L'ancienne France - Paul Lacroix - E-Book

L'ancienne France E-Book

Paul Lacroix

0,0
1,99 €

oder
Beschreibung

"L'ancienne France", de Paul Lacroix. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0



Paul Lacroix

L'ancienne France

Les arts et métiers au moyen âge : étude illustrée
Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066335250

Table des matières

Sommaire
LES ARTS ET MÉTIERS
AU MOYEN AGE.
MOBILIER.
TAPISSERIES.
CÉRAMIQUE.
HORLOGERIE.
SELLERIE ET CARROSSERIE.
ORFÈVRERIE.
PEINTURE SUR VERRE.
CORPORATIONS DES MÉTIERS.

www.bnf.fr

eISBN : 9782329000992

Sommaire

Table des matières

Page de Copyright

Page de titre

LES ARTS ET MÉTIERS - AU MOYEN AGE.
MOBILIER.
TAPISSERIES.CÉRAMIQUE.HORLOGERIE.SELLERIE ET CARROSSERIE.ORFÈVRERIE.PEINTURE SUR VERRE.CORPORATIONS DES MÉTIERS.

SURTOUT DE TABLE SERVANT DE DRAGEOIR En cuivre émaillé et doré. — Travail de la fin du seizième siècle (Musée des Antiques de la Porte de Hall, à Bruxelles)

LES ARTS ET MÉTIERS

AU MOYEN AGE.

Table des matières

MOBILIER.

Table des matières
Table des matières

Simplicité des objets mobiliers chez les Gaulois et les Francs. — Le fauteuil de Dagobert. — La Table ronde du roi Artus. — Influence des croisades. — Un banquet royal sous Charles V. — Les sièges. — Les dressoirs. — Service de table. — Les hanaps. — La dinanderie. — Les tonneaux. — L’éclairage. — Les lits. — Meubles en bois sculpté. — La serrurerie. — Le verre et les miroirs. — La chambre d’un seigneur féodal. — Richesse du mobilier religieux. — Autels. — Encensoirs. — Châsses et reliquaires. — Grilles et ferrures.

ON nous croira sans peine si nous affirmons que chez nos vieux ancêtres, les Gaulois, l’ameublement était de la plus rustique simplicité. Un peuple essentiellement guerrier et chasseur, tout au plus agriculteur, qui avait les forêts pour temples, et pour demeures des huttes de terre battue et couvertes de paille ou de branchages, devait se montrer indifférent sur la forme et la nature de ses objets mobiliers. Des instruments d’agriculture et surtout des armes, tels étaient en général les meubles des Gaulois.

Les fouilles qu’on a faites, soit dans les tombeaux, soit au pied des pierres druidiques, ont procuré en abondance des objets d’un usage journalier, et qui ont démontré d’une manière évidente l’existence de ce qu’on peut appeler «l’art gaulois». En laissant de côté les trophées rapportés de leurs expéditions dans les pays plus avancés en civilisation, on trouve dans les sépultures de nos aïeux des silex, des os d’animaux, des poteries, des bronzes, du fer, des verreries, des émaux, des monnaies, etc. D’après MM. Bosc et Bonnemère, on remarque, parmi les pierres taillées, des poinçons, des aiguilles, des pointes de flèche (fig. 1), des javelots, des haches de diverses formes (fig. 2), des couteaux, des pendeloques, des grains de collier en quartz rose. Les objets en os fournissent des aiguilles, différents outils pointus, des harpons, des sifflets (fig. 3). La céramique offre des vases par centaines, décorés avec un certain goût; nous aurons l’occasion d’en parler dans un chapitre spécial.

Fig. 1. — Pointe de flèche en silex.

Fig. 2. — Hache en silex.

Le bronze, introduit à une époque postérieure, permit aux Gaulois de façonner des bijoux variés, sans compter les armes et ustensiles, et de les couvrir d’émail. On a récemment découvert des centres de fabrication, «dont les ateliers, comme dans les fouilles de Pompéi, n’auraient paru fermés que de la veille, si l’état d’altération d’un grand nombre d’objets n’eût témoigné d’un long séjour au sein de la terre. Les ustensiles gisaient pêle-mêle, les fours étaient encore remplis de charbon; à côté de spécimens complètement terminés, on en voyait d’autres ébauchés à peine, d’autres en pleine fabrication, l’un même encore enveloppé de terre cuite.» La plupart des objets trouvés au mont Beuvray (Nièvre), où était située, selon quelques savants, l’ancienne Bibracte (aujourd’hui Autun), ont été transportés au musée gallo-romain de Saint-Germain. Citons, au nombre des ornements, les colliers tantôt unis, tantôt travaillés, les bagues, bracelets, ceintures, agrafes, anneaux de pied, boutons, plaques décoratives; un grand nombre de ces objets eurent ensuite leurs similaires en fer, en argent et quelquefois en or.

Fig. 3. — Outils et instruments en corne de cerf.

Après avoir employé une monnaie tout à fait primitive, les Gaulois rapportèrent de leur invasion en Grèce un riche butin de pièces d’or frappées à l’effigie de Philippe, père d’Alexandre le Grand, et ils se contentèrent de les imiter, en les accompagnant souvent de symboles, tels que le cheval ou le bœuf, et de triangles, croissants, roues, selon la localité d’où elles provenaient (fig. 4). Malheureusement on n’a jamais établi de délimitation entre l’époque gauloise indépendante et celle qui suivit la conquête, et presque tous les anciens monuments retrouvés sur notre sol ont été qualifiés de gallo-romains.

Vint la conquête des Romains. A l’origine, et longtemps après la fondation de leur belliqueuse république, ceux-ci avaient vécu également dans le mépris du faste et même dans l’ignorance des commodités de la vie; mais lorsqu’ils subjuguèrent la Gaule, après avoir porté leurs armes victorieuses à tous les confins du monde, ils s’étaient peu à peu approprié ce que leur avaient offert de luxe raffiné, de progrès utile, d’ingénieux bien-être, les mœurs et usages des nations soumises. Les Romains importèrent donc en Gaule ce qu’ils avaient acquis çà et là. Puis, quand les hordes à demi sauvages de la Germanie et des steppes du Nord firent à leur tour irruption sur l’empire romain, ces nouveaux vainqueurs ne laissèrent pas de s’accommoder instinctivement à l’état social des vaincus. Ainsi s’explique sommairement la transition, à vrai dire un peu tourmentée, qui rattache aux choses de l’antique société les choses de la société moderne.

Le monde du moyen âge, cette époque sociale qui pourrait être comparée à la situation d’un vieillard décrépit et blasé, qui, après une longue et froide torpeur, se réveillerait enfant naïf et fort, le monde du moyen âge hérita beaucoup des temps, en quelque sorte interrompus, qui l’avaient précédé; il transforma peut-être, il perfectionna plus qu’il n’inventa, mais il manifesta dans ses œuvres un génie si particulier, qu’on s’accorde généralement à y reconnaître le mérite d’une véritable création.

D’après une ingénieuse remarque de M. Louandre, l’histoire de l’ameublement, considérée sous le point de vue de l’art, peut être divisée en cinq grandes époques, qu’il nomme époques latine, byzantine, romane, ogivale et de la Renaissance, parce que les meubles, grands ou petits, reproduisent, à toutes les périodes du moyen âge, les types de l’architecture, soit dans leur forme, soit dans leurs ornements. Ce point établi, le même auteur ajoute comme fait général: «Le luxe de la civilisation antique resta populaire jusqu’à la fin du sixième siècle; de là jusqu’au quinzième, les riches mobiliers se rencontrent exclusivement chez les rois, les princes et les personnages les plus distingués de la noblesse et de l’Église. Chez les bourgeois, et même dans les châteaux des petits feudataires disséminés à travers les campagnes, l’ameublement est d’ordinaire très simple. Cela tenait non seulement au manque d’argent, mais aux distinctions que les lois somptuaires établissaient entre les diverses classes, pour les meubles comme pour les habits. A la fin du quinzième siècle et dans le cours du seizième, en même temps que l’art se perfectionne, le confortable tend à se répandre de plus en plus, et l’on peut dire sans exagération qu’à part les objets qui sont dus aux découvertes de la science moderne, l’ameublement de cette dernière époque ne le cède en rien, pour l’élégance et la commodité, à ce que nous possédons aujourd’hui de plus élégant et de plus commode.»

Fig. 4. — Monnaies gauloises en bronze.

A l’époque mérovingienne, dans les demeures des princes ou des grands, le luxe consistait beaucoup moins dans l’élégance ou l’originalité des formes attribuées aux objets d’ameublement, que dans la profusion des matières précieuses employées à les fabriquer ou à les orner. Ce n’est plus le temps où les premiers clans des Gaulois et des hommes du Nord qui vinrent prendre possession de l’Occident avaient pour sièges et pour lits des bottes de paille, des nattes de jonc, des brassées de ramure; pour tables, des blocs de rocher, des souches à peine équarries ou des tertres de gazon. Dès le cinquième siècle de l’ère chrétienne, nous trouvons déjà les Francs et les Goths, reposant leurs muscles vigoureux sur les longs sièges moelleux que les Romains ont apportés de l’Orient, et qui sont devenus nos sofas, nos canapés, en ne changeant guère que de nom; devant eux sont dressées les tables basses et en demi-cercle, où la place du milieu était réservée au plus digne, au plus illustre des convives. ne mange plus couché, mais assis; et les trônes des rois, les sièges des grands étalent la plus opulente somptuosité.

Fig. 5. — Chaise curule, dite Fauteuil de Dagobert, en bronze doré. (Bibl. nat.)

C’est alors que nous voyons Éloi, le célèbre artiste en métaux, fabriquer et ornementer pour Clotaire II deux sièges d’or massif, et un trône du même métal pour Dagobert. Quant au siège attribué à saint Éloi, et connu sous le nom de fauteuil de Dagobert (fig. 5), c’est une chaise antique consulaire qui n’était primitivement qu’un pliant, auquel l’abbé Suger, au douzième siècle, fit ajouter des bras et un dossier. Le luxe artistique n’était pas moins grand lorsqu’on l’appliquait à la fabrication des tables: les historiens nous apprennent que saint Remi, contemporain de Clovis, avait une table d’argent, toute décorée d’images pieuses. Le poète Fortunat, qui fut évêque de Poitiers, en décrit une, de même métal, autour de laquelle s’enroulait une vigne chargée de grappes de raisin. Éginhard, en rapportant le testament de Charlemagne, mentionne l’existence de trois tables d’argent et d’une table d’or d’une dimension et d’un poids considérables. «L’une d’elles», dit-il, «de forme carrée, représentait la ville de Constantinople, et l’autre, de forme ronde, la ville de Rome. La troisième, formée de trois cercles, contient une description de l’univers entier, tracée avec autant d’art que de délicatesse.» La quatrième était d’or. Ces tables étaient-elles montées sur pied ou adossées aux murs en guise de tableaux, ou servaient-elles comme des plateaux à apporter des fruits, des épices, des parfums, c’est ce qu’on ne saurait décider.

Les sièges de l’époque romane (fig. 6) semblent affecter de reproduire, à l’intérieur des édifices qu’ils meublent, le style architectural des monuments contemporains. Larges et pesants, ils s’élèvent sur des faisceaux de colonnes, qui vont s’épanouir dans un triple étage de dossiers à plein cintre. Le moine anonyme de Saint-Gall, dans sa Chronique, écrite au neuvième siècle, fait pourtant mention d’un riche festin, où le maître de la maison était assis sur des coussins de plume. Legrand d’Aussy assure, dans son Histoire de la vie privée des Français, que, plus tard, c’est-à-dire sous le règne de Louis le Gros, au commencement du douzième siècle, quand il s’agissait d’un repas ordinaire et familier, les convives s’asseyaient sur de simples escabeaux, tandis que, si la réunion avait un caractère plus cérémonieux et moins intime, la table était entourée de bancs; d’où dériverait l’expression de banquet.

Fig. 6. — Siège du IXe ou Xe siècle. D’après une miniature d’un ms. de la Bibl. nat.

Quant à la forme de la table, ordinairement longue et droite, elle devenait demi-circulaire ou en fer à cheval, dans les festins d’apparat; elle rappelait ainsi la romanesque Table ronde du roi Artus de Bretagne.

Les croisades, en mêlant les hommes de toutes les contrées de L’Europe aux populations de l’Orient, firent connaître aux Occidentaux un luxe et des usages qu’ils ne manquèrent pas d’imiter, au retour de ces expéditions guerrières. Il est alors question de festins où l’on mange assis par terre, les jambes croisées ou allongées sur des tapis, et cette manière de s’asseoir à l’orientale se trouve représentée dans les miniatures des manuscrits de ce temps. Le sire de Joinville, l’ami et l’historien de Louis IX, nous apprend que le saint roi avait coutume de s’asseoir de la sorte, sur un tapis, entouré de ses barons, et de rendre ainsi la justice; ce qui n’empêchait pas que l’usage ne se fût conservé des grandes chaires ou fauteuils, car il nous est resté de cette époque un siège ou trône, en bois massif, dit le banc de monseigneur saint Louis, tout chargé de sculptures représentant des oiseaux et des animaux fantastiques ou légendaires. Il est probable, toutefois, que dans les résidences seigneuriales, où le nombre des invités variait souvent, les tables étaient composées de grands panneaux posés sur des tréteaux pliants, mais non fixés à demeure.

Les pauvres gens n’aspiraient pas, cela va sans dire, à tant de raffinement: dans les demeures du peuple, on s’asseyait sur des escabeaux, des sellettes, des coffres, tout au plus sur des bancs, dont les pieds étaient quelque peu ouvragés.

C’est à cette époque que l’on commence à recouvrir les sièges d’étoffes de laine ou de soie brochées au métier ou brodées à la main, portant des chiffres, des emblèmes ou des armoiries. On avait rapporté d’Orient la coutume de tendre les appartements avec des peaux vernissées, gaufrées et dorées; ces cuirs, de chèvre ou de mouton, avaient reçu le nom d’or basané, parce qu’on en faisait de la basane dorée à plat ou gaufrée en couleur d’or. L’or basané fut aussi employé pour déguiser la nudité primitive des fauteuils. Vers le quatorzième siècle, les tables en métaux précieux disparaissent, par cette raison que le luxe s’est tourné vers les étoffes sous lesquelles on les cache. Dans les festins d’apparat, la place des convives de distinction est marquée par un dais, plus ou moins riche, qui s’élève au-dessus de leur fauteuil.

Vers le commencement de 1378, l’empereur Charles IV vint en France pour accomplir un vœu qu’il avait fait à Notre-Dame de Saint-Maur, près Paris. On célébra son arrivée par des fêtes magnifiques, et le roi Charles V lui donna un banquet solennel en la grand’salle du palais de Justice. Le service se fit à la table de marbre qui en occupait presque toute la largeur. L’archevêque de Reims, qui avait officié ce jour-là, prit place le premier au banquet. L’empereur s’assit ensuite, puis le roi de France, et le roi de Bohême, fils de l’empereur. Chacun des trois princes avait au-dessus de sa place un dais distinct, en drap d’or semé de fleurs de lis; ces trois dais étaient surmontés d’un plus grand, aussi en drap d’or à images, lequel couvrait la table dans toute son étendue, et pendait derrière les convives. Après le roi de Bohême s’assirent trois évêques, mais loin de lui et presque au bout de la table. Sous le dais le plus proche était assis le dauphin, à une table séparée, avec plusieurs princes ou seigneurs de la cour de France ou de l’empereur. La salle était décorée de trois buffets ou dressoirs, très richement parés et garnis de vaisselle d’or et d’argent. Ces trois buffets, ainsi que les deux grands dais, étaient entourés de barrières destinées à en défendre l’approche aux nombreuses personnes qui avaient été autorisées à jouir de la beauté du spectacle. On remarquait enfin cinq autres dais, sous lesquels étaient réunis les princes et les barons autour de tables particulières, et un grand nombre d’autres tables.

Fig. 7. — Louis IX sur son siège royal, à tenture fleurdelisée. Miniature d’un ms, du XVe s. ( Bibl. nat.)

Notons que, dès le règne de saint Louis, ces fauteuils, ces sièges qu’on sculptait, qu’on couvrait des étoffes les plus riches, qu’on incrustait de pierres fines, sur lesquels on gravait les armoiries des grandes maisons, sortaient la plupart de l’atelier des ouvriers parisiens; ces ouvriers, menuisiers, bahutiers, coffretiers et tapissiers, avaient une telle renommée pour ces sortes de travaux, que, dans les inventaires et les prisées de mobiliers, on ne manquait pas d’y spécifier que tel ou tel des objets qui en faisaient partie était de fabrique parisienne, ex operagio parisiensi (fig. 7).

L’extrait suivant d’un compte d’Étienne La Fontaine, argentier royal, donnera, par ses termes mêmes, qui peuvent se passer de commentaire, une idée du luxe apporté à la confection d’un fauteuil (faudesteuil, disait-on alors), destiné au roi de France Jean le Bon, en 1352:

«Pour la façon d’un fauteuil d’argent et de cristal garni de pierreries, livré audit seigneur (le roi), duquel ledit seigneur fit faire audit orfèvre la charpenterie, et y mit plusieurs cristaux, pièces d’enluminure, plusieurs devises, perles et autres pièces de pierreries.

«Item, pour 217 pièces d’enluminure mises sous les cristaux dudit fauteuil, dont il y a 40 armoiries des armes de France, 61 de prophètes tenant des rouleaux, 112 demi-images de bêtes sur fond d’or, et 4 grandes histoires des jugements de Salomon.

«Item, pour 12 cristaux pour ledit fauteuil, dont il y a 5 creux pour les bâtons, 6 plats et 1 rond plat pour le milieu.»

Fig. 8. — Sièges divers. D’après les miniatures des XIVe et XVe siècle.

Dès cette époque, les fauteuils, sièges d’honneur par excellence, avaient quitté la forme traditionnelle du pliant (fig. 8); on les fit plus larges, et on les plaça sur une estrade, avec un escabeau en avant; on les accompagna de riches dossiers avec dais. «Mais, vers le quinzième siècle,» dit M. Viollet-Leduc, «les formes du fauteuil s’altèrent; ne conservant du pliant que l’apparence, il est accompagné de dossiers, de barres, qui le rendent fixe et lourd.» Il est décoré de franges, attachées au moyen de bandes de fer battu qu’on clouait dans le bois, et qui furent remplacées par des galons de passementerie.

Ce n’est guère que vers le commencement du quinzième siècle que se montrent les premières chaises garnies de paille ou de jonc, les pliants en forme d’X, et les sièges à bras rembourrés. Au seizième siècle, les chaires ou chayères à dorseret, en bois de chêne ou de châtaignier sculpté, peint et doré, furent abandonnées, même dans les châteaux royaux, comme étant trop lourdes et trop incommodes, à cause de l’énorme dimension qu’elles avaient prise (fig. 9).

Le dressoir, que nous venons de voir figurer dans le grand festin de Charles V, et qui d’ailleurs s’est conservé à peu près jusqu’à nos jours, en devenant notre buffet à étagères, était un meuble fait beaucoup moins en vue de l’utilité que de l’ostentation. C’est sur le dressoir, dont l’usage ne paraît pas remonter au delà du quatorzième siècle, et dont le nom indique assez la destination, que s’étalaient, dans les vastes salles du manoir, non seulement toute la riche vaisselle employée au service de table, mais encore maint autre objet d’orfèvrerie qui n’avait que faire dans un banquet : vases de toutes sortes, statuettes, tableaux en ronde-bosse, bijoux, vases, reliquaires même. Dans les palais et les grandes maisons, le dressoir, comme autrefois les tables, était souvent en or, en argent, en cuivre doré. Ce meuble était plus ou moins somptueux suivant le rang des personnages. D’après les Honneurs de la cour, ouvrage d’étiquette rédigé par Aliénor de Poitiers, le dressoir de la reine devait avoir cinq degrés ou gradins, celui des princesses et duchesses quatre, celui des comtesses trois, celui des femmes des chevaliers bannerets deux, et enfin celui des simples dames nobles un seul.

Ce qui distingue le dressoir du buffet, c’est que le premier n’a jamais de tiroirs ni d’armoires à portes.

Les gens d’un état inférieur n’avaient que des tables de bois, mais alors ils prenaient soin de les couvrir de tapis, de broderies, de nappes fines. A un certain moment, le luxe des dressoirs se propagea à un tel point dans les maisons ecclésiastiques, que nous rappellerons, entre autres critiques dirigées contre cette vaniteuse coutume, les reproches que Martial d’Auvergne, l’auteur du poème historique des Vigiles de Charles VII, adresse à ce sujet aux évêques. Une mention assez curieuse, que nous offrent les vieux documents, c’est la redevance d’ une demi-douzaine de petits bouquets, redevance à laquelle étaient tenus annuellement les habitants de Chaillot envers l’abbaye de Saint-Germain des Prés, pour l’ornement du dressoir de messire l’abbé.

Fig. 9. — Louise de Savoie, mère de François Ier assise sur une chaise à dorseret, en bois taillé et sculpté. D’après un ms. de la Bibl. nat. XVe s.

Après avoir désigné, au moyen âge, la chambre où l’on renfermait la vaisselle et les objets de prix, le mot buƒƒet, dans les quatorzième et quinzième siècles, s’applique spécialement à un meuble que l’on plaçait, pendant les repas de cérémonie, au milieu de l’espace réservé entre les tables; on y rangeait des pièces d’orfèvrerie, des épices et des confitures. Il se distinguait du dressoir en ce qu’au lieu d’être adossé à la muraille, il était isolé, de façon à pouvoir y aborder de tous les côtés. Plus modestes, mais plus utiles aussi, étaient l’abace et la crédence (fig. 10), autres espèces de buffet qui se trouvaient ordinairement à peu de distance de la table, pour recevoir, celui-ci les plats et les assiettes de rechange, celui-là les hanaps, les verres et les coupes. Ajoutons que la crédence, avant de passer dans les salles à manger, était, depuis des temps fort reculés, en usage dans les églises, où elle avait sa place près de l’autel, pour recevoir les burettes, linges et autres menus objets pendant le sacrifice de la messe.

Posidonius, philosophe stoïcien, qui écrivait environ cent ans avant l’ère chrétienne, nous apprend que dans les festins des Gaulois un esclave apportait sur la table une jarre de terre ou d’argent, pleine de vin, dans laquelle chaque convive puisait à son tour, suivant sa soif. Ainsi voilà l’usage des vases d’argent, aussi bien que celui des vases de terre, constaté dans les Gaules à une époque considérée comme primitive. A vrai dire, ces vases d’argent pouvaient provenir, non de l’industrie locale, mais du butin que ces peuplades guerrières avaient conquis dans leurs guerres contre les nations plus avancées en civilisation. Quant aux vases de terre cuite, le plus grand nombre de ces objets découverts chaque jour dans les sépultures nous montre combien ils étaient grossiers, bien qu’ils semblent avoir été fabriqués à l’aide du tour, comme chez les Romains. Quoi qu’il en soit, nous croyons devoir négliger ici cette question, pour la reprendre dans le chapitre consacré à la céramique.

Fig. 10. — Crédence du XVe siècle.

N’oublions pas, cependant, de signaler chez les premiers habitants de notre territoire la coutume probablement très ancienne d’offrir à boire , aux hommes les plus marquants par leur vaillance, dans une corne d’urus, dorée ou cerclée d’or ou d’argent (l’urus ou l’aurochs, sorte de bœuf dont la race a disparu, vivait à l’état sauvage dans les forêts dont la Gaule était alors en partie couverte). L’usage des cornes à boire se conserva longtemps, et l’on voit encore le duc Guillaume de Normandie s’en servir dans une cour plénière qu’il tint à Fécamp, aux fêtes de Pâques.

Nos anciens rois, qui avaient des tables fabriquées avec les métaux les plus précieux, ne pouvaient manquer de déployer aussi un luxe extraordinaire dans la vaisselle destinée à figurer sur leurs tables. Les chroniqueurs rapportent, par exemple, que Chilpéric, «sous prétexte d’honorer le peuple dont il était roi, fit faire un plat d’or massif, tout orné de pierreries, du poids de cinquante livres,» et encore que Lothaire distribua un jour, entre ses soldats, les débris d’un énorme bassin d’argent, sur lequel était représenté «l’univers avec le cours des astres et des planètes». A défaut de documents précis, il faut croire que le reste de la nation, à côté ou plutôt au-dessous de ce luxe royal, n’avait guère pour son usage que des ustensiles de terre et même de bois, sinon de fer ou de cuivre.

A mesure que nous avançons dans le cours des siècles, et jusqu’à l’époque où les progrès de la céramique permettent enfin à ses produits de prendre rang parmi les objets de luxe, nous trouvons toujours l’or et l’argent employés de préférence à la confection des services de table; mais le marbre, le cristal de roche taillé, le verre, apparaissent tour à tour, artistement travaillés, sous mille formes élégantes ou bizarres, en coupes, aiguières (fig. 11), abreuvoirs, hanaps, etc.

Fig. 11. - Aiguière en vermeil du XVe siècle.

Au hanap surtout semblent revenir de droit toutes les attributions honorifiques dans l’étiquette de table, car le hanap, sorte de large calice porté sur un pied élancé, ce qui le distinguait de la coupe ordinaire, était d’autant plus tenu pour objet de marque et de distinction entre les convives, qu’on lui supposait l’origine la plus ancienne. Ainsi l’on voit figurer, parmi les présents qui furent faits à l’abbaye de Saint-Denis par l’empereur Charles le Chauve, un hanap que l’on prétendait avoir appartenu à Salomon, «lequel hanap était si merveilleusement ouvré, que en tous les royaumes du monde ne fut oncques œuvre si subtile (délicate)». L’inventaire du roi Charles V, dressé en 1380, donne la description de 14 hanaps et d’autant d’aiguières, pesant près de 96 marcs d’or, et de 177 hanaps d’argent doré et presque tous émaillés. Ce n’était déjà plus une coupe réservée à un seul personnage, mais un vase à boire pour chacun des convives.

Les orfèvres, les ciseleurs, les fondeurs en cuivre appelaient à leur aide tous les caprices de l’art et de l’imagination, pour décorer les hanaps, les aiguières, les salières: il est fait mention, dans les récits des chroniqueurs, dans les romans de chevalerie, et surtout dans les vieux comptes et inventaires, d’aiguières représentant des hommes ou femmes, des roses, des dauphins; de hanaps chargés de figures de fleurs et d’animaux; de salières en façon de dragons, etc.

Plusieurs grandes pièces d’orfèvrerie, dont l’usage a été plus tard abandonné, brillaient alors dans les festins d’apparat. Il faut citer notamment les fontaines portatives, qui s’élevaient au milieu de la table, et qui laissaient couler diverses sortes de liqueurs pendant tout le repas. Philippe le Bon, duc de Bourgogne, en possédait une qui représentait une forteresse avec des tours, au sommet desquelles étaient placées deux statues, une de femme dont les mamelles répandaient de l’hypocras, et une d’enfant qui versait de l’eau parfumée. Le célèbre voyageur Rubruquis trouva, au treizième siècle, au fond de la Tartarie, à la cour du grand Khan, une fontaine de ce genre, exécutée par un orfèvre parisien, et qui pesait 3,ooo marcs d’argent.

Il y avait aussi les neƒs, qui, du Cange le montre bien, étaient de grands bassins en forme de vaisseaux, destinés à contenir sous clef les cuillers, fourchettes, couteaux, touailles (serviettes), coupes, salières, etc.; les drageoirs, remplacés par nos modernes bonbonnières, et qui formaient autrefois de précieux coffrets ciselés et damasquinés; enfin, les pots à aumône, sortes d’urnes en métal, richement ciselées, qu’on plaçait devant les convives, pour que, suivant une vieille et charitable coutume, chacun d’eux y déposât quelques morceaux de viande, qu’on distribuait ensuite aux pauvres (voy. la planche du Frontispice).

Si nous jetons les yeux sur les autres menus objets qui complétaient le service de table: couteaux, cuillers, fourchettes, guedousles, garde-nappes, vinaigriers, etc., nous verrons qu’ils n’accusaient pas moins de recherche et de luxe que les pièces principales. Les fourchettes, qui nous semblent aujourd’hui d’un usage indispensable, se trouvent mentionnées pour la première fois en France dans les dernières années du treizième siècle; encore sont-elles rares un assez long temps, puisque l’usage s’en introduisit en Angleterre seulement sous le règne de Jacques Ier. Ces fourchettes, grandes ou petites, n’ont que deux fourcherons et sont d’ordinaire emmanchées de cristal, de pierre ou d’ivoire.

Quant aux couteaux, qui devaient, simultanément avec les cuillers, suppléer aux fourchettes, pour aider les convives à porter les morceaux à la bouche, ils ont des titres d’antiquité incontestable. Le philosophe Posidonius, que nous citions tout à l’heure, dit, en parlant des Celtes: «Ils mangent fort malproprement et saisissent avec leurs mains, comme les lions avec leurs griffes, les quartiers de viande, qu’ils déchirent à belles dents. S’ils trouvent un morceau qui résiste, ils le coupent avec un petit couteau à gaîne, qu’ils portent toujours au côté.» De quelle matière étaient faits ces couteaux? L’auteur ne le dit pas; mais on peut présumer qu’ils étaient en silex taillé ou en pierre polie, comme les haches et les pointes de flèche qu’on retrouve fréquemment dans le sol habité par les anciens peuples, et qui rendent témoignage de leur industrie.

Dans le moyen âge, suivant Viollet-Leduc, il y avait diverses sortes de couteaux destinés à la table, par exemple les couteaux parepaires, servant à chapeler le pain et à couper les tranches de mie sur lesquelles on posait les pièces rôties; les couteaux pour le maigre et pour le gras, les couteaux à imagerie, dont les manches étaient ornés de figures; les couteaux de queux ou de cuisinier, les kenivets (d’où l’on a fait le mot Canif), couteaux de poche avec étui; des couteaux fermants ou à lame rentrante, tels que les modernes eustaches. Ces petits couteaux pour l’usage quotidien datent d’une époque très reculée. Le musée du château de Compiègne possède un couteau fermant, à manche d’os, qui est certainement d’origine gauloise.

Les cuillers, qui durent nécessairement être employées chez tous les peuples, du moment où ils adoptèrent l’usage des mets plus ou moins liquides, sont signalées presque à l’origine de notre histoire; ainsi l’on voit, dans la Vie de sainte Radegonde, cette princesse, tout occupée de pratiques charitables, se servir d’une cuiller pour donner à manger aux aveugles et aux infirmes dont elle prenait soin. Ces objets étaient alors à manche court et à capsule ronde et peu profonde. Il y en avait en argent pour les riches, mais celles des gens de moyen état et du peuple étaient de cuivre, de fer, ou d’étain. A la fin du quinzième siècle, on en fabriqua beaucoup à manches d’ivoire ou d’ébène sculptés, avec agréments d’argent.

Fig. 12. — Casse-noisette en fer du XVIe siècle.

Nous trouvons, à une époque fort éloignée, les truquoises ou casse-noisette (fig. 12); cet ustensile est désigné dans un compte de la reine Jeanne d’Évreux en 1372: «Une truquoise d’argent à casser les noisettes, pesant six onces.» Les guedousles avaient, à la forme près, la dispositions de nos huiliers à deux burettes, car on les décrit comme des espèces de bouteilles à double goulot et à compartiments, dans lesquels on pouvait mettre, sans les mêler, deux sortes de liqueurs différentes. Les garde-nappes étaient nos dessous de plat, faits d’osier, de bois, d’étain ou d’autre métal.

La fabrication du plus grand nombre de ces objets, quand ils étaient destinés aux gens de haute condition, ne laissait pas d’exercer le travail des artisans et le talent des artistes. Cuillers, fourchettes, guedousles, saucières, etc., fournissaient d’inépuisables sujets de décoration et de ciselure; les manches de certains ustensiles affectaient les formes les plus variées.

Les assiettes, jusqu’à l’époque où la céramique les rendit plus ou moins luxueuses, furent naturellement modelées sur les plats, dont elles ne sont qu’un diminutif. Mais, si ceux-ci étaient énormes, celles-là étaient toujours très petites, très plates si l’on servait des mets secs, et très creuses au contraire pour les mets liquides. Au douzième siècle, l’emploi en était assez rare; le bois, l’étain ou l’argent, suivant la condition des personnes, servit à les façonner.

Si de la salle à manger nous passons dans la cuisine, afin d’avoir quelques notions sur les ustensiles culinaires, nous sommes obligé d’avouer qu’antérieurement au treizième siècle les documents les plus circonstanciés sont à peu près muets à cet égard. Il est question pourtant, chez les vieux poètes et les vieux romanciers, d’immenses broches (hastiers), qui permettaient de faire rôtir à la fois une quantité de viandes différentes, des moutons entiers aussi bien que de longues files de volailles et de gibier; ces broches étaient tournées par des valets devant le feu, car l’usage des tournebroches mécaniques à poids ne remonte pas plus loin que la fin du quatorzième siècle. Dans les palais ou maisons seigneuriales, la batterie de cuisine en cuivre avait une véritable importance, puisque la garde et l’entretien des chaudrons étaient confiés à un homme appelé maignen (désignation que le peuple attribue encore aux chaudronniers ambulants). Dès le douzième siècle existait la corporation des dinans, qui exécutaient au marteau, en battant et en repoussant le cuivre, des pièces à relief historiées, dignes d’entrer en comparaison avec les plus remarquables ouvrages de l’orfèvrerie. Certains de ces artisans jouirent d’une telle renommée, que leurs noms sont venus jusqu’à nous: Jean d’Outremeuse, Étienne de la Mare, Gautier de Goux, Lambert Patras, furent l’honneur de la dinanderie.

Fig. 13. - Atelier de tonnelier, grav. de J. Amman. XVIe siècle.