Incantations mentales - Khouloud Abdallah Chatti - E-Book

Incantations mentales E-Book

Khouloud Abdallah Chatti

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Beschreibung

Plongez dans un récit où la réalité et l'imaginaire se confondent en un labyrinthe énigmatique. "Incantations Mentales: Murmures de l'invisible" explore les profondeurs de la psyché humaine, les croyances ancrées dans la culture tunisienne et les défis d'un héritage familial complexe. Dans un petit village, entre des traditions ancestrales et des rituels oubliés, une famille lutte silencieusement contre des forces invisibles. À travers des fêtes vibrantes et des mariages traditionnels, les secrets longtemps enfouis commencent à ressurgir, mêlant la magie des croyances populaires aux réalités dures de la maladie mentale. Tandis que des visions nocturnes prennent vie et que des voix du passé murmurent des vérités inavouées, les frontières entre le monde des rêves et la réalité quotidienne s'estompent. Chaque nuit apporte de nouveaux mystères, et chaque réveil, une quête pour démêler les fils de la vérité et de l'illusion. Dans ce voyage à travers le mystique et le mental, le roman tisse une histoire poignante sur la quête de compréhension, le poids des attentes et le combat contre une maladie qui déforme la perception du monde. L'auteure invite le lecteur à se perdre dans ses pages, à questionner ce qui est réel et à chercher la lumière même dans les moments les plus sombres. Incantations Mentales offre un aperçu mystérieux dans la vie d'une narratrice qui navigue entre les eaux troubles de son héritage culturel et les vagues tumultueuses de la psychologie. C'est une invitation à explorer les profondeurs cachées sous la surface de la vie, à travers un prisme à la fois culturel, fantastique et clinique.

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Seitenzahl: 69

Veröffentlichungsjahr: 2024

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À ma mère, Pour tes sacrifices silencieux et ton amour inconditionnel qui ont façonné l’essence même de mon être. Ce livre est un reflet de la lumière que tu as instillée en moi, même dans les moments les plus sombres.

À mes chers grands-parents, Pour chaque moment de douceur, chaque leçon de vie, et chaque sourire que vous avez partagés avec moi.

Sommaire

CHAPITRE 1

CHAPITRE 2

CHAPITRE 3

CHAPITRE 4

CHAPITRE 5

À PROPOS DE L’AUTEUR

CHAPITRE 1

Les murs de ma chambre semblent conspirer, se rapprochant insidieusement, comme pour m’étouffer dans leurs étreintes glacées. L'air se fait rare, compressé sous le poids des silences. Un mince filet de lumière s'infiltre encore, découpant l'obscurité avec la précision d'un scalpel, révélant un ballet de poussières—spectateurs muettes de ma déréliction. Elles flottent, accusatrices, peut-être même me jugent-elles pour ma naïveté ; ridicule espoir de m'être cru capable, un jour, de me sentir en accord avec moi-même sans cette lourde chape de culpabilité et d'autodérision qui m'écrase.

Ce sentiment qui étrangle l’estomac et obstrue la gorge, qui nous pousse à nous haïr, à abhorrer l'être que nous sommes devenus.

Peu importe mes actions, je suis invariablement ramené à l'image qu'ils se sont forgée de moi… Peu importe mes efforts, je reste à leurs yeux l'étrangère, l'altérité incarnée.

Peu importe mon érudition, je demeure à jamais la fille issue d'ailleurs…

Les toilettes du lycée, où je pouvais me dissimuler des heures durant, ne me sont plus accessibles. Le toit de ma maison, refuge éphémère pour échapper à mes crises, m'est désormais interdit.

Il ne me reste plus rien...

Car je suis adulte maintenant et je dois affronter la réalité ou me résoudre à disparaître.

Et si je choisis la disparition, elle devra être totale, irréversible…

***

Au commencement, tout n'était qu'un voile d'opacité, où les phases de dépression et d'euphorie s'entrelaçaient et se chevauchaient en un tumulte incessant. J'ai toujours porté le fardeau de l'incompréhension, perçue comme l'ombre de quelqu'un d'autre, prisonnière au sein d'une rigidité humaine où chacun est contraint de modeler son comportement selon un moule préconçu, de se conformer aux attentes figées d'autrui.

Le décalage perpétuel entre le regard que les autres posent sur moi et ma véritable essence a été le terreau de mon mal-être depuis l'enfance.

Abordons le sujet de mon prénom : KHOULOUD.

Un prénom arabe d'une beauté méconnue que j'ai toujours abhorré.

Rares sont ceux qui le prononcent correctement. Mon prénom a été malmené, tout comme moi-même. Tantôt étiré à l'excès, tantôt amputé ou altéré, on le manipule à loisir, mais il reflète rarement ce que je souhaite qu'il exprime vraiment…

Et puis,

Moi,

Enfant,

Ballotée entre différentes maisons, diverses familles et plusieurs villes en Tunisie, j'ai grandi au gré des vents capricieux du destin.

Bien que mes premières années aient été marquées par une certaine instabilité, c'est dans la maison de mes grands-parents à Menzel Bourguiba que j'ai vraiment pris racine.

Mes parents, cherchant à établir leur propre foyer, ont décidé de construire une maison à Bizerte, à une trentaine de kilomètres de là. Bien que je ne me souvienne pas précisément du temps passé sous le même toit que mes parents chez mes grands-parents, mon attachement profond pour ce lieu demeurait intact. Lorsqu'il fut temps de déménager dans la nouvelle maison, mon cœur refusa de quitter ce havre familial. Contre l'enthousiasme de mes parents pour notre nouvelle demeure, j'ai choisi de rester avec mes grands-parents, là où mes premiers souvenirs continuaient de vivre et de respirer.

Dans la maison de mes grands-parents paternels, j'ai tissé les fils de mes premiers souvenirs. Mon grand-père, que j'appelais affectueusement Azizi, mot qui résonne doucement en dialecte bizertin pour désigner un grand-père, mais qui signifie également "chéri" en arabe classique. Je me demandais souvent l'origine de cette appellation douce, un pont linguistique entre l'affection et le respect, révélant peut-être l'universalité de l'amour grand-parental.

À ses côtés, ma grand-mère, Azizti, incarnait la tendresse et la persévérance, des qualités que son prénom, évoquant la proximité et la chaleur, enveloppait d'une aura de sécurité et de soin continuel.

Ma tante Sammeh, dont le prénom signifie "le pardon" en arabe, vivait aussi avec nous. Son nom était un écho de sa personnalité : elle était l'éternelle médiatrice, la guérisseuse des cœurs blessés au sein de notre famille. Célibataire endurcie, elle était toujours à la recherche d'un mariage qui pourrait, espérait-elle, briser les chaînes de sa soumission à une vie dictée par des obligations familiales plutôt que par le choix personnel.

Chacun de ces noms portait en lui une histoire, un trait de caractère, une aspiration. Ils étaient les héros discrets de mon enfance, sculptant dans le marbre de mon passé des figures indélébiles, des guides dans le labyrinthe de ma mémoire. Ces appellations n'étaient pas de simples étiquettes, mais des fenêtres ouvertes sur des âmes, et des clés qui m'ouvraient les portes des traditions et des émotions humaines les plus profondes.

Au cœur cette maison la présence de ma tante Sammeh s'imposait avec une constance rassurante. Elle incarnait l'essence même du dévouement familial, ses journées étant rythmées par le cliquetis incessant des ustensiles et le frottement des brosses sur le carrelage. Les matins commençaient souvent par le bruit de l'eau contre les parois du seau et le chuintement des éponges, tandis que l'après-midi se déroulait sous le signe du nettoyage et de l'organisation.

Cependant, c'était les soirées qui capturaient le plus fidèlement l'esprit de son existence. Après le dîner, lorsque la maison retrouvait un semblant de calme, Sammeh se transformait en gardienne de mon bien-être. Ses mains, souvent gercées et parfumées d'une odeur de javel tenace, témoignaient des heures passées à récurer, polir et perfectionner chaque coin de notre maison. Mais malgré leur rugosité, elles étaient d'une douceur infinie lorsqu'il s'agissait de prendre soin de moi.

Elle s'asseyait derrière moi, prenant dans ses mains expertes mes cheveux indociles. La brosse glissait à travers les mèches, tandis qu'elle s'épanchait souvent sur le monde et ses mystères, elle lançait souvent :

« Tu sais, ma chérie, personne dans toute notre famille n'a des cheveux comme les tiens, si sauvages, si difficiles à dompter. »

« Mais les tiens restent en place une fois arrangés, » ajouta-t-elle en nouant mes cheveux avec une pointe d'envie.

Chaque matin, en m'amenant à l'école, elle répétait sur le même ton grave :

« Ne suis pas mon exemple... »

« L’école est ta sortie de secours, » insistait-elle en me regardant droit dans les yeux, ses mains marquées par le labeur. « Il faut que tu réussisses, tu comprends ? Moi, quand je rentre, j'ai mon seau et ma serpillère qui m'attendent. Toi, réussis pour ne pas finir comme ça. »

Cette leçon, elle me la répétait chaque jour. Ces mots ont fini par s'ancrer profondément en moi. Éviter les corvées ménagères est devenu bien plus qu'une simple tâche ; c'était ma rébellion personnelle. Bien que cela puisse paraître trivial, pour des centaines de femmes, c'était une lutte pour la dignité.

Mes deux grands-parents, bien que peu indulgents envers ma tante, étaient pour moi l'incarnation même de l'amour. Au cours des années passées sous leur toit, j'ai reçu une affection qui semblait condenser toute une vie d'amour. Je me souviens encore de Azizti, apportant avec une tendresse infinie mon café au lait au pied du lit, glissant à mes pieds de petites claquettes, craignant que je ne pose le pied nu sur le carrelage froid et ne tombe malade.

Chaque aurore, ma grand-mère orchestrait un rituel matinal empreint d'une tendresse infinie. Dans la cuisine où dansaient les premiers rayons du soleil, elle maniait avec précision sa cafetière italienne, ce vénérable autel du café. Cet instrument divisait avec une exactitude presque alchimique le breuvage, distillant en son sommet un nectar noir et parfumé.

À l'aube, le laitier déposait à notre porte le lait frais, élixir de la campagne environnante, que ma grand-mère chauffait lentement sur le feu doux de l'âtre. Elle y versait avec une grâce sacerdotale le café dense, avant de saupoudrer le tout d'une pluie de café moulu fin — comme si elle parsemait de poussière d'étoiles ce cosmos en ébullition.