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Imaginez-vous vous réveiller à l'hôpital sans avoir la moindre idée de ce qu'il vous est arrivé ni même de qui vous êtes... Effrayant, non ? Vous voudriez certainement recoller les morceaux de votre identité, résoudre l'énigme qu'est votre vie et savoir ce qu'il s'est passé. Mais attention, car parfois ce que l'on découvre va au delà de tout ce qu'on pouvait imaginer. Parfois notre identité n'est pas notre alliée. Plongez dans un polar sombre et violent qui vous amènera dans les pires recoins de l'esprit humain.
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Seitenzahl: 210
Veröffentlichungsjahr: 2021
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Écrit par Karen Porcher Sur une idée de André Porcher
PROLOGUE
PREMIER CHAPITRE
DEUXIEME CHAPITRE
TROISIEME CHAPITRE
QUATRIEME CHAPITRE
CINQUIEME CHAPITRE
SIXIEME CHAPITRE
SEPTIEME CHAPITRE
HUITIEME CHAPITRE
NEUVIEME CHAPITRE
DIXIEME CHAPITRE
ONZIEME CHAPITRE
DOUZIEME CHAPITRE
TREIZIEME CHAPITRE
QUATORZIEME CHAPITRE
QUINZIEME CHAPITRE
SEIZIEME CHAPITRE
DIX-SEPTIEME CHAPITRE
DIX-HUITIEME CHAPITRE
DIX-NEUVIEME CHAPITRE
VINGTIEME CHAPITRE
VINGT ET UNIEME CHAPITRE
VINGT-DEUXIEME CHAPITRE
VINGT-TROISIEME CHAPITRE
VINGT-QUATRIEME CHAPITRE
VINGT-CINQUIEME CHAPITRE
VINGT-SIXIEME CHAPITRE
VINGT-SEPTIEME CHAPITRE
VINGT-HUITIEME CHAPITRE
VINGT-NEUVIEME CHAPITRE
TRENTIEME CHAPITRE
TRENTE-ET-UNIEME CHAPITRE
TRENTE-DEUXIEME CHAPITRE
TRENTE-TROISIEME CHAPITRE
TRENTE-QUATRIEME CHAPITRE
EPILOGUE
Du coton... Je suis comme dans du coton... Les images devant moi sont floues. Je devrais être paniqué, je n'ai aucune idée d’où je suis. Ni de qui je suis d'ailleurs. Mais je me sens comme enveloppé de coton.
Alors que je commence tout juste à m'habituer à cette douceur, des voix, lointaines d'abord puis beaucoup plus fortes, viennent se fracasser contre mon cocon. Et elles finissent par le briser.
« Monsieur... Monsieur... Vous m'entendez ? »
Bien sûr que j'entends, et plus j'entends plus mon cocon se désagrège.
Plus j’entends, plus le coton se transforme en orties.
J'ai mal... Plus j'entends cette voix, plus je discerne ce qui se trouve devant moi et plus j'ai mal.
Pourquoi, pourquoi a-t-il fallu que l'on m'enlève de mon paradis ?
Je ne sais pas qui me parle que je hais déjà cette personne...
Ma tête est lourde, douloureuse, comme un poids mort. Malgré tout j'utilise le peu de forces que j'ai pour la tourner vers cette voix, essayant en plissant les yeux de discerner son visage.
Petit à petit, l'image se fait plus claire.
C'est une femme, la quarantaine, vêtue d'une blouse de médecin. Oui c'est ça c'est un médecin.
« Monsieur, vous m'entendez ? »
Je hoche la tête.
« Savez-vous ou nous sommes ? »
« A l'hôpital j'imagine »
Ces mots sortent telles des lames de rasoirs. Parler me fait mal, bouger me fait mal.
« Savez-vous pourquoi vous êtes ici ? »
Non. Putain non j'en ai aucune idée. Je tourne péniblement ma tête pour regarder mes bras sous perfusion et bandés, sentir la douleur me lacérer le ventre, me vriller la tête, me détruire la jambe, me tordre la poitrine.
Comment tout cela est-il arrivé ?
« Nous pensons que vous avez été agressé. Vous avez été retrouvé dans une ruelle, à quelques rues de l'hôpital. Vous aviez été vraisemblablement battu et poignardé à plusieurs reprises. Vous avez de nombreuses fractures et vous avez dû être opéré plusieurs fois. Il y aura pas mal de rééducation mais tout devrait se passer pour le mieux. C'est un miracle que vous soyez encore en vie. Ravie de vous voir enfin éveillé en tous cas »
« Combien de temps... ? »
« Vous êtes avec nous depuis presque trois semaines »
Battu ? Poignardé ?
Merde, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Qu'est-ce que j'ai fait... ?
« Ho, une dernière question et ensuite je vous laisse vous reposer. Pouvez-vous me donner votre identité ?
Vous n'aviez aucun papier sur vous quand vous êtes arrivé ».
Mon identité... Merde... Merde mais ça devrait être simple comme bonjour pourtant. Qui ne connaît pas son identité?
Moi apparemment... J'essaie de me concentrer le plus possible jusqu'à en avoir mal au crâne, mais rien.
Aucun prénom, aucune lettre même ne me vient à l'esprit. De la famille ? Je n'en sais rien.
Suis-je blond, brun ? Ai-je 20 ans ? 50? 70 ?
Ou est-ce que je vis ? Quel métier je fais ?
Merde, mais je devrais au moins pouvoir répondre à une de ces questions ! Mais la, rien. Rien à part le vide abyssal dans mon esprit et mon effroyable mal de tête.
Voyant probablement ma confusion, le docteur s'empresse de me dire :
« Ne vous inquiétez pas, vous venez tout juste de vous réveiller et ces choses la prennent du temps.
Nous aurons l'occasion de revoir tout cela plus tard. Ne paniquez pas et essayez de vous reposer ».
Ne paniquez pas... Elle est forte celle-là.
Je viens de me réveiller dans un hôpital après trois semaines de coma dues a une agression au couteau. Je ne sais pas qui je suis, ce que je fais dans la vie, quel âge j'ai, si j'ai une famille ou même à quoi je ressemble.
Si je ne dois pas paniquer par rapport à ça, à partir de quel moment c'est autorisé ?
Je suis réveillé depuis trois jours maintenant. Mais, incapable de bouger, j'assiste, impuissant, au ballet incessant des aides soignants et infirmiers qui viennent changer mes perfs, changer mes poches d'urine, me faire ma toilette et j'en passe.
Je n'ai pas encore vu mon visage mais je n'ai pas pu le demander, j'ai été intubé si longtemps que chaque mot doit être méticuleusement préparé car parler me fait horriblement souffrir.
Mon esprit, par contre, fonctionne à plein régime. J'essaye comme je peux de découvrir qui je suis.
Je ne pense pas avoir perdu la tête. Mes pensées sont construites, cohérentes. Le problème ne se situe pas là.
«Les traumatismes crâniens peuvent causer des amnésies temporaires ou permanentes. »
C'est ce que la doc dit. Mais ça m'arrangerait vachement si ça pouvait être temporaire.
Je sais même pas si je suis quelqu'un de bien ou pas. Je n'ai que des monologues internes, et je ne pense pas être le plus apte à décréter mon entrée au Paradis ou en Enfer.
Personne n'est venu me voir ou n'a appelé depuis que je suis ici. Ça peut vouloir dire plusieurs choses : que je suis un immonde connard que tout le monde déteste, que je suis quelqu'un d'extrêmement solitaire, ou que je devais partir quelque part pour une longue durée et que donc personne ne s'étonne de mon absence.
Il y a sûrement d'autres raisons mais je suis trop mal pour creuser plus loin que ça.
N'empêche, je sais pas qui je préférerais être. Mais je suppose que puisque je ne me rappelle de rien, je peux être qui je veux désormais. Repartir de zéro.
C'est le rêve de beaucoup de gens, mais j'aurais préféré éviter tout ce qui est coma, agression, douleurs, poche urinaire et tout le bordel. Ça rend le truc un peu moins fun.
Même si je n'ai toujours pas pu voir mon visage, je sais que je suis assez musclé. Mais mes muscles ont pris une sacrée claque avec le coma. Et sûrement que l’agression y est pas pour rien non plus.
Ça fait une semaine que je suis réveillé. J'arrive à mieux parler et j'ai donc pu demander à me voir dans le miroir.
Le moins qu'on puisse dire c'est que j'ai pas été déçu du voyage !
J'ai l'air du prince charmant. Qui s'est salement vautré mais quand même... Yeux bleus, cheveux poivre et sel, dents blanches. La petite quarantaine. De quoi faire mouiller les midinettes dans un rayon de cent mètres.
Je ne m'imaginais pas comme ça. J'aurais voulu avoir l'air un peu « badass ». Parce que le gendre idéal il fait peur à personne. On se dit pas qu'il s'est défendu à armes égales. On l'imagine plutôt pleurer sa mère.
Si j'avais eu l'air un peu plus effrayant, on aurait eu peur de voir l'état des autres en me voyant arriver.
Mais bon, bref, on choisit pas sa gueule alors je vais devoir vivre avec la mienne, c'est comme ça.
La doc à commencé des tests pour vérifier à quel point mon cerveau et ma mémoire ont été touchés.
Je me retrouve à dire « voiture » ou « fourchette » devant des pictogrammes à la con. Mais bon ça fait partie du jeu, et je pense que la rééducation physique sera bien pire. Et puis ça a l'air de lui faire plaisir à la doc que je reconnaisse les voitures. Tant que ça fait plaisir à quelqu'un.
Elle est sympa cette doc, empathique, patiente. Elle comprend mes difficultés. Elle comprend aussi quand je commence à saturer avec ses pictogrammes. Ou du moins elle fait sacrément bien semblant de comprendre. En même temps c'est tout ce que je lui demande.
J'arrive toujours pas à savoir qui je suis. On m'a demandé de me chercher un prénom. Un qui me convienne pour que je puisse me trouver une identité, à défaut de la vraie. C'est foutrement dur de se trouver un prénom. J'ai beau essayer, rien ne me convient. Y'a toujours un truc qui cloche. C'est sûrement pour ça qu'on a un prénom dès la naissance. Adulte, c'est impossible de se décider.
En plus de ça, je ne me connais pas. Comment savoir si ça va coller à ma personnalité ? A moi, ou au moi que je suis censé être ? Arriverais-je à redevenir moi même ou est-ce que je suis désormais devenu un programme définitif de ma personne ?
C'est dur, j'ai pas l'impression d'avoir de personnalité définie et pourtant c'est obligatoire.
Même si je ne suis pas celui d'avant, j'ai un caractère et une personnalité qui me sont propres. Je suis moi, je suis venu au monde après mon coma.
Malgré tout, je me sens vide. Vide de tout. L'impression qu'il me manque quelque chose.
Et merde, personne est venu me voir, personne n'a déclaré ma disparition.
Je devais vraiment être un sale con. Il vaut peut être mieux que je sois celui que je suis maintenant.
Je prétend pas ne pas être un con, mais au moins j'attire un peu la sympathie des gens.
Ok... Du personnel de l'hôpital. Mais bon ils peuvent pas tous être de bons acteurs !
Ou alors faut que j'aille voir au sous sol du bâtiment, qui sait. Y'a peut-être un théâtre.
Ça m'occupera au moins, y'a vraiment que de la merde à la télé, c'est effarant.
C'est rempli de bulots avec deux de QI qui veulent tellement leurs deux minutes de « célébrité » qu'ils se foutent à poil la moitié du temps. La société me désole. Parce que si des gens sont capables de faire ça, c'est bien parce qu'il y a des gens, devant leur télé, qui n'attendent que ça.
Dépravés...
La rééducation physique a commencé. Je morfle comme jamais j'ai morflé. Ma jambe droite à pris cher aussi. Je fais des aller-retours tant bien que mal en me tenant à deux barres en fer.
J'ai l'impression que je vais m'endormir et crever à chaque fin de séance.
Crevé, éreinté... Mais je m'améliore, petit à petit. Ils me disent que ça va assez vite et que je peux espérer une sortie pas trop lointaine. Bon... ça veut pas vraiment dire grand chose, mais ils essayent de me remonter le moral.
Je me suis trouvé un prénom. J'ai décidé que je m’appellerais Eric. Je trouvais que c'était assez neutre, sans aucune connotation positive et négative.
L'assistante sociale de l'hôpital est venue me voir, histoire de me trouver un logement et des aides pour quand je sortirais d'ici.
Tout ça me paraît bien flou. Sortir... Pour faire quoi ? Pour voir quoi ? Qui ?
Ma vie repart totalement à zéro, je ne suis personne. Qu'est-ce que je vais retrouver en sortant ?
Comment je trouverais du boulot ? Je sais même pas quelles sont mes compétences...
C'est pas super viril, je sais, mais je flippe à mort. Je sais même pas si j'y arriverais ou pas. Et comment je réagirais si rien ni personne ne m'attend jamais dehors...
Ça commence à faire un moment que je suis à l'hosto. J'arrive à bien marcher, j'ai bien cicatrisé.
Je sais ce que ça veut dire. Je sais que ça sent le départ. J'essaye de pas y penser mais ça me revient en pleine tronche à chaque fois que je fais un progrès. Et la, y'a aucun progrès que je ne puisse pas faire de chez moi. Enfin dans l'appart que l'assistante sociale m'a normalement trouvé.
La doc est venue dans ma chambre tout a l'heure, avec plusieurs infirmiers. Ils prenaient mes affaires, refaisaient mon lit. J'avais du mal à tout comprendre. Tout semblait à la fois très organisé et très confus.
« On va vous changer de service. La ou vous allez vous pourrez mieux vous préparer pour dehors »
J'ai demandé ou j'allais mais elle ne m'a pas répondu, feignant de ne rien entendre.
Ou est-ce qu'on emmène les gens sans rien leur expliquer ?
La réponse fut assez rapide à venir. J'étais dans le taxi ambulance quand nous sommes arrivés près d'un grand bâtiment, avec « SERVICE DE PSYCHIATRIE » écrit en lettres d'or.
Ok, alors voilà ou je vais passer ces prochaines semaines. Je comprend pourquoi la doc ne m'a rien dit, j'aurais jamais accepté. Mais maintenant que je suis devant, à quoi bon se battre ? Si je me bat, on va m'enfermer. Enfin, on va encore plus m'enfermer. La meilleure stratégie c'est de faire profil bas. Avec un peu de chance je resterais pas longtemps ici. Bien répondre aux questions et faire profil bas, ne pas causer de soucis. Normalement ça devrait le faire...
J'arrête pas de me dire ça... Mais alors pourquoi je flippe à ce point là ?
J'ai vu des infirmiers, des psychiatres, des psychologues... A tous je leur ai dit la même chose :
« La seule réponse que je peux vous donner c'est que je ne sais pas qui je suis, je n'ai aucun souvenir, mais je compte bien réussir à m'en créer dehors. »
Impossible de savoir si c'était une bonne réponse ou pas, ils ont tous fait cette même tronche impassible et passablement agaçante, sans rien dire.
On me donne des antidépresseurs et des anxiolytiques ici, soit disant pour me calmer les nerfs. Assez paradoxal quand on sait que ce qui me fout les nerfs c'est d'être ici.
Les autres patients ont des profils divers et variés : de 16 à 90 ans, du chômeur au PDG. Mais tous sont à peu près calmes.
Je flippais un peu d'entendre gueuler toute la journée, au moins de ce côté là je suis content d'avoir eu tort. Et avoir des conversations avec des personnes ne faisant pas partie du corps médical, et ce pour la première fois depuis mon réveil, est purement jouissif. Même si, avouons-le, ça ne mène pas loin la plupart du temps.
Mais au moins, je n'ai pas besoin de me justifier de quoi que ce soit, de rendre compte de mes actes et de mes pensées. Je peux juste rire et passer de bons moments. Aussi bons que puissent être des moments passés en cage.
Enfin il paraît que ça aurait pu être bien pire et que je suis bien tombé.
J'ose pas imaginer comment ça se passerait si j'étais mal tombé alors. Ici, les infirmiers ont jamais le temps pour rien d'autre que boire leur café et fumer leurs clopes. Rire pendant que des patients pleurent et supplient pour avoir leur soutien. A leur façon, ils chient sur le monde, profitant de leur petit pouvoir pour agacer et mettre sur les nerfs des gens qui sont au bout du rouleau. Bande de sadiques méprisants et méprisables.
Et moi je passe mes journées à rien foutre, parce qu'ici on ne nous propose absolument rien.
Je déteste ne rien foutre.
Enfin, je fous pas vraiment rien. J'observe. Et je m'observe.
J'observe mes pensées, mes réactions, ma façon de rire, d'être irrité. J'observe mon corps. Je ne suis pas du tout tatoué. C'est sur que ça fait pas très « gendre idéal », mais j'aurais aimé avoir des tatouages. Déjà parce que ça me fait envie mais aussi parce que ça en dit beaucoup sur la personnalité de quelqu'un. Et la rien. Pas de tatouage, pas de dessin à vie sur la peau qui pourrait avoir une quelconque signification. Pas de piercing non plus. Aucun signe distinctif, aucun grain de beauté significatif, aucune tâche de vin. Rien.
Je suis juste une putain d'énigme. Et je sais pas si ça doit m'alarmer ou m'exciter.
Parce qu'avouons-le, résoudre une énigme c'est excitant. Mais quand l'énigme c'est vous c'est méga flippant.
Leurs médocs et leurs entretiens ne changent rien à mon amnésie. Alors il paraît que je dois me projeter et quand j'y arriverais, je pourrais sortir.
Chouette.
Bientôt un mois que je suis là, à suivre une routine déprimante lever-médoc-manger-médoc-manger-médoc-manger-dodo.
Heureusement que les autres patients sont là. On se remonte le moral entre nous, on partage de vrais moments de vie dans un bâtiment qui n'en a plus. On illumine l'obscurité. Les interactions humaines valent plus que toutes leurs merdes de pilules qu'on nous fait bouffer à longueur de temps. Mais eux diront qu'on parvient à faire ces interactions un peu grâce aux pilules. Moi qui n'aime pas habituellement le contact humain, en tous cas pas d'après mes propres observations à l'hôpital, je m'étonne dans cet endroit morose. Sûrement le fait de partager la même merde avec d'autres gens.
Peu importe, en tous cas je profite.
On m'a dit que je sortirais bientôt. Que l'appartement n'attendait que moi. Que j'avais « fait des progrès significatifs dans l'acceptation de ma situation et sur ma projection dans l'avenir ».
En gros ça veut dire qu'ils me pensent assez solide pour sortir et affronter le monde.
Même si ils veulent que je fasse des trucs du type « hôpital de jour », « ateliers thérapeutiques » et j'en passe pour que « la transition soit moins compliquée à gérer ».
Je veux bien faire ce qu'ils veulent pourvu que je sorte.
Je veux bien faire ce qu'ils veulent pourvu que je puisse enfin chercher qui je suis.
Parce que ça me paraît vachement utile ça quand même...
Mon appartement est tout juste assez grand pour une personne. Un petite chambre, une kitchenette/bar ou manger, un clic-clac et une petite salle de bains avec douche et toilettes.
Autant dire que je ne pourrais pas faire une pendaison de crémaillère à proprement parler. D'ailleurs, pour ce qui est de parler, j’entends parfaitement chaque mot prononcé respectivement par mon voisin d'en haut et mon voisin d'en bas. Que j'ai hâte d'entendre leur flatulences, leur disputes, leur coïts pitoyables...
Le quartier est à l'image de mon appartement : petit et étroit. Une supérette fait face à une fleuriste qui se trouve à côté de la boulangerie. Deux maisons plus loin, il y a une laverie. Et c'est tout.
« Le loyer est vraiment très abordable ici » m'a dit l'assistante sociale. En même temps qui payerait une fortune pour vivre là ?
Mais il paraît que j'ai pas à me plaindre, que tout le monde s'est donné du mal pour que j'ai de quoi vivre, un peu de fric et un appart quoi, alors que j'aurais pu être à la rue.
Alors c'est ça la vie ? Un appartement minable dans un quartier de merde avec des voisins si présents niveau son qu'ils pourraient très bien être mes colocataires ?
Et en plus je dois dire merci...
Oui je sais. Je suis un connard méprisant et méprisable. J'ai de la chance comme ils disent et je crache dessus.
Ne nous méprenons pas, je sais que je dois m'estimer « heureux » d'avoir un toit, mais je sais aussi que je ne veux surtout pas m'attarder ici. Je ne veux pas que ma vie se résume uniquement à cet appart et à ce quartier. Je sais, ou plutôt je sens, que j'ai beaucoup plus à vivre que ça.
En effaçant mes souvenirs, mon cerveau à conservé mon intelligence, mon savoir-vivre, mon savoir-être et mon instinct.
Je me laisse quelques semaines avant d'être parti pour quelque chose de meilleur.
Je me laisse quelques semaines pour en savoir plus sur moi et, qui sait, rejoindre ma vie d'avant.
Eric... Eric Duval... Voila quelle est ma nouvelle identité désormais. Mais malgré le fait que j'ai choisi ce patronyme, je ne m'y reconnais pas. Quelque chose cloche. Quelque chose ne colle pas.
Je suis beaucoup trop lisse. Cet air de prince charmant, ce nom si parfait. Je me fond dans la masse, je suis l'homme charmant, celui dont on peut décrire la couleur si incroyablement bleue de ses yeux tout en oubliant tout le reste. A part ma belle gueule, je n'ai rien d'extraordinaire. Je suis passe-partout.
Beaucoup de gens aimeraient être comme ça, mais moi ça m'emmerde royalement.
Loin de moi l'envie de devenir une superstar, mais je déteste l'idée d'être « normal ».
J'ai envie de me distinguer par quelque chose, peu importe quoi.
Pour le moment je suis « Monsieur tout-le-monde », c'est à dire personne.
A moi de faire en sorte de devenir quelqu'un.
Les jours se suivent et se ressemblent. Un tour à la supérette, un tour à la boulangerie, un bonjour à la fleuriste, l'ambiance sonore de la vie quotidienne des voisins, rythmée par leurs engueulades, leurs réconciliations sur l'oreiller, leurs jeux-vidéos, leur transit...
Une vie tranquille mais insupportable. Une vie sans grand intérêt.
Une vie tranquille... Jusqu’à aujourd'hui du moins.
Je suis rentré de ma routine supérette-boulangerie-fleuriste et j'ai vérifié mon courrier par réflexe.
Bien sûr, à part des pubs, il n'y a jamais rien. Je suis inconnu au bataillon, impossible que quiconque m'envoie du courrier. Du moins je pensais que c'était impossible.
Parmi les pubs, une enveloppe blanche, sans adresse, sans nom, sans timbre. Juste une enveloppe. Au départ j'ai eu envie de demander à mes voisins si cela pouvait être à eux. Mais ma curiosité me dévore de l'intérieur. Comme un voleur, je me précipite vers ma porte en regardant autour de moi pour être sûr que personne ne me voit.
Mon coeur bat à 100 à l'heure. Je tremble en tenant cette enveloppe, curieux de savoir ce qu'elle peut bien contenir. Il est vrai que c'est la seule chose un peu originale qui m'arrive depuis des lustres.
Consciencieusement, j'ouvre l'enveloppe. Elle contient une feuille simple, plié en trois.
Je la déplie pour y découvrir ces quelques mots :
CETTE REALITE N'EST PAS LA TIENNE
ARRÊTE DE JOUER A L'HOMME PARFAIT
TU VAUX MIEUX QUE CA
TON INSTINCT REPRENDRA
LE DESSUS
ET LA TU SERAS VRAIMENT
TOI MÊME
CHERCHE EN TOI ET TU
TROUVERAS LA VERITE
Ma gorge s'est nouée. Ces mots... Ils me sont destinés ! Ces mots sont pour moi c'est certain !
A moins qu'il y ait un autre amnésique en quête d'identité dans le quartier mais j'en doute.
Je retourne l'enveloppe, fouille partout, mais rien. Pas un trace de l'identité de celui qui m'a envoyé cette lettre.
Ou plutôt... De celui qui me l'a déposée ! Mais oui, aucune adresse, aucun timbre ! Que je suis con de pas y avoir pensé avant !
Cette personne m'observe et sait ou je vis.
Cette personne me connaît bien apparemment.
Mais pourquoi ne pas se manifester directement ?
« Ton instinct reprendra le dessus et la tu seras vraiment toi même »... Qu'est-ce que ça veut dire ça putain ? Une personne sait qui je suis et il fallait que ça soit quelqu'un qui parle avec des énigmes à la con.
J'ai du bol moi putain.
En tous cas, je voulais de l'action, je voulais casser ma routine monotone, je suis servi !
Maintenant il faut que je retrouve cette personne, que je comprenne ce qu'elle veut dire.
C'est la seule personne qui connaît le moi d'avant le coma.
Je dois à tous prix la retrouver.
J'ai mal, tellement mal au crâne. C'est sûrement dû au fait que je tourne mes pensées dans tous les sens pour savoir qui a écrit ce putain de mot. La bouteille de whisky quasi-vide a côté de moi ne doit pas aider non plus.
Les voisins n'ont vu personne de particulier dans le bâtiment, trop occupés sûrement à se regarder le nombril.
Je me vois mal emmener ça à la police, il n'y a aucune menace et rien sur quoi enquêter.
Personne ne peux rien faire à part moi. Le problème c'est que je n'ai rien avec quoi commencer.
« CHERCHE EN TOI ET TU TROUVERAS LA VERITE »
Je cherche putain, je cherche. Mais je sais pas si cette personne sait en quoi consiste le fait d'être amnésique.
Qu'est-ce que je sais de moi ? Je suis un mec, la quarantaine, gueule de gendre idéal, sans signe distinctif, assez antipathique (faut dire ce qui est), déjà blasé de la vie alors qu'elle vient tout juste de (re)commencer, et je suis amnésique, je ne me rappelle pas de qui j'étais avant le coma et l'agression.
Mais oui bien sûr ! L'agression ! Personne ne m'a donné de nouvelles sur l'enquête, mais peut-être qu'il y a eu des avancées. Et peut-être que tout ça était dû à autre chose qu'a une histoire de portefeuille. Et si c'est le cas, je tiendrais une sacrée piste !
Non pas que ça m'enchante, mais je vais aller faire un petit coucou à nos amis les policiers, en espérant qu'ils aient été compétents, pour une fois.
En arrivant au commissariat, j'ai l'impression d'arriver dans une fourmilière très mal organisée. Tout le monde bouge dans tous les sens, mais personne ne fait vraiment rien de constructif.
Je me dirige vers la personne à l'accueil, une femme d'une trentaine d'années, métisse, et l'air ennuyé.
« Bonjour, pardonnez-moi de vous déranger... Voilà, j'ai été agressé il y a quelques mois, trois ou quatre je crois. L'agression m'a rendu amnésique, mais je voulais savoir si il y avait eu une enquête, des suspects, quelque chose... »
La jeune femme se met à soupirer très longuement.
« Quel est votre nom ? »
