La pierre de Tanit - Jean-Marc Cosset - E-Book

La pierre de Tanit E-Book

Jean-Marc Cosset

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Beschreibung

Dans les années 50, fut extraite des ruines d'une vieille chapelle bretonne une curieuse statue de granit : une tête toute ronde, deux bras levés vers le ciel, et un corps stylisé en triangle. Sans discussion possible, la statue représente Tanit, la déesse de la lune des Phéniciens et des Carthaginois. Mais que vient faire en Bretagne cette déesse de Carthage ? Que faisait-elle là ? Et pourquoi est-elle unique en son genre ? Les spécialistes se perdent en hypothèses diverses. Mais... Mais prenons le temps de contempler cet étrange monolithe. Fermons ensuite les yeux et laissons courir notre imagination. Alors... Alors la pierre de Tanit de Rochevilaine nous raconte ses vingt-cinq siècles d'histoire...

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Veröffentlichungsjahr: 2023

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Sommaire

Prologue

Chapitre 1 : Léa

Chapitre 2 : Ayin

Chapitre 3 : Baal

Chapitre 4 : Hasdrubal

Chapitre 5 : Hannon

Chapitre 6 : Afrique

Chapitre 7 : Vénètes

Chapitre 8 : Himilcon

Chapitre 9 : Brennos

Chapitre 10 : Vers le nord

Chapitre 11 : Bretagne

Chapitre 12 : Massalia

Chapitre 13 : Ayin et Dago

Chapitre 14 : La falaise.

Chapitre 15 : La stèle

Chapitre 16 : OEil pour oeil

Chapitre 17 : la fin du voyage

Chapitre 18 : Jules César

Chapitre 19 : Le choix de César

Chapitre 20 : Tugdual

Chapitre 21 : le concile de Vannes

Chapitre 22 : Arnaud de Bilers

Chapitre 23 : Gui de Conieu

Chapitre 24 : Tanit

Chapitre 25 : l’enclos

Chapitre 26 ; Rochevilaine

Postface

Prologue

Dans les années 50, fut extraite des ruines d’une vieille chapelle bretonne une curieuse statue de granit : une tête toute ronde, deux bras levés vers le ciel, et un corps stylisé en triangle. Sans discussion possible, la statue représente Tanit, la déesse de la lune des Phéniciens et des Carthaginois.

Mais que vient faire en Bretagne cette déesse de Carthage ? Que faisait-elle là ? Et pourquoi est-elle unique en son genre ?

Les spécialistes se perdent en hypothèses diverses.

Mais…

Mais prenons le temps de contempler cet étrange monolithe.

Fermons ensuite les yeux et laissons courir notre imagination.

Alors…

Alors la pierre de Tanit de Rochevilaine nous raconte ses vingt-cinq siècles d’histoire…

Chapitre 1 : Léa

— Mon bébé ! Je veux voir mon bébé !

Léa était plus blanche que les draps de sa couche. Himilcon passa doucement la main sur le front trempé de sueur de son épouse.

— Les matrones s’en occupent ; on va te l’amener : calme-toi.

— Pourquoi je ne l’entends pas ? Himilcon, pourquoi notre bébé ne pleure pas ?

— Il est dans notre chambre ; c’est trop loin pour que tu puisses l’entendre d’ici.

— Himilcon ; tu me dis la vérité ? Le bébé va bien ?

— Il va très bien ; les matrones te l’amènent dès qu’elles l’auront lavé.

Le grand amiral de Carthage leva les yeux vers Agaclés ; le vieux médecin grec, hors de la vue de Léa, lui fit comprendre d’un regard qu’il voulait lui parler.

Autour de l’épouse de l’amiral, les cinq matrones s’affairaient, mais les draps tassés entre les jambes de la jeune femme ne parvenaient manifestement pas à éponger le flot de sang.

Hannon passa dans la pièce à côté avec Agaclés.

— Agaclés ; qu’est-ce qui se passe ? Elle va…?

— C’est une très grosse hémorragie, je ne sais pas si… si nous allons pouvoir l’arrêter.

— Et si tu ne peux pas l’arrêter ?

— Nous faisons le maximum, amiral… et nous prions Tanit-face de Baal…

Himilcon ne discuta pas plus avant. Il faisait une totale confiance au vieux médecin grec. Si Agaclés n’y pouvait rien, personne à Carthage ne pourrait faire mieux.

— Et le bébé ?

— Il était mort-né, amiral.

Himilcon se tourna vers la fenêtre. De là, depuis les flancs de la colline de Byrsa où se trouvait son palais, il embrassait toute la partie Nord de la grande Cité, sur laquelle le soleil se couchait. Il reprit d’une voix sourde.

— C’était un garçon ou une fille ?

— Un garçon.

Himilcon avait espéré un garçon, pour consolider la descendance des Magonides. Et c’était leur premier enfant…

— Maître !

Altéa était la plus vieille des matrones du palais ; elle connaissait Himilcon depuis son enfance. Elle était toute pâle.

— Mon maître, venez tout de suite !

Himilcon et Agaclés se précipitèrent. Une matrone était penchée entre les jambes de Léa : elle se retourna vers les deux hommes.

— Il y a un autre bébé !

Chapitre 2 : Ayin

Léa, de plus en plus pâle, serrait la main d’Hilmilcon :

— Himilcon : que se passe-t-il ; j’ai toujours aussi mal ! Très mal…

Ce fut Agaclés qui répondit :

— Princesse, il y a un second bébé : il faut que tu nous aides à le faire sortir !

— Je ne peux plus… C’est trop… trop dur…

— Encore quelques minutes ; le second bébé est presque là ! Pousse comme tout à l’heure ! Juste une fois ! Et il sortira !

Himilcon se pencha sur son épouse.

— Tu peux y arriver, Léa, Tanit va t’aider.

— Himilcon, je vais mourir ?

— Bien sûr que non ! Aide-nous à faire sortir le second bébé et tout ira bien.

Léa redressa la tête :

— Himilcon ; prends le bijou…

— Qu’est-ce que tu dis ?

— Prends le bijou de Tanit autour de mon cou ; il te portera chance, à toi et à nos bébés.

Himilcon hésita : c’est lui qui avait offert à Léa, il y avait très longtemps, ce symbole de Tanit en or massif, de la taille d’une main d’enfant : une tête ronde, une barre figurant les bras, et un triangle pointe en haut représentant le corps. Le bijou était resté depuis des temps immémoriaux dans la famille des Magonides. Nul ne savait exactement d’où il venait. On murmurait que Didon l’avait ramené de Tyr quand elle avait fondé Carthage…

La voix de de Léa était de plus en plus faible.

— Je t’en prie ; prends-le.

Himilcon enleva doucement la chaîne d’or qui tenait le bijou sacré d’autour du cou de Léa, et se la passa autour du cou.

Léa eut un pauvre sourire :

— Maintenant, je peux…

Elle se redressa et tout son corps se contracta. Elle poussa un grand cri.

Entre les jambes de la princesse, la matrone hurla :

— Le bébé ! Le bébé est sorti ! Oh non, par Baal !

Au moment même où le bébé sortait, avait jailli un flot de sang qui ne se tarissait pas.

La tête de Léa retomba sur le côté. Tout son corps se détendit. Elle cessa de respirer.

Dans les bras de la matrone, le bébé avait crié.

Himilcon pensa que son cœur allait sortir de sa poitrine ; il avait compris que Léa avait rendu son âme à Tanit, et il avait aussi compris que le second bébé était vivant : douleur et joie mêlées le laissaient tétanisé.

Il vit venir à lui Agaclés, dans une sorte de brouillard ; le vieux médecin grec portait un linge sanglant où s’agitait un petit être.

— C’est une fille, amiral. Comment devons-nous l’appeler ?

Himilcon le regarda. Il y eut un long silence.

— Elle s’appellera Ayin.

— Dans votre alphabet, amiral, Ayin symbolise l’œil, non ?

— Oui ; qu’est-ce qui est plus précieux que l’œil, Agaclés ? Ayin sera mon œil sur cette terre, jusqu’à ma mort.

Là-bas, à l’ouest, le soleil disparaissait lentement derrière les collines de Mégara.

Chapitre 3 : Baal

Il fallait prévoir les funérailles. Himilcon ferait à Léa les funérailles les plus grandioses qu’ait vu la Cité de Didon ; Carthage devait se souvenir à jamais de sa sublime princesse aux yeux bleu nuit et aux longs cheveux noirs de jais.

Mais avant, il avait un devoir à remplir.

Il sortit de la chambre. Altéa l’attendait.

— Où est le premier bébé ?

Altéa désigna sur une table de marbre un tout petit paquet, enveloppé dans un linge blanc immaculé.

— Il est là, amiral.

— Bien. Que Stratos et Barbal, avec six gardes, se tiennent prêts dès que le soleil se lèvera.

Stratos était le régisseur de l’amiral de Carthage ; lui aussi était d’origine grecque. Stratos tenait d’une main de fer la maison de l’amiral-pontife, qui avait en lui une confiance absolue.

Barbal, à la stature colossale, était le premier des gardes personnels d’Himilcon. Il avait guerroyé sur toutes les mers du monde avec l’amiral de Carthage, et il se serait fait tuer pour lui sans la moindre hésitation.

Aux premières lueurs de l’aube du lendemain, les habitants du quartier de Byrsa purent croiser une étrange procession.

En tête, à pied, revêtu de sa plus belle armure de bronze et d’or, marchait leur amiral-pontife, l’héritier de la grande famille des Magonides.

Himilcon portait dans ses bras un tout petit paquet blanc.

Les Carthaginois s’écartaient silencieusement. Ils savaient ce que cela voulait dire.

Ils savaient que la princesse, l’épouse d’Himilcon, attendait un enfant. Ils comprenaient que c’était cet enfant, mort, que portait au grand temple de Baal leur amiral-pontife.

Derrière Himilcon marchaient, sur une même ligne, Stratos, qui avait sorti pour la circonstance sa plus belle robe brodée de fils d’or et d’argent, et Barbal, armé de pied en cap, y compris le casque à aigrettes, surmonté des longues plumes d’un oiseau de l’Afrique profonde, cadeau de l’amiral, et dont il était si fier. Et à leur suite, six guerriers harnachés de pied en cap, les lances dressées vers le ciel.

Himilcon arriva sur le parvis du temple de Baal, au sommet de la colline de Byrsa. Le grand temple était adossé à la citadelle inexpugnable qui dominait la Cité.

Le grand prêtre vint à sa rencontre, suivi d’une douzaine d’autres prêtres, plus jeunes, tous revêtus de leur longue robe sacerdotale bigarrée.

Le grand prêtre connaissait Himilcon de longue date.

— Amiral ; veux-tu effectuer l’offrande toi-même ?

— Je le souhaite.

— Je m’en doutais. Suis-moi.

Himilcon suivit le grand prêtre. Ils traversèrent la grande pièce aux colonnes massives qui menait à l’enceinte sacrée. Le grand prêtre, arrivé à l’extrémité de la colonnade, poussa les lourdes portes d’airain. Ils pénétrèrent dans une immense pièce éclairée seulement par des torches et, au fond d’une fosse profonde, par un gigantesque brasier. Ce feu ronflant éclairait par en bas l’immense statue de Baal.

Hannon la connaissait bien, cette statue, mais il était toujours impressionné par l’énorme figure de bronze recouverte de feuilles d’or, qui faisait bien vingt mètres de hauteur. La tête de taureau de Baal était d’une incroyable facture ; on l’aurait jugée en vie, car les yeux d’ivoire bougeaient sans cesse et la fumée provenant du brasier sortait par ses naseaux : de quoi emplir de terreur le peuple de Carthage, les rares fois où celui-ci était autorisé à pénétrer dans l’enceinte sacrée.

La statue, sous la tête de taureau, avait forme humaine. Ses deux bras étaient pliés en avant, les paumes vers le ciel.

Himilcon monta un escalier de marbre sombre qui le mena à hauteur des deux immenses mains du dieu. De là, une sorte de passerelle mobile permettait d’accéder aux deux mains jointes du dieu, en coupelles. Les mains monstrueuses étaient plus grandes que l’amiral-pontife. Himilcon nota qu’il restait des traces de sang au fond des paumes de la statue. Il y déposa doucement, très doucement, son offrande ; son premier fils.

Il redescendit. Le grand prêtre vint à lui.

— Souhaites-tu actionner toi-même le mécanisme ?

— Oui.

— Viens…

Le grand prêtre le mena à l’étrange roue de bois verticale située au pied de l’énorme statue. Cela ressemblait plus ou moins à un cabestan comme il en avait sur ses vaisseaux, mais en beaucoup plus grand ; la hauteur de deux hommes.

— C’est ici ; tu tournes dans ce sens… Et tu n’oublies pas la prière à Baal.

Himilcon posa la main sur la grande roue de bois et s’arc-bouta pour commencer à la faire tourner.

— Baal, notre dieu, maître tout-puissant de Carthage, bienfaiteur de la Cité avec ta parèdre Tanit face de Baal, reçois cette offrande, le sang de notre sang, le fruit de nos ventres, et étends sur ton peuple ta divine protection, pour ce siècle et tous ceux à venir.

Les deux mains de la statue s’abaissaient lentement au fur et à mesure qu’ Himilcon actionnait le mécanisme. Il frémit quand le petit paquet blanc glissa un peu, pour s’arrêter au bord des doigts du dieu-monstre. Et puis les mains s’abaissèrent encore, et le petit paquet de linge blanc chuta brusquement dans le brasier. Hannon crut entendre comme un crépitement. Il s’immobilisa.

— Puisse notre dieu avoir entendu ta prière, amiral.

Himilcon ne répondit pas au grand prêtre.

Son rang lui imposait cette cérémonie, mais il ne croyait pas trop à l’efficacité de sa prière.

Il rentra à son palais, flanqué de Stratos et de Barbal.

Il monta à la chambre où Altéa s’occupait du second bébé.

Ayin hurlait dans les bras de la vieille servante. Altéa se tourna vers l’amiral-pontife :

— Je ne comprends pas : elle ne doit pas avoir faim : la nourrice vient juste de sortir.

Himilcon s’approcha ; le bébé lui sembla minuscule.

L’amiral tendit l’index vers Ayin ; le bébé lui agrippa le doigts avec une force qui surprit Himilcon.

Et les cris cessèrent à l’instant.

Altéa souriait.

Le bébé ouvrit les yeux : ils étaient du bleu des nuits les plus sombres, comme ceux de sa mère, et fixaient Himilcon.

Le grand amiral de Carthage ne pouvait pas se permettre de pleurer en public, mais il ne put empêcher une larme de venir perler à sa paupière.

Altéa fit mine de ne rien voir…

Chapitre 4 : Hasdrubal

Hasdrubal monta quatre à quatre les escaliers qui menaient à la salle des cartes.

Cet endroit mythique, situé au plus haut de la citadelle de Byrsa, faisait partie des sites les plus sacrés (et les plus secrets) de Carthage. Seuls les membres de la famille régnante, les Magonides, y avaient accès, ainsi que quelques capitaines de très haut rang de la marine punique, triés sur le volet.

Ces précautions n’étaient guère étonnantes ; c’est là que, depuis plus de deux siècles, les marins de Carthage conservaient jalousement les cartes, textes et relevés qui leur avaient permis, à la suite des leurs ancêtres phéniciens de Tyr et de Sidon, de garder la haute main sur tout le commerce maritime de la mer intérieure, et même sur la plus grande partie du commerce au-delà des Colonnes d’Hercule, au moins dans la partie explorée du Grand Océan.

Hasdrubal avait cherché dans la Cité basse, sans succès, son frère Himilcon, mais il ne doutait pas de le trouver, comme souvent, étudiant les grandes cartes qui couvraient la quasi-totalité du monde connu.

Hasdrubal était le jeune frère d’Himilcon, de plus de dix ans son cadet. Cavalier émérite, il avait conquis de haute lutte le poste de chef suprême de la cavalerie punique. Il était d’ailleurs l’un des seuls, parmi les Carthaginois de souche, à être capable d’en remontrer en adresse aux rapides cavaliers numides, qui semblaient être nés sur un cheval, et étaient la terreur des ennemis de Carthage. On ne comptait pas le nombre de batailles qu’avait pu gagner Carthage grâce à ces incroyables cavaliers, alliés historiques des Puniques, capables de renverser en un claquement de doigt les situations les plus désespérées, en déboulant à bride abattue sur les arrières des ennemis, après avoir contourné leurs lignes au grand galop.

Par contre, Hasdrubal était connu pour ne pas avoir le pied marin, et même pour détester mettre le pied sur un navire, un comble pour un Carthaginois ! Le mal de mer chronique dont il était affligé, et du coup son aversion pour toutes les choses de la mer, faisaient l’objet de plaisanteries récurrentes chez les Magonides, et aussi dans les rues et les ruelles de la Carthage populaire. Pourtant, le jeune prince restait apprécié du peuple. Il avait su rester proche des couches les plus simples de la population de la grande Cité, et si on le moquait, c’était toujours avec gentillesse et une mansuétude attendrie pour ses aversions nautiques.

Les gardes connaissaient Hasdrubal et le laissèrent pénétrer dans la grande salle des cartes.

Sur de longues étagères, s’alignaient des dizaines et des dizaines de grands rouleaux de peau ou de papyrus. Il y avait aussi quelques plaques de bronze gravées, et même des textes gravés dans le marbre. Au fond de la grande salle, s’ouvrait (en fait rarement), une lourde porte de bronze, avec une tête de lion rugissant sur chaque vantail. Derrière cette porte étaient conservés les documents les plus précieux, ceux qui ne devaient jamais, au grand jamais, tomber entre les mains des ennemis ou des concurrents commerciaux — souvent les mêmes — de Carthage. Les savants supplices qui avaient été infligés au dernier traître qui avait vendu à prix d’or l’un de ces précieux documents aux Massaliotes de Phocée, la grande cité grecque du sud de la Gaule, avaient été soigneusement rapportés et détaillés dans toutes les villes vassales de Carthage et dans tous les comptoirs puniques, afin de faire réfléchir ceux qui auraient pu avoir l’idée (plutôt mauvaise) de chercher à monnayer ce genre de trésor auprès des ennemis de la Cité de Didon.

Hasdrubal n’eut pas longtemps à chercher. Himilcon était là, penché sur une grande carte de peau de bœuf, déroulée devant lui sur une robuste table de bois.

— Himilcon ! Encore en train de préparer ton prochain périple ?

L’interpellé sursauta. Hasdrubal réalisa que son frère, même s’il semblait penché sur sa carte, paraissait penser à autre chose.

— Himilcon, tu vas bien ?

L’amiral de Carthage secoua la tête.

— Pas vraiment, mon frère.

Hasdrubal hasarda prudemment.

— C’est… c’est à cause de Léa ?