La théorie du chaos - Céline Roussel - E-Book

La théorie du chaos E-Book

Céline Roussel

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Beschreibung

"Connaissez-vous l'effet papillon? Il s'agit de la théorie du chaos. Le comportement futur est entièrement déterminé par leurs conditions initiales, sans intervention du hasard." Voici comment l'enquête du Commissaire Sandra Armandez va évoluer sur les divers homicides avilissants, sévissant la grande métropole Marseillaise

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Seitenzahl: 80

Veröffentlichungsjahr: 2018

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Sommaire

1

ère

partie

2

ème

partie

3

ème

partie

20 ans plus tard

1ère partie

Nicolas referma son agenda, nonchalant, soufflant de fatigue, après une journée rude de consultations. Entendre les souffrances de chacun tout au long de la journée l’avait miné particulièrement aujourd’hui. Peut-être était-il temps de songer aux vacances… Il scruta un instant son cabinet, repérant quelques toiles qui le toisaient chaque jour. Sans plus les voir, accoutumé d’habitude, il prit soudain le temps de les contempler. L’une d’entre elle attira particulièrement son attention. Dans un style entièrement abstrait, colorée de matières vives, il décoda à l’intérieur des figures faisant penser à des visages. Des masques emprunts d’expressions différentes. D’abord une, distincte subitement, puis deux, trois, huit… Soudain, il ne vit que ça, comme obsédé, absorbé par la toile. Il s’interrogea si d’autres l’avaient remarqué avant lui. Il se demanda s’il ne s’agissait pas des masques de ses patients atteints de démences qui le scrutaient sans arrêt, même dans le cabinet vide. Un coup de téléphone le débrancha soudainement à ses rêveries. Encore un rendez-vous. Encore un malheureux. Tout en notant sa prochaine entrevue, il remarqua que la plante verte dans le coin de son bureau manquait cruellement d’eau, tout comme il lui manquait quelques repos. Il décida finalement de clore sa journée de travail ainsi, abreuvant sa plante et se suggéra de changer sa décoration dès le lendemain.

Il rentra chez lui, il était déjà dix-neuf heures. Célibataire, quarante-quatre ans, il conclut que ce soir ça serait une simple pizza, même si la faim ne le tenaillait pas. Et pour le vieux chat, qui l’attendait tous les soirs sur le rebord du canapé, les restes de la veille feraient l’affaire. Psychiatre depuis quelques années déjà, il se demanda soudainement, de manière inopinée, s’il ne devrait pas consulter pour lui-même. Une vie irrémédiablement rythmée d’habitudes et de lassitudes, sans aucune vie sociale, à part sa pauvre mère malade habitant l’étage au-dessus et un vieux chat nonchalant, vidé d’expressions. Sa vie amoureuse n’enviait pas plus. Pas de rendez-vous galants depuis perpette. Quant à sa vie personnelle, ce qu’il faisait pour lui, à part architecturer son bonsaï qui ornait le salon, et dont les feuilles cessaient de pousser tant il était taillé, sa vie ne se résumait qu’au plan professionnel. Lui qui pourtant prônait les cinq piliers à ses patients pour une vie équilibrée et stable comme les cinq doigts de la main ; Trouver l’aplomb entre la vie affective, la vie familiale, la vie sociale, la vie professionnelle et la vie personnelle. S’il s’auto-analysait, il ne se déplacerait que sur un doigt, rompant irrémédiablement l’équilibre de la vie.

Diana se mira dans le miroir une dernière fois avant de partir pour son rendez-vous chez l’avocat. Elle y vit une jeune femme cernée de fatigue, éreintée par le combat, se demandant qui obtiendrait la garde de sa fille Juliette. Ses longs cheveux lisses et blonds tombaient parfaitement sur ses épaules et lui donnaient un air un peu strict. Cette apparence l’aidait dans sa profession de professeur des écoles, gardant à leur place la centaine d’élèves qu’elle éduquait. Son ex-mari, Laurent, ne lui avait pas fait de cadeaux ces dernières années. Adultères et menaces psychologiques faisaient désormais parti du quotidien, et la procédure de divorce l’avait achevée. A présent, ce qui comptait, était d’utiliser ses dernières forces pour obtenir la veille et la protection de sa petite Juliette âgée de cinq ans. Juliette, restait sur la défensive depuis maintenant quelques mois et vivait mal la séparation, l’ambiance électrique de la maison. Diana le savait que trop bien et vivait cela comme le plus grand échec de sa vie. Dans un ultime effort, vainquant la fatigue, elle chaussa ses talons hauts pour garder quelque prestance et distinction, enfila son imperméable et claqua la porte derrière elle comme pour enfermer ses soucis dans la maison. Elle arriva chez son avocat à l’avance, et ensemble, préparèrent la défense à adopter pour le procès qui approchait à grand pas.

-Voilà Maitre, j’ai rassemblé tous les documents demandés.

-Très bien Diana, nous allons étudier ces derniers éléments pour le procès qui se tiendra d’ici une semaine. Je pense que nous sommes enfin prêts. Tenez bon !

-Merci Maitre, j’ai hâte que tout ceci se termine.

-Ne vous inquiétez pas Diana, nous avons un dossier en béton armé, tachez de rester sereine ces prochains jours, et tout ira bien.

Songeuse, elle se rappela son rendez-vous chez le psychiatre, pour son renouvellement d’ordonnance et pour y déblatérer les derniers évènements chaotiques de sa vie. Elle ne saura l’honorer cette fois-ci.

Nicolas était arrivé de bonne humeur au cabinet ce matin. Ressourcé d’une bonne nuit de sommeil, il était prêt à recevoir ses patients abimés. Georges était installé face à lui et piochait un à un les mouchoirs en papier disposés dans une boite sur le coin du bureau, pour essuyer et camoufler ses sanglots. Son jeune fils s’était suicidé il y a un mois. Ne supportant plus la culpabilité, George se laissait aller dans un trou noir de désespoir et revoyait sans cesse les images de son enfant pendu, défiler dans sa tête. En effet, sa femme l’avait laissé une dizaine d’années auparavant, emportant avec elle ses quatre fils et rejetant le cadet. Georges et son fils vivaient à deux depuis tout ce temps, marqués tous deux par l’abandon, mais complices jusqu’à la fin. Cette perte lui était insurmontable et Nicolas consulta l’annuaire de l’hôpital, pensant à une hospitalisation nécessaire. Il craignait que ce dernier ne suive les traces de son fils, vers le chemin de la mort. Georges était très costaud, et la vue de ce balaise en pleurs marqua l’esprit de Nicolas.

S’en suivit l’arrivée de Cathy. Le cabinet du docteur était difficile d’accès pour un fauteuil roulant. Elle s’installa confortablement dans son fauteuil et toisa Nicolas dans la pièce, debout, face à elle, pour l’accueillir. Elle distingua un homme chaleureux, aux allures d’un jockey dans son pantalon moulant, commençant à être dégarni par la cinquantaine qui approchait mais gardant un regard vif et rigoureux. Cathy avait perdu une jambe à des suites d’erreurs médicales, mais gardait un caractère bien trempé qui agrémentait son handicap. Même si elle n’était plus complète physiquement, elle représentait un ensemble de choses dynamiques qui la rendait grande dans l’humilité. Une belle personne pensait Nicolas. Une fois par semaine, elle allait à la rencontre du médecin, évoquant les difficultés qu’elle pouvait rencontrer à accepter son handicap. Mais Cathy rendait visite à Nicolas plus pour avoir une compagnie que pour les soins psychologiques prodigués par celui-ci. Bien du monde lui avait tourné le dos depuis cet accident. Son univers était composé essentiellement de personnels soignants.

« - Comment vous sentez-vous Cathy ce matin ?

- Très bien docteur ! Prête pour un marathon ! »

Cette force de la nature surprenait Nicolas. Elle travaillait depuis son domicile sur des romans farfelus où chaque personnage donnait des leçons de vie aux lecteurs. Cathy, unijambiste, était coiffée d’une coupe au carrée blond, portait de petites lunettes amusantes qui lui proférait un air intelligent et s’habillait toujours avec élégance. Elle embaumait de joie le cabinet des plaintes durant trois quart d’heure. Elle était le rayon de soleil de la journée du docteur. Nicolas prit sa pause déjeunée après le passage de Cathy. Il lui fallait rester sur une note positive pour manger. Il mangea sur le pouce, visita sa mère malade, et fit une micro sieste sur son grand fauteuil de psychiatre. Les visages du tableau dansaient dans son esprit. Il se laissa aller quelques temps dans ses songes, avec un prompt retour à la réalité. Déjà le patient suivant sonnait à la porte.

Cécile était une jeune femme de dix-huit ans, qui avait fait l’expérience malheureuse du viol durant son enfance. Elle se complaisait dans l’alcool et les médicaments, laissant s’échapper le mal par les veines, pratiquant régulièrement l’automutilation. Son corps était une carte routière de cicatrices où l’on pouvait voyager dans son monde lugubre. Elle était impatiente, ne supportait pas la frustration et pouvait piquer des crises de colères terribles. Elle souffrait beaucoup. Temps qu’elle n’accepterait pas son trouble bipolaire, elle ne pourrait avancer. Tel était leur problème. Nicolas savait qu’il devait y aller doucement avec elle et les séjours successifs en hôpitaux psychiatriques n’avaient rien donnés. Elle avait adopté le style gothique et était tatouée et percée de toute part. Toujours vêtue de noir, le maquillage marqué, ses yeux clairs ressortait. Cela lui donnait une apparence extrêmement fragile sous un costume de guerrière rebelle. Le travail psychologique était considérable et vitale. Nicolas la suivait depuis deux ans déjà sans vraiment avoir avancé sur son cas. Elle était son point faible, sa faille, sa bête noire.