Le Faust moderne: Histoire humoristique en vers et en prose - Maurice Bouchor - E-Book

Le Faust moderne: Histoire humoristique en vers et en prose E-Book

Maurice Bouchor

0,0
1,99 €

oder
Beschreibung

"Le Faust moderne: Histoire humoristique en vers et en prose", de Maurice Bouchor. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0



Maurice Bouchor

Le Faust moderne: Histoire humoristique en vers et en prose

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066300494

Table des matières

A JEAN RICHEPIN
PROLOGUE
PREMIÈRE PARTIE DAMNATION
II FAUST, LE VIEIL ALCHIMISTE.
IV FAUST, MARGUERITE.
SECONDE PARTIE SPLEEN
II PENSÉES DE FAUST
VII PENSÉES DE FAUST
X LA TOUR DE BABEL
XI LES VINGT-CINQ SONNETS DE FAUST
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
X
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
XXIII
XXIV
XXV
ÉPILOGUE

A JEAN RICHEPIN

Table des matières

Après nous, le déluge.

I

Les dieux et les héros ne sont plus de ce temps;

Et, désormais fermés aux grandes espérances,

Nous vivons trop nos deuils, nos plaisirs, nos souffrances,

Pour sonder du regard les cieux inquiétants.

D’aventureux combats nul ne se met en quête!

Nous ne poursuivons plus l’infini, l’au delà

Vers quoi l’Humanité plus jeune s’envola;

Nous gardons le réel, notre seule conquête.

Et les cieux entrevus, les voiles soulevés,

Les grandes voix parlant dans les forêts sacrées,

Les idoles et les chimères adorées,

Sont des rêves que nous n’avons.jamais rêvés.

Et maintenant, débris d’églises démolies,

De temples ruinés, dieux de marbre ou d’airain

Qui jadis souriaient, nus, sous le ciel serein,

Symboles, souvenirs, images abolies,

Nous sommes fossoyeurs et nous enterrons tout!

Nous ne sourcillons pas, et nous sommes si crânes

Que nous jonglons avec des fémurs et des crânes

Et que ce métier-là, nous le faisons par goût.

Quelquefois, cependant, une pure madone,

Un Christ, un Apollon sublime de beauté,

Nous émeuvent; mais nous suivons la volonté

Du Temps, un destructeur qui jamais ne pardonne.

Puis, nous oublions vite, et ce travail nous plaît;

Le ciel est d’un bleu clair et flambe sur nos têtes,

Et quand le vent d’été chasse un rire de fêtes,

Nous avons la gaîté des fossoyeurs d’Hamlet!

Nous savons où laisser notre mélancolie:

C’est dans un pot de vin, de vieux vin vénéré

Que le soleil a fait savoureux et pourpré,

Et que, sans âcreté, l’on boit jusqu’à la lie!

Le rêve est notre exquis et cruel échanson;

Notre cerveau voyage au pays des vignobles,

Et nous avons pour tous, vilains, bourgeois et nobles,

Le même coup de bêche et la même chanson.

II

Mais parmi tous ces morts, malgré la tombe obscure,

Plus d’un a conservé son lustre et sa beauté;

Tel héros des vieux temps qu’un poëte a chanté

En garde un glorieux reflet sur sa figure.

Faust, don Juan, sont toujours terribles; le Vainqueur

Les a pétrifiés dans leurs plus fières poses,

Et l’on voit se plisser encor leurs lèvres closes

De ce qui fut jadis un sourire moqueur.

Pourquoi pas ranimer ces démons d’ironie

Qui dans la servitude étaient libres et forts,

Ces hommes qui, domptant la peur et le remords,

Eurent l’œil qui défie et la lèvre qui nie?

Les faire reparaître au monde, mais drapés

Dans un manteau moderne, et cette fois paisibles,

Ne se souciant plus des cieux inaccessibles,

Et des mains de Satan brusquement échappés?

C’est ce que j’ai tenté. S’il en est que je blesse

Pour avoir essayé mes forces, si mon dos

N’est pas encore fait à de si lourds fardeaux,

Qu’importe? mon excuse est dans ma hardiesse.

Toi, du moins, tu seras avec moi de tout cœur,

Toi que le vol de l’aigle emporte sur les cîmes,

Toi qui viens de jeter si fièrement tes rimes

A la face d’un siècle à qui les mots font peur!

On s’est épouvanté de ce miroir fidèle

Où tu réfléchissais toutes les lâchetés,

Les muettes horreurs et les sombres beautés

D’un monde qui s’épuise ou qui se renouvelle.

Quelques coups de sifflet ont salué tes Gueux:

D’aucuns sont aveuglés par un peu de poussière

Que ton char triomphal soulève de l’ornière;

Ils sont tout effarés de ton galop fougueux.

Plus d’un voudrait se mettre en travers de ta vie;

Mais toi, tu laisseras s’emporter tes chevaux,

Et, malgré les efforts d’un peuple de rivaux,

Tu sauras bien passer sur le corps de l’Envie.

PROLOGUE

Table des matières

FERDINAND.

Voilà un spectacle tout à fait majestueux,

et d’une magique harmonie. M’est-il permis

de croire que ce sont là des esprits?

PROSPERO.

Des esprits que par mon art j’ai appelés

de leurs frontières, pour exécuter mes fan-

taisies de l’heure présente.

SHAKESPEARE.

Ces êtres, nos acteurs, comme je vous l’ai

dit précédemment, étaient tous des esprits,

et se sont fondus en air, en air subtil.

SHAKESPEARE.

PERSONNAGES DU PROLOGUE

UN VIEIL ALCHIMISTE.

FAUST.

UN PAUVRE.

APPARITIONS: DÉMONS, NYMPHES, ETC.

Une caverne fort obscure. Le vieil alchimiste est assis au fond de cette caverne; il se lève brusquement.

LE VIEILLARD.

Le dégoût m’envahit de toutes mes richesses.

Au peuple meurt-de-faim j’en ferais des largesses,

Si ce n’était mon cœur furieux et blessé,

Qui souffre, et saigne encor de l’outrage passé.

Que de fois, ce maudit souvenir qui m’enivre,

L’ai-je évoqué de l’ombre et l’ai-je fait revivre!

Je me revois paré de ma jeunesse, ainsi

Que d’un royal manteau de pourpre: à la merci

De mes ambitions ardentes, sur la houle

De la mer populaire en frémissant je roule,

Et je bondis parfois, sur ses flots soulevé,

Jusqu’à toucher du front le ciel que j’ai rêvé.

Mais la fortune enfin de mes désirs se joue,

Et la marée un soir me rejette; j’échoue,

Et sur le sable nu d’un rivage de deuil

Je reste solitaire et dévoré d’orgueil.

J’avais conçu la lutte et les grandes colères,

L’antique Rome avec les faisceaux consulaires,

La foule qui s’agite ainsi qu’un champ de blé,

Et ma voix s’élevant jusqu’au ciel étoilé!

Et rien. C’est vainement qu’aux nuits où je médite

J’approfondis encor ma science maudite;

Et j’ai beau, roi que sert un peuple de désirs,

Changer l’argile en or, en perles, en saphirs,

Faire de la matière un bizarre Protée

Et plier à mes lois la nature domptée,

C’est l’homme qu’à mes pieds je voulais abaisser!

Je rêvais l’action: je suis fait pour penser.

Eh bien, tant pis! Dans l’ombre où j’ai caché ma vie,

Qu’empoisonne en secret le venin de l’envie,

Je peux, quand il me plaît, me repaître les yeux

De spectacles vraiment nouveaux et merveilleux,

Me coucher sur un tas d’énormes pierreries

Qui n’iront pas dans les chevelures fleuries

Darder leurs yeux ardents qui fourmillent d’éclairs.

Je peux échafauder vingt palais dans les airs,

Y faire flamboyer le pur métal des trônes!

J’accouple, si je veux, des nymphes et des faunes,

Je fais vibrer des luths sous d’invisibles doigts

Et je conduis des chœurs suaves de cent voix

Dont l’harmonie est si parfaitement exquise

Qu’on croirait, dans le vol azuré de-la brise

Fraîche, sentir passer une impalpable odeur!

Je me délecte ainsi de ma propre grandeur.

Ne croyant point, je suis le plus puissant des êtres:

J’ai vu le vent chasser la cendre des ancêtres,

Et mon œil, qui sonda le firmament divin,

L’embrasse tout entier d’un immense dédain.

Entre un Pauvre.

Voilà un honnête chrétien qui vient me demander la charité.

LE PAUVRE.

Ayez pitié de moi! Mes entrailles me crient que je n’ai rien mangé depuis deux jours, et je ne sais comment les faire taire.

LE VIEILLARD.

J’aurais voulu que tu me prisses ma bourse sans me déranger. De quel droit me voles-tu ma solitude?

LE PAUVRE.

Du droit qu’a de manger tout être qui a faim. Pourtant, j’aurais dû être plus politique. Si vous êtes un riche, laissez-moi mettre un genou en terre, baiser le bas de votre robe et vous offrir l’humble secours de mes prières. Si vous êtes un pauvre comme moi et que vous ayez eu faim, traitez-moi comme un homme et secourez-moi.

LE VIEILLARD.

Si quelqu’un venait me conter qu’un ventre affamé n’a pas de langue, je lui dirais qu’il en a menti. Tiens, voici de l’or. On ne donne pas de pain, ici.

LE PAUVRE.

De quoi vit-on, chez vous?

LE VIEILLARD.

On vit de haine, et on n’a pas le temps d’aller au marché. Va-t’en.

LE PAUVRE.

Cette somme est trop importante; je n’ose la prendre.

LE VIEILLARD.

Si la fortune t’effraie autant que la misère, meurs crucifié entre l’une et l’autre, et ne m’importune pas plus longtemps!

Exit le Pauvre.

Oma caverne, noire à faire peur aux loups!

Coffret sinistre où sont enfermés mes bijoux!

Garde fidèlement chaudières et cornues

D’où s’échappe un essaim d’apparitions nues

Qu’évoque la magie, et les creusets de fer

Où se feraient vraiment des mélanges d’enfer,

Si l’enfer existait ailleurs que dans nos têtes!

Onoires profondeurs, nul ne sait où vous êtes

Et ce qu’on fait ici. Ce jeune homme, lui seul,

Solitaire et toujours grave comme un aïeul,

Qui va, vêtu de noir et la tête courbée,

En quelque profond rêve ayant l’âme absorbée,

Vient s’asseoir sous mes murs noirâtres et fumeux;

Il reste tout le jour immobile comme eux,

Et moi, pendant ce temps, invisible, j’épie

Sur son front de damné quelque pensée impie.

C’est lui. J’entends son pas. Parlera-t-il enfin?

Entre Faust, égaré.

FAUST.

Oh! oui, l’amour doit seul être un plaisir divin!

Non ce banal amour qui se paie en dentelles

Et qui meurt dans la honte.–Ovous, les immortelles.

Glorieuse Vénus des jours évanouis,

Qui jetais ta clarté sur les monts éblouis,

Si tu m’apparaissais dans ta pourpre royale,

Si ta pourpre tombait, que ta chair idéale

Palpitât devant moi dans toute sa beauté;

Et toi, fauve Cérès, chère divinité

Qui nous laisses couper ta lourde chevelure...

Mais où donc êtes-vous? Si Satan vous torture,

Et le joyeux Bacchus tout barbouillé de vin,

Et Jupiter, qui fut maître du monde en vain,

Les sages, les héros et les belles déesses

Derrière elles traînant leurs opulentes tresses,

Et si, monde autrefois tout puissant, tu gémis

Sous la fourche d’airain des démons ennemis,

Ne ferais-je pas mieux de mêler à ta troupe

Mon âme insatiable, et de boire à la coupe