L'Enlèvement: Toute la Trilogie - Anna Zaires - E-Book
Beschreibung

Les 3 volumes de la trilogie, best-seller international : une sombre histoire d’amour disponible pour la première fois dans le même volume et à prix réduit.

« Me laissera-tu partir un jour?
Non, Nora, répond-il, et je devine son sourire dans le noir. Jamais. »

La veille de son dix-huitième anniversaire Nora Leston rencontre Julian Esguerra et sa vie change pour toujours. Kidnappée et séquestrée dans une île privée elle se retrouve à la merci d’un homme puissant et dangereux qui l’embrase quand il la touche.

Un homme totalement obsédé par elle.

Son ravisseur est énigmatique et aussi cruel que beau. Pourtant c’est la tendresse dont il fait preuve à son égard qui est la plus dévastatrice pour Nora. Attirée dans son univers de violence Nora doit trouver les moyens de s’adapter pour y survivre et elle trouve la lumière au coeur des ténèbres.

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L'Enlèvement

Toute la Trilogie

Anna Zaires

♠ Mozaika Publications ♠

Ceci est un roman. Les noms, les personnages, les lieux et les événements ont été imaginés par l’auteur ou sont utilisés de manière fictive et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou non, avec des entreprises existantes, des événements ou des lieux réels est purement fortuite.

Copyright © 2016 Anna Zaires

https://www.annazaires.com/book-series/francais/

Tous droits réservés.

Aucun extrait de ce livre ne peut être reproduit, scanné ou distribué sous forme imprimée ou sous forme électronique sans la permission expresse de l’auteur sauf pour être cité dans un compte-rendu de presse.

Publié par Mozaika Publications, imprimé par Mozaika LLC.

www.mozaikallc.com

Couverture par Najla Qamber Designs

www.najlaqamberdesigns.com

Traduction : Julie Simonet

Sous la direction de Valérie Dubar

e-ISBN: 978-1-63142-146-4

Print ISBN: 978-1-63142-147-1

Table des matières

Twist Me - L’Enlèvement

Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Keep Me - Garde-Moi

I. L’arrivee

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

II. La demeure

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

III. La captive

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Hold Me - Tiens Moi

I. Le Retour

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

II. La Convalescence

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

III. Le Voyage

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Chapitre 34

Chapitre 35

Chapitre 36

Chapitre 37

Chapitre 38

IV. Le Contrecoup

Chapitre 39

Chapitre 40

Chapitre 41

Épilogue

Extrait de Liaisons Intimes

Extrait de Capture-Moi

Extrait de La captive des Krinars

Extrait de Lecteurs de Pensée

À propos de l’auteur

Twist Me - L’Enlèvement

L'Enlèvement t. 1

Prologue

Nora

Du sang.

Du sang partout. La flaque d’un rouge sombre s’étend et s’accroît. J’en ai sur les pieds, sur la peau, dans les cheveux… Je sens son odeur, j’en suis couverte, j’en ai le goût dans la bouche. Je me noie dans le sang, j’en perds le souffle.

Non ! Assez !

Je voudrais hurler, mais impossible de respirer. Je voudrais bouger, mais je suis ligotée et la corde me rentre dans la chair quand j’essaie de me libérer.

Et je l’entends hurler. Des cris de souffrance et d’angoisse qui n’ont plus rien d’humain, des cris déchirants, dévastateurs qui mettent mon esprit à vif et le martyrisent comme sa chair est martyrisée.

Il lève une dernière fois le couteau et la flaque de sang s’étend à l’infini, un flot qui m’entraîne dans son sillage…

Je me réveille en hurlant son nom, mes draps sont trempés de sueur froide.

Pendant un moment, je ne sais plus où je suis… et puis je m’en souviens.

Je ne serai plus jamais à sa merci.

1

Dix-huit mois plus tôt

Nora

J’ai dix-sept ans quand je le rencontre pour la première fois.

J’ai dix-sept ans et je suis folle de Jake.

― Nora, allons-y, ce n’est pas intéressant, me dit Leah. Nous regardons le match, assises sur les gradins. Un match de football américain. Je n’y connais rien, mais je fais comme si ça me plaisait parce que ça me permet de le voir. De le voir tous les jours s’entraîner sur ce terrain.

Évidemment, je ne suis pas la seule à regarder Jake. C’est l’attaquant de l’équipe et le garçon le plus sexy qui soit, en tout cas, le plus sexy du quartier d’Oak Lawn, à Chicago, dans l’Illinois.

― Si, c’est intéressant, lui dis-je. Le football, c’est super !

Leah roule des yeux.

― Ben voyons ! Alors, va lui parler ! Tu n’as pas ta langue dans ta poche, pourquoi ne pas faire en sorte qu’il te remarque ?

Je hausse les épaules. Jake et moi ne fréquentons pas les mêmes gens. Il est toujours entouré de majorettes qui lui font les yeux doux et je l’ai observé assez longtemps pour savoir qu’il préfère les blondes de grande taille aux petites brunes.

Et d’ailleurs pour le moment ça m’amuse de m’en tenir là et d’être simplement attirée par lui. Et je sais ce que je ressens. Du désir. Qui vient de mon système hormonal, tout simplement. Je ne sais pas si la personnalité de Jake me plairait, mais il est clair que j’aime le regarder torse nu. À chaque fois qu’il passe près de moi, je sens mon cœur battre la chamade tant il m’excite. Je brûle de l’intérieur et j’ai envie de me tortiller sur mon siège.

Et je rêve de lui la nuit. Des rêves sexy, des rêves sensuels, je rêve qu’il me tient la main, qu’il me touche le visage, qu’il m’embrasse. Nos corps se touchent, se frottent l’un contre l’autre. Nous enlevons nos vêtements.

J’essaie d’imaginer comment ça serait de faire l’amour avec Jake.

L’an dernier, quand je sortais avec Rob, on a failli aller jusqu’au bout, mais je me suis aperçue qu’il avait couché avec une autre fille à une fête après avoir trop bu. Il s’est répandu en excuses quand je lui ai demandé ce qu’il en était, mais je ne pouvais plus lui faire confiance et nous avons rompu. Et maintenant, je suis bien plus prudente avant de sortir avec quelqu’un, tout en sachant que tous les garçons ne sont pas comme Rob.

Mais Jake est peut-être comme lui. Il a tellement de succès, ce doit être un coureur. Quoi qu’il en soit, la première fois que je ferai l’amour je voudrais vraiment que ce soit avec Jake.

― On devrait sortir ce soir, dit Leah. Entre filles. On pourrait aller à Chicago pour fêter ton anniversaire.

― Mon anniversaire n’est que dans une semaine. Je le lui rappelle tout en sachant qu’elle a marqué la date sur son calendrier.

― Et alors ? On peut anticiper.

Je lui souris. Elle a toujours tellement envie de s’amuser.

― Je n’en suis pas sûre. Et s’ils nous mettent de nouveau à la porte ? Ces fausses cartes d’identité ne sont vraiment pas super…

― On ira ailleurs. On n’a pas besoin de retourner à Aristote.

Aristote était de très loin la boîte de nuit la plus cool de la ville. Mais Leah avait raison, il y en avait d’autres.

― D’accord, lui dis-je. Allons-y ! On va anticiper.

Leah vient me chercher à 21 heures.

Elle s’est habillée pour sortir en boîte, un jean noir moulant, un débardeur noir en lurex, des cuissardes à talon haut. Sa chevelure blonde éclaircie par un balayage est parfaitement lisse et lui tombe en cascade dans le dos.

Par contre, je porte encore mes baskets. J’ai caché mes escarpins dans le sac à dos que je laisserai dans la voiture de Leah. Un gros pull dissimule le petit haut sexy que j’ai mis. Je ne suis pas maquillée et j’ai une queue de cheval.

C’est pour n’éveiller aucun soupçon que je quitte la maison comme ça. Je dis à mes parents que je vais passer la soirée avec Leah chez une autre copine. Ma mère me sourit et me dit de bien m’amuser.

Maintenant que j’ai presque dix-huit ans, j’ai la permission de minuit. Enfin, c’est tout comme, il n’y a rien de précis. Du moment que je rentre chez moi avant que mes parents commencent à s’inquiéter ou que je leur dis où je suis, tout va bien.

Une fois dans la voiture de Leah je commence à me préparer.

J’enlève le gros pull, faisant apparaître le débardeur moulant que je porte dessous. J’ai mis un soutien-gorge à balconnet pour donner plus de volume à mes formes plutôt modestes. Les bretelles du soutien-gorge ont été conçues de telle manière qu’elles sont vraiment mignonnes, si bien que ce n’est pas gênant de les voir dépasser. Je n’ai pas de jolies bottes comme Leah, mais j’ai réussi à prendre en cachette ma plus jolie paire d’escarpins. Ils me grandissent d’environ dix centimètres. Comme chaque centimètre compte pour moi, j’enfile les escarpins.

Ensuite, je sors ma trousse de maquillage et j’abaisse le pare-soleil pour me voir dans la glace.

J’y retrouve ces traits que je connais bien : de grands yeux marron et des sourcils noirs bien dessinés dominent mon petit visage. Un jour, Rob m’a dit que j’avais un look exotique et ce n’est pas faux. Bien que je n’aie du sang latino que du côté de ma grand-mère, j’ai toujours l’air d’être un peu bronzée, et mes cils sont d’une longueur inhabituelle. Tes faux cils dit Leah, mais ils sont parfaitement à moi.

Je me trouve pas mal, même si j’aimerais être plus grande. Ce sont mes origines mexicaines qui sont responsables de ma petite taille. Ma grand-mère était toute petite et moi aussi, bien que mes parents soient tous les deux de taille moyenne. Ce qui me serait égal si Jake ne préférait pas les filles de grande taille. Je ne pense même pas qu’il puisse me voir quand on passe dans le couloir, je ne suis pas dans son champ de vision.

En soupirant, je mets du gloss et de l’ombre à paupières. Avec le maquillage, je n’en rajoute pas, je suis mieux en restant naturelle.

Leah augmente le volume de la radio et les dernières chansons pop envahissent la voiture. Je souris et je me mets à chanter avec Rihanna. Leah se joint à moi et bientôt nous entonnons à pleins poumons les paroles de S & M.

En un clin d’œil, nous arrivons à la boîte de nuit.

Nous y entrons avec l’air du propriétaire. Leah adresse un grand sourire au videur et nous sortons nos cartes d’identité.

On nous laisse rentrer sans problèmes.

Nous ne sommes jamais allées dans cette boîte, elle est dans un quartier assez ancien, un peu décrépi du centre-ville de Chicago.

― Comment as-tu trouvé cette boîte ? ai-je demandé à Leah en criant, il faut élever la voix à cause de la musique.

― C’est Ralph qui m’en a parlé, répond-elle, et je roule des yeux.

Ralph est l’ancien petit ami de Leah. Ils ont rompu quand il a commencé à se conduire d’une façon bizarre, mais quoi qu’il en soit ils continuent de se voir. J’ai l’impression qu’il se drogue. Je n’en suis pas sûre et Leah ne veut pas m’en dire davantage, elle a tort de faire preuve de loyauté envers lui. C’est le roi de l’embrouille et le fait que nous soyons venues ici sur ses recommandations n’est pas vraiment rassurant.

Mais peu importe. C’est vrai que le quartier n’est pas super, mais la musique est cool et la diversité des danseurs aussi.

Nous sommes venues faire la fête et c’est exactement ce que nous faisons dans l’heure qui suit. Grâce à Leah, deux garçons nous offrent un verre. Nous n’en buvons qu’un. Leah, parce que c’est elle qui conduit, et moi parce que l’alcool ne me réussit pas. Nous avons beau être jeunes, nous ne faisons pas n’importe quoi.

Après avoir bu, nous allons danser. Les deux garçons qui nous ont invitées dansent avec nous, mais petit à petit nous nous éloignons d’eux. Ils ne sont pas si mignons que ça. Leah trouve un groupe de garçons plus âgés que nous et super sexy et nous nous faufilons vers eux. Elle engage la conversation avec l’un d’eux et je souris en la regardant faire. Elle est vraiment douée pour flirter.

Entretemps, ma vessie m’avertit qu’il faut que j’aille aux toilettes. Alors je les laisse et j’y vais.

En revenant, je demande un verre d’eau au barman. J’ai soif à force de danser.

Il me le donne et je le bois d’un trait. Quand j’ai fini, je pose le verre et je lève les yeux.

Ils en croisent deux autres, deux yeux bleus perçants.

Il est assis à l’extrémité du bar, à trois mètres environ. Et il me regarde fixement.

Je le fixe des yeux à mon tour. Je ne peux pas m’en empêcher. C‘est probablement le plus bel homme que j’aie jamais vu.

Ses cheveux sont bruns et légèrement bouclés. Son visage est dur et viril, chacun de ses traits parfaitement symétriques. Des sourcils droits et sombres surplombent ces yeux étonnamment pâles. Une bouche qui pourrait être celle d’un ange déchu.

En imaginant cette bouche toucher ma peau, mes lèvres, je me mets à brûler. Si j’avais tendance à rougir, je serais rouge comme une tomate.

Il se lève et se dirige vers moi sans me quitter des yeux. Il marche sans hâte. Tranquillement. Il est parfaitement sûr de lui. Et pourquoi en serait-il autrement ? Il est très beau, et il le sait.

À son approche, je me rends compte que c’est un homme imposant. Grand et costaud. Je ne sais pas quel âge il a, mais je devine qu’il est plus proche de trente ans que de vingt. C’est un homme, pas un garçon.

Il se tient près de moi et j’en oublierais presque de respirer.

― Comment t’appelles-tu ? demande-t-il d’une voix douce. Sa voix domine la musique, ses notes graves sont audibles malgré le bruit qu’il y a tout autour.

― Nora, dis-je à voix basse en levant les yeux vers lui. Il me fascine complètement et je suis sûre qu’il s’en rend compte.

Il sourit. Ses lèvres sensuelles s’entrouvrent et révèlent des dents régulières et très blanches.

― Nora. Ce nom me plait.

Il ne se nomme pas alors je prends mon courage à deux mains et lui demande :

― Comment vous appelez-vous ?

― Tu peux m’appeler Julian, dit-il et je regarde le mouvement de ses lèvres. Je n’ai jamais eu une telle fascination pour la bouche d’un homme.

― Quel âge as-tu, Nora ? demande-t-il ensuite.

Je cligne des yeux.

― Vingt-et-un ans.

Il s’assombrit.

― Dis-moi la vérité.

― Presque dix-huit ans, ai-je admis à regret. J’espère qu’il ne va pas le dire au barman et me faire jeter dehors.

Il hoche la tête comme si je venais de confirmer ses soupçons. Et puis il lève la main et me touche le visage. Doucement, légèrement. Son pouce se frotte contre ma lèvre inférieure comme s’il se demandait ce qu’on ressent en le faisant.

Je suis saisie d’un tel choc que je reste là, sans bouger. Personne ne m’a jamais fait une chose pareille, me toucher d’une manière si désinvolte, si possessive. J’ai chaud et froid en même temps, et la peur me serpente le long du dos. Il n’y a pas la moindre hésitation dans ses gestes. Il ne demande pas la permission, il n’attend pas de voir si je vais lui permettre de me toucher.

Il se contente de me toucher. Comme s’il avait le droit de le faire. Comme si je lui appartenais.

Je respire en tremblant et je recule d’un pas.

― Il faut que je parte, ai-je murmuré et de nouveau il hoche la tête en me regardant avec une expression insondable sur son beau visage.

Je comprends qu’il me laisse partir et je lui en suis misérablement reconnaissante, parce qu’au plus profond de moi-même quelque chose me dit qu’il aurait aisément pu aller plus loin et qu’il n’obéit pas aux règles habituelles.

Et je me dis que c’est sans doute l’être le plus dangereux que j’aie jamais rencontré.

Je me retourne et je me fraye un chemin dans la foule. Mes mains tremblent et mon cœur bat à tout rompre.

Il faut que je parte alors j’attrape la main de Leah et je l’oblige à me ramener à la maison.

En sortant de la boîte de nuit, je me retourne et je le vois de nouveau. Il n’a pas cessé de me fixer des yeux.

Il y a une sombre promesse dans ce regard, quelque chose qui me donne le frisson.

2

Nora

Les trois semaines suivantes passent à une vitesse fulgurante. Je fête mes dix-huit ans, je prépare le bac, je passe du temps avec Leah et Jennie, mon autre amie, je vais à des matchs de football pour voir jouer Jake et je me prépare pour la cérémonie de la remise des diplômes.

J’essaie de ne plus repenser à l’incident de la boîte de nuit. Parce que quand j’y pense j’ai l’impression d’être lâche. Pourquoi m’être enfuie ? Julian m’a à peine touchée.

Je ne m’explique pas cette étrange réaction. J’étais tout excitée et en même temps j’avais ridiculement peur.

Et maintenant, mes nuits sont très agitées. Au lieu de rêver de Jake, je me réveille souvent, j’ai trop chaud, je suis mal à l’aise, et j’ai des élancements entre les jambes. Mes rêves sont envahis d’images érotiques, des images sombres, des trucs auxquels je n’ai jamais pensé jusqu’ici. Souvent, j’y vois Julian me faire quelque chose et souvent je suis impuissante, figée sur place.

Quelquefois, j’ai l’impression de devenir folle.

Pour me débarrasser de cette idée inquiétante, je me concentre sur ce que je vais mettre.

Aujourd’hui, on va assister à la remise des diplômes et je suis vraiment fébrile. Leah, Jennie et moi nous avons prévu quelque chose de super après la cérémonie. Jake fait une fête chez lui pour célébrer les résultats du bac, ce sera l’occasion ou jamais de pouvoir enfin lui parler.

Sous ma toge bleue de cérémonie, je porte une robe noire. Elle est toute simple, mais elle me va bien et elle met en valeur mes petites rondeurs. Et je porte mes talons de dix centimètres. C’est un peu déplacé pour la cérémonie, mais j’ai besoin de me grandir.

Mes parents me conduisent au lycée. Cet été, j’espère économiser assez d’argent pour pouvoir avoir ma propre voiture quand j’irai à l’université. J’irai dans un IUT de Chicago parce que ça sera moins cher et je continuerai d’habiter chez mes parents.

Ce qui ne me dérange pas. Mes parents sont gentils et nous nous entendons bien. Ils me laissent vraiment libre, sans doute parce qu’ils pensent que je me conduis bien et que je ne fais jamais de bêtise. Et dans l’ensemble, ils ont raison. À part la fausse carte d’identité et des virées en boîte de temps en temps, je mène une vie assez calme. Je ne bois pas trop, je ne fume pas, je ne me drogue jamais même si une fois j’ai essayé de fumer un joint à une fête.

Nous arrivons et je tombe sur Leah. Nous faisons la queue pour la cérémonie en attendant patiemment notre tour. C’est une parfaite journée du début du mois de juin, ni trop chaude ni trop fraîche.

On appelle Leah en premier. Elle a de la chance, son nom de famille commence par un « A ». Le mien c’est Leston, alors je dois attendre encore une demi-heure. Heureusement, nous ne sommes qu’une centaine à avoir passé le bac. C’est l’un des avantages d’habiter une petite ville.

On m’appelle et je reçois mon diplôme. En regardant la foule, je souris et je fais signe à mes parents. Je suis contente qu’ils aient l’air aussi fier de moi.

Je serre la main du proviseur et je me retourne pour aller m’asseoir.

Et à ce moment-là, je le vois pour la deuxième fois.

Mon sang se fige dans mes veines.

Il est assis au fond de la salle, et il me regarde. Même à cette distance je sens le regard qu’il pose sur moi.

Malgré tout, je parviens à descendre de l’estrade sans tomber. Mes jambes flageolent et ma respiration s’est accélérée. Je m’assieds à côté de mes parents en espérant qu’ils ne remarqueront pas dans quel état je suis.

Qu’est-ce que Julian fait là ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Je respire profondément et je me dis qu’il faut me calmer. Il est sûrement venu voir quelqu’un d’autre. Peut-être que son frère ou sa sœur viennent de passer le bac. Ou quelqu’un d’autre de sa famille.

Mais je sais que je me raconte des histoires.

Je me souviens de sa manière possessive de poser la main sur moi, et je sais qu’il n’en a pas fini avec moi.

Il veut que je lui appartienne.

À cette pensée, un frisson me descend le long du dos.

Je ne le revois pas après la cérémonie et je suis soulagée. Leah nous emmène en voiture chez Jake. Tout le long du chemin, elle bavarde avec Jennie, elles sont contentes d’avoir tourné la page du lycée et de commencer la prochaine partie de notre vie.

Normalement, je devrais prendre part à la conversation, mais je suis trop mal à l’aise pour le faire après avoir aperçu Julian et je garde le silence. Sans trop savoir pourquoi je n’ai pas parlé à Leah de cette rencontre à la boîte de nuit. Je lui ai seulement dit que j’avais mal à la tête et que je voulais rentrer à la maison.

Je ne sais pas pourquoi je ne peux pas parler de Julian à Leah. Je n’ai aucun scrupule quand il s’agit de tout lui dire sur Jake. C’est peut-être parce que c’est trop difficile pour moi de décrire les émotions que Julian provoque en moi. Elle ne comprendrait pas pourquoi il me fait peur.

Et moi non plus je ne le comprends pas.

Quand nous arrivons chez Jake la fête bat son plein. J’ai toujours l’intention de parler à Jake, mais je suis bouleversée après avoir vu Julian tout à l’heure. Je décide que j’ai besoin de boire un verre pour me redonner courage.

Je laisse les filles et je me dirige vers le bol de punch pour m’en servir un verre. Après l’avoir reniflé, je suis certaine qu’il contient vraiment de l’alcool et je bois le verre en entier. Et j’en ressens presque immédiatement les effets. Comme je m’en suis aperçue il y a quelques années je ne supporte vraiment pas l’alcool. Je ne peux pas boire plus d’un verre.

Je vois Jake se diriger vers la cuisine et je décide de le suivre.

― Tu veux un coup de main ? lui ai-je demandé.

Il sourit, ses yeux marron se plissent aux extrémités.

― Oh oui, ça serait sympa. Ses cheveux blondis par le soleil sont un peu trop longs et retombent sur son front ce qui lui va particulièrement bien.

Il me fait fondre. Il est si beau. Pas d’une beauté inquiétante comme Julian, mais d’une beauté agréable et douce. Jake est grand et musclé, mais pour un attaquant il n’est pas excessivement costaud. Cependant, il n'est pas assez costaud pour jouer au football américain à l’université, ou du moins c’est ce que m’a dit un jour Jennie.

Je l’aide à nettoyer, à épousseter des miettes sur le plan de travail et à essuyer le punch qui a été renversé sur le sol. Pendant tout ce temps, je suis tellement excitée que mon cœur bat plus vite.

― Tu t’appelles Nora, c’est ça ? dit Jake en me regardant.

Il sait comment je m’appelle !

Je lui adresse un grand sourire.

― Oui !

― C’est vraiment gentil de ta part de venir m’aider, Nora, dit-il d’une voix sincère. J’aime bien donner des fêtes, mais le lendemain c’est la galère de tout nettoyer. Alors j’essaie de le faire au fur et à mesure avant que ça devienne trop sale.

Je lui souris encore davantage.

― Avec plaisir !

Il a parfaitement raison. J’aime beaucoup le fait qu’il soit si gentil et si attentionné, qu’il soit tellement plus qu’un gros dur.

Nous commençons à bavarder. Il me parle de ses projets pour l’an prochain. Contrairement à moi, il part à l’université. Je lui dis que j’ai l’intention de rester sur place pendant deux ans pour que ça coûte moins cher. Après j’aimerais aller dans une véritable université.

Il hoche la tête d’un air approbateur et dit que c’est une bonne idée. Il y avait pensé aussi, mais il a eu la chance d’avoir une bourse qui paiera entièrement ses études à l’université du Michigan.

Je souris et le félicite. Dans mon for intérieur, je saute de joie.

Nous nous entendons bien. Nous nous entendons vraiment bien ! Je lui plais, je m’en aperçois. Mais pourquoi ne pas lui avoir parlé plus tôt ?

Nous bavardons pendant vingt minutes avant que quelqu’un ne vienne le chercher dans la cuisine.

― Dis, Nora, tu es libre demain ?

Je lui dis oui de la tête en retenant mon souffle.

― Et si on allait voir un film ensemble ? Suggère Jake. On pourrait manger quelque chose dans ce petit restaurant de fruits de mer ?

Je souris et je hoche la tête comme une idiote. J’ai tellement peur de dire quelque chose de stupide alors je me tais.

― Super, dit Jake en me rendant mon sourire. Alors je viendrai te chercher à six heures.

Il retourne s’occuper de ses invités et je retrouve les filles. Nous restons encore deux ou trois heures, mais je n’ai plus l’occasion de parler avec lui. Il est entouré par ses copains de l’équipe et je ne veux pas le déranger.

Mais de temps en temps, je le surprends en train de regarder dans ma direction et de sourire.

Pendant les vingt-quatre heures qui suivent, je suis sur un petit nuage. Je raconte tout ce qui s’est passé à Leah et à Jennie. Elles sont ravies pour moi.

Pour me préparer pour notre rendez-vous, je mets une jolie robe bleue et une paire de bottes marron à talon haut. C’est un compromis entre des bottes de cow-boy et quelque chose de plus élégant et je sais qu’elles me vont bien.

Jake vient me chercher à dix-huit heures sonnantes.

Nous allons au Poisson de mer, un restaurant du quartier à succès qui n’est pas trop loin du cinéma. C’est un endroit confortable, mais pas trop guindé.

Parfait pour un premier rendez-vous.

On s’amuse bien. Jake me parle de lui et de sa famille. Et quand il me pose des questions, nous nous apercevons que nous aimons le même genre de films. Je déteste les comédies romantiques et j’adore les films catastrophe d’un goût douteux avec beaucoup d’effets spéciaux. Et visiblement Jake aussi.

Après le dîner, nous allons au cinéma, malheureusement ce n’est pas une histoire d’apocalypse, mais c’est quand même un assez bon film d’action. Pendant le film, Jake met son bras sur mon épaule et j’ai du mal à rester calme. J’espère qu’il va m’embrasser ce soir.

Quand le film est fini, nous allons nous promener dans le parc. Il est tard, mais je me sens parfaitement en sécurité. Il n’y a pratiquement jamais d’incidents dans cette ville et les rues sont bien éclairées.

Nous nous promenons et nous nous tenons par la main. Nous parlons du film. Puis il s’arrête et il me regarde.

Je sais bien ce qu’il a envie de faire. Et moi aussi j’en ai envie.

Je le regarde et je souris. Il me sourit à son tour, met les mains sur mes épaules et se penche vers moi pour m’embrasser.

Ses lèvres sont douces et son haleine a gardé le goût de son chewing-gum à la menthe de tout à l’heure. Son baiser est doux et agréable, exactement comme je le souhaitais.

Et puis tout change en un clin d’œil.

Je ne sais même pas ce qui se passe ou comment ça se passe. J’embrasse Jake et une minute plus tard il est allongé sur le sol et il a perdu connaissance. Une grande silhouette est penchée au-dessus de lui.

J’ouvre la bouche pour hurler, mais j’ai à peine poussé un petit cri qu’une grande main se pose sur ma bouche et sur mon nez.

Je sens une vive piqûre au cou, sur le côté, et tout devient noir.

3

Nora

Je me réveille avec un terrible mal de tête et un estomac barbouillé. Il fait sombre et je ne peux rien voir.

Pendant une seconde, je ne me souviens plus de ce qui s’est passé. Est-ce que j’ai trop bu à la fête ?

Puis je retrouve mes esprits et les évènements de la veille au soir reviennent m’envahir. Je me souviens du baiser et puis… Jake, oh, doux Jésus, qu’est-ce qui est donc arrivé à Jake ?

Et qu’est-ce qui m’est donc arrivé ?

Je suis tellement terrorisée que je reste là, couchée et tremblante.

Je suis couchée dans un lit confortable. Avec un bon matelas vraisemblablement. Je suis sous une couverture, mais je ne sens aucun vêtement, seulement la douceur des draps de coton sur ma peau. Je me touche et il s’avère que j’ai raison : je suis complètement nue.

Je tremble de plus belle.

D’une main, je vérifie entre mes jambes. À mon immense soulagement, rien n’a changé. Je ne suis pas mouillée, je n’ai pas mal, rien n’indique que j’aie été violentée.

En tout cas pas encore.

Des larmes me brûlent les yeux, mais je les retiens. Pleurer n’aiderait en rien la situation en ce moment. Il faut que je comprenne ce qui se passe. Ont-ils l’intention de me tuer ? De me violer ? De me violer et ensuite de me tuer ? Si c’est une rançon qu’ils cherchent autant dire que je suis déjà morte. Depuis que mon père a été licencié pendant la récession, mes parents arrivent tout juste à payer l’emprunt de la maison.

J’ai du mal à me calmer. Je ne veux pas me mettre à hurler. Pour ne pas attirer leur attention.

Je reste donc allongée dans le noir en passant en revue toutes les horreurs que j’ai vues au journal télévisé. Je pense à Jake et à la tendresse de son sourire. Je pense à mes parents qui seront bouleversés quand la police leur dira que j’ai disparu. Je pense à tous les projets que j’avais, je n’aurai sans doute jamais l’occasion d’aller à l’université pour de bon.

Et puis je me mets en colère. Pourquoi ont-ils fait ça ? Et d’abord qui sont-ils ? Je pense qu’ils sont plusieurs parce que je me souviens d’avoir vu une grande silhouette se pencher sur le corps de Jake.

Quelqu’un d’autre a dû m’attraper par-derrière.

La colère m’aide à contrôler ma panique. J’arrive à réfléchir un peu. Je ne vois toujours rien dans le noir, mais ça ne m’empêche pas d’avoir des sensations.

En bougeant silencieusement je commence à explorer ce qu’il y a autour de moi.

D’abord pour confirmation je suis effectivement dans un lit. Un grand lit, probablement un lit de presque deux mètres de large. Il y a des oreillers et des couvertures et les draps sont agréables au toucher. Ils ont l’air cher.

Sans savoir pourquoi, ça me fait encore plus peur. Il s’agit de criminels qui ont de l’argent.

En glissant au bord du lit je m’assieds tout en tenant une couverture serrée autour de moi. Mes pieds nus touchent le sol. Il est lisse et froid comme un plancher.

Je m’enveloppe dans la couverture et je me lève, prête à poursuivre mon exploration.

À ce moment-là, j’entends s’ouvrir la porte.

Une douce lumière pénètre dans la pièce. Même si elle est faible, elle m’éblouit un instant. Je cligne plusieurs fois des yeux et mes yeux s’y habituent.

Alors je levois.

Julian.

Il se tient dans l’embrasure de la porte comme un ange des ténèbres. Ses cheveux bouclent légèrement autour de son visage et adoucissent la dureté parfaite de ses traits. Il me parcourt le visage des yeux puis ses lèvres dessinent un léger sourire.

Il est superbe.

Et totalement terrifiant.

Mon instinct ne m’avait pas trompé, cet homme est capable de tout.

― Bonjour, Nora, dit-il d’une voix douce en entrant dans la pièce.

Je regarde désespérément autour de moi, rien qui puisse me servir d’arme.

J’ai soif à avaler ma langue. Je n’ai même pas assez de salive pour parler. Alors je me contente de le regarder s’avancer vers moi comme un tigre affamé se dirige vers sa proie.

S’il me touche, je vais me battre.

Il se rapproche et je recule d’un pas. Puis d’un second et d’un troisième jusqu’à ce que je sois plaquée contre le mur. Tout en me recroquevillant dans la couverture.

Il lève la main et je me raidis, prête à me défendre.

Mais c’est seulement pour m’offrir une bouteille.

― Tiens ! dit-il, j’ai pensé que tu devais avoir soif.

Je le fixe des yeux. Je meurs de soif, mais je ne veux pas qu’il me fasse de nouveau avaler un somnifère.

Il semble comprendre pourquoi j’hésite.

― Ne t’inquiète pas, mon petit chat. Ce n’est que de l’eau. Je veux que tu sois réveillée et consciente.

Je ne sais comment réagir à ces paroles. Mon cœur bat la chamade et la peur me donne la nausée.

Il reste là et regarde patiemment. Tout en maintenant la couverture d’une main, je succombe à ma soif et prends la bouteille d’eau qu’il me tend. Ma main tremble et mes doigts effleurent les siens. Une vague de chaleur m’envahit alors, une étrange sensation à laquelle je ne prête pas attention.

Et maintenant, il faudrait enlever le bouchon, ce qui veut dire qu’il faut lâcher la couverture. Il observe le dilemme dans lequel je suis avec intérêt et non sans un certain amusement. Heureusement, il ne me touche pas. Il est à environ cinquante centimètres de moi et se contente de me regarder.

Je garde les bras le plus près du corps possible pour tenir la couverture de cette manière et je débouche la bouteille. Puis je reprends la couverture d’une main et je porte la bouteille à mes lèvres pour boire.

L’eau fraîche est délicieuse sur mes lèvres desséchées et sur ma langue. Je vide entièrement la bouteille. Je ne me souviens pas avoir jamais trouvé l’eau aussi bonne. C’est le somnifère qu’il m’a donné pour m’amener ici qui a dû rendre ma bouche sèche à ce point.

Maintenant que je suis de nouveau capable de parler, je lui demande :

― Pourquoi ?

À mon immense surprise, ma voix semble presque normale.

Il lève la main et touche une nouvelle fois mon visage. Comme il l’avait fait à la boîte de nuit. Et de nouveau, je suis là, impuissante, et je le laisse faire. Ses doigts sont doux sur ma peau, sa caresse presque tendre. Ce geste contraste tellement avec la situation qu’il me désoriente un instant.

― Parce que ça m’a déplu de te voir avec lui, dit Julian et je peux entendre une rage à peine maîtrisée dans sa voix. Parce qu’il t’a touchée, parce qu’il a posé la main sur toi.

J’ai du mal à réfléchir.

― Qui ? ai-je murmuré en essayant de comprendre de qui il parle. Et puis j’y suis. Jake ?

― Oui, Nora, dit-il sombrement. Jake.

― Est-ce qu’il est… je ne sais même pas si je vais réussir à le dire. Est-ce qu’il est en vie ?

― Pour le moment, dit Julian dont les yeux brûlent comme des flammes. Il est à l’hôpital et il souffre d’une légère commotion cérébrale.

Je suis tellement soulagée que je m’affale le long du mur. C’est à ce moment-là que je réalise ce qu’il vient de me dire.

― Qu’est-ce que ça signifie, « pour le moment » ?

Julian hausse les épaules.

― Sa santé et son bien-être dépendent entièrement de toi.

J’avale ma salive pour m’humecter la gorge, elle est encore sèche.

― De moi ?

Il me caresse de nouveau le visage, replace une mèche de cheveux derrière mon oreille. J’ai si froid que j’ai l’impression qu’il me brûle en me caressant.

― Oui, mon petit chat, de toi. Si tu te conduis convenablement tout ira bien pour lui. Sinon…

J’ai grand-peine à respirer.

― Sinon ?

Julian sourit.

― Il n’a plus qu’une semaine à vivre.

Son sourire est ce que j’ai vu de plus beau et de plus effrayant au monde.

― Qui êtes-vous ? ai-je murmuré. Que voulez-vous de moi ?

Il se tait. Au lieu de me répondre, il me caresse les cheveux et approche une épaisse mèche brune de son visage. Il respire comme s’il voulait la sentir.

Je le regarde, pétrifiée. Je ne sais que faire. Me battre contre lui ? Et à quoi cela servirait-il ? Il ne m’a pas encore fait de mal et je ne veux pas le provoquer. Il est beaucoup plus grand que moi, et beaucoup plus fort. Sous le tee-shirt noir qu’il porte, je peux voir la taille de ses muscles. Sans talons hauts, je lui arrive à peine à l’épaule.

Alors que je me demande si ça vaut la peine de se battre contre quelqu’un qui pèse presque cinquante kilos de plus que moi il prend la décision à ma place. Il lâche mes cheveux et tire sur la couverture que je tiens de toutes mes forces.

Je ne la lâche pas. En fait, je m’y agrippe encore plus. Et je fais quelque chose d’humiliant.

Je le supplie.

― Je vous en prie, ai-je dit éperdument, je vous en prie, ne faites pas ça.

Il sourit une nouvelle fois.

― Pourquoi pas ?

Sa main continue de tirer sur la couverture, lentement et inexorablement. Je sais qu’il le fait ainsi pour prolonger la torture. Il pourrait facilement arracher la couverture d’un coup.

― Je ne le veux pas, lui ai-je dit. Ma poitrine est si serrée que j’ai du mal à respirer et le son de ma voix est étrangement voilé.

Il semble amusé, mais je vois une lueur sombre dans son regard.

― Ah bon ? Tu crois que je n’ai pas vu comment tu as réagi en me voyant dans la boîte de nuit.

Je secoue la tête.

― Je n’ai eu aucune réaction. Vous vous trompez… Je retiens mes larmes et on l’entend dans ma voix. C’est Jake que je désire…

En un éclair, il m’a mis la main autour de la gorge.

― Ce n’est pas ce garçon que tu désires, dit-il durement. Jamais il ne pourra te donner ce que moi je peux te donner. Tu m’as compris ?

Je hoche la tête, trop effrayée pour faire autrement.

Il me lâche la gorge.

― Bien, dit-il plus doucement. Et maintenant, lâche cette couverture. Je veux te revoir nue.

Te revoir nue ? C’est lui qui a dû me déshabiller.

J’essaie de me coller encore plus près du mur. Toujours sans lâcher la couverture.

Il soupire.

Deux secondes plus tard, la couverture est par terre. Comme je m’en doutais, je n’ai pas la moindre chance de lui résister quand il utilise toute sa force.

Je résiste donc de la seule manière possible. Au lieu de rester debout et de le laisser me regarder nue, je me laisse glisser le long du mur jusqu’à ce que je sois assise par terre, les genoux contre la poitrine. Je me tiens les jambes et je reste assise comme ça en tremblant de tous mes membres. Mes longs cheveux épais me descendent le long du dos et des bras et me cachent en partie à son regard.

Je m’enfouis le visage dans les genoux. Je suis terrifiée à l’idée de ce qu’il va faire maintenant et les larmes qui me brûlent les yeux s’en échappent finalement pour rouler sur mes joues.

― Nora, dit-il d’une voix inébranlable, lève-toi ! Lève-toi immédiatement.

Je secoue la tête sans mot dire et sans le regarder.

― Nora, tu peux y prendre du plaisir ou tu peux souffrir. C’est vraiment à toi de choisir.

Du plaisir ? Il est donc fou ? Les sanglots me secouent toute entière.

― Nora, répète-t-il, et j’entends son impatience dans sa voix, tu as exactement cinq secondes pour faire ce que je te dis.

Il attend et je pourrais presque l’entendre compter mentalement. Je compte aussi et à quatre je me lève, les larmes toujours ruisselantes sur mon visage.

J’ai honte d’être aussi lâche, mais j’ai tellement peur de souffrir. Je ne veux pas qu’il me fasse du mal.

En fait, je ne veux pas qu’il me touche, mais visiblement je n’ai pas le choix.

― C’est bien, dit-il doucement en me caressant de nouveau le visage et en me ramenant les cheveux derrière les épaules.

Je tremble sous ses doigts. Je ne peux pas le regarder, je garde donc les yeux baissés.

Visiblement, ça ne lui plait pas, alors il me remonte le menton pour me forcer à croiser son regard.

Dans cette lumière, ses yeux sont d’un bleu sombre. Il est si près de moi que je sens la chaleur qui émane de son corps. C’est réconfortant parce que j’ai froid. Je suis nue et j’ai froid.

Brusquement, il se penche et s’empare de moi. Avant que je n’aie le temps d’avoir vraiment peur, il glisse un bras sous mon dos et l’autre sous mes genoux.

Puis il me soulève comme une plume et me porte vers le lit.

Il m’y dépose presque doucement et je me mets en boule en tremblant. Il commence à se déshabiller et je ne peux m’empêcher de le regarder.

Il porte un jean et un tee-shirt et il enlève le tee-shirt en premier.

Son torse est une véritable œuvre d’art avec ses larges épaules, ses muscles durs et sa douce peau bronzée. Sa poitrine est légèrement velue. Dans d’autres circonstances, j’aurais été ravie d’avoir un aussi bel amant.

Mais étant donnée la situation je n’ai qu’une envie, hurler.

Ensuite, il enlève son jean. J’entends descendre la fermeture éclair et ça me donne des forces pour réagir.

En l’espace d’une seconde, je me lève du lit et je me précipite vers la porte qu’il a laissée ouverte.

J’ai beau être petite, je suis rapide. J’ai fait de l’athlétisme pendant dix ans et j’étais assez douée. Malheureusement, je me suis fait mal au genou pendant une course et maintenant je dois courir moins vite et faire d’autres sports.

J’atteins la porte, je descends l’escalier et je suis presque à la porte d’entrée quand il me rattrape.

Il est derrière moi et son bras se referme sur moi, il me serre si fort que j’ai d’abord du mal à respirer. Mes bras sont complètement emprisonnés si bien que je ne peux pas me débattre. Il me soulève et je lui donne des coups de pieds. Je réussis à l’atteindre avant qu’il ne me retourne pour que je sois face à lui.

Je suis certaine qu’il va me frapper et je me prépare à recevoir ses coups.

Mais il se contente de resserrer son étreinte et de me tenir encore plus près de lui. J’ai le visage enfoui contre son buste et mon corps nu est serré contre le sien. Je sens la fraîche odeur musquée de son corps et je sens quelque chose de dur et de chaud contre mon ventre.

Son sexe en érection.

Il est entièrement nu et tout excité.

Étant donnée la manière dont il me tient, je suis complètement impuissante. Je ne peux ni lui donner des coups ni le griffer.

Mais je peux le mordre.

Alors j’enfonce les dents dans son pectoral et j’entends ses jurons puis il me tire les cheveux pour me faire lâcher prise.

Il met un bras autour de ma taille et il me tient le bas du corps très serré contre lui. Son autre main agrippe mes cheveux et me tient la tête en arrière. Je le repousse des mains, faisant un effort inutile pour mettre un peu de distance entre nos deux corps.

Je le regarde droit dans les yeux, sans prêter attention aux larmes qui coulent le long de mon visage. Il ne me reste plus qu’à être courageuse. Si je dois mourir, au moins que ce soit avec un peu de dignité.

L’expression de son visage est sombre, pleine de colère, il plisse ses yeux bleus en me regardant.

Je respire fort et mon cœur bat à tout rompre.

Nous nous regardons, le prédateur et sa proie, le conquérant et sa conquête, et à cet instant je me sens étrangement liée à lui. C’est comme si une part de moi-même était altérée à jamais par ce qui est en train de se passer entre nous.

Tout à coup ? Son visage s’adoucit. Un sourire apparaît sur ses lèvres sensuelles.

Puis il se penche vers moi, baisse la tête et pose ses lèvres sur les miennes.

Je suis stupéfaite. Ses lèvres sont douces et tendres en s’attardant sur les miennes, même s’il me tient d’une poigne de fer.

Il embrasse bien. J’ai déjà embrassé un certain nombre de garçons, mais je n’ai jamais rien ressenti de pareil. Son haleine est chaude, parfumée de quelque chose de sucré, et sa langue me taquine les lèvres jusqu’à ce qu’elles s’ouvrent sans le vouloir et le laissent pénétrer dans ma bouche.

Je ne sais pas si c’est un effet secondaire de ce qu’il m’a fait prendre ou simplement le soulagement de ne pas souffrir, mais ce baiser me fait fondre. Une étrange langueur me parcourt le corps et dissipe ma détermination à me battre.

Il m’embrasse lentement, à loisir, en prenant tout son temps.

Sa langue caresse la mienne et il me suce légèrement la lèvre inférieure, me faisant brûler au plus profond de moi. Sa main relâche son emprise sur mes cheveux et entoure ma nuque. C’est presque comme s’il me faisait l’amour.

Je m’aperçois que j’ai mis une main sur son épaule. Sans savoir pourquoi je me raccroche à lui au lieu de le repousser. Je ne comprends pas mes propres réactions. Pourquoi est-ce que je ne me détourne pas de ses baisers avec dégoût ?

Sa merveilleuse bouche est si douce que j’ai l’impression d’embrasser un ange. J’en oublie un instant la situation dans laquelle je suis et ça me permet d’éloigner la terreur que je ressens.

Il se dégage et baisse les yeux vers moi. Ses lèvres sont humides et brillantes, un peu gonflées après notre baiser. Les miennes aussi, sans doute.

Il ne semble plus en colère. Plutôt avide et content à la fois. Sur son visage parfait, je vois le désir se mêler à la tendresse et je ne peux en détourner les yeux.

Je me lèche les lèvres et il les regarde un instant. Puis il m’embrasse de nouveau en effleurant légèrement mes lèvres des siennes.

Puis, il me soulève une nouvelle fois et me porte au deuxième étage où se trouve son lit.

4

Nora

Quand je repense à cette journée, mon comportement me semble incompréhensible. Je ne comprends pas pourquoi je ne lui ai pas résisté davantage, pourquoi n’ai-je pas fait une nouvelle tentative de fuite ? Ce n’était pas une décision rationnelle de ma part ni un choix conscient de coopérer pour éviter de souffrir.

Non, je me laisse totalement guider par mon instinct.

Et mon instinct est de me soumettre à lui.

Il me pose sur le lit et je reste là. Je suis trop épuisée après m’être battue et ce qu’il m’a fait prendre continue de m’engourdir.

La situation est tellement irréelle que je ne parviens pas bien à la comprendre.

J’ai l’impression d’assister à une pièce de théâtre ou à un film. Il n’est pas possible que je sois dans une telle situation. Que ce soit à moi qu’on ait fait prendre un somnifère, que ce soit moi qu’on ait kidnappée et qui me laisse caresser des pieds à la tête par mon ravisseur.

Nous sommes couchés sur le côté, face à face. Je sens ses mains sur ma peau. Elles ne sont pas vraiment douces, mais légèrement calleuses. Mais elles sont chaudes sur mon corps frigorifié. Et elles sont fortes, bien qu’il n’ait pas recours à la force en ce moment. Il pourrait facilement me soumettre comme il l’a fait tout à l’heure, mais ce n’est pas nécessaire. Je ne lui résiste pas. Je flotte dans le vague, je m’abandonne au plaisir.

Il m’embrasse de nouveau et me caresse le bras, le dos, le cou, l’extérieur des cuisses. Ses caresses sont douces, mais fermes. C’est presque comme s’il me faisait un massage sauf que ses intentions vont clairement dans une autre direction.

Il m’embrasse le cou et mordille légèrement l’endroit où se rejoignent le cou et l’épaule, et j’en frissonne de plaisir.

Je ferme les yeux. Je suis désarmée par sa douceur, je ne m’y attendais pas. Je sais que je devrais me sentir violentée, et c’est le cas, mais je me sens aussi étrangement aimée.

Les yeux fermés, je fais comme si c’était un rêve. Un sombre fantasme comme ceux que j’ai quelquefois tard dans la nuit. Laisser cet inconnu me faire ça accroît mon plaisir.

Maintenant, une de ses mains est sur mes fesses et en pétrit la chair douce. Son autre main remonte sur mon ventre, sur ma cage thoracique. Il atteint mes seins et en prend un dans sa main, il le presse légèrement. Mes tétons sont déjà durcis et ses caresses sont agréables, presque réconfortantes. Rob m’a déjà caressée de la même manière, mais ce n’était pas pareil. Rien n’a jamais été comme ça.

Je continue de fermer les yeux quand il me fait rouler sur le dos. Il est en partie couché sur moi, mais l’essentiel de son poids repose sur le lit. Je comprends qu’il ne veut pas m’écraser et je lui en sais gré.

Il embrasse ma clavicule, mon épaule, mon ventre. Sa bouche est chaude et laisse une traînée humide sur ma peau.

Puis il serre les lèvres autour de mon téton droit et commence à le sucer. Mon corps se cambre et je sens une tension dans mon bas-ventre. Il en fait de même de l’autre côté et la tension que je ressens s’accroît et s’intensifie.

Il s’en aperçoit. Je le sais parce que sa main s’aventure entre mes cuisses et sent que je suis mouillée.

― C’est bien, murmure-t-il. Tu es si douce, si réceptive.

Quand ses lèvres continuent à descendre le long de mon corps et que ses cheveux me chatouillent la peau, je commence à gémir. J’ai compris ce qu’il a l’intention de faire et je cesse de penser quand il atteint sa destination.

Un instant, je tente de résister, mais il n’a aucun mal à m’ouvrir les jambes. Ses doigts me tapotent doucement puis il ouvre mes lèvres d’en bas.

Ensuite, il m’embrasse à cet endroit, ce qui inonde mon corps tout entier de chaleur. Sa bouche habile me lèche et me mordille le clitoris jusqu’à ce que je gémisse de plus belle puis il se met à le sucer légèrement.

Le plaisir est si intense, si inattendu que mes yeux s’ouvrent d’un coup.

Je ne comprends pas ce qui m’arrive et ça me fait peur. Je brûle, j’ai des élancements entre les jambes. Mon cœur bat si vite que j’ai du mal à reprendre mon souffle et je me mets à haleter.

Je commence à me débattre et il rit doucement. Je sens le souffle de sa respiration sur ma chair si sensible. Il me maintient sans mal et continue ce qu’il faisait.

La tension que je ressens commence à devenir insupportable. Je me tortille contre sa langue et chacun de mes mouvements semble me rapprocher d’un point de non-retour qui semble hors d’atteinte.

Et puis j’y parviens avec un petit cri. Tout mon corps se tend et je suis submergée d’un plaisir si intense que mes doigts de pieds se crispent. Je sens mes muscles intimes vibrer et je comprends que je viens d’avoir un orgasme.

Le premier orgasme de ma vie. Et c’était aux mains -ou plutôt dans la bouche- de mon ravisseur.

Je suis tellement bouleversée que je ne désire qu’une seule chose, me rouler en boule et pleurer. Je referme brusquement les yeux.

Mais il n’en a pas encore terminé avec moi. Il rampe le long de mon corps et m’embrasse de nouveau sur la bouche. Il a un autre goût maintenant, un goût salé avec une nuance légèrement musquée. Je réalise que c’est mon goût. Je retrouve mon propre goût sur ses lèvres. Je suis gênée et une vague de chaleur me parcourt le corps alors que mon désir s’intensifie.

Son baiser est plus charnel qu’avant, plus brutal. Sa langue me pénètre la bouche en imitant clairement l’acte sexuel et ses hanches s’alourdissent entre mes jambes. L’une de ses mains tient ma nuque et l’autre est entre mes jambes pour me caresser et me donner de nouveau du plaisir.

Je ne lui résiste pas vraiment, bien que mon corps se raidisse au retour de la peur. Je sens la chaleur et la dureté de son sexe en érection qui se heurte à l’intérieur de ma cuisse et je sais qu’il va me faire mal.

― S’il vous plait, ai-je murmuré en ouvrant les yeux pour le regarder. Je suis aveuglée de larmes. S’il vous plait… je ne l’ai encore jamais fait…

Il gonfle les narines et ses yeux brillent davantage.

― Tant mieux ! dit-il d’une voix douce.

Puis il bouge un peu les hanches et de la main il guide sa verge vers mon ouverture.

Quand il commence à me pénétrer, j’en perds le souffle. Je suis mouillée, mais mon corps résiste à cette étrange intrusion. Je ne connais pas sa taille, mais son gland me semble énorme quand il pénètre lentement dans mon corps.

Je commence à avoir mal, ça me brûle et je me mets à crier en repoussant ses épaules.

Ses pupilles se dilatent, ce qui assombrit ses yeux. Il a des gouttes de sueur sur le front et je comprends qu’en réalité il essaie de se maîtriser.

― Détends-toi, Nora ! murmure-t-il d’une voix rauque. Tu auras moins mal si tu te détends.

Je tremble. Je ne peux suivre son conseil, je suis trop nerveuse et j’ai trop mal même s’il n’a encore que peu pénétré en moi.

Il continue à avancer et ma chair se soumet petit à petit en s’étirant malgré elle pour le laisser entrer. Je me tortille maintenant, je sanglote, je lui griffe le dos, mais il reste implacable et sa verge continue sa lente pénétration centimètre par centimètre.

Alors il s’arrête un instant et je vois une veine battre près de sa tempe. Il a l’air de souffrir. Mais je sais que ce qui me fait tellement mal lui donne du plaisir.

Il baisse la tête et m’embrasse le front. Puis il traverse mon hymen et d’un seul coup déchire la fine membrane. Il ne s’interrompt que lorsqu’il s’est enfoui en moi jusqu’au bout et que son pubis s’appuie contre le mien.

Je m’évanouis presque de douleur. Mon ventre se tord tant j’ai la nausée et j’ai l’impression que je vais perdre connaissance. Je ne peux même pas crier ; je peux seulement respirer légèrement, par petites bouffées pour tenter de rester consciente. Je sens la dureté de sa verge en moi et c’est la pire impression d’intrusion que je connais.

― Détends-toi, me murmure-t-il à l’oreille, détends-toi donc, mon petit chat. Tu n’auras plus mal, ça va aller mieux…

Je ne le crois pas. J’ai l’impression qu’une tige chauffée à blanc m’a été enfoncée dans le corps pour me déchirer et m’ouvrir en deux. Et je ne peux rien faire pour y échapper, pour moins souffrir. Il est tellement plus grand que moi, tellement plus fort. Je ne peux que rester là, impuissante, clouée sous son poids.

Il ne bouge plus les hanches, il ne pousse plus, même si je sens la tension de ses muscles.

À la place, il m’embrasse encore doucement le front. Je ferme les yeux, des larmes amères coulent sur mes tempes et je sens ses lèvres effleurer mes paupières.

J’ignore combien de temps nous restons comme ça. Il couvre mon visage et mon cou de doux baisers. Sa main me caresse, c’est comme une parodie des gestes que font les amants. Et durant tout ce temps, sa verge est enfoncée au plus profond de moi, son implacable dureté me fait souffrir et me brûle de l’intérieur.

J’ignore à quel moment la douleur commence à s'atténuer. Mon corps a la traîtrise de s’adoucir lentement, de commencer à réagir à ses baisers, à la tendresse de ses caresses.

Ce salaud s’en aperçoit. Et il commence lentement à bouger, se retirant un peu et puis revenant en moi.

D’abord, ses mouvements me font souffrir encore plus et c’est pire. Et puis il place une main entre nos deux corps et d’un doigt il appuie sur mon clitoris, légèrement, mais sans s’interrompre. Ses mouvements font bouger mes hanches si bien que je me frotte contre son doigt de manière rythmée.

Je suis horrifiée de m’apercevoir que la tension renaît en moi. Je souffre encore, mais je ressens aussi du plaisir. Je me tortille dans ses bras, maintenant c’est aussi contre moi-même que je me débats. Il pousse de plus en plus fort, de plus en plus profondément, avec une intensité insupportable qui me fait hurler. La douleur et le plaisir se mêlent jusqu’à ne plus faire qu’un, jusqu’à ce que je ne sois plus que pure sensation et que cette sensation m’engouffre complètement. Et alors c’est une explosion, l’orgasme me traverse le corps avec une telle force que j’en perds la vue pendant quelques instants.

Tout à coup, je l’entends gronder tout près de mon oreille et je le sens devenir encore plus gros et encore plus long en moi. Sa verge vibre et ses profonds soubresauts me font comprendre que lui aussi il vient de jouir.

Ensuite, il se dégage, roule sur le lit puis me prend dans ses bras et me serre contre lui.

Et je pleure dans ses bras, cherchant la consolation auprès de celui qui a provoqué mes larmes.

Ensuite, mon esprit est confus, mes pensées étrangement en désordre. Il me porte quelque part et je me laisse aller dans ses bras, pantelante comme une poupée de chiffon.

Et maintenant il fait ma toilette. Je suis debout avec lui dans la douche. Je suis vaguement surprise que mes jambes arrivent à me porter.

Je me sens dépourvue d’émotion, comme détachée de tout.