Le Corrège - Antoinette Grandsard - E-Book

Le Corrège E-Book

Antoinette Grandsard

0,0
1,99 €

oder
Beschreibung

"Le Corrège", de Antoinette Grandsard. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0



Antoinette Grandsard

Le Corrège

Suivi de notices sur Nicolas Poussin, Pergolèse, Charles de Steuben
Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066333751

Table des matières

I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
PERGOLÈSE
I
II
III
CHARLES
I
II
III
IV.
POUSSIN
I
II
III

LE CORRÈGE

Table des matières

I

Table des matières

A l’extrémité de Correggio, petite ville du duché de Modène, s’élevait, au commencement du XVIe siècle, une modeste maison dont la face blanche et riante, le jardin garni de fleurs et la vigne parfaitement entretenue attestaient l’ordre et l’activité de son propriétaire.

L’honnête vigneron Varcolli était en effet cité par ses confrères pour la manière habile dont il faisait valoir son petit bien.

Nul ne savait comme lui relever les ceps et les préparer à une abondante récolte; nul n’avait son talent pour donner à la plus humble demeure l’aspect d’aisance et de bien-être qui fait tout le charme d’une maison de campagne.

Il est vrai que le père Varcolli n’était pas seul à opérer ces prodiges. Il avait près de lui sa fille, l’aimable Maria, qui, tout en réjouissant son cœur par les soins les plus affectueux, organisait le ménage, cultivait le potager et se plaisait à orner les plates-bandes de fleurs brillantes et d’arbustes odorants.

La douce fille avait d’ailleurs des toilettes si simples lorsque, le dimanche, elle se rendait avec son père à l’église des Conventuels, ses yeux se levaient vers l’autel avec tant d’amour pendant qu’elle adressait à Dieu ses ferventes prières, que l’on attribuait généralement la prospérité du vieux vigneron aux pieuses vertus de sa charmante enfant.

Depuis quelque temps surtout Maria ne manquait jamais d’aller s’agenouiller le soir devant la balustrade qui environnait le maître-autel. Quelle était la cause de ce nouveau zèle qu’apportait la fille de Varcolli dans ses pratiques religieuses? C’est ce que se demandaient les voisins en faisant bien des conjectures, dont la plus vraisemblable, selon eux, était que la douce Maria se préparait à entrer sous peu dans un couvent de Modène.

Mais si ces bonnes gens avaient pu lire dans l’âme de la jeune fille pendant les heures de méditation qu’elle venait passer près de la balustrade consacrée, ils auraient compris qu’une circonstance toute naturelle motivait ses fréquentes démarches à l’église.

Dans le fond du maître-autel avaient été placés récemment trois magnifiques tableaux dont l’un, à droite, représentait saint Barthélemi; l’autre, à gauche, l’apôtre saint Jean; celui du milieu, le repos de la sainte Famille pendant la fuite en Égypte.

A voir les regards émus qu’arrêtait Maria sur ce dernier tableau, il était facile de deviner qu’il captivait principalement l’admiration de la jeune fille.

Il y avait en effet une inspiration si pure et si élevée dans les traits de la sainte Mère de Jésus, elle abaissait sur le divin Enfant des yeux si rayonnants de céleste et mystérieuse tendresse, que l’on ne pouvait la contempler sans que toutes les pensées de l’âme devinssent des hymnes de louange et d’adoration en l’honneur du Dieu trois fois saint.

Un soir que Maria se trouvait plus absorbée encore que de coutume dans la contemplation du pieux tableau, le pas de deux hommes se fit tout à coup entendre dans la nef principale.

— Oui, messer Dominico, disait l’un, je serais heureux d’avoir votre opinion sur les trois tableaux dont nous avons décoré dernièrement notre maître-autel. Puisque vous voilà de retour de Rome, vous pourrez me dire, vous qui avez vu tant de chefs-d’œuvre, si je n’ai pas eu tort, moi, gonfalonier de Correggio, de confier un travail de cette importance à un artiste tout à fait ignoré.

Ayant prononcé vivement ces paroles, le digne gonfalonier se plaça à droite du savant patricien, et attendit, dans un respectueux silence, que celui-ci daignât lui faire ses observations au sujet des peintures qu’ils avaient sous les yeux. Alors messer Dominico, tout fier sans doute de la haute confiance que l’on accordait à son jugement d’artiste, prit l’attitude d’un protecteur, examina le tableau avec une attention assez affectée, secoua plusieurs fois la tête, et demanda d’un air capable:

— Combien avez-vous payé cela?

— Cent ducats d’or, messer, répondit Rucello de la voix mal assurée d’un homme qui craint de se voir désapprouver par celui auquel il demande conseil.

— Vous êtes généreux! reprit le riche patricien en haussant les épaules.

— Eh quoi! s’écria le pauvre gonfalonier, aurions-nous donc fait un marché de dupes?

— Pas précisément, repartit messer Dominico, cette peinture a quelque mérite, je dois le reconnaître.... Et quel est le nom de l’artiste? ajouta-t-il après une légère pause employée à un examen nouveau.

— Antonio Allegri, répondit timidement Rucello.

— Allegri? répéta le patricien, je ne crois pas le connaître.

— Il est de notre ville, messer, dit le gonfalonier. Nous ne l’avons employé que pour encourager sa jeunesse et alléger sa pauvreté.

— Je comprends: c’est une bonne œuvre que vous avez faite là, repartit messer Dominico en souriant avec un peu de malice. Et où a-t-il étudié son métier cet Antonio Allegri?

— Les uns croient qu’il a pris des leçons chez son oncle Lorenzo, les autres disent qu’il a eu pour maître Francesco Bianchi de Modène; mais moi, je pense qu’il doit à lui-même tout ce qu’il sait.

— Eh bien, voilà la seule cause des défauts que j’observe dans son travail, reprit le savant connaisseur. Il faut toujours avoir un maître et surtout le bien choisir.... Ah!... Raphaël, voilà le seul maître sublime; mais malgré son génie, il doit beaucoup à l’imitation de l’antique. Selon moi, Raphaël d’Urbin est le peintre par excellence.

A peine le patricien eut-il prononcé ce discours avec une émotion croissante, qu’une voix accentuée par une émotion profonde fit entendre ces paroles:

— Et moi aussi je suis peintre!

Rucello et Dominico se retournèrent presque effrayés, et aperçurent Antonio Allegri, qui d’une colonne voisine, à côté de laquelle il se tenait debout, avait entendu toute la conversation précédente.

— Fort bien, caro mio! dit le gonfalonier en souriant au jeune peintre. J’aime à voir que vous avez ainsi confiance en votre talent. Courage donc! tâchez d’illustrer un jour votre patrie; mais pour cela, allez à Rome, étudiez de près les modèles; puis vous nous reviendrez bien exercé, et nous nous chargerons de votre avenir.

Le riche patricien inclina la tête comme pour approuver les sages conseils de Rucello, et tous deux s’éloignèrent avec gravité, laissant le pauvre Allegri dans une agitation impossible à décrire.

— Aller à Rome! murmurait-il le front incliné dans ses mains, voir les chefs-d’œuvre! Je le pourrais en prenant un bâton de pèlerin.... Oui, -je le pourrais.... Mais aussi, la contemplation de ces chefs-d’œuvre ne serait-elle pas un danger? On admire d’abord, on copie ensuite.... Et je ne veux pas copier, moi! je resterai ce que Dieu m’a fait.