Études artistiques - Henry Fouquier - E-Book

Études artistiques E-Book

Henry Fouquier

0,0
1,99 €

oder
Beschreibung

"Études artistiques", de Henry Fouquier. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0



Henry Fouquier

Études artistiques

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335694

Table des matières

LETTRES SUR LE SALON DE 1859.
I
II
III
IV
V.
VI
VII.
LES ARTISTES MARSEILLAIS
I
II
L’OEUVRE D’ARY SCHEFFER.
VELASQUEZ AU MUSÉE DE MADRID.
I
II.
III
IV
V
VI
VII

LETTRES SUR LE SALON DE 1859.

Table des matières

( Extrait de la Tribune Artistique et Littéraire du Midi. )

I

Table des matières

Mon cher Chaumelin, n’ayez crainte en me voyant disposé à vous entretenir de quatre mille objets d’art. Mon intention n’est pas de décrire minutieusement des tableaux, mais plutôt d’étudier, d’une manière générale, où en est arrivé chaque genre de peinture, et de signaler les progrès ou les décadences inouïes que le Salon de cette année nous offre chez certains artistes: spectacle plus affligeant que joyeux pour les amis de l’art!

Peinture Religieuse. — Ce n’est pas une plume que je voudrais pour rendre compte de la peinture religieuse, mais bien un crayon; et si j’avais celui de Cham ou de Nadar, je vous égaierais pour lontemps. Quelle débauche d’absurdités! Le dessin violé jusque dans ses principes élémentaires, la couleur réduite. à l’enluminure, la composition absente: voilà le bilan de la plupart des peintures religieuses.

Il y a deux façons bien distinctes de comprendre la peinture religieuse, c’est-à-dire — pour adopter la définition que l’usage nous en apprend, — cette peinture qui s’attache à reproduire les traits principaux de la vie du Christ ou des Saints.

L’artiste, illuminé par la foi, peut chercher à faire de son œuvre un plaidoyer religieux. Il nous montrera le Christ sur la croix, et le fera si grand, si calme dans la souffrance, que l’on s’écriera: «Voilà un Dieu!» Il nous montrera la vierge Marie, si chastement mère, que l’on dira avec l’Eglise: «Elle a conçu sans péché.» Il poursuivra sans cesse l’idéal.

S’il n’est pas croyant, il cherchera l’histoire sous la légende: au lieu du Christ dogmatique, il nous donnera le Christ réel; au lieu du Dieu, le réformateur; il cherchera la beauté, mais seulement la beauté humaine. Il s’appliquera à retrouver les costumes vrais. Il fera ce que l’on appelle de la couleur locale. Sa Vierge ne sera plus une sainte, mais une admirable mère. Il cherchera sans cesse la vérité.

De tous les peintres modernes, M. Flandrin est, pour nous, celui qui s’est le plus élevé dans la première voie; M. Delacroix celui qui s’est le plus avancé dans la seconde.

Les autres peintres religieux, — je parle de ceux qui ont exposé au Salon, — sont restes fidèles à ce sentier que l’on nomme la tradition, compromis équivoque entre toutes les croyances, cause de mort pour la peinture religieuse. Il faut le dire, d’ailleurs, pour les excuser, leurs œuvres sont presque toujours des commandes, et ils seraient peut-être mal venus à faire autrement que leurs devanciers.

Les plus grands peintres religieux du monde ont été, selon nous, les premiers. Ils ont peint avec la foi; leurs œuvres, malgré les étrangetés du dessin, ont une allure naïve qui charme. Plus tard, lorsque la foi n’était plus au cœur des artistes, mais lorsque le catholicisme régnait en réalité sur la terre, l’art religieux a pris avec Raphael un développement immense, quoique d’un caractère différent. Depuis, la peinture religieuse est morte, surtout en France. C’est qu’il faut pour qu’elle vive, ou bien des artistes pleins de foi, comme Il beato Angelico, ou bien un milieu de croyants, comme la chrétienté de Jules II. Nous n’avons plus de foi ni chez l’artiste, ni chez le peuple, et ceux qui veulent faire de la peinture un ensèignement, un prêche pour une idée, célèbrent d’autres martyrs, d’autres saints que ceux du catholicisme. Un siècle plus tard, on eût peut-être appelé le Pilori, de M. Gleize, de la peinture religieuse. C’est le plus grand éloge que je puisse faire de ce tableau.

Parmi les hommes que la tradition a égarés, mais qu’elle n’a pu perdre, grâce à l’énergie de leur talent, nous devons tout d’abord citer Benouville. L’Exposition a renouvelé les regrets de tous ceux qui aimaient cet artiste, enlevé bien vite à sa vie de travail et de progrès. Sainte Claire recevant le corps de Saint François est peut-être la seule toile du Salon traitant un sujet religieux qui mérite une sérieuse attention. La composition en est belle. Placé, le. visage découvert, sur un brancard, le saint est au milieu du tableau. Sur la gauche, un prêtre séculier, gras jusqu’à là caricature, officie. Sainte Claire, entourée des religieuses ses compagnes, sort du couvent, — dont la porte occupe le côté gauche et une partie du fond du tableau, — et pleure le saint. A droite, le peuple d’Assise s’agenouille. Cela est habile et bien entendu. L’expression de la désolation, monotone peut-être chez les religieuses, est belle chez le peuple. Cependant., l’auréole mal peinte qui entoure la tête du saint, et je ne sais quelle recherche exagérée du style, rendent cette œuvre froide et font qu’on regarde avec bien plus de plaisir le portrait de la femme de l’artiste et de ses enfants, placé à côté ; charmante et naïve toile, poème de bonheur, que la mort a brusquement interrompu!

M. Biennoury a fait un Baptême de Jésus-hrist; M. Galimard une Vierge en adoration, qui n’a pas même les qualités de la Léda; M. Balze une foule de cartons; M. Hesse une Descente de croix. Si j’étais Diderot, j’écrirais volontiers sur mes notes «au Pont-Neuf» , ainsi que le fesait, dans ses jours de mauvaise humeur, le grand critique du 18e siècle.

M. Landelle, sous le titre du Pressentiment de la Vierge, nous montre la mère de Jésus frémissant à voir saint Jean-Baptiste offrir, en s’amusant, une croix de roseau au futur roi des Juifs. Une exécution molle empêche de bien saisir tout le charme de cette idée qui, plus heureusement rendue, aurait certainement fait un bon tableau.

M. Signol a eu une inspiration dans sa vie. Nous parlons de la Femme adultère, succès un peu exagéré, mais incontestable. Mieux vaudrait qu’il recommençât cette toile à chaque Exposition que de faire une Sainte Famille comme celle qu’il nous a donnée.

M. Baudry nous a montré, sous prétexte de Madeleine pénitente, une étude de grisette dans un paysage qui rappelle un peu celui de Corrège. Cette peinture, molle et terne, impossible à classer, confirme les réserves que les gens de goût ont faites en face du succès de M. Baudry, succès dont nous reparlerons, d’ailleurs, à propos de tableaux d’histoire.

Pour M. Etex, qui ambitionne, comme Michel-Ange, la double gloire de peintre et de sculpteur, et qui même est un peu poète (inter amicos), il est arrivé, dans son Christ prêchant sur un lac, à un de ces effets excentriques qui échappent à la critique. C’est un justiciable du Journal amusant, et pourtant M. Etex est un de ces rares artistes qui veulent une idée à chaque œuvre; mais sa facture, inouie en peinture, annihile tous ses efforts.

Voilà ce qu’ont exposé les peintres religieux, presque tous lauréats de Rome. Je n’ai cité que les plus remarquables. Quant à la foule des Christ en croix destinés aux églises de village, elle est immense, et fait regretter que le jury leur ait accordé la place qu’il a refusée à certain tableau de M. Millet.

Les faiseurs de Batailles. — La guerre est un fléau, et pour ma part je ne saurais l’aimer, quand elle n’aurait d’autres résultats funestes que d’avoir créé les peintres de batailles.

Le vrai public s’enfuit du vaste salon destiné à recevoir les images de ces épouvantables boucheries de Crimée. Le but suprême de l’art est certes de moraliser les masses. Y arrive-t-on en mettant sous leurs yeux les horreurs d’un assaut? J’en doute. Et d’ailleurs, ce moyen violent est peu digne de la délicatesse que doit conserver un procédé artistique. Pour moi, les peintres de bataille sont, par le genre même de leurs travaux, privés de la plus douce jouissance de l’artiste et de sa véritable source de gloire: la création. Ces forçats du pantalon rouge et du zouave ont d’immenses qualités de dessin et de couleur, parfois de composition; et cependant, il n’y a pas un tableau de bataille qui soit une œuvre digne d’analyse; car contraints à représenter le même fait sous mille faces, le même sentiment sous mille formes, forcés de tourner dans un cercle étroit, ils y contractent tous une odieuse uniformité. Le public a fait justice de ce genre de peinture qui ne vit guère que par la commande.

M. Yvon avait fait pour l’Exposition universelle une Retraite de Russie, — assez imitée de Gros, — qui lui a valu un grand succès. C’est que dans cette toile, il avait à exprimer et avait exprimé parfois avec bonheur, d’autres sentiments que ceux d’une bravoure brutale. Chaque personnage souffrait et luttait à sa façon. Dans son énorme tableau de la prise de Malakoff, on ne trouve qu’un sentiment: la fureur. Nous craignons que cet artiste ne perde ses qualités réelles s’il persiste dans cette voie funeste, où le succès populaire est facile, où le vrai succès est à peu près impossible.

Nous ferons le même reproche à M. Gleize, qui, dans une immense toile, a reproduit une Distribution de drapeaux, où nous ne retrouvons ni l’idée élevée, ni le style, ni même la manière habile du Pilori. Parcourant le livret d’un ami qui se plaît à noter ses impressions à chaque page, nous avons trouvé en face du nom de M.Gleize cette simple annotation: Hélas! Elle renferme toute notre opinion.

Barrias, l’auteur aimé des Exilés de Tibère et du Michel-Ange, nous a donné un Débarquement en Crimée; M. Armand-Dumaresq, — celui-ci est un récidiviste, — une Mort du général Bizot; M. Philipoteaux, un Combat de cavalerie; M. Tabar, — un véritable paysagiste, — s’est perdu dans des Combats d’avant-postes; M. Beaucé, nous a offert, selon son habitude, une ou deux scènes de bataille, sans intérêt; M. Pils, enfin, comme toujours, un Défilé de zouaves.

J’ai cité les maîtres. Jugez des élèves: il y en a par malheur beaucoup.

C’est à dessein que nous avons oublié, dans cette brève énumération, M. Bellangé , qui a montré beaucoup d’esprit dans l’Inventaire d’une casemate russe par des zouaves, et M. Devilly, qui a déployé, dans un Combat entre des arabes et des chasseurs de Vincennes, de telles qualités de coloriste que nous lui devions une mention à part. L’imitation de Delacroix est peut-être trop évidente, mais nous comprenons à quel point ce génie du coloris s’impose à ses admirateurs.

Nous allons étudier maintenant mieux que les sottes imitations des peintres religieux ou les fatigants amas de couleur des peintres de batailles. Nous entrons, avec la peinture d’histoire, dans le vrai domaine de l’art moderne, où nous trouvons tout d’abord deux grands noms: Ingres et Delacroix.

Peinture d’histoire. — Il est assez difficile de dire si la nouvelle génération de peintres d’histoire vaut mieux que celle qui l’a précédée. Non, si l’on ne regarde que les hommes. Ce n’est ni M. Gérôme, ni M. Baudry, qui peut se vanter d’avoir l’admirable tempérament de Delacroix ou d’Ingres. Mais, d’un autre côté, si l’on ne s’occupe que de la façon dont les nouveaux venus comprennent ce genre de peinture, on ne peut s’empêcher d’admirer en eux la recherche de l’effet philosophique, la science de l’histoire, la préoccupation de flatter l’intelligence autant que l’œil, et d’offrir un enseignement à la foule, en même temps qu’un plaisir. Cette peinture, que l’on a appelée dans les ateliers la peinture d’homme de lettres, n’a, malheureusement, que des représentants d’un talent inférieur, et, il faut bien le dire, M. Gerôme n’a pas, dans ses tableaux si remarquables comme idée philosophique, la vingtième partie du talent de peintre que M. Courbet prostitue dans ses hideuses reproductions des demoiselles de village ou des demoiselles de la Seine.

J’ai prononcé un mot qui a déjà soulevé bien d’innocentes fureurs. La peinture d’homme de lettres! Quoi! se sont écriés en chœur les défenseurs de l’art pour l’art, faire des tableaux qui disent quelque chose! Avoir une idée! à quoi bon! Enseigner! à quoi bon! Occupons-nous d’ocre, de bitume, de repoussoir, de ligne de rappel; posons sur le tout quelque glacis; cela représentera une Sainte-Famille ou un Intérieur de cabaret, selon le caprice de la commande; n’ayons aucune espèce d’idée, mais des procédés; moquons-nous des idiots qui s’ennuient de voir les mêmes sujets reproduits depuis trois siècles; nous savons peindre, et Théophile Gautier fait notre éloge.

Voilà le manifeste de ces messieurs. Malheureusement, le public est peu de leur opinion, et m’est avis que bientôt personne ne regardera plus les jeunes filles au perroquet, ou les jeunes filles à la toilette, et que les baigneuses de M. Diaz, pourront dévoiler leurs blanches nudités sans qu’aucun visiteur arrête son lorgnon sur elles.

Mais si l’école nouvelle a de généreuses inspirations, si elle cherche à marcher dans la voie d’Ary Scheffer, qu’elle est loin de ses maîtres sous le rapport des qualités artistiques!

Le Salon de cette année a remis en présence deux hommes que l’on a pris l’habitude d’opposer l’un à l’autre, et qui semblent, par leurs prédominances, chercher l’effet par des mbyens bien différents. Nous voulons parler de MM. Ingres et Delacroix, et leurs œuvres, malgré leur décadence, éveillent de tels souvenirs qu’ils captivent les premiers l’attention des visiteurs.

L’inconvénient des parallèles, si commodes aux feuilletonistes, est, le plus souvent, l’inexactitude. Ainsi, quand on a dit que M. Delacroix ne savait pas dessiner, et que M. Ingres ne savait pas peindre, on a commis, selon nous, une double erreur. Ces deux grands artistes savent aussi bien dessiner l’un que l’autre; si l’on en veut la preuve, on la trouve dans la Barque du Dante et dans les Enfants de la Médée; ce sont des figures que M. Ingres eût signées. Seulement, M. Delacroix, comme Rubens, comme Rembrandt, cherche le dessin par le mouvement, la perspective, qu’on nous passe un mot d’atelier, la masse; et M. Ingres par la ligne, comme Raphael. La couleur même de M. Ingres, si contestée, si moquée parfois, a, dans une gamme assourdie, une harmonie charmante, et ceux qui se souviennent de l’Apothéose d’Homère seront sûrement de cet avis.

Nous sommes malheureusement de l’opinion de tout le monde en disant que le talent de ces deux grands peintres n’a plus la même vigueur, surtout celui de M. Delacroix. Pour M. Ingres, son exposition est trop peu considérable pour motiver un jugement que nous n’eussions pas porté si sévère, si le souvenir de sa dernière toile, la Jeanne d’Arc, ne nous y eût forcé.

M. Hittorf a reconstruit, avec une immense érudition et une grande habileté , un temple grec, de ceux qui portent le nom un peu barbare peut-être de hypæthre-amphiprostyle-pseudopériptère. Il nous a rendu le fronton, le toit plat, tout cet art simple et charmant que nous avons eu la sottise d’imiter en agrandissant ses proportions, en allongeant ses colonnes, que le soleil ne vient pas dorer à Paris, mais que la fumée rend noires et tristes. — Le posticum de ce modèle est décoré par M. Ingres. Il y a représenté la Naissance des Muses: Mnémosyne, huit fois mère, est étendue sur son lit de douleurs; sa dernière fille naît et se lève de sa couche. Ce dessin a, pour nous, un immense défaut: M. Ingres a drapé ses muses. Ce n’est pas seulement au point de vue de la vraisemblance que nous l’en blâmons; nous pensons que son œuvre eût été bien plus belle s’il n’eût pas voilé par des draperies habiles de dessin, mais d’une couleur équivoque, les formes délicates des neuf immortelles qui, dit Hugo, montrent sans rougir leurs seins nus au poète.

C’est la seule œuvre de M. Ingres. M. Delacroix, lui, a huit tableaux, La Montée au, Calcaire, esquisse réduite d’une fresque inexécutée, Herminie et les bergers, Rebecca enlevée, une variante de Hamlet, Ovide chez les Scythes, Les bords du fleuve Sebou, Saint Sébastien, le Christ au tombeau. Nous ne parlerons que des quatre dernières toiles; les autres ne sont guère que des esquisses malheureuses.

Signalons tout d’abord dans l’exécution de tous ces tableaux de M. Delacroix un changement qui n’est pas un progrès.

Ce qui faisait pour nous le grand talent de M. Delacroix, c’est la justesse avec laquelle il modelait, tenant compte et du ton général du tableau et des reflets des objets voisins. Ses draperies, ses chairs, ses chevaux, étaient toujours modelés en vertu de cette loi qui veut que l’on fasse les ombres d’une draperie, par exemple, avec la couleur qui est complémentaire de celle de la draperie. Il s’est écarté de ce principe d’une étrange façon dans toutes les œuvres de cette année, notamment dans Ovide en exil, où il a modelé en gris une jument grise, ce qui donne à cette figure, mal dessinée d’ailleurs; un ton criard et dur. De plus, l’incorrection notoire de son dessin, qu’il dissimulait parles qualités du mouvement, frappe et étonne dans des figures au repos, qu’il a traitées avec le même laisser-aller.

Ce parti pris de ne pas dessiner l’a amené à d’incroyables résultats, dans le paysage Les bords du fleuve Sebou: ses personnages ont les cuisses trois ou quatre fois trop grosses. Nous ne nous y arrêterons pas, car ce sont des accessoires; mais ce que nous ne saurions trop blâmer, c’est un arbre d’une forme inouïe, un de ces arbres qui valent des pensums à un écolier de cinquième, lorsque le professeur les aperçoit sur une grammaire qu’ils deshonorent de leurs hétéroclites contours. Le ton général du tableau est d’ailleurs étrange et faux. C’est un tour de force, disent les admirateurs quand même. Avec cette raison, je ne vois pas pourquoi l’on n’étudierait pas la nature avec des lunettes rouges ou jaunes: on arriverait sûrement à des effets analogues.

A côté de ces défauts trop évidents pour ne pas les citer, de grandes qualités, et presque un chef-d’œuvre: nous voulons parler de la Mise au tombeau, petite toile dont la composition est admirable selon nous. Un défilé entre des rochers énormes, conduit au tombeau qui attend Jésus. Au haut de l’étroit chemin, brisée de douleur, la mère, appuyée sur deux femmes, et qu’éclaire encore le jour de dehors; au premier plan, un fossoyeur, la torche à la main, des hommes portant le cadavre; et pour relier ce groupe au premier, deux apôtres, qui occupent le milieu du tableau. Le ton général, la vérité des contours, la tristesse du paysage, tout est parfait dans cette peinture, où un grand talent est venu servir un grand sentiment.

J’ai déjà loué M. Gerôme de la voie dans laquelle il marchait. Je voudrais pouvoir m’en tenir là, car ses tableaux ne supportent guère l’analyse. Il y en a trois, et quoique l’un d’eux, le roi Candaule, soit un tableau de genre, nous en parlerons ici. Couché dans un lit éclatant et couvert de draperies, le maladroit mari regarde complaisamment sa femme se dépouiller de ses vêtements, et offrir à Gygès, caché dans un coin de la chambre, la vue d’une femme admirable, dit l’histoire, la vue d’une grisette assez laide et médiocrement bien faite, dit le tableau de M. Gérôme. Louons, cependant, le mobilier de la chambre, d’une exécution soignée et qui nous plaît infiniment, bien que les savants nous disent qu’il est plutôt égyptien qu’asiatique.