La Vaticane de Paul III à Paul V, d'après des documents nouveaux - Pierre Batiffol - E-Book

La Vaticane de Paul III à Paul V, d'après des documents nouveaux E-Book

Pierre Batiffol

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"La Vaticane de Paul III à Paul V, d'après des documents nouveaux", de Pierre Batiffol. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Pierre Batiffol

La Vaticane de Paul III à Paul V, d'après des documents nouveaux

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066305710

Table des matières

I
II
IV
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I
II
III

I

Table des matières

Je connais deux portraits du cardinal Guillaume Sirleto. J’ai vu le premier à Squillace, dans la maison de l’évèque: là Sirleto a l’air jeune encore, vigoureux, redressé. A la Vaticane, j’ai travaillé longtemps juste au-dessous d’un autre portrait, et là Sirleto me semble bien autrement au naturel: il a le dos vouté, la barbe sale; il est assis, quelques livres posés devant lui en désordre; il n’a rien de l’élégance un peu militaire des cardinaux ses voisins de cimaise, mais l’apparence d’un vieux serviteur; il n’a pas la vivacité et la décision de Baronius, qui n’est pas loin, mais, ce que Baronius n’a pas, dans une. rude figure de Calabrais, ridée de grandes rides, un front très ouvert et un regard très candide.

Sirleto était calabrais de naissance, et il ne renia jamais son pays d’origine. Né à Guardavalle, près de Stilo (deux bien pauvres capitales, je les connais!), il avait là toute sa famille, famille nombreuse et peu opulente, mais avec laquelle ses relations né tiédirent pas un instant. Il s’intéressait à tous les siens, les vieux et les petits, s’informait des affaires, voulait prendre sa part des deuils: «Saluez M. Sinolpho, M. Federico, M. Gerdino et tous les autres», écrivait-il à son frère; «je vous recommande surtout bien Andronico, plus même que jamais, car il est maintenant sans mère, quia et nos advenae fuimus in terra Aegypti» . Plus tard il devint auprès de la cour de Naples et à Rome le protecteur-né des gens de son pays, braves gens souvent en procès et en requêtes. Et quand il aura été nommé évêque de San-Marco, puis de Squillace (1568), ce sera merveille de voir comme, depuis les évéchés de là-bas, Gerace, Rossano, Cotrone, Mileto, jusqu’aux humbles municipes, Taberna, Sinopoli, Guardavalle, tous compteront sur son crédit pour leurs affaires. Il ne se contentera pas de faire administrer par son neveu, Marcel, l’évêché dont il est pourvu, et de se faire rendre par lui un compte détaillé des visites pastorales: lui-même il s’y rendra (au moins à San-Marco une fois), pour visiter le diocèse et revoir son pays. Et Dieu sait quel pays pourtant! «De Calabre je ne vous ai point écrit, disait à Sirleto un de ses amis, Morano, parce que je n’avais rien de bon à vous dire ni du pays, ni des habitants: tout ce que je retiens, c’est que me voici à Naples et que j’ai échappé à mille périls de mort!» Mais Sirleto ne tenait pas rigueur à la Calabre des mauvais chemins qui faisaient gémir le cardinal Farnèse, ni des birbanti et des forusciti qui faisaient fuir Morano.

Il avait eu pour premier maitre, à Stilo, un grec de Tarente, puis il avait été envoyé à Naples pour compléter ses premières études à l’université de cette ville, sous la surveillance d’un grec encore, que son biographe traite de «gentilissimo spirito di Candia». De Naples il avait passé à Rome. Il arriva à Rome féru de grec, d’hébreu, de latin, de théologie, de mathématique, de philosophie, sans autre fortune cependant que sa Bible. Mais il arrivait recommandé au cardinal Cervini, qui utilisa immédiatement son savoir en lui demandant de servir de maître à ses neveux: rude tâche que d’apprendre le grec à trois neveux de cardinal, car c’était surtout de grec qu’il s’agissait! Sirleto s’y employa avec bravoure. Il écrit à Cervini que Romulus ( l’ainé ) ne manque jamais sa leçon d’Eschine, que Nicolas commence à entendre l’Hécube d’Euripide, et qu’Antoine-François fait de son mieux pour donner de bonnes espérances, avec la grâce de Dieu. Et il s’intéresse avec tout son cœur à ses putti, comme il les appelle, tant il y a que, Romulus étant mort presque subitement, Sirleto écrit une lettre pleine de larmes pour raconter au cardinal les derniers moments de son neveu, et «je puis dire, ajoute-t-il, que je ne crois pas avoir éprouvé de douleur plus grande depuis la mort de mon père» . Plus tard, Paul IV lui demandera de remplir le même rôle auprès de ses deux neveux, Alphonse- et Antoine Carafa, et Pie IV auprès du sien. On gagnait peu de choses à de pareilles fonctions . En 1545; on offrit à Sirleto, de la part du pape, une chaire publique de lettione greca, aux gages de 150 écus par an; c’était un gros avancement. Mais Sirleto le refusa: il lui répugnait maintenant de «commenter Chrysoloras », car il s’était mis aux auteurs ecclésiastiques. «Je crois, dit-il, que c’est une tentation» . Il résista à la tentation, et, en retour, Dieu lui donna de bons élèves, entre autres le neveu de Pie IV, dont le pape disait un jour à Sirleto: «Guillaume, faites, je vous prie, que Charles soit un peu plus dégourdi, un poco svegliato nelle cose del mondo, car vraiment il n’est comme personne». A quoi Sirleto répondait: «Très Saint Père, laissez-le faire, poiche ne haverete un giorno gusto» . Ce neveu de Pie IV était S. Charles Borromée.

Sirleto, attaché à la maison de Cervini, n’avait pas tardé à gagner l’extrême confiance du cardinal, et, à quelque temps de là, Cervini, ayant été envoyé à Trente avec le titre de légat, pressa Sirleto de l’y rejoindre; Sirleto lui répondit, avec une humilité qui ne manquait point d’indépendance, qu’il était prêt à être tout entier au service de Dieu d’abord et puis du cardinal auquel il devait tant; mais il suppliait Sa Seigneurie de considérer qu’il n’avait point le corps «troppo gagliardo» pour un pareil voyage, et aussi. qu’il avait entrepris de traduire une chaîne d’Isaïe, que c’était là un travail qu’il osait croire utile «al proposito della religione christiana», car cette chaîne contenait maintes citations d’auteurs graves et saints, Eusèbe d’Emèse, Eusèbe de Césarée, Cyrille d’Alexandrie, Apollinaire, Origène... Quels beaux auteurs, — «quanti belli autori! » — Son Eminence voudrait-elle que Sirleto leur fit infidélité ? Son Eminence ne le voulut pas, et Sirleto resta à Rome. Mais dès lors, avec la grande connaissance qu’il avait du grec et de l’hébreu, et avec son immense lecture, il était un «archivio delle lettere ecclesiastiche», comme l’appelait Caselli: de là son rôle auprès des légats du concile de Trente.

Cervini demanda à Sirleto des mémoires sur toutes les questions qui se traitaient dans les sessions du concile, des mémoires non point de «scolastique» comme on disait alors, mais d’érudition. Ces mémoires ont été réunis en un gros dossier aujourd’hui à la Vaticane, dossier très intéressant pour l’histoire du concile de Trente et de l’élaboration de ses décisions, car il se rapporte à la période la plus importante du concile (1546-1552), celle où furent traitées les matières de l’Écriture, de la justification et en partie des sacrements. A publier cette correspondance, on aurait la documentation patristique de presque tous les décrets de Trente.

A ce moment, en effet, où l’antiquité ecclésiastique, après la profane, sortait de la poussière des manuscrits et devenait une arme dont les théologiens d’Allemagne se servaient contre les doctrines traditionnelles, Cervini avait compris quelle urgence il y avait à s’assurer de l’antiquité. C’est pour cela qu’il avait réuni à Rome une collection de manuscrits tant grecs que latins, ce qui à ce moment était la seule façon d’être au courant. C’est pour cela qu’il pensait constamment à l’enrichir, et que, de Trente même, il s’occupait à faire copier et acheter des manuscrits à Venise: «J’ai grand plaisir, lui écrivait Sirleto, d’apprendre que V. S. Rme a fait copier le De adoratione de S. Cyrille, car c’est un livre beau et rare, dont Ecolampade n’a traduit qu’une courte partie ». C’est pour cela enfin qu’il faisait faire par Sirleto la recherche des textes publiés ou inédits dont il avait besoin pour le concile: — témoignage des Pères sur le saint sacrifice de la messe, de S. Basile sur les ordinations, de S. Prosper sur la grâce, des Pères grecs sur la justification, comment S. Jérôme explique le texte de Jérémie Converte me et convertar, interprétation du même texte par S. Jean Chrysostome et S. Augustin, autorités de S. Grégoire de Nazianze, de S. Augustin et de S. Jean Chrysostome sur le baptême, de Tertullien sur la primauté de l’Église Romaine, de S. Irénée, de S. Ignace, sur le sacrement de l’Eucharistie, de Tertullien, de S. Denis l’Aréopagite, de S. Basile, de S. Grégoire de Nazianze sur le même sujet, autorité des Pères sur l’authenticité et la canonicité du livre des Macchabées, sur la nécessité des bonnes œuvres, sur l’origine de la version de Septante, etc., etc. Ajoutez-y la discussion d’après l’hébreu et le grec de passages des Écritures, vous aurez une idée de la correspondance de Sirleto avec Cervini . — Et lorsque Cervini aura été remplacé par le cardinal Seripando (celui-là encore un érudit et un collectionneur de manuscrits grecs), Sirleto continuera auprès de lui le même office, et lui adressera de même, sous forme de simples lettres, des mémoires nourris de témoignages de Pères sur l’autorité des légats, sur la résidence des évêques, sur la messe, sur l’ordre, sur le mariage, etc. . Il semble que ce soit sur lui seul que les légats du Saint-Siège comptent pour documenter leurs parere d’arguments de tradition.

Que Sirleto ait de la littérature ecclésiastique une conception élémentaire; que S. Jean Chrysostome représente pour lui l’antiquité à peu près au même titre que S. Jean Damascène, ou que S. Irénée; et que, pour tout dire, il y ait quelque différence entre sa patrologie et celle de Denys Petau ou de Newman: il serait puéril de le nier. Du moins un exemple montrera quelle conscience Sirleto y apportait. Seripando veut à tout prix qu’on lui retrouve un texte de S. Cyrille cité par S. Thomas et reproduit par Turrecremata «Hélas! lui répond Sirleto, je le cherche depuis quinze ans dans les manuscrits grecs des bibliothèques sans pouvoir le trouver, ni sans rencontrer personne qui l’ait vu, encore qu’à la suite de S. Thomas nombre de théologiens l’aient allégué.» Seripando insiste et Sirleto lui répond: «Le cardinal Cervini, lui aussi, me l’avait demandé, et ce dès 1547, alors qu’il était légat; je le cherche depuis lors sans succès», et il lui propose de renoncer à ce malheureux texte en y suppléant par quelques autres . On comprend le mot de Seripando, assurant que Sirleto avait rendu au Concile, tout en restant à Rome, plus de service que n’en auraient pu rendre cinquante prélats de plus à Trente.