduire, maman quant à elle choisit de rester avec moi sur le siège de derrière. Elle n’arrêtait pas de m’embrasser partout sur la tête et sur les mains. En cours de route, elle m’a dit plus d’une centaine de fois : « prends soins de toi, ne choisis jamais de mauvais compagnons, tâche de toujours réussir ce pourquoi tu pars aujourd’hui à l’étranger… »