Histoire de l'instruction primaire en Savoie - Alexis de Jussieu - E-Book

Histoire de l'instruction primaire en Savoie E-Book

Alexis de Jussieu

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"Histoire de l'instruction primaire en Savoie", de Alexis de Jussieu. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Alexis de Jussieu

Histoire de l'instruction primaire en Savoie, d'après les archives départementales, communales et paroissiales, par Alexis de Jussieu

Publié par Good Press, 2021
EAN 4064066333478

Table des matières

HISTOIRE DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE EN SAVOIE
PRÉFACE
HISTOIRE DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE EN SAVOIE
CHAPITRE 1 er
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI
CHAPITRE VII
CHAPITRE VIII
LISTE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE

HISTOIRE DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE EN SAVOIE

PRÉFACE

Table des matières

Le soleil luit pour tout le monde, dit un vieil adage; ses rayons puissants et généreux pénètrent de leur action bienfaisante les replis les plus profonds du monde matériel, dans lequel ils entretiennent et activent la vie.

Il en est de même du monde moral. Les lumières de la science sont l’élément nécessaire, indispensable, de tout bien, de tout progrès social. Il faut qu’elles éclairent, qu’elles imprègnent, qu’elles nourrissent toutes les intelligences. Mais, de même que le grand Ordonnateur de toutes choses a proportionné, avec une admirable sagesse, l’étendue de ses dons aux forces constitutives des êtres auxquels ils étaient destinés, c’est un discernement pareil qui doit présider à la diffusion des lumières intellectuelles.

Le droit à l’instruction, à l’éducation, à la culture de l’esprit et du cœur, est certainement le plus incontestable et le plus sacré des droits de l’homme créé à l’image de Dieu. Tous nous avons des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un cœur pour aimer, une voix pour communiquer nos pensées, nos sentiments et nos besoins. Le devoir suprême de ceux que la Providence a mis en position de diriger, de perfectionner, d’agrandir les connaissances humaines, est donc de préparer, de garder et d’élargir la place à laquelle tout homme a droit dans ce grand banquet de l’intelligence; mais c’est aussi un devoir de proportionner, avec la sollicitude la plus éclairée, cette nourriture spirituelle aux facultés auxquelles elle est réservée.

Ces nobles vérités n’ont plus besoin d’être démontrées nulle part, et en Savoie moins qu’ailleurs encore. L’instruction publique, l’instruction populaire surtout, est à l’ordre du jour de la société moderne, et les moyens de la répandre, de la compléter, de la rendre saine, suffisante, facile et appropriée aux besoins variés de toutes les intelligences et de toutes les positions sociales, est le grand et intéressant problème qui préoccupe, à si juste titre, les législateurs et les administrateurs de tous les pays.

Il semble même se produire entre eux, non-seulement de province à province, mais entre les États, une sorte de lutte, de compétition; et nous voyons paraître, à chaque instant, des livres, des statistiques, des mémoires, dans lesquels on s’efforce de démontrer que telle contrée est en arrière ou en avant sur telle autre, que telle forme de gouvernement a fait plus que telle autre pour le développement de l’enseignement.... La politique ne tarde pas à passionner le débat, et ces questions, essentiellement humanitaires, qui devraient être discutées avec le calme, l’impartialité, la compétence et la connaissance approfondie de tous les éléments qui peuvent les éclaircir; ces questions qui ne devraient jamais sortir du sanctuaire de la science sereine, subissent souvent le contre-coup des événements qui agitent et troublent les nations.

Dans tous les cas, cela prouve, comme nous l’avons dit, que l’instruction publique est considérée comme d’un haut intérêt par tous ceux qui gouvernent ou qui aspirent à gouverner les hommes. Au premier rang des bienfaits qu’ils désirent donner ou qu’ils promettent aux populations, figure toujours le développement, la généralisation de l’enseignement. Il faut au moins leur en savoir gré et les féliciter d’avoir compris que les êtres auxquels ils s’adressent, réclament aujourd’ hui quelque chose de plus que ce que le bon roi Henri IV rêvait pour ses sujets; qu’il faut, en un mot, que toutes les intelligences aussi puissent avoir, au moins, leur poule au pot.

Les générations qui prétendent à une grande somme de reconnaissance à l’occasion de leurs efforts pour répandre l’instruction populaire et pour la perfectionner, ont parfois un procédé commode pour exagérer les résultats de ces efforts. Au lieu d’agir, en profitant franchement et ouvertement de l’expérience et des labeurs de leurs devanciers, de les compléter, en les corrigeant au besoin, elles commencent pas s’évertuer à démontrer qu’elles ont été les premières dans la carrière; qu’avant elles, il n’y avait rien ou presque rien qui méritât une mention, et que tout ce qui a été fait est leur œuvre. Il semble que ces hommes orgueilleux prennent à tâche d’ensevelir dans l’oubli tout ce premier héritage dont ils ont cependant recueilli un bénéfice incontestable. C’est ainsi que le passé de l’histoire de l’enseignement n’a été consigné nulle part sous une forme suivie et facile à connaître ou à consulter, et qu’on a presque perdu le souvenir de ce qu’ont fait nos pères à cet égard.

Nous ne craignons pas de l’affirmer, et nos lecteurs pourront nous croire, car nous sommes aujourd’hui en mesure de le prouver pièces en main: si le passé de l’instruction primaire a présenté quelque part un intérêt considérable; s’il peut offrir quelque part aux méditations des administrateurs, des faits utiles; aux amis, aux protecteurs de l’enseignement populaire, des exemples à suivre, c’est en Savoie: parmi ces populations aussi actives d’intelligence que de corps; chez ces montagnards honnêtes et judicieux, dont les instincts religieux, le respect du pouvoir, le sentiment profond de la famille, unis à un amour inné d’indépendance, à une sorte d’orgueil du libre arbitre, ont fait une race vraiment intéressante à étudier.

Et cependant, que n’a-t-on pas dit; que d’opinions aussi désobligeantes qu’erronées n’a-t-on pas émises, depuis quelques années surtout, à l’endroit de ce pays et de ses habitants, que nous avons appris à aimer depuis qu’il nous a été donné de les bien connaître! Ce que nous avons voulu essayer de faire, c’est de montrer, dans leur jour limpide et vrai, quelques points instructifs de l’histoire des populations des Alpes; d’initier nos lecteurs à la vie municipale des petites paroisses de la Savoie, dont on ne connaît que fort peu les détails curieux; et enfin, et surtout, d’exposer, aussi brièvement, mais aussi complètement que possible, ce qu’a été l’instruction primaire en Savoie, comment on y avait pourvu et quels résultats les systèmes successifs avaient produits.

Nous voulons prouver à ceux qui ont parlé légèrement de l’ignorance qui existait en Savoie et de l’obscurantisme du clergé et du gouvernement, qu’ils ont calomnié les habitants, les prêtres et les princes, et démontrer que nulle part, peut-être, on ne retrouve chez les populations autant d’initiative intelligente et raisonnée; dans le clergé, autant de dévouement; de la part du gouvernement, autant de paternelle sollicitude pour la diffusion de l’instruction publique. Le lecteur reconnaîtra enfin que si, avant 1790, l’instruction primaire en Savoie n’était pas très élevée et n’embrassait pas un programme bien étendu, elle y était beaucoup plus générale, beaucoup plus répandue qu’on ne le pense; que la pieuse philanthropie des populations en faisait presque tous les frais, et que le clergé la soutenait, la dirigeait avec autant de zèle que de généreux désintéressement.

Un premier fait apparaîtra, il est vrai: c’est que les finances de l’État ne contribuaient pas aux dépenses des écoles de village au moyen-âge. On ne doit pas s’étonner que l’exiguïté du budget général, dans ces temps reculés, ait rendu impossible pour le Trésor un crédit régulièrement inscrit pour ce service; mais il ne faudrait pas en conclure que l’administration supérieure n’eût pas entouré constamment les petites écoles des encouragements et de la protection qu’elles méritaient si bien. Les documents législatifs nombreux que nous avons eu à examiner témoignent au contraire de l’intérêt que les princes de Savoie ont toujours porté à la bonne direction de l’enseignement populaire.

Nous montrerons ensuite les conditions dans lesquelles l’instruction publique a traversé la tourmente révolutionnaire après 1792, nous terminerons en faisant connaître comment elle s’est relevée, et par quelles séries de transformations successives et d’efforts combinés, elle est arrivée à ce qu’elle est à l’heure où nous écrivons.

Désirant voir notre œuvre se répandre le plus possible, nous avons cru bien faire en la dépouillant en quelque sorte de tout appareil scientifique. C’est ainsi que nous en avons écarté toutes les longues dissertations et que nous nous sommes permis de supprimer, à l’impression, les documents, les pièces justificatives, qui nous ont servi à fixer notre opinion. Mais, nous le répétons, ce que nous avons voulu faire est, avant tout, une histoire véridique, et nous n’avons rien avancé, rien affirmé, qui ne fût le résultat des investigations consciencieuses auxquelles nous nous sommes livré.

HISTOIRE DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE EN SAVOIE

Table des matières

CHAPITRE 1er

Table des matières

Origines et conditions matérielles d’existence des petites écoles, en Savoie, jusqu’à la fin du XVIIIe, siècle. — Coup-d’œil sur l’organisation communale des paroisses rurales au moyen-âge. — Les syndics, les procureurs de quartiers, les vicaires régents, les œuvres pies.

Malgré les recherches laborieuses des travailleurs les plus érudits et les plus compétents qui se sont occupés de ces questions intéressantes, les documents existant aujourd’hui, dans les bibliothèques, sur l’histoire des premiers siècles de la monarchie de Savoie, sont insuffisants pour faire connaître exactement dans quelles conditions se trouvait l’instruction publique, tant primaire que secondaire, en Savoie et dans le reste des États sardes, à cette époque reculée. Les archives départementales et communales nous ont permis de combler, jusqu’à un certain point, cette regrettable lacune. C’est le résultat de nos investigations que nous avons voulu offrir au public.

Il paraît démontré, d’ailleurs, que si les souverains des deux versants des Alpes ont témoigné, dès le XVe siècle, leur sollicitude pour la diffusion de l’instruction chez leurs peuples, en créant de vastes centres d’étude et des universités organisées avec autant de grandeur que de sagesse, pour l’enseignement de la théologie, du droit, de la médecine et des belles-lettres, les études élémentaires n’ont été, pendant longtemps, l’objet d’aucune mesure générale de la part du gouvernement, et que l’enseignement des rudiments, le choix des maîtres élémentaires, les procédés pédagogiques, les matières enseignées, les livres employés, la dépense et la surveillance des petites écoles, ont été complètement laissés à l’initiative privée, qui, du reste, ne leur a pas fait défaut, et dont on ne retrouve nulle part, peut-être, autant qu’en Savoie, les preuves précieuses, nombreuses et bienfaisantes.

Mais, pour se faire les promoteurs et les protecteurs de la science, pour en comprendre les bienfaits et les avantages, il faut la connaître et la posséder soi-même dans une certaine mesure. Qui donc avait mis tout d’abord les populations en état d’apprécier l’instruction? Qui donc avait gardé précieusement l’héritage du savoir, et l’a répandu ensuite? L’histoire générale va se charger de nous répondre.

Tout le monde sait et reconnaît qu’au moyen-âge, quand les invasions des barbares eurent bouleversé la Gaule, toutes les institutions créées auparavant pour combattre l’ignorance avaient disparu. Le culte des sciences et des lettres n’avait pu se soutenir que dans les palais des évêques et dans les monastères. A cette époque, les hommes les plus favorisés par la naissance et par la fortune ne savaient même pas écrire, et lorsqu’ils avaient des chartes à rédiger, ils étaient obligés de recourir aux clercs et aux moines.

L’Église, qui avait été le dernier asile du savoir, s’occupa de le répandre de nouveau, aussitôt que les circonstances le lui permirent. Le troisième Concile de Latran, tenu en 1179, sous le pape Alexandre III, rendit le décret suivant:

«L’Église de Dieu étant obligée, comme bonne et tendre mère, de pourvoir aux besoins corporels et spirituels des indigents, désireuse de procurer aux enfants pauvres la facilité d’apprendre à lire et de s’avancer dans l’étude, ordonne que chaque cathédrale ait un maître chargé d’instruire gratuitement les clercs de cette église et les écoliers pauvres, et qu’on lui assigne un bénéfice qui, suffisant à sa subsistance, ouvre ainsi la porte de l’école à la jeunesse studieuse. Un écolâtre sera rétabli dans les autres églises et dans les monastères où il y avait autrefois des fonds affectés à cette destination.»

Le quatrième Concile de Latran, tenu en 1215, renouvela ces prescriptions, pour l’exécution desquelles tous les évêques de France ne cessèrent de déployer le zèle le plus éclairé pendant les siècles suivants, ainsi que le démontre l’examen des Conciles particuliers et des Constitutions synodales conservées dans les archives épiscopales.

Dans le Traité de la Visite des Diocèses, écrit vers l’an 1400, l’illustre Gerson conseillait aux évêques de s’enquérir si chaque paroisse possédait une école; comment les enfants y étaient enseignés, et d’en établir où il n’y en a pas.

Mais c’est après le Concile de Trente, et surtout au moment où l’hérésie de Calvin mettait en péril la foi des populations savoisiennes, que le clergé du pays se leva pour combattre l’erreur, en se chargeant, en quelque sorte partout, de l’enseignement de tous les degrés. C’est de cette époque que datent, en effet, pour les régions alpestres, les si nombreuses créations de vicaires-régents qui y ont fait tant de bien, non-seulement pour la conservation des saines doctrines et la diffusion de l’instruction élémentaire, mais en ouvrant souvent à des intelligences ignorées les portes des sciences dans lesquelles elles devaient s’illustrer plus tard.

En ordonnant, en 1546, le rétablissement des cours de théologie dans les églises cathédrales et dans les monastères, et la création des séminaires dans chaque diocèse, en 1563, le Concile de Trente fut le signal d’un nouveau développement de l’enseignement public. L’instruction des prêtres, sortis, presque tous, eux-mêmes du peuple, devait produire et produisit celle du peuple. Les curés furent d’abord les seuls instituteurs et précédèrent certainement les maîtres laïques dans les petites écoles de paroisses et de hameaux, auxquelles ils furent les premiers à consacrer leur dévouement et souvent leur patrimoine; mais n’anticipons pas.

La création de la grande Université de Turin, qui a été, à toutes les époques, le centre administratif de tout ce qui se rattachait à l’instruction publique dans les États sardes, remonte aux premières années du XVe siècle; elle est due à Louis, prince d’Achaïe, qui la fit approuver par une bulle du pape Benoît XIII, du 27 octobre 1405, et par des lettres patentes de l’empereur Sigismond, du 1er juillet 1412.

Les premiers statuts et les plus anciens règlements de cette Université, qui réunissait la surveillance des établissements d’instruction supérieure, la direction des études et la collation des grades, ne parlent pas de l’enseignement primaire, ni de ce qu’on a appelé beaucoup plus tard les petites écoles, c’est-à-dire l’instruction tout à fait élémentaire, que recevaient cependant déjà, en commun, les enfants des villages et des petites villes dépourvues d’écoles publiques dépendant de l’Université. Quant à ces écoles publiques soumises à l’Université, qui correspondent, en quelque sorte, à nos collèges communaux, mais sur lesquelles on n’a que fort peu de renseignements, en ce qui concerne les matières qu’on y étudiait, elles étaient déjà d’un degré plus élevé que les petites écoles, auxquelles nous voulons borner nos recherches, et qui constituent, presque exclusivement l’instruction primaire en Savoie.

Mais si l’Université de Turin avait reçu, presque dès sa création, le droit de surveillance sur les écoles publiques et sur les Colléges des provinces qui furent successivement établis pour l’enseignement du latin, des belles-lettres et des sciences, dans plusieurs villes des États sardes, soit en Savoie, soit de l’autre côté des Alpes, les premiers de ces établissements, les écoles publiques, existaient déjà en assez grand nombre, surtout en Italie, bien longtemps avant l’Université elle-même, et les documents qu’on a retrouvés, sur quelques-unes d’entre elles, permettent de reconnaître, jusqu’à un certain point, quelles étaient leurs ressources et leur origine, ce qui est bien quelque chose.

Nos investigations, à cet égard, ont été moins heureuses en ce qui concerne la Savoie. Nous connaissons par les comptes des syndics de Chambéry un Rector scolarum qui exerçait dans cette ville, où il payait des impôts en 1359, mais nous n’avons rien pu découvrir sur les écoles qu’il dirigeait dans la capitale de la Savoie.

On est autorisé à supposer, cependant, qu’il s’agissait seulement d’écoles libres, ou du moins que la municipalité ne les subventionnait pas, car les registres des délibérations et les comptes des syndics ne contiennent aucune trace de dépenses faites par la ville pour l’instruction des enfants, avant l’année 1510.

Dans une assemblée du 11 mai 1510, le Conseil se préoccupait de la nécessité de chercher un bon recteur pour les écoles. Le 13 décembre de la même année, il chargeait formellement les syndics d’en faire venir un de Piémont, de Lombardie ou de Paris!... Et il votait, en même temps, un don de vêtements et de quelques autres objets en faveur de Guidon Lambert, ancien maître d’école, qui se retirait au couvent de Sainte-Marie Égyptienne.

En raison de ces décisions, Me Claude Jacquot, de Chambéry, allait, en 1511, à Montferrat où il faisait choix d’un professeur qui ne tarda pas à arriver aux frais de la ville. Après avoir séjourné pendant six jours à l’hôtellerie du Griffon, avec son serviteur et deux chevaux, Me Breymerius, Italien, expert en humanités, s’installait dans une maison qu’il avait louée pour son logement et celui de son école, et la municipalité s’engageait, par une délibération du 8 octobre 1511, à payer ce loyer et à donner au Recteur un salaire de 100 florins par an.

Me Breymerius était remplacé au bout de deux ans, toujours aux mêmes conditions, par Me Jehan Folliet, qui était probablement Savoyard, ainsi que l’indique son nom assez répandu en Savoie. Mais si l’on s’était tout d’abord accommodé d’un étranger qui ne pouvait guère enseigner la langue maternelle du pays, c’est-à-dire le français, cela prouve que le maître était plutôt chargé de diriger les études du latin et des belles-lettres, en supposant même que son école comprît une école primaire.

Cet état de choses dura environ 50 ans pour Chambéry, c’est-à-dire jusqu’à la création du collège des Jésuites dans cette ville; et, à partir de cette dernière époque, les registres municipaux redeviennent muets en ce qui concerne l’enseignement populaire.

M. Bonnefoy, notaire à Sallanches, dont tous ceux qui se sont occupés de recherches historiques, en Savoie, connaissent et ont apprécié la complaisance et les intéressantes collections, nous a signalé des recteurs d’écoles publiques: à Sallanches, en 1371; à Annecy, en 1459; à Cluses, en 1462. On connaît aussi l’existence des écoles de la Roche, au XVe siècle, antérieurement à la fondation du collège, mais les détails manquent également sur ces divers établissements, jusqu’à la fin du XVe siècle.

Nous dirons quelques mots des grandes écoles de Verceil, bien qu’elles datent d’une époque fort antérieure à l’annexion de cette ville à la couronne de Savoie, parce qu’il est permis de supposer qu’elles n’étaient point une exception, et parce qu’elles nous fournissent des données sur ce que devait être la condition de l’instruction publique, au moyen-âge, dans le nord de l’Italie. D’ailleurs Verceil fit partie des États sardes depuis 1427, c’est-à-dire quinze ou vingt ans après la création de l’Université de Turin.

L’école de Verceil fonctionnait, dans des conditions tout à fait florissantes, dès le commencement du XIIIe siècle, et il résulte de ses statuts de 1339, qu’on y enseignait la théologie, le droit, la médecine et d’autres sciences.

On ne connaît pas la date de cette espèce d’université, mais on voit, par les statuts que nous venons de citer, qu’elle était entretenue aux frais de la ville et placée sous la surveillance de l’administration municipale. Les actes, fort peu nombreux, du reste, pour le XIVe siècle, qu’on possède sur les écoles de Verceil ne parlent pas de l’enseignement primaire, mais on est au moins autorisé à penser qu’il était placé, d’une façon encore plus absolue, sous l’autorité municipale, et surtout qu’il n’était jamais subventionné par l’État.

Il en devait être de même dans la plupart des villes et surtout des villages des États sardes, et par conséquent du duché de Savoie, sauf dans le cas où les écoles étaient entretenues au moyen de fondations et de donations particulières. Et ce qui le prouverait encore, c’est que ce système s’est perpétué, presque généralement, jusqu’au XIXe siècle. Nous reviendrons sur cette question quand nous analyserons les mesures administratives adoptées, pendant les deux derniers siècles, par les souverains de la Savoie, dans l’intérêt de l’instruction primaire.

Quant au recrutement du personnel enseignant, aux conditions d’aptitude exigées, aux méthodes pédagogiques prescrites ou usitées, aux programmes de l’enseignement, aux livres autorisés et à la surveillance des maîtres et de leurs écoles, nous n’avons retrouvé aucune réglementation administrative complète à ce sujet, pour la Savoie, avant le XVIIIe siècle.

Primitivement, et jusqu’à cette dernière époque, quand une commune avait besoin d’un maître d’école, elle faisait choix d’un sujet qui, souvent, était un habitant de cette localité même, et les syndics passaient avec lui un marché, pour l’instruction de la jeunesse.

Il n’y avait que fort peu de Maisons d’école, et il arrivait fréquemment que les classes se faisaient chez l’instituteur lui-même. Souvent aussi, les élèves se réunissaient au domicile de l’un d’eux, et, chez les populations des régions alpestres de la Haute-Maurienne et de la Haute-Tarentaise, dont l’habitation d’hiver se confond, encore de nos jours, avec celle de leurs bestiaux, l’école se tenait presque toujours dans une écurie.

Nous avons eu occasion de causer avec de vénérables vieillards qui, bien que parvenus, par leur travail et leur intelligence, aux plus hautes positions sociales , se rappelaient avec émotion l’humilité de leur première jeunesse, et qui n’avaient point oublié ce tableau touchant dont ils avaient été les acteurs. Dans une de ces grandes étables que connaissent tous les touristes qui ont pénétré dans les hautes vallées de la Savoie; d’un côté, le bétail au ratelier; vis-à-vis et tout autour, les lits et les autres meubles du ménage de la famille, et, au milieu, les enfants du village, garçons et filles, réunis presque toujours, et épelant, récitant les prières, ou s’essayant à écrire, sous la direction patiente de quelque honnête montagnard... Telles étaient les écoles primaires, les petites écoles, en Savoie, jusqu’au commencement du XIXe siècle.

Avec ce régime, les frais et le traitement n’étaient pas très lourds et, avant le XVIIIe siècle, surtout dans les petites paroisses rurales, nous ne les avons jamais trouvés à la charge du budget de la commune, même lorsqu’il n’existait pas de fondations pieuses ou philanthropiques pour y subvenir. Nous verrons bientôt, du reste, que ce dernier cas était en quelque sorte l’exception, et que presque partout en Savoie, depuis plusieurs siècles, la générosité et le patriotisme des habitants avaient pourvu, non-seulement le chef-lieu, mais souvent aussi plusieurs hameaux de chaque commune, de locaux et de revenus pour l’instruction des enfants.

Lorsque l’école était créée par un bienfaiteur et avec ses fonds, l’enseignement était généralement confié à un ecclésiastique et, le plus ordinairement, cela donnait lieu à l’institution de ce qu’on appelait un vicaire-régent, c’est-à-dire un prêtre auquel on fournissait un logement et un traitement, à la condition qu’il ferait la classe et qu’il suppléerait et aiderait le curé de la paroisse dans l’exercice de son ministère.

Tout cela se faisait nécessairement avec l’agrément et sous la direction de l’autorité diocésaine, et il en résultait encore un avantage considérable pour les populations de ces régions alpestres, celui de multiplier pour elles les écoles et les secours religieux; car ces établissements, dus à la générosité privée, avaient lieu naturellement dans des sections de communes éloignées du chef-lieu et avec lesquelles les communications étaient toujours pénibles, parfois même impossibles ou dangereuses, dans la mauvaise saison, à cause des neiges abondantes et des torrents infranchissables. Ces villages avaient et ont encore des chapelles dans lesquelles les offices religieux étaient célébrés régulièrement par le vicaire-régent, qui instruisait aussi la jeunesse.

Les documents que nous avons retrouvés dans les archives départementales de la Savoie, dont la conservation nous est confiée, dans celles d’un grand nombre de communes que nous avons été appelé à visiter comme inspecteur de ces curieux dépôts, ainsi que dans un grand nombre d’archives paroissiales qui nous ont été gracieusement ouvertes par MM. les curés , nous permettront de revenir, avec plus de détails, sur ces fondations qui ont été si précieuses pour les populations un peu déshéritées des montagnes de la Savoie, et qui font honneur au patriotisme éclairé de ces braves et honnêtes campagnards. Nous étudierons avec intérêt l’esprit de pieux dévouement, l’organisation paternelle, qui présidaient à leur constitution et à la gestion de leurs revenus. Nous examinerons ces administrations spéciales, beaucoup plus anciennes qu’on ne se l’imagine, dont nous expliquerons la naissance et l’organisation primitive et qui fonctionnaient encore dans toutes les communes, aux XVIIe et XVIIIe siècles, côte à côte avec celles de la commune elle-même; et nous verrons que les gestions de ce qu’on appelait les procureurs des œuvres pies et les procureurs de quartiers (que notre administration actuelle, toujours méfiante, a qualifiées si durement de gestions occultes) étaient un reste touchant et généralement estimable des mœurs religieuses et patriarcales du moyen-âge.

Nous avons dit que les communes obligées de pourvoir elles-mêmes à l’entretien de leurs écoles primaires étaient l’exception, surtout dans les premiers siècles de la souveraineté des princes de la Maison de Savoie, et comment il en résultait que l’enseignement, à cette époque, était religieux dans le plus grand nombre des cas. Enfin, lorsqu’ un Conseil de commune ou de paroisse avait à traiter avec un laïque, pour la tenue d’une école, c’était toujours le curé de la paroisse qui le choisissait, l’examinait, au point de vue de ses aptitudes morales et pédagogiques, et le surveillait ensuite dans l’exercice de ses fonctions . On peut donc dire que l’autorité ecclésiastique était vraiment la directrice et la dispensatrice de l’instruction primaire en Savoie.

L’administration civile centrale, le gouvernement, l’Université et ses délégués n’intervenant en rien dans ces contrats des syndics avec les instituteurs auxquels ils confiaient le soin d’enseigner les rudiments aux enfants de la communauté, cette administration centrale n’avait en quelque sorte à exercer aucune tutelle matérielle ou morale sur les petites écoles; les curés seuls, sous la direction des évêques, réglaient, au besoin, dans chaque diocèse, tout ce qui se rattachait à l’enseignement élémentaire dans les communes rurales, et ils ont été, dans un grand nombre de cas, les instigateurs et souvent même les auteurs des fondations faites pour les œuvres pies dont nous avons déjà parlé.

Les ressources résultant, pour les communes ou les hameaux, de dons particuliers et de legs pieux ou philanthropiques, tenaient d’ailleurs une place si grande, avaient un rôle si considérable dans la satisfaction des besoins divers des populations des campagnes, qu’il n’est pas sans intérêt de s’y arrêter. Ce sont de ces traces précieuses qui vont s’effaçant de jour en jour et qu’on ne saurait trop rappeler aux générations égoïstes qui nous entourent.

Autrefois, quand les moyens de communication étaient rares et difficiles, même d’un village à un autre; quand le trafic n’avait pas encore pénétré dans l’intérieur des terres; quand le pouvoir central laissait les agglomérations peu importantes, les petites paroisses, presque libres d’organiser leur existence administrative ou économique à leur guise, et ne s’en préoccupait guère que pour le contingent militaire et les impôts qu’il leur demandait, la vie municipale avait acquis, surtout chez les montagnards de la Haute-Maurienne et de la Haute-Tarentaise, longtemps avant les lois sur l’affranchissement des taillables, édictées par le duc Emmanuel-Philibert, une énergie et une vitalité vraiment admirables. Partout, même dans les localités qui n’avaient pas obtenu ou conquis des chartes de franchises ou de constitution communale, la commune s’était constituée en fait, et le gouvernement, le seigneur ou le décimateur n’y mettaient obstacle que fort rarement 2.

L’administration générale des affaires de la communauté, comme on disait alors; le soin de gérer ses biens, quand elle en possédait; de défendre ses intérêts de toute nature; de faire rentrer ses revenus; d’asseoir les impôts au moyen d’un cadastre; de dresser le rôle, ou état de répartition (esgance), des tailles et de les faire recouvrer; de régler et de payer les dépenses; de pourvoir et de présider à l’entretien des ponts et chemins et aux réparations ou reconstructions des bâtiments communaux, étaient confiés à des syndics, assistés de quelques conseillers, qui étaient nommés chaque année par le suffrage universel de tous les communiers faisant feu dans la paroisse, et dont l’élection était consacrée par un simple acte de notaire. Ces officiers municipaux furent plus tard reconnus administrativement par la loi, mais ils avaient été acceptés longtemps auparavant par l’autorité supérieure, sauf de rares exceptions, comme des mandataires, des procureurs d’une famille ou d’une association, et ils étaient cependant investis, vis-à-vis de leurs commettants et par ces mandants eux-mêmes, d’un pouvoir temporaire, mais quasi absolu, qui trouvait son contre-poids dans la grande honorabilité attachée à la fonction et dans l’engagement souscrit par les syndics, dans l’acte de leur syndicat, de tous leurs biens meubles et immeubles, présents et futurs, comme garantie de leur gestion .

Les syndics étaient ordinairement nommés pour un an, et, à la fin de leur exercice, ils déposaient leurs comptes, dans une nouvelle assemblée générale qui, en leur choisissant des successeurs (ils pouvaient être réélus), confiait à quatre prud’hommes, pris parmi les communiers notables, la mission importante et délicate de vérifier les comptes des syndics et de les régler, en excédant et en débet. L’examen des rapports de ces prud’hommes, que le soin des montagnards pour leurs vieilles archives communales nous a conservés dans quelques mairies, en Savoie, présente un véritable intérêt.

Mais cette organisation administrative des communautés ou paroisses non pourvues de chartes communales, se reproduisait encore, à peu près sous la même forme, dans de simples sections, villages ou quartiers (comme on les appelait alors), pour tous les intérêts particuliers et distincts de ces quartiers. On trouve, dans la Haute-Tarentaise surtout, où le territoire des paroisses est très étendu et très accidenté, un nombre parfois considérable de ces sections, qui avaient leurs syndics et leurs conseillers spéciaux, dont l’élection se faisait de la même manière et comportait les mêmes attributions et les mêmes obligations, pour le quartier, que celle des syndics et des conseillers communaux pour la paroisse entière .

Il n’est pas inutile d’insister, surtout pour ceux de nos lecteurs qui ne sont pas Savoyards, sur le modus vivendi des petites agglomérations, en Savoie, au moyen-âge. On y retrouve une vitalité, une régularité et une liberté d’allures qu’on ne saurait trop faire connaître, car elles forment un contraste vraiment intéressant avec ce que l’on croit et ce que l’on voit ailleurs, à l’époque de la féodalité. Ce sont ces instincts et ces institutions, sans doute, qui ont préparé lentement et amené sans secousse, et longtemps avant que cela se produisit en France, les affranchissements féodaux en Savoie. Nous ne pourrions, sans nous éloigner outre mesure du but actuel de cette étude, faire connaître cette histoire des affranchissements, avec les détails que nous avons recueillis. Ce sera le sujet d’un autre travail qui aura aussi son originalité et que nous nous réservons d’entreprendre plus tard.

Dans ces contrées, où l’idée religieuse était dans toute la plénitude de son action et où, par conséquent, le principe du respect de l’autorité n’avait pas besoin d’être dans les codes, parce qu’il était dans les mœurs des populations; dans ces contrées, où la loi civile ne se discutait pas plus que le dogme, le souverain était respecté et chéri, autant. que le bon Dieu était adoré ; mais le sentiment national, l’amour de la patrie, comme il s’entend, était peu ardent chez nos montagnards qui s’occupaient fort peu de politique et qui oubliaient, beaucoup plus qu’aujourd’hui, qu’ils étaient Savoyards, Mauriannais ou Tarins; ils ne prisaient, ne retenaient que le titre de communiers de Peisey, de Termignon ou de telle ou telle autre paroisse; leur patrie, à eux, c’était leur village.

Les seules relations qu’ils eussent et pussent avoir avec la patrie commune, consistaient dans les impôts, les subsides, qu’ils étaient habitués à payer sans avoir à en discuter l’opportunité, le chiffre ou l’emploi. Pour tout ce qui tenait à l’amélioration matérielle ou morale de leur existence, ils avaient dû y pourvoir eux-mêmes, et l’examen des documents que nous avons pu consulter en assez grand nombre sur ce sujet, nous a prouvé qu’ils y avaient réussi beaucoup mieux et d’une façon beaucoup plus intelligente qu’on ne le croit généralement. Constatons, en passant, que ces conditions leur avaient été rendues faciles par la tolérance paternelle du gouvernement des princes de Savoie, à toutes les époques; tolérance dont ne pouvait par conséquent s’écarter la noblesse féodale du pays.

Nous avons déjà dit quelques mots de ce qu’on appelait les œuvres pies et les procureurs de quartiers. Nous allons y revenir encore, parce que cela nous ramènera tout naturellement au sujet de cette étude: La condition de l’instruction primaire dans les montagnes de la Savoie, au moyen-âge,

Les syndics ou procureurs de quartiers étaient, comme ceux des paroisses entières, chargés d’administrer les biens et les revenus de ces quartiers, et cette fonction était plus importante et plus complexe qu’on ne le penserait au premier abord, car les propriétés et les ressources des villages étaient parfois considérables et toujours très divisées par leur nature et leur destination variée. Nous les passerons en revue sommairement.

Quant à leur source première, c’était la charité, la philanthropie, ou plutôt l’amour du clocher, qui en faisaient les frais, sous les formes les plus ingénieuses. Les auteurs de ces dons étaient souvent des curés ou des vicaires, qui prêchaient ainsi par leur exemple; et comme une idée religieuse, un motif de piété existait toujours, chez le donateur, à côté et au-dessus de son désir d’être utile à son village et à ses neveux, ces fondations étaient connues sous le nom générique d’œuvres pies. Mais, au nom de Dieu ou d’un saint patron, et pour le salut de son âme, on donnait pour tous les besoins sociaux du hameau.

Ainsi, d’abord, chaque agglomération un peu compacte d’habitants, en dehors du chef-lieu de la paroisse, possédait sa chapelle, qui avait été construite et qui était entretenue et pourvue des objets nécessaires au culte par la générosité de fondateurs et de donateurs dont le nombre s’accroissait à chaque génération. Il en était souvent de même pour le four banal, les conduits destinés à amener au hameau l’eau de quelque bonne source éloignée, le moulin commun, la confrérie du Saint-Esprit, l’aumône de l’huile, l’aumône du sel, etc., enfin l’école.

Quelquefois, mais seulement dans les quartiers les plus populeux et très éloignés de la mère-église, comme disent les vieux titres, la chapelle était vicariale, et le village avait un petit presbytère où résidait le recteur de la chapelle, qui, dans ces conditions, était toujours chargé de l’instruction des enfants.

Les ressources dont on disposait se composaient: 1° du produit de terrains légués par des bienfaiteurs, que les syndics ou procureurs affermaient ou faisaient cultiver; 2° du revenu de capitaux que les mêmes administrateurs prêtaient sous leur responsabilité ; 3° des dons accidentels, des quêtes, etc., etc. Par exemple, ce qu’on appelait les aumônes du sel et de l’huile, qui se rencontrent dans les parties montagneuses et peu accessibles de la contrée, était un fonds dont le produit était employé à faire, à une ou plusieurs époques de l’année, une distribution générale d’une quantité d’huile ou de sel qui variait nécessairement selon les localités, mais qui allait quelquefois jusqu’à défrayer tous les ménages de ces objets de première nécessité. Ces distributions se faisaient toujours sans distinction entre les riches et les pauvres, mais il est bon d’ajouter que, dans le plus grand nombre des paroisses où il existait des aumônes générales d’huile, de sel ou d’autres denrées, tous les habitants n’y avaient pas part. La volonté des fondateurs avait réservé, le plus souvent, ce privilège aux seuls descendants des familles qui jouissaient déjà du droit de paroissinage à l’époque de la création de l’aumône. Dans quelques communes, comme aux Chapelles, en Tarentaise, les nouveaux venus dans la paroisse acquéraient leur droit aux aumônes en payant une contribution. Ailleurs, le paroissinage suffisait, quelle qu’en fut la date; mais les forains étaient exclus invariablement, et il fallait, avant tout, faire feu dans la commune, pour prétendre au moindre des avantages que procurait la communauté.

Il était d’usage, lorsqu’une famille perdait un de ses membres, qu’elle fit d’abord un don d’huile ou de sel, en nature, le jour des funérailles. On faisait en outre, au fonds de l’aumône, une donation qui était proportionnée à la position de fortune, à la générosité et à la vanité des héritiers . Il n’est pas besoin d’expliquer pourquoi on avait songé plus particulièrement à l’huile et au sel. On comprend que c’étaient pour ainsi dire les deux objets d’un usage journalier et indispensable que les paysans ne trouvassent pas aisément à leur portée. Le sel était frappé d’un impôt et fort cher. Quant à l’huile, les intempéries détruisaient souvent cette récolte dans les régions où elle se produisait; il devenait alors difficile et coûteux d’y suppléer.