Envers et contre toi - Sabine Palussière - E-Book

Envers et contre toi E-Book

Sabine Palussière

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Beschreibung

Sarah McCoy, jeune et ravissante pédiatre est comblée. Son fiancé Bradley Crawford annonce officiellement leur mariage lors d'une réception donnée chez leur meilleure amie, Jane Forest, célèbre écrivain. Un bonheur brisé quand cette même nuit, Bradley est sauvagement assassiné devant les yeux horrifiés de Sarah, dans une sombre ruelle. Son frère, Sam McCoy et son coéquipier, Terry Newton sont chargés de l'enquête, pas de témoin oculaire, aucun mobile apparent. Pourtant, des évènements terrifiants vont transformer l'existence de Sarah en un véritable enfer. Il parait évident qu'elle soit liée aux agissements du criminel. Ses proches sont les uns après les autres agressés ou tués dans des horribles circonstances. Son ami de toujours, Klaus Hurt, peintre marginal et énigmatique, mystérieusement disparu, est suspecté des meurtres et des multiples agressions. Traquée et terrorisée, Sarah se réfugie dans sa villa familiale au bord de la mer auprès de son amie d'enfance Gillian, où elle trouve du réconfort, et un amour inattendu dans les bras de John, un mystérieux cavalier venu de nulle part. Mais le tueur rode toujours, aspirant à la détruire sans vouloir lui prendre la vie. Au cours de l'enquête, des secrets bien gardés se dévoilent, des personnalités se révèlent et la confusion s'installe. Qui est ce meurtrier sanguinaire ? Jusqu'au jour où Sarah se trouve confrontée face à son pire ennemi et découvre la terrible vérité...

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Seitenzahl: 430

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Ähnliche


À Pauline,

à Mélissa,

à Terry,

à Sam.

Sommaire

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Epilogue

Prologue

C’est par une belle fin de soirée d’été qu’il se promenait sur la plage déserte d’une petite crique entourée de rochers. Le ciel était limpide. La lune bien ronde et lumineuse éclairait l’immensité de l’océan.

Dans le silence profond de la nuit, on entendait que le bruit des vagues venant s’échouer sur le sable.

Le jeune homme, âgé d’une vingtaine d’années, s’arrêta et admira l’horizon. Le léger souffle du vent apportait une odeur d’algue qu’il respira profondément.

Comme de coutume, il enleva ses baskets et retira son tee-shirt qu’il posa sur le sable. Vêtu de son bermuda de plage, il entrait dans l’eau à la température agréable, un moment idéal pour un bain de nuit.

Il s’avançait lentement contre les vagues, se mouillant progressivement le corps.

Se croyant seul au monde, il ne sentit pas cette présence derrière lui, comme une ombre qui le suivait de quelques pas seulement. Une silhouette vêtue d’un jean et d’un sweat à capuche dissimulant son visage. Dans sa main gantée, elle tenait un gros galet blanc.

La mer avait atteint le niveau de ses cuisses, le jeune homme s’apprêtait à plonger quand l’inconnu, derrière lui, lui donna un premier coup de pierre sur l’arrière du crâne.

Surpris, et poussant un cri de douleur, il se retourna en titubant face à son agresseur. Mais il n’eut pas le temps de riposter, un deuxième coup fut porté en plein sur le front, d’une telle violence qu’il perdit l’équilibre, moitié assommé, et tomba dans l’eau. Abasourdit, il sortit la tête des flots et ouvrit les yeux qui lui piquaient, il distingua son assaillant qui se tenait juste au-dessus de lui. Il sentit des jambes qui emprisonnaient son corps au niveau de sa taille.

En proie à la panique, il tenta de se relever, mais sentit immédiatement son emprise se resserrer, l’immobilisant, le tenant prisonnier. « Qu’est-ce que vous voulez ! », hurla-t-il en tremblant de peur. Pour toute réponse, un poing vint s’abattre violement contre sa joue. Sa tête meurtrit flottait sur l’eau, du sang coulait de sa bouche.

Il fixa quelques secondes ce ciel dénué d’étoiles, il n’était plus qu’une ombre frissonnante dans le noir océan ressemblant aux ténèbres. Cette brute tenait sa vie entre ses mains. Il prenait conscience qu’il allait mourir.

Reprenant ses esprits et frappé de terreur face à cette mort imminente, il tenta de se dégager, mais une main se posa sur son visage, le plongeant dans l’obscurité et l’immergeant dans l’abîme. Il s’efforça de se débattre, en battant des bras, mais ne parvint pas à se libérer. Une force démoniaque le maintenait fermement sous l’eau glaciale.

Au bout de quelques minutes d’acharnement, à se battre pour tenter de survivre, son corps fut pris de spasmes musculaires.

L’irruption du liquide salé dans ses poumons provoqua l’arrêt respiratoire. Il avait cessé de s’agiter, des petites bulles d’air s’échappaient de sa bouche entrouverte et de ses narines. Il passait de l’autre côté de la vie, il rendait l’âme après un dernier souffle.

Mais l’inconnu continua de maintenir sa victime dans l’océan, il ne respirait plus, mais son cœur continuait de battre. C’est une dizaine de minutes plus tard, après l’arrêt cardiaque, qu’il lâcha prise, et regarda le corps du noyer flotter près de lui.

Il attrapa son bras et le tira hors de l’eau. Sur la plage, il traina son corps sur quelques mètres derrière un énorme rocher, où y était creusé un trou très profond, de la longueur d’un homme. Il poussa le cadavre avec le pied pour le faire basculer, lourdement, dans sa tombe obscure. Il y jeta également, ses chaussures et son vêtement, puis muni d’une pelle, ensevelit le corps sous le sable humide.

1

Quinze ans plus tard,

C’était un soir d’hiver froid et humide, dans une petite ville, en Californie, que Jane Forest donnait une réception dans sa grande propriété. Elle célébrait la parution de son dernier roman entourée de ses plus proches amis.

Ecrivain très célèbre dans le monde de la littérature, elle était connue pour son caractère impulsif et très autoritaire. Elle restait néanmoins une jeune femme, d’une trentaine d’années, extrêmement ravissante avec ses longs cheveux bruns tombants sur ses reins et ses beaux yeux verts au regard insistant, assez déstabilisant.

Célibataire et indépendante, elle se vouait à l’écriture pour combler le vide dans sa vie, et se vantait de n’avoir jamais eu besoin de personne pour exister en dépit de sa solitude qu’elle ne laissait jamais percevoir par orgueil.

Elle demeurait seule dans cette grande bâtisse, où des soupirants passionnés partageaient, pour un moment, son existence solitaire. Mais ces aventures passagères étaient toujours de très courte durée.

Dans la salle de réception, des personnes de tous milieux, discutaient et riaient en petits groupes dispersés avec un verre à la main. Une ambiance joviale régnait parmi les convives.

Mais Jane paraissait absente, elle semblait attendre quelqu’un, c’est à plusieurs reprises qu’elle s’était dirigée vers la grande porte d’entrée en regardant sa montre, et faisant les cents pas, nerveusement, elle buvait par petites gorgées son verre de champagne qu’elle tenait entre ses deux mains.

Alors qu’elle se dirigeait pour la énième fois vers le hall d’entrée, un homme se tenait dans l’encadrement de la porte lui barrant le passage. Il la fixait de son regard sombre. Jane s’impatienta l’air agacé.

— Laisse-moi passer, Klaus.

Klaus Hurt était un homme d’une quarantaine d’années, mystérieux et énigmatique au comportement parfois très étrange, doté d’une allure impressionnante, toujours vêtu de couleurs sombres et d’un chapeau de feutre noir sur ses longs cheveux bruns tombants sur ses épaules.

— Tu l’étouffes, tu l’accapares. Un jour viendra, où Sarah te chassera de sa vie pour pouvoir enfin respirer, dit-il en se penchant sur Jane.

— Pousse-toi de mon chemin, ordonna-t-elle agacée.

— Regarde-toi, tu trépignes comme une gosse qui attend sa mère, insista-t-il avec dédain.

— Garde ton venin et qu’il t’empoisonne, Klaus.

Jane le poussa d’un geste brusque et sortit de la salle laissant Klaus qui la suivait du regard. Il lui cria :

— Pauvre folle !

Elle se retourna pour lui répondre, mais il avait déjà disparu. « Va au Diable, Klaus » marmonna-t-elle entre ses dents serrées.

Quand le carillon de la porte retentit, Jane se précipita vers l’entrée, un couple entra dans le hall, transis de froid.

— Enfin vous voilà, j’étais morte d’inquiétude ! avoua Jane en prenant la jeune femme dans ses bras.

Jane enlaça tendrement Sarah, oubliant presque la présence de son compagnon, Bradley, qui se tenait près d’elles. Son amie était une jeune femme ravissante, mince et pleine de grâce. De longs cheveux blonds encadraient son doux visage au teint de porcelaine. Toutes deux étaient des amies de longues dates. Une grande complicité les unissait, même si parfois, Jane se montrait un peu trop possessive et intrusive.

Alors que Jane poursuivait ses études de lettres, Sarah entrait en faculté de médecine. C’est en cherchant une chambre à louer qu’elle rencontra Jane, avec qui, elle partagea durant de nombreuses années, un appartement en colocation. Depuis, elles ne s’étaient jamais quittées. Sarah devenue pédiatre s’installait dans son propre appartement, et Jane achetait sa somptueuse propriété. Mais elles restaient néanmoins, toujours très proches l’une de l’autre.

Bradley Crawford, le petit ami de Sarah, un séduisant et talentueux avocat, partageait depuis trois ans, la vie de la jeune femme. Un couple amoureux et très heureux.

Il s’interposa entre les deux amies.

— Bonsoir, Jane. Tu sais que tu n’as plus à t’inquiéter pour Sarah, c’est avec moi qu’elle partage sa vie à présent, lança-t-il en entraînant sa compagne par la main pour rejoindre les autres invités.

Jane les suivit à distance, quelque peu vexée par la réflexion de Bradley. Sarah profita d’une conversation entre hommes pour s’éclipser et rejoindre son amie à la mine boudeuse et visiblement contrariée.

— Je suis désolée, Jane. Brad manque parfois de diplomatie, mais il ne faut pas lui en vouloir.

— Il est jaloux, je sais que je l’insupporte. Brad et Klaus me détestent.

— Ne dis pas de sottises. Klaus est ici ?

— Il doit surement être vautré quelque part. Je ne peux plus endurer ses perpétuelles remarques désobligeantes. Si ce n’était pas pour toi, je l’aurais déjà jeté dehors. Son regard me glace le sang. Sarah, je sais que parfois je peux paraitre trop envahissante mais…

— Il n’y a pas de soucis, coupa-t-elle en l’embrassant sur la joue. Tu restes mon amie pour toujours, jusqu’à ce que la mort nous sépare, tu t’en souviens ?

— Oui, une promesse que nous nous sommes faite il y a si longtemps déjà.

— Cesse de t’inquiéter et souris, nous sommes tous là pour toi, alors profite de tes invités et de cette belle soirée.

Les deux jeunes femmes trinquèrent en riant au nom de leur amitié et de la promesse qui les liait pour la vie.

Brad et Sarah déambulaient parmi les invités cherchant du regard leur ami, Klaus. C’est au fond de la salle qu’ils le trouvèrent installé dans un fauteuil fumant la pipe. Il scrutait de son regard noir et inquisiteur tous ces gens qu’ils jugeaient ennuyeux par leurs discours insipides, des êtres insignifiants n’ayant pour seule valeur, leur fierté. Révolté, il était en constante rébellion contre l’humanité.

Le couple portait effectivement une affection particulière pour ce grand peintre solitaire et taciturne. Seuls lui restaient ses deux meilleurs amis qui pouvaient encore le supporter et cela réciproquement. Sarah l’embrassa sur la joue, où se dessinait une barbe naissante. Il lui sourit en lui prenant les mains avec délicatesse.

— J’attendais de te voir pour enfin m’en aller de cet endroit sinistre.

—Te réfugier dans ton antre obscur, ajouta Brad en lui serrant la main chaleureusement.

—Tous ces gens m’accablent d’ennuis, déclara Klaus en soupirant désespérément.

— Tu ne pars pas sans entendre la bonne nouvelle, insista Brad en prenant Sarah dans ses bras. Dis-lui, ma chérie.

— Nous allons nous marier l’été prochain, dit-t-elle fièrement, les yeux pétillants de bonheur.

Derrière eux, un bruit de verre se brisant sur le sol les fit se retourner vivement. Jane se tenait debout, consternée par cette nouvelle inattendue. Dépitée, elle restait figée, les bras ballants le long de son corps tremblant légèrement.

Tout en l’ignorant, Klaus se leva et serra fermement la main de Brad.

— Félicitations, Brad. Je compte sur toi pour continuer à prendre soin de notre Sarah. Et toi, Sarah, viens ici, dit-il en l’attirant contre lui pour la serrer très fort, je te souhaite tout le bonheur que tu mérites, sois heureuse… très heureuse.

— Merci, Klaus. Je te le promets.

Sarah lui déposa un tendre baiser sur la joue. Elle se retourna sur Jane qui s’efforça de sourire en s’approchant du couple.

— Et bien… quelle incroyable nouvelle. C’est très… surprenant et… inattendu, balbutia-t-elle troublée.

— J’ai tellement hâte de devenir sa femme, je suis si heureuse, s’exalta Sarah toute émoustillée.

— Ton bonheur me comble de joie, ma chérie. Que puis-je dire….

— Félicitations, tout simplement, coupa Brad froidement.

— Bien évidement, répondit-elle en prenant Sarah dans ses bras.

Elle la serra soudain exagérément, comme pour la retenir auprès d’elle. Sarah trouva son attitude quelque peu excessive, et voulu se dégager de son emprise, mais Jane colla sa joue contre la sienne pour lui murmurer à l’oreille :

— J’espère que tu n’oublieras pas pour autant ta meilleure amie. Je ne veux pas te perdre, je ne le supporterai pas, cela me tuerai, Sarah.

Puis elle tourna les talons laissant perplexe le couple. Le front de Brad se plissa. Il se pencha sur sa fiancée et lui conseilla en chuchotant :

— Tu devrais mettre un peu de distance entre toi et cette femme, Sarah.

— Tu ne peux pas comprendre, dit-elle en baissant les yeux.

Elle savait son amie très possessive et jalouse, et parfois, elle ne parvenait pas à se maîtriser, sa peur panique de l’abandon prenait le dessus sur la raison. Ses intentions restaient malgré tout bienveillantes et protectrices à son égard même si souvent, Sarah se sentait étouffée par son attitude oppressante. Un lien particulier les liait toutes les deux, depuis des années.

Une amitié fusionnelle, où elles pouvaient compter l’une sur l’autre, comme deux véritables sœurs. Il était difficile pour un homme de trouver sa place dans ce duo très soudé.

Jane sortit sur la terrasse pour prendre un peu l’air. Elle accusait le coup de cette annonce perturbante. Elle fit quelques pas et aperçut Klaus, à quelques mètres d’elle, l’épaule appuyé contre un mur. Il la fixait d’un regard dédaigneux. Il porta sa pipe à sa bouche et souffla un nuage de fumée avec un petit sourire narquois, comme s’il se délectait de la déception qui pouvait se lire sur son visage à cet instant. Elle soutint son regard noir sans cligner des yeux, à la manière de deux adversaires prêts à s’affronter en duel. Il se redressa et enfonça son chapeau sur sa tête, puis s’en alla sans se retourner. Elle serra les mâchoires et le regarda partir, submergée par la colère. Décidément, sa présence devenait véritablement insupportable.

La soirée se poursuivit. Jane prit de nombreuses photos des convives qui s’étaient pris au jeu. Beaucoup d’invités étaient déjà partis, elle souhaita en prendre une dernière avec ses plus proches amis. Elle plaça son appareil sur un pied et régla le retardateur. Elle se précipita vers le petit groupe et s’interposa entre Sarah et Brad qui se trouvèrent alors séparés. Celui-ci s’efforça de sourire devant l’objectif, pour ne pas laisser paraitre son agacement.

Il se faisait très tard, habillés de leurs manteaux, Brad et Sarah embrassèrent chaleureusement Jane. Après un signe de la main, elle regarda le couple s’éloigner dans une rue déserte. Elle rentra et s’appuya contre la porte en soupirant profondément. Elle se retrouvait seule, dans cette maison beaucoup trop grande pour elle, face à sa solitude, tel un animal dans sa tanière. Un exil, où elle s’y condamnait elle-même.

Dehors, il faisait un froid glacial, une petite pluie fine tombait sur les pavés visqueux et un épais brouillard empêchait la visibilité à plus de cent mètres. Ils s’engouffrèrent dans une lugubre ruelle étroite qu’éclairaient faiblement les quelques lampadaires encore en états.

— Cet endroit me terrifie la nuit, je ne suis pas rassurée, avoua Sarah en grelotant.

— Tu n’as rien à craindre, je suis là pour te protéger. Avec moi, près de toi, rien ne peux t’arriver. Pense plutôt à notre grand lit douillet et bien chaud, où nous allons nous blottir tous les deux d’ici quelques minutes.

— J’ai vraiment hâte d’arriver à la maison.

Brad s’arrêta pour attirer Sarah contre lui. On pouvait lire dans ses yeux, tout l’amour, toute la tendresse et toute l’adoration qu’il lui portait. Se serrant l’un contre l’autre, elle pouvait sentir sa chaleur qui la réchauffa un peu, elle lui sourit, et il l’embrassa passionnément. Il admira un instant le doux visage de sa fiancée qui le dévorait de ses grands yeux bleus. Et c’est avec une grande émotion dans la voix, qu’il lui murmura :

— Je t’aime tellement, Sarah… Pour toujours, mon amour, pour toujours.

Sarah se blottit dans ses bras, les mots devenaient inutiles, le silence de leurs deux corps enlacés suffisait à comprendre combien ils s’aimaient d’un amour passionné au-delà des mots.

Alors qu’ils continuaient à marcher dans cette interminable ruelle, un bruit étrange résonna dans la nuit. Brad s’arrêta brusquement et regarda autour de lui, ce bruit strident semblait provenir d’une impasse à quelques mètres devant eux.

— Qu’est-ce que c’était ? demanda Sarah effrayée.

— Je ne sais pas… peut-être un chat… Viens, ne trainons pas ici, lança Brad en fronçant les sourcils.

Il accéléra le pas en entrainant Sarah derrière lui qui avait du mal à le suivre. Quand ce bruit suspect résonna de nouveau dans la nuit, il sembla soudain vraiment inquiet. Puis un faisceau lumineux éclairant une fraction de seconde une fenêtre d’une petite maison en ruine attira son attention. Il lâcha la main de Sarah.

— Brad, viens, allons-nous-en, supplia-t-elle en le tirant par le bras.

— Il y a quelqu’un là-dedans… peut-être est-il blessé !

— Brad…

Il la regarda l’air très soucieux. Sarah était horrifiée et l’implora du regard pour qu’il l’emmène loin de cet endroit effrayant. Mais il ne pouvait se résoudre à ignorer que peut-être, il se passait quelque chose de grave à seulement quelques mètres de lui. Il se devait de vérifier si personne n’était blessé à l’endroit même d’où provenait cette lumière qui ressemblait à un appel au secours.

— Je vais juste jeter un coup d’œil et je reviens. Toi, tu ne bouges pas d’ici.

— Non, non, non, Brad, n’y va pas !

Sans l’écouter, il lui déposa un baiser sur ses lèvres tremblotantes, et déjà s’éloignait dans cette impasse, vers cette funeste vieille baraque. Sarah tremblait de tous ses membres, tétanisée par le froid, mais aussi par la peur qui lui glaçait le sang.

— Reviens, Brad ! hurla-t-elle en vain.

Elle resta seule, au milieu de cette ruelle déserte, frigorifiée et terrifiée, ne le quittant pas des yeux, alors qu’il s’approchait de cette lueur qui réapparut derrière la même fenêtre aux vitres cassées. « N’entre pas dans cette maison, Brad… je t‘en supplie, n’entre pas… » aurait-elle voulu hurler, mais il ne l’écouterait pas, sa curiosité l’entrainait aveuglément dans cet endroit sinistre et angoissant. Il poussa la porte qui, le grincement de celle-ci, apporta une anxiété supplémentaire à Sarah. Il semblait inspecter les lieux, puis il disparut à l’intérieur quelques secondes. Des secondes qui lui semblèrent une éternité. Il réapparut faisant un signe de la main, il n’avait vraisemblablement rien trouvé, et allait enfin revenir pour la retrouver et quitter cet endroit lugubre.

Mais soudain, les yeux pleins d’effroi, elle distinguait une ombre gigantesque s’élever derrière lui, brandissant au-dessus de sa tête, une énorme hache qui scintillait dans la nuit. L’horreur l’assaillit et elle cria de toutes ses forces, mais Brad eut à peine le temps de se retourner que déjà la lame tranchante venait s’empaler violement sur son crâne. Sarah hurla de terreur en prenant sa tête entre ses mains. Cette ombre démoniaque retira son arme sanglante de sa victime laissant tomber brutalement, sur le sol, le corps inerte et sans vie du jeune homme. Puis disparut dans l’obscurité silencieuse et angoissante.

Hystérique, le cœur battant à se rompre, Sarah tremblait de tous ses membres et pleurait en criant. Ses jambes ne la portaient plus, elle s’écroula à genoux, loin de lui. Elle voulait aller le rejoindre, mais la force lui manquait, alors elle tenta de marcher à genoux, mais elle était tétanisée. Elle suffoqua, puis sa vue se brouilla. Elle releva la tête, les yeux remplis de larmes, elle regarda Brad, à seulement quelques mètres d’elle, mais elle ne pouvait pas l’atteindre. Cette réalité la fit hurler encore davantage, elle tendit sa main vers lui en pleurant, comme pour essayer de le toucher sans y parvenir. Juste allez se blottir dans ses bras, encore une fois. C’est sans voix qu’elle l’appela désespérément : « Brad, Brad, ne me laisse pas toute seule… Brad… » Et c’est dans un dernier cri, rassemblant toute la force qu’il lui restait, qu’elle hurla son prénom avant de s’écrouler, épuisée, sur le sol. Elle laissa tomber lourdement sa tête sur les pavés, sa joue contre la pierre froide et humide. La respiration saccadée, elle ferma lentement les yeux sans pouvoir lutter davantage, se laissant aller au désespoir. Et dans un dernier souffle, avant de perdre connaissance, elle marmonna faiblement : « Reviens moi, mon amour. » Puis la voix de Brad résonna dans sa tête « Je t’aime tellement, Sarah, pour toujours mon amour, pour toujours ».

Mais dans cette impasse sombre et déserte, par une froide nuit d’hiver, gisant sur les pavés humides ensanglantés, sous une pluie glaciale, Brad et Sarah s’étaient quittés pour toujours.

2

Jane était restée au chevet de Sarah toute la nuit. Bouleversée et très inquiète, elle n’avait pas pu dormir ne serait-ce qu’une ou deux heures. Elle se sentait épuisée et s’efforçait de garder les yeux ouverts en caressant inlassablement la main de son amie qu’elle tenait depuis des heures sans vouloir la lâcher. Elle ne pouvait détourner son regard de ce visage presque méconnaissable, métamorphosé par la douleur et le froid glacial qui l’avait plongé dans un état d’hypothermie. « L’ambulance nous l’a emmené dans un état très préoccupant, mais son pronostic vital n’est plus engagé, elle est sauvée, du moins physiquement. Elle a subi un terrible choc, cette nuit d’horreur l’aura certainement traumatisée. » lui avait confié le docteur Baker à son arrivée à l’hôpital. Elle se remémora cette scène quand elle ouvrit la porte sur ces deux policiers en uniforme portant sur leurs visages blêmes, un air si atterré et anéanti, qu’elle se souvient avoir tressailli, cédant à la panique. « Un crime effroyable a eu lieu cette nuit, non loin de chez vous… » annonça l’un deux d’une voix enrouée, refoulant probablement sa torpeur devant l’atroce spectacle qu’ils avaient découvert dans cette impasse. « Nous avons retrouvé sur une des victimes ce carnet, où est indiqué votre nom en cas d’urgence… »

Jane lui prit des mains ce fameux carnet qu’elle reconnut immédiatement en s’écriant : « Sarah ! »

Aussitôt l’autre policier lui informa qu’elle avait été transportée aux urgences de l’hôpital. Sans en écouter davantage, elle avait poussé hors de sa maison les deux représentants de la loi, et déjà démarrait sa voiture pour se rendre auprès de sa meilleure amie.

Jane pleurait en silence. Elle laissa tomber sa tête sur les draps blancs et ferma les yeux. Quand dans sa main, elle sentit les doigts de Sarah bouger doucement. Elle releva vivement la tête, le regard plein d’espoir, et se leva en se penchant sur la jeune femme qui gémissait en se plaignant.

— Sarah… Sarah, c’est moi, je suis là.

Sarah tourna faiblement la tête et ouvrit difficilement ses beaux yeux bleus fiévreux, et posa son regard terriblement triste sur Jane, en la fixant intensément. Elle entrouvrit ses lèvres gercées et poussa un petit gémissement de douleur. Elle souffrait le martyre, elle souffrait en silence sous les effets des sédatifs retenant au plus profond de son cœur toute sa souffrance et son déchirement qu’elle ne pouvait extérioriser. Ses yeux larmoyants semblaient la supplier, elle marmonna quelques mots que Jane ne put entendre, alors elle répéta d’une voix enrouée : « Je veux mourir. »

Jane retint difficilement les sanglots qui montèrent dans sa gorge serrée. Une larme coula sur sa joue et resta sans voix, dépourvu de toute réaction face à la détresse immense de Sarah. Elle la prit par les épaules et la serra dans ses bras. Sans plus aucunes forces, Sarah se laissa bercer. Sa tête et ses bras tombèrent en arrière. Elle venait de perdre connaissance.

Un peu plus tard dans la journée, Jane déambulait dans les longs couloirs de cet hôpital, l’âme en peine. Son ventre criait famine, mais elle ne pouvait rien avaler. Prise d’un léger vertige, elle s’adossa contre le mur et baissa la tête en fermant les yeux. Quand soudain, la voix d’un homme la fit sursauter. Elle se redressa et ouvrit les yeux sur une personne aussi fatiguée qu’elle pouvait l’être.

— Sam !... Sam, tu es enfin là, dit-elle un soulagement dans la voix.

Elle se laissa tomber, à bout de force, dans les bras de Sam McCoy, inspecteur de la police criminelle. Ne pouvant plus se retenir, elle éclata en sanglots. Il la serra affectueusement, et d’une voix réconfortante, la rassura de sa présence. Elle cessa de pleurer et prit le mouchoir qu’il lui tendait.

— Je veux voir ma petite sœur, dit-il d’un ton grave.

La quarantaine, Sam était un homme très grand à la carrure impressionnante. Son blouson de cuir noir sur son épaule, l’on pouvait constater sa forte musculature sous sa chemise blanche, entrouverte. Autour de son cou, une longue chaine en argent portant un médaillon brillait sur sa poitrine bronzée. Il existait une frappante ressemblance avec sa petite sœur Sarah, de dix ans sa cadette, les mêmes yeux bleus au regard intense, et ce même visage fin aux traits gracieux inspirant la gentillesse. Sam avait les cheveux châtains clairs, coupés très court, lui donnant un air de militaire.

Jane ouvrit la porte de la chambre et laissa Sam entrer seul. Il s’approcha d’un pas lent vers le lit où dormait Sarah, d’un profond sommeil artificiel.

Lorsqu’il fut près d’elle, il trembla légèrement en vacillant. Il posa sa main sur sa bouche comme pour étouffer un cri de stupeur tant il eut du mal à la reconnaître, derrière ses traits tirés et ses yeux gonflés.

Délicatement, il retira une mèche blonde de son front, et tristement l’envisagea les larmes aux yeux. Il n’apparaissait sur ce beau visage que douleur et détresse. Il se pencha sur elle et lui déposa avec douceur, un baiser sur sa joue brûlante en lui caressant la main.

Il se dirigea vers la fenêtre et scruta le parc qui entourait l’hôpital. Tout semblait si paisible dehors. Il fixa les feuilles qui tournoyaient dans le vent, et son esprit plongea dans sa mémoire.

Il se souvient être dans un restaurant, il attend Sarah. Pour une fois qu’ils parvenaient à trouver un peu de temps pour déjeuner ensemble, Sam avait tenu à l’inviter dans ce petit resto italien qu’il affectionnait tout particulièrement. Il la vit arriver par la vitre, elle courait en riant en lui faisant un signe de la main. Qu’elle était jolie ce jour-là, rayonnante et heureuse, une telle joie de vivre qu’elle en était communicative. Elle s’était assise en face de lui, après l’avoir embrassé sur les joues, puis les mains jointes sous son menton, elle le regardait en plissant ses yeux rieurs. Une expression que Sam connaissait par cœur.

— Toi, tu as quelque chose à me dire. Je t’écoute.

— Oui, mais… il se pourrait bien que j’attende la fin du déjeuner pour te le dire, dit-elle en riant.

— Cela m’étonnerai fort, ma chère petite sœur, répliqua Sam à son tour, de la malice dans le regard.

— Ah oui ? Et pourquoi ça ?

— Parce que je te connais par cœur sœurette, tu ne tiendras pas ta langue jusque-là. Mais à en juger ton excitation, cela doit être vraiment important, devina-t-il facilement.

— Sam… commença-t-elle d’une voix grave. Je vais épouser Brad. Regarde.

Elle lui montra sa petite main menue avec à son doigt, une magnifique bague de fiançailles ornée d’un diamant. Sam prit sa main qu’il embrassa tendrement.

— Alors ça y est, il a fait sa demande le bellâtre. Je suis sincèrement très heureux pour vous deux. Bradley est un homme bien, et il te rend déjà si heureuse.

— Oui, il est merveilleux, et je l’aime tellement. Je ne sais pas ce que je deviendrai sans lui… mais dîtes-moi, monsieur l’inspecteur, serait-ce des larmes que je vois dans vos yeux ? demanda-t-elle un petit air moqueur, mais attendri.

— Ce ne sont que des larmes de joie… répondit-il ému.

— Je t’aime tant toi aussi, mon frère, déclara-t-elle en lui serrant la main.

C’était il y a seulement quelques jours auparavant, c’était le temps du bonheur. Ses larmes de joie se sont aujourd’hui transformées en larmes de tristesse et de colère. Il se retourna vers sa petite sœur, et sa respiration devint plus rapide, plus forte. Quand dans un excès de rage, il frappa le mur avec son poing, et ne pouvant plus dissimuler sa souffrance, face à cette terrible injustice et infâme ironie du sort, il éclata en sanglot, se tournant face au mur comme pour cacher sa propre faiblesse, puis tout un long moment, il pleura en silence. Comme elle se le demandait souvent, qu’allait-elle devenir sans lui, allait-t-elle seulement pouvoir vivre sans lui.

Sam avait rejoint Jane à la cafétéria de l’hôpital. Attablés devant leur café, ils restaient muets et très pensifs. Ils tournaient leur cuillère dans cette tasse, inlassablement, comme des automates, depuis de longues minutes.

Sam leva les yeux sur la jeune femme, et d’un air amusé, coupa ce pesant silence :

— Tu n’as pas sucré ton café !

Surprise, elle posa son regard interrogateur sur Sam qui la dévisageait avec un large sourire sur les lèvres.

— Tu tournes ta cuillère dans ton café qui n’est pas sucré !

Elle retira aussitôt sa petite cuillère de sa tasse en le fixant malicieusement, mais lorsqu’il lui proposa une pierre de sucre, elle poussa un éclat de rire. Sam se trouva, à son tour, surpris de cette subite réaction.

— Je ne sucre jamais mon café, réussit-elle à dire entre deux éclats de rire.

Ensemble, ils rirent nerveusement, mais ils auraient tout aussi bien pu pleurer. Ils retrouvèrent leur calme, et le silence reprit sa place. Sam se massa les tempes d’un mouvement las.

— Tu vas rentrer chez toi, prendre un bon bain, un bon repas et dormir.

— Non, ça va aller, affirma Jane en secouant la tête.

— Tu es épuisée, regarde-toi, Jane, tu es sur le point de t’effondrer. Rentre chez toi et repose-toi, insista Sam.

— Tu as raison, et tu es là à présent, tu vas veiller sur Sarah pendant mon absence, admit-elle la mine triste et résignée.

— Je reste près d’elle. Je t’appelle plus tard pour te donner des nouvelles, ok ?

— Ok, Sam, dit-elle avec un sourire forcé.

Elle se leva en poussant un long soupir, s’enveloppant dans son grand manteau. Elle s’approcha de Sam et lui déposa un tendre baiser sur la joue. Après s’être échangé un sourire chaleureux, Jane s’éloigna en laissant derrière elle, un homme en proie à une soudaine inquiétude. Il ne pouvait chasser l’image de ce visage meurtri, dévasté par cette atrocité qui s’abattait sur la vie paisible et tranquille de cette jeune femme qui était destinée à un bonheur parfait. Il redoutait à cet instant les semaines à venir, le réveil douloureux et abominable que devra endurer et surmonter Sarah.

Sam resta auprès d’elle jusque vers deux heures du matin. Son état étant stable, l’infirmière promis de l’appeler si un changement survenait dans la nuit. Epuisé et éreinté, il rentra chez lui quelques heures pour espérer dormir un peu.

Plus tard dans la nuit, alors que le silence régnait dans les couloirs de l’hôpital, la porte de la chambre de Sarah s’ouvrit lentement. La lumière pénétra dans la pièce, éclairant faiblement le lit de la jeune femme qui dormait profondément.

Une silhouette se tenait dans l’encadrement de la porte. L’on distinguait qu’un grand manteau et sur sa tête un chapeau. L’inconnu s’approcha du lit, d’un pas lent et discret. Lorsqu’il fut à sa hauteur, il demeura immobile, telle une statue, et resta ainsi, debout, sans bouger, infatigablement, sans vaciller un seul instant devant elle.

Durant cette longue et interminable heure à contempler son visage endormi, il ne laissa paraître la moindre émotion, le moindre chuchotement, seul son souffle long tremblait dans la chambre silencieuse.

Quand soudain, une infirmière entra. Elle eut à peine le temps d’ouvrir la bouche pour lui parler que déjà cet étranger faisait volte-face, en baissant la tête et remontant le col de son manteau, dissimulant son visage.

C’est en la bousculant qu’il sortit de la pièce pour disparaître dans les longs couloirs de l’hôpital.

3

Dès le lendemain matin, Jane se rendit au commissariat pour faire enregistrer sa déposition. Les yeux fatigués et cernés témoignant d’une nuit très courte et agitée, elle entra dans le bureau de Sam. Elle le découvrit allongé sur un vieux divan, où il semblait dormir profondément. Elle s’approcha près de lui, et le secoua doucement. Il se réveilla en sursaut.

— Quoi !... Qu’est-ce qu’il se passe ? balbutia-t-il en s’asseyant promptement.

— C’est moi, Jane. Navrée de te réveiller, Sam, s’excusa-t-elle confuse.

— Jane… pardon, j’ai dû m’assoupir… Je n’ai pas dormi de la nuit, avoua-t-il en se frottant les joues énergiquement.

Il se leva et s’étira les bras en baillant.

Après avoir quitté Sarah, au milieu de la nuit, il erra longtemps dans les rues désertes de la ville, l’âme en peine. Il se jurait alors de ne trouver le repos que lorsqu’il aurait trouvé cet assassin, et c’est avec une grande détermination et obstination qu’il demandait au capitaine Lewis, dès la première heure, de lui confier cette monstrueuse affaire, ce qu’il accepta diligemment devant l’évidence de sa requête.

La porte s’ouvrit brusquement, un homme approchant la quarantaine entra précipitamment, et s’avança d’un pas pressé vers Sam.

— Sam, le capitaine vient de m’informer que nous prenons l’affaire Crawford, es-tu certain de ce que tu fais ?

— Oui. Je te présente Jane Forest. Jane, voici mon coéquipier, Terry Newton.

Terry se retourna confus, il n’avait pas remarqué la présence de la jeune femme qui restait discrète, assise sur sa chaise. Il s’empressa de lui serrer la main en arborant un large sourire. Jane se trouva impressionnée devant l’allure athlétique de cet homme au physique particulier.

Il avait les cheveux noirs en bataille et une barbe de quelques jours, lui donnant l’air d’un Bad boy extrêmement séduisant. Il la fixa de ses grands yeux bleus, mais Jane détourna son regard, gênée et troublée.

Terry se retourna vers Sam, l’air interrogateur. Il lui expliqua alors la présence de celle-ci, et le lien qui existait entre elle et sa sœur Sarah. Jane poursuivit :

— Bradley et Sarah sortaient de chez moi… juste avant...

— Ok. Vous n’avez rien remarqué d’inhabituel, d’anormal ou d’étrange dans la rue, quelqu’un qui rodait, ou qui donnait l’impression de vous épier ? demanda Terry.

— Non, la rue était déserte, il était très tard et il y avait un épais brouillard. Rien ne laissait supposer qu’une telle atrocité puisse se produire. Pas une âme qui vive dans les environs.

Sam proposa d’élaborer la liste de toutes les personnes présentes ce soir-là, une cinquantaine d’invités, tous des gens très convenables à la réputation irréprochable. Alors que Terry et Jane profilaient chaque individu, Sam restait silencieux et pensif.

Puis Jane se leva, et se dirigea vers la fenêtre, leur tournant le dos.

— Je suis désolée, messieurs, mais je ne peux imaginer un seul instant qu’un de mes invités, de surcroit des amis, puissent être mêlés de loin ou de près, à ce crime horrible.

Sam lança son poing sur le bureau. Jane se retourna en sursautant.

— C’est un meurtre prémédité, ce qui nous amène à penser que le meurtrier est un être extrêmement intelligent. Mais la question que je me pose, c’est pourquoi avoir massacré Bradley Crawford, et pas… Sarah ? Pourquoi l’avoir épargnée au risque d’être identifié par un témoin ?

— Peut-être un règlement de compte, il faut approfondir les recherches sur le passé de Brad. Il était avocat, tous les avocats ont des ennemis, renchérit Terry.

Bradley restait très discret concernant sa profession, Jane ne lui connaissait aucun ennemi, mais elle ne pouvait le certifier. Il adorait son métier négligeant même parfois sa relation avec Sarah qui, très compréhensive, ne lui en tenait pas rigueur. Il pouvait s’isoler dans son bureau durant des nuits entières pour rédiger ses plaidoiries, et elle l’admirait pour sa conscience professionnelle. Ce sacrifice dans sa vie de couple lui permettait très souvent d’acquérir l’innocence d’un accusé ou l’incarcération d’un criminel. Et voilà qu’il devenait à son tour une victime dans un procès, où un autre que lui, allait plaider contre son propre assassin lui rendant justice. Aurait-il pu imaginer un seul instant un tel retournement de situation ?

L’enquête commençait, probablement la plus difficile et délicate qu’ils n’eurent à résoudre dans leur carrière d’inspecteur, mais jamais Sam n’eut été aussi résolu pour mener une telle affaire. C’est avec détermination et une volonté à toutes épreuves, en proie à une rage excessive et une soif inquiétante de vengeance, qu’il retrouverait l’assassin de Bradley Crawford.

Terry l’avait immédiatement compris. Sam était un homme impulsif, fougueux et coléreux. Il avait la fâcheuse habitude de privilégier l’action à la réflexion.

Sa plus grande crainte était qu’il s’acharne démesurément à poursuivre le coupable, sans répit. Qu’il s’investisse, peut-être trop sentimentalement, dans cette sombre affaire. Sans même mettre un nom, un visage sur cet assassin, il le haïssait, le condamnait à l’enfer et déjà, se voyait probablement le tuer de ses propres mains.

4

Assise sur un fauteuil roulant, Sarah était immobile, les mains jointent sur ses genoux. Elle regardait vers la fenêtre, le regard vide. Aucune expression se lisait sur son visage encore marqué par la douleur et le chagrin immense qui la submergeaient perpétuellement.

Elle attendait, sans en avoir vraiment conscience, l’arrivée de Sam qui venait la chercher pour quitter cette chambre d’hôpital, devenue au fil des jours, son mouroir.

Ils devaient ensuite assister aux funérailles de Brad, encore une terrible épreuve pour Sarah. Un évènement qui tourmentait énormément Sam, craignant une réaction démesurée de la jeune veuve encore très fragile psychologiquement, malgré la forte dose d’antidépresseur qu’elle ingurgitait depuis plusieurs jours.

La porte de la chambre s’ouvrit lentement, Sam entra et se dirigea vers Sarah, qui resta le regard fixe sur la fenêtre. Il l’embrassa sur le front.

— Bonjour, Sarah.

Elle n’eut aucune réaction, au grand désarroi de Sam. Alors il s’agenouilla devant elle, et lui prit les mains.

— Sarah… tu te souviens où nous allons tout à l’heure ?

Toujours aucune réponse. Sam poussa un long soupir en baissant la tête. Puis la regarda de nouveau en lui prenant le menton, la forçant à poser les yeux sur lui. Elle le fixa alors, les paupières mi-closes.

— Sarah, ma chérie… Sache que tu n’es pas obligée d’assister aux funérailles, je peux te ramener à la maison…

— Non, coupa-t-elle en chuchotant d’une voix voilée.

Elle tourna la tête, et regarda, de nouveau, vers la fenêtre.

— D’accord, répondit Sam en se levant.

Au même moment, le psychiatre de l’hôpital entra dans la chambre. Un homme dépassant la cinquantaine, les cheveux et la barbe grisonnantes, robuste et très grand, qui inspire la confiance et la sympathie.

— Bonjour, vous êtes bien monsieur McCoy, le frère de Sarah ?

— Oui, c’est exact, répondit Sam, l’air interrogateur.

— Docteur Peterson, je suis le psychiatre de votre sœur. Pourrais-je vous entretenir quelques instants, s’il vous plaît ? demanda-t-il très courtois.

— Oui, bien sûr.

— Veuillez me suivre, s’il vous plaît.

Sam suivit le psychiatre dans le couloir. Celui-ci ferma la porte de la chambre.

— Que se passe-t-il, docteur ? s’inquiéta Sam.

— Vous n’êtes pas sans savoir que l’état moral et psychologique de votre sœur sont très préoccupants. Je souhaiterai poursuivre les séances dans les semaines à venir, si vous le voulez bien.

— Vous a-t-elle dit quelques mots ces derniers jours ?

— Malheureusement, non. Elle reste murée dans le silence, elle semble complètement déconnectée du monde qui l’entoure. C’est le seul moyen dont elle dispose pour échapper à la réalité.

— Combien de temps cela peut durer à votre avis ?

— Je ne peux malheureusement pas répondre à votre question, chaque individu réagi différemment face à un traumatisme. Certains ne s’en remettent jamais, dit-il d’un air navré.

— Ecoutez, nous devons nous rendre à l’enterrement de Bradley et… et je me pose la question si c’est…

— Il faut qu’elle y aille, je vous en conjure. Assister aux funérailles, c’est la mettre face à la réalité, c’est accepter ce qu’elle refuse d’admettre. C’est important et… vital, aussi difficile et intolérable que cela puisse être dans cette situation horrible. Elle en a besoin pour pouvoir faire son deuil. Vous comprenez ?

— Oui, je comprends… Je suis si désemparé… avoua Sam anéantit.

— Un décès, qui plus est, dans ces circonstances si épouvantables est une épreuve éprouvante, voir insurmontable. Il faut vous armer de beaucoup de courage et de patience, monsieur McCoy, conjura le médecin, compatissant.

— Merci, docteur Peterson.

Les deux hommes se serrèrent la main chaleureusement.

Sam retourna dans la chambre et observa Sarah, toujours dans la même posture, complètement inerte. Il passa sa main sur ses cheveux en respirant profondément, envahit par cette impression d’impuissance qu’il gérait difficilement. Une sensation qui lui était inconnue pour avoir toujours su maitriser n’importe quelle situation.

Les prochaines heures allaient être très difficiles, et certainement déterminantes sur l’état de santé, physique et psychologique, de sa sœur. Déjà très fragilisée, il craignait les conséquences, du face à face, avec la réalité.

Le temps s’était comme arrêté, figé, elle restait emprisonnée dans sa détresse immense, ne voulant pas admettre, ni accepter ce drame effroyable. Sa vie n’eut plus aucun sens, dès l’instant où Brad, poussa son dernier râle.

Quelle sera sa réaction ? Sarah allait devoir affronter une des épreuves les plus pénibles de son existence : réaliser l’inacceptable vérité.

C’est soutenu par les bras, entre Sam et Jane, que Sarah quitta le cimetière encore bondé de monde venu assister aux obsèques du défunt. Sa famille, ses amis et ses collègues, tous accablés et anéantis par cette tragédie.

Elle était vêtue toute de noir, ses longs cheveux blonds tombants négligemment sur ses épaules. Elle portait des lunettes sombres, ne supportant pas la lumière du jour, et ainsi cacher ses yeux rougis et gonflés par le flot de larmes versées depuis des jours. Elle marchait tel un zombie, se laissant guider par son frère et sa meilleure amie.

Pas un mot ne sortit de sa bouche lors de la cérémonie très émouvante et poignante. Lorsque tous venaient présenter leurs condoléances en une poignée de main ou une accolade affectueuse, Sarah resta stoïque, comme si son esprit avait quitté son corps meurtri, elle était présente, mais pourtant si absente.

Pas un son sortit de sa gorge, démunie de sa voix tant elle avait trop crié sa douleur, si dévastatrice.

Pas une goutte coula de ses yeux asséchés par les torrents de larmes versées des jours entiers.

Sam remercia, pour Sarah, les personnes qui passaient chacun leur tour pour témoigner leur sincère soutien, partageant avec elle son chagrin. Probablement dans le déni de cet évènement funéraire, elle s’enfermait dans une bulle impénétrable, où rien ne pouvait l’atteindre, vivant avec détachement cette situation qui n’avait, pour elle, aucun sens puisqu’elle refusait la mort de l’homme qu’elle aimait, même si au fond d’elle-même, elle en avait pleinement conscience. Elle refusait de lui faire ses adieux, comme pour le retenir encore, près d’elle.

Lorsqu’ils arrivèrent à la voiture, un homme vêtu d’un grand manteau et d’un chapeau de feutre noir sur la tête, attendait, les mains dans les poches, le dos appuyé contre la portière.

Aussitôt Sarah vint se blottir dans les bras de Klaus, qui l’enveloppa en la serrant très fort contre lui. Une étreinte intense pleine de tendresse.

Sam resta bouche bée. Sans réaction depuis des jours, elle rassemblait soudain toute la force qui lui restait pour se jeter dans les bras de cet homme. Ils restèrent ainsi quelques minutes, sans parler, ils semblaient seuls au monde. Puis Klaus lui chuchota quelques mots dans l’oreille, et l’embrassa sur la joue. Il lui prit les deux mains dans les siennes, et la regarda fixement dans les yeux. Il donnait l’impression de lui parler à travers son regard pénétrant, puis il lui adressa un sourire avant de repartir sans se retourner.

Sam se tourna vers Jane, l’air interrogateur.

— Mais qui est cet homme ?

— Ce n’est personne, répondit Jane avec du mépris dans la voix.

Sam aida Sarah à monter à l’arrière de la voiture tout en regardant cet étrange personnage s’éloigner sur la route.

Sur le trajet, l’ambiance demeura pesante et silencieuse. A plusieurs reprises, Sam jeta un coup d’œil sur Sarah, dans le rétroviseur. Elle semblait s’être endormie, la tête contre la vitre. Jane ayant remarqué son inquiétude tenta de le rassurer en posant sa main sur son genou.

— Ça va aller, Sam. Ne t’inquiète pas.

— J’ai installé Sarah chez moi, je ne veux pas qu’elle reste seule chez elle, entourée de tous ces souvenirs.

— C’est une très bonne décision, approuva-t-elle.

— Elle poursuivra ses séances avec le docteur Peterson, même si je doute qu’il obtienne un quelconque résultat.

— Laisse le temps accomplir son œuvre.

— Je me sens si impuissant face à sa détresse. Si seulement je savais quoi faire…

— Tu fais exactement ce qu’il faut, je te l’assure. Sarah est plus forte que tu ne le penses, il lui faut juste un peu de temps.

— Si seulement tu pouvais avoir raison.

— J’ai raison, affirma-t-elle un sourire aux lèvres.

5

Sarah était rentrée de l’hôpital depuis maintenant quelques semaines, mais son état restait toujours très préoccupant. Malgré les nombreuses visites du docteur Peterson, elle s’enfonçait un peu plus chaque jour dans une sévère dépression. Elle refusait de s’alimenter, seul un bol de soupe constituait son repas quotidien. Elle s’assommait d’anxiolytiques pour espérer rester éveillée le moins longtemps possible. Sortir de son sommeil était pour elle, un véritable calvaire.

Quand elle ne dormait pas, Sam l’installait dans un fauteuil face à la baie vitrée de sa chambre, et elle attendait le moment, où il reviendrait pour la porter jusque dans son lit pour repartir enfin, dans sa léthargie, où il n’existait ni rêve, ni cauchemar.

Il venait la voir très régulièrement. Plongée dans l’inertie, elle ne semblait pas le voir, ni l’entendre chaque fois qu’il lui parlait. Son visage blême restait désespérément figé sur la même expression, et son regard perdu fixait le vide, comme plongé dans le néant.

Sarah se laissait mourir lentement, et Sam en prenait conscience douloureusement.

Alors ce matin-là, il entra dans la chambre, déterminé à la faire réagir. Cette fois, il ne prit pas la peine de ne pas faire le moindre bruit, c’est bruyamment qu’il tira les doubles rideaux laissant pénétrer les rayons du soleil qui illuminèrent la pièce d’une vive lumière. « Regarde Sarah, il fait un temps magnifique aujourd’hui ! » commença-t-il en se retournant vers sa sœur.

Mais ses yeux restèrent clos. La vie semblait inexistante dans ce corps meurtri et fatigué. Elle avait pleuré, encore. Ses paupières rougies par les larmes et ses cernes noires sous les yeux en témoignaient comme chaque matin.

Sam refusa de se laisser, une nouvelle fois, envahir par sa peine et son empathie. Il se dirigea vers le lit, et retira les draps qui la couvraient. Il regarda, avec stupeur, ce corps amaigri et si pâle allongé sur le dos. Elle avait les mains jointes sur sa poitrine, comme si elle se mourait. Il lui prit sa main inerte, et l’embrassa tendrement, puis lorsqu’il la lâcha, elle retomba lourdement sur le lit. Elle sombrait dans le désespoir se laissant dépérir, et attendait patiemment que la mort vienne enfin la libérer de son tourment, et pouvoir retrouver son amour.

Il fallait agir maintenant, ou il sera trop tard, la malheureuse ne survivra pas. « Debout, Sarah ! » ordonna Sam d’un ton ferme.

Il la releva la prenant dans ses bras, et la sortit difficilement hors du lit. « Je ne te laisserai pas comme ça, Sarah…Tu m’entends !... Je ne te laisserai pas faire ! »

Il tenta de la maintenir debout, en vain, ses jambes ne la portaient plus, elle était telle une poupée de chiffon, ses bras tombants le long de son corps et sa tête renversée en arrière. « Je t’en prie, Sarah…. Il faut que tu réagisses !... Sarah !! »

Il cria son prénom pour qu’elle puisse enfin l’entendre en la secouant dans tous les sens. Il la serra contre lui, plaquant sa joue contre la sienne, lui caressa ses cheveux décoiffés, et lui chuchota à l’oreille : « Tu dois vivre… Tu dois vivre… Je t’en supplie, Sarah. Réveille-toi… Ne m’abandonne pas… » implora-t-il dans un sanglot.

Puis il resta déterminé à ne pas renoncer, il se mit à marcher dans toute la pièce la tenant dans ses bras, ses pieds nus trainaient derrière elle, mais il insista encore et encore, et inlassablement cria son prénom : « Marche, Sarah !... Il faut que tu marches ! »

Essoufflé, épuisé, il sentit ses forces l’abandonner, mais l’envie de mourir de Sarah ne devait pas avoir raison de sa ténacité à vouloir la sauver malgré elle.

A bout de force, il la plaqua violemment contre le mur faisant tomber quelques objets posés sur la commode près de lui. La tête de la jeune femme tomba en avant. « Regarde-moi, Sarah… Regarde-moi !!! » hurlait-il en la secouant par les épaules, mais ses appels restèrent irrémédiablement sans réponse. Il désespéra de la voir ouvrir les yeux, aucune réaction émana de ce corps lourd qu’il tenait appuyé contre ce mur, la peur de la perdre s’empara alors de lui, il déploya ses dernières forces, et lui prit le menton pour lui relever la tête. « Tu ne vas pas mourir… Sarah, tu n’as pas le droit d’abandonner. »

Il la regarda tristement quand il lui sembla entendre comme un léger souffle court. Il approcha son oreille près de sa bouche entrouverte. « Oui, respire, Sarah, reviens… reviens. » Elle semblait soudain réagir. Ses paupières s’ouvrirent difficilement, et son regard humide considéra Sam un instant. Elle approcha son visage près du sien et lui dit faiblement : « Laisse-moi partir. » Elle ferma les yeux et de nouveau laissa sa tête retomber lourdement en avant. Sam se mit à hurler, à la secouer encore : « Non… non ! Reviens, Sarah !... Brad est mort, il est mort, Sarah ! Mais toi, tu es bien vivante, et tu dois vivre !!... Il ne reviendra pas, Sarah ! » Soudain, Sam sursauta, c’est dans un long et cinglant hurlement que Sarah se mit à se débattre comme sortant d’un horrible cauchemar. Son corps dépourvu de force fut tout à coup, débordant d’énergie, elle secoua la tête sans cesser de crier, et lança violement ses poings sur le torse de Sam qui, pétrifié, tenta de la tenir fermement par les épaules. Son comportement proche de la démence le terrifia, elle se débâtit avec une telle force surhumaine, comme pour exorciser toute la haine, toute la colère, toute la peine qu’elle gardait depuis trop longtemps dans son cœur. Quand, enfin, terrassée par l’épuisement, elle se laissa tomber dans les bras de son frère qui chuta sur le sol. Assis par terre, il serra contre lui Sarah, recroquevillée sur elle-même, et il la berça comme une enfant.

Il lui parla doucement dans le creux de l’oreille pour la rassurer et la réconforter. Elle sanglotait sur son épaule sans pouvoir s’arrêter. Elle était épouvantée, perdue et terriblement seule. Tout son être réclamait l’étreinte rassurante de celui qu’elle aimait tant, elle avait tant besoin de lui, mais il n’était plus là. Elle sortait de sa bulle protectrice, terrorisée et fragile comme un nouveau-né sortant du ventre de sa mère.

Désormais, elle devra apprendre à vivre sans lui, et graver dans sa mémoire que ses beaux souvenirs qu’elle gardera de lui, ceux d’un amour passionné, achevé beaucoup trop tôt.

Sam resta toute la journée au chevet de Sarah, sans cesser de lui parler, d’une voix douce et rassurante. Il tentait d’apaiser le mal qui la rongeait de l’intérieur en des mots qui rassurent, et qui redonnent confiance en l’avenir. Il lui dit que la vie est précieuse, et qu’elle peut être merveilleuse. Qu’il faut sans cesse trouver la force de continuer et de croire. Que la douleur s’estompe avec le temps, même si aujourd’hui, elle était convaincue du contraire.

Sarah pleura beaucoup en écoutant son frère. Ce lien si fort déjà existant ne faisait que se renforcer dans ce malheur qui les accablait tous les deux.