L' Abbaye de Filly et quelques seigneurs du voisinage - Louis-Étienne Piccard - E-Book

L' Abbaye de Filly et quelques seigneurs du voisinage E-Book

Louis-Étienne Piccard

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"L' Abbaye de Filly et quelques seigneurs du voisinage", de Louis-Étienne Piccard. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Louis-Étienne Piccard

L' Abbaye de Filly et quelques seigneurs du voisinage

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305161

Table des matières

AVANT-PROPOS
CHAPITRE 1 er
CHAPITRE II.
CHAPITRE III.
Boson, prieur. (1224) .
Guillaume I er , abbé. — (1233-1251) .
Henry. — (1260) .
Guillaume 11. — (1261-1268) .
CHAPITRE IV.
Pierre (1268-1278) .
Guichard Jean 1280-1282...
Guillaume III, Malassena dit Martin (1289-1302) .
Amédée de Ravorée. (1308-1317) .
CHAPITRE V.
Jean. (1321-1330) .
Aymon de Balleyson. (1332-1336) .
CHAPITRE VI.
CHAPITRE VII.
Jacques de Villier (1376-1387) .
Guillaume de Lugrin (1391-1411) .
Humbert Chariery ou de Charrières (1411-1426) .
François Ducrest (1425-1433) .
CHAPITRE VIII.
Pierre Robini, évêque d’Hippone (1434) .
Louis, évêque de Viseu (Portugal) (1442-1449) .
Henri d’Alibertis (1452-1460) .
CHAPITRE IX.
Jean de Compey (1463-1469) .
Jean Michiele alias de Septisono (1469-1496) .
Amblard Goyet (1500-1517) .
Pierre Goyet (1517-1530) .
Claude Louis Alardet (1535-1564) .
CHAPITRE X.
CHAPITRE XI.
DOCUMENTS
ADDITIONS & CORRECTIONS

Imprimatur

Annecii die 12 maii 1893.

F. GAVARD, vic.-gen.

AVANT-PROPOS

Table des matières

L’étranger qui traverse de Thonon à Douvaine la ravissante plaine du bas Chablais, contemple à sa droite le château de Marclaz, Anthy et les bords enchanteurs du Léman; à sa gauche, la colline classique des Allinges et le village de ce nom, Margencel, le coteau de Ballaison ou de Boisy et enfin Sciez avec son clocher antique.

Plus bas, du côté du lac, apparaissent à demi cachés dans les arbres un castel au profil grave et à l’architecture lourde et sévère du douzième siècle, puis, à deux pas, aux abords de la baie d’Excenevex, un hameau charmant; c’est le château de Coudrée et la bourgade de Filly.

La campagne abaisse insensiblement ses replis de gazon arrosés par les eaux du Foron, du Nant et du Vion, jusqu’à la limite d’un bois de chênes. Près de là, un pan de mur, un puits, un amas de pierres rappellent seuls qu’en ce lieu s’élevait autrefois l’abbaye de Filly, et que, sous ces décombres, dorment plusieurs générations de religieux et de nobles seigneurs du voisinage.

La tradition parle des rivalités du manoir et du monastère dont l’un succomba, grâce à l’invasion protestante de 1536, sous la puissante étreinte de l’autre, et l’histoire en raconte long à ce sujet. A cette dernière date, les Bernois chassèrent les religieux, le célèbre réformé François d’Allinges acquit la plus grande partie de leurs biens, et, sous l’action des hommes et du temps, les bâtiments peu à peu s’écroulèrent, et finirent par disparaître.

Les parchemins qui contenaient l’histoire de l’abbaye furent dispersés aux quatre vents. La Société d’histoire et d’archéologie de Genève en a retrouvé une dizaine qu’elle a publiés dans ses Mémoires; l’abbé Gonthier vient d’en imprimer six dans le Bulletin de la Société Florimontane en les faisant précéder d’une notice historique; M. Glover annonce de son côté la prochaine apparition de titres intéressant Filly.

Nous allons, nous aussi, faciliter la tâche des futurs historiens du couvent en publiant aujourd’hui un certain nombre de documents et de renseignements inédits. Ils ont été recueillis, soit aux archives de Turin et de Genève, soit aux archives départementales des deux Savoie. M. le comte A. de Foras, le savant auteur de l’Armorial et Nobiliaire de Savoie, non content de m’ouvrir ses riches archives, a bien voulu me donner l’analyse d’un certain nombre de chartes, ainsi que la copie de précieux documents transcrits, sous sa dictée, pendant mon séjour dans la ville de Thonon. Le savant professeur, M. François Rabut, m’a transmis quarante et une chartes tirées des archives de Turin.

J’aime à les remercier publiquement, ainsi que M. Jules Vuy, vice-président de l’Institut Genevois, les chanoines Ducis, Mercier et Chevalier, secrétaire de l’Académie Salésienne, l’abbé Gonthier, possesseur d’une copie de l’Inventaire de l’abbaye d’Aulps qu’il m’a communiquée, l’abbé Chavaz, du clergé catholique de Genève, M. le Conseiller Mugnier, l’infatigable président de la Société Savoisienne d’histoire et d’archéologie, M. Norbert Mudry, secrétaire de l’Académie Chablaisienne, etc.

Ce travail, malgré ses imperfections, ne laissera pas, nous l’espérons du moins, que de jeter un jour utile sur les annales religieuses du Chablais.

L.-E. PICCARD.

CHAPITRE 1er

Table des matières

(1026-1138)

Coup d’œil rétrospectif, l’an 1000 et le monastère d’Agaune; Lombards, Sarrazins. — Burchard et le diacre Tibold vers 1026. — La mense de Filiez au fisc de Sciez. — Les Chartes d’Allinges et la concession. — La cella et les chanoines réguliers de St Augustin.

Les riantes plaines du bas Chablais étaient-elles habitées bien longtemps avant que les chanoines réguliers de St Augustin ne vinssent en prendre possession?

Evidemment. — Les Allobroges et les Romains ont laissé sur nos rivages des traces indéniables de leur puissance disparue. Et, avant eux, qui habita notre pays? Des Grecs, des Celtes, des Ibères!!!

Sur ces époques reculées, où manquent les documents, la science ne peut procéder qu’à tâtons, et se borne bien souvent à des conjectures. Volontiers, dirons-nous avec Tacite, au sujet de certains points controversés, et d’une solution malaisée: Quœ neque confirmare argumentis neque refellere in animo est, ex ingenio suo quisque demat nel addat fidem .

Il est admis que les Romains colonisèrent nos contrées. Deux inscriptions de pierres milliaires découvertes à Messery et à Crevy-Veigy, le votif de Douvaine à Jupiter et à Mars, les inscriptions, monnaies, débris de tout genre de Bons, de Ripailles, de Nernier, de Massongy et de Thonon, prouvent que les Maîtres du monde avaient su apprécier nos sites enchanteurs où le luxe de la ville s’unit à tous les charmes de la campagne .

Mais tel n’est pas l’objet de nos modestes études, notre but étant de rechercher d’abord l’origine de l’abbaye de Filly, et ensuite de mettre au jour quelques documents de son histoire.

L’abbé Grobel croit qu’elle prit naissance au milieu des terreurs du Xme siècle. Son autorité est bien légère, mais, il se fait ici l’écho de Besson, le plus sérieux de nos historiens nationaux.

«A cette époque, dit-il, plusieurs avaient cru voir dans Mahomet, l’antéchrist prédit dans l’Apocalypse. Les longues et effroyables dévastations des Sarrazins qui voulaient à tout prix faire triompher le croissant sur la croix, l’oubli de tous les principes chrétiens et le droit de la force, substitué partout à celui de la justice, avaient confirmé cette croyance en la rendant vraisemblable. C’est pourquoi l’on pensait assez communément que la fin du monde était venue et que l’an 1000 était l’année fatale dont parle saint Jean dans ses prédictions.»

Les princes, les seigneurs, les religieux élevèrent des églises et des monastères, pour obtenir de Dieu le pardon de leurs fautes et la victoire sur les barbares.

«Les rois du second royaume de Bourgogne eurent une prédilection spéciale pour l’abbaye de Saint-Maurice, et Rodolphe 1er alla s’y faire couronner en 888. Il ne faut donc pas s’étonner si ces souverains voulurent lui donner une nouvelle extension en confiant à ces religieux la nouvelle abbaye de Notre-Dame de Filly »

Le célèbre monastère de St-Maurice d’Agaune peut, en effet, revendiquer en quelque sorte des droits de paternité sur celui de Filly; car c’est par une concession spéciale, faite à l’un de ces chanoines, que ce second établissement a été vraisemblablement créé.

Environ cinquante-trois ans après le massacre des martyrs thébéens, soit vers l’an 355, St-Théodore, premier évêque du Valais, construisit à Agaune une église pour retirer et vénérer les précieux restes de ces saints légionnaires. A côté de l’édifice religieux, s’élevait un monastère, qui suivait une règle particulière appelée règle de Tarnade, et qui fut brûlé et détruit en 408 par les Vandales. Le pieux roi saint Sigismond reconstruisit église et monastère entre les années 517 et 522 et affecta à l’entretien des cinq cents religieux d’Agaune des territoires considérables de différents pays du voisinage, parmi lesquels, selon toute probabilité, ceux de Filly, Excenevex, Coudrée, Massongy, Bons, Machilly. En 574 les Lombards envahirent le Valais et dispersèrent ces pieux cénobites; mais l’orage passa et les moines rentrèrent dans leur monastère. Plus tard, Arnaud, bâtard de Louis le débonnaire, l’eut en commende, quoique laïc, et y introduisit le désordre. En 939 les Sarrazins pénétrèrent en Valais, occupèrent le Grand-Saint-Bernard et incendièrent le couvent de St-Maurice. Aussi, quand Ulrich, évêque d’Augsbourg, se présenta peu après à St-Maurice pour emporter quelques reliques des martyrs thébéens, il ne trouva dans le monastère dévasté qu’un habitant: le gardien de ces vénérables ruines . Enfin, pendant tout le dixième siècle, les Hongrois parcoururent encore notre pays détruisant tout ce qui était resté debout.

C’est, croyons-nous, au milieu de ces désastres qu’un chanoine de St-Maurice partit d’Agaune pour fonder le monastère de Filly. Mais, donnons la parole aux documents qui sont les organes les plus autorisés de l’histoire.

C’est vers l’an 1026, d’après les auteurs du Régeste Genevois, que Burchard, archevêque de Lyon et abbé de St-Maurice d’Agaune, avec le concours de Burchard, évêque d’Aoste et prévôt du même monastère, font, du consentement du roi Rodolphe et de sa femme Ermengarde, des concessions de terre au diacre Tibold, chanoine de Saint-Maurice, ainsi qu’à ses trois fils Durandus, Hermannus et Stevilius. Au nombre des biens cédés, figure au comté de Genevois une mense, au fisc dit de Sciez, au village appelé Filiez; tous les autres sont dans le vieux Chablais, in capite lacensi; on y remarque Evionnaz, Ollon, Saillon, Mont-Salvan, etc . Tibold, pour témoigner sa reconnaissance, fit don à l’abbaye d’un manuscrit contenant les Actes des Saints.

Deux prélats du nom de Burchard cumulèrent successivement la double qualité d’archevêque de Lyon et d’abbé de Saint-Maurice.

Celui qui était frère de Rodolphe III fut archevêque de Lyon depuis 979, et mourut, le 12 juin 1031, d’après les auteurs de la Gallia Christiana , ou le 30 août de la même année, suivant un acte rapporté par Scheidius .

Un autre Burchard, que nous voyons figurer comme évêque d’Aoste dans la charte ci-dessus, lui succéda comme archevêque de Lyon et abbé de Saint-Maurice. Il vécut jusqu’en 1046, en conservant, au moins nominalement, ces deux qualifications .

Cette concession est faite du consentement du roi de Bourgogne, Rodolphe III, frère de Burchard, et de sa femme, la reine Ermengarde, qui paraît encore toute effrayée de la pensée de la fin du monde dans une donation de la même époque au prieuré de Talloires (1031 ou 1032). C’est, dit-elle elle-même, sous l’empire de cette terreur qu’elle a bâti l’église en l’honneur de Sainte-Marie .

Besson se faisait donc l’écho d’une lointaine tradition en écrivant en 1759: On dit l’abbaye de Filly fondée par les rois de Bourgogne et d’Arles .

Que faut-il entendre par cette phrase: Mansum unum in comitatu Gebennensi in fisco quod dicitur siciaco in villa que vocatur Filiez: Une mense, au comté de Genevois, dans le fisc dit de Sciez, à la villa appelée Fillez.

On appelait, au onzième siècle, fisc, fiscus, les propriétés royales dont une partie était destinée à être concédée aux leudes à titre de bénéfice . Le pagus genevensis contenait, selon toute apparence, un nombre considérable de ces terres appelées fiscales (fiscalia) destinées à être concédées en bénéfices aux leudes, aux hommes du roi. Il est à présumer que les comtes de Genevois surent s’attirer ces sortes de récompenses .

Le mot de mense (en latin mansus, mansa, mansum), qui se rattache à l’ancien système du partage des terres, particulier au moyen-âge, désignait une certaine portion de terrain, propre à l’habitation et à la nourriture d’une famille, à peu près ce que nous entendons par métairie. La mense se composait de douze arpents, quantité de terre que deux bœufs pouvaient labourer dans l’année .

On distinguait la mense seigneuriale appartenant au seigneur; la mense royale qui était propre au roi; la mense ecclésiastique ou d’église, soit la portion de terres qu’il était d’usage d’assigner en dot à chaque église, etc...

Quelquefois la mense était synonyme de villa.

Chez les Romains, le mot villa désignait une métairie, une ferme habitée par des paysans. Des habitations étant venues se grouper autour de ces villas, on leur donna le nom de ville et village pour désigner un nombre de maisons construites près d’une villa. Sous les Carlovingiens, la villa est ordinairement un village, et déjà même une paroisse... Il est certain, et nous en avons la preuve dans l’acte qui nous occupe, qu’au onzième siècle, la villa renfermait des propriétés agricoles, des menses, des bachelleries, des borderies, des condamines.

Pour être exact, il faut donc traduire, à notre humble avis: Une mense dans le comté de Genevois, dans le fisc dit de Sciez, au village appelé Fillez.

Quelle est la date de cette concession? Elle est très difficile à fixer d’une manière sûre, vu que cette charte est sans date, et que les auteurs de Régeste genevois, tout en se prononçant pour 1026, ou à peu près, l’ont groupée avec d’autres chartes, qui ne portent d’autre indication que celle d’être émanées d’un Burchard, archevêque de Lyon et abbé de St-Maurice. Il est certain cependant qu’il s’agit ici du premier Burchard, frère de Rodolphe III, qui occupa le siège archiépiscopal de Lyon de 979 à 1031, comme il a été dit plus haut.

Je la crois d’une date antérieure à 1026; nous possédons trois chartes très précieuses, encore inédites, où figurent l’archevêque Burchard, le diacre Tibold, le roi Conrad, Rodolphe de Bourgogne et les premiers membres connus de la noble famille d’Allinges .

Nous allons les analyser fidèlement, en essayant de fixer approximativement cette date. C’est d’ailleurs réaliser le titre de notre travail que de prendre à l’origine de sa filiation généalogique une famille sur laquelle il y a encore beaucoup à dire, malgré l’article magistral que lui a consacré M. le Cte A. de Foras dans son Armorial et nobiliaire de Savoie. L’histoire de notre abbaye lui est si intimément liée qu’on ne peut parler de l’une sans parler de l’autre.

Richard d’Allinges, chevalier , avait demandé à échanger, avec l’abbaye de St-Maurice, une mense sise à la Contamine, in Condamina, et une terre en Visinad (peut-être Vesenaz), lunaticum unun in Visinado, contre une villa appelée Magelisis, avec ses dépendances présentes et futures. Le roi Conrad accorde le dit échange, du consentement des chanoines et de son fils Burchard archevêque (de Lyon) et prévôt de la dite abbaye (ipsius abbatie prepositi). Richard l’accepte comme bien de droit héréditaire; il pourra, lui ou d’autres auxquels il peut en donner la faculté, jouir de ces domaines en toute liberté.

Parmi les divers témoins qui approuvèrent cet acte, figurent l’archevêque Burchard, l’évêque Amizo chanoine, et le diacre Tibold (Theodaldus diaconus).

L’acte se passe à St-Maurice le 8 des calendes d’octobre 981 ou 982 .

Vingt-neuf ans plus tard, aux calendes de juillet 1010, Messire Roscelin d’Allinges, parent de Richard, accense de Burchard, archevêque de Lyon et abbé du même monastère, et de l’évêque Anselme prévôt de la dite abbaye, une maison ou chosal situé au bourg de St-Maurice, entre deux chemins publics et le chosal de l’évêque Anselme, quem Azimundus bone memorie actenus videbatur tenere.

La femme de Roscelin, Amandole, est nommée dans l’acte d’accensement qui est aussi fait: pro natis de illis duobus procreatis, du consentement du roi Rodolphe et de la reine Agiltrude qui mourut bientôt . Et cela, au prix de six deniers de cens annuel, payables à la fête de Toussaint.

Les deux prélats accordèrent le laod à cet acte que confirmèrent ensuite le diacre Adalbert, les chanoines Bernald, Laudo, Vuitguer, Christian, Léobert, Conzo, Siard, Davia, ainsi que le diacre Suzo, qui le rédigea avec bonheur à Agaune même .

L’année suivante, 1011, indiction 5me, le roi Rodolphe inféode encore à Roscelin d’Allinges et à Amandole son épouse, pour eux et deux de leurs héritiers, une terre, au lieu d’Autannis (Octonel) près d’Octodure, sous le cens annuel de 12 sols mauriciens; et cela, pour le terme de deux générations. Ces espèces de concessions ecclésiastiques, bien qu’essentiellement révocables et conditionnelles, dégénéraient ordinairement en faits absolus et définitifs. C’était l’abus de l’époque .

On sait que chaque abbaye, d’après la règle reçue, devait compter douze moines, outre l’abbé . Ce nombre paraissait convenable au maintien de l’ordre de la communauté ; et, s’il y avait moins de douze moines, l’abbaye était souvent convertie en ferme ou prieuré .

Mais cette règle ne pourrait être appliquée strictement à l’abbaye de St-Maurice après les dévastations et les malheurs du Xme siècle, et il fallait, avant tout, conserver les précieux restes des martyrs de la légion thébéenne.

Telle est, croyons-nous, la première cause de ce petit nombre de religieux que nous trouvons dans cet antique monastère à l’époque présente. Une seconde, c’est qu’après les nombreux désastres, dont nous avons parlé, plusieurs moines dûrent s’échapper d’Agaune, ou être envoyés ailleurs, à Filly, à Abondance... pour faire fleurir la religion dans de jeunes colonies.

Voilà peut-être pourquoi le diacre Tibold, présent au premier acte, ne figure plus ni en 1010 ni en 1011, et voilà aussi la raison qui semble induire que la concession qui lui fut faite d’une mense au village de Filly, par l’archevêque Burchard, doit remonter avant 1026, c’est-à-dire avant 1010.

Veuf, selon toute apparence, il est bien possible que lui ou l’un de ses trois fils, et peut-être tous ensemble, aient été occupés à ce moment à fonder à Filly une cella, qui, grâce à la fertilité du sol, au charme du site, et aux donations des seigneurs des environs, devait devenir rapidement un prieuré, puis une abbaye .

C’est ainsi que l’Eglise sauvait la foi, la civilisation, par la main de ces vaillants moines.

Dans cette œuvre de restauration, elle trouva un solide appui dans les chanoines réguliers de St-Augustin.

Outre les disciples de St-Benoît, de St-Bruno... l’Occident possédait en effet une institution de chanoines, soit de clercs réguliers, créés à Hippone par St-Augustin, à Verceil par St-Eusèbe, à Metz par St-Chrodegand. Louis-le-Débonnaire, pour remédier au mal que son bâtard Arnaud avait fait au monastère d’Agaune, les y introduisit, avec l’agrément du pape Léon III, au neuvième siècle, sous une règle qu’avait approuvée le concile d’Aix-la-Chapelle en 816 .

C’est un de ces chanoines réguliers, le diacre Tibold, que nous regardons, selon toute probabilité, comme fondateur de l’abbaye de Filly, avec le concours des hauts personnages que nous avons déjà mentionnés.

Le monastère fut construit à 800 mètres au nord-ouest de la villa de Fillez, sur les bords enchanteurs du Vion, ruisseau assez abondant qui descend de la colline de Ballaison, pour se jeter daus le lac entre Excenevex et Coudrée.

Les chanoines devaient être au nombre de huit, d’après la fondation primitive. On distinguait parmi eux: le prieur, au dessus duquel il y eut bientôt un abbé, le sacristain et l’économe, ... Ils étaient vêtus d’une aube blanche qui descendait jusqu’aux talons, d’un mantelet ou aumusse qui leur cachait les épaules, et par dessus, d’une chape noire fendue par devant à laquelle était attaché un capuce ou capuchon pour se couvrir la tête.

CHAPITRE II.

Table des matières

(1138 à 1223)

Anselme prieur vers 1138. — Mouvement religieux en Chablais au XIIme siècle; l’abbaye d’Abondance et sa congrégation. — Conflit. — Filly à Nantelme évêque de Genève (1191). — L’abbaye d’Aulps et St-Bernard de Clairvaux. — Ses possessions en Bas-Chablais. — Les Seigneurs d’Allinges et de Ravorée. — Le château de Coudrée et les nobles de Sciez. — Lépreux de Douvaine. — Soumission de l’abbaye de Filly à l’abbaye d’Aulps (1223), puis à l’abbaye d’Ainay (1224).

Pendant longtemps, le monastère de Filly n’eut que le titre de prieuré ; ainsi, dans la donation faite vers 1138 par Girod de Langin au prieuré de Bellevaux, en Chablais, figure comme témoin: Anselmus prior Fillinci, Anselme prieur de Filly .

C’est le même qui, le 14 octobre 1154, assiste à une décision importante, rendue par Amédée, évêque de Lausanne (délégué par le défunt pape Eugène III), sur les différends pendants entre les frères de l’abbaye de Mont-Jou ou du Grand-Saint-Bernard et ceux du prieuré de Meillerie. Ces deux maisons religieuses, comme Filly, étaient composées de chanoines réguliers de St-Augustin; il était donc naturel et convenable d’appeler des religieux du même ordre pour terminer leurs contestations .

En 1180, le 7 mars, un autre chanoine de Filly, Dalmace de Ravorée, est encore présent à Nernier, en compagnie de Willelme de Chevilly, à la confirmation d’une donation faite par un nommé Boson piscis à l’abbaye de St-Maurice en Valais .

Pendant cette première période, il est possible que St-Bernard de Clairvaux (1091-1153) soit venu encourager et développer les premières ébauches du prieuré de Filly. Ménabréa nomme, parmi les pays que le saint parcourut, l’Helvétie et surtout les bords du lac de Genève, où ce grand homme, dit-il, laissa les plus précieux souvenirs .

Mais des événements, autrement importants, s’accomplissaient en Chablais et en Savoie.

Le douzième siècle — le siècle de saint Bernard de Clairvaux — vit éclore dans notre pays et dans toute l’Europe une multitude de maisons religieuses des deux sexes. La jeune abbaye d’Aulps recevait de saint Guérin, l’ami de saint Bernard, sa grande forme monastique; l’abbaye d’Abondance (1108), la chartreuse de Vallon (1138), l’abbaye du Lieu (vers 1150), venaient de naître comme de glorieux fruits de ce mouvement religieux. La confiance du peuple allait volontiers aux moines plus instruits et plus disciplinés que les prêtres séculiers, encore peu nombreux d’ailleurs, et moins dociles, à cette époque, aux désirs et aux règlements de l’Eglise. Les prieurés de Belle vaux, de Douvaine, de Draillens, de Meillerie, de St-Paul, de Thonon, étaient créés, ou allaient être créés, pour répondre à ce besoin de la population chablaisienne.

Mais l’une de ces maisons religieuses, l’abbaye d’Abondance, mérite une mention particulière dans l’histoire du monastère de Filly. Elle eut pour chef un personnage d’une éminente piété, et d’une intelligence égale à sa vertu. Le bienheureux Ponce de Faucigny, son troisième abbé, venait de rédiger sa règle et ses statuts d’après les saintes instructions que St-Augustin adressait à ses clercs réguliers d’Hippone . Ponce prêchait d’exemple; au chœur, au travail, il était partout le premier, excitant l’admiration et la pieuse émulation de ses confrères. Dans le pays, on l’invoquait comme un saint, et on attribuait à son intercession plus d’une gràce obtenue du ciel. Aussi sa règle fut-elle acceptée, comme venant d’inspiration divine , et comme code fondamental d’une congrégation particulière appelée Congrégation de Notre-Dame d’Abondance, de laquelle dépendaient plusieurs maisons religieuses, parmi lesquelles les abbayes de Grandval, de Gollie en Bourgogne, d’Entremont, etc.

D’après Grillet et Grobel, Filly aurait accepté cette règle toute de charité, d’obéissance et de pauvreté volontaire, en devenant sujette d’Abondance . Arducius, évêque de Genève et frère du B. Ponce, serait-il intervenu pour conseiller et peut-être ordonner cet acte?? C’est la question qu’éveille naturellement une telle affirmation. Cependant, ni Besson, ni les auteurs du Régeste genevois, ni le chanoine Mercier ne parlent de cette affiliation ou de cette soumission , que l’autorité de Grillet ne peut suffire à établir. Toutefois, les échanges multiples d’abbés, que nous aurons lieu de constater entre Abondance et Filly, Filly et Sixt, donnent quelque vraisemblance à cette affirmation, quoique les preuves manquent.

Toujours est-il qu’un conflit s’ouvrit bientôt entre Nantelme, nouvel évêque de Genève , et le couvent du Grand-Saint-Bernard, au sujet de quelques églises contestées, parmi lesquelles celle de l’abbaye de Filly, dont ce monastère avait peut-être fourni les premiers chanoines . Une transaction intervint et fut signée à Thonon, en 1191, par l’entremise des évêques de Maurienne, de Sion et d’Aoste, et des abbés Guillaume de St-Maurice et Guillaume d’Abondance.

Les églises de Meillerie, de Marin et de Thollon, sont laissées à la maison du Saint-Bernard qui reconnaît les tenir de l’évêque, moyennant une redevance annuelle de vingt sols. Elle conserve aussi celles de Brenthonne, de Vinier et de Saint-Loup. Le Chapitre aura l’église de Lugrin. En revanche, l’abbaye de Filly est adjugée à l’évêque Nantelme .

Parmi les conciliateurs de cette transaction, figurent les abbés Guillaume de St-Maurice et Guillaume d’Abondance. L’un et l’autre auraient peut-être pu élever des prétentions sur notre abbaye.

L’étude de ce document n’explique ni les causes du conflit, ni celles de sa solution à l’amiable, et il est très difficile d’apprécier la portée des motifs qui mirent l’abbaye de Filly entre les mains de l’évêque. L’attention peut toutefois se diriger sur les circonstances que nous venons de signaler.

L’évêque Nantelme fut, paraît-il, un bienfaiteur si insigne de notre monastère, qu’un auteur contemporain a été sur le point de l’en déclarer le fondateur, au vû des copies de deux chartes, dont il ne nous a pas été donné d’avoir communication . Evidemment, c’est une opinion à laquelle il faut renoncer, car le prieuré de Filly existait avant l’épiscopat de frère Nantelme (1185-1206), dont l’origine et la famille sont demeurées un mystère, quoique Guichenon nous dise qu’il fut chartreux et prieur de Vallon. Aurait-il appartenu à l’une des hautes familles chablaisiennes fondatrices de Vallon, et aurait-il voulu faire de Filly sa maison religieuse de prédilection??

Tout porte à le croire, car ce fut vraisemblablement lui qui donna à notre monastère une importance plus grande que celle d’un simple prieuré, en l’élevant à la dignité d’abbaye. Nous n’en avons pas toutefois des preuves directes, et, on ignore la date précise de cette transformation qui devrait être placée entre 1155 et 1191.

Dès cette époque (1191) notre abbaye dépendit directement de l’évêque de Genève. Son successeur, l’évêque Bernard Chabert (1206-1213), était trop occupé de la guerre contre les Cathares et les Albigeois, et son épiscopat fut de trop courte durée pour qu’il laissât à Filly des preuves extraordinaires de bienveillance.

Un monastère de nos montagnes, l’abbaye d’Aulps, brillait aussi d’un éclat extraordinaire de régularité et de sainteté.

Les anciennes chroniques de Savoie nous racontent qu’au onzième siècle quelques religieux de Molesme en Bourgogne s’acheminèrent vers le lac Léman, descendirent sur le rivage du Chablais, et s’engagèrent dans les gorges de la Drance, puis dans cette vallée appelée Alpes ou Aulps, à cause des riches pâturages qui en tapissent les versants. Ce ne fut d’abord qu’une simple cella. Les donations d’Humbert II, Comte de Savoie, et de quelques seigneurs chablaisiens, transformèrent la cella en abbaye. Guérin, le successeur du premier supérieur d’Aulps, était un saint anachorète qui obtint du pape Calixte II une bulle annulant la convention de 1097, par laquelle le monastère des Alpes devait vivre perpétuellement sous la dépendance de Molesme: Guérin et ses compagnons embrassèrent la réforme de Citeaux.

Saint Bernard, abbé de Clairvaux, l’oracle de l’Europe, voulut que Notre-Dame d’Aulps fut affiliée à son monastère, et ce fut une grande joie pour la multitude de ses pieux disciples en apprenant l’acceptation des moines chablaisiens . Par ses lettres, il s’efforçait d’inculquer à ses nouveaux frères l’esprit de la règle et les devoirs rigoureux qui en découlent .

Guérin était un modèle de piété, de pénitence, d’humilité et d’obéissance religieuse; il voulut que l’abbaye d’Aulps rivalisât avec celle de Clairvaux, et lui-même s’étudia à devenir l’émule de celui dont le monde entier admirait les vertus.

Aussi quand Guérin devint évêque de Sion, St-Bernard écrivait-il aux religieux d’Aulps: «Votre bon père vient d’être promu à un grade plus élevé ; répétons, ô mes frères, les paroles du prophète. Le soleil a surgi et a entraîné la lune dans son orbite! Le soleil est cet homme par qui la congrégation des Alpes a été rendue si brillante et illustre, et celle-ci est la lune recevant tout son éclat du soleil.» Vers 1150 Guérin mourait, de la mort des saints, dans cette maison qu’il avait élevée à un si haut degré de perfection, et où il venait souvent s’édifier par le spectacle des vertus de ses religieux .

Les puissants seigneurs de la contrée les comblèrent de faveurs et de libéralités; les nobles d’Evian, de Boringe , de St-Jeoire, de Ravorée, de Lucinge, de Faucigny , etc. etc... augmentèrent tour à tour les richesses du monastère des Alpes.

Bientôt ses propriétés et possessions s’étendirent nombreuses dans les paroisses limitrophes dépendant de l’abbaye de Filly: à Chavanex, à Excenevez, à Sciez, à Filly même.

Bien avant 1281, la juridiction de Chavanex avait passé des Seigneurs de Perrignier à l’abbaye d’Aulps, dès le ruisseau de Brizet jusqu’à Sciez, d’après les dépositions de vingt témoins, ouïs et assermentés dans une enquête faite à cette époque par les soins d’égrège Nicolas d’Allinges-le-neuf, notaire, et de Guillaume-le-jeune, juge de Chablais. .

En 1230, Jean, Vullierme, et Jordan de Ravorée reconnaissent qu’ils doivent maintenir à cette maison les dîmes d’Escavanex, ainsi que toutes les concessions faites par leurs ancêtres . Vers 1200, Nes Humbert et Jacques de Ravorée lui donnent les dîmes de Filly, et Girod de Concise, doyen d’Allinges appose son sceau à cet acte de donation .

Les nobles de Sciez suivirent la même conduite généreuse à l’égard des moines d’Aulps .

Les deux grands noms de Ravorée et d’Allinges ne sont-ils pas, d’ailleurs, réunis dans la charte de fondation de l’abbaye d’Aulps? L’acte ne dit-il pas que le couvent a été bâti dans le fief de Gérard d’Allinges et de Gilione de Ravorée ?

Les Ravorée, dont le manoir redoutable se dressait sur un promontoire dominant le lac Léman, à deux pas de Filly, entre Excenevex et Yvoire, furent aussi des bienfaiteurs de l’abbaye de Filly à laquelle ils donnèrent un abbé au XIVe siècle, Amédée de Ravorée. Messire Jean de Ravorée, chevalier, et ses frères lui concédèrent les hommages fiefs et tributs que leur devaient les nobles de Sciez, et que lui disputèrent, plus tard, les seigneurs d’Allinges-Coudrée .

Nous avons déjà cité un Dalmace de Ravorée, chanoine de Filly en 1180.

Mais au XIIIe siècle, les Seigneurs d’Allinges et autres semblent délaisser momentanément les chanoines réguliers de St-Maurice, d’Abondance et de Filly, pour s’attacher particulièrement à la maison religieuse de Guérin. La voix populaire l’avait canonisé aussitôt après sa mort, et son tombeau, devenu glorieux, attirait les multitudes par des miracles sans nombre.

Des raisons d’intérêt paraissent aussi n’y avoir pas été étrangères. Roscelin d’Allinges avait reçu en 1011 l’inféodation de la terre d’Octonel pour le terme de deux générations, comme il a été dit plus haut. C’était une concession ecclésiastique, et Roscelin était chanoine de St-Maurice. Ce fut avec la Seigneurie de Salving, ou Salvant, (dans laquelle Aymon d’Allinges institua son fils Raymond par testament du 3 des calendes d’août 1073), une cause de longs différends, qui durèrent plus de trois générations, entre l’abbaye de St-Maurice et les seigneurs d’Allinges. Raymond la laissa successivement à ses neveux Anselme, Cono et Gérard, le bienfaiteur de l’abbaye d’Aulps, qui épousa Hérentiane de Ravorée. Ce dernier, après la mort de ses deux frères, prit encore possession des deux villages de Salvant et d’Octonel, et finit par les remettre, probablement d’après les conseils de St-Guérin, son ami, à l’abbaye de St-Maurice, pour terminer cette longue lutte. Il stipula toutefois qu’Anselme, son fils, chanoine et chantre de la dite abbaye, en jouirait sa vie durant; clause qui eut son plein effet. Gérard vivait encore en 1118 .

Nous profitons de ce fait pour signaler au lecteur cette succession contradictoire de donations et de vexations des grands du monde au XIIe et XIIIe siècles, à l’égard des maisons religieuses. C’est que l’orgueil laïc voulait régenter l’Eglise, la tenir sous le joug, jouir de ses biens et lui enlever sa part d’influence sur la société.

Mais, d’autre part, la noblesse sentait le besoin du prêtre et du moine. La foi était encore vivace dans le âmes et tôt ou tard elle l’emportait sur l’orgueil et les passions des Seigneurs. De là ce mélange de faveurs et de luttes, de bienfaits et de persécutions. L’Eglise sauva la société malgré la tyrannie et les vices du moyen-âge.

Gérard d’Allinges avait laissé un fils, Guy. Un Guy d’Allinges, peut-être le même, touché de la piété des religieux de Filly qui faisaient alors, paraît-il, l’admiration des nobles et des serfs du Bas-Chablais, figure, en 1155, parmi les bienfaiteurs de Filly. Du consentement de son épouse Agathe il donna à Anselme, prieur de notre monastère, et à ses chanoines, son fief de Sciez (Seurt?) tel que l’avait possédé Giraud de Massongy. Ce fief s’étendait entre Filly, le lac, le Foron et le Vion, et comprenait un bois voisin du couvent et un second que Martin Galléa tenait des religieux.

Le généreux bienfaiteur reçut, en retour, du prieur, la somme de 40 sols et un cheval estimé à 4 livres, soit environ 480 francs de notre monnaie. Giraud de Margencel et ses frères eurent 13 sols pour avoir laudé cette donation faite en présence de Dalmace de Ravorée et de Pierre de Sciez.

Au XIIIe siècle, la famille d’Allinges vint s’établir à Coudrée, sur les bords du lac Léman, à deux kilomètres de notre abbaye.

Béatrix, veuve d’Henri d’Allinges, avec ses fils Willelme et Hugon, prirent en fief, de Pierre de Savoie, le 29 octobre 1245, des terres contiguës au lac, avec la maison forte de Forons et la forêt de Coudrée. Ces biens leur avaient été remis, à titre d’alleu, par l’abbé et le Chapitre de St-Maurice, en compensation de l’inféodation de tous les biens qu’ils possédaient près de Marclaz, et de la moitié de leurs terres près de Jussy .

Cette proximité de l’abbaye et du château donna lieu à de nombreux démêlés, que nous aurons à raconter en détail. L’arrivée des nobles d’Allinges, à Coudrée, fut aussi le signe de la déchéance des nobles de Sciez, feudataires des seigneurs de Ravorée; plusieurs membres de cette famille devinrent religieux de l’abbaye d’Aulps, entre autres Henry et Pierre de Sciez.

Le monastère d’Aulps, comblé de faveurs princières, était, avec celui d’Abondance, le monastère principal des Alpes Chablaisiennes, soit par son influence et ses richesses, soit par la qualité de ses membres.