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Trois ans ont passés depuis une expédition très spéciale sous le soleil de Java et quatre jeunes vies marquées à jamais. Nina, repartie à San Francisco. Matthew, réfugié dans les vignes de Napa Valley. Charles encore, expatrié à Matsukaya. Et enfin Clara qui attend toujours la vérité... Trois ans de silence, de mensonges et de trahisons. Et soudain tout bascule. Enlèvement, chantages et menaces. Chacun va être emporté dans un piège diabolique de San Francisco à Singapour. Comme une plongée en enfer et un retour trois ans plus tôt. Dans le souvenir interdit des rivages de Kandar et d’une nuit que chacun aurait préféré oublier.
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Seitenzahl: 284
Veröffentlichungsjahr: 2016
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A mes enfants, Edgar, Jeanne et Martin
A ma femme, Muriel
Aux habitants de Laragh (Irlande)
et au vélo de Jim
Détroit de Malacca
Napa Valley
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 5h23
PREMIERE PARTIE: NINA
San Francisco, Vendredi 27 Octobre 2017, 17h23
Matsukaya, Japon, Vendredi 27 Octobre 2017, 18h14
San Francisco, Vendredi 27 Octobre 2017, 17h24
Matsukaya, Vendredi 27 Octobre 2017, 18h18
San Francisco, Vendredi 27 Octobre 2017, 17h37
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 5h34
Kamikochi, Japon, Samedi 28 Octobre 2017, 11h53
San Francisco, Samedi 28 Octobre 2017, 12h17
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 5h45
San Francisco, Samedi 28 Octobre 2017, 18h12
Kamikochi, Dimanche 29 Octobre 2017, 15h11
San Francisco, Dimanche 29 Octobre 2017, 10h29
Matsukaya, Lundi 30 Octobre 2017, 6h07
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 5h57
Duncan Point, Dimanche 29 Octobre 2017, 13h56
Sonoma, Napa Valley, Dimanche 29 Octobre 2017, 16h52
Matsukaya, Lundi 30 Octobre 2017, 10h07
Sonoma mountains,Dimanche 29 Octobre 2017, 17h08
Matsukaya, Lundi 30 Octobre 2017, 12h45
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 6h24
Sonoma mountains, Lundi 30 Octobre 2017, 7h08
Sonoma mountains, Lundi 30 Octobre 2017, 11h58
Sonoma mountains, Lundi 30 Octobre 2017, 12h31
San Francisco, Lundi 30 Octobre 2017, 12h36
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 7h22
Sonoma mountains, Lundi 30 Octobre 2017, 12h38
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 7h43
Sonoma mountains, Lundi 30 Octobre 2017, 14h09
San Francisco, Mardi 31 Octobre 2017, 7h20
Santa Verde drive, Mardi 31 Octobre 2017, 11h03
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 8h28
Sonoma mountains, Lundi 30 Octobre 2017, 17h32
Santa Verde, Mardi 31 Octobre 2017, 11h59
Détroit de Malacca, 23 Septembre 2014, 7h41
Santa Verde, Mardi 31 Octobre 2017, 12h13
Sonoma mountains, Mardi 31 Octobre 2017, 7h58
Prison d’état de Sumagan, Indonésie, 24 décembre 2014, 12h28
Santa Verde, Mardi 31 Octobre 2017, 12h53
DEUXIEME PARTIE: CHARLES
Singapour, Mercredi 1er Novembre 2017, 9h17 [Mardi 31 Octobre – 18h17 heure Californie]
San Francisco, Mardi 31 Octobre 2017, 18h39
Sonoma mountains, Mardi 31 Octobre 2017, 18h44
Singapour, Mercredi 1er Novembre 2017, 20h25 [Mercredi 1er Novembre – 5h25 heure Californie]
San Francisco, Mercredi 1er Novembre 2017, 8h22
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 16h49
Langdon Wine company, Sonoma, Napa Valley, Mercredi 1er Novembre 2017, 16h52
Singapour, Jeudi 2 Novembre 2017, 9h02
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 17h52
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 18h52 [Jeudi 2 Novembre – 9h52 heure de Singapour]
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 18h17
Singapour, Hotel Pennsylvania, Jeudi 2 Novembre 2017, 11h42 [Mercredi 1er Novembre 20h42 – heure de Californie]
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 20h44 [Jeudi 2 Novembre – 11h44 heure de Singapour]
Singapour, Jeudi 2 Novembre 2017, 12h49 [Mercredi 1er Novembre 21h49 – heure de Californie]
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 21h14 [ Jeudi 2 Novembre 12h14 - heure de Singapour]
Collines de Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 23h04
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 23h48 [Jeudi 2 Novembre – 14h48 heure de Singapour]
Singapour, Jeudi 2 Novembre – 15h43
Sonoma mountains, Mercredi 1er Novembre 2017, 23h59
Singapour, Jeudi 2 Novembre – 16h28
Sonoma mountains, Jeudi 2 Novembre 2017, 00h12
Prison d’état de Sumagan, Indonésie, Jeudi 2 Novembre 2017, 0h14
Sonoma mountains, Jeudi 2 Novembre 2017, 0h27
Hôpital John Ashford, Oakland, Jeudi 2 Novembre 2017, 16h18
2 jours plus tôt San Francisco, Mardi 31 Octobre 2017, 18h45 [Mercredi 1er Novembre - 9h45 heure de Singapour]
Aéroport international de San Francisco, Jeudi 2 Novembre 2017, 22h01
EPILOGUE 7 MOIS PLUS TARD
Prison d’état de Sumagan, Indonésie, 25 Mai 2018, 17h00
Le détroit de Malacca est un long couloir maritime du sud-est de l'Asie situé entre la péninsule Malaise et l'île indonésienne de Sumatra. Il relie la mer d'Andaman, mer de l'océan Indien, à la mer de Chine. Il ne fait que 2,8 km de large dans son point le plus étroit, proche de Singapour. Plusieurs îles se trouvent dans sa partie méridionale.
La Napa Valley est une région viticole américaine dans le comté de Napa, en Californie. Elle est considérée comme l'une des zones de production de vin les plus prestigieuses des États-Unis, avec un héritage viticole remontant au XIXe siècle.
La lune crevait le ciel.
Les nuages l'embrassaient dans une étreinte maladroite comme pour en adoucir l’éclat tranchant. La lame affûtée de l’astre frappait son regard en un festival de reflets nacrés. Dans ce feu d’artifice se détachait une masse sombre où la lumière ne semblait avoir aucune prise.
Clara ne parvenait pas à déterminer sa nature.
Etait-ce un animal ? Un fantôme ? Un trou béant dans la nuit ? Il fallait qu'elle se décide. Qu'elle se décide à se souvenir. Elle s’éveillait des abîmes d’un gouffre sombre. Tout son être luttait pour gagner la surface, ouvrir les paupières et enfin reconnaître la nuit.
Une première bulle de conscience éclata. Des images aussi dispersées que les éclairs de lune volaient autour d’elle dans une nuée de feux follets. Un proche passé remontait. De bulle en bulle.
L'air bouillonnant qui s’engouffrait dans ses poumons était familier. Son corps tout entier avait depuis longtemps apprivoisé sa chaleur. Une torpeur tropicale comme l’essence d’une nouvelle existence, le décor de ses nouveaux rêves. Une chaleur qui hier encore la berçait de sensualité, une brûlure aujourd’hui qui écorchait tout son corps.
Un souffle d'air jouait avec ses cheveux. Ses sens entraient en éveil, l'un après l'autre comme une vieille machine à l'arrêt qu'il faut relancer pas à pas avec une infinie douceur. Clara réalisa qu’elle était assise, presque allongée. Le bout de ses doigts frôlait une toile souple et humide.
L'éclat de la lune, la caresse du vent. La masse sombre s'étalait toujours devant elle. Immobile.
Le bruit enfin. Aussi rassurant qu’inquiétant. La mer. Elle l’entendait distinctement cette fois. Elle en était presque sûre. Le bruit de vagues brisées, d'écumes échouées. Le voile opaque qui flottait sur elle se déchirait.
Jusqu’à cet instant.
Sans qu’elle comprenne, son corps pivota violement, emporté par une force invisible. Au même instant, un bruit effrayant de bois éventré couvrit le vacarme entêtant des vagues. Sa tête heurta un sol humide dans un bref son mat. Le choc l’éclaira comme une torche illumine un gouffre obscur. La douleur avait jailli d’un éclair, libérant tous les souvenirs d’une nuit de bout du monde.
Clara se souvenait. La jonque. Comment avait-elle pu oublier ? Elle naviguait dans le paradis brûlant tant convoité.
En ouvrant à nouveau les yeux, elle rechercha par réflexe la masse sombre aperçue plus tôt. Elle ne la voyait plus. La silhouette inconnue s’était volatilisée. Clara s’en inquiéta vaguement, elle n’avait pas encore la force de s’en effrayer.
Nina n’avait jamais remarqué ce tableau.
La toile la dévisageait pourtant comme si c’était elle l’intruse. Elle avait dû ne jamais y prêter attention dans la tourmente des premiers jours. Cette hypothèse lui paraissait plus acceptable que celle d’un esprit facétieux modifiant à sa guise la décoration de la maison.
***
Son emménagement, trois ans plus tôt, avait été si précipité qu'elle avait débarqué dans cette maison, sans vraiment réaliser où elle se posait. Elle s'était cachée comme une coccinelle surprise par une pluie d’été. A l’abri de la première écorce rencontrée. Etonnée d’être là. Son écorce était la 23ème rue, numéro 874. L’arbre qui prendrait soin d’elle, une ville familière, débordante de souvenirs. San Francisco.
Les effluves salés du bord de mer, les couleurs pastel des maisons victoriennes, les crissements stridents des cable-cars accrochés aux collines. Chaque parcelle de la grande cité l’avait toujours fascinée. Nina avait vécu là les plus intenses moments de son existence. S’y réfugier avait été une évidence. Comme un espoir de nouveau départ.
A peine installée sur le cuir craquelé d’une banquette de taxi, elle s'était précipitée sur une revue immobilière piochée dans l'aérogare. Le prospectus publicitaire, intitulé Bay Area house renting regorgeait de locations de toutes sortes. Son doigt avait glissé sur une liste d’agences pour s'arrêter sur le nom de Chuck Bolton. Un administrateur immobilier indépendant, dont le sourire exagéré sur la photo de l'annonce l'avait amusée.
La jeune fille avait pianoté son numéro dans l’instant.
— Chuck Bolton ? Nina Vauban à l’appareil. J’ai besoin de vous.
En quelques mots, elle avait expliqué que le quartier importait peu pourvu qu'il soit desservi par un bus de nuit et qu’elle n'ait pas le sentiment de risquer sa vie en se rendant au drugstore de quartier. Son seul caprice était un carré de jardin pour lézarder nue au soleil quand elle en aurait envie et pourquoi pas y inviter quelques amis le jour où elle en aurait.
Le très chic M. Bolton lui avait donné rendez-vous dans une zone résidentielle aussi confortable qu’en-nuyeuse. Richmond. Un quartier de bourgeoisie moyenne qui s’étalait mollement entre l’océan et l’hypercentre. En professionnel aguerri, il avait perçu que la jeune fille ne chercherait pas à tout prix le dernier quartier à la mode et il comptait bien saisir cette occasion pour se débarrasser d’une propriété de banlieue sans prétention.
Dans une section de rue particulièrement pentue, Nina avait découvert une modeste maison vert pomme à la façade étroite, un peu défraîchie. Un timide balcon caché derrière une rambarde piquée de rouille ornait la façade. Avant même de franchir le seuil, la jeune femme s’était résolu à y poser ses valises. Elle n’en espérait pas davantage. Une salle à manger proprette et une cuisinette occupaient le rez-de-chaussée, pendant que deux chambres claires et un petit salon d’agrément se partageaient l’étage. A l’arrière, un jardin clos garni d’une palissade blanche à claire-voie avait achevé la visite. Tout était parfait.
En guise d’adieu, la jeune fille avait enlacé Chuck en pressant fermement sa poitrine contre son veston de velours. Ce court instant érotique avait suffi à ravir le jeune agent, étourdi d’une journée si délicieuse.
Quatre jours plus tard, Nina avait gravi les marches du 874, avec pour seul bagage une large malle de bois clair. Un sourire discret sur le visage. Tout allait peut-être recommencer. Comme avant. Juste comme avant.
***
Un regard sur le tableau lui était étrangement familier. Une femme attendait, très seule et peut-être pire, seule face à elle-même.
Nina soupira. Elle referma les yeux à l’écoute de son souffle. Assise dans un rocking-chair hors d'âge, chiné le week-end précédent au marché de Glenburry, elle goûtait la quiétude feutrée de la maison. Le ronronnement de la rue s’évanouissait peu à peu.
Un claquement sec la fit sursauter.
Elle s’était assoupie et avait manqué basculer de la chaise à rouleaux. Un courant d’air plus nerveux était parvenu à refermer le vasistas du petit salon. Des nuages d’encre au-dessus de la baie annonçaient un sérieux coup de tabac.
Natsuki arpentait les couloirs du département de sismologie de l’Institut National de Recherche de Matsukaya au cœur du Japon depuis plus de trente ans. Son ancienneté au service de nettoyage lui avait valu depuis deux ans d’être en charge de l’étage de la direction. Si cette promotion n’avait que modestement changé ses revenus, elle lui avait permis de faire connaissance avec la plupart des directeurs de l’institut. L’un d’entre eux était un occidental. Le seul qu’elle n’ait jamais connu à ce poste. Charles. Un Français égaré dans l’archipel du Levant, avec qui elle avait sympathisé.
Charles se délectait des quelques mots échangés chaque soir avec elle alors qu’elle époussetait son téléphone, ses bibelots et ses poignées de tiroirs. Il la questionnait sur sa famille, ses hobbies, les études de son fils à Osaka ou encore ses dernières recettes de okonomiyaki à la crevette. Natsuki se pliait de bonne grâce à ces échanges quotidiens et satisfaisait la curiosité du jeune homme avec un plaisir non dissimulé. La vieille femme de ménage trouvait bien opportun de pouvoir exposer ses soucis à une oreille extérieure qui l’écoutait sans la juger.
De son côté, Charles se livrait peu. Natsuki respectait toujours son intimité et se refusait à poser toute question trop personnelle.
Ce soir-là pourtant, une question lui brûlait les lèvres. Charles avait accroché deux cadres photos aux côtés de ses estampes japonaises d’Hokusai. Deux visages de jeunes femmes. La première reflétait une expression joyeuse et presque naïve dans les yeux. On devinait une ressemblance avec Charles dans les mêmes fossettes mutines.
La deuxième était japonaise. De petites lunettes d’écaille lui donnaient un air charmant d’étudiante pleine d’ambition. Elle souriait timidement.
Charles s’amusait de voir Natsuki dévisager les deux portraits. Il se résolut à mettre fin au supplice. — Les deux bonheurs de ma vie, souffla-t-il d’un murmure complice.
La vieille femme haussa les épaules.
— La Japonaise, je la connais. Une jeune fille exquise. Je regrette de ne plus la voir ici. Nous discutions quelquefois ensemble lorsqu’elle vous attendait dans votre bureau. Vous sortiez si tard. Ce n’était pas correct, Monsieur... Et puis… deux femmes pour un seul homme, c’est assurément une de trop, répondit-elle assez sèchement.
Charles éclata de rire.
— J’ai connu beaucoup de filles dans ma vie Natsuki... vous le savez bien... trop, probablement… mais celles-ci sont plus précieuses que tout. Vous connaissez déjà Miya, mon amie. Elle… elle est partie à Singapour maintenant. L’autre jeune femme est Nina, ma sœur qui vit en Californie. On s’est perdu de vue depuis quelques temps. C’est une personne formidable, vous savez.
— Très jolies femmes, Monsieur, il faut que vous preniez soin d’elles. Je ne sais pas si vous en serez capable. Faudrait-il que vous en ayez envie, dit Natsuki en refermant déjà la porte d’un air étrangement sérieux. Bonsoir, Monsieur Vauban.
Le jeune sismologue souriait, amusé par la conclusion de leur entrevue. Natsuki avait un franc-parler délicieux. Il se leva de son bureau d’acajou et détailla les photos. Son sourire s’était évanoui. Le sourire de Miya faisait si mal.
Sa vie sentimentale était à l’opposé de sa réussite professionnelle.
Voilà trois ans qu’il avait décroché ce poste d’adjoint-directeur dans une agence d’état japonaise (en l’occurrence l’agence pour la prévention des risques sismiques de Honshu). Ce poste inespéré pour un non-insulaire avait été obtenu grâce à une thèse en instrumentation sismologique, menée quelques années plus tôt pour le CNRS français. Charles avait enchainé à l’époque des études brillantes à l’école des Mines et des années dans un triste cabinet d’études parisien. Les études de japonais entamées dans ses dernières années de lycée lui avaient permis de postuler à Tokyo. La rareté et l’excellence de sa formation avaient fait le reste.
Sa vie amoureuse ressemblait elle à un champ de bataille. Waterloo plus que Wagram.
Charles avait connu plusieurs aventures depuis son arrivée. Son indéniable charme français de jeune homme cultivé et plein d’humour ne rencontrait que peu de résistance auprès des filles de Matsukaya. Mais invariablement, ses nouvelles rencontres prenaient un cours insipide, une fois la nouveauté sexuelle explorée. Il se lassait alors de ces entrevues futiles et ne voyait plus que des femmes superficielles à la recherche du parti idéal.
Désenchanté, il s’était réfugié dans les travaux de l’institut et en était arrivé à la conclusion qu’il n’était pas compatible avec la vie de couple. Cela était très bien ainsi.
Pourtant, il y a près de six mois, tout avait failli basculer. Un improbable tsunami avait déferlé. Dans un tourbillon de vie. Une jeune fille de vingt-trois ans.
Elle s’appelait Miya Cobayashi.
Nina verrouilla la petite lucarne au-dessus de la bibliothèque et revint se lover dans le rocking-chair. Les premiers éclairs zébraient les collines de Sausalito.
Elle venait de se maquiller.
Sa copine Christie lui avait offert un kit de maquillage "Bloomy´s easy make up" pour ses vingt-neuf ans. Elle lui avait expliqué dès leur première rencontre que les minois apprêtés faisaient partie du job. Il s'agissait donc de faire quelques efforts. Christie et elle, étaient serveuses au Sunrise, un bar lesbien branché de Mission, le quartier nec plus ultra de San Francisco et peut-être même de la terre entière pour les filles qui aimaient les filles. Cette partie de la ville avait connu ses heures de gloire au croisement des siècles avant d’être surpassé par de nouveaux spots très branchés, mais il y flottait encore un parfum enivrant. Celui de la liberté éternelle. Furieusement rebelle.
Nina travaillait là depuis plus d’un an. Dénicher un emploi avait été une formalité avec son look de Lara Croft nordique. Le patron du bar, un joueur de baseball des 49ers dans les années 80, lui avait immédiatement accordé sa confiance. Dès les premiers jours, elle avait sympathisé avec Christie, une jeune Américaine fantasque, originaire de Portland. C’est elle qui lui avait appris à se maquiller avec les astuces glanées au cours de ses jeunes années de princesse de l’Oregon.
Nina avait accepté le job au départ pour raison alimentaire. Les études d’œnologie qu’elle avait reprises à Berkeley la rackettaient tous les mois d’une coquette somme, et les fins de mois étaient piquantes. Pourtant, son assiduité aux cours de vinification était devenue très aléatoire alors que sa présence tous les soirs pour slalomer entre les clientes éméchées ne souffrait aucun reproche. Elle avait pris goût au milieu de la nuit. Avec ses excès et souvent ses surprises.
Malgré l’ambiance "girl friendly" de l’établissement, la jeune Française était hétéro. Oh, bien sûr, elle avait galoché quelques copines plus audacieuses dès quinze ans à Lyon au collège de la Croix-Rousse, mais juste pour le plaisir de braver les premiers interdits. Jouer à la jeune femme affranchie. En aucun cas une vraie inclination. Et même si Christie avait une sexualité plus virevoltante, butinant volontiers avec gourmandise d’amants en amantes, la ligne rouge entre les deux amies était toujours restée très claire.
17h27
Le service débutait à 18h précises. Nina avait recouvert ses paupières de gloss silver et goûtait les dernières secondes de calme avant l’effervescence de la nuit.
Dans le tapage des premiers grondements de tonnerre, elle dévisageait la femme du tableau. Assise seule au fond d’un diner, l’homme de la table voisine lui semblait inexistant. Nina se projetait volontiers en elle. Absente de sa vie. Leurs chemins ne devaient pas être si différents.
Comme sur la plupart des reproductions, une petite légende était inscrite tout en bas. Dans un profond soupir, Nina se redressa du rocking-chair et décrocha la toile. Elle lut à voix haute :
— La jeune fille de la Cafétéria, Edward Hopper.
Edward Hopper. Le nom ne lui était pas étranger. Elle avait lu un article sur cet artiste américain à propos d’elle ne savait plus trop quelle exposition. Elle se rappelait vaguement qu’il était question de scènes de vie américaine et de personnages mélancoliques.
Un carillon. On sonnait à la porte.
Nina remonta à la surface en un instant. Sans doute Christie en avance qui passait la prendre avec sa Mini. Comme toujours sans la prévenir. Nina aimait le caractère imprévisible de son amie.
Elle descendit rapidement les escaliers le tableau à la main. Elle n’avait pas eu le temps d’enfiler son chemisier et un élégant soutien-gorge de dentelle rouge mettait joliment en valeur ses seins.
Elle déverrouilla la porte d’un geste sec.
— J’arrive, Christie chérie. Je finis juste de m’hab…
— Good evening, petite Française…
Nina lâcha la toile qui retomba mollement dans son plexiglas bon marché sur les pieds de l’homme qui se tenait dans l’entrebâillement. Elle se mit à bafouiller :
— Min... Mince alors… Matt… que fais-tu là…?
Sans répondre, le visiteur avança d’un pas et repoussa le tableau. Il se tourna vers Nina et la pressa en silence contre lui. Ses deux mains chaudes caressèrent son dos nu. La jeune fille frissonna.
— Well, you know… Je passais par-là, tu sors au Moulin-Rouge ce soir ? Quels yeux magnifiques…
Serrée contre l’homme, Nina apercevait le tableau échappé par surprise. La jeune fille mélancolique du diner paraissait avoir changé d’expression. Elle aussi, frissonnait maintenant de tout son être.
Dehors, les premières gouttes brunissaient déjà le goudron de la rue dans un parfum d’asphalte humide.
Charles effleura le visage de la jeune Japonaise. Le cadre se balança un instant manquant de se décrocher. Cette étudiante de 3ème année venue frapper à sa porte quelques mois plus tôt l’avait intrigué.
***
Elle souhaitait le consulter pour des travaux sur la surveillance du Mont Okone, tout proche de Matsukaya. L’observation du volcan capricieux était sous sa responsabilité depuis son arrivée à l’institut. La jeune fille montrait même un vif intérêt pour les recherches en géophysique des réservoirs géothermiques qu’il y conduisait. Aucun étudiant de 3eme année ne s’était jamais intéressé à pareil sujet.
Elle se prénommait Miya et ses petites lunettes laquées de noir brillant lui donnait un air terriblement séduisant.
Le chercheur et l’étudiante avaient commencé à se voir plusieurs fois par semaine pour approfondir certaines anomalies de température observées dans les couches superficielles de la troisième chambre magmatique. (Miya tenait à présenter un mémoire avant ses évaluations de fin d’année). Charles se surprit vite à languir ses visites au laboratoire. La jeune fille en profitait alors pour corriger ses publications, assise de longues heures à ses côtés. Le japonais du chercheur restait parfois imprécis et il inversait encore quelques hiragana et katakana.
Comme attendu, ils avaient évalué leur niveau de compatibilité physique au bout de quelques semaines en s’envoyant en l’air. Mais contre toute attente, le Français n’avait pas paru cette fois s’en satisfaire. Leur complicité intellectuelle avait déjà égalé leur potentiel sexuel. Et ça, c’était très nouveau. Charles avait dû se rendre à l’évidence, un tel phénomène signifiait le précipice redouté de la passion amoureuse. Du haut de ses trente-deux ans, il venait de tomber amoureux d’une gamine de seulement vingt-trois.
Pendant plusieurs mois, les deux amants s’étaient installés dans la vie charmante du jeune couple épanoui. Au point de partager leur thé gyokuro au petit matin dans l’appartement de Charles et d’ouvrir un compte bancaire commun pour leurs dépenses quotidiennes. Mais cette dernière étape n’avait pas manqué de vite inquiéter le sismologue, tant l’engagement continuait à le tétaniser.
Cette lâche angoisse avait fort heureusement trouvé un exutoire idéal quelques semaines plus tard, avec la proposition offerte à Miya d’une mission à Singapour dans le cadre d’une coopération avec l’université locale. Charles lui avait conseillé sans hésiter de profiter de l’alléchante perspective. Pas un instant, il n’avait cherché à la retenir ou envisagé de la suivre. L’occasion tombait à point. La retenir eut signifié qu’il tenait à elle et qu’il projetait pour eux un avenir.
Ambition absurde et impossible à avouer. Fuir était tout ce qu’il savait faire, c’était ainsi. Pourquoi changer les choses ? Le départ de Miya fut très douloureux. Mais Charles fit tout pour le masquer, aux autres comme à lui-même. Cela faisait maintenant deux mois qu’il n’avait plus aucune nouvelle.
***
Une brève tonalité le remonta de ses pensées. Une notification de messagerie.
Il était déjà plus de huit heures. A cette heure tardive, il n’était pas très excité par l’idée de lire le dernier rapport d’activité sismique du bureau de Tokyo. Il allait claquer l’écran de son iMac, quand son regard intercepta le message :
[email protected] "Family is precious"
Charles pesta contre l’inefficacité de son filtre anti-spam. Il cliqua sur l’email et s’en voulut aussitôt d’ouvrir un message potentiellement dangereux pour son ordinateur et tout le réseau de l’agence.
Le message lui était adressé personnellement. Cela n’avait rien de surprenant pour du Phishing, ce procédé malveillant qui prospérait au cœur des réseaux sociaux japonais. Bien que le titre fût en anglais, le texte était rédigé en français.
" Cher Charles,
La famille est le bien le plus précieux que l’on ait. Il faut savoir la protéger et agir en conséquence lorsque le danger est là. Tout se paie, 2014 comme le reste.
A très bientôt "
Charles fixa l’écran de longues secondes. Puis d’un geste, claqua le Mac. Le bruit sec s’entendit dans tout l’étage, vide à cette heure. Il n’allait pas se laisser empoisonner par un message absurde posté par un automate électronique une veille de week-end. Il se leva et s’empara de sa veste. Il n’avait envie que d’une chose. Une bière Asuka bien fraîche et un bol de ramen. Peut-être quelques onigiris, s’il avait encore faim. M. Fukuoka lui fournirait tout cela au bas de son immeuble.
Juste avant de claquer la porte, il revint d’un pas devant son bureau. Il tira d’un coup nerveux la poignée du troisième tiroir et poussa un soupir d’agacement. Sa main caressa le cuir vert d’un album photo. Il referma le tiroir puis décampa.
Une heure plus tard, Charles était assis seul devant une télévision au format extra-large exagéré. Il aspirait ses pâtes bruyamment, les pieds posés sur une reproduction de statuette du Shogung que Miya lui avait offerte quelques mois plus tôt. Un vieux western américain déversait son flot sonore d’éperons clinquants et de coups de feu pétaradants. Au troisième duel dans la poussière d’El Paso, le jeune sismologue croyait déjà ne plus penser à rien.
Matt porta à ses lèvres un café brûlant servi maladroitement par Nina. La jeune fille avait d’abord renversé toutes les capsules au sol en saisissant le coffret réservé aux visiteurs avec ses essences d’arabica rares. Elle avait ensuite laissé déborder la tasse en prétextant un mauvais réglage du percolateur. — Fichue machine moderne, avait-elle grommelé.
Elle ne s’attendait pas à une telle visite en cette fin de journée. Son trouble était perceptible.
— Je te dérange, je pense. Sorry for that, lança Matt.
— Non… pas du tout, mais je dois bientôt partir travailler. Je suis serveuse au Sunrise, tu connais ?
Nina avait pris le temps d’enfiler un petit débardeur de coton noir. Un petit bijou coloré brillait au creux de son nombril.
— Oui, je l’ai appris… Tu t’es fait plein de nouvelles amies, je suppose ?
Matt regardait Nina, un léger sourire moqueur au coin des lèvres. La réputation de l’établissement n’était plus à faire.
— Ne sois pas bête… Mais toi, que fais-tu ici ? Tu… Tu es venu en ville pour le week-end ?
— Non, juste aujourd’hui. J’avais un rendez-vous du côté d’Alameda avec un nouveau distributeur pour notre cuvée spéciale. La routine du sage fils à papa, tu sais. De toute façon, je dois travailler demain avec mon frère au domaine. J’avais juste imaginé passer la soirée en ville…
— Toujours plongé dans les affaires de la famille Langdon, je vois…
— Plus que jamais, dit Matt en souriant. J’ai un projet de wine museum à Sonoma. Allan pense aussi que c’est une bonne chose.
— Comment va ton frère ?
— Bien, il travaille énormément. Je n’arrive pas à le faire ralentir.
Nina hocha la tête, les yeux au fond de sa tasse. On entendait au loin le chuintement d’une conversation étouffée. Mr Chang, le plus proche voisin de la maison, avait probablement interpellé un passant pour parler météo et bégonias.
— Peut-être qu’après ton service, on pourrait prendre un verre… Si tu veux bien ? To remember the good old days !
— Euh... Je ne sais pas... Tu sais… Matt… Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée… Et puis… Je vois quelqu’un en ce moment…
— Mince alors ! Et ce gars m’empêcherait de prendre une Margarita avec la plus jolie Française de San Francisco ?
Nina répondit par un sourire embarrassé.
Matt regrettait son crochet par Richmond et pestait de ne pas avoir repris la route du nord plus tôt. Sa visite surprise secouait trop fort l’arbre des souvenirs. Il n’en tomberait que des fruits trop mûrs. Peut-être même pourris.
— Well, je ne vais pas t’embêter longtemps… Je te laisse, tu as l’air très occupée. De toute façon, c’est mieux si je reprends la route dès ce soir, je reçois un fournisseur demain matin.
Matt jeta sa tasse sur la faïence de l’évier, claqua une bise polie sur le front de Nina et dévala les marches du perron sous une pluie battante.
Ses derniers mots avaient fusé si vite que Nina n’avait pas réagi. Matt démarrait déjà un imposant Hummer noir rangé le long du trottoir. La voiture puissante rugissait au bas de la 23ème, quand Nina déboula sur le seuil. Elle la regarda filer sans un mot en se demandant comment elle pouvait être aussi stupide.
Au même instant, une voix l’interpella, toute proche d’elle :
— Hey ! French bimbo ! Tu attends le prince charmant ? Vu le temps, j’espère qu’il sait nager !
Christie était au volant de sa Mini. Elle klaxonnait, rayonnante. Nina ne l’avait pas vue se ranger le long de sa palissade.
— Non… Attends, laisse-moi deux minutes. J’arrive.
Nina acheva de s’habiller, attrapa son sac et se glissa dans la voiture de son amie. Un instant après, les deux filles descendaient l’avenue Lexington en direction du centre-ville. Elles roulaient depuis deux minutes lorsque Christie n’y tenant plus, coupa la radio qui diffusait un vieil air de jazz du sud et jeta un coup d’œil appuyé à sa passagère.
— Bon, qu’est-ce qu’il avait le beau gars qui est parti en courant de chez toi tout à l’heure. Je vous ai aperçus. Tu lui avais fait goûter ton dernier cheese-cake c’est ça ? railla malicieusement la jeune serveuse.
— Rien, un gars, c’est tout. Un vieux souvenir.
— Tu n’es plus avec le p’tit Frenchy, Thomas-je-ne-sais-quoi… ?
— Oui, enfin non, enfin si… Enfin occupe-toi de tes jolies fesses ma belle et lâche moi s’il te plait.
— OK, belle tombeuse. Tous ces beaux mecs qui te tournent autour… Tu vas finir par me rendre jalouse. Moi, qui ne me suis rien mis sous la langue depuis deux semaines…
— Petite perverse !
Les deux filles éclatèrent d’un rire joyeux.
Au virage sur la 8eme rue, le silence reprit sa place. La pluie clapotait maintenant sagement sur le capot. Nina ralluma la radio qui laissa suinter à nouveau le même air triste de la Nouvelle Orléans. Un saxophone désenchanté pleurait, dégoulinant de mélancolie.
Ses yeux s’embuèrent malgré elle. Nina adorait Christie. La qualité première de la jeune barmaid était de respecter son intimité et de ne pas chercher à connaître tous ses secrets. Elle avait appris à l’aimer sans chercher à savoir d’où elle venait. Elle l’avait prise comme ça. Toute entière. D’un seul coup. L’avenir était de toute façon pour elle mille fois plus enviable que le passé. Nina adorait cet optimisme forcené chez son amie. Il lui faisait tellement de bien.
Les deux serveuses glissèrent sur l’asphalte, bercées par la vieille musique noire jusqu’aux abords du Sun-rise. Il était un peu moins de 18 heures, et Nina aimait la vie.
Le sang.
La douleur au front se faisait plus aiguë. Un mince filet rouge coulait devant son œil droit. Chaque goutte chaude éclatait sur sa pommette en une fine pluie rosée.
Clara imagina avoir percuté un objet saillant fixé au sol. En relevant la tête, elle regretta sa perspicacité. Une rangée de larges écrous carrés dépassait du sol arrimant les dernières planches de bordée au bastingage. Elle apercevait au-dessus d’elle dans le clair de lune une voile divisée en panneaux par une série de lattes de bois sur toute sa longueur.
Une jonque. L’embarcation traditionnelle des mers du sud.
Un ancien marin de Jakarta lui avait un jour doctement exposé les avantages de ce style d’esquif. Chaque mot résonnait encore. Le vieux capitaine de marine avait expliqué que ce type de gréement était caractéristique des jonques Malaisiennes. Les lattes en bambou, tenues au mât raidissaient la voile et encaissaient les efforts qu’elle subissait; ce qui en faisait une voile fiable et durable jamais lourdement sollicitée. L’homme lui avait expliqué tous ces détails dans un Anglais très correct au fond d’un bar de Mandalay. Ce souvenir exotique semblait si lointain.
Le filet de sang se tarissait peu à peu. Clara sentait sous la paume de sa main une plaie humide sur sa tempe. La douleur pinçait par assauts successifs. Au même rythme que les vagues qui frappaient la coque.
Pourquoi le bateau ne bougeait-il plus ? Elle avait nettement senti la houle soulever l’embarcation juste avant sa chute et le vacarme qui l’avait accompagnée. Le mât de misaine continuait d’osciller très légèrement au-dessus d’elle.
Un bruit de froissement attira son attention. Allongée sur le flanc, la masse sombre s’agitait juste devant elle. Elle avait dû s’effondrer sur le pont sous l’effet du choc. Il en sortait des borborygmes diffus que Clara reconnut aussitôt.
— Shit…What the fuck was that ?
Un homme hirsute rejeta derrière lui une grande toile de jute grise dans laquelle il s’était blotti. La lune inondait le bateau d’une lumière blanche. Un trait de salive séché étirait sa bouche de façon comique. Des yeux exorbités et une haleine alcoolisée trahissaient un mélange de substances avalées quelques heures plus tôt. Clara se demanda si elle avait la même allure repoussante.
Le garçon s’ébroua comme pris par la volonté de récupérer les fonctions essentielles de son corps. Ce fut en vain. Il ne parvenait pas à se mettre à genou et bougeait de façon totalement désarticulée comme un pantin de bois.
— Matt, reste calme. Keep quiet buddy ! Tu es encore défoncé comme un junky trempé dans du whisky. Respire calmement. Tout va bien.
L’homme s’immobilisa un instant, puis essaya de se retourner vers la voix sortie de nulle part :
— Clara ? articula-t-il avec un terrible accent américain coupé au whisky. Where are you ? Where are the others ?
— Je suis juste derrière toi. Je ne sais pas pour les autres…
