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Parmi les victimes d’injustice, il y en a qui, incapables de reprendre pied dans une vie normale, sont à jamais brisées par le mal qu’on leur a fait. La cruauté et les souffrances infligées ne peuvent être expiées. Cependant, une attitude positive envers la vie, et des relations étroites avec un Dieu tout-puissant, qui peut changer les larmes en rire, malgré les blessures de l’âme, ont aidé Hermine Schmidt à survivre à la persécution en Allemagne nationale-socialiste, et au camp d’extermination de Stutthof. Hermine Schmidt raconte sa vie - son enfance brutalement interrompue par la dictature nazie, sa jeunesse qu’on lui a volée, son arrestation à l’âge de dix-sept ans, sa détention et sa déportation, les moments dramatiques et bouleversants de leur évacuation à bord d’un chaland, en compagnie de 370 rescapés du camp, décharnés et pitoyables, et leur sauvetage – qui ressemble fort à un miracle. Son histoire, marquée d’un optimisme inébranlable, est une exhortation adressée aux générations futures à lutter contre l’iniquité, la haine, et l’oppression. « La faim et la détresse, la torture et la mort Les ont amenés sur une côte étrangère Pour y trouver un esprit compatissant Et une main tendue. »
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Veröffentlichungsjahr: 2018
Dédicace
À tous ceux qui m’aiment, et qui n’ont cessé d’insister
pour que j’écrive ce livre :
Continuez de m’aimer…
« Si, aux yeux des enfants, l’histoire est celle de gens comme vous
et moi, ils en tireront leçon pour agir en personnes responsables.
Ils doivent pouvoir s’identifier leurs vies. »
(Wilhelm Staudacher, ancien chef du Parlement fédéral)
Voilà pourquoi j’ai raconté ma jeunesse,
– pas seulement pour les jeunes –
avec ses hauts et ses bas,
ses points forts et ses défaillances.
Préface
Christine King
Historienne,
Recteur adjoint à l’Université Staffordshire (Grande-Bretagne)
Il y a vingt ans, en préparant mon doctorat, je fis des recherches sur le sort des groupements religieux minoritaires sous le 3ème Reich. Mes connaissances des Témoins de Jéhovah et de leurs croyances étaient limitées. Je désirais savoir si ce groupe, tout comme d’autres que j’avais choisis pour mon étude, avait tant soit peu résisté, moralement ou concrètement, au national-socialisme. Très vite, les Témoins de Jéhovah ont volé la vedette aux autres communautés dans le cadre de mon investigation. Leur foi leur interdisait tout compromis, et ils étaient prêts à assumer les conséquences de leur attitude sous la domination d’un État totalitaire. Leur histoire est tout à la fois choquante et simple, si bien qu’en l’examinant, nous sommes en mesure de mieux comprendre ce qui s’est passé au cours de cette période historique désignée sous le nom évocateur d’‘Holocauste’.
La joie préservée nous donne un aperçu de ce qu’était la vie d’une jeune Témoin de Jéhovah au cours de ces années terribles. Ce récit relate les défis qu’elle et ses coreligionnaires ont dû relever, et les terribles conséquences qu’a eu pour eux une vision du monde contraire à celle d’alors. Elle nous familiarise avec le terrible fardeau des choses vécues qui pèse sur ses épaules à ce jour, et avec les sentiments qui agitent celui qui a survécu au fléau d’une telle époque.
L’histoire des Témoins de Jéhovah est remarquable, et bien qu’elle commence à être mieux connue, et que le courage de ceux qui ont souffert et sont morts pour leur foi soit estimé à sa juste valeur en-dehors de leur communauté, il reste encore beaucoup à faire pour enfin accorder à ces personnes extraordinaires la reconnaissance qui leur est due.
Je ne suis pas Témoin de Jéhovah, mais j’ai le plus grand respect pour la passion avec laquelle ils servent leur Dieu. Chaque récit augmente notre compréhension. Qu’Hermine nous fasse ainsi participer à ce qu’elle a vécu est un don précieux, que tous devraient apprécier à sa juste valeur, qu’ils partagent sa foi ou non. Le message en est précis, il perce entre chaque ligne de son texte ; en ignorer la leçon serait à notre détriment. Toute société qui cherche à contrôler les croyances et le comportement de ses citoyens, et qui traite ses membres comme Hermine et ses coreligionnaires l’ont été, est une société dangereuse pour chacun de nous. Notre dette envers Hermine et ses frères dans la foi pour avoir résisté au nazisme est grande. Ils nous ont appris ce qu’on peut et ce qu’on doit faire.
Staffordshire, décembre 2004
Préface
Dr Detlef Garbe
Historien,
Directeur du Mémorial du camp de concentration de Neuengamme
Le IIIème Reich a déjà fait couler beaucoup d’encre, et d’innombrables discours ont été tenus à son sujet. C’est également le cas pour les victimes de persécutions à l’époque. Cependant, la domination nationale-socialiste comprend encore de nombreuses facettes sur lesquelles la lumière n’a pas été faite. Tout comme les personnes concernées, l’histoire de la vie de chacune d’elles est différente. Cet ouvrage parle d’une femme, exposée à la violence du régime national-socialiste dès l’enfance, et tout au long de son adolescence. Hermine Schmidt est Témoin de Jéhovah, et fait partie de ces gens prêts à tous les sacrifices pour leur foi, même sous un gouvernement totalitaire.
Ce qu’elle raconte est un témoignage exceptionnel. Elle retrace de façon très directe et personnelle son développement, les événements qui ont marqué son enfance et sa jeunesse, et comment elle a grandi dans sa foi. Le point fort de son récit est le temps de la persécution. Avec des mots touchants, elle relate son arrestation par la Gestapo à l’âge de dix-sept ans, et son internement au camp de Stutthof. Les conditions de vie dans ce camp de concentration et d’extermination sont dépeintes avec un don d’observation remarquable. Alors que l’Armée Rouge s’approche, le camp est évacué et de nombreux détenus sont embarqués sur des bateaux. Hermine Schmidt est parmi les survivants qui, le 5 mai 1945, atteignent le rivage danois, après un parcours dramatique en péniche sur la mer Baltique.
Ce n’est que justice d’accorder une large place aux souvenirs des survivants. Mieux que toute analyse scientifique, leurs biographies montrent avec quelle violence le régime nazi a rompu le cours de l’existence de ceux qui refusaient – même si le prix à payer était élevé – de renoncer à leur foi et de se plier à une idéologie qui n’augurait rien de bon. C’est en cela que l’histoire d’Hermine Schmidt est impressionnante. Elle comble en même temps un vide car, parmi les mémoires publiés par les membres de cette communauté religieuse, rares sont ceux provenant d’une femme – des sœurs dans la foi, comme l’exprimeraient les Témoins de Jéhovah.
La perspective féminine ouvre des interrogations et des horizons nouveaux. Ainsi, ce récit ne se contente pas de narrer une succession d’événements, mais donne un aperçu des sentiments très personnels d’une jeune femme. Les peurs, les tentations et les moments de désespoir ne sont pas passés sous silence, contrairement à d’autres qui soulignent surtout le triomphe de la foi.
Cela donne à cet ouvrage un cachet d’authenticité, et présente par conséquent un intérêt, non seulement pour les Témoins de Jéhovah, mais aussi pour les gens de l’extérieur, même ceux qui, à priori, rejettent cette communauté.
Les survivants de la terreur nazie déclarent qu’ils n’ont commencé à raconter que depuis peu ce qu’ils ont subi. Pendant les années d’après-guerre, il importait de trouver des repères, de reprendre des forces et de vaincre la misère matérielle. Ils ne voulaient pas faire porter le fardeau de leurs traumatismes à leurs enfants ; Hermine Schmidt voulait être ‘ une mère comme les autres ’ pour sa fille. Et l’indifférence de leurs concitoyens, qui ne voulaient pas entendre parler des camps de concentration, est une réalité que les survivants ont dû affronter pendant des décennies. Souvent, ils se heurtaient à l’incompréhension. Avec rudesse, on leur laissait entendre que les bombardements, la fuite ou l’expulsion avaient imposé de nombreux sacrifices à ceux qui les avaient vécus. C’est ainsi que de plus en plus de survivants furent réduits au silence. Seuls leurs compagnons d’infortune sous le régime nazi faisaient preuve de cette bienveillance qui rassure et donne le sentiment d’être compris. Et là, nul besoin de paroles.
C’est ce qu’Hermine Schmidt a trouvé chez Horst, lui aussi un Témoin de Jéhovah persécuté, qu’elle épousa peu après la guerre. Au cours de cinquante-trois ans de mariage, ils se sont réconfortés mutuellement. Horst, un objecteur de conscience qui, des mois durant, attendait, jour après jour, la venue du bourreau dans une cellule de la mort, est un havre tranquille et sûr pour elle qui, par son tempérament, lui communique sa joie de vivre lorsque menacent cauchemars et dépression.
Le chapitre sur sa « nouvelle vie après 1945 » donne aux lectrices et lecteurs une idée de l’influence que les humiliations du camp ont à ce jour sur la vie d’Hermine Schmidt, le déni de toute dignité humaine et la dégradation de n’être plus ‘ qu’un numéro parmi des milliers d’autres ’. Elle déclare que ces blessures ont ‘marqué son âme au fer rouge’, et que les ‘cicatrices subsistent à ce jour’. Cependant, à ses yeux, cette ‘sensation d’être brisée intérieurement’ a un aspect bénéfique, une sensibilité toujours présente pour les droits de l’homme, et la faculté de se mettre à la place de ceux qui sont dans la détresse.
Il nous faut espérer, tout comme Hermine Schmidt, que notre empathie pour les victimes d’injustices ne se manifeste pas uniquement lorsque nous-mêmes avons subi des abus. Comme tant d’autres récits de survivants des camps, ce livre est un appel aux nouvelles générations de ne pas détourner leurs yeux et d’élever leurs voix dès qu’apparaît l’iniquité, sachant que l’inhumanité existe, et qu’il arrive que les droits de l’homme soient foulés aux pieds.
Les Témoins de Jéhovah ne sont mentionnés que depuis peu lors de manifestations à la mémoire des martyrs du régime nazi, principalement des Juifs et d’autres groupes. L’initiative personnelle des victimes était nécessaire, comme ce fut le cas pour d’autres minorités, dont la persécution a longtemps été ignorée par la plupart d’entre nous – par ex. les Sinti et Roma, ceux qu’on a stérilisés arbitrairement, les homosexuels et les déserteurs. Depuis quelque temps, cette communauté religieuse tente de faire connaître le sort de ses victimes oubliées de la persécution nazie et d’améliorer sa réputation dans la société. Pour ce faire, elle se sert de l’exposition Fermes face à la persécution, présentée dans de nombreuses villes ; un film vidéo 1 a été diffusé dans le monde entier et de nombreuses manifestations ont donné à des historiens et à des témoins oculaires l’occasion de prendre la parole.
1La fermeté des Témoins de Jéhovah face à la persécution nazie, 1997, éd. Watchtower Society.
Cet hommage rendu au groupe des victimes Témoins de Jéhovah est attendu depuis longtemps. Il ne sous-entend pas une approbation ou une identification avec les objectifs de la Watchtower Society2. Savoir que les Témoins de Jéhovah ont été persécutés sous le IIIème Reich est d’autant plus important pour ceux qui rejettent leurs enseignements, leur code moral et la hiérarchisation de leur organisation.
2 Société de la Tour de Garde.
Pour Hermine et Horst Schmidt, cette reconnaissance tardive des Témoins de Jéhovah représente une césure : ‘Après avoir gardé secrètes toutes les horreurs vécues il y a plus d’un demi-siècle’ – et, on se doit de l’ajouter, même dans leur propre entourage et dans leurs congrégations – il y a soudain ‘un intérêt sincère pour ce qui nous est arrivé autrefois.’ Depuis quelques années, la vie des Schmidt a changé. En tant que témoins oculaires, on leur demande de raconter leurs souffrances à l’époque nazie à un large public. Bien que cela n’ait pas été leur désir, mais que ce souhait ait été manifesté par d’autres, tous deux rompent à présent ‘leur silence assourdissant’, comme l’exprime Hermine Schmidt. Après une longue période d’indifférence, on leur témoigne à présent de la reconnaissance, de l’intérêt, et ‘cette chaleur qui nous a si longtemps manquée’, qui leur fait tant de bien. Ceux qui, comme moi, ont eu l’occasion de faire la connaissance de ces personnalités merveilleuses lors des manifestation de témoins oculaires, se demandent comment de telles choses ont été possibles.
En lisant le livre d’Hermine Schmidt, on sent qu’il a été écrit avec du sang et des larmes 3. Ce n’est pas là une parole en l’air. Car dans chaque phrase, on perçoit combien il est douloureux pour elle de se tourner vers son passé, d’affronter ses souvenirs, et de revivre l’abaissement, les terreurs et le désespoir. En même temps, ses paroles démontrent la force qu’elle retire d’avoir défié la mort, surmonté les doutes et trouvé le courage de parler aujourd’hui ouvertement de ce qu’elle a vécu. Son témoignage est double : elle décrit l’horreur des camps de concentration, pour laquelle on peine à trouver les mots – mais c’est indispensable pour servir d’avertissement aux générations future ; elle atteste la force de sa foi, sa confiance inébranlable dans les promesses bibliques, et sa joie préservée par-delà les abîmes d’une vie humaine.
3Mit Herzblut : littéralement, avec le sang de son cœur.
Neuengamme, janvier 2001
Introduction
Des gouttes de rosée
Je suis née à Dantzig (aujourd’hui Gdansk), où j’ai vécu les dix-sept premières années de ma vie. À vrai dire, dix-huit. Cependant, au cours de cette dix-huitième année, je n’ai rien vu de cette belle ville hanséatique, sauf un minuscule morceau de ciel. Et cela à travers d’épais barreaux. Qu’elle était donc belle, cette vieille ville ! Comme son nom de « perle de la mer Baltique » lui allait bien ! En elle naquit un amour que l’ouragan cruel d’une cruelle époque faillit tuer.
Les souvenirs sont comme des gouttes de rosée. Tant de choses vécues, et si peu m’en est resté... On survit à un raz-de-marée, et tout ce qu’il en reste, ce sont des gouttes de rosée.
Souvent, j’ai l’impression d’avoir encore dix-sept ans. Quelque chose en moi a toujours le même âge. À peine un an de plus. Mais mon passeport et mon miroir, mon médecin et mon vieux cœur usé inversent simplement les chiffres, mettant impitoyablement le sept devant le un, y ajoutant encore quelques années. Et, après quelque cinquante ans de mariage, l’homme à mes côtés est vieux, lui aussi, me devançant de cinq ans et de tant de choses vécues. Quelque chose en moi s’est tout simplement arrêté à l’époque – deux ans avant que les flammes ne dévorent Dantzig, ma belle, ma fière ville. Alors que, réduite en cendres, il n’en est pas resté pierre sur pierre. Aucune reconstruction, même la plus parfaite, ne pourra en recréer la magie. Après plus d’un demi-siècle, j’y suis retournée par deux fois, à la recherche des lieux de mon enfance. Une tentative condamnée à l’échec, un échec lamentable et inévitable. J’aurais dû m’y attendre.
« La beauté est perdue,
Les maisons sont brûlées.
Personne n’ai trouvé,
Nul ne m’a reconnue.».
(Mascha Kaleko)
Et on y parle le polonais, une langue que je ne comprends pas. Cette ville où j’ai vu le jour, n’est plus mon chez-moi. J’y suis une étrangère. Elle est à présent la patrie de grand-mères polonaises, de mères et d’enfants qui y sont nés – patrie que je ne leur jalouse pas. Je suis sans haine et sans envie, avec tout juste un peu de mélancolie. Mais qu’elle était donc belle, merveilleusement belle, cette première moitié de ma jeunesse ! Cette époque avant qu’une dictature inhumaine ne contrôle chaque famille. Très tôt, j’ai appris à connaître la peur. Une peur authentique. Celle qui fait que le cœur s’emballe, au point qu’on craint qu’il n’éclate à tout moment. Aujourd’hui, ce cœur, mon cœur, semble par moments vouloir refuser ses services, en dépit de tous ces excellents, ces onéreux médicaments, et je pense souvent comme ma chère Mascha Kaleko :
« Je suis si fatiguée de cette courte vie,
Mais pour me reposer je n’ai pas de répit.»
Mais il n’en est pas tout à fait ainsi. C’est moi qui ne m’accorde pas encore le répit de me ‘reposer’. J’ai toujours des obligations qui me rendent heureuse. Également des défis à relever, qui me permettent de partager avec d’autres ce qu’ils n’ont pas connu. Parce que, heureusement, ils n’ont pas eu à le vivre. Aujourd’hui par exemple, faire ce que mes amis m’ont demandé avec tant d’insistance : relater ma vie. La vie d’une fillette comme les autres, un petit être humain à l’époque nazie. Même si cela risque de consumer le peu de forces et de temps qui me restent. Oui, c’est à présent mon bien le plus cher, ce temps dont je suis devenue avare.
Mes relations avec mon Créateur, Jéhovah Dieu, ont été, et sont toujours pour moi ce qui compte le plus. Cela influence mon temps, ce temps oh combien précieux. Je ne veux pas, je ne peux pas gaspiller mon temps. Pas la moindre seconde. Je ressens une grande tristesse quand je le vois me filer entre les doigts, ce temps qui m’est compté. En ce moment même, il s’enfuit, alors que je voudrais tant le retenir en écrivant mes mémoires. Assurément, je ne veux ni ne peux constamment avoir des discussions profondes. Non, vraiment pas. Mais, après maintes réunions et entretiens infructueux, vides de sens, je pense : « Si ç’avait été des livres, je ne les aurais jamais lus. »
Alors que des conversations toutes simples peuvent être tellement stimulantes et enrichissantes... Celle, par exemple, que j’ai eue avec une dame qui, après notre atterrissage à Washington, m’a dit : « De toute ma vie, je n’ai jamais exprimé aussi ouvertement et librement mes pensées les plus personnelles, sur Dieu et sur moi-même, qu’au cours de ce long voyage. » Car, tandis que nous poursuivions le soleil dans sa course, un contact profond s’est établi entre nous pendant les longues heures passées à survoler l’immensité de l’océan.
C’était lors de mon premier voyage aux USA en 1996, en rapport avec le documentaire « Ne craignez pas » de Stefanie Krug et Fritz Poppenberg. Cette dame, assise à mes côtés sur les deux derniers sièges de la cabine, se rendait plusieurs fois par an chez son fils et sa famille à Washington. Voilà pourquoi elle était là, détendue, occupée pendant les cinq premières heures de vol à lire et à faire des mots croisés. Et moi à penser. Puis soudain a jailli une étincelle, une véritable sympathie. Deux jours plus tard, cette dame s’est sentie poussée, malgré les sacrifices que cela comportait, à venir avec sa belle-fille au United States Holocaust Memorial Museum pour y écouter de longs discours, dont elle ne pouvait pas tout saisir. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de m’occuper d’elle à ce moment-là, d’approfondir notre contact et de l’aider à mieux comprendre les choses. Aujourd’hui encore, après tant d’années, j’en ressens un vif regret. Parce que je pense parfois intensément à elle. Au fond, la partie la plus intéressante de ma vie ne commence qu’au moment où une grande bataille spirituelle s’est engagée, au cours de laquelle même une toute petite a dû se surpasser. Où, jeune fille, je me suis retrouvée au plus fort de la bataille. Je n’étais encore qu’une enfant lorsque ces difficultés ont commencé. Quelles en étaient les causes ? En quoi consistaient-elles ? Pourquoi me suis-je trouvée, moi, confrontée à de tels conflits de conscience ?
À cette époque, cela avait une bien plus grande portée qu’aujourd’hui. C’était véritablement une question de vie ou de mort. Aucun jeune, s’il ne connaît que la démocratie de notre pays, ne peut se faire la moindre idée de ce qu’était une dictature aussi inhumaine, une dictature qui tentait de faire ployer toute opinion personnelle. Dans la partie qui se jouait alors, la pression exercée par le groupe prenait une toute autre signification qu’aujourd’hui. Il est vrai qu’une chose était plus simple que de nos jours : les relations humaines. Il y a cinquante, soixante ans, les gens avaient honte d’avouer qu’ils ne croyaient pas en Dieu. Aujourd’hui, c’est plutôt l’inverse. La foi en Dieu était autrement importante alors. Malgré la persécution des vrais chrétiens par le régime, la foi des uns et des autres n’était pas un objet de risée comme c’est souvent le cas à présent.
1
Mes racines
Dans ma famille, croire en un Créateur allait de soi, d’une foi profonde, bien ancrée. Mon père la puisait dans ses origines silésiennes, ma mère dans sa Prusse orientale. Elle leur venait d’hommes simples et droits, artisans de talent, et de femmes très croyantes. Tous étaient des membres actifs de leur église protestante.
Dans ma famille, croire en un Créateur allait de soi, d’une foi profonde, bien ancrée. Mon père la puisait dans ses origines silésiennes, ma mère dans sa Prusse orientale. Elle leur venait d’hommes simples et droits, artisans de talent, et de femmes très croyantes. Tous étaient des membres actifs de leur église protestante.
À l’époque de Hitler, on est remonté fort loin dans le temps à la recherche de ces racines silésiennes, car ma cousine Ursel, fille d’Agnes, la sœur de mon père, épousa un fabricant, SS de haut rang. Ce dernier dut fournir avant le mariage une liste étendue des ancêtres de sa future épouse. Ursel, une personne effacée et très gentille, était à présent plutôt fière d’appartenir à la classe supérieure. Mais elle paya cher son bonheur éphémère, qui fut pour elle une source de chagrins et de malheurs.
Sa sœur Traute – je n’avais que ces deux cousines – épousa Otto Attner, héritier d’une belle ferme silésienne. C’est là qu’en mai 1943, peu de temps avant mon arrestation, j’ai vécu quelques journées de vacances merveilleuses et enchanteresses. J’y ai observé une belle chose, devenue trop rare : une cohabitation idéale et harmonieuse entre jeunes et vieux. Les parents d’Otto habitaient une jolie maison spacieuse, voisine de la grande demeure familiale. Ils étaient souvent présents lors des repas principaux. Les petits-enfants se rendaient fréquemment chez leurs grands-parents, et les vieux visitaient les jeunes – sans excès cependant. Maintes fois, je parlai à Traute et Otto de la merveilleuse espérance de paix que la Parole de Dieu nous donne. Ils aimaient m’écouter, malgré le danger que représentait alors cette façon de penser. Oui, Otto était même prêt, si les choses empiraient, à cacher le jeune homme dont je lui avais confié l’existence, ce courrier de Berlin, qui venait chez nous à Dantzig, avec, dans ses bagages, des publications bibliques interdites.
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