Examen critique des dictionnaires de la langue françoise - Charles Nodier - E-Book

Examen critique des dictionnaires de la langue françoise E-Book

Charles Nodier

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"Examen critique des dictionnaires de la langue françoise", de Charles Nodier. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Charles Nodier

Examen critique des dictionnaires de la langue françoise

Recherches grammaticales et littéraires sur l'orthographe, l'acception et l'étymologie des mots
Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066315962

Table des matières

PRÉFACE.
A
B
C
D
E
F
G
H
I
J
K
L
M
N
O
P
Q
R
S
T
U
V
W
X
Y
Z
&

PRÉFACE.

Table des matières

I. Quoiqu’il soit très-pénible et très-ennuyeux de parler de soi, je ne puis expliquer sans cela l’origine de ce volume. Je prie donc le lecteur de me pardonner quelques détails insipides, qui jetteront toutefois un peu de jour sur la composition et l’objet de mon ouvrage.

II. Mes premières études ont été consacrées à l’investigation et à l’analyse philosophique des langues. J’avois rêvé de très-bonne heure des plans de perfectionnement dans la grammaire et d’unité dans le langage, dont je faisois dériver tout naturellement une grande amélioration dans la société, la paix perpétuelle de l’abbé de Saint-Pierre, et la confraternité universelle des peuples. Il ne falloit pour accomplir cette utopie d’enfant qu’un alphabet que j’avois fait, une grammaire que j’avois faite, et une langue que je faisois. J’avois jeté les idées fondamentales de ma méthode dans un livre imprimé que la commission d’Instruction publique venoit de revêtir d’un suffrage éclatant, et je poursuivois hardiment mon immense carrière, parce qu’il n’y a point d’obstacles aux entreprises d’un homme de dix-huit ans, et point de limite à ses facultés. Ce n’est guère qu’à trente ans qu’on sait que l’art est long, la vie courte, et l’apprentissage difficile.

Un mandat d’arrêt, qui a pesé sur moi pendant quatre ans, et qui de huit est le seul que j’aie trouvé moyen de ne pas laisser mettre à exécution, servit merveilleusement le système d’illusions que je m’étois fait. La misère est rêveuse et la solitude créatrice. J’étois loin des matériaux de mon grand travail; mais la pensée m’en pour-suivoit dans les bois, dans les ravins, dans les fondrières, et j’ai failli cent fois être saisi par un gendarme à l’instant où je clierchois à saisir une étymologie. Quand le sommeil invincible, surtout à cet âge, m’avoit surpris dans un sillon voilé d’épis, ou sous quelques broussailles touffues, il m’est arrivé cent fois de me réveiller, comme Archimède, sur la solution d’un problème lexicologique, en criant: Je l’ai trouvée! et de courir les pieds nus dans la campagne avec une folle joie; mais je n’avois pas laissé mes pantouffles au bain. Je n’en avois point.

Il est vrai de dire après cela que mon malheur, ou ce qu’on appelle ainsi dans l’opinion du vulgaire, car les années dont je parle sont au nombre des plus douces de ma vie, ne fut pas long-temps absolu. Une singulière facilité de caractère, un esprit de tolérance universelle, qui étoit l’effet de mon organisation ou le fruit de mon expérience, une bienveillance familière et amicale dont mes pauvres persécuteurs n’étoient pas exceptés, et qui les a quelquefois attendris sur les maux qu’ils m’avoient faits, la bizarrerie romanesque enfin de cette vie nomade et vagabonde que mon caractère connu ne rendoit inquiétante pour personne, tout cela me donnoit beaucoup de protecteurs, au moins parmi les bûcherons et les mendiants, mes compagnons ordinaires, car il n’étoit pas plus question de moi à la Commission de la liberté individuelle qu’à l’Institut. Mon sort intéressa les ecclésiastiques du pays, protecteurs nés de toutes les infortunes; etquand on appritque je savois un peu de latin, et que je citois aussi juste dans la Bible que les Concordances, ce fut à qui pourroit m’héberger au presbytère. Pourrois-je oublier jamais vos bontés, bons curés d’Arbois, de Grozon, de Saint-Cyr, d’Aumont, de Colonne, de Pupilien, de Toulouse, de Villers-les-Bois, de La Ferté?... J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soit, et vous m’avez donné à boire, selon les préceptes de votre divin Maître. Qu’il daigne vous rendre ce que vous avez fait pour moi, dans la dispensation de ses bienfaits éternels!

Mais vous aviez peu de livres, s’il m’en souvient. Quoique bon chrétien, et même facilement, dévot, quand mes chagrins ordinaires étoient aggravés par quelques chagrins de plus, je n’aimois bien positivement de la Théologie que les saintes Ecritures que je savois déjà par cœur, l’Imitation de Jésus-Christ que je portois toujours sur moi, et quelques ouvrages des saints Pères, trop chers ou trop rares pour se trouver dans la bibliothèque d’un curé de village. Quant à la Liturgie et au Droit Canon, je n’y entendois pas un mot, et j’aurois donné la Missa Latina de Flaccus Illyricus, qui ne fait pas maintenant un petit ornement dans ma bibliothèque, pour le moindre volume dépareillé de Rabelais.

Un hasard assez singulier faisoit que chacun de mes bons curés possédoit un Dictionnaire de notre langue, différent de celui que possédoit sou voisin; et cette circonstance nous frappoit surtout à la suite du sermon de la fête patronale, quand une expression malsonnante avoit eu le malheur de choquer le purisme délicat de certain de nos auditeurs du chef-lieu. Chacun s’en référoit alors à son Dictionnaire familier, qui à Restaut, qui à Wailly, qui à l’immense Trévoux, qui au vieux Furetière, les érudits à Nicod, les habiles à l’Académie; et le scandale devenoit. grand, au bout de six dîners donnés et reçus, quand la question débattue entre deux personnes étoit sortie irrésolue de l’épreuve de six solutions.

Trop jeune et trop peu instruit pour me mêler de ces débats, j’en tirois cependant tout le parti que je pouvois en tirer; je lisois attentivement ces Dictionnaires que je regardois alors comme les archives authentiques de la langue; je les comparois entre eux; je me rendois compte, la plume à la main, de leurs définitions étranges, de leurs étranges contradictions, de leurs omissions inexplicables, de leurs fausses et ridicules variantes d’orthographe, et je m’étonnois de plus en plus que les titres littéraires d’une nation qui n’ est pas médiocrement ambitieuse dans ses prétentions de toute espèce, eussent été plus négligés que ceux de l’argot. Quand mon mandat d’arrêt fut levé, mon volume étoit fait, et le voici avec très-peu de changements et d’additions.

III. Je n’avois toutefois pas écrit cet ouvrage pour le public, c’est-à-dire pour les oisifs qui lisent tout, même ce qui peut être utile. On se rappelle que j’avois de grandes vues, et à vingt ans un livre n’est qu’une étude; mais les années se sont écoulées après les années; la vie a couru, et il me reste à peine le temps de me servir de mes études pour faire un livre. Il est vrai de dire que j’ai eu quelque temps le droit d’espérer que ces études sérieuses du jeune âge ne seroient pas entièrement perdues pour le reste de ma vie. Tout proscrit que j’étois (qu’on me pardonne l’emphase de ce terme obligé, je l’ai entendu employer à moins), j’avois vu l’Université impériale me chercher deux fois dans l’exil pour un emploi de professeur, au moment où je sortois à peine du rang des écoliers; peu de temps après, le gouvernement de Carniole, placé alors sous l’autorité sage et paternelle de M. le comte Bertrand, m’appeloit de cinq cents lieues pour administrer une des meilleures bibliothèques de l’Europe; ma vie étoit devenue tout ce qu’elle pouvoit, devenir, celle du littérateur assidu qui n’a besoin que d’indépendance pour se livrer avec fruit au perfectionnement de ses connoissances acquises, et pour travailler à l’acquisition de connoissances nouvelles. Je parcourois librement de la pensée cette longue et facile carrière où des succès sans éclat mais non pas sans utilité devoient racheter tous les malheurs de ma jeunesse; j’en’ambitionnois plus d’autre avenir pour moi, quand les événements de1814rendirent la France au pouvoir légitime qu’elle avoit si amèrement et si justement regretté. Je n’apprendrois pas à ceux qui ont étudié notre histoire chez nous que le triomphe de la légitimité ne fut pas celui de toutes les légitimités. On oublia promptement dans le nombre la légitimité de quelques services obscurs, la légitimité de quelques talents plus obscurs encore, qui évitèrent d’afficher leurs titres dans le salon ou qui dédaignèrent de les inscrire sur la liste officieuse de l’antichambre. Au moment où sembloient éclore en ma faveur des ressources inépuisables, je m’aperçus qu’il ne me restoit plus que celle du travail, et qu’il me falloit, selon l’expression de mon poète favori,

Quitter le long espoir et les vastes pensées.

Je ne conservai de l’édifice idéal sur lequel j’avois fondé ma gloire que des matériaux stériles et confus, membra disjecti poetœ. Maintenant toutefois qu’éclairé par l’âge et par l’expérience je juge mes entreprises avec plus de rectitude, je ne regrette que le temps qu’elles m’ont coûté. Le public et la postérité n’y perdront rien.

IV. Après cette ennuyeuse explication que je ne pouvois cependant refuser à mes amis (ils seront probablement mes seuls lecteurs; et pour qui écri t-on d’ailleurs?), je n’ai plus besoin de dire qu’il ne faut pas chercher de méthode dans un livre entrepris sans dessein et bâti au hasard de pièces sans harmonie, dont on ne peut tirer qu’une induction bien positive: c’est que tous nos dictionnaires sont fort mauvais, et que celui-ci ne fait pas exception à la règle. On me demandera selon toute apparence pourquoi j’imprime un ouvrage dont je porte un tel jugement, et je serai aussi naïf dans mon apologie que je l’ai été dans mon abnégation. Tout informe que soit ce volume, toutes disparates que soient les notules fugaces dont il est composé, je ne saurois pousser le dédain qu’il m’inspire et qu’il partage dans ma pensée avec mes autres écrits, au point de le regarder comme entièrement inutile. Comme je l’avois tout-à-fait oublié, j’ai appris quelque chose en le relisant, et j’ai la vanité de croire que je ne suis pas le seul homme qui ait quelque chose à apprendre en lexicologie, c’est-à-dire dans une science qui n’est pas finie, qui ne le sera jamais, et sur laquelle il y aura matière à discuter, tant qu’on fera des livres avec des paragraphes, des paragraphes avec des phrases, et des phrases avec des mots. Si la centième partie de mes recherches peut tourner à l’avantage de cette curieuse étude, et prêter une foible illustration à des travaux plus solides, les personnes qui me font l’honneur de me lire n’auront perdu leur temps qu’à un centième près. Elles ne s’en tirent pas toujours à si bon marché avec les ouvrages nouveaux.

V. Une objection de plus de valeur contre cette publication, c’est la forme à demi facétieuse, à demi hostile, de ces dissertations de quelques lignes, où je n’ai pas toujours eu le loisir d’être poli. Cette méthode d’analyse, ou goguenarde ou acerbe, me paroît fort contraire aux bienséances de la critique, et nul écrivain, dans toute sa carrière littéraire, ne s’est montré plus éloigné que moi de ce genre d’inconvenance qui répugne à mon caractère, et qui s’accommode très-mal d’ailleurs à l’allure sérieuse de mon esprit; mais j’ai déjà dit que ces notes n’avoient été d’abord écrites que pour mes propres études, et je n’ai pas voulu, en les mettant au jour, me faire fallacieusement meilleur que je suis. Je ne vois pas pourquoi je craindrois de dire hautement ce que j’ai pensé en particulier, si je l’ai pensé d’ailleurs sans pinventions et sans malveillance. Cur non palam si decenter? Je respecte tous les talents, toutes les bonnes études, toutes les entreprises utiles, et je place au premier rang des plus honorables ouvriers de la littérature les grammairiens, les lexicographes, les dictionnaristes. Si leurs dictionnaires sont mauvais, ce n’est presque jamais leur faute. C’est d’abord celle de la langue, qui n’est pas bien faite; celle de l’alphabet, qui est détestable; celle de l’orthographe, qui est une des plus mauvaises et des plus arbitraires de l’Europe. C’est ensuite celle de la routine, qui est une loi en France. C’est peut-être enfin celle des institutions littéraires préposées à la conservation de la langue, et qui ont fait de cette routine un fatal monopole.

VI. Si quelqu’un s’obstinoit cependant à chercher ici des acceptions de personnes, je lui répondrois par un fait singulier. Depuis le jour où j’écrivois ce qui précède et tout ce qui suivra, j’ai donné quelques soins et mon nom à un Dictionnaire de la langue française, exécuté, comme tous nos Dictionnaires, sous l’influence d’un système établi, et par conséquent dans un esprit diamétralement opposé à mes théories. Ainsi on y trouvera le Dictionnaire des nomenclatures, que je regarde comme un ouvrage à part du Dictionnaire de la langue, et que je n’y aurois pas admis, si j’en avois été le maître, quoiqu’il soit pour cette fois la meilleure partie du livre. Ainsi on y trouvera vraisemblablement nombre de définitions que je critique, exprimées dans cette prétendue orthographe de Voltaire que tous les grammairiens repoussent; et cela ne pouvoit pas être autrement, ce Dictionnaire devant être l’expression choisie, mais fidèle des Dictionnaires antérieurs, mise à l’usage de l’époque. Il y aura donc lieu à renvoyer nombre de mes traits contre mon bouclier, et je les recevrai sans rancune. Je demande la même courtoisie aux tenants que le sort des armes m’a donnés dans cette joute innocente. Il s’agit aujourd’hui entre les peuples de tout autre intérêt que de la modeste gloriole de quelques doctes et patients enrégistreurs de mots, condamnés à se copier à tour de rôle depuis le commencement d’une langue jusqu’à sa fin; et la polémique des Dictionnaires ne fera plus le même bruit qu’au temps de Ménage et de Furetière. C’est le cas de dire plus que jamais, et dans une acception plus littérale: Sunt verba et voces, prœtereaque nihil.

EXAMEN CRITIQUEDESDICTIONNAIRESDE LA LANGUE FRANÇOISE.

Table des matières

A

Table des matières

A. Substantif.

1o En terme d’antiquités, lettre de suffrage on d’absolution.

2o Affirmation en logique.

3o Expression abrégée du mot alto en musique.

4o Expression abrégée du mot accepté, dans l’usage du commerce.

5o Expression abrégée du mot altesse.

Acceptions omises.

Figures familières: ne pas faire une panse d’a ne savoir ni a ni b.

ABANDONNEMENT. Très-beau et très-utile dans un sens où le mot abandon, presque entièrement passé au sens moral, ne suffit plus.

ABAQUE. Outre les acceptions recueillies par M. Boiste, ce mot prend encore les acceptions suivantes:

1o Une planche dont les anciens se servoient pour compter;

2o Une table de jeu antique;

3o Un lutrin.

ABBÉ. De cette racine abba ou appa qui signifie père; il en est de même de pape, de papa, etc. On dit le saint Père; on appelle mon père un ecclésiastique, un moine. Le premier gouvernement a été l’image de la famille, et le premier gouvernement, ce fut la théocratie.

L’analogie s’est perdue dans les choses: elle reste dans les mots.

ABDALAS. 5. m, pl. ACADÉMIE.–Ou singulier, suivant le nombre.

Nom générique. GATTEL.–Nom vague.

Moine persan, BOISTE.–Les religieux du Levant se qualifient abd’allah ou serviteurs de Dieu; mais on ne dit pas un abdallah comme on dit un capucin.

La Perse est un pays et non pas une religion.

Que diroit-on d’un dictionnaire de l’Académie d’Ispahan où les mots serviteur de Dieu seroient expliqués par ceux-ci: moine françois? Mais quand l’Académie d’Ispahan fera un dictionnaire, elle aura le bon esprit de n’y pas parler de nos moines.

ABOYER. Béer à: voilà pourquoi on dit d’un chien qu’il aboie ou qu’il bée à la lune; d’un sot, qu’il baille, baye ou bée aux corneilles: béer est le mot propre, mais bayer s’y est substitué. Bailler, hiare, est un autre verbe. On a écrit: abayer, écouter bouche béante.

ABRACADABRA. Mot de magie, ACADÉMIE. –Y a-t-il donc des mots de magie?

Mot auquel on attribue la vertu de guérir la fièvre en le portant écrit autour du cou. WAILLY. –Si la postérité conclut de là qu’il y avoit quelqu’un en France, à la fin du XVIIIe siècle, qui attribuât une pareille propriété à un amulette, c’est qu’elle sera trompée par un solécisme.

Il falloit dire: mot auquel on a attribué la vertu de guérir les maladies, ses lettres étant disposées suivant un certain ordre:

ou plutôt, il n’en falloit rien dire, car ce mot n’est, pas François.

ABRAXAS s. m. Mot magique et mystérieux. WAILLY.–Ce n’est point un substantif masculin; c’est un nom propre. Ce n’étoit point un mot magique; il n’agissoit ou ne passoit pour agir magiquement qu’à la manière du Jehovah des Hébreux. C’est le nom d’une divinité qui présidoit aux trois cent soixante-cinq jours de l’année et qui avoit une vertu pour chacun. On ne sait ce qu’elle faisoit le bissexte.

ABRÉVIATIONS. Il est essentiel d’indiquer les lettres abréviatives aux étrangers, dans un Dictionnaire bien fait, puisque notre langue en admet un nombre considérable. J’ai essayé d’en déterminer certaines aux lettres typiques de chaque division; mais j’ai dû en omettre bien davantage. Il faudroit remarquer avant tout que les prénoms sont susceptibles d’être ainsi désignés par leur initiale, ce qui est d’ailleurs commun à toutes les langues; mais ce qui doit tous les jours devenir plus rare, la multiplicité de ces initiales équivoques engendrant une confusion inexplicable et dangereuse. Le renouvellement de la société telle qu’elle est, ou même celui du Calendrier canonique y pourvoira nécessairement tôt ou tard.

ABRUTISSEUR. Se dit des Turcs, BOISTE.– Il falloit dire: On ne l’a dit qu’une fois, et on l’a dit des Turcs; mais, s’il peut se dire, on le dira de tout ce qui abrutit, et il deviendra adjectif. On peut parier contre: c’est un néologisme barbare.

ABSINTHE, s. f. Genre imposé par analogie aux mots de la langue qui ont la même désinence. Etymologiquement il seroit masculin, comme en latin.

Malherbe a dit:

Tout le fiel et tout l’absinthe...

et l’Académie, qui ne connoît, pas ce genre du mot absinthe, ne lui connoît pas non plus cette acception.

ACADÉMIE. Court de Gébelin le fait dériver de l’oriental Cadm ou Qadm dont on a fait Cadmus et qui signifie l’orient. C’est une très-plaisante idée.

Mais pourquoi une société de gens de lettres françois, qui ne s’occupent pas du grec, a-t-elle tiré son nom des jardins d’Académus? autant vaudroit l’avoir emprunté de l’oriental Cadm ou Qadm.

ACCESSIT. T. de collège, emprunté du latin: récompense donnée à un écolier qui a le plus approché du prix. GATTEL.–M. Gattel a oublié l’accessit d’Académie qui ne se donne pas toujours à des écoliers.

ACCORTEMENT. Adverbe excellent qui siéroit encore à merveille dans le genre simple et naïf, s’il reste un genre simple et naïf à notre ambitieuse littérature.

Ma bouche accortement saura s’en acquitter.

CORNEILLE.

ACCORTISË. Mot charmant renouvelé par Voltaire. Il n’est point remplacé par courtoisie qui indique une disposition générale du caractère, tandis qu’ accortise a rapport à une circonstance déterminée.

ACCOUTUMANCE. La Harpe dit très-bien: Cours de littérature, t. XII, p.162. L’oreille étant de tous les sens le plus docile à /’accoutumance, et le plus rebelle à la nouveauté. Dans cette acception, ce mot n’a point de synonime satisfaisant.

ACEPHALE. Les Dictionnaires ont oublié une acception de ce mot tout grec. On appelle acéphale un vers qui commence par une brève.

ACERBE. Les vieux glossaires définissent très-bien le sens primitif par cette phrase excellente: Qualité d’un fruit cru, qui n’a pas mûri.

Les derniers, en rendent l’idée par ces mots: Un milieu entre l’aigre, l’acide et l’amer. Il est difficile de comprendre ce que c’est qu’un milieu entre trois choses dont l’une n’a aucun rapport avec les deux autres.

ACOUSTIQUE. Tout le monde sait que ce mot vient du grec , écouter; mais d’où vient écouter, si ce n’est aussi d’? Le patois acouter est donc beaucoup plus conforme à l’étymologie que le vocable françois. Il y a dans notre langue mille exemples de semblables bizarreries. C’est le peuple qui, sans s’en douter, parle la langue savante, parce que, plus fidèle aux traditions, il ne reçoit que fort tard les modifications du langage.

ACROUPTONS. Sur la croupe, BOISTE.–Il faudroit écrire à croupetons, avec la particule préposée, si ce mot pouvoit être françois. Il est, patois, et quiconque l’écrira, l’écrira comme bon lui semble.

ACYROLOGIE. Manière de parler impropre: sperare pour timere dolorem dans Virgile. J’espère que vous vous portez bien, pour, je pense ou il paroît, etc. Omis.

ADAGE. Proverbe, maxime, style plaisant. WAILLY.–Pas toujours.

ADAM. Josephe dit qu’il signifie rouge, et il en conclut que la terre dont Adam fut tiré étoit rouge. Cela n’est pas encore bien clair; mais Adam est un des premiers vocables de l’enfance, et convenoit fort bien au nom de l’homme que ce mot a désigné jusqu’ici dans cinq ou six langues du Levant.

ADJECTIF. C’est une chose extraordinaire en grammaire et en logique qu’un adjectif devienne l’attribut, d’un autre, comme le Perfide généreux d’Héraclius.

Il faut nécessairement alors que l’esprit fasse un substantif d’un de ces deux attributs; et, si le choix n’en est pas déterminé par une circonstance très-sensible, il résulte de leur assemblage un vague qui nuit à l’effet.

On ne peut décider jusqu’à quel point la poésie pourroit parvenir à faire une beauté de cette hardiesse; mais, dans Héraclius, elle ne me présente qu’un défaut.

ADORER, ad os.–C’est le premier signe d’adoration; on a ensuite mis la main sur le cœur, et puis on s’est prosterné; puis on s’est couché sur la terre. L’adoration a d’abord été restreinte à Dieu, aux êtres surnaturels, aux abstractions; voilà un mot fort éloigné de son étymologie. Ce que les hommes ont le plus raffiné c’est, l’abaissement.

ADRAGANTE. adj. f. ADRAGANT. s. m. Barbarismes. Il faut dire tragacanthe.

AEROPHOBE. Qui craint l’eau, BOISTE.– Voilà une singulière définition. Tous les poissons sont nécessairement aérophobes, mais on sait s’ils craignent l’eau.

AFFRE. Mot d’ un usage énergique, regretté par Voltaire, et dont est fait l’adjectif affreux. On ne sait à quel propos M. Boiste le donne pour persécution; avec, ou d’après le critique de l’Academie.

AGA. interj. de surprise, BOISTE.–D’indication. C’est l’impératif antique du vieux verbe agarder ou regarder; et un caractère de l’impératif est, comme on sait, de perdre la terminaison de l’infinitif.

AGATE. Du grec , tiré lui-même , un arbre ou une fleur épineuse, parce que la plupart des agates paroissent contenir des plantes de cette espèce.

Le savant Périon fait venir de ce mot le nom de l’églantier, qu’on prononçoit de son temps aglantier ou agantier. Cette particularité orthographique équivaut à une démonstration.

Il n’est personne qui n’aperçoive dans le même mot l’étymologie du nom de l’acacia.

AGE. 5. m.–Féminin dans ce passage de Malherbe:

Que d’hommes fortunes en leur âge première

Trompés de l’inconstance à nos ans coutumière....

AGRICULTEUR, s. m. Néologique et barbare culteur n’étant pasfrançois; dites agricole.

BOISTE.

–Agricole n’est jamais qu’adjectif. La raison de M. Boiste pour rejeter ce mot est très-mauvaise. C’est que le composant culteur n’est pas françois. Dans législateur, lateur n’est pas françois, et législateur est bon. Et puis cole n’est pas plus françois que culteur.

AGUET. N’a d’usage qu’au pluriel, ACADÉMIE. –Il est employé au singulier d’une manière très-heureuse, ce me semble, dans le vers suivant:

Quand l’aguet d’un pirate arrêta leur voyage.

MALHERBE.

AHALER, ADHALER. Deux néologismes assez utiles, dont le premier paroît d’une composition plus pittoresque et plus heureuse.

AH AN. Suer d’ahan, phrase de définition, Dict. de l’Académie; inusitée suivant son critique. Elle est dans Costar.

AHURI. Interdit, stupéfait, maladroit; ce que j’apprends à toute la France qui n’a jamais vu ce mot que dans les dictionnaires, et qui ne l’y a pas plus remarqué, que cinquante autres barbarismes; c’est du patois de Paris ou de sa banlieue.

AI. prononcé É.A quoi conduisent de prétendues améliorations d’orthographe dans une langue qui n’est pas renouvelée simultanément? à tout confondre.

J’ai écrit ailleurs: Le mot j’aimerois, orthographié selon la ridicule méthode de Voltaire nous a fait perdre une valeur de prosodie et une nuance de prononciation.

Dans ce vers de Corneille:

Le prince pour essay de générosité.

Scudéry reprenoit la rime léonine d’essay et de générosité.

L’Académie déclara qu’il n’y avait pas même de consonnance, et l’Académie eut raison. Il n’y avoit cependant de différence, entre ces deux opinions, que de la prononciation de Scudéry à celle de Chapelain.

AIGAIL. On dit en poésie l’aigail des prés, des fleurs. Il est peu usité, GATTEL.–Si peu usité qu’on ne l’avoit jamais vu que dans Jacques du Fouilloux, avant de le voir là.

L’orthographe égail est très-mauvaise, parce qu’elle ne rappelle aucunement l’étymologie, qui est le patois aigue, fait du latin aqua.

AIL. Le pluriel étoit autrefois aulx.

M. Boiste donne aux, et M. Gattel aus; dans l’usage le plus commun c’est ails; et dans le bon usage ce n’est rien de tout cela. On dit généralement de l’ail; et ce mot ne se pluralise jamais.

AIMABLEMENT. Ce charmant adverbe a de belles autorités: saint François de Sales, Bourdaloue, madame de Sévigné; il en a de plus fortes encore, l’utilité, l’analogie, l’harmonie: il faut espérer que tout cela le recommandera un jour à l’Académie.

AIMANT. adj. C’est un vieux mot renouvelé et qui a bien son mérite. Il a l’autorité de Mascaron et de madame de Genlis, ce qui me le fait croire très-propre à l’ascétisme et à l’amour. Comme ce sont deux passions qui ne s’épuiseront pas de long-temps dans le formulaire des prédicateurs et dans le cœur des dames, on peut croire qu’il vivra,

AIMOSCOPIE. Inspection du sang. BOISTE. – Comme l’orthographe étymologique d’après les Grecs est très-irrégulière, j’admettrois celle-ci, à condition que l’on écriroit aimoptysie aimorragie, aimorrhoïdes. Je dirai cent fois qu’il n’y a point d’orthographe passable sans harmonie; mais c’est une chose extraordinaire que le nombre de mots tirés du grec qui ont été introduits dans notre langue par des gens qui ne savoient pas le grec.

ALCHIMIE. Remarquez que ce mot est le même que chimie, avec l’article al des Arabes, qui n’y paroît qu’une redondance inutile. On a cependant conservé l’un et l’autre pour deux acceptions très-différentes, car l’un représente une science et l’autre une folie, mais qui ont été presque identiques a une époque ou les folies de l’homme se meloient dans toutes ses sciences.

ALCORAN. Dans tous les mots qui viennent de l’arabe, cette syllabe al est un article mal à propos incorporé au substantif, et qui fait sur l’article françois une superfétation ridicule et vicieuse, céla est généralement connu: mais faut-il imiter certains parleurs délicats qui affectent de supprimer maintenant cette syllabe oiseuse; et doit-on réléguer l’ancien nom de l’alcoran au nombre des mots passés de mode? oui, si l’on étend ce principe aux mots alembic, algèbre, almanach, et à leurs co-dérivés, autrement ce sera là une réforme inutile comme toutes les réformes partielles.

ALDIN, e. Lettre italique, TRÉVOUX.–On appelle aldines les lettres italiques, parce qu’elles furent introduites par les savants Aldes, imprimeurs de Rome et de Venise.

Aldines se dit aussi adjectivement de leurs précieuses éditions dont M. Renouard a donné une curieuse histoire.

ALFANGE.

De nos honteux soldats les alfanges errantes

A genoux ont jeté leurs armes impuissantes.

VOLTAIRE. Orphelin de la Chine.

Il est, à remarquer que Voltaire, qui a souvent essayé de créer des mots, y a rarement réussi. La langue étoit faite; celui-ci ressembloit trop par le son et par le sens à phalanges, qui est très-bien, et qui étoit déjà consacré dans les classiques. Voltaire fut plus heureux pour hordes, qu’il hasarda dans le même ouvrage, et qu’on a depuis employé jusqu’à l’abus; mais ce dernier mot n’avoit pas d’analogue exact, et les mœurs mêmes des Tartares nous avoient été si peu connues jusqu’alors, qu’il devenoit une nécessité de la langue. Dans les vers cités, qui ne sont d’ailleurs pas bons, les comédiens de province lisent et prononcent phalanges, sllfanges n’est pour eux qu’une faute d’impression. C’est bien pis: c’est une faute de prétention.

ALGAZELLE. Gazelle d’Arabie, WAILLY, BOISTE.–Et nom d’Arabie. C’est gazelle avec l’article.

ALLÉ, ÉTÉ. Dans quel cas ces deux mots peuvent-ils s’employer indifféremment?

Je suis allé à Paris en telle année, j’ai été à Paris en telle année, sont de très-bonnes locutions, parce que lorsqu’on est allé à Paris, on y a été, pour peu qu’on y restât.

Mais est-il permis de dire indifféremment avec M. Girard: Je suis allé le voir, ou j’ai été le voir? Que dis-je? faut-il s’emporter comme lui contre les gens qui n’adoptent pas cette dernière locution? Cette question ne peut se résoudre que par une courte analyse.

Le verbe être détermine un état; c’est même là sa fonction spéciale dans le langage. Il ne peut donc pas être suivi d’un infinitif qui en détermine un autre. Pour vous assurer de sa propriété, ramenez la phrase à l’infinitif être: cette règle est infaillible.

Etre à Paris est du très-bon francois; être le voir est barbare: On dit Je suis allé le voir, j’ai été chez lui.

La nuance de ces expressions, dans le cas même où elles peuvent être indifféremment employées sans faute grammaticale, est cependant très-importante à saisir, car c’est elle qui détermine la physionomie de l’idée. Quelqu’un qui diroit: J’ai été à Paris en poste, ne diroit pas ce qu’il veut dire, s’il vouloit faire entendre qu’il a pris la poste pour y aller. La logique et la langue exigent je suis allé. Il en seroit de même, dans certains cas, pour cette dernière locution.

Les beaux parleurs et les écrivains maniérés enchérissent ridiculement sur cette petite difficulté, en substituant l’aoriste au prétérit. C’est très-mal s’exprimer que de dire: Nous y fûmes, pour nous y allâmes, et il n’y a rien de plus commun. Quant à cet aoriste même dans le sens de nous y avons été, il peut être fort bon en son lieu: le style a tant de secrets!

ALLUMETTE. Petit brin de bois souffré par les deux bouts, GATTEL.–Il y a des allumettes faites de carton, de brins de chanvre, de chaume de graminées; il y en a qui ne sont souffrées que par un bout; il y en a même qui ne sont pas souffrées, et qui sont beaucoup moins commodes. Il ne faut pas d’ailleurs disputer pour si peu de chose.

ALPES. Montagnes d’Italie fort renommées. GATTEL.–On ne voit pas comment une montagne peut être plus ou moins renommée. Les Alpes sont d’ailleurs des montagnes qui n’appartiennent pas plus à l’Italie qu’à la France ou à la Suisse. On appelle de ce nom de grandes montagnes primitives qui coupent les continents: les Alpes helvétiques, les Alpes suédoises, etc., et dont le nom vient probablement de la racine alb, parce que leur sommet est couvert de neige; enfin il ne falloit pas négliger l’adjectif alpin, qui est très-usité par les voyageurs et par les naturalistes.

ALPHABET. Cette dénomination même est impropre dans notre langue, quoiqu’elle désigne bien les deux premiers éléments de la collection de nos lettres, mais parce qu’elle le fait par de fausses appellations; elle convenoit aux Grecs qui nommoient alpha la première des voyelles, et beta la première des consonnes. Pourquoi ne pas s’en tenir chez nous aux mots abécédaire et abécé, qui ont au moins une construction naturelle et intelligible à tout le monde?

AMALGAMATION, AMALGAME. s. f. Terme de chimie; union d’un métal ou d’un demi-métal avec le mercure, GATTEL.–

1oAmalgamation est un barbarisme.

2oAmalgame est un substantif masculin et non un substantif féminin.

3oAmalgame n’est pas exclusivement un terme de chimie.

4o Tous les mélanges d’éléments étrangers, et non pas seulement celui d’un métal et du mercure, peuvent se qualifier d’amalgame.

5oAmalgame est utile et commun dans une foule d’emplois figurés.

AMBUBAGE. S. m. BOISTE.–Écrivez ambubaies, et ajoutez pluriel.

Flûte des Syriens, BOISTE.–Joueurs de flûte qui venoient de Syrie.

Ambubaïarum collegia, pharmacopolœ.

De l’oriental avuv ou abub, une flûte, nasalé ambub. Ce mot n’est d’ailleurs nullement françois.

AME. Je ne sais quel étymologiste a avancé l’idée, plus ingénieuse que solide, qu’il y avoit ici autre chose qu’une contraction De l’anima des Latins, savoir une vive mimologie de l’expiration. Dans la formation de ce mot, les lèvres, à peine entr’ouvertes pour laisser échapper un souffle, retombent closes et sans force l’une contre l’autre. Dans le mot vie, au contraire, elles se séparent doucement et semblent aspirer l’air: c’est le mimologisme de la respiration. En anglois, le mot be, qui est de même nature et de même touche, signifie être; et ce qu’il y a de singulier c’est que, dans le même verbe, am signifie je suis. Bit, en esclavon, est le même que be ou bi en anglois.

AMI. Claverct, avec qui il était ami, avait été celui qui avait fait courir cette pièce, VOLTAIRE.–

Comme ce nom est une grande autorité, à fort juste titre, et que peu de personnes ont écrit plus purement que l’auteur de cette phrase, il n’est pas inutile de dire aux jeunes gens et aux étrangers qu’elle est extrêmement mauvaise, et qu’on n’est pas ami avec quelqu’un.

AMIANTE. s. m. Matière minérale dont on fait de la toile incombustible. GATTEL.–Il ne faut pas que nos neveux se persuadent, d’après cela, qu’il y avoit en France l’an de grace1800 une manufacture de toile d’amiante, dont on faisoit des linges qui résistoient à l’incendie. M. Gattel vouloit dire: dont on prétend qu’il a été fait de la toile incombustible.

Il n’est pas certain que l’amiante soit absolument inaltérable au feu; et il est moins certain encore que ce soit un substantif masculin, car il est toujours féminin dans l’usage.

AMPHISBÈNE. Il ne faut plus définir ce mot, serpenta deux têtes, comme le font les Dictionnaires. Il n’y a point de serpents à deux têtes. Les amphisbènes tirent ce nom de ce que leur queue et leur tête se confondent par la dimension, et de ce qu’on leur a attribué la propriété fort douteuse de se diriger dans tous les sens.

AMPHITRYON. M. Boiste écrit, mal Amphitrion. Le mot de Sosie:

Le véritable Amphitryon

Est l’Amphitryon où l’on dîne,

a consacré ce mot dans le sens proverbial d’homme qui donne à manger. Il est devenu un substantif de la langue, comme Harpagon, comme Tartufe.

ANACHRONISME. Faute qui consiste.... à placer un fait dans un siècle où il n’étoit pas encore arrivé, GATTEL.–Et si c’étoit dans un siècle postérieur à celui où il est arrivé, comment nommeroit-on cette faute?

ANAGRAMME. Petite production ou l’on trouve dans le nom de quelqu’un en retournant les lettres de ce nom, un sens bon ou mauvais. GATTEL.–Et si c’étoit. dans un mot qui ne fût pas le nom de quelqu’un, comment appelleroit-on cette petite production?

Quant au sens bon ou mauvais, il paroît effectivement indispensable qu’il soit l’un des deux.

ANAGNOSTE. Esclave qui lisoit pendant les repas, BOISTE.–Le mot tout grec dont il est ici question ne signifie que lecteur.

Rabelais se félicite d’avoir été lu devant Francois Ier par un excellent anagnoste.

ANECDOTE. Grande déviation de sens. Anecdote vient du grec , non publié, et on entend par anecdotes les nouvelles les plus répandues. Il a bien fallu faire inédit pour l’ancienne acception, et surtout il faut bien recommander ce mot aux lexicographes qui le dédaignent.

ANERIE. Ce livre est plein d’dneries. ACADÉMIE, GATTEL.–On a déjà dit que cette phrase étoit singulière dans un Dictionnaire.

Quelle ânerie dans ce médecin dans cet avocat! GATTEL.–Tontes les vérités ne sont pas bonnes à dire.

ANGULAIRE. Qui a un ou plusieurs angles. GATTEL.–On ne connoît point de figure au monde qui n’ait qu’un angle.

ANGUSTIE. Il ne se dit que d’un chemin. GATTEL.–Il ne se dit pas.

ANIER.

Un dnier son sceptre à la main, etc.

L’Académie avoit oublié ce mot; il est utile, et La Fontaine l’emploie assez bien.

ANIMAL. Peut-on dire animal de somme au lieu de bête de somme, comme l’a fait La Fontaine? Je ne le crois pas. Voilà une de ces délicatesses de synonymie qui constituent l’esprit d’une langue; et comment les reconnoître dans une langue morte, puisqu’elles échappent quelquefois aux contemporains eux-mêmes?

ANNONCER. Les curés annoncent les fêtes, les comédiens leurs pièces, les ministres protestants, etc. GATTEL.–M. Gattel ne faisoit pas des épigrammes en définition comme Furetière et Richelet. Cette phrase d’exemple est un exemple d’inconvenance.

ANTENNES, s. f. pl. Cornes (BOISTE) que quelques insectes portent sur la tête, GATTEL.–

1o Quand on dit qu’un insecte a perdu une antenne, ce mot est singulier.

2o Des antennes ne sont pas des cornes.

3o Ce ne sont pas quelques insectes, mais tous les insectes qui portent des antennes.

4o Les insectes ne portent pas les antennes sur la tête, mais à la tête. On ne porte sur la tête que des corps étrangers.

Une antenne est un filet creux, mobile, articulé, qui accompagne la tête des insectes, et qui a été considéré par les uns comme l’organe de l’ouïe, par les autres comme un supplément du tact.

ANTHERA. Terme de pharmacie. Le jaune qui est au milieu de la rose, GATTEL, WAILLY, BOISTE.–

1oAnthera est un mot latin.

2oAnthère, qui est le véritable mot, n’est point un terme de pharmacie.

3o Les anthères sont jaunes dans la rose; mais dans beaucoup de plantes elles sont d’une autre couleur, et il ne falloit pas donner lieu de croire que la rose seule avoit des anthères.

ANTOLOGIE. RESTAUT, GATTEL, BOISTE.– On écrit anthologie par respect pour l’Académie, et surtout pour l’orthographe.

ANTHROPOPHAGE. Il ne faut qu’une simple éducation primaire pour parler correctement une langue de première origine. Pour parler correctementune langue composée, ou de seconde création, il faut une sorte d’érudition qui ne se rencontre pas même chez toutes les personnes qui font profession d’écrire. Il résulte alors souvent du faux emploi d’un mot usuel, mais dont l’acception originelle se refuse à l’analyse, quand elle n’est pas dévoilée par la connoissance d’une langue antérieure, les désordres les plus bizarres, et les équivoques les plus ridicules d’applications. Un auteur écrivoit dernièrement que les lapins étoient anthropophages, parce qu’il entendoil par anthropophages les animaux qui se mangent entre eux. Un historien, aujourd’hui assez célèbre, mais dont l’esprit de parti n’a pas négligé le succès, parle à plusieurs reprises, et avec une merveilleuse confiance, des deux monarques de Sparte. Il n’est question dans les journaux que de combats polémiques. Les artificiers de nos fêtes composent des feux hydrauliques, et trouvent des imprimeurs qui les affichent. Enfin on vient d’inventer une manière de lithographier sur carton, et on feroit un volume d’exemples du même genre. Dans un siècle où l’on n’est pas économe de mesures répressives, n’auroit-on pas pu charger une censure spéciale de prévenir ce scandale littéraire, si honteux pour un âge de lumière et de perfectionnement? Les livres et les belles-lettres réclament leur Caritidès comme les enseignes.

AORISTE. Il n’est personne qui ne connoisse cette délicatesse de notre langue, de le substituer au simple passé, quand il s’agit d’un temps concret, d’une époque dont il ne reste rien. Je m’y arrête seulement pour remarquer que Voltaire a mal à propos critiqué ces deux vers de la scène III du quatrième acte du Cid:

Nous partîmes cinq cents; mais, par un prompt renfort,

Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port.

L’aoriste y est fort bien, car il s’agit de la veille. Au reste, il est bon de remarquer que cette utile nuance étoit à peine déterminée du temps de Corneille, et que nous l’avons long-temps négligée, comme les Latins.

Or nous dites, huy matin quand il deut monter à cheval, fustes vous à son disner? FROISSART, vol. IV, chap. XLIII.

Certes, damoiselle, tant vous puis-je dire que hu y matin entrasmes nous premiers ez foretz. PERCEFOREST, Vol. I, chap. XLI.

Je laissay huy matin en ce temple deux glaives. Ibid., vol. II, penult. chap.

Pleust à Dieu que présentement je J’eusse dedans la orque des bons et beats pères Concilipetes lesquels ce matin nous rencontrasmes! PANTAGR., liv. IV, chap. xix.

Ce matin peut toutefois se considérer comme un temps achevé.

AOUST. Et de là, oût, mot commun dans La Fontaine, qui désigne l’époque où l’on récolte les grains.

Voltaire vouloit qu’on dît Auguste, et Auguste vaudroit mieux, surtout si Juillet se disoit Jules. Ce qui vaudroit mieux encore ce seroit de réformer, si on le pouvoit, les noms barbares et inconvenants de ce ridicule calendrier; mais ce qui vaut le mieux dans la théorie n’est pas toujours exécutable dans la pratique.

Il faut donc nous résigner à compter pour les septième, huitième, neuvième et dixième, les neuvième, dixième, onzième, et douzième mois de l’année; à célébrer la circoncision de Jésus-Christ le premier du mois de Janus, et la fête de son auguste mère le vingt-cinq du mois de Mars. Quant au jour de la Passion, il est consacré à Vénus.

Dans la société, il n’y a que le temps qui soit créateur: les hommes n’improvisent pas une idée; ils n’improviseroient pas une lettre. Auguste ne put parvenir à donner le droit de cité à un mot; et un de nos rois de la première race ne réussit pas mieux à faire accueillir quelques nouveaux caractères d’écriture à des barbares fort indifférents sur l’alphabet qu’ils déchiffroient à peine.

APEPSIE. s. m. GATTEL.–Substantif féminin.

Maladie qui consiste à ne point digérer, GATTEL. –Le défaut de cette phrase consiste à n’être pas françoise.

APHTE. Tout mal qui naît dans la bouche. GATTEL.–Demandez à un dentiste!

API. Autrefois apic. C’est le nom d’une pomme dont on ignore l’étymologie. Ne seroit-ce pas , sans amertume? c’est la plus douce des pommes.

M. Gattel ne s’occupe pas de cela. Il définit l’api une sorte de pomme fort connue; cela est vrai.

APOCOPE. Dans son excellent Dictionnaire latin-francois (puissions-nous avoir un Dictionnaire François de ce mérite!), M. Noël définit l’apocope une figure qui consiste à retrancher quelque chose de la fin des mots. Et, quand c’est du commencement, comme dans Clodovicus, dont nous avons fait Ludovicus; dans gibbosus, dont nous avons fait bossu; dans fibula (fiboula), dont nous avons fait boucle; dans glis, gliris, dont nous avons fait loir, comment appelle-t-on cette figure, si ce n’est apocope? Il est vrai de dire que ces derniers exemples sont rares; et, que s’il y a une bizarrerie étrange à remarquer dans les caprices des langues, c’est la formation d’un mot duquel disparoissent les lettres caractéristiques de l’étymologie; mais il faut s’attendre à tout dans l’étude de la parole humaine: il n’y a pas une page de nos glossaires qui ne porte quelque trace de l’anathême de Babel.

APPAT. D’ad et pastu, comme amorce d’ad et morsus. C’est une extension spirituelle que celle de ces mots à l’expression des piéges des passions, et même des séductions les plus innocentes de la beauté. Amorce est vieilli en ce sens: Appas est resté, mais seulement au pluriel, ce que les Dictionnaires oublient, car ils en font un substantif particulier, et n’indiquent pas qu’il n’a point de singulier et ne peut pas en avoir. Ce qu’il y a de plus remarquable dans l’orthographe de ce pluriel c’est la suppression très-ancienne du t étymologique. Corneille, qui étoit excellent grammairien, et supérieur en ce point comme en tout point à tous les écrivains de son temps, a dit dans l’Illusion comique:

J’en ignorois l’éclat, l’utilité, l’appas,

Et la blâmois ainsi ne la connoissant pas.

Et ailleurs:

Je veux bien m’exposer au plus cruel trépas,

Si ces rares présents n’ont un mortel appas.