Histoire de Savoie, des origines à l'annexion - Louis Dimier - E-Book

Histoire de Savoie, des origines à l'annexion E-Book

Louis Dimier

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"Histoire de Savoie, des origines à l'annexion", de Louis Dimier. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Louis Dimier

Histoire de Savoie, des origines à l'annexion

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305734

Table des matières

AVANT-PROPOS
INTRODUCTION
PREMIÈRE PÉRIODE
I. HUMBERT AUX BLANCHES MAINS
II. AMÉDÉE LA QUEUE
III. ODON
IV. AMÉDÉE II
V. HUMBERT II LE RENFORCÉ
VI. AMÉDÉE III
VII. LE BIENHEUREUX HUMBERT III
VIII. THOMAS
IX. AMÉDÉE IV
X. BONIFACE LE ROLAND
XI. PIERRE LE PETIT CHARLEMAGNE
XII. PHILIPPE I er
DEUXIÈME PÉRIODE
XIII. AMÉDÉE V LE GRAND
XIV. EDOUARD LE LIBÉRAL
XV. AIMON LE PACIFIQUE
XVI. AMÉDÉE VI LE COMTE VERT
XVII. AMÉDÉE VII LE COMTE ROUGE
XVIII. AMÉDÉE VIII
TROISIÈME PÉRIODE
XIX. Louis
XX. LE BIENHEUREUX AMÉDÉE IX
XXI. PHILIBERT LE CHASSEUR
XXII. CHARLES LE GUERRIER
XXIII. CHARLES II
XXIV. PHILIPPE II
XXV. PHILIBERT II LE BEAU
XXVI. CHARLES III LE BON
L’OCCUPATION FRANÇAISE
QUATRIÈME PÉRIODE
XXVII. EMMANUEL PHILIBERT
XXVIII. CHARLES EMMANUEL LE GRAND
XXIX. VICTOR AMÉDÉE I er
XXX. FRANÇOIS HYACINTHE
XXXI. CHARLES-EMMANUEL II
CINQUIÈME PÉRIODE
XXXII. VICTOR AMÉDÉE II
XXXIII. CHARLES EMMANUEL III
XXXIV. VICTOR AMÉDÉE III
XXXV. CHARLES EMMANUEL IV
L’INTERRÈGNE DE CAGLIARI
XXXVI. VICTOR EMMANUEL I er
XXXVII. CHARLES FÉLIX
SIXIÈME PÉRIODE
XXXVIII. CHARLES ALBERT
XXXIX. VICTOR EMMANUEL II

AVANT-PROPOS

Table des matières

Je crois rendre service à mes compatriotes en écrivant cette histoire de Savoie. Aucune n’est plus digne d’être racontée; aucune n’est plus propre à donner à un peuple des raisons d’aimer son pays. Ainsi les Savoyards qui liront celte histoire y puiseront, avec l’estime de leurs ancêtres, l’aiguillon bienfaisant d’une magnifique fierté. Dans les actions des Princes, dans les institutions, qui ont façonné notre nation, ils trouveront à un degré élevé un aliment aux plus nobles sentiments que l’homme puisse ressentir après l’amour de Dieu: ceux du respect et de l’attachement pour les communes gloires de la patrie, source d’affection mutuelle entre ses membres.

Le lien qui réunit entre eux les enfants de la Savoie est là. Ils n’ont pour se reconnaître aucun des caractères qui servent d’enseigne éclatante à d’autres; ils n’ont ni le don brillant du Provençal, ni la constance inflexible, du Breton, ni la fierté de l’Alsacien, ni l’enjouement charmant de la province de France; l’individu chez nous semble effacé. Les saillies du caractère commun sont discrètes, tout en nuances, et en partie voilées.. Ainsi le prestige de mérites distincts, la splendeur d’actes isolés n’est pas ce qui marque notre rang dans le monde. Notre grandeur est dans notre histoire, dans l’enchaînement admirable des faits qui nous ont faits ce que nous sommes.

Chose remarquable: seule des provinces de France, celle histoire fait de nous une nation, une matière historique complète. Huit siècles d’existence distincte et continue ont précédé notre réunion à la France; et nous avons ainsi vécu, non pas en tant que province d’un autre Etat, mais comme n’appartenant qu’à nous

La Savoie n’appartenait qu’à soi, même quand elle fit partie du royaume de Sardaigne. Cette propriété se reconnaît à deux signes: la nationalité de la maison régnante, l’originalité de la langue et des mœurs. Quoique les princes aient régné à Turin pendant une partie de cette histoire, la Savoie ne s’en présentait pas moins en Europe comme distincte, et dans cette distinction elle entraînait ses princes. On savait, ils savaient qu’ils étaient Savoyards: cette idée vivante au fond d’eux-mêmes, les préservait de l’absorption piémontaise. Nous en avons un témoignage illustre, dans le soin pieux pris par Charles Félix, dernier de leur lignée directe et terminant en 1831 leur descendance, de se faire enterrer à Hautecombe, parmi les tombes des comtes ses aïeux.

Si l’on considère leurs actions, on n’y trouve pas moins l’empreinte de la race; leurs armes et leur diplomatie sont à nous comme leur caractère; le grand ascendant de leur noblesse se confond avec le prestige de l’antiquité du petit Etat que leur politique a formé. Et d’autre part nous leur devons tout. La continuité de leur succession, l’adresse et le bonheur qu’ils eurent de toujours éviter les guerres civiles, ont fondé l’unité de la nation; leur amour des lumières a fait sa culture, leur gouvernement paternel sa confiance et sa facilité, leur fidélité à l’Eglise sa religion, l’exemple de leur sérieux ses mœurs.

Cette histoire lue avec attention sera donc non seulement un moyen de nous rallier, mais pour chacun de nous de se connaître. Cette connaissance gagne en clarté à mesure que se rapprochent les siècles dont on lira le récit. Les institutions mieux décrites y ajoutent à mesure plus de lumière, et l’on distingue aussi mieux le caractère de ceux qui, sous le Prince, composent la nation. Depuis la Renaissance on commence à bien voir le portrait du peuple Savoyard; dans les événements de la Révolution il se dessine avec un relief parfait; depuis le règne d’Emmanuel Philibert, l’illustre compagnie du Sénat ajoute son prestige particulier. Quelques hommes, dont la renommée dépasse les frontières de Savoie, mettent dans un éclat spécial plusieurs des traits communs à tous. Dans un saint François de Sales la Savoie reconnaît le sage équilibre d’une dévotion faite à son image; dans un Maistre elle reconnaît la droiture de son esprit, sa politesse, son horreur de l’emphase et sa fidélité.

Je ne donne pas ici le résultat de recherches originales. J’ai rassemblé des faits connus de tous, m’étudiant seulement à les mieux comprendre au moyen de lectures de détail, et par suite à les mieux placer. Mon dessein a été d’en composer une suite où le lecteur puisse apercevoir le progrès des faits et le mouvement de l’histoire, trop souvent brouillés dans les livres qu’on a faits sur le même sujet. L’essentiel de ces faits m’a été fourni par deux auteurs. Le premier est M. de Costa, ami de l’illustre Maistre, éminent par le savoir, le grand sens et la dignité, par une noble fidélité à tous les souvenirs de la maison de Savoie. L’autre; à cet égard bien inférieur, libéral et révolutionnaire, adonné à la chimère d’une Savoie existante sans ses princes, chicanier de l’autorité, dénué de jugement politique, mais curieux de faits, fouilleur d’archives et amoureux de notre pays, est Saint-Genix. Malgré l’estime bien différente qu’on doit au caractère de ces deux écrivains, j’ose dire que la cause de notre histoire, à condition de corriger le second, ne doit pas moins à l’un qu’à l’autre. D’autres moins importants n’ont pu être nommés dans un livre dont le plan ne comportait ni notes, ni références. Je ne dois une exception qu’à M. l’abbé Trésal, dont les deux ouvrages sur l’Annexion m’ont offert une matière précieuse et d’une importance particulière.

Cet ouvrage est divisé par règnes, ainsi qu’il convient à l’histoire proprement dite, où les événements politiques sont tout. Une répartition plus générale rassemble ces règnes en six chapitres ou parties, par faitement distinguées dans l’histoire de Savoie, quoiqu’on ait omis d’en faire usage. Après la Formation de l’Etat de Savoie, qui précède le règne d’Amédée V, c’est la période d’éclat de la Dynastie, occupant le XIVe siècle et le XVe, où brillent quatre princes illustres du nom d’Amédée; puis vient l’abaissement du Duché après la mort d’Amédée VIII, aboutissant à l’occupation française de 1536. La Restauration du Duché sous Emmanuel Philibert fait suite; elle est portée jusqu’à Victor, premier roi, de qui la Monarchie a reçu son plus grand lustre.. Le règne de ce prince commence la cinquième période, terminée avec la lignée directe de la maison en 1831: l’occupation révolutionnaire ne pouvant être prise pour une décadence du royaume, qui, comme tous ceux de l’Europe, se releva intact. Avec les Carignans, dans une sixième période, commence l’histoire de la Monarchie libérale et révolutionnaire, et décidément italienne.

Toute cette matière a été présentée dans un ordre un peu différent, mais avec des réflexions pareilles, dans des cours donnés en 1910 à l’Institut d’Action Française, dans la chaire Louis XI, chaire d’Unité Française, consacrée à l’histoire des provinces. Ces cours étaient présentés sous le patronage d’un auteur savoyard, l’abbé Martinet, né à Queige, mort en 1871, éminent par la doctrine et par la dialectique, profond théologien, dont l’œuvre politique a pour nous l’avantage de poser parfaitement la situation de la Savoie envers la France. Quoiqu’il l’en suppose détachée et simplement vassale, que son plan par là appelle quelques retouches, le dessein général est solide, et la restauration des libertés locales appelée par tous les vœux dans les provinces de France, ne pourra s’écarter beaucoup des jalons essentiels qu’il pose.

Ce livre vise à hâter cette restauration en lui donnant pour base chez nos compatriotes une connaissance mieux formée du passé. Je ne saurais donc mieux faire que d’y réitérer l’hommage de ce qu’il contient, au souvenir du même auteur.

INTRODUCTION

Table des matières

Anciens habitants de la Savoie. — Les plus anciens habitants de la Savoie dont l’histoire fasse mémoire, sont les Centrons en Tarentaise, dans la vallée de Beaufort et dans le Haut Faucigny, les Nantuates en Chablais, les Graïocèles et les Médulles en Maurienne, et surtout la célèbre nation des Allobroges, qui, répandue dans le Viennois et dans le Bugey, occupait dans notre pays les cantons de Chambéry et d’Annecy.

Toutes ces nations étaient réputées Gauloises. Annibal les traversa (218 av. J. C.), quand il envahit l’Italie, par une route qu’on croit être celle du Petit Saint-Bernard.

L’an 121 av. J. C., les Allobroges ayant été soumis, d’abord par Domitius Ænobarbus à Vindalium, puis, malgré les Arvernes qui vinrent à leur secours, sur le Rhône par Fabius Maximus, leur territoire fit désormais partie de la province romaine de Narbonnaise. Le reste de la Savoie ne fut soumis qu’après que César eut conquis la Gaule. Dans le Val d’Aoste, Varron triompha des Salasses après de furieux combats. Auguste réduisit les autres, et les noms de ces peuples se lisaient sur le trophée des Alpes élevé à la Turbie par ses soins l’an 8 ou 6 av. J.-C.

La Maurienne unie au Val de Suse forma quelque temps un Etat tributaire des Romains, sous le sceptre du roi Cottius. Enfin fut composée des peuples de Savoie autres que les Allobroges, et du Valais, la province des Alpes Pennines.

Histoire de ces peuples sous le régime Romain. — Les Allobroges devenus Romains partagèrent en tout le sort de la République. On les vit, mêlés aux guerres civiles, prendre le parti de Sertorius en 76, porter plainte au Sénat de Rome contre Fontéius leur gouverneur, qui fut défendu par Cicéron, entrer dans les intrigues ourdies par Catilina, les dénoncer ensuite, enfin prendre les armes dans une insurrection, que Lentinus et Promptinus écrasèrent à Vencia et à Solonium (63).

Dès lors peu d’événements particuliers signalent,dans l’histoire du peuple Romain, les Romains de la province des Alpes. Les révolutions du palais des empereurs ne se faisaient sentir qu’à Rome, et la guerre n’était qu’aux frontières. Ces provinces éprouvèrent le sort de toute la Gaule, dont l’histoire pendant trois cents ans est celle d’une paix profonde et d’un avancement continu de la richesse, de la politesse et des arts.

Aux Césars, dont plusieurs sont fameux par d’exécrables cruautés, succèdent en 69 les Flaviens, en 96 les Antonins, en 193 les Sévères, presque tous célèbres par leurs vertus. Le siècle des Antonins marque pour la Gaule et pour le genre humain une ère de prospérité mémorable.

Aux Sévères en 235 succédèrent plus de trente ans d’anarchie militaire. La Gaule séparée de Rome se donne successivement cinq empereurs, de 258 à 273. On les nomme les Césars gaulois. En proie à la révolte des paysans nommés Bagaudes (269, 286), retournée entre temps à l’unité romaine, elle voit écraser cette révolte et mettre un terme à ses pillages par les soins de l’empereur Dioclétien.

Bienfaits de ce régime. — Disons maintenant quel fut l’effet de l’établissement Romain dans nos provinces. Ces provinces furent transformées, ou plutôt elles commencèrent d’être, sous l’influence réunie de la paix, du sage gouvernement de Rome, de l’excellence de sa civilisation. Des routes, des villes, furent bâties dans Ces contrées jusque alors à demi sauvages. Leur ancien langage, dont aucun vestige ne reste, fut échangé contre le latin: Le commerce prospéra, les esprits s’instruisirent. Martial cite nos ancêtres au nombre des lecteurs les plus assidus de ses ouvrages.

Une grande route qui partait de Milan et, franchissant le Petit Saint-Bernard, bifurquait depuis Conflans, sur Vienne d’une part et de l’autre sur Genève, faisait de ces provinces le principal passage pour aller d’Italie en Gaule. C’était pour elles la source d’une importance, qu’attestent les monuments romains retrouvés en grand nombre sur tous les points de notre pays: à Lémenc près de Chambéry, à Aime, à Thonon; le fameux arc de Campanus à Aix (débris d’un magnifique tombeau du IIIe siècle); à nos portes les antiquités d’Aoste et de Suse; la colonne Jou au Petit Saint-Bernard.

Les Allobroges avaient pour capitale Vienne, qui fut la métropole de la province Viennoise. Celle des Alpes Pennines était Darentasia ou Tarentaise, depuis nommée Moûtiers, résidence d’un procurateur: c’était le nom donné aux gouverneurs des petites provinces, dont l’un, Pomponius Victor, a signé de son nom des ïambes voués au Sylvain, conservés dans l’ancien prieuré de Saint-Martin d’Aimé.

L’établissement du Christianisme. — Le Christianisme parut en Gaule dans le premier siècle. La première Eglise importante qui s’y soit vue fut celle de Lyon, persécutée sous Marc Aurèle (177), et dont il se peut que l’influence ait rayonné sur nos provinces.

Le martyre de saint Ferréol à Vienne ne remonte peut-être qu’au IIIe siècle. L’évêché fondé dans cette ville évangélisa nos contrées. Un autre, son suffragant, fut établi à Genève. L’an 302, sous Dioclétien, Maximien, son collègue à l’Empire, ayant conduit dans nos contrées la légion de Thébaïde ou Thébaine, cette légion, qui était chrétienne, refusa de sacrifier aux idoles et souffrit le martyre avec saint Maurice son chef, saint Victor et quelques autres. Le lieu de cet événement est Agaune en Valais, appelé depuis Saint-Maurice; il tient dans l’histoire de la Savoie catholique un rang vénérable et insigne.

Enfin l’empereur Constantin proclama par l’édit de Milan en 313, le christianisme religion de l’empire. La conversion des peuples s’ensuivit; l’apostolat se multiplia. Vers 368 fut fondé l’évêché d’Aoste; saint Jacques ou Jacquemoz, l’apôtre des Centrons, fut le premier évêque de Tarentaise, en 420.

Le premier royaume de Bourgogne. — Sous Constantin, sous Théodose, l’Empire connut de nouveaux jours de grandeur et de prospérité. Cependant les nations barbares qui tour à tour assaillaient l’empire et s’établissaient sur son sol en s’engageant dans sa défense, avançaient peu à peu sa ruine. L’une après l’autre les provinces romaines s’en allaient à eux en partage.

Tel fut le sort, entre 435 et 460, de l’ancien pays des Allobroges et de plusieurs cantons avoisinants. Des événements qu’on débrouille mal firent que ce pays appartint aux Burgondes, depuis peu formés en État régulier dans la Lyonnaise et dans la Séquanaise. Les évêques consentirent d’abord à ce changement. Mais depuis que Gondebaud leur roi eut entraîné ces peuples dans l’hérésie arienne, l’appui des évêques lui manqua. Saint Avit, archevêque de Vienne, favorisa l’expédition que Clovis, nouvellement fait chrétien, menait contre les Burgondes, et dont le succès les obligea à rendre à l’Église sa liberté (500).

Un autre fruit du zèle et de la vigilance du même évêque fut la conversion de saint Sigismond, fils de Gondebaud et roi de Bourgogne après lui (516 à 524). Ce prince, ayant abjuré l’hérésie, réunit vingt-sept évêques au concile d’Yenne (517), pour l’extirper dans ses États. A Agaune il fonda l’abbaye de Saint-Maurice en l’honneur du martyre du Saint, et lui donna tout de suite le renom et l’importance qui lui vaudront un rôle dans cette histoire.

Assailli par les fils de Clovis, saint Sigismond est pris et mis à mort. Gondemar son frère, d’abord vainqueur de ces princes à la bataille de Vézéronce, puis vaincu dans une seconde campagne, est obligé en 534 de leur céder tous ses États.

La monarchie Franque. — Incorporées dès lors à la monarchie Franque, nos contrées n’ont d’histoire dans les trois siècles qui suivent (534 à 887), que l’histoire de cette monarchie.

Elles continuaient de suivre la Bourgogne dans les partages, et de 361 à 493, elles eurent Gontran, fils de Clotaire, pour roi. Contre les Lombards, qui s’étaient jetés dans le pays, elles furent défendues par ce prince, qui conquit sur ces peuples les vallées d’Aoste, de Suse et d’Oulx, et érigea le diocèse de Maurienne, dans lequel il est encore en vénération. Sous son règne le célèbre abbé de Luxeuil, saint Colomban, fut reçu avec honneur dans le Chablais, où il passait, se rendant en Italie.

Thierry, neveu de Gontran (mort en 596), fut le dernier qui porta le titre de roi de Bourgogne. Pourtant le souvenir de cet ancien royaume et de ses limites survécut. Il ne s’effaça ni sous les derniers Mérovingiens, ni dans les réformes issues de l’administration de Charlemagne, ni dans les partages qui, après la mort de cet empereur, démembrèrent à plusieurs reprises le territoire de ce royaume.

Le second royaume de Bourgogne. — En l’an 887, temps où fut déposé Charles le Gros à la diète de Tribur, et où l’empire de Charlemagne fut décidément partagé, le nom de Bourgogne sert à désigner trois choses:

Le duché de Bourgogne, possession des rois de France, et que ceux-ci depuis donnèrent en fief;

Le royaume de Bourgogne Cisjurane, ou Provence, composé de la Provence propre, des pays qui depuis ont formé le Dauphiné, et de la Bresse;

Le royaume de Bourgogne Transjurane, composé de ceux qui ont formé la Franche-Comté, les cantons Suisses, et la Savoie dans ses provinces du nord. Le sud de cette contrée fut réuni plus tard.

Rodolphe, gouverneur de ces derniers territoires sous Charles le Gros, s’en fit roi lors de la déposition de cet empereur. Puis il se fit reconnaître des nobles et des évêques, assemblés à Saint-Maurice d’Agaune, renouant ainsi avec solennité la tradition de la première Bourgogne et de la monarchie de saint Sigismond.

La Bourgogne Cisjurane eut pour rois Boson, beau-frère de Charles le Chauve, et ses descendants, jusqu’à ce que Hugues, l’un d’eux, devenu roi en Lombardie, céda le royaume à Rodolphe II, successeur (912) de Rodolphe, fondateur de la monarchie Transjurane. Ainsi furent réunies (933) les deux Bourgognes sous le nom de Bourgogne simplement, plus tard remplacé par celui de royaume d’Arles.

A Rodolphe II, en 937, succède Conrad le Pacifique.

L’invasion Sarrasine. — Les troubles engendrés du partage de l’Empire furent redoublés par trois grandes invasions: celle des Normands en France, celle des Hongrois en Allemagne, celle des Sarrasins dans le royaume d’Arles.

Les Sarrasins venaient de l’ancienne Cyrénaïque, qui formait un Etat arabe indépendant sous le gouvernement des Califes Aglabites avec Cairouan pour capitale. Comme ils ne tendaient qu’à transporter sur terre les pirateries que leurs corsaires exerçaient dans la Méditerranée, ils se saisirent d’abord des passages des Alpes, où ils rançonnaient les marchands (911).

Les abbayes de ces contrées furent ruinées, Saint-Jean de Maurienne fut livrée aux flammes; les bourgeois furent pillés, les moines et les évêques massacrés, les paysans réduits en esclavage. Avant 924 les Hongrois pénètrent jusqu’en Lombardie, dont l’empereur Bérenger disputait le royaume aux rois de l’une et de l’autre Bourgogne. Chacun de ces princes recherche contre son compétiteur l’alliance funeste des Barbares. Enfin les Sarrasins se fixent et s’établissent en Maurienne, en Valais, en Tarentaise, dans le Val d’Aoste.

Des légendes qu’on ne peut vérifier en détail, assurent que Conrad le Pacifique parvint à jeter sur eux les hordes hongroises toujours nomades. Profitant de l’antagonisme des deux peuples, il réussit à les écraser l’un par l’autre dans la journée de Valprofonde (950). Izarn, évêque de Grenoble, achève de purger le Grésivaudan de ces infidèles. Digne successeur des Jacques et des Avit, saint Bernard de Menthon restaure dans nos vallées le culte chrétien sur leurs ruines (970 à 980), et bâtit, entre autres hospices qui portent son nom, celui de la colonne Jou, où la tradition rapporte que les faux cultes ont eu leur siège.

La tradition ajoute que les Sarrasins avaient perfectionné chez nous le travail des mines, et c’est un fait certain qu’un peu de leur sang demeure mêlé à celui des habitants, principalement des habitants des Bauges.

Fin de la dynastie des rois d’Arles. — Les grands Etats formés des débris de l’Empire ne jouirent jamais d’une unité parfaite. Le partage de l’autorité, dont fut constitué l’ordre féodal, commençait justement dans le temps de leur formation. Les siècles qui suivirent virent le pullulement des seigneuries particulières, qui de plus en plus tenaient en échec les suzerains.

Ceux-ci se trouvèrent impuissants contre l’invasion Sarrasine. Cette impuissance obligea partout de petits pouvoirs à s’armer pour la défense des habitants, en sorte que ces pouvoirs s’accrurent, diminuant d’autant celui du suzerain.

Rodolphe III, successeur de Conrad le Pacifique (993), fut le témoin de cet état dans le royaume d’Arles. La résistance de ses vassaux le fit chercher un appui près de l’empereur Conrad le Salique, dont il dépendait. Comme il n’avait pas d’enfants, rien n’empêcha qu’il se le rendît favorable en l’instituant son héritier.

A sa mort, l’an 1032, il envoya à ce prince sa couronne et la lance de saint Maurice en investiture du royaume, qui depuis lors n’eut plus de souverain que les Empereurs.

PREMIÈRE PÉRIODE

Table des matières

FORMATION DE L’ÉTAT DE SAVOIE

I. HUMBERT AUX BLANCHES MAINS

Table des matières

1003 A 1048

Origine de la maison de Savoie. — Les commencements de l’histoire de Savoie sont couverts d’obscurité. Les premières lumières tombent sur les princes, tandis que le lieu et l’étendue de leurs possessions restent incertains. Ces possessions étaient au royaume d’Arles, sans qu’on puisse dire précisément sur quelles terres le titre de comte au pays de Savoie (comes in agro Savogiensi) leur donnait autorité. Ce qui n’est pas douteux, c’est qu’Humbert aux Blanches Mains, tige de la maison de Savoie, portait ce titre au temps où le royaume d’Arles fut donné à l’Empereur (1032).

Des généalogies approuvées de cette maison ont longtemps assigné pour son prédécesseur et premier de la lignée Bérold de Saxe, dont le nom la faisait allemande; on tient aujourd’hui pour probable, à cause de la position de ses plus anciens fiefs, qu’elle a pris naissance en Viennois.

Introduction du nom de Savoie. — Savoie ou Sapaudia n’a signifié d’abord qu’une région naturelle, dont nous ignorons les limites. Ammien Marcellin est le premier qui s’en serve, au IVe siècle. Sous Charlemagne, c’est un district; l’usage devait plus tard en fixer l’étendue à la province de Chambéry. Le nom de comte de Savoie fait de ce district un fief à partir d’Humbert le Renforcé. La réunion de parties nouvelles successivement opérée par les Comtes, en étendit l’appellation à toutes les possessions de ces princes en-deçà des Alpes jusqu’au Rhône. Ces deux usages du mot ont duré jusqu’à nous.

Il est remarquable que ni l’un ni l’autre ne répond au territoire des anciens Allobroges. Savoie au sens particulier exclut la principale partie de ces peuples; au sens national en outre il les déborde. Ainsi l’histoire des Allobroges ne saurait être prise pour l’histoire de la Savoie. Celle-ci ne commence qu’avec la dynastie qui devait, en associant au comté cinq provinces, former de cette union la nation Savoyarde.

Situation favorable de la maison de Savoie. — Une foule de seigneurs particuliers commandaient alors à ces provinces: parmi les seigneuries ecclésiastiques, on distinguait les évêques de Genève, de Sion, d’Aoste, de Maurienne et de Tarentaise; parmi les laïques, les sires de Chambéry, les marquis de La Chambre, les barons de Chevron, de Villette, de Briançon, de Miolans, de Montmayeur, de Compeys, de Sallenove, de Menthon. Depuis le temps d’Humbert aux Blanches Mains, quelques maisons s’élèvent au-dessus des autres et commencent la réparation du morcellement féodal.

Humbert s’étendit en partie grâce à l’appoint des fiefs d’Eglise. Son frère Odon, évêque de Belley, ses fils, Bouchard, évêque d’Aoste, et Aimon, évêque de Sion, nommés par les rois d’Arles comtes en ces divers lieux, concédèrent ces comtés en fief à leurs aînés, qui y exercèrent pour eux l’autorité. Ainsi nos comtes au pays de Savoie s’étendirent dès lors sur le Bugey, le Val d’Aoste et le Valais.

La substitution des Empereurs à la dynastie des rois d’Arles, en donnant pour maître aux seigneurs un prince occupé de plus de soins et résidant hors du royaume, achevait de relâcher le vasselage: Humbert aux Blanches Mains en profita. En même temps il sut faire valoir sa fidélité à l’Empereur. En 1033 il alla le visiter à Zurich. Quand Conrad fut couronné à Genève, le Comte commanda les troupes accourues par le Grand Saint-Bernard pour protéger et saluer l’Empereur. La faveur de ce dernier fut sa récompense. On croit qu’Humbert en reçut le Chablais, dont Saint-Maurice d’Agaune était alors la capitale.

Il était en outre comte de Maurienne, et tenait près d’Aiguebelle, la tour de Charbonnière, qui perpétue jusqu’à nos jours le souvenir de ces origines.

II. AMÉDÉE LA QUEUE

Table des matières

1018 A 1051

Même sujet. — Amédée, fils d’Humbert, entretint la faveur de l’empereur, et du vivant de son père, accompagna la descente que Henri III fit en Italie (1016). A Vérone, où il l’alla rejoindre, d’abord prié de laisser son cortège à la porte, il obtint le droit d’entrer, selon le mot de l’Empereur, avec sa queue. Ce mot rapporté par Paradin, marque le cas qu’on faisait de sa maison, et fait son surnom dans l’histoire.

III. ODON

Table des matières

1051 A 1060

État des provinces italiennes. — Du côté de l’Italie, la maison de Savoie confinait à l’ancienne Gaule Cisalpine, longtemps constituée en royaume (568 à 774), au profit des Lombards, qui lui donnèrent leur nom. Depuis le partage de l’Empire, cette province retourna à une indépendance, que menaçaient sans cesse les Empereurs, les rois de Bourgogne et les princes de l’Italie.

Les plus puissants d’entre ces derniers étaient les trois marquis, institués pour la garde de la marche ou frontière des Alpes, qui ne furent à l’origine qu’officiers de l’Empire, et s’érigèrent plus tard en seigneurs féodaux: marquis d’Ivrée, marquis de Monferrat, et le marquis en Italie, communément nommé de Suse, parce que cette ville était de son domaine. Il possédait en outre une partie du Piémont, Turin, Asti, etc., enfin la marche d’Ivrée (sans la ville), enlevée au marquis de ce nom. En 950 commence le second royaume de Lombardie, dont Bérenger, marquis d’Ivrée, fut roi. Les empereurs Saxons confisquèrent ce royaume; ensuite un autre marquis d’Ivrée, Ardouin, y succéda en 1002. Enfin l’empereur Henri II, vainqueur d’Ardouin en 1014, détruisit cette monarchie pour toujours.

Dès lors l’ancienne Gaule Cisalpine ne fut plus sujette qu’aux pouvoirs féodaux, s’exerçant sous les influences rivales, et toujours guerroyantes, du pape et de l’empereur.

Réunion de Turin et de Suse. — Odon, second fils d’Humbert aux Blanches Mains, épousa du vivant de son père, Adélaïde, fille du dernier marquis de Suse, dont il recueillit l’héritage. En conséquence les comtes de Savoie, possessionnés de Turin et de Suse, entrèrent en participation des intérêts de la Lombardie.

Cet événement agrandit tout à coup les destinées de cette maison. D’une part il remettait aux mains de nos princes les passages des Alpes, d’autre part il les plaçait sur un nouveau théâtre, où l’ardeur et le nombre des intérêts contraires ne pouvaient manquer d’être favorables aux entreprises d’une politique prudente, souple, persévérante surtout.

Les seigneuries de ces contrées, fortifiées par le long état d’instabilité des couronnes auxquelles s’adressait leur vasselage, mieux établies que celles du royaume d’Arles, devaient faire obstacle plus longtemps à l’agrandissement de la Savoie. De plus les villes, fortement constituées, y formaient une puissance d’un genre particulier.

La politique lombarde exigeait donc du temps, c’est-à-dire beaucoup de patience, et des ressources assurées ailleurs. La sagesse des princes pourvut à la première de ces conditions; la seconde fut remplie par l’établissement déjà formé, plus aisé aussi à agrandir, dont ils disposaient en-deçà des Alpes.

Politique des comtes de Savoie. — Croître en Bourgogne afin d’être forts en Lombardie, allait être pendant quatre siècles la politique de ces princes.

En Bourgogne elle ne trouve d’Etats rivaux du sien, que formés soit en même temps, soit un peu plus tard qu’elle: c’étaient les comtes de Genève, les barons de Faucigny et les Dauphins. Outre l’avance que lui donnait sur eux soit le temps, soit la vigilance, avantage qui l’aidait dans la négociation, la maison de Savoie devait les vaincre dans les mariages par la continuité de sa descendance, qui n’a pas de pareille dans l’histoire. Cette continuité donna tout son effet grâce à la loi Salique, dont jouissait cette maison.

En Italie, l’obstacle formé par les trois marquisats se trouva diminué. Celui d’Ivrée avait été supprimé par l’Empereur en même temps que le second royaume de Lombardie; celui de Suse passait à nos princes. Ils n’avaient donc plus de compétiteur que Monferrat. Cependant, comme le droit de primogéniture n’existait pas en Italie, l’héritage d’Adélaïde fut contesté par sa sœur Berthe, qui porta à un prince de la maison de Monferrat quelques parties retenues de cet héritage. Ainsi fut constitué le marquisat de Saluces. Saluces et Monferrat devinrent les rivaux redoutables de la maison de Savoie au-delà des monts, contre lesquels, des siècles durant, il lui fallut tirer l’épée.

IV. AMÉDÉE II

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1060 A 1086

Premiers engagements en Italie. — Le règne d’Amédée, fils d’Odon, tombe dans le temps de la querelle des Investitures. Berthe de Savoie, sœur d’Amédée, avait épousé l’empereur Henri IV, contre qui Grégoire VII était en guerre à ce sujet.

On aperçoit que dans ces conflits du Sacerdoce et de l’Empire, la double politique des Comtes fut de tenir le parti du pape, dont profitaient les libertés Lombardes, et de contenter par mille démarches les Empereurs, à la faveur desquels ils devaient une partie de leur force en Bourgogne. Henri allant à Canossa (1077) eut des troupes savoyardes dans sa suite, et peut-être fit chemin par les Etats de Savoie, ayant emprunté soit la route du Valais, soit celle du Petit Saint-Bernard. Le comte son beau-frère et Adélaïde de Suse, négocièrent pour lui l’entrevue du Pape.

En retour ils obtinrent de l’Empereur une province en Bourgogne, peut-être le Petit Bugey ou Bugey Savoyard. En Italie leur politique ne laissait pas de s’étendre, car on voit alors Odon, frère d’Amédée, paraître sur le siège d’Asti.

En 1085 une décision de l’Empereur joignit à l’héritage de Suse, partie des possessions et le titre de l’ancien marquisat d’Ivrée, relevé en faveur de la maison de Savoie.

V. HUMBERT II LE RENFORCÉ

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1086 A 1103

Échec en Italie. — Les mêmes contestations formées à l’origine de l’héritage d’Adélaïde de Suse furent renouvelées après sa mort par différents princes enfants de ses filles. La loi Salique, que nos Comtes s’efforçaient de faire recevoir pour leurs successions d’Italie, ne put s’établir. Conrad, fils de Henri IV et de l’impératrice Berthe, l’emporta, grâce à l’aide que le Pape lui fournit pour relever un instant (1093 à 1101) le royaume de Lombardie contre l’Empereur. Humbert le Renforcé ou le Gros, fils d’Amédée II, ne put conserver en Italie que Turin, Suse et Pignerol.

Sa fille épousa Louis le Gros, roi de France. Le corps de notre comte repose dans la cathédrale de Moûtiers en Tarentaise.

VI. AMÉDÉE III

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1103 A 1148

Premières alliances avec les maisons d’en-deçà. — On ne saurait dire pourquoi un comte de Genève, Aimon, exerça la régence sous Amédée III enfant, en même temps que Gisèle de Bourgogne, sa mère.

. On ne débrouille pas mieux s’il est vrai que ce prince ait accompagné l’empereur Henri V à Rome, quand celui-ci réclamait l’héritage de la comtesse Mathilde (1115), et comment il se conduisit envers le Pape dans cette affaire. Elle fut suivie bientôt de l’élection de Calixte II, qui termina la querelle des Investitures (1122).

Du côté des grands fiefs de Bourgogne, l’alliance proposée pour lui d’une princesse de Genève, fille d’Aimon son tuteur, puis celle qui fit enfin de Mathilde d’Albon, fille du Dauphin de Vienne, sa femme, montrent la politique de Savoie en action. Le blocus de Montmeillan mené par ce Dauphin, et la défense qu’en fit Amédée III, doivent être rattachés soit aux mêmes ambitions, soit à la nécessité de se défendre contre les ambitions contraires.

Amédée III prit part à la troisième Croisade, avec Louis VII, roi de France, son neveu. Il mourut au retour, à Nicosie en Chypre. Il fut grand bienfaiteur de moines et grand fondateur d’abbayes, entre autres de celles d’Abondance et de Tamié, et de la célèbre abbaye d’Hautecombe, où les princes de sa maison ont eu depuis leur sépulture.

TOMBEAU D’AIMON LE PACIFIQUE ET D’YOLANDE PALÉOLOGUEDANS L’ANCIENNE ABBAYE D’HAUTECOMBE

DIMIER. SAVOIE. Pl. I.

Phot. Giraundon.

VII. LE BIENHEUREUX HUMBERT III

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1148 A 1189

Nouveau différend du pape et de l’empereur. — La guerre avec les Dauphins se renouvela sous le fils d’Amédée III. De nouveau Montmeillan fut assiégée: Guigues V, Dauphin, qui menait ce siège, fut repoussé (1153).

En Italie, de nouveaux griefs rengageaient les hostilités entre le pape et l’empereur. L’ambition, non plus de gouverner l’Eglise d’Allemagne, mais de dominer la péninsule, fit que Frédéric Barberousse mena six expéditions en Italie. La première s’accordait avec la cause du pape; elle eut pour conséquence la fin de la République romaine, qu’Arnaud de Bresse avait proclamée, et le supplice de ce dernier.

Cependant la puissance du Saint-Siège ne faisait pas moins échec à la conquête de l’Italie, que n’avait fait la démagogie romaine. Pour rompre ce persistant obstacle, Frédéric nomme un antipape, en même temps que les villes de Lombardie se voient imposer de sa main, par décision de la diète de Roncaglia (1158), des podestats pour les réduire.

En 1162 Frédéric se tourne vers le royaume d’Arles. Pressé d’y faire sentir le pouvoir impérial, il relève la féodalité contre la puissance des grands fiefs, rend aux évêques de Belley, de Tarentaise et de Maurienne, en même temps qu’à celui de Turin, les droits exercés par les Comtes, et nomme ces prélats princes d’Empire.

Politique d’Humbert. — Humbert tint contre l’antipape le parti du pape Alexandre III. Il favorise les villes Lombardes, subit avec elles l’échec terrible de la prise et du sac de Milan, se relève avec la ligue qu’elles forment (1167), et participe de leur triomphe à la bataille de Legnano (1176). La défection de Henri le Lion, chef de la maison Guelfe, fut cause de la défaite de Barberousse, dont les ennemis en Italie prirent depuis lors le nom de Guelfes.

Enfin la paix de Constance (1183) consacra la restauration des libertés Lombardes. Pavie, alliée de l’empereur, et le marquis de Monferrat, qui soutenait le même parti, en reçurent autant de détriment que le comte de Savoie en prenait d’avantage.

Humbert cependant semble avoir évité de rompre irréparablement avec l’Empereur; les allées et venues de ce dernier se faisaient à travers ses Etats. Les historiens ont écrit que le Comte agissait ainsi par faiblesse; quoi qu’il en soit, cette politique fut toujours celle de sa maison.

D’autre part on voit qu’il avait négocié le mariage de sa fille Adélaïde avec Jean, fils de Henri II roi d’Angleterre. Ce mariage, qui devait appuyer la puissance naissante de la maison de Savoie contre les entreprises du roi de France, n’eut pas lieu. Le projet reste en témoignage des débuts de la politique anglaise de nos princes.

Humbert est mis au rang des saints; un autel lui est érigé dans Hautecombe, où ses restes sont déposés. Saint Amédée d’Hauterive, abbé de ce monastère, avait été son précepteur. Il fut marié quatre fois; une de ses femmes fut Germaine de Vienne, à la mort de laquelle il voulut se faire moine; une autre, Béatrix de Maçon qui fut la mère du comte Thomas.

VIII. THOMAS

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1189 A 1233

Les réparations de l’Empereur. — Thomas n’avait que dix ans quand il succéda au Comté. Le marquis de Monferrat exerça quelque temps la régence.

L’entremise d’un prince si fidèle aux Empereurs fut apparemment ce qui valut à Thomas (1189), de la part de Henri VI, fils de Barberousse, la restitution des anciens droits sur les évêchés ci-dessus dits. Bientôt la mort de Henri VI rendit l’Empire plus complaisant encore, à cause des compétitions qui, livrant cette dignité à des rivaux mal assurés, les obligeaient à acheter l’appui de leurs vassaux. Entre Othon, chef de la maison Guelfe, et Philippe de Souabe, Thomas ne prit pas de parti définitif, favorisant le premier en Lombardie, allié du second en Bourgogne, tandis que l’archevêque de Tarentaise, franc Gibelin, sacrait le Souabe à Mayence.

De Philippe, le Comte recouvra le titre de marquis en Italie (1198) et tous les fiefs enlevés à sa maison, accrus de Quiers et de Testona. Il eut aussi Moudon, précieuse pour l’appui qu’elle lui donnait au nord du lac de Genève, contre les comtes de Zaehringen. Othon demeuré seul eut Thomas pour fidèle allié. On peut croire que c’est alors que nos comtes obtinrent pour la première fois en Lombardie le titre de vicaire impérial.

Démêlés du pape et de Frédéric II. — Thomas n’eut ce titre qu’à vie. Il fut de grande importance pour lui dans les démêlés qu’on voit renaître pour la troisième fois à cette époque, entre les Empereurs et le Pape.

Frédéric II, petit-fils de Barberousse et qui fut le dernier empereur de sa maison, visait à la ruine de l’Eglise au spirituel autant qu’au temporel. Comme il héritait par sa mère du royaume des Deux Siciles, le Pape, à qui ce royaume avait servi auparavant de défense, n’eut plus d’appui que dans la ligue renouvelée (1226) des Villes Lombardes. Jamais le pape et l’empereur n’eurent tant besoin du comte de Savoie qu’à cette époque. Son titre autant que sa position lui remettait en partie le sort des villes qu’il importait aux partis concurrents de se rendre favorables. Dans ces nombreuses négociations, Thomas cherchait un équilibre qui favorisât sa maison.

Verceil et Asti devinrent ses alliées. Contre Gênes il accepta de soutenir l’insurrection de Savone et d’Albenga, sans cependant y réussir. Turin soulevée contre lui, fut remise deux fois dans son obéissance. Il mourut dans une de ces expéditions (1233), et reçut la sépulture à Saint-Michel-de-Cluse près d’Aveillane.

Sous le règne de ce prince eut lieu (1248) la chute affreuse du Mont Granier sous laquelle fut ensevelie la ville ancienne de Saint-André, siège du décanat de Savoie. La chapelle Notre-Dame de Myans, au pied de laquelle s’arrêta le désastre, en devint le pèlerinage de toute la Savoie.

IX. AMÉDÉE IV

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1233 A 1253

Suite des mêmes démêlés. — Allié de l’empereur dans la mesure où son père l’avait été, Amédée IV parut dans les armées que Frédéric II menait en Lombardie. Mais il n’y fut qu’après la bataille de Cortenova(1237), où fut écrasée la seconde ligue Lombarde. L’Empereur y avait mené sa terrible colonie sarrasine de la Capitanate. Milan épouvantée se rendit.

Aussitôt le pape Grégoire IX se déclare chef de la ligue vaincue, et négocie par toute la Cisalpine la réunion des puissances divisées. Gênes et Venise sont ralliées à la Ligue. Frédéric de son côté comble Amédée de faveurs, érige en duché pour lui le Chablais et Aoste, lui renouvelle le vicariat (1238). Longtemps la puissance de l’Empereur balance la politique de son adversaire; il semble près de l’accabler; cependant il n’ose essayer le siège de Rome, qu’il avait d’abord cru facile. Il s’empare des galères génoises qui portent les Pères au concile de Latran, convoqué dans le dessein de prononcer sa déchéance.

Enfin Grégoire ramène au parti de l’Eglise les villes d’Alexandrie et d’Asti. Amédée IV lui livre la route des Alpes vers Lyon, où devait se tenir librement le concile. Ce concile s’assemble en 1245, et dépose Frédéric II.

Défaite et mort de Frédéric II. — A ce coup l’Allemagne elle-même abandonna l’Empereur. Il essaya de tenir en Lombardie, transféra à Enzio, son bâtard, le titre de vicaire, repris à Amédée; mais le sort des armes même l’abandonna.

Devant Parme, passée au parti Guelfe, il voit ses Sarrasins plier. Enzio, battu à Fossalta, fut pris, et ne dut qu’à la prière d’Amédée la vie sauve (1249). Accablé de chagrins, méditant sa revanche dans une expédition désespérée contre Lyon, Frédéric II mourut d’un mal, soudain, à Firenzuola dans la Capitanate, et mit fin ainsi au péril de l’Eglise (1250).

Quelques historiens, contant ces événements, ont appelé les comtes Thomas et Amédée des Gibelins. Cependant une décision du pape lui-même les exempte de ce nom, car la sentence d’excommunication fulminée contre les Gibelins fut suspendue pour les Savoyards. Au milieu de conjonctures si graves, la Savoie avait tenu le seul rôle qui convînt à la fois à sa profession de fille soumise du pape, à son devoir de vassale de l’empereur, à la fonction enfin qu’elle aspirait à prendre de protectrice des libertés Lombardes. En ménageant avec bonheur ces trois objets, elle commençait à s’acquérir le renom de modératrice des partis.

Alliances d’Amédée IV. — Le premier mariage d’Amédée IV avec une princesse de Vienne, continue du côté du Rhône la politique de nos princes; le second, qui lui donna pour femme Cécile, de l’illustre maison de Baux, fait voir un commencement d’entreprise sur la Provence. Ses deux filles Béatrice et Marguerite mariées, l’une au marquis de Saluces Mainfroid, l’autre au marquis de Monferrat Boniface le Grand, attestent que les négociations se poursuivaient de ce côté.

Les mariages des princes ses frères et sœurs, postérité nombreuse du comte Thomas, offrent aux regards de l’historien des alliances qu’on peut appeler de magnificence, parce que, recherchées loin du Comté, elles n’expriment de la part des princes aucune politique d’annexion. Elles ne font que rendre sensible le rang qu’après un siècle et demi d’existence, la maison de Savoie tenait en Europe. Thomas, depuis comte de Piémont, fut gendre de Baudouin, comte de Flandre et empereur de Constantinople. Béatrice, qui avait épousé en 1220 le comte de Provence, en eut pour filles Marguerite, femme de saint Louis roi de France, Eléonore, femme de Henri III roi d’Angleterre, Léonie, femme de Richard de Cornouailles empereur d’Allemagne, Béatrice, femme de Charles duc d’Anjou et roi de Sicile.

Trois frères d’Amédée furent évêques. Dans leur élévation s’observe le même partage. Guillaume et Philippe se succédèrent sur le siège de Valence; le premier eut en outre Liège et Winchester: tous deux laïcs et simples bénéficiers. Enfin Boniface, seul prêtre, eut l’archevêché de Cantorbéry, répandant jusqu’en Angleterre le renom de la maison de Savoie.

X. BONIFACE LE ROLAND

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1253 A 1263

Révolte du Piémont. — Boniface, fils d’Amédée IV, âgé de neuf ans seulement, régna sous la tutelle de sa mère Clotilde de Baux, et de son oncle Thomas. Une révolte des villes du Piémont signale cette régence.

Moncalier et Quiers liguées tombent au pouvoir de Thomas, que la fidélité de Turin soutint d’abord. Mais Asti, qui, comme la première des villes Lombardes, partant la plus intéressée à ne laisser en paix aucune puissance rivale, ne cessait de nouer des intrigues, détacha Turin de cette alliance. Depuis lors les armes de Savoie cédèrent.

A Montcalier comme à Montbrun (1257), Thomas fut vaincu. L’année suivante il reprenait la campagne, quand il mourut à Aoste, où il est enterré dans la cathédrale (1259).

Les Angevins en Lombardie. — Cependant le célèbre Manfred ou Mainfroid, bâtard de l’empereur Frédéric II; avait succédé à Naples et en Sicile à Conrad, fils de cet empereur. Par lui se renouvelait l’attaque contre le Saint-Siège, dépourvue cette fois de l’appoint de l’Allemagne, mais menaçante par ses ressources, par son audace, et terrible par l’usage qu’à l’exemple de son père, il osait faire de ses Sarrasins.

Urbain IV, pape en 1261, excommunia Mainfroid. Cette sentence fut suivie de mesures politiques décisives. Résolu de couper le mal dans sa racine en extirpant la maison de Souabe, le Pape appelle en Italie Charles duc d’Anjou, frère de saint Louis, et lui donne le royaume de Naples.

Cet événement mettait en jeu le sort de l’Italie entière. La Lombardie se partagea. Monferrat, changeant de camp, offrit le passage des Alpes aux troupes du prince français. On a conté que Boniface, dont la sœur, veuve du marquis de Saluces, était remariée à Mainfroid, avait pris parti pour ce dernier, qu’il avait battu Monferrat à Rivoli; que ceux d’Asti, déclarés pour Anjou, l’ayant assailli sous les murs de Turin, l’avaient défait et emmené prisonnier dans leur ville, où le jeune comte était mort de ses blesssures. Il y a des raisons de croire que tout ceci n’est qu’une fable. Ce comte mourut sans postérité en 1263.

XI. PIERRE LE PETIT CHARLEMAGNE

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1263 A 1268

Grandeur de ce prince. — On a demandé pourquoi, la lignée d’Amédée IV éteinte, les enfants de Thomas son puîné n’avaient pas succédé au Comté. Ce fut un cadet qui succéda, Pierre, alors comte de Romont, non en vertu d’aucune décision des États de Savoie (lesquels ne se tenaient pas encore), mais probablement parce que le droit de représentation n’était pas alors admis dans cette maison: les fils d’un mort ne pouvant exciper des droits qu’eût eus leur père vivant, et le mâle le plus proche héritant à leur place.

On ne peut manquer d’observer sous ce prince les premières relations suivies de la maison de Savoie en Angleterre, dont son neveu par alliance était roi. Pierre avait servi ce prince et résidé à Londres, où l’hôtel de Savoie garda longtemps son nom. Contre les barons révoltés de ce pays, il conduisit au secours de la reine Éléonore des troupes qui ne passèrent pas la Flandre, cette révolte s’étant apaisée (1264). Un avantage de ces relations fut qu’il eut pour ami Richard de Cornouailles, frère du roi d’Angleterre, qui prit le titre d’empereur d’Allemagne au temps du grand interrègne. Il en reçut le comté de Kibourg près de Zurich; il était aussi baron de Vaud, et tenait le château de Genève, en paiement de quelques dettes contractées par les comtes de Genevois à son égard. Enfin son mariage avec Agnès, héritière du Faucigny, mit cette province entre ses mains.

Peut-être le surnom de Petit Charlemagne vint-il à ce prince de sa législation. En effet la Savoie tint de lui les premières constitutions ou statuts qu’elle ait connus. Entre les châtelains et l’autorité du comte, elles instituaient les baillis qui renforçaient son autorité. Dans chaque province fut établi le juge qui représentait le souverain. La procédure fut amendée, et on reconnaît dans ces statuts les premiers traits de notre assistance judiciaire. Le notariat aussi eut ses règlements.

Ses guerres. — On les voit conduites principalement du côté de la Suisse, en Valais et au nord du Lac. Le Comte rencontrait de ce côté la puissance naissante des Habsbourg. Rodolphe, tige de cette maison, soutint contre lui l’évêque de Sion. Il lui disputa le comté de Kibourg. Le progrès que la Savoie faisait de ce côté est attesté par une alliance avec Berne, qui fut conclue à cette époque. En même temps le pays de Vaud reçut de Pierre le bienfait d’une unité nouvelle, succédant à divers morcellements féodaux, et consacrée par des États uniques, qui se tinrent depuis à Moudon.

Il résidait d’ordinaire à Thonon, et l’on voit que dès lors les comtes de Savoie songeaient à relever pour eux-mêmes l’ancien royaume de Bourgogne. Peut-être Pierre eut-il le premier ce dessein. Il reçut de l’abbé de Saint-Maurice d’Agaune, l’anneau du Saint, gardé dans l’abbaye, et depuis lors cette relique insigne, transmise de prince en prince dans la maison de Savoie, attesta leur droit dynastique et l’antiquité vénérable à laquelle ils se rattachaient.

Cependant le duc d’Anjou, passé par mer en Italie, battait et tuait Mainfroid à Grandella (1266). Un traité qu’il avait signé avec le pape, défendait à ses ambitions la Toscane et la Lombardie. Cette défense favorable aux intérêts du Comte, devait le liguer avec le pape contre les tentatives que l’Angevin ferait dans ces parages. Pierre le Petit Charlemagne mourut à Pierre-Châtel, l’année 1268.

XII. PHILIPPE Ier

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1268 à 1283

Abaissement du Monferrat. — Cette mort fut suivie de peu par la bataille de Tagliacozzo (1268), où périt Conradin, dernier prétendant de la maison de Souabe au trône de Naples. Le duc d’Anjou prit possession de ce trône, et le Saint-Siège échappa pour toujours aux menaces que les armes de l’Empire avaient fait passer sur sa tête.

Philippe, puîné de Pierre et dernier des fils de Thomas Ier, succéda au comté de Savoie. Thomas, troisième du nom, fils aîné de Thomas qui fut régent sous Boniface, tenait alors le Piémont à fief du Comté. Il y soutint l’effort de Charles duc d’Anjou, qui, méprisant la défense du pape, assaillit Turin et s’en empara (1270). Plus heureux contre Monferrat, Thomas battit cet ennemi et le fit prisonnier. Le marquis ne fut remis en liberté que moyennant une restitution de tout ce que les comtes depuis Odon avaient cédé, en Italie, de la dot d’Adélaïde de Suse. Ces événements marquèrent la fin de la prépondérance du Monferrat.

La succession du Faucigny. — En 1273 prend fin pour l’Allemagne la période dite grand interrègne, durant laquelle plusieurs compétiteurs se disputèrent l’Empire, sans qu’aucun l’emportât. L’avènement de Rodolphe de Habsbourg, qui termina cette anarchie, remit le pouvoir impérial en état de se faire sentir aux princes de la maison de Savoie.