L'agriculture et les classes paysannes - Paul Raveau - E-Book

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Paul Raveau

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"L'agriculture et les classes paysannes", de Paul Raveau. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Paul Raveau

L'agriculture et les classes paysannes

La transformation de la propriété dans le Haut-Poitou au XVIe siècle
Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066334864

Table des matières

PRÉFACE
LE POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE TOURNOIS DANS LE HAUT-POITOU DU RÈGNE DE LOUIS XI A CELUI DE LOUIS XIII
POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
CHAPITRE III
AVANT-PROPOS
CHAPITRE PREMIER
CHAPITRE II
LE MONTMORILLONNAIS
LA RÉGION DE CHARROUX
LE LOUDUNAIS
LE CHATELLERAUDAIS
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
CHAPITRE V
CHAPITRE VI

PRÉFACE

Table des matières

M. Paul Raveau m’a fait l’honneur de me demander une Préface à son bel ouvrage, fruit de vingt années de recherches dans les archives du département de la Vienne et principalement dans les minutes de notaires qui s’y trouvent déposées. Agriculteur, il a cru bon sans doute qu’un professionnel de la science économique le présente aux hommes d’étude: convaincu du mérite de l’œuvre, j’ai accepté cette mission sans hésiter.

La vie rurale française au XVIe siècle est à peu près ignorée. On ne pourra la connaître que par des études régionales faites d’après les sources originales; quelques travailleurs ont entrepris cette tâche lourde mais passionnante; M. Raveau prend place parmi eux et c’est sur son pays natal qu’il a fait porter ses efforts, mû, semble-t-il, par le désir de savoir ce qu’étaient et comment vivaient les lointains ancêtres qui l’ont précédé dans la culture de la terre poitevine.

Qu’il me soit permis d’insister un peu sur l’intérêt que présente une telle étude. Elle nous donne, en ce qui concerne le Poitou du XVIe siècle, des précisions certaines sur des faits que nous ne connaissions guère ou que nous ne connaissions que d’une manière très générale: diminution du pouvoir d’achat de l’argent, phénomène dont les conséquences furent si profondes , mouvement des prix des terres, du froment, du vin, des animaux de ferme, de la main-d’œuvre agricole, systèmes d’amodiation (faire valoir direct, fermage et métayage) et systèmes de culture pratiqués, rendements obtenus, autant de questions qui sont d’une importance fondamentale pour l’histoire économique.

Plus haute encore est la portée de l’ouvrage de M. Raveau au point de vue de l’histoire sociale. Nous y apprenons quelle fut au vrai, la situation des ruraux poitevins au XVIe siècle, de ces laboureurs à bras (journaliers agricoles), de ces laboureurs à bœufs (fermiers et métayers) de ces laboureurs non autrement qualifiés (paysans propriétaires) parmi lesquels l’afflux des métaux précieux venus du Nouveau Monde causa une véritable révolution; nous y apprenons comment et pourquoi la propriété foncière jusqu’alors si divisée, entrant désormais dans l’ère capitaliste, tendait en maintes régions à se concentrer aux mains de certains, comment et pourquoi s’accélérait le mouvement plus ancien que le précédent, qui faisait passer les petits et les moyens fiefs des mains de la noblesse dans celles des marchands et de la bourgeoisie; comment et pourquoi se constitua une sorte d’aristocratie rurale ou mi-rurale et mi-urbaine qui, grâce à l’abondance du numéraire suscitant l’esprit de spéculation, s’enrichissait au moyen d’opérations commerciales, financières ou immobilières, en route vers la bourgeoisie, puis la noblesse. Et dans cette élite nous voyons revivre des personnages fortement caractérisés; tels, parmi les marchands ou fils de marchands acquéreurs de terre, d’offices ou de seigneuries, à Plaisance Pierre Baubisson; à Chauvigny François Maurat; à Charroux François Robert qui s’intitule seigneur de Saint-Pierre (sa seigneurie de Saint-Pierre ne consiste encore que dans sa boutique); à Poitiers les Chessé ; parmi les laboureurs: les frères de Champagne à Champagne (paroisse de Lathus), les Mathé à Forges (paroisse de Saint-Georges-les-Baillargeaux), et bien d’autres. On le verra, ce n’est pas sans faire des victimes dont le malheureux sort nous émeut, que certains s’élèvent: la vie et le drame peuvent ainsi surgir, sans le moindre artifice, l’auteur nous en donne la preuve, de la poussière des archives.

Je laisse maintenant aux lecteurs le soin d’apprécier avec quel sens de la réalité pratique, quel souci de l’exactitude et quelle impartialité M. Raveau a conduit son travail. Ils seront unanimes, je pense, à souhaiter qu’il poursuive l’œuvre commencée et que d’autres, dans d’autres provinces, suivent son exemple.

Poitiers, octobre 1925.

A. DUBOIS,

Correspondant de l’Institut,

Professeur à la Faculté de Droit de Poitiers.

LE POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE TOURNOIS DANS LE HAUT-POITOU DU RÈGNE DE LOUIS XI A CELUI DE LOUIS XIII

Table des matières

POUVOIR D’ACHAT DE LA LIVRE

Table des matières

CHAPITRE II

Table des matières

LA MARCHE DE LA VALEUR INTRINSÈQUE DE LA LIVRE ET LA CIRCULATION MONÉTAIRE DE LOUIS XI A LOUIS XIII.

Avant de chercher le Pouvoir d’Achat de la Livre, je crois utile de placer ici un tableau donnant exactement les variations de la Valeur intrinsèque à la même époque, puisque nous devons constamment tabler sur cette valeur intrinsèque pour obtenir aussi bien le pouvoir d’achat de la livre que le Pouvoir de l’argent .

Je fais également figurer sur ce tableau le cours des trois prinpales monnaies royales du XVIe siècle: «l’écu d’or au Soleil» ou Ecu d’or Sol, le «Teston» et le «Franc d’Argent». Ces deux dernières sont des monnaies d’argent.

Il est facile, au moyen de ce tableau, de suivre la diminution que subit la valeur intrinsèque de la livre du règne de Louis XI jusqu’en l’année 1640. Sous l’effet des cours de plus en plus élevés que les ordonnances royales ne cessaient d’attribuer aux monnaies d’or et d’argent du royaume, et cela, quelquefois, tout en en diminuant le titre et le poids, la Valeur intrinsèque était passée de 7 francs au début du règne de Louis XI à 2 francs en l’année 1640, époque à laquelle s’arrête mon étude.

Je crois inutile d’analyser ici ce tableau, en ce qui concerne la valeur intrinsèque que nous allons suivre année par année tout à l’heure, en cherchant le Pouvoir de l’Argent et le Pouvoir d’Achat de la Livre, mais je crois nécessaire d’examiner brièvement le cours des trois monnaies qui figurent sur le même tableau et la circulation monétaire au XVIe siècle dans son ensemble.

Le Teston était une pièce d’argent, valant exactement 2 francs de notre monnaie, que Louis XII mit en circulation pour la première fois en 1513 et dont il fixa la valeur à 10 sols. Ce fut, jusqu’à Henri III, la monnaie d’argent, la plus répandue. En 1513, le teston avait remplacé une monnaie d’Argent, le Gros Tournois, qui circulait en France depuis le temps de saint Louis.

On suit facilement la carrière du teston au moyen du tableau que je présente ci-contre: Emis à 10 sous en 1513, il avait cours pour 16 sous au mois de novembre 1577, lorsque l’ordonnance de Poitiers, véritable révolution dans le système monétaire alors en usage, ramena son prix à 14 sols 6 deniers et le remplaça, pour ainsi dire du reste, par trois monnaies nouvelles dont nous parlerons plus loin.

L’Ecu d’or au Soleil, ou Ecu d’or sol, fut la véritable monnaie nationale de France, du règne de Louis XI à celui de Louis XIII. Mis en circulation pour la première fois par Louis XI au prix de 33 sols, au mois de novembre 1475, il fut émis au titre de 23 karats et 1/8, était du poids de 3 grammes 496 milligrammes, et d’une valeur intrinsèque de 11 fr. 60. Rappelons, pour mémoire, que notre pièce d’or de 10 francs pèse 3 grammes 225 milligrammes.

Dès la fin du règne de François Ier, des ordonnances successives avaient porté le cours de l’écu sol de 33 à 45 sols. Au début de son règne, Charles IX fixa son prix à 50 sols. Au mois de juin 1577 l’écu d’or valait 3 livres 5 sols; mais, au mois de novembre de cette même année 1577, son cours fut ramené à 3 livres par l’ordonnance dont nous avons parlé plus haut et qu’Henri III signa à Poitiers le 20 novembre.

Cette ordonnance, monument unique dans l’histoire de nos monnaies, bouleversa de fond en comble le système monétaire en usage en France depuis l’origine de la monarchie.

Il faut dire tout d’abord que, depuis le début du règne de Charles IX, on avait vu se produire une hausse pour ainsi dire régulière et sou par sou, de l’écu, ainsi que l’on peut s’en convaincre en jetant les yeux sur notre tableau, et cela parce que ce n’étaient plus les ordonnances qui fixaient le cours de l’écu, c’était le public, c’étaient les particuliers, les marchands, chacun s’efforçant dans ses payements quotidiens, de faire accepter cette monnaie pour un prix supérieur à celui qu’on lui attribuait la veille. C’était un agiotage effréné ; les ordonnances qui édictaient une hausse nouvelle de l’écu, ne faisaient plus que sanctionner l’état de chose déjà existant; en un mot, c’était l’anarchie. «Le peuple, nous dit le Blant, dans son Traité historique des monnaies, donnait cours aux monnayes comme bon lui semblait et en augmentait le prix suivant son caprice», et le Blant, qui écrivait cent ans seulement après le règne d’Henri III, était bien placé pour savoir ce qui s’était passé. «Pour arrêter le désordre, continue-t-il, le roy fit faire plusieurs assemblées de gens les plus expérimentés en cette matière, pour trouver un remède au surhaussement des monnaies.»

Le roi convoquait bien des assemblées, mais il ne prenait aucune décision.

Alors intervint la cour des monnaies qui, par deux lettres pleines de sagesse et qui vaudraient d’être citées, indiqua le remède à employer et exigea, car c’est bien là le mot, qu’il fût appliqué.

Les remèdes indiqués étaient au nombre de trois: interdire dans le royaume toutes les monnaies étrangères qui étaient mises en circulation pour une valeur égale à celles de France, bien qu’étant généralement d’un titre tout à fait inférieur; maintenir rigoureusement à 3 livres le cours de l’Ecu d’or sol, le ramener même à 50 sous, si la chose était possible; et enfin abandonner la manière de compter par «Livres», jusqu’alors en usage, pour adopter le compte par «Ecus», en un mot ne plus stipuler le montant des payements au moyen d’une Monnaie de compte, mais bien au moyen d’une monnaie réelle et tangible l’Ecu d’or sol. Des trois remèdes indiqués, ce dernier était le plus difficilement applicable.

Henri III ayant fait la sourde oreille, la cour des monnaies fit, la même année, de nouvelles remontrances et alors parut la fameuse ordonnance datée de Poitiers du mois de novembre 1577, qui interdisait la circulation des monnaies étrangères, fixait à 3 livres le cours de l’écu d’or sol et décrétait que: «dorénavant et à partir du 1er janvier 1578, tous comptes, contrats, baux à ferme, ventes, conventions, constitutions de rente, lettres de change, etc., etc., seraient faits, dressés, et conclus en Ecus d’or sol des prix, poids et titres portés dans cette présente ordonnance. »

Alors apparurent également de nouvelles monnaies: le demi-Ecu, valant 30 sols, le quart d’Ecu, valant 15 sols, le demi-quart d’Ecu, d’une valeur de 7 sols 6 deniers; tout cela accompagné du Franc d’Argent qui, émis pour la première fois en 1575, valait, lui, exactement 1 livre. La chose ne s’était pas présentée depuis le règne du roi Jean, époque à laquelle on avait mis en circulation une pièce de monnaie, le Franc d’or, valant aussi exactement 1 Livre.

Cette ordonnance eut une portée considérable: elle stabilisa la valeur intrinsèque de la Livre à 3 fr. 14 pendant 25 ans, de 1577 à 1602, époque à laquelle Henri IV, nous ne savons pour quelle cause, mais à coup sûr mal conseillé, reprit la Livre de compte et revint aux fâcheux errements si heureusement abandonnés par Henri III au mois de novembre 1577. Le cours de l’écu d’or fut immédiatement porté à 3 livres 5 sols, le prix du quart d’écu à 16 sous, celui du franc d’argent à 21 sols 4 deniers. L’équilibre si péniblement obtenu par Henri III était rompu et il n’existait plus, encore une fois, de monnaie représentant exactement la Livre.

Le règne des agioteurs était revenu. Louis XIII leur vint en aide en faisant circuler l’écu d’or en 1615 pour 3 livres 15 sols, en 1630 pour 4 livres, en 1631 pour 4 livres 3 sols, en 1633, pour 4 livres 6 sols, en 1636 au mois de mars pour 4 livres 15 sols, enfinfi au mois de septembre de cette même année pour 5 livres 4 sols.

Rappelons que la pièce avait été émise en 1475 au prix de 33 sols et disons qu’entre temps, on en avait légèrement diminué le poids et abaissé le titre, ramenant ainsi sa valeur intrinsèque de 11 fr. 60 à 11 fr. 14.

A côté des monnaies que nous venons de citer, il en fut frappé plusieurs autres au XVIe siècle, moins répandues que les premières, mais dont on constate néanmoins la présence dans les payements: L’Ecu au porc-épic de Louis XII, l’Ecu à la Salamandre de François Ier, les Henrys d’Henri II, tout cela des monnaies d’or; ou encore les Grands Blancs, les Liards, les Douzains et autres monnaies d’argent ou de billon.

A ces monnaies venaient s’en ajouter, et par grandes quantités, beaucoup d’autres, d’origine française, mais datant des siècles précédents: les Ecus Couronne, dont la fabrication avait cessé sous Louis XI, les Angelots, les Royaux, les Saluts, les Francs d’or qui remontaient, aux règnes de Charles VII et de Charles VI; et enfin arrivait l’innombrable légion des monnaies étrangères qui eurent, jusqu’en 1577, cours dans le royaume: Les Ducats d’Espagne, de Portugal, de Venise, de Gênes, les Doubles Ducats d’Espagne, les Pistoles d’Aragon et de Castille, les Nobles à la Rose d’Angleterre, les Ecus de Lorraine et de Navarre, les Ecus de Portugal à courte et à longue croix, les Impériales, les Carolus, les Philippus des Flandres les Réalles d’Espagne, etc. etc. Ces dernières, les Réalles, monnaie d’argent assurément aussi répandue en Poitou que les monnaies de France elles-mêmes.

Une ordonnance de Charles IX, datée de Saint-Germain-en-Laye du 17e jour d’août de l’année 1561, donne le titre, le poids et le prix de toutes les monnaies d’or, d’argent et de billon, françaises et étrangères, ayant cours dans le royaume à cette date.

On y trouve: 9 monnaies d’or, 2 monnaies d’argent et 9 monnaies de billon françaises; 19 monnaies d’or et 14 monnaies d’argent étrangères, de sorte qu’il circulait à cette époque en France 53 sortes de monnaies différentes. — Et cependant il y avait déjà là une sérieuse amélioration sur le règne précédent, car une ordonnance d’Henri II, du 27 juillet 1555, énumère 134 sortes de monnaies, dont 20 françaises, comme ayant alors cours dans ses Etats! Et sur aucune de ces monnaies la valeur n’était inscrite .

Si l’on admet maintenant, ce qui est du reste la vérité, qu’un grand nombre de ces pièces de monnaie, trop usagées ou rognées, ne pouvaient être acceptées sans être, préalablement, passées au trébuchet, on voit quelle opération devait être à cette époque le payement d’une somme d’une certaine importance. D’autant qu’il n’existait pas alors de monnaies valant 10 ou 20 livres, comme nous avons de nos jours des pièces de 10 et de 20 francs. A l’époque de. Charles IX, si l’on excepte les Nobles à là Rose d’Angleterre et les doubles ducats d’Espagne, qui avaient chacun une valeur légèrement supérieure à 5 livres, le prix de toutes les autres monnaies d’or variait entre 2 et 3 livres, et descendait quelquefois au-dessous. Quant aux monnaies d’argent, leur valeur dépassait rarement 10 sous, et la plupart valaient de 4 à 8 sous, en faisant là encore une exception pour le Philippus d’argent qui pesait 34 grammes 418 milligrammes et avait cours pour 38 sols 6 deniers. Le poids de ce Philippus d’argent était donc supérieur de 9 grammes à celui de notre pièce de 5 francs.

C’est au milieu de ce dédale qu’évoluaient les conventions, les marchés, les contrats de toute nature, et que se débattaient tous ceux qui étaient appelés, pour une raison ou pour une autre, à manier de l’argent. On est autorisé à croire que les changeurs et les banquiers ne chômaient pas dans cet heureux temps et que leur métier ne pouvait manquer d’être lucratif.