L'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Lyon - Diverse Auteurs - E-Book

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"L'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Lyon", de Diverse Auteurs. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Diverse Auteurs

L'Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Lyon

Compte rendu, discours, mémoires divers
Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335335

Table des matières

ÉTAT DE L’ACADÉMIE
CLASSE DES SCIENCES
CLASSE DES BELLES-LETTRES ET ARTS
ÉTAT AU 31 MAI 1900 DES PRIX DÉCERNÉS PAR L’ACADÉMIE
LES FÊTES DU DEUXIÈME CENTENAIRE DE L’ACADÉMIE
LES DEUX PREMIERS SIÈCLES DE L’ACADÉMIE DE LYON
GRAISSE ET GLYCOGÈNE MUSCULAIRE
UN ÉPISODE D’UNE CRISE RÉCENTE DE LA BACTÉRIOLOGIE
I
II
III
IV
LES BICHARIEH ET LES ABABDEH
BICHARIEH
ABABDEH
ALLOCUTION
LA GUERRE DE LA SUCCESSION D’ESPAGNE ET LA TRAHISON DE VICTOR-AMÉDÉE
I
PROGRÈS DES ÉTUDES HISTORIQUES EN FRANCE AU XIX e SIÈCLE
MOLIÈRE A LYON
LUGDUNUM
PREMIÈRE PARTIE
DEUXIÈME PARTIE
TROISIÈME PARTIE
I
II
III
IV
L’ENSEIGNEMENT DU DROIT A LYON AVANT 1875
§ I.
§ 2.
§ 3.
§ 4.
§ 5.
§ 6.
§ 7.
§ 8.
§ 9.
§ 10.
§ 11.
§ 12.
§ 13
§ 14.
§ 15.
§ 16.
§ 17.
§ 18.
§ 19.
§ 20.
§ 21.
§ 22.
§ 23.
§ 24.
§ 25.
LA FABRIQUE LYONNAISE
PRÉFACE
INTRODUCTION
LIVRE PREMIER
LIVRE II
RAPPORT SUR LES TRAVAUX DE L’ACADÉMIE PENDANT L’ANNÉE 1900

ÉTAT DE L’ACADÉMIE

Table des matières

Au 31 Mai 1900

MEMBRES ASSOCIÉS

MM. COPPÉE (François), de l’Académie française, à Paris (1885).

Le cardinal PERRAUD, évêque d’Autun, de l’Académie française (1885).
CORNU (A.), de l’Institut, à Paris (1889).
ROTY (O.), de l’Institut, à Paris (1892).
DE COSTA DE BEAUREGARD, de l’Académie française, à Paris (1896).
GERMAIN (Henri), de l’Institut, à Paris (1896).
DUCLAUX, Direct. de l’Institut Pasteur, à Paris (1896).
D’HAUSSONVILLE (le comte), de l’Académie française, à Paris (1898).
L’abbé RAMBAUD (Camille), fondateur de la Cité Rambaud, à Lyon (1899).
Le cardinal COULLIÉ, archevêque de Lyon (1899).
SULLY-PRUDHOMME, de l’Académie française, à Paris (1899).
JORDAN (Camille), de l’Institut, à Paris (1900).
RANVIER, de l’Institut, à Paris (1900).

MM. BOUCHARD, de l’Institut, à Paris (1900).

VIOLLE, de l’Institut, à Paris (1900).
GUIGNARD, de l’Institut, à Paris (1900).
BOURGET (Paul), de l’Académie française, à Paris, (1900).
DE VOGÜÉ (le vicomte), de l’Académie française, à Paris (1900).
REVOIL, de l’Institut, à Nîmes (1900).
DE MEAUX (Le vicomte), à Montbrison (1900).
BONVALOT (Gabriel), à Paris (1900).
GAILLETON, ancien maire de Lyon (1900).
BUREAU POUR LES ANNÉES 1900 et 1901

CLASSE DES SCIENCES

Table des matières

1° MEMBRES TITULAIRES ÉMÉRITES

MM. MICHEL (Jules) (1878), ingénieur en chef des chemins de fer P.-L.-M., rue Madame, 77, à Paris.

FALSAN (1884), place Morand, 18, à Lyon.
DELOCRE (1886), rue Lavoisier, 1, à Paris.

MM. AYNARD (Th.) (1887), quai Saint-Clair, II, à Lyon.

CHAUVEAU (1887), membre de l’Institut, avenue Jules-Janin, 10, à Paris.
BERNE (1897), rue François-Dauphin, 6, Lyon, et à la Forestière, près Givors.

2° MEMBRES TITULAIRES

SECTION Ire

Mathématiques, Mécanique et Astronomie, Physique et Chimie.

(Neuf Membres.)

MM. LAFON (1873), rue du Juge-de-Paix, 5.

BONNEL (J.) (1874), montée Saint-Laurent, 14.
ANDRÉ (Ch.) (1878), à l’observatoire de St-Genis-Laval.
VALSON (1882), rue Vaubecour, 14.
LEGER (1886), rue Boissac, 9.
GOBIN (1887), quai d’Occident, 8.
DE SPARRE (1890), rue du Plat, 25.
TAVERNIER (1896), cours du Midi, 21.
VIGNON (1896), chemin de Saint-Fulbert, 6, à Monplaisir.

SECTION IIe

Sciences naturelles, Zoologie, Botanique, Minéralogie et Géologie, Économie rurale.

(Neuf Membres.)

MM. LORTET (1876), quai de l’Est, 15.

CHANTRE (1879), cours Morand, 37.
LOCARD (1879), quai de la Charité, 38.
SAINT-LAGER (1881), cours Gambetta, 8.

MM. DELORE (1884), rue Saint-Joseph, 22.

ARLOING (1886), à l’École Vétérinaire.
KOEHLER (1896), rue Guilloud, 29, à Monplaisir.
Roux (G.) (1898), rue Duhamel, 17.
CROLAS (1899), place Carnot, 10.

SECTION IIIe

Sciences médicales.

(Six Membres.)

MM. OLLIER (1876), quai de la Charité, 3.

TEISSIER (J.) (1889), place Bellecour, 8.
HORAND (1895), rue de L’Hôtel-de-Ville, 99.
LACASSAGNE (1896), place Raspail, 1.
BONDET (1897), place Bellecour, 6.
MARDUEL (1899), rue Saint-Dominique, 8.

3° MEMBRES CORRESPONDANTS

MM. GARA, directeur du Musée d’histoire naturelle, à Cagliari (1843).

SCHIOEDTE, conservateur du Musée d’histoire naturelle, à Copenhague (1849).
DOHRN, président de la Société entomologique, à Stettin (1852).
RONDOT (Nat.), à Lyon, rue Saint-Joseph, 20 (1859).
DAMOUR, membre de la Société géologique, à Paris (1860).
SERPIERI, à Urbino (1866).
FRENET, à Périgueux (1867).
ARCELIN, à Saint-Sorlin (1871).

MM. COLLET, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble (1878).

MAX SIMON, médecin-inspecteur des asiles d’aliénés du Rhône, rue Franklin, 22 (1880).
DE TRIBOLLET, à Neuchâtel (Suisse) (1882).
GUBIAN, inspecteur des Eaux thermales de Lamotte- les-Bains, à Bonnevau, par Chatonnay (Isère) (1883).
JACQUART (L’abbé), à Coublevie (Isère) (1889).
GALLON, sous-directeur des constructions navales à Cherbourg (1889).
BOUILLET, docteur-médecin, à Béziers (1891).
DE GORDON, docteur en médecine, à la Havane (1897).

CLASSE DES BELLES-LETTRES ET ARTS

Table des matières
1° MEMBRES TITULAIRES ÉMÉRITES

M. GUIMET (E.) (1891), directeur du musée Guimet, à Paris.

2° MEMBRES TITULAIRES

SECTION Ire

Littérature, Éloquence, Poésie, Philologie.

(Sept Membres.)

MM. DE CAZENOVE (1883), rue de la Charité, 17.

BEAUNE (H.) (1884), cours du Midi, 21.
BLETON (A.) (1888), quai de l’Archevêché, 14.
DESVERNAY (1894), rue de la Préfecture, 10.
VINGTRINIER (1895), rue Neuve, 32.
DEVAUX (1896), quai Fulchiron, 22.
JULLIEN (1898), quai de la Guillotière, 9.

SECTION IIe

Histoire et Antiquités

(Six Membres.)

MM. MORIN-PONS (H.) (1861), rue de la République, 12.

PARISET (1873), avenue de l’Archevêché, 3.
VACHEZ ( 1883), place Saint-Jean, 2.
CLÉDAT (L.) (1889), rue Molière, 29.
CHEVALIER (U.) (1890), rue Sala, 25, ou Romans (Drôme).
DE TERREBASSE (1895), rue du Plat, 3.

SECTION IIIe

Philosophie, Morale, Jurisprudence, Économie politique.

(Neuf Membres.)

MM. ROUGIER (P.) (1872), rue Childebert, I.

CAILLEMER (E.) (1876), rue Victor-Hugo, 31.
CHARVÉRIAT (E.) (1879), rue Gasparin, 29.
BERLIOUX (1881), rue Cuvier, 2.
PERRIN (J.) (1883), cours du Midi, 19.
MALO (L.) (1890), rue de Jarente, 12.
GILARDIN (I.) (1892), place Bellecour, 4.
GARRAUD (1896), place des Jacobins, 79.
DUBREUIL (1898), rue du Peyrat, 5.

SECTION IVe

Peinture, Sculpture, Architecture, Gravure, Musique.

(Six Membres.)

MM. NEYRAT (1874), rue Saint-Étienne, 4.

SICARD (N.) (1886), cours Morand, 40.
ARMAND-CALLIAT (1887), montée du Gourguillon, 18.
SAINTE-MARIE PERRIN (1895), quai Tilsitt, 25.
PALIARD (L.) (1896), rue Vaubecour, 10.
AYNARD (ED.) (1897), place de la Charité, II.
3° MEMBRES CORRESPONDANTS

MM. NEGRI (Le commandeur Christophe), à Turin (1865).

DE GERANDO (Le baron) (1869).
BAGUENAULT DE PUCHESSE (1876).
JOSÉ DA CUNHA, homme de lettres, à Bombay (1877).
ROBERT, professeur à la Faculté des lettres de Rennes (1877).
LUCAS (Charles), architecte à Paris (1881).
LABATIE (Gabriel), à Talissieu (Ain) (1881).
ROSTAING (Léon), à Vidalon-lez-Annonay (1883).
WIDOR (Charles-Marie), organiste à Saint-Sulpice, à Paris (1885).
Jules d’ARBAUMONT, à Dijon (1889).
LOMBARD DE BUFFIÈRES (Le baron Hermann), au château de Champgrenon (Saône-et-Loire) (1891).
Achille MILLIEN, à Beaumont-la-Ferrière (Nièvre) (1893).
Vincent DURAND, à Allieu, par Boën (Loire) (1893).
Raymond THAMIN, à Paris (1894).

ÉTAT AU 31 MAI 1900 DES PRIX DÉCERNÉS PAR L’ACADÉMIE

Table des matières

Prix Christin et de Ruolz. — Cette fondation date de 1756. Elle est due à Christin, secrétaire perpétuel de l’Académie, et à ses héritiers de Ruolz. Le prix Christin consiste en une ou plusieurs médailles de la valeur de 300 francs chacune, que l’Académie décerne, à des époques indéterminées, au meilleur travail qui lui est offert sur une question choisie par elle dans les mathématiques, la physique ou les arts.

Prix Lebrun. — Ce prix, fondé en 1805 par le prince Lebrun, associé honoraire de l’Académie, consiste en une médaille d’honneur qui est destinée aux inventeurs de procédés utiles au perfectionnement des manufactures lyonnaises, ou aux auteurs de découvertes qui intéressent l’industrie en général et celle de la soie en particulier. Les concurrents ne sont assujettis à aucune condition d’âge, ni d’origine.

Prix Ampère. — Le prix Ampère a été fondé en 1866, par M. et Mme Cheuvreux, légataires universels de J.-J. Ampère.

Ce prix est d’une somme annuelle de 1800 francs. Il est décerné tous les trois ans et pour trois années consécutives, à un jeune homme peu favorisé des dons de la fortune, né dans le département du Rhône, ayant donné des preuves d’aptitude pour les lettres, les sciences, ou les beaux-arts, et il doit lui servir à perfectionner ses études ou à poursuivre le cours de ses travaux. Les candidats doivent avoir dix-sept ans au moins et vingt-trois ans au plus. En aucun cas le prix ne peut être divisé.

Prix Dupasquier. — Ce prix, fondé en 1873 par feu Louis Dupasquier, membre titulaire de l’Académie, est accordé annuellement et à tour de rôle à un architecte, un peintre, un sculpteur, un graveur lyonnais. Cette année, le prix sera de 3oo francs et il sera décerné à la sculpture.

Les candidats ne doivent pas avoir dépassé l’âge de vingt-huit ans, sauf les architectes, pour lesquels la limite d’âge est reculée à trente-cinq ans.

Prix Herpin. — La fondation de ce prix est due à la libéralité de feu le Dr Herpin, membre correspondant de l’Académie. Ce prix qui est entré dans les attributions de l’Académie en 1878, consiste en une somme de 700 francs qui est donnée, tous les quatre ans, aux auteurs de recherches ou de travaux scientifiques, particulièrement physico-chimiques, propres à développer ou à perfectionner l’une des branches de l’industrie lyonnaise.

Les candidats doivent être français.

Fondation baron Lombard de Buffières. — Cette fondation, qui date de l’année 1882, a été créée par M. Lombard de Buffières, ancien conseiller de préfecture, avocat à la Cour d’appel de Lyon, en vue d’honorer et perpétuer la mémoire de son père, M. le baron Jean-Jacques-Louis Lombard de Buffières, ancien député de l’Isère. Le revenu annuel doit être employé «de façon à développer dans l’enfance le respect et l’observation de ses devoirs envers Dieu, envers soi-même et envers le prochain, et à encourager tout ce qui pourrait tendre à faciliter et accroître ce développement». L’Académie affectera la somme de 5000 francs en 1900 à des récompenses accordées aux instituteurs et institutrices les plus méritants dans les départements du Rhône et de l’Isère (arrondissements de Vienne et de la Tour-du-Pin).

Fondation Livet. — Cette fondation, instituée par M. Clément Livet, négociant à Lyon, en 1887, consistera cette année en une somme de 3000 francs, destinée à récompenser, sous le nom de prix de vertu, un acte de dévouement soutenu ou spontané, un grand service rendu à l’humanité, et cela sans préférence de sexe.

Fondation Chazière. — Cette fondation est due à la générosité de feu Jean Chazière, de Lyon.

L’Académie a été mise en possession de cette fondation le 6 janvier 1889; elle doit, avec les revenus de la somme léguée, décerner à son gré, tous les deux ans ou tous les quatre ans au plus, des récompenses et des encouragements publics à une ou plusieurs œuvres littéraires, scientifiques, historiques. La poésie, l’archéologie, les beaux-arts pourront également être encouragés et récompensés. Une très belle œuvre de sculpture ou un acte exceptionnellement beau de vertu et d’héroïsme pourra mériter le prix entier ou en partie.

Prix de l’Académie. — Indépendamment des fondations qui précèdent, l’Académie choisit aussi, chaque année, un ou plusieurs sujets se rapportant aux sciences, belles-lettres ou arts, qu’elle met au concours et qu’elle annonce dans l’une de ses séances publiques, en même temps que les règles et conditions de ce concours. La somme affectée au concours est variable. L’Académie en détermine le chiffre elle-même, d’après l’intérêt qu’elle attache à la question et suivant les ressources dont elle dispose. Le jugement est prononcé sur le rapport d’une Commission spéciale de cinq membres, renouvelée tous les ans.

N. B. — Pour tout ce qui concerne les prix de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts, s’adresser au Secrétariat général, Lyon, place des Terreaux, Palais Saint-Pierre (Bibliothèque).

LES FÊTES DU DEUXIÈME CENTENAIRE DE L’ACADÉMIE

Table des matières

DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS DE LYON

29 et 30 mai 1900

Lorsque, dans sa lettre du 10 avril 1700, Brossette annonçait à Boileau la fondation de l’Académie de Lyon, en lui faisant connaître qu’elle se composait seulement de sept membres, il est difficile de ne pas songer aussitôt à cette première ébauche d’Académie, connue sous le nom de Pléiade, que Baïf avait formée aussi, avec six de ses amis, au milieu du XVIe siècle.

Il est vrai que Brossette avait soin d’ajouter: «Nous avons cru qu’un plus grand nombre nous embarrasserait et pourrait nuire à la liberté dont nous voulons jouir.» Mais cela peut-il suffire pour écarter l’idée de toute influence rétrospective? Et ne doit-on pas supposer que, vis-à-vis de Boileau, Brossette a dû faire quelque réserve, pour éviter d’être accusé de présomption, en essayant de faire revivre un groupe littéraire qui a tenu une certaine place dans l’histoire de la littérature française? Toujours est-il que cette coïncidence méritait d’être signalée, et que le rapprochement s’impose forcément.

Quant à Brossette, il était loin de penser, sans doute, que sa lettre à Boileau allait devenir un document historique et que, seule, elle devait fixer la date de la fondation de l’Académie de Lyon, à une époque où la nouvelle Compagnie s’abstenait de tenir des procès-verbaux de «ses réunions familières», comme il les qualifie modestement.

Ce qui est certain aussi, c’est que jamais l’Académie n’avait oublié cette date mémorable de son histoire. Et si, en 1800, on ne la vit pas célébrer son premier centenaire, c’est que, d’abord, à cette époque, ce n’était guère l’usage Puis, si, après une suppression qui avait duré sept années entières, un arrêté du 24 messidor an VIII avait rétabli l’Académie, cet arrêté ne lui avait donné que le nom provisoire d’Athénée. Au lendemain de la Révolution, alors qu’un si grand nombre de ses membres avaient été victimes de la Terreur, la joie des survivants était loin d’être sans mélange; car on devait vivre plus avec l’espérance d’un meilleur avenir qu’avec les souvenirs douloureux d’un passé trop récent encore.

Mais à la veille du XXe siècle, il en était autrement. Dans les sciences, dans les lettres et dans les arts, le XIXe siècle tiendra une grande place dans l’histoire de la civilisation, et l’on pouvait fêter sans réserve, et non sans un orgueil légitime, le deuxième centenaire de l’Académie.

Mais, pour assurer le succès de cette fête et lui donner un éclat digne de la Compagnie, on comprit qu’il ne serait jamais trop tôt pour s’y préparer d’avance, et c’est ainsi que, dès le 21 juin 1898, fut nommée, au scrutin, une Commission de sept membres, chargée, avec le Bureau, de préparer, dans tout son ensemble, la solennité projetée.

Cette Commission fut composée de:

MM. Edouard Aynard, Beaune, Ollier, Caillemer,

MM. Locard, Rougier, Morin-Pons.

En même temps, une sous-Commission, composée de MM. Morin-Pons, Bleton et Crolas, fut chargée spécialement des diverses questions de détail pour l’organisation de la fête.

La Commission, ainsi constituée, se réunit à plusieurs reprises, à compter du 24 avril 1899.

Dans sa première réunion, il fut décidé :

1° Que les fêtes du deuxième Centenaire comprendraient deux journées, inaugurées par un service religieux dans l’église primatiale, avec deux séances publiques et un banquet de clôture;

2° Qu’il serait publié, pour en conserver le souvenir, deux volumes: le premier, renfermant les comptes rendus des travaux de chaque section, précédés d’une notice sur les premiers temps de l’Académie, pendant que le second serait réservé à la publication des lectures faites dans les deux séances publiques et de divers travaux originaux.

Ce dernier volume est celui qui paraît actuellement.

Quant au volume des rapports, chaque section dut désigner son rapporteur.

Dans la classe des sciences, M. Leger fut chargé ainsi de présenter un rapport au nom de la section des mathématiques, mécanique et astronomie, physique et chimie.

Le rapport de la section des sciences naturelles, zoologie, botanique, minéralogie, géologie et économie rurale, fut confié à M. Locard, et celui sur les travaux de la section des sciences médicales, à M. Teissier.

Dans la classe des lettres, M. Bleton présenta le rapport de la section de littérature, éloquence et poésie; M. Pariset, celui de la section d’histoire et antiquités; M. Rougier, celui de la section de philosophie, morale, jurisprudence, économie politique, et enfin, M. Sainte-Marie Perrin celui de la section des beaux-arts.

M. Vachez, secrétaire général, fut chargé de l’introduction, dont les éléments devaient être empruntés soit à la correspondance de Brossette avec Boileau, soit à celle de l’un des fondateurs de l’Académie, le président Dugas, avec son parent Bottu de Saint-Fond, membre de l’Académie de Villefranche, avant de devenir membre de l’Académie de Lyon.

En même temps, M. Morin-Pons préparait généreusement, à ses frais, la publication d’un beau volume, orné de planches et consacré à la Numismatique de l’Académie.

Sans relâche et avec un soin attentif et infatigable, la Commission du Centenaire s’attacha à remplir la mission qui lui avait été confiée. Dès le 15 décembre 1899, elle décide que la date des deux jours de fête était fixée au 29 et au 30 mai 1900. Peu de jours après (27 décembre), M. Ollier qui, dans la séance du 5 décembre, venait d’être appelé aux fonctions de Président de la classe des sciences et, par cela même, chargé de présider les fêtes du Centenaire, annonçait que, sur sa demande, M. le Maire de Lyon avait mis gracieusement à la disposition de l’Académie la salle des fêtes de l’Hôtel de Ville, pour les deux réunions publiques du 29 et du 30 mai 1900.

En même temps, le Maire accordait à la Compagnie l’autorisation de se servir du coin de la médaille de l’Exposition de 1894, qui appartient à la ville, de sorte que l’Académie n’aurait ainsi qu’à s’entendre avec le graveur, Patey, pour la gravure du revers, qui porterait l’inscription suivante:

ACADÉMIE DES SCIENCES, BELLES-LETTRES ET ARTS DE LYON DEUXIÈME CENTENAIRE

1700-1900

Cette médaille commémorative, en bronze et frappée à 150 exemplaires, était destinée à être distribuée à tous les membres de la Compagnie, titulaires, associés et correspondants, ainsi qu’aux Présidents des Sociétés savantes, invitées aux fêtes du Centenaire.

Il fut décidé, en outre, dans la même séance que, pour s’assurer le concours de personnages distingués, seraient nommés membres associés plusieurs savants, artistes ou littérateurs d’une grande notoriété et que des liens particuliers pouvaient rattacher à Lyon. C’est ainsi que, dans la séance de l’Académie du Ier mai 1900, furent élus membres associés:

MM. Bourget et Melchior de Vogüé, de l’Académie française;

MM. Camille Jordan, Ranvier, Bouchard, Violle et Guignard, de l’Académie des sciences;

MM. Revoil et de Meaux, déjà membres correspondants;

Et M. Bonvalot, explorateur.

En même temps, la Commission du Centenaire eut à dresser la liste des Sociétés savantes de la ville de Lyon et de la région lyonnaise, avec lesquelles l’Académie échange régulièrement ses publications, et dont les Présidents seraient invités à participer à la fête.

A Lyon, ce furent notamment la Société littéraire, la Société d’éducation, la Société de géographie, la Société académique d’architecture, la Société de médecine et la Société des sciences médicales.

Dans la région avoisinant Lyon, furent désignées notamment: l’Académie delphinale, la Société de statistique de Grenoble, la Société de la Diana, de Montbrison; la Société d’agriculture, industrie, sciences, arts et belles-lettres, de Saint-Etienne; l’Académie de Mâcon, la Société Eduenne, la Société d’histoire et d’archéologie de Chalon-sur-Saône; l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de la Savoie; la Société savoisienne d’histoire et d’archéologie; la Société d’archéologie et de statistique de la Drôme; la Société d’émulation de l’Ain; l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon; l’Académie et la Société d’émulation de Besançon, et quelques autres Compagnies de moindre importance.

En outre, la Commission choisit dans le monde des sciences et des lettres, et surtout dans le corps enseignant des deux Universités de Lyon, quelques personnes pouvant rehausser aussi par leur présence la solennité des fêtes projetées, en même temps que les principaux fonctionnaires de l’ordre judiciaire ou administratif, et les représentants des divers corps constitués.

Enfin, pour aider l’Académie à supporter une partie des dépenses de la solennité, une double subvention lui fut votée, sur sa demande, soit par le Conseil municipal, sur le rapport de M. Beauvisage, soit par le Conseil général, sur le rapport de M. Gourju.

A la suite de tous ces préparatifs, les fêtes du deuxième Centenaire eurent lieu à la date indiquée, d’après un programme arrêté d’avance.

Le mardi, 29 mai, à 9 heures, un service à la Primatiale, en mémoire des Académiciens défunts, annoncé en grande pompe par le bourdon de Saint-Jean, fut célébré par Son Eminence Monseigneur le cardinal Coullié, membre associé de l’Académie.

Après l’évangile, se tournant vers les membres de l’Académie et les invités, qui remplissaient le chœur de l’église, l’éminent prélat fait connaître d’un geste qu’il va parler, puis il prononce l’allocution suivante:

MESSIEURS,

Deux siècles se sont écoulés depuis la fondation de votre Compagnie. Pendant ce long espace de temps, les bouleversements ont succédé aux bouleversements, et l’histoire contemporaine nous raconte toutes les tentatives faites pour établir un ordre social sur des bases solides.

Etrangère à toutes ces agitations, l’Académie de Lyon est demeurée fidèle à ses traditions. Dans le sanctuaire des sciences, des lettres et des arts, elle a su former une famille intellectuelle et grouper des hommes éclairés, indépendants, dont les noms sont inscrits avec honneur dans votre Livre d’Or. Vous aurez occasion, en ces jours de fête, de réveiller leur souvenir.

Mais votre Académie ne saurait oublier qu’elle est lyonnaise; et, à ce titre, elle revendique sa part dans les glorieuses traditions d’une ville appelée justement la ville des martyrs et la Rome des Gaules. La pensée de Dieu demeure la pensée maîtresse de vos travaux et vous êtes heureux d’être les instruments de sa providence, en encourageant par vos largesses le travail et la vertu.

C’est cette pensée supérieure qui vous a conduits dans cette église primatiale, pour accomplir un devoir de charité fraternelle. Vous nous avez demandé de porter au saint autel le souvenir de vos confrères décédés. Votre foi vous a dit que ces frères disparus sont toujours vivants: «Vita mutatur, non tollitur.» Vous savez aussi qu’avant d’être fixée dans l’immortalité, notre âme doit, après cette vie d’épreuves, paraître devant la justice d’un Dieu trois fois saint qui, s’il récompense un verre d’eau froide donné en son nom, ne peut admettre en sa présence que les âmes purifiées. Vous savez enfin que, dans sa miséricorde infinie, ce Dieu bon a confié à son Eglise des trésors spirituels, mis à notre disposition pour acquitter les dettes de nos frères défunts.

Ces trésors, vous les demandez pour les membres de votre Compagnie; et puisque j’ai la consolation d’en être le dispensateur autorisé, je viens répondre à votre foi et présenter à Dieu toutes vos intentions dans ce sacrifice auguste, dont Jésus-Christ est le prêtre véritable et la victime.

Confiants, Messieurs, dans cette prière solennelle, redites dans vos cœurs les noms de ceux que vous avez aimés. Faites revivre le nécrologe complet de la Compagnie, et, grâce à vos prières unies aux mérites de Jésus-Christ, il y aura fête au ciel comme il y a fête sur la terre.

O Jésus, victime sainte, dont le sang est la rançon de nos âmes, bénissez la démarche de ces vaillants chrétiens, heureux, en cette circonstance, d’affirmer leur foi et leurs espérances; et, en accueillant dans votre Paradis les âmes pour lesquelles nous offrons le saint sacrifice, répandez sur cette Assemblée, sur les membres de l’Académie et sur leurs travaux les bénédictions les plus précieuses et les plus abondantes.

Amen!

Vivement touchés par ces paroles émues, qui leur allaient au cœur, tous les membres de l’Académie se rendent, à l’issue de la messe, au palais archiépiscopal, pour remercier Son Eminence de cet hommage délicat, rendu à la mémoire de ses membres défunts, dont les talents et les travaux ont valu à l’Académie la juste considération dont elle jouit aujourd’hui.

En quittant le palais archiépiscopal, l’Académie accompagne ses invités à l’église de Fourvière, où M. Sainte-Marie Perrin, architecte et membre de la Compagnie, qui a exécuté avec tant d’habileté les plans de son devancier, M. Bossan, leur explique dans quelles circonstances a été entreprise la construction de la superbe basilique, et les diverses particularités architectoniques du monument.

Le reste de la matinée est consacré à la visite des ruines de deux monuments intéressants de l’ancien Lugdunum. Ce sont d’abord, dans la rue du Juge-de-Paix et dans la propriété de M. Lafon, ancien président de l’Académie, les substructions dégagées de l’ancien amphithéâtre, où mourut sainte Blandine avec cinq autres martyrs de la persécution de l’an 177. Puis, un peu plus loin, à l’extrémité de la même rue, plusieurs arceaux très imposants et très solides encore de l’ancien aqueduc du mont Pilat.

A 2 heures, les musées d’Antiquités et des Beaux-Arts sont ouverts aux invités de l’Académie, qui peuvent, sous la direction des Conservateurs, admirer les objets les plus intéressants de ces riches collections.

A 4 heures, réception des fonctionnaires de la ville et des invités du dehors dans la salle Henri IV. On distribue aux membres associés ou correspondants, ainsi qu’aux présidents des Sociétés savantes qui assistent à la fête, le volume des rapports du deuxième centenaire de l’Académie, avec la médaille commémorative gravée par Patey.

Puis la séance publique, consacrée aux communications scientifiques, s’ouvre à 4 h. 30, dans la grande salle des fêtes, sous la présidence de M. Ollier, président de la classe des sciences.

Sur l’estrade réservée aux membres de l’Académie, figurent aussi M. le comte d’Haussonville et M. le vicomte de Vogué, de l’Académie française, puis MM: Chauveau, Camille Jordan et Bouchard, de l’Institut, et M. le vicomte de Meaux, ancien ministre, président de la Société de la Diana de Montbrison.

A l’ouverture de la séance, M. Ollier donne lecture d’un discours intitulé : Les deux premiers siècles de l’Académie de Lyon.

Après avoir remercié les membres illustres de l’Institut de France qui ont apporté à cette fête le fortifiant témoignage de leurs sympathies, il présente un tableau attachant des travaux de l’Académie pendant la période de deux siècles qui s’achève. Il rappelle que si, autrefois, la Compagnie jouissait d’une moindre notoriété dans le grand public, le monde savant, au contraire, prenait le plus vif intérêt à ses travaux. Les hommes les plus célèbres du XVIIIe siècle: Voltaire, Raynal, Buffon, Ducis, Thomas et bien d’autres, tenaient à lui être attachés à titre de membres associés. A ses concours, on vit un jour Daunou disputer le prix à un modeste lieutenant d’artillerie, qui devait devenir l’empereur Napoléon Bonaparte.

A cette époque, l’Académie ne se renferme pas seulement dans les travaux littéraires et l’étude des sciences de pure théorie; elle prend aussi une large part à toutes les découvertes d’un intérêt pratique et général. Personne n’ignore que les premiers essais de navigation à vapeur furent tentés, en 1783 sur la Saône, par le marquis de Jouffroy, sous les auspices et le contrôle de l’Académie.

L’année suivante, c’est encore avec le concours de la Compagnie, que Montgolfier, devenu l’un de ses membres associés, fait à Lyon l’une de ses premières ascensions en ballon.

Au commencement de ce siècle, apparaît, avec un éclat incomparable, le nom d’Ampère, dont la gloire rayonne aujourd’hui sur le monde entier, et dont l’immortelle découverte reçoit chaque jour quelque nouvelle application. Mais la gloire du grand savant ne saurait nous faire oublier que la période de 1840 jusqu’à ce jour comptera aussi parmi les plus beaux temps de l’histoire de l’Académie. Aussi ajoute-t-il en terminant: «Le troisième siècle de l’Académie s’ouvre sous d’heureux auspices, et si nos compatriotes veulent bien lui continuer leur concours et lui conserver leurs sympathies, elle prospérera par elle-même, vivra par ses propres forces et prouvera, une fois de plus, que Lyon est toujours un foyer ardent de culture intellectuelle, allumé depuis vingt siècles déjà et qui ne s’est jamais éteint.»

Ce beau discours, vivement applaudi, est suivi d’une communication du docteur Bouchard, de l’Académie des sciences, sous ce titre: Variation du poids des corps et glycogénie.

Au premier abord, ce travail purement scientifique peut paraître un peu ardu pour le plus grand nombre des auditeurs, car il s’adresse surtout à des savants et à des chimistes. Mais l’orateur en relève heureusement l’intérêt, en faisant ressortir l’importance pratique du sujet pour le traitement du diabète, maladie trop fréquente de nos jours.

C’est aussi par l’intérêt pratique de sa communication que M. Arloing, qui succède au précédent orateur, captive l’attention de l’Assemblée dans son travail intitulé : Un Épisode d’une crise récente de la bactériologie. Car la crise rappelée par l’orateur consiste dans l’exposé des mécomptes éprouvés dans l’emploi de la tuberculine pour le traitement de la tuberculose, et de l’importance du service rendu au diagnostic et à la thérapeutique par la séro-agglutination.

Le dernier orateur inscrit est M. Ernest Chantre, qui donne lecture d’une étude ethnographique et anthropométrique sur les Bicharieh et les Ababdeh, deux tribus de la famille nubienne, qui vivent dans cette vaste région déserte, entrecoupée de montagnes et d’oasis et située entre l’Egypte et l’Abyssinie.

Le soir du même jour, à 9 h. 1/2, une grande réception a lieu chez M. le président Ollier, où tous les invités des corps savants peuvent entrer en communication.

Le lendemain, 30 mai, à 10 heures du matin, les musées, les bibliothèques et les collections publiques sont de nouveau ouverts aux membres des Académies et des Sociétés savantes de la région, invités à la fête.

A 2 heures, le Musée des Tissus de la Chambre de commerce, au Palais de la Bourse, ouvre aussi ses portes aux invités, qui, sous la conduite et les indications du Directeur, peuvent faire une étude comparative intéressante des étoffes de toutes les époques, depuis les temps les plus reculés de la civilisation égyptienne, jusqu’aux produits les plus beaux de la Fabrique lyonnaise.

A 4 heures, réunion à l’Hôtel-de-Ville, salle Henri IV, comme la veille. Puis s’ouvre, dans la grande salle des Fêtes, sous la présidence de M. Beaune, président de la Classe des lettres, la seconde séance publique, où assistent, parmi les Académiciens, Monseigneur le cardinal Coullié, archevêque de Lyon, membre associé de l’Académie, et M. Costa de Beauregard, de l’Académie française, arrivé à Lyon, seulement la veille, dans la soirée.

Cette séance est consacrée à la lecture de travaux littéraires. Aussi l’assistance est-elle plus nombreuse que la veille, et c’est devant une salle comble que M. Beaune prononce un discours, dans lequel, après avoir souhaité de nouveau la bienvenue aux hôtes illustres de l’Académie de Lyon, il fait ressortir, dans un langage élevé, où les pensées délicates s’allient aux charmes de la forme la plus élégante, le but utile des Académies, réunions hospitalières où se rencontrent, sans se combattre, les opinions les plus diverses, et qui, aujourd’hui, sont appelées de plus en plus, grâce à la générosité d’hommes de bien, à récompenser d’humbles vertus et à soulager de grandes souffrances.

En ce qui la concerne, l’Académie de Lyon est demeurée un corps fidèle à ses traditions. Aussi constitue-t-elle, comme ses sœurs de province, une véritable force sociale, dont on trouve la plus haute expression dans cette glorieuse Académie française, dont trois membres éminents honorent de leur présence la solennité de cette fête.

Ce discours, vivement applaudi, est suivi de la communication d’un travail historique de M. le comte d’Haussonville sur un épisode de la guerre de la Succession d’Espagne: la trahison de Victor-Amédée. On sait qu’au cours de cette guerre, ce dernier, qui s’était attaché d’abord à la cause de la France, fut infidèle à sa parole, mais que Louis XIV prévint les effets de cette perfidie, en faisant désarmer les troupes savoyardes.

Mais à quelle époque précise se place cette trahison? Tel est le point qui était demeuré obscur, mais qu’à l’aide de nouveaux documents, l’orateur s’est attaché à éclaircir, en démontrant, avec une érudition et une sagacité peu communes, qu’on ne peut, comme on l’a fait quelquefois, attribuer la cause des revers de la campagne de 1701 à cette défection, dont Victor-Amédée ne se rendit coupable que dans le courant des deux années suivantes.

A la suite de cette lecture, M. le vicomte de Meaux communique un travail sur le Progrès des études historiques en France, au XIXe siècle, tableau plein d’aperçus curieux sur le caractère des œuvres des historiens contemporains.

Au XIXe siècle, fait remarquer l’orateur, trois hommes surtout ont, parmi nous, découvert le moyen âge: Guizot, Augustin Thierry et Michelet, et la connaissance du moyen âge a tourné, comme cela était inévitable, à l’avantage de l’Eglise catholique; car c’est alors qu’apparaît cette admirable phalange où figurent Ozanam, Montalembert, de Champagny et de Broglie.

Mais il fait observer aussi que le progrès de l’histoire de France, durant notre siècle, paraît devoir s’arrêter, d’un côté à la fin du moyen âge, et se reprendre, de l’autre, au début de la Révolution; d’où entre ces deux périodes, il reste une lacune de trois siècles à remplir, et qu’on ne pourra éclairer qu’à l’aide de fonds d’archives encore inexplorées.

M. Bleton, membre de l’Académie, termine la séance par la communication d’une étude littéraire, déjà lue dans la réunion de la Compagnie du 1er août 1899 et qui, à raison de son intérêt, avait été réservée pour l’une des séances publiques des fêtes du Centenaire.

Molière à Lyon. Tel est le sujet traité par l’orateur, qui rappelle que c’est à Lyon et dans l’ancien jeu de Paume du quartier Saint-Paul, que Molière, venu dans notre ville dès l’année 1652, joua pour la première fois l’Etourdi, qui ne fut imprimé seulement que dix ans plus tard. A la suite de cet heureux début, l’illustre comique se rendit, à plusieurs reprises, dans le Languedoc, avec sa troupe, pour revenir fréquemment à Lyon, où on le voit donner, notamment en 1657 et en 1658, des représentations en faveur des pauvres.

Or, l’intérêt que présentent ces souvenirs s’accroit encore aujourd’hui, où de prochains travaux vont transformer le vieux quartier de Saint-Paul. Ne conviendrait-il pas, en effet, de profiter de cette transformation, pour y élever un monument, destiné à rappeler le séjour de Molière à Lyon?

Cette seconde séance, où tous les orateurs ont été vivement applaudis, est suivie, dans les salons Monnier, place Bellecour, d’un banquet, où assistent plus de cent convives.

Au dessert, M. Marty, secrétaire général pour la police, qui remplace M. le Préfet absent, prend le premier la parole, pour rendre hommage aux hôtes illustres de l’Académie de Lyon, et à tous ceux qui, dans les sciences, les lettres et les arts ont contribué à donner à notre ville une renommée légitime.

M. Ollier se lève à son tour pour exprimer, d’abord, la juste satisfaction qu’il éprouve en présence du succès des fêtes du deuxième centenaire de l’Académie, et remercier ensuite, à la fois, les représentants de l’Institut et ceux de tous les corps savants, qui ont ajouté, par leur présence, à l’éclat de la solennité.

Puis, aux applaudissements unanimes de l’assistance, il annonce que M. Paul Rougier, ancien président de l’Académie, est nommé chevalier de la Légion d’honneur, et qu’à l’occasion du prochain Congrès des Sociétés savantes, MM. Armand-Calliat, Perrin et Horand seront nommés officiers de l’Instruction publique et MM. Leger et Tavernier, officiers d’Académie.

M. le vicomte de Vogué prend ensuite la parole:

Au nom de mes collègues de l’Académie française, dit-il, je remercie d’abord, de l’accueil si cordial que nous avons reçu, cette sœur, à peine moins âgée qu’elle, si vénérable et si aimable en même temps, malgré ses rivalités très justifiées, puisqu’elle a reçu des femmes dans son sein, ce que n’a jamais fait l’Académie française.

Quant à moi, je m’honore d’être à demi lyonnais; un Lyonnais de la banlieue, si vous voulez, car du haut de nos chères montagnes du Vivarais, le clocher de Fourvière nous apparaissait toujours comme le clocher de la grande ville; pour nous, les jeunes, c’était l’«Urbs». C’était là ma première ambition de jeune homme, et ma première Académie fut la grande école fondée à Oullins, par Lacordaire. Je me souviens même que je composai, un jour, et dès mon arrivée, une ode à la grande martyre d’alors, la Pologne, en 1863, ne prévoyant pas que, plus tard, ma vie serait consacrée presque tout entière à la diffusion de la littérature russe.

C’est aussi à Lyon que je venais m’initier aux beautés de l’art, dans vos musées, dans vos théâtres, où j’entendis, pour la première fois, l’Africaine, le chef-d’œuvre acclamé de ce temps déjà loin.

J’ai donc une part d’obligation envers votre laborieuse cité.

La vie, Messieurs, reçoit toutes ces impressions; nos esprits sont comme vos métiers à tisser, où la vie brode lentement les événements et en laisse la trace ineffaçable.

Nous souffrons tous d’une maladie bien propre à notre siècle: le cabotinage. Eh bien, je dois reconnaître que Lyon a conservé absolument l’immunité de cette maladie. Tous les grands Lyonnais, Ampère, Ballanche, Ozanam, Flandrin, Laprade, ont été des modestes, ennemis de la réclame tapageuse. Puvis de Chavannes étonna autant Paris par son désintéressement que par son génie. Même dans la politique, cet art si tentateur, vous avez su envoyer à nos Parlements des hommes dont le mérite égalait la modestie. Je n’en veux pour exemple que M. Aynard, à qui j’envoie d’ici un salut ému, après les grandes douleurs qu’il a éprouvées.

Oui, Lyon est la ville déconcertante par excellence, parce qu’elle a créé de grands génies, même ces humbles tisseurs, — je ne parle pas des frères Tisseur, de grands génies aussi que je salue — qui portent à tous les vents du ciel la gloire de Lyon.

Tout récemment, en visitant l’Exposition de l’art ornemental au Palais des Champs-Élysées, j’admirais l’œuvre de ces artisans modestes, tisserands, potiers, ciseleurs et autres, qui contribuent si magnifiquement à l’épanouissement de l’art français. L’impression que j’en avais ressentie, ces jours derniers, à l’Exposition, je l’ai retrouvée dans ma visite au Musée des tissus de Lyon, où rayonne dans tout son éclat l’art de la grande industrie lyonnaise.

Dans cette visite, il m’a été donné de juger ainsi des transformations successives de l’industrie qui fait la gloire de votre ville. Ce musée est un curieux chapitre d’histoire, l’un des plus révélateurs sur les révolutions du goût. Dans notre siècle seulement, chaque époque a laissé son empreinte sur ces soies chatoyantes; c’est pour chacune d’elles la poursuite obstinée et changeante de cette chose mobile, fugitive, insaisissable: le caprice de la femme. Eh bien, quand on voit comment vous luttez contre cet ennemi redoutable, on s’incline et on admire.

Et si, au cours de ces deux jours de fête, j’ai pu ainsi constater la haute place conquise par Lyon dans le monde de la pensée et de l’art, c’est encore justice, plus encore que courtoisie, de lever mon verre à la gloire, à la grandeur de Lyon, et après la petite patrie, à la France, notre patrie commune.

Cette magnifique improvisation, que nous ne pouvons reproduire ici que d’une manière trop imparfaite, a été applaudie avec enthousiasme par tous les assistants.

Puis au banquet a succédé un brillant concert, où l’on a entendu l’Harmonie Lyonnaise, qui a exécuté avec un grand succès une très belle cantate de circonstance: Lugdunum, beau poème de M. Gabriel Bleton, mis en musique par M. Amédée Reuchsel, ancien lauréat de l’Académie.

Tels furent, dans leur ensemble, les deux jours de fête du deuxième centenaire de l’Académie de Lyon. Leur succès surprit non seulement leurs organisateurs eux-mêmes, mais encore les membres de l’Institut, auxquels il inspira une plus haute idée de notre Compagnie.

Pourquoi faut-il qu’au moment où nous en retraçons le récit, un sentiment douloureux vienne se mêler aux souvenirs de réjouissance de cette solennité ?

Six mois plus tard, le 25 novembre, la mort frappait brusquement, au milieu des siens et dans toute la plénitude de ses facultés, celui qui, après l’avoir préparée avec tant de zèle, l’avait présidée avec un si grand éclat.

Les funérailles de M. Ollier, présidées par Son Éminence le cardinal Coullié, membre associé de l’Académie, eurent le caractère d’un vrai deuil public, et l’imposante manifestation de la foule immense qui suivit son cercueil, témoigna, au grand jour, de la grande place qu’il occupait dans notre cité.

Ce jour-là, il parut à tous que les fêtes du Centenaire avaient été comme le couronnement de sa brillante carrière, et l’apothéose de sa haute renommée.

Et ce qui le confirme, c’est que, par une coïncidence touchante, il avait, de sa propre main, inscrit au-dessus de sa signature, la date du 28 mai 1900, c’est-à-dire de la veille même des fêtes du Centenaire, sur le portrait qu’il a laissé à l’Académie, et qui, par un hommage pieux rendu à sa mémoire, a été reproduit en tête de ce volume, pour rappeler, plus tard, à ceux qui ne l’auront pas connu, les traits de l’un des plus grands chirurgiens du XIXe siècle.

A. VACHEZ, Secrétaire général de la classe des Lettres.

LES DEUX PREMIERS SIÈCLES DE L’ACADÉMIE DE LYON

Table des matières

Lu dans la séance publique du 29 mai 1900

PAR M. OLLIER Correspondant de l’Institut Président de l’Académie (classe des Sciences)

MESSIEURS,

L’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon célèbre solennellement aujourd’hui son deuxième Centenaire. Elle obéit à un sentiment de pieuse reconnaissance pour les hommes qui l’ont fondée et pour tous ceux qui, par un travail incessant, lui ont valu deux siècles d’honneur, de gloire et de prospérité.

C’est avec une vive et sincère satisfaction que nous avons vu accourir à cette solennité de nombreux associés, membres émérites et correspondants de l’Académie.

Nous sommes particulièrement reconnaissants aux illustres membres de l’Institut de France (de l’Académie française et de l’Académie des Sciences) qui nous ont apporté le fortifiant témoignage de leurs sympathies. Au nom de l’Académie, je les prie d’agréer nos plus vifs remerciements.

Je remercie aussi les membres des Sociétés savantes de Lyon, les membres des Académies et Sociétés savantes des régions voisines, qui ont bien voulu se joindre à nous dans cette solennelle circonstance. Le concours de toutes ces sympathies justifie l’importance que nous avons attachée à la commémoration des deux premiers siècles de notre Académie qui a rendu, durant toute cette période, de continuels services à la cité et à la région lyonnaises.

Ces services ont été de tout temps reconnus et encouragés par les représentants du pouvoir central et les autorités municipales, quel que soit le nom qu’elles aient porté depuis deux siècles, et nous sommes heureux de voir ces traditions se continuer de nos jours. Aussi saluons-nous avec respect tous les représentants des pouvoirs publics en les remerciant de l’appui moral qu’ils nous font l’honneur de nous apporter aujourd’hui.

Il y aura demain deux cents ans que l’Académie de Lyon a été fondée. Elle tint sa première séance le 3o mai 1700, chez un de ses membres, Falconnet, qui exerçait la médecine à Lyon, et devait, sept ans après, se fixer à Paris et siéger à l’Académie des inscriptions. Brossette, l’ami et le correspondant de Boileau, fut le premier secrétaire de l’Académie, qui n’était, au début, composée que de sept membres. Ses premières réunions furent consacrées à discuter la célèbre démonstration cartésienne de l’existence de Dieu.

Si ces débuts furent modestes, l’Académie ne tarda pas à grandir. Elle attira bientôt à elle les hommes les plus éminents de la cité, soit dans les sciences, soit dans les lettres, et, quelques années après, en 1724, par le fait de la protection active des Villeroy, du gouverneur d’abord et du cardinal ensuite, elle reçut des lettres patentes du Roi qui lui donnèrent une existence légale.

A l’occasion de son deuxième Centenaire, et pour dresser le bilan des efforts qu’elle a faits et des services qu’elle a rendus, l’Académie a demandé à ses différentes sections un rapport sur ce qu’elle a produit elle-même, par le travail de ses membres, ou fait produire autour d’elle, grâce aux travaux suscités par ses concours, dans ces deux premiers siècles.

La classe des Sciences a eu pour interprètes MM. Léger, Locard et J. Teissier. MM. Bleton, Rougier et Pariset ont rendu compte des travaux accomplis par la classe des Lettres. M. Sainte-Marie Perrin s’est chargé de la section des Beaux-Arts. Ces remarquables rapports, réunis dans un volume qui a pu être distribué aujourd’hui même, sont précédés d’une introduction sur l’origine de l’Académie, par notre secrétaire général pour la classe des Lettres, M. Vachez. Ils forment un tableau assez complet, quoique nécessairement très abrégé de l’histoire de notre Compagnie.

Dès ses premières années, avant même sa consécration par l’autorité royale, et sans avoir les ressources de la publicité que la Presse nous fournit si abondamment aujourd’hui, l’Académie rayonnait au dehors, et tous les hommes de lettres et savants étrangers, qui passaient à Lyon, tenaient à honneur d’être admis à ses assemblées.

Bientôt elle s’adjoignit des membres associés, et parmi ceux qui réclamèrent cet honneur, nous trouvons Louis Racine, Quesnay, Vaucanson, Voltaire, La Condamine, Maupertuis, Le Cat, Daubenton, Pequet, Condillac, Guitton de Morveau, Ducis, Montgolfier, La Harpe, Saussure, Buffon, Franklin, Monge, Chaptal, et beaucoup d’autres savants ou littérateurs de la fin du dernier siècle. Buffon fut le premier qui reçut l’association sans en avoir fait la demande. Il est vrai que l’illustre naturaliste venait de recevoir le même honneur de l’Académie française, dont il avait été nommé membre sans avoir fait de visites, et même, disait-il, sans y penser.

Voltaire, qui s’était soumis à la formalité nécessaire, tint beaucoup à se faire recevoir en séance publique. Nommé associé en 1745, il écrivait, peu de temps après, à Bollioud-Mermet, secrétaire de l’Académie: «Je vois que bientôt Lyon sera plus connu dans l’Europe par ses Académies que par ses manufactures. Vous redoublez l’envie que j’ai de me faire recevoir.»

Il fut solennellement reçu le 6 décembre 1754, et fit, à cette occasion, un séjour à Lyon, qui est resté, pour nous Lyonnais en particulier, un des épisodes les plus intéressants de l’histoire littéraire de cette époque. Il fut accueilli, non seulement par l’Académie, mais par la population tout entière, avec un enthousiasme indescriptible. Au théâtre, dans les salons, dans la rue, c’étaient des ovations continuelles.

Voltaire en parut vivement touché, et, en quittant Lyon, il lui adressa un adieu poétique, qui montre combien il avait été frappé par le double aspect que présentaient déjà le caractère et l’esprit des Lyonnais d’alors, pratiques et spéculatifs à la fois, mystiques à leurs heures, commerçants et artistes, industriels et lettrés, calmes habituellement, mais susceptibles d’un enthousiasme débordant. Ce dernier aspect avait dû surtout frapper l’auteur de Brutus, qui reçut à la représentation de cette tragédie la plus sensationnelle de ses ovations.

En s’éloignant d’eux, Voltaire disait aux Lyonnais:

Il est vrai que Plutus est au rang de vos dieux.

Ailleurs il est aveugle, il a pour vous des yeux, Il n’était autrefois que Dieu de la Richesse,

Vous en faites le Dieu des Arts. J’ai vu couler dans vos remparts

Les ondes du Pactole et les eaux du Permesse...

Jusqu’en 1758, l’Académie n’était encore que l’Académie des Sciences et Belles-Lettres. L’Académie des Beaux-Arts, établie cependant en même temps, par les lettres patentes de 1724, en était restée distincte. Mais, dès 1758, les deux Académies furent réunies sous le nom d’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon, nom qu’elle porte encore aujourd’hui.

La seconde moitié du XVIIIe siècle fut la période la plus brillante du premier siècle de notre Compagnie. Son activité s’étendit dans toutes les directions, dans les sciences, dans les lettres, dans les arts. Elle ne resta étrangère à aucune des questions scientifiques dont les applications touchaient aux intérêts de la cité.

Les questions d’hygiène publique et de médecine y tiennent souvent le premier rang, mais les questions de chimie et de technique industrielles, l’invention ou le perfectionnement des procédés de fabrication, les questions d’agronomie et de statistique agricole, les questions d’économie politique, que Quesnay avait depuis longtemps déjà soulevées dans le milieu lyonnais (commerce, transports, douanes), toutes les questions en un mot qui intéressaient la richesse de notre pays furent l’objet des préoccupations constantes de l’Académie. L’histoire et l’archéologie locale furent aussi l’objet de ses recherches et le sujet de ses prix.

Mais ce n’est pas seulement des intérêts locaux et régionaux qu’elle s’occupe: elle vise plus haut, se mêle aux discussions et aux recherches d’intérêt général, et s’efforce de prendre part aux découvertes et aux inventions qui font encore la gloire de notre nation.

Aux noms des Soufflot, des Perrache, des Morand, des Poivre, des Pouteau, des Rozier, des Bourgelat, des Patrin, je pourrais en joindre beaucoup d’autres, mais je veux seulement rappeler deux événements auxquels l’Académie a été intimement mêlée, qu’elle a préparés par son contrôle et favorisés par ses encouragements et la participation de ses membres.

Lorsque, en 1783, le marquis de Jouffroy lança sur la Saône le premier bateau qui put marcher sans le secours de la voile, de la rame ou des bêtes de trait, il fit son expérience mémorable sous les auspices et avec le contrôle de l’Académie.

Il ne s’agissait pas de faire marcher un petit bateau que la moindre force eût pu mettre en mouvement. Le bateau avait 140 pieds de long (46 mètres) et 14 pieds de large (4 m. 50). Ce n’était donc pas une expérience de laboratoire, mais une tentative immédiatement susceptible d’applications pratiques. Cinq membres de l’Académie se trouvaient sur le bateau, qui remonta la Saône de Lyon à l’Ile-Barbe, avec une vitesse de deux lieues à l’heure. Le trajet fut répété plusieurs fois, aux applaudissements de la foule qui encombrait les rives. Pendant seize mois, on put voir ce bateau naviguer sur la Saône.

Jouffroy voulut aller à Paris refaire ses expériences et perfectionner son œuvre, mais là il n’éprouva que des déboires dus à l’hostilité des uns ou à l’indifférence des autres.

La Révolution et les guerres de l’Empire interrompirent les recherches de Jouffroy; il les reprit plus tard, mais alors il était trop âgé et surtout trop ruiné pour les mener à bien. Presque oublié par ses contemporains, il mourut en 1832, à l’Hôtel des invalides, sans avoir eu la joie suprême de connaître les revendications qu’Arago et Cauchy allaient bientôt faire en sa faveur, en réclamant pour lui la gloire d’avoir donné le premier la démonstration pratique de la navigation à vapeur.

Jouffroy n’était pas né à Lyon, mais il était devenu lyonnais par son mariage et le séjour prolongé qu’il fit dans notre ville. C’est à Lyon et par des mains lyonnaises qu’il avait fait construire son pyroscaphe; c’est de nos quais qu’il l’avait fait partir. Sa gloire ne doit donc pas nous être indifférente. Aussi l’Académie avait-elle demandé, il y a trente-cinq ans, qu’un monument fût élevé en son honneur.

Il a déjà sa statue à Besançon, mais Lyon ne peut l’oublier, et nous devons rappeler aux générations futures que c’est ici, à quelques pas de nous, qu’a été, pour la première fois, réalisée une invention qui, depuis, a révolutionné le monde.

Un autre événement du même ordre, qui eut plus de retentissement que l’expérience du marquis de Jouffroy, vint l’année suivante montrer de nouveau la part active que prenait l’Académie au progrès de la science et au perfectionnement des grandes inventions.

Le 19 janvier 1784, de Montgolfier et Pilastre du Rozier firent leur fameuse ascension en ballon, accompagnés d’un membre de l’Académie, le comte de Laurencin, et de deux autres personnes. Avant de se lancer dans cette périlleuse entreprise, Montgolfier avait expliqué son invention à l’Académie, qui avait nommé une Commission pour suivre et contrôler tous les préparatifs de l’expérience. Montgolfier était déjà associé de l’Académie; quant à Pilastre, il reçut son acte d’association au moment où il mettait le pied dans la nacelle. On sait que le ballon, parti de la plaine des Brotteaux, atterrit heureusement après un séjour de cinq heures dans les airs.

Pour encourager les perfectionnements de l’invention dont elle venait d’être témoin, l’Académie fonda un prix de 1200 livres pour celui qui trouverait le moyen de diriger les ballons. Cent mémoires environ répondirent à cet appel, mais le prix ne fut pas décerné, pas plus du reste que n’ont été décernés les prix analogues proposés depuis cent ans.

Grâce aux fondations Christin et Adamoli, et grâce à la libéralité de ses membres, l’Académie était à même de mettre au concours des prix importants. La liste de ceux qu’elle a proposés dans cette période, pour des questions d’hygiène, d’économie politique, d’art industriel, montre avec quel souci du bien public elle remplissait sa mission.

Les questions philosophiques, morales et politiques qui préoccupaient tous les esprits, surtout dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, furent souvent l’objet des discussions et des concours de l’Académie. L’auteur de l’Histoire philosophique des deux Indes, l’abbé Raynal, nommé membre associé, fut reçu avec la plus grande solennité, et sa réception, sans faire oublier celle de Voltaire, provoqua un véritable enthousiasme parmi ses confrères. Il témoigna sa reconnaissance à l’Académie en fondant un prix sur la question suivante:

«Quelles vérités et quels sentiments importe-t-il le plus d’inculquer aux hommes pour leur bonheur?»

C’était en 1791. Parmi les seize concurrents figurait un jeune lieutenant d’artillerie dont personne ne soupçonnait alors la haute destinée. Ce lieutenant d’artillerie n’était autre que Bonaparte. Son mémoire ne fut pas couronné ; il fut même assez mal jugé par les membres de la Commission. Vasselier le qualifiait de songe prolongé. Selon Campigneulles, c’est peut-être l’ouvrage d’un homme sensible, mais il est trop mal ordonné, trop disparate, trop décousu et trop mal écrit pour fixer l’attention.

Ce jugement sévère mettait hors de cause le futur empereur. Ce fut Daunou qui remporta le prix.

Les quelques faits que je viens de rappeler montrent bien l’importance que l’Académie avait aquise dans l’esprit public, la considération dont elle jouissait et le prix qu’on attachait à ses suffrages. C’est au moment où elle était à même de rendre les plus grands services, qu’elle dut disparaître devant le décret de la Convention, du 8 août 1793.

Elle avait continué, jusqu’à la veille de sa suppression, à s’occuper des intérêts publics. Elle discutait encore le 6 août la valeur de plusieurs procédés industriels et le meilleur moyen de panser les blessures par armes de guerre. A la fin de cette année, elle devait distribuer plusieurs prix intéressant particulièrement la ville de Lyon et la région lyonnaise.

Ainsi finit le premier siècle de notre Académie. Les dernières séances ne comptaient pas beaucoup de membres présents. Les événements les avaient déjà dispersés.

Après une interruption de sept années, l’Académie fut reconstituée, sous le nom d’Athénée, par un arrêté de M. Verninac, préfet du Rhône, à la date du 24 messidor, an VIII de la République.

La première séance de l’Athénée eut lieu le 13 juillet 1800. Les survivants de l’ancienne Académie furent tous rappelés. On compléta le nombre réglementaire par des annexions nouvelles, et la Compagnie put fonctionner immédiatement.

Au moment de sa réorganisation, l’Académie eut un rôle important à remplir. Il s’agissait de rétablir, de rassembler, de restaurer les instruments de travail dispersés un peu partout par la tourmente révolutionnaire: les livres, les manuscrits, les tableaux et tout ce qui restait des collections de physique et d’histoire naturelle. Notre compagnie se mit à la disposition des autorités, et contribua à sauver du naufrage beaucoup de richesses que nous sommes heureux de posséder aujourd’hui.