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Un immeuble s'effondre, une jeune femme grièvement blessée s'accroche à la vie et son petit enfant est introuvable. Où est-il passé ? Comment tout cela va-t-il finir ? Les piliers de bar, les clients de passage, les voisins discutent entre eux des événements de la vie, de leurs conceptions en exprimant leurs préoccupations et révélant leurs différents caractères. Un roman qui mêle suspense et réflexions.
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Seitenzahl: 130
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Du même auteur :
QUESTIONS FONDAMENTALES, BOD
Pendant presque trente ans, j’ai partagé régulièrement mes repas avec des équipes de salariés, de directeurs, départementaux, régionaux ou des contrôleurs généraux, des formateurs venant de tous bords, diplômés de hautes études commerciales, anciens professeurs de mathématiques, diplômés de philosophie ayant rang d’ingénieurs, de cadres, etc.
Je retrace autour d’un fait divers, sans juger, des conversations, des provocations qui sont pour la très grande majorité, pour ne pas dire toutes, entendues et réelles.
Nous traversons la vie au pas de course, sans toujours être conscient des situations ou paroles que nous rencontrons et parfois nous sommes même étonnés de nos propres dires : « Comment moi, j’ai dit cela ? »
J’ai d’autre part été marqué par un professeur d’université qui avait déposé comme sujet de cours annuel : « la bêtise et la logique de l’erreur ». Il paraît que le rectorat lui avait demandé de confirmer trois ou quatre fois son choix, ce qu’il fit à chaque fois avec le plus grand sérieux et avec l’appui d’une bibliographie dûment constituée.
Je repense souvent à son cours magistral dans tous les sens du terme.
La vie nous apprend-elle à nous interroger sur la situation que nous venons de traverser, ou à comprendre pleinement ce que nous avons devant les yeux ?
Jean-Pierre Wenger
PREMIER JOUR
L’accident
DEUXIÈME JOUR
Seul dans le tumulte
TROISIÈME JOUR
Que font les humains ?
QUATRIÈME JOUR
Disparition
CINQUIÈME JOUR
La recherche
SIXIÈME JOUR
La démolition
SEPTIÈME JOUR
Vous avez dit « responsabilités » ?
HUITIÈME JOUR
Les dés sont-ils jetés ?
Dans une petite rue du centre-ville du vieux Bordeaux, une fourgonnette plateau à double cabine s’arrêta pour manœuvrer en face d’un petit immeuble. Elle transportait du sable, une bétonnière, des sacs de ciment, des pelles… Des ouvriers en sortirent pour décharger le contenu pendant que d’autres ouvraient la porte étroite du garage d’une vieille façade. Pour entrer en partie dans celui-ci, la camionnette devait monter sur le trottoir d’en face et s’y reprendre à plusieurs reprises.
Les employés devaient réhabiliter les anciennes conduites d’eau, d’électricité et de gaz, du rez-de-chaussée au quatrième étage, reprendre certains enduits intérieurs, les câblages, la descente générale des évacuations, ainsi que le sol abîmé du hall d’entrée et du garage qui sentait le moisi et le salpêtre. Au troisième étage, ils devaient rafraîchir l’ensemble de l’appartement qui n’avait jamais été entretenu et que l’usage du temps avait malmené. Certains carreaux au sol étaient cassés, les portes des meubles ne joignaient plus et les murs et tapisseries hors d’usage retraçaient, par des éraflures et chocs, les déménagements successifs.
Le chauffeur s’énervait car il voulait rentrer une partie du plateau dans l’étroit hangar pour éviter aux employés des allers-retours fastidieux en portant des charges et matériaux encombrants. Les montants de la porte n’étaient pas larges, il fallait manœuvrer au cordeau pour entrer et ne pas heurter les côtés. Chaque transport comportait son lot de contraintes et des risques certains. Les ouvriers finissaient un chantier en cours depuis plusieurs jours et, au fur et à mesure de l’avancement des travaux, apportaient les outils pour démarrer celui-ci.
À côté de l’entrée du garage commun qui servait plutôt de lieu de rangement pour les vélos et divers objets inusités logeait un vieil homme actuellement absent ; il était parti dans le Midi chercher le soleil chez sa fille. Au premier étage résidait le buraliste, marchand de tabac de la rue perpendiculaire dont la femme handicapée tenait très souvent la caisse du magasin. Au deuxième vivait une jeune femme, seule avec un petit enfant blond aux cheveux bouclés. Les voisins les voyaient passer régulièrement ; elle marchait avec entrain, sa robe sage légèrement au-dessus des genoux se balançait à droite et à gauche en mouvements rapides. Toujours souriante et pimpante, elle menait sa vie avec courage. Le petit garçon sautillait à côté d’elle, le long du trottoir comme un moineau, pour suivre la ligne de bordure et ne pas tomber. Comme il était espiègle et se faufilait partout, la maman avait peur qu’il passe entre les barreaux du balcon. Quand il faisait beau, elle l’installait dans un petit lit en bois à barreaux ajourés que celui-ci appréciait particulièrement et dans lequel il aimait laisser libre cours à son imagination et à ses rêveries.
Au troisième, un couple de professeurs avait acheté depuis peu l’appartement. Lui enseignait les mathématiques dans un collège, elle, le dessin et les deux se passionnaient pour l’histoire de l’Égypte ancienne. Au quatrième et dernier étage s’était installée, il y a quelques années, une dame retraitée des finances qui partait souvent retrouver son homme habitant une très belle maison non loin de la ville près d’un prestigieux village viticole. Chacun vaquait à ses occupations, se saluait en se croisant, échangeait quelques politesses d’usage, des questions sur la santé et les réussites des enfants ou petits-enfants des uns ou des autres sans trop approfondir, chacun restait dans une aimable généralité consensuelle et de bon aloi.
Les ouvriers revinrent et stockèrent des seaux, des rouleaux de cuivre, des câbles électriques, des perforateurs, des perceuses, des pots de crépis ainsi que les autres matériaux et outils nécessaires aux travaux. Voyant que personne ne venait l’aider, n’en pouvant plus, excédé, le chauffeur moins attentif que les autres jours accéléra, accrocha et tordit en reculant une série de petits tuyaux qui descendaient le long du mur intérieur du garage. Il jeta un regard furtif et continua indifférent. Après avoir débarqué tous les outils, les ouvriers qui étaient montés dans les étages pour transporter et entreposer des cartons de carreaux, les sacs de mortier, de colle et de ragréage, le rejoignirent pour partir.
Quand ils revinrent le lendemain en début d’après-midi, ils actionnèrent la serrure électrique de la porte d’entrée donnant sur la rue et, tout à coup, une violente explosion parcourut tout l’immeuble. L’ouvrier face à la porte fut projeté à terre et blessé par des projections de fer, de bois et de gravats. Son compagnon à côté, blessé par la déflagration, reçut des éclats de verre et de pierres et se retrouva assis par terre. Un autre fut heurté par le chambranle déchiré de la porte.
L’explosion et le souffle avaient été si violents que le garage fut éventré, une partie de la dalle du balcon du troisième tomba sur celui du second laissant apparaître des ferrailles et des éclats de béton. Le balcon du second, sous le choc, s’inclina légèrement vers l’extérieur, la façade était défigurée et laissait entrevoir des ouvertures béantes, des fers tordus, de nombreuses balafres dans l’ouvrage, des morceaux de ciment, de plâtre et de crépis crevés et manquants qui tombaient dans les étages. Les fenêtres déchiquetées avaient volé en éclats, les montants n’avaient pas résisté et de nombreuses fissures lézardaient les murs. L’immeuble était méconnaissable, comme s’il avait subi un bombardement. Toutes les ouvertures avaient été éventrées et quelques balcons endommagés restaient accrochés par des tiges de fer. Certaines parties des plafonds des trois premiers étages s’étaient écroulées en laissant entrevoir de gros trous prolongés de longues fentes.
Le premier étage prit feu. Des panaches de fumée et des flammes jaillirent des ouvertures béantes du rez-de-chaussée et commencèrent à lécher les façades de l’immeuble, puis noircirent les murs en montant de plus en plus vers les étages supérieurs.
Attirés par l’explosion, les voisins et badauds accouraient en se bousculant pour voir l’immeuble. Les pompiers, alertés, arrivèrent en urgence pour combattre le feu et durent se frayer un passage à travers l’attroupement formé dans la rue. Ils déployèrent la grande échelle et eurent des difficultés à la stabiliser contre le mur au plus près du premier balcon qui n’était pas stable et ne pouvait servir de lieu de passage car le poids de l’échelle le faisait bouger. Les pompiers tentaient de pénétrer au-dessus du foyer pour combattre les flammes et l’inonder. Après quelques tâtonnements, ils mirent en marche la lance à incendie qui cracha l’eau à pleine puissance. Ils prirent le temps de se placer à chaque fois au-dessus des foyers, d’éteindre tous les départs de feu. Une heure plus tard, l’incendie était maîtrisé. L’eau ruisselait des ouvertures.
Les fumées dissipées, ils s’avancèrent dans les étages et scrutèrent les décombres à la recherche d’éventuelles personnes qui pouvaient se trouver prisonnières. Ils fouillèrent patiemment toutes les pièces, placards et recoins les plus divers. Par bonheur, à ce moment de la journée, l’immeuble était peu fréquenté. Ils trouvèrent cependant au deuxième une jeune dame allongée, assommée sous les morceaux de gravats détachés du plafond, respirant encore faiblement et inconsciente, la tête et le corps ensanglantés. Elle se trouvait dans sa cuisine près de la colonne centrale des différentes conduites complètement pulvérisées. Avec d’infinies précautions, ils la dégagèrent des morceaux de briques et de plâtre, et l’installèrent délicatement dans une civière, puis la sanglèrent pour la transporter immédiatement à l’hôpital.
Le lit du petit garçon fut écrasé par une partie du plafond supérieur et du balcon, et celui-ci se trouva coincé entre le sol en béton et le tas de gravats. Au-dessus de lui s’amoncelaient des morceaux de ciment, de briques, de plâtre et de laine de verre près de l’extrémité extérieure du balcon. L’eau des pompiers agglutina la poussière et créa autour de lui une boue compacte. Du sang coulait de son cuir chevelu et de son front. Oppressé, il ne pouvait pas trop bouger ; de plus, la fumée qui se propageait dans le peu d’air qui lui restait l’étouffait. Sa respiration gênée, il se mit à suffoquer et pleurer. Ses poumons le brûlaient, l’air lui manquait. Le bâtiment bougeait sous les allées et venues des pompiers. Il entendait des voix, des cris, des appels, des ordres, des chocs contre les murs, des craquements, des bourdonnements de différents moteurs poussés au maximum. Un tumulte de sons et de voix l’entourait et l’assourdissait. Tout un monde qu’il ne connaissait pas grouillait, résonnait dans sa tête. Son corps était comprimé, il essayait de se courber, de se cambrer, de remuer, de gagner quelques centimètres. Son bras droit était tendu juste à côté d’un câble électrique déchiré qui jetait des étincelles quand le courant d’air le faisait osciller et toucher les ferrailles trempées du balcon. Une douleur irradiait dans son dos. Vaincu, il tomba en syncope.
Plus tard, bien plus tard, la faim et la douleur le réveillèrent et il se mit à pleurer. Les crépitements intermittents du câble électrique attirèrent l’attention du garçonnet. Ses petits doigts se pliaient et se dépliaient, attirés peut-être par cette source d’étoiles jaillissantes en gerbes colorées. Le bourdonnement entêtant crépitait entre deux ferrailles mouillées au-dessus de lui. Son regard ne pouvait se détacher de ces étincelles qui grésillaient tout près. Il était fasciné par les éclairs, il essaya de tendre le bras vers le câble. Il leva la tête mais les éclairs lui faisaient mal aux yeux. À quelques centimètres, ses doigts se tendaient et s’agitaient pour les saisir.
Les grilles du balcon s’étaient tordues et certaines, courbées au-dessus de lui, soutenaient les bois de son lit fracturé. Tout à coup, la dalle du balcon bougea, oscilla, glissa et se cala sur les tiges de fer enchevêtrées. À quelques centimètres de sa tête s’ouvrait maintenant par une fente le vide profond de deux étages. En pleurant, le petit garçon essayait de se retourner mais son épaule le clouait sur le lit. Il essayait de remuer, de s’extirper, de gagner par quelques mouvements un peu plus de liberté dans ses gestes. En tournant sa tête de l’autre côté, il voyait de temps en temps la rue au gré du déplacement d’un morceau de laine de verre battant au vent. Encore une fois, il se démena pour s’extraire des gravats, mais ne put qu’accentuer la douleur de son dos et approcher sa tête du vide et d’une gouttière crevée qui lui inondait le visage d’eau boueuse. Il avait faim, son autre bras était coincé sous le béton : vaincu par la fatigue et tous ses efforts, il tomba dans un sommeil profond.
Le vent s’arrêta mais le ciel commençait à se couvrir de nuages menaçants. En cas d’orages, de fortes pluies ou de grêle, l’immeuble allait-il résister ? Le petit garçon était en danger. Sous les assauts du temps, la dalle en équilibre ripa vers l’extérieur et libéra un peu le petit. Il était seul dans des conditions périlleuses ; caché, personne ne pouvait le voir.
En bas les badauds, curieux, s’étaient regroupés et chacun y allait de son commentaire.
— Que s’est-il passé ?
— Une explosion de gaz.
— Un court-circuit.
— Y a-t-il des victimes ?
— Combien ont-ils trouvé de personnes ?
— C’est tout un immeuble !
— Ils ne peuvent pas entretenir leurs immeubles ? Ces vieux immeubles sont des dangers publics.
— Il y a trois ambulances.
Les gens se poussaient du coude pour accéder aux premières places et s’abreuver de nouvelles.
— Place, place ! Je suis secouriste, dit un jeune homme brun qui arriva, puis s’immobilisa devant ce qui avait dû être l’entrée.
— Eh bien, que faites-vous là, plantés ?
— Les infirmiers des pompiers sont déjà là !
— Place, place, laissez-passer ! dit un infirmier.
Un grand homme s’approcha et dit : « Tiens, un BDQR », en tirant sa femme par la manche. Un autre se retourna en le toisant et demanda la signification de ces quatre lettres.
— Les gendarmes disent « une bande d’idiots qui regardent », et encore je suis poli ! Et il partit en riant.
— Oui, mais il s’en va, dit un autre.
— Et vous, que faites-vous planté là ? Si vous êtes secouriste, il fallait monter dans les étages, qu’avez-vous fait ?
— Y a-t-il des morts ?
— Ne gênez pas ! Place ! Laissez la place aux pompiers et gendarmes, ordonna un urgentiste.
La journée se déroula rythmée par l’intervention des pompiers, la sécurisation des lieux et les prérapports d’enquête. La police empêcha les résidents alertés et inquiets de pénétrer dans les lieux pour essayer de récupérer quelques affaires, certains en pleurs, d’autres en proie à des crises de nerfs ou pétrifiés, abasourdis, se demandant ce qui avait bien pu provoquer cet accident. Certains escaliers étaient écroulés ou éventrés, le hall d’entrée avait disparu. De la rue, les badauds pouvaient voir la façade, les pièces des appartements déchirées, détruites ; plus rien ne tenait aux murs, les meubles étaient renversés, les affaires, les papiers jonchaient le sol ou s’envolaient dans la rue.
Les soldats du feu quittèrent les lieux en coupant l’eau et l’électricité. Le bruit de moteur forcé s’arrêta. Le chef d’escadron, au téléphone, signalait l’état de l’immeuble et demandait que les accès par les trottoirs soient clôturés pour éviter les introductions dangereuses et néfastes.
Des chutes de gravats des balcons ou façades pouvaient blesser des passants. En aucun cas le responsable des pompiers ne pouvait laisser les lieux ouverts à tous et sans périmètre de sécurité. Il devait aviser une commission à la mairie et à la préfecture pour protéger les passants qui circulaient en contrebas et pallier toutes éventualités. Avant de partir, l’entreprise reçut l’ordre de tendre une clôture provisoire souple pour que les piétons contournent la zone dangereuse. Il demanda au chef d’équipe de prévoir pour les prochains jours la venue des experts et l’accompagnement des habitants désirant rechercher leurs effets personnels, les meubles non détruits.
