Dolls - la destinée - Illya C.Colin - E-Book

Dolls - la destinée E-Book

Illya C.Colin

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Beschreibung

" Sorcières , vampires, loup garous.... loin d'être des inventions issues de l'imaginaire d'auteurs plus fantasques les uns que les autres... ont toujours vécu parmi nous , sans que le commun des mortels ne puisse le soupçonner ". C 'est ce que déclare le professeur Stadinsk, lors de la réunion de la confrérie pour laquelle il recrute cette année. C 'est ainsi que Tracy Taylor, Connie Flanagan, et Ian Hartmann, tous trois en première année d'une petite faculté , apprennent que toutes les créatures, qui ont peuplées leur imaginaire durant leur enfance , existent réellement et qu'une société secrète, la confrérie d' Elon est chargée de surveiller ces mêmes créatures afin qu'elles ne représentent pas de menace pour l'homme. Ils découvrent également que les membres de cette fraternité sont dotés des pouvoirs incroyables qu'ils utilisent par l'intermédiaire des poupées pour mener à bien leur mission . Illya C.Colin, de son vrai nom Murielle Farescour Durand, née le 18 mars 1974, est un auteur français . Elle signe ici son premier roman, Dolls la destinée le premier tome d une saga fantastique .

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Seitenzahl: 341

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Ähnliche


Table des matières

Prologue

Ian

Le pro et l’assistante

La confrérie

Clair de lune

L’antre de l’ailleurs

La Manlacore

La poupée dansante

L’énigme

Ma mère

La deuxième épreuve

Midori

L’ultime épreuve

Sir Allan Cole

Le Grimoire

Game over

Epilogue

PROLOGUE

-Alabama- Faculté de droit de Stanton : 8 septembre 2009 : 14 heures.

« Déjà 14 heures! » : Melissa regardait sa montre qui affichait une heure un peu trop tardive à son goût. Mon Dieu ! Elle ne risquait pas d'en finir avec la pile de vêtements qu'elle avait laissé s'accumuler tout l'été. À ce stade, elle ne serait pas prête pour la rentrée. Or il n'était pas question, qu'elle ne le soit. Pour cette nouvelle année de faculté, sa deuxième, elle devait être sur son 31, après tout elle avait une réputation à tenir. Car Melissa Gordon était l'une des plus belles, si ce n'était la plus belle fille de la faculté de droit de Stanton, celle avec qui tous les garçons rêvaient de sortir, celle aussi que toutes les filles du campus détestaient. Grande, mince, blonde, toujours à la pointe de la mode, elle avait réussi l'exploit (si l'on peut le dire ainsi) de fréquenter la moitié des garçons de la faculté. Et, comme si elle les collectionnait, elle ne parvenait jamais à rester plus d’une semaine avec l’un d’eux. Son immense popularité auprès du sexe opposé, lui permettait de passer d’une relation à une autre, sans le moindre complexe : aucun garçon ne lui résistait jamais. C’était pour cette raison qu’elle se devait d’être au top, pour la rentrée programmée dans deux petits jours. Bien entendu, elle aurait pu durant l'été, s'acquitter de sa tâche et repasser le paquet de vêtements en souffrance dans le dressing, mais elle n'en avait pas vraiment eu le temps, trop occupée avec ses amours d'été (un par semaine). À cette pensée, elle ébaucha un sourire carnassier, et c'est avec un enthousiasme attisé par l'espoir de nouvelles conquêtes qu'elle sortit du placard encombré, sa petite table à repasser, son fer à vapeur et une bouteille d'eau parfumée de son eau de toilette préférée ; cela valait mieux, car les deux mois d'enfermement dans le meuble devaient avoir eu raison de la fraîcheur des vêtements. Puis elle prit une première pile de linges en boule qu’elle lâcha au pied de la table à repasser soigneusement ouverte dans la petite pièce qui lui servait de chambre. Pour plus de courage, elle ouvrit le tiroir de sa commode pour en sortir son lecteur MP3, qu’elle brancha, et sur le dernier son d’un groupe connu, elle se déhancha pour commencer son repassage. Rythme entraînant tant et tant que, lorsqu'elle eut besoin d'eau pour le fer à repasser, elle prit instinctivement le gobelet en plastique qu'une main lui tendait. Et ce n’est qu’en versant l’eau dans le réservoir du fer, qu’elle réalisa qu’elle n’était pas seule. Elle se retourna brusquement cherchant du regard, qui venait de lui tendre le récipient et par là même s'était introduit dans sa chambre. Et c’est là qu’elle la vit : une main. Une main, juste une main. Une main sans corps. Une main, comme si elle était coupée, mais vivante et qui flottait dans la pièce comme animée par un corps invisible. Une main, enveloppée dans un gant de velours noir et qui se tenait là, juste devant elle.

Melissa voulut hurler, mais la main ne lui en laissa pas le temps, elle la saisit au cou, la souleva et la projeta avec une violence effroyable contre le mur de la petite chambre. La jeune fille mourut sur le coup.

- CHAPITRE 1 -

IAN

Rasoir… je vous dis… et encore, j'étais poli. Cela faisait deux heures que le professeur nous bassinait avec son texte. Deux heures d’ennuis et de bâillements de la quasi- totalité des étudiants réunis dans l’Amphi. C'est vrai qu'il était tôt, dix heures du matin : c'était trop tôt. Trop tôt pour étudier. Trop tôt pour penser. On n’avait pas idée de programmer des cours aussi tôt le matin.

Je devais compter parmi ceux qui avaient le plus baillé depuis le début du cours. Il est vrai aussi que je m’étais couché tardivement la veille, occupé à battre le boss de « Ultimate Dream », le jeu vidéo que je venais d’acquérir deux jours plus tôt. Je suis un véritable addict aux jeux vidéo, aussi pas question de différer un achat pour cause de rentrée universitaire et ce malgré les critiques de Tracy qui ne supporte pas ou plus ma cyber passion.

Mon nom est Ian Hartmann, j'ai 19 ans et je suis étudiant en droit. Tracy,… c'est ma meilleure amie, elle s'appelle Tracy Taylor. Nous nous sommes connus au collège, il y a huit ans. À l'époque je ne l'appréciais pas particulièrement : c'était une fille et moi un garçon de 11 ans qui comme tous les garçons de mon âge préférait de loin fréquenter mes semblables. Du coup, je passais mon temps libre à jouer aux jeux sur PC avec mon voisin et ami du moment : Peter le gros C,… Je ne l'appelle pas le gros parce qu'il était obèse ( bien qu'au fond il l'était un peu), mais parce qu'il était le plus gros crétin (pour ne pas dire autre chose) que la terre ait portée. Je vous raconterai plus tard, comment il ruina une longue amitié pour une broutille. Pour en revenir à Tracy, il n'était pas question, à l’époque, que je permette à une fille si gentille, qu’elle soit, de pourrir nos plans de jeux avec ses jérémiades.

Ce n'est que lorsque je fus admis en 4e, réalisant que mon niveau scolaire laissait à désirer, alors que celui de Tracy était infiniment plus brillant, que je me décidai à entamer une relation particulière avec cette jeune surdouée. Je m'asseyais à côté d'elle pour copier durant les interrogations écrites, ce qui évidemment n'échappa pas à notre professeur principal qui nous sépara, sans omettre de me gratifier de quelques heures de colle. C’est alors que Tracy dont la principale qualité était une forme exacerbée d’altruisme, à moins qu’elle ne cherchât simplement à s’assurer la fréquentation d’un membre du sexe opposé, me proposa de me donner des cours à domicile, pendant les week-ends.

C’est durant ces cours particuliers, que je pris conscience des innombrables qualités de ma nouvelle amie. J’avais pris la liberté de percer un petit trou dans le plancher de ma chambre, qui se trouvait au-dessus des toilettes destinées aux invités, et j’y regardais Tracy, découvrant à ses dépens la formidable constitution des jeunes filles de mon âge. Je dus l'observer ainsi pendant des années, jusqu'à ce que cet idiot de Peter mette fin à mon petit manège de manière fort désagréable. Un après-midi, alors que nous jouions tous deux à faire courir Lara Croft, nue, dans une version bidouillée sur le web, Peter dont la mère venait régulièrement à la maison pour papoter des heures durant avec la mienne et surtout médire sur tout le voisinage… (Ferventes pratiquantes, assistant à la messe tous les dimanches, elles brassaient tous les potins de la ville dans l'espoir de dénicher le scandale à ébruiter : « Madame Rampuy a un amant », « la voisine d'à côté va se remarier pour la sixième fois », « le voisin d'en face bat ses gosses ». Ce n'était pas toujours vrai, mais elles s'en fichaient pas mal, tant qu'elles pouvaient critiquer sans vergogne tous ceux qui avaient le malheur de ne pas correspondre à leurs critères de bienséance). Mais revenons-en à Peter (puisque c'est lui qui nous concerne), il me jura que sous ses oripeaux, sa mère était aussi bien faite que mon héroïne préférée voire plus jolie que Pamela Anderson dans alerte à Malibu. Je voulus donc le contredire, aussi lui montrai-je le trou que j'avais confectionné afin qu'il puisse vérifier que sa mère n'était pas le Top Model qu'il imaginait. Bien mal m'en prit, car découvrant par le petit trou, l'odieux spectacle de sa mère nue dans le cabinet de toilette, Peter partit s'en plaindre à l'intéressée qui bien évidemment ne se priva pas d'en informer mes parents. Cela me valut une bonne punition et ruina à tout jamais l’amitié que je partageais avec Peter. Et bien sûr mon père reboucha le trou.

Ce ne fut que plus tard, au lycée que je découvris de nouveaux talents à Tracy, comme celui d’entremetteuse. Elle me présentait ses copines que, profitant de mon statut de meilleur ami, je m’empressais de séduire me constituant ainsi un impressionnant tableau de chasse. C’est aussi durant cette période que je rencontrai Jimmy, un garçon sympathique qui devint mon pote de jeux vidéo et de plans foireux : je faisais avec lui tout ce que je ne pouvais pas faire avec Tracy : jeux – visionnage de pornos - beuveries en boite de nuit - et j'en passe…

L'an dernier, notre groupe s'est agrandi en la personne de Connie Flanagan, une jolie rouquine aux cheveux aussi courts que Tracy les a longs. Un tantinet garçon manqué, mais Ô combien sexy, elle portait souvent, des jeans taille basse ou des pantalons en cuir serrés sur deux magnifiques jambes de mannequin (elle devait bien mesurer 1m80 comme moi). Elle aimait porter de grandes bottes montant parfois jusqu’aux cuisses : un délice. Et sa poitrine, qu'elle cachait à peine sous des tee-shirts moulants, attirait toujours mon attention. Son visage était passablement joli ; menton en triangle, lèvres rosées et deux grands yeux verts qui lui donnaient un air de petit chaton. Autant dire que, lorsque Tracy me l'avait présentée j'avais tout de suite pensé qu'elle finirait dans mon lit. Enfin, je dis mon lit, mais, en fait, je suis encore vierge, malgré mes 19 ans (honte ultime pour un garçon). Pourtant, j'en ai eu des copines (celles que me présentait Tracy), mais jamais l'occasion d'aller au-delà des préliminaires avec elles ; à croire que je ne leur plaisais pas suffisamment pour franchir le pas. Tracy mettait cela sur le compte de mon immaturité, selon elle, les filles ne voulaient pas s’engager avec moi du fait de mon incapacité à me conduire de manière responsable. Oh ! Elle pouvait bien parler Tracy, car elle, non plus, n'avait jamais eu de relations sexuelles, c'était tout juste si elle avait déjà eu un petit ami. Cependant, à ma différence, cela, elle l'avait choisi… enfin, c'est ce qu'elle disait et comme elle aimait à le répéter : « Vierge pour le mariage », ce auquel je répondais : « Vieille fille à vie ».

Et n'allez pas penser, que je suis d'un physique ingrat, bien au contraire, je suis plutôt beau garçon grand, brun, les yeux bleus, sportif à mes heures : l’archétype du beau gosse… une copie conforme du héros de Kyle X-Y, le nombril en plus. En tout cas, suffisamment mignon, pour plaire à n’importe quelle fille. Mais je dus renoncer à mes projets « amoureux » concernant Connie parce que Jimmy flashait sur elle et aussi parce que Tracy l'adorait tant que je ne voulais pas prendre le risque de compromettre cette amitié naissante. J'avais pris la sale habitude de dynamiter mes relations amoureuses, dès que la notion de sentiments intervenait ; Tracy perdait alors ses amies, en même temps que je les quittais. Et puis avec le temps, je dus admettre que malgré son tempérament volontaire, Connie ressemblait beaucoup à Tracy (du genre babillarde, et tout et tout). Or je considérais Tracy comme une sœur, du coup, il m'était impossible de nouer des liens amoureux avec une fille qui me rappelait ma sœur. Et, pourtant, je suis certain que Connie en mourrait d'envie, il n'y avait qu'à voir les regards qu'elle me lançait, lorsque nous étions seuls, tous les deux, au grand dam de Jimmy qui attendait patiemment qu'elle le remarque. Pauvre Jimmy ! Il était pourtant beau mec, mais d'une demi-tête de moins que Connie. Châtain foncé, les yeux verts, un corps musclé qu'il devait à la pratique du football américain, il assurait avec les filles… les plus petites. Tracy l'avait trouvé à son goût lorsque je les avais présentés, l'un à l'autre, peut-être parce qu’il ressemblait un peu à James Blunt, un chanteur qu’elle affectionne particulièrement. Mais par la suite le comportement infantile de Jimmy et surtout son goût immodéré pour les jeux vidéo avaient fini par lasser l’intellectuelle Tracy (pour elle rien ne primait plus que les études). Autant dire que s’il n’avait pas réussi à emballer Tracy, ses chances de concrétiser avec Connie étaient quasi- nulles. Car en plus d’être canon, Connie était aussi un cerveau. Sans doute la plus intelligente de nous quatre, elle avait décroché son examen d’entrée en fac avec une mention d’excellence. Elle aurait pu postuler pour l’entrée dans une université prestigieuse comme Yale ou Harvard, mais elle avait refusé d’être séparée de Tracy, qui elle avait refusé d’être séparée de moi. C'est ainsi que tous les quatre, nous étions retrouvés dans cette faculté de Stanton, La seule qui ait acceptée mon dossier.

Je regardais Tracy et Connie, qui assises au premier rang semblaient absorbées par le cours. Moi, j’étais au fond de la salle, conséquence collatérale d’un réveil tardif qui m’avait amené à rater les quinze premières minutes du cours de droit de finance. Je n'avais d'ailleurs pas dû rater grand-chose puisque depuis quatre jours que nous étions rentrés à la faculté, les cours se suivaient et se déroulaient de la même façon : entrée des étudiants dans la salle : 2 minutes- présentation des professeurs (rentrée oblige) : 3 minutes- puis cours : des heures et des heures de blabla intensif. Je luttais férocement contre l’endormissement, réprimant bâillement sur bâillement. De l'autre côté de la salle, un garçon blond me fixait depuis le début du cours. Je l'avais déjà surpris deux jours avant, me regardant de la même façon durant le cours de droit civil : encore un de ces « peigne-culs » d'intellectuel qui ne trouvait pas normal que l'on puisse être fatigué. Je n’étais pourtant pas le seul à somnoler dans la salle, d’autres étudiants avaient comme moi cédé aux sirènes du sommeil, à moins que le professeur et ses amis : Marx et consorts ne soient responsables de l'assoupissement général qui nous gagnait tous.

Je dus bailler très bruyamment, car Tracy se tourna vers moi, suivie de Connie, et je mis du temps à comprendre que tous les élèves en avaient fait autant (y compris le blondinet à la tête de l’ennemi de Harry Potter : référence à mes lectures enfantines). De toute évidence le professeur m’adressait la parole :

-Et bien, Monsieur, vous aurez pu renouveler tout l'oxygène de votre organisme à bailler comme vous l'avez fait depuis le début de mon cours. Oh ! Je vous rassure, vous n’étiez pas le seul.

À cet instant la sonnerie retentit.

-Le temps semble vouloir vous accorder un peu de répit. Je vous libère.

Les élèves se levèrent comme un seul homme, apparemment pressés de sortir de la salle. Je soufflai, moyennement content de m’être fait remarquer quatre jours après la rentrée. Je me levai pour ramasser mon carnet de notes : vide - mon crayon : pas utilisé - ma gomme : encore emballée- je mis tout cela dans ma pochette sur laquelle j’avais agrafé mon emploi du temps : afin de me rappeler de mes horaires- un coup d'œil : et je vis que j’avais cours de droit administratif : salle 2 : ce n’était pas loin.

-Putain, on n'a pas idée de bailler si fort. La discrétion, tu connais.

C'était Tracy qui s'était empressée de me rejoindre et rien qu'à son expression, je compris qu'elle était en colère. Connie était déjà partie : elle ne suivait pas tout à fait le même cursus que nous (en fait, je dois plutôt avouer que mon cursus à moi était un copier-coller de celui de Tracy : histoire d'être aidé si besoin).

-Tu veux me fiche la honte ou quoi ? Continua-t-elle irritée.

-Tu n'es pas obligée de t'afficher avec moi. Lui lançai-je vexé qu'elle m'invective devant les autres élèves.

Elle plissa les yeux avant d’ajouter :

-En plus, tu te paies le luxe d'être mal luné, tu n'avais qu'à te coucher plus tôt, bordel !

-Je ne pouvais pas, je devais sauver kandaran de la tyrannie de Zoltan (le méchant de mon jeu vidéo).

Tracy haussa les épaules :

-Pff ! De toute façon tu ne sais faire que ça, jouer aux jeux vidéo. Avant d’ajouter acerbe : je te préviens Ian, je ne t’aiderai pas cette année comme je l’ai fait l’année dernière.

Elle devait faire allusion au fait que, l'an dernier, elle m'avait aidé pendant un mois, à rattraper le niveau que mes activités nocturnes avaient contribué à faire baisser. Je relevai la tête pour observer attentivement mon amie. En fait, je me livrais tous les jours à cet examen pour m'assurer que Tracy était toujours pareille (une sorte de rituel entre nous) : AFFIRMATIF ! Elle était comme de coutume, vêtue de son jean bleu, couleur usée, de sa chemise fripée, ses cheveux longs qu'elle laissait flotter autour de ses épaules, lavés du matin et séchés en deux temps car tout électrisés et sa peau très blanche, et non maquillée pas même du gloss sur ses lèvres charnues. Elle aurait pu être canon avec son regard bleu translucide, ses joues rosies par une légère couperose et son visage en cœur, mais madame ne prenait pas soin d’elle, au contraire des magnifiques beautés qui déambulaient à présent dans les couloirs de la faculté et qui déployaient leur charme sous mes yeux fascinés. Teint bronzé par de longues journées à se dorer sur les plages de la côte ouest, cheveux soyeux ondulant au rythme de leurs mouvements, regards brûlants de filles qui savent ce qu’elles veulent : blondes - brunes –afro-americaines, asiatiques : elles étaient toutes sublimes, la plupart juchées sur des plates-formes de 10-15 centimètres qui leur donnaient une démarche chaloupée digne de celle des actrices sur la montée des marches de Cannes. Aucune comparaison n’était possible avec Tracy qui malgré son mètre soixante-douze s’évertuait à porter des chaussures plates types converses.

Je continuais à admirer les beautés de la fac rêvant que bientôt l'une d'elles, de préférence deuxième, troisième voire quatrième année, accepte de passer du temps avec moi. Je ne voulais pas de première année, car la plupart venant de mon ancien lycée, j'étais probablement, déjà sorti avec elles (les plus mignonnes, en tout cas). Et puis, je rêvais plutôt de filles plus qu’expérimentées.

-Hé ! C’est par ici le cours.

Comme un disque que l’on raye, Tracy me rappelait à la réalité. J’entrai donc dans la salle (qu’elle m’indiquait du doigt) où étaient amassés d’autres élèves, plus rapides que nous, dont le blondinet de service, déjà assis. Lorsqu'il me vit, il me lança un regard noir du genre « si mes yeux étaient des mitraillettes, tu serais mort ». Décidément ma tête ne lui revenait pas et bien j’en avais une bonne pour lui, la sienne ne me convenait pas non plus. Je m’assis à une place, à la première rangée, sur ordre de mademoiselle Taylor. Le temps de m’installer, mon vibreur m’annonça un appel entrant, un SMS qui me disait : « derrière-toi, dernière rangée à droite ». Je me retournai, pour voir Jimmy. C’est vrai qu’il suivait ce cours avec nous. Il gesticulait pour me dire de lire la suite de son message, ce que je m'empressai de faire tout en prenant soin de vérifier que le professeur de droit, un petit chauve, ne me voyait pas. Certains professeurs ne supportaient pas que l'on utilise nos appareils en classe. C'était, d'ailleurs, interdit dans le règlement du campus, mais la plupart des élèves s'en moquaient éperdument, utilisant même leur ordinateur portable pour visionner films et vidéos clips en cours.

J'obtempérai, à la demande de Jimmy, et eus alors le plaisir de découvrir une vidéo postée sur le net. Une étudiante de la fac s’y mettait en scène dans des positions plutôt équivoques. À croire qu’elle n’avait pas été informée de la série de meurtres qui sévissaient sur le campus. Deux filles, plutôt jolies comme celle-ci avaient été assassinées dans leur chambre. Le dernier meurtre datait d’il y a deux jours, mais le corps n’avait été découvert qu’hier dans la soirée. D'après certains étudiants présents sur les lieux, lors de l'arrivée de la police, tous les murs de la chambre étaient maculés de sang, la victime avait dû lutter contre son agresseur, qui lui avait asséné une centaine de coups de couteau : un vrai massacre. Les policiers avaient, d'ailleurs, qualifié ce déchaînement de violence, d'acte de barbarie et s'étaient étonnés que personne n'ait rien entendu alentour, au vu de l'état de désordre qui régnait dans la chambre. Deux meurtres au mode opératoire quasi-semblable : aucune des victimes n'avait subi de violences sexuelles et elles avaient été tuées, toutes les deux, avec une extrême violence, portes verrouillées de l'intérieur. Cependant, pour la police, il était trop tôt pour établir un quelconque lien entre les deux crimes, même si les deux victimes avaient en commun leur physique avantageux et un palmarès impressionnant. Elles avaient dû à elles deux fréquenter au moins la moitié des garçons du campus, si bien que la piste des anciennes relations semblait la plus crédible.

J’éteignis mon portable, sous le regard glacé du professeur de droit, qui d’un haussement de sourcils semblait me dire : « ça y est, je peux reprendre mon cours ». Je rangeai mon appareil dans ma poche, jetant à l'occasion un regard vers Tracy : réponse - regard noir- je lui répondis par un « désolé », qu’elle rejeta d’un haussement d’épaules. Le cours se déroula sans anicroche. Bien sûr, je m'endormis comme d'habitude, m'affalant même sur la table : j'étais vraiment trop fatigué, il allait falloir que je me couche plus tôt dorénavant, si je voulais réussir ma première année universitaire. C’était d’autant important que c’était la seule façon de réaliser mon rêve : devenir avocat. D'aussi loin, que je me souvenais, j'avais toujours voulu devenir avocat. Adolescent, déjà, je me plaisais à écouter les plaidoiries et les dénouements rocambolesques qui en découlaient dans les séries télévisées du samedi soir, et bien que la réalité n'ait eu à voir avec la fiction, j'éprouvais une certaine fascination à regarder ces êtres justes défendre la veuve et l'orphelin. Puis il y eut la crise, alors je décidai que c'était financièrement que je défendrais les innocents… et aussi mon porte-monnaie.

Tracy, elle, ne savait pas trop ce qu’elle voulait faire dans la vie. Elle avait, d'ailleurs, changé plusieurs fois d'orientation. Au départ, elle souhaitait devenir danseuse, ses parents avaient alors investi dans une tenue complète de petit rat et se rêvaient déjà, assistant à la consécration de leur étoile de fille. Malheureusement, le rêve n'avait duré qu'une demi-journée, puisque lors du premier cours l'ange s'était cassé l'orteil et hurlait à qui pouvait l'entendre qu'elle détestait ce sport. Puis elle avait voulu devenir chanteuse d’opéra. Sa mère qui avait été musicienne, violoncelliste au Metropolitan Opera de New York (elle ne l’est plus maintenant), l'y avait grandement encouragé. Elle s’imaginait déjà répondant à ses voisines à la question : « Que fait votre fille ?», « Elle est artiste lyrique et se produit actuellement sur les plus grandes scènes internationales : New York, Sydney, Paris, aux côtés d'artistes prestigieux : Roberto Alagna, Rolando Villazon … voyez-vous… », mais lorsque Tracy avait assisté à son premier spectacle du genre, elle avait pris conscience que son gabarit allait évoluer vers des standards de beauté qui n'étaient pas les siens. De plus, sa voix s'approchant plus de La Crécelle que de La Callas, elle fut refusée lors de son audition, à la grande déception de « maman Taylor ». Toutefois la passion du classique lui resta au point d’avoir pour sonnerie de téléphone l’une des œuvres de la tétralogie de Wagner. Puis Tracy voulut devenir médecin, mais la demoiselle craignait le sang, la simple vue du précieux rouge pouvait l'envoyer à l'infirmerie du lycée pendant des heures. Elle dut donc renoncer à son projet. Au finale, Tracy dut se résoudre à entamer des études de droit.

Quant à Connie, qui avait la taille d'un Top Model, elle ne s'intéressait absolument pas à ce type de métier. Tout le monde rêve d'une occasion de devenir célèbre, tout le monde, sauf Connie, dont l'unique souhait était de travailler pour une ONG ou autres associations à caractère social, d'où les études de droit.

Jimmy. Jimmy Crowley, c’était un geek. Et comme tous les geeks, il souhaitait vivre de sa passion de geek. Mais il jugeait aussi, car il était ingénieux, que suivre des études de droit, lui permettrait de protéger au mieux, la plupart des projets de génie qu’il avait en tête. Sacré Jimmy, en repensant à lui, je me souvins de son message, et aussi que cela faisait des heures que nous suivions ce cours guère plus intéressant que les autres. Vint alors la délivrance, la sonnerie stridente et salvatrice. Je me levai heureux que les cours soient enfin terminés. L'après-midi, nous avions sport : activité optionnelle.

-Ben, dis donc, à quelle heure t'es- tu couché hier soir ?

C’était Jimmy qui m’avait rejoint.

-Tard, très tard, lui répondis-je. J’ai tué Zoltan, avec un « overdrive » carabiné.

-Tu as déjà fini le jeu ?

-Ben, ouais.

Je répondais avec une joie non dissimulée, fier comme un paon en roue d’avoir réussi ce que je considérais comme un exploit.

-Ouais, mais ce n'est pas ce qui va te permettre de réussir tes examens trimestriels.

Tracy la rabat-joie intervenait comme d’habitude pour me miner le moral.

-Des fois que vous n'auriez pas remarqué tous les deux, ajouta-t-elle placide. Le cursus « gameur » n'est pas encore d'actualité.

Et Vlan ! dans la tronche. Et c’est là-dessus qu’elle quitta la salle sans nous, en prenant soin de lancer une œillade vers Monsieur blondeur, qui lui était trop occupé à me dévisager pour la remarquer. Il ne manquerait plus que Tracy s’intéresse à ce type, que sans le connaître, je ne pouvais supporter. Les goûts de Tracy en matière de garçons avaient toujours été plus ou moins discutables. Et Jimmy de rajouter :

-Qu'est-ce qu'elle a Tracy ? Elle a ses règles ou quoi ?

Et bien je n'en savais pas plus que lui sur ce qu'il arrivait à ma meilleure amie, que je regardais partir au loin dans les couloirs bondés de la fac de droit.

************

18 000 dollars à l’année pour suivre ses études dans cette faculté « pourrie ». C’était trop cher payé, car selon lui cette université située à l’autre bout du monde était véritablement minable. Pour lui qui était habitué à évoluer dans les quartiers riches de San Francisco, venir suivre ses études supérieures dans ce trou perdu, loin des grandes agglomérations, était tout simplement un supplice. Et dire qu'il aurait pu entrer à Harvard, Yale ou Sandford, il en avait l'intelligence, il en avait le niveau puisque reçu à ses examens avec mentions et surtout il en avait les moyens. Son père était Sénateur de l'État de Californie, il n’aurait donc eu aucune difficulté à lui permettre d’entrer dans une de ces facultés prestigieuses. Pourtant, c'était son père qui avait exigé qu’il suive ses études supérieures dans ce bled infâme. C’était son père qui au lendemain de la remise de diplôme de fin d’études, l’avait convoqué dans son bureau pour lui faire part de son projet. Il s’en souvient encore. Il lui avait tout d'abord expliqué que contrairement à ce qu'il avait toujours laissé entendre (sous-entendu à sa famille), il n'avait pas fait ses études dans une des grandes écoles que convoitait son fils, mais dans une petite université d'Alabama. Il avait ajouté que son père, son grand-père et son arrière-grand-père avaient, eux aussi, suivi leurs études dans cette école vieille de quelques siècles. Et bien sûr Henry Stafford gardait de cet établissement un souvenir précieux, et bien sûr il serait très heureux que son fils honore la tradition familiale, en y effectuant ses études. Il avait alors tenté de dissuader son père de poursuivre ce projet, arguant que seule l’entrée dans une école de renom pouvait lui garantir l’avenir dont il rêvait : il souhaitait devenir avocat, puis si tout se passait selon ses désirs, entrer en politique comme son sénateur de père. Mais Monsieur Stafford avait répondu que lui-même ayant suivi ses études dans cette faculté, cela ne l'avait pas empêché de devenir sénateur. À court d'arguments, il avait voulu savoir, pourquoi son frère aîné n'avait pas été, lui aussi, contraint d'étudier dans cette école (son frère aîné étudiait le droit à Harvard), son père était alors entré dans une colère noire et avait clos le sujet d'un : « tu iras dans cette école que tu le veuilles ou non ! »

À présent, plus il y pensait, plus il se demandait ce qu’il avait pris à son père de l'envoyer là. Il doutait qu'une tradition ait pu avoir une quelconque influence sur la décision de Henry Stafford. Et ce n'était certainement pas la qualité de l'enseignement dispensé dans cet établissement qui avait motivé le choix de son père. En effet, cette école d'environ 4 000 étudiants, semblait être une terre d'asile pour les élèves les plus idiots du pays, une sorte de faculté pour « ignares » dans laquelle on aurait réuni les élèves les plus stupides de toute l'Amérique. Il en avait un parfait exemple avec cet imbécile qui ne cessait de dormir en cours. Cela faisait quatre jours qu'il le voyait inlassablement finir ses nuits sur les bancs de la fac, et ce matin après avoir monopolisé l'attention de tout l'amphithéâtre, à force de bâillements, il avait récidivé en dérangeant le professeur de droit, pour lire ses messages sur son smartphone. Vraiment, ce garçon représentait ce qu'il détestait le plus et les deux filles qui l'accompagnaient ne semblaient guère plus évoluées. Il soufflait, d’exaspération, rien que d’y penser.

Heureusement, son père lui avait évité l'humiliation d'être en contact permanent avec de tels gens puisqu'il avait exigé que sa progéniture soit logée dans le bâtiment réservé aux professeurs et au personnel de la faculté. C'est ainsi qu'il avait pris ses quartiers dans un appartement de 30 m2 au lieu d'une minable « chambrette » d'étudiant. Il disposait d'une pièce principale avec mezzanine, d'une salle de bain (là où les autres étudiants ne disposaient que d'une salle d'eau, quand ce n'était pas la salle commune selon leur moyen financier) et d'une petite cuisine, qui lui permettait d'éviter la compagnie des autres à la cafétéria.

Lors de son arrivée, une semaine plus tôt, une grosse femme du type hispanique (sans doute, la gardienne) lui avait remis les clés de son « logis, » en lui manifestant une telle émotion qu'il en avait déduit qu'elle n'était pas habituée à être en contact avec des gens de « sa » qualité. Elle lui avait parlé du fonctionnement de l’établissement, lui donnant du Monsieur à chaque phrase : « Monsieur Stafford sera content de l'appartement qui vient d'être refait à neuf », « Monsieur Stafford sera heureux de voir que son papa a pensé à lui faire installer un téléviseur dernier cri dans son appartement », ( en fait, il disposait d'un écran plat 140 cm qui dans la petite pièce semblait immense, d'un Home cinéma de grande marque, d'un ordinateur, dernière génération, qui trônait sur son grand bureau avec ses deux pc-portable et ses multiples téléphones : de toutes les marques… son père lui avait aussi fait installer une baignoire de balnéothérapie, histoire que le jacuzzi familial ne lui fasse pas trop défaut). Et la bavarde de continuer « Monsieur peut demander à se faire livrer ses repas dans son appartement », «Monsieur a aussi accès aux mêmes privilèges que les professeurs », (soit le ménage quotidien comme à l'hôtel). « Monsieur, Monsieur, Monsieur » qu'elle avait été barbante avec ses « Monsieur ». Monsieur lui aurait bien demandé d'avoir la sollicitude de se taire… Enfin, son babillage avait été un moindre mal comparé à l'idée de devoir suivre cinq années d’études (voire sept s’il voulait décrocher un doctorat) dans ce trou à rat.

Le jour de son arrivée, après que la gardienne lui ait présenté son logis, il était resté prostré sur le balcon à regarder le campus. Il l'avait observé dans ses moindres détails relevant au passage que son architecture datait du XIXe siècle, tout du moins une partie. En fait, l'endroit était constitué de plusieurs groupes de bâtiments dont le premier, d'origine datait de 1840 : réparti en salle de cours, bibliothèque, chambres d'étudiants. Le deuxième, le plus récent, comprenait le gymnase, la cafétéria, et une partie de salles diverses. Quant au dernier groupe, comprenant le bâtiment où il vivait et qui était réservé aux logements des professeurs, il avait dû être construit dans les années 70. Le tout ravalé, rénové, formait un ensemble cohérent et plaisant à côté d'une luxuriante forêt. Un parking avait été ajouté récemment, près de l'entrée du site ou trônait le buste du fondateur de la faculté Sir Allan Cole. Les étudiants se plaisaient à s'asseoir sur les pelouses entretenues du campus non loin de la statue admirant la dalle bleutée turquoise, ornée d'un emblème, au pied du buste. Il était étrange que personne n’ait prêté attention à la présence d’une dalle similaire dans le hall central de l’établissement, non loin des vitrines exposant coupes et fanions gagnés par les équipes de sport de la faculté. Lui, l'avait remarqué de même que la faible quantité de trophées exposés. Preuve supplémentaire de la médiocrité de l'école, qui ne possédait même pas son propre stade (elle en partageait un avec un autre établissement… de là à expliquer les mauvais résultats des différentes équipes sportives, il n’y avait qu’un pas qu’il franchirait aisément.)

Chaque fois qu'il pensait aux élèves de cette fac, il s'enfonçait davantage dans la mélancolie syndrome caractéristique de la dépression. Il finirait bien par se faire prescrire du Prozac ou autres traitements, si les choses ne s'arrangeaient pas pour lui. Il avait, d’ailleurs tenté de chasser sa morosité en s'abrutissant devant la télévision, mais ça ne lui avait pas réussi du tout. Du coup, il ne lui restait qu'à occuper son temps libre autrement et pourquoi pas en s'intéressant aux affaires de meurtres qui monopolisaient toutes les conversations depuis la rentrée. C’est vrai, après tout, qu’il avait toujours eu un goût immodéré pour les affaires sordides et cela pourrait en plus de satisfaire son insatiable curiosité, lui permettre de taire son ennui. Et puis ça pourrait aussi être un motif de contact téléphonique avec ses anciens amis (il en avait très peu, mais de très fidèles). D'une façon ou d'une autre, il fallait bien que, les événements tragiques ayant lieu dans la faculté lui profitent moralement, à lui, Joshua Stafford.

- CHAPITRE 2 -

Le prof et l’assistante

« Postprandial annoncé après un déjeuner copieux » : c'est le titre du film, que nous semblions tourner à 14 heures dans le petit gymnase. Je dis « petit », car l'enceinte était, de taille modeste, constituée d'un seul terrain polyvalent (lui-même entouré de quelques gradins) et à l'instant transformée en salle de judo avec tatamis, au beau milieu d'où devait se dérouler de nombreux matchs de basket ou de volley-ball tout au long de l'année. Je n'étais plus le seul à bailler. À présent, les filles n'en menaient plus large, tentant du mieux qu'elles le pouvaient de suivre les explications du professeur d'arts martiaux. Il faut savoir que le sport n'est pas une discipline obligatoire à la faculté et aussi que si j'avais eu à choisir une activité physique, j'aurais plutôt opté pour du base-ball ou du football bien que n’ayant ni la carrure, ni le niveau, mais au moins j'aurais pu y admirer les cheerleaders s'entraînant au rythme des évolutions des équipes sportives. Mais Connie et Tracy avaient insisté pour que nous pratiquions une activité d’auto-défense, et comme on dit chez nous : « ce que femme veut, Dieu le veut ». Et puis, je mettais leur subit engouement pour les arts martiaux sur le compte des récents événements qui avaient eu lieu à la fac.

C'est ainsi que nous nous retrouvâmes assis tous les trois sur le sol parqueté, à écouter un drôle de bonhomme nous faire l'apologie de son sport fétiche. De taille moyenne, maigre, les cheveux châtains en bataille comme s'il venait de livrer une guerre, le professeur Stadinsk portait un accoutrement aussi bizarre que l’était son allure. Il était vêtu d'un judogi blanc, ceinturé d'une étoffe à reflets arc-en-ciel des plus étranges, qui lui donnait un air de « je fume la feuille ».

Le judo est un sport de combat qui consiste à utiliser la force de l'adversaire pour le déséquilibrer : il parlait avec un plaisir non feint de ses activités, évoquant au passage la présence d'un dojo à côté du fast-food local, pour ceux qui voudraient pratiquer plus ardûment cette discipline.

Et c’est à cet instant, au milieu du flot de paroles du professeur que je la vis. Elle rangeait du matériel de sport, sans doute celui qui avait servi pour le cours précédent. Elle était tout au fond de la salle : la raison pour laquelle je ne l’avais pas encore remarquée. Dès qu’elle eut fini de ranger son filet et ses ballons, elle s’approcha du groupe formé par le professeur et nous. Elle était magnifique, avec sa silhouette fine révélée par son kimono, entouré d’une ceinture noire, qui témoignait d’un haut niveau de pratique de ce sport (mes connaissances en la matière ne dépassaient guère ce que j’avais vu lors de compétitions retransmises à la télévision). Un peu plus petite que Tracy, elle avait les cheveux noirs corbeau relevés en un chignon tenu par une de ces barrettes que l'on voit dans la chevelure des jeunes filles sur les estampes japonaises. Le haut de son vêtement légèrement entrouvert laissait paraître une peau laiteuse. J'avais entendu dire qu'au Japon certaines femmes entretenaient leur teint avec de la poudre de riz, et bien, je devais avouer que cela leur allait à ravir, j'étais sous le charme.

Tracy qui adorait tout ce qui avait trait à l'occulte, m'avait tiré les cartes en juillet et prédit que je rencontrerais l'âme sœur cette année. Et à présent que je regardais cette magnifique personne, je me disais que Tracy avait peut-être dit la vérité, bien qu'elle m'ait déjà annoncé la même chose l'année d’avant : sans résultat. Tracy ne perdait pas, une occasion pour mettre en exergue sa passion pour le surnaturel, passant de la cartomancie « pour les nuls », à la numérologie ou comment réduire votre existence aux chiffres qui la composent. J'en arrivais souvent à me demander comment une fille aussi intelligente pouvait croire en de telles sornettes, encore qu'en tant que néophyte, elle ne manifestait d'intérêt que pour de sobres pratiques, n'allant pas jusqu'à faire tourner des tables ou discutailler avec des esprits, comme le faisaient certains zinzins dans «Surnatural Legend », une émission de télévision diffusée tous les mardis soirs.

-Tu as fini le rangement?

Le professeur de judo s'était tourné vers la belle asiatique qui nous avait rejoints. Puis il se retourna vers nous, posant sa main sur l'épaule de la jeune fille.

-Permettez-moi de vous présenter mon assistante : Mademoiselle Sato. Elle est élève de la faculté comme vous, mais en troisième année, et c'est elle qui vous aidera à réaliser les différentes figures imposées par ce sport. Cela vaut mieux, car voyez-vous, je suis d'une force phénoménale et je risquerais si je devais lutter contre l'un d'entre vous, de vous briser en deux, voire en plus.

Je me perdais tellement dans la contemplation de la jeune fille (enfin je dis jeune fille, mais elle devait bien avoir, au vu de son niveau d'études, deux ou trois ans de plus que nous) que je ne prêtais même plus attention aux propos du professeur. Je dois avouer que mademoiselle Sato était la plus jolie fille que je n'aie jamais vue (en dehors de celles posant nues pour les magazines sexy bien sûr), aussi lorsque Monsieur Stadinsk, demanda un volontaire pour une petite démonstration, je n'hésitai pas à me présenter, sous le regard étonné de Connie et Tracy (je n'avais jamais été de nature volontaire jusqu'à cet après-midi : 14 H 15). La démonstration devait porter sur ce que les arts martiaux pouvaient nous apporter, mais il n'y avait pas besoin d'en dire plus, je voyais fort bien ce que cette activité pouvait offrir, il suffisait d'observer le petit bout de femme debout aux côtés du professeur pour comprendre que cette discipline était source d'épanouissement, dans tous les sens du terme.

Je m'avançai vers le duo, formé du professeur et de son assistante, persuadé du bien-fondé de ma décision, car je voyais dans cette démonstration la possibilité d'un rapprochement entre cette jeune personne et moi. Au mieux, je la retournerais d’un mouvement et elle finirait sur le sol, auquel cas je l’aiderais à se relever, elle rougirait, bien sûr, elle en avait le tempérament. Au pire, elle aurait l'avantage, après tout elle pratiquait ce sport depuis fort longtemps puisque pourvue à un poste d'assistante, et alors dans ce cas, elle me pousserait sur le sol, et moi dans un ultime mouvement d'auto-défense contrôlé, je l'entraînerais avec moi et alors toujours elle rougirait. D’une manière ou d’une autre, nous nous retrouverions allongés sur le tapis posé au milieu de la salle, sous le regard d’élèves conquis par notre prestation. J’en étais là de mes supputations, lorsque je la vis se déplacer et quitter le tatami pour venir s’asseoir… au milieu des élèves.

-Un deuxième volontaire ?