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Le Livre des Esprits, publié en 1857 par Allan Kardec, constitue la fondation du spiritisme, un courant philosophique qui explore la nature des esprits et leurs interactions avec le monde matériel. L'ouvrage se distingue par son approche systématique et méthodique, articulant des questions-réponses reçues par Kardec lors de séances de spiritisme. Ce traité, qui allie réflexion philosophique et spiritualité, se situe dans un contexte littéraire agité, à une époque où les sciences nouvelles et les débats sur la religion et la spiritualité prennent de l'ampleur en Europe. Le style de Kardec, clair et didactique, permet de rendre ces concepts complexes accessibles à un large public, ce qui contribue à l'essor du spiritisme comme mouvement intellectuel et social. Allan Kardec, de son vrai nom Hippolyte Léon Denizard Rivail, était un éducateur français passionné par la science et la philosophie. Son intérêt pour le phénomène spirite a débuté lorsqu'il a assisté à des séances de tables tournantes dans les années 1850. Inspiré par le désir de comprendre les messages provenant de l'au-delà, Kardec entreprit de rassembler ces enseignements pour les structurer d'une manière cohérente, visant à éclairer les âmes sur la vie après la mort et le progrès moral de l'humanité. Son héritage intellectuel est marqué par cette quête de vérité sur le monde spirituel et les lois qui le régissent. Je recommande Le Livre des Esprits à tous ceux qui s'intéressent à la spiritualité et aux questions existentielles. Cet ouvrage non seulement offre des réponses sur la nature des esprits et leur rapport à notre vie humaine, mais encourage également une réflexion profonde sur la moralité, la réincarnation et notre place dans l'univers. Sa lecture éclairera votre compréhension des relations entre le monde physique et spirituel, tout en stimulant un questionnement personnel sur la foi et la raison. Dans cette édition enrichie, nous avons soigneusement créé une valeur ajoutée pour votre expérience de lecture : - Une Introduction succincte situe l'attrait intemporel de l'œuvre et en expose les thèmes. - Le Synopsis présente l'intrigue centrale, en soulignant les développements clés sans révéler les rebondissements critiques. - Un Contexte historique détaillé vous plonge dans les événements et les influences de l'époque qui ont façonné l'écriture. - Une Biographie de l'auteur met en lumière les étapes marquantes de sa vie, éclairant les réflexions personnelles derrière le texte. - Une Analyse approfondie examine symboles, motifs et arcs des personnages afin de révéler les significations sous-jacentes. - Des questions de réflexion vous invitent à vous engager personnellement dans les messages de l'œuvre, en les reliant à la vie moderne. - Des Citations mémorables soigneusement sélectionnées soulignent des moments de pure virtuosité littéraire. - Des notes de bas de page interactives clarifient les références inhabituelles, les allusions historiques et les expressions archaïques pour une lecture plus aisée et mieux informée.
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Veröffentlichungsjahr: 2023
Et si la mort n’était pas une fin, mais la patiente continuité d’un apprentissage? Le Livre des Esprits s’ouvre à cette hypothèse avec un calme obstiné, et convoque la raison pour éclairer l’inconnu. Sans rompre avec l’exigence d’examen, Allan Kardec propose une traversée méthodique de questions que l’humanité porte depuis toujours: d’où venons-nous, pourquoi souffrons-nous, vers quoi tend le progrès moral? Ce livre n’est pas une fable ni un réquisitoire; il est une enquête. On y avance par étapes, au rythme d’interrogations précises, comme si la clarté, patiemment gagnée, pouvait apprivoiser l’invisible et donner forme à l’espérance.
Allan Kardec est le nom de plume d’Hippolyte Léon Denizard Rivail, pédagogue de formation, qui publie Le Livre des Esprits en 1857, au cœur du XIXe siècle européen. Observateur attentif des phénomènes alors débattus dans les salons et les sociétés savantes, il choisit d’analyser ces faits avec les outils de l’éducation et de la critique. Son projet n’est pas de séduire par l’étrange, mais d’ordonner un matériau controversé en une doctrine cohérente, à la fois philosophique, morale et religieuse. Ce premier volume deviendra la pierre d’angle de ce qu’il appellera la codification spirite.
Le dispositif est simple et audacieux: une série de questions-réponses qui prétendent recueillir, par l’intermédiaire de médiums, l’enseignement d’esprits sur l’origine, la nature et la destinée de l’être humain. Kardec ne raconte pas une intrigue; il installe un dialogue didactique qui progresse de l’ontologie à l’éthique. Les thèmes abordés touchent à Dieu, à l’immortalité de l’âme, aux lois morales, à la justice, à la responsabilité et au sens du progrès. La promesse centrale est claire: examiner la vie présente à la lumière d’une continuité plus vaste, et mesurer les conséquences pratiques d’une telle vision.
Ce qui distingue l’entreprise de Kardec, c’est la méthode revendiquée. L’auteur collecte des communications de sources variées, confronte les réponses, écarte ce qui se contredit, organise l’ensemble par chapitres et notions. Cette démarche, inspirée par son habitus pédagogique, confère au texte une architecture rigoureuse et une sobriété de ton peu communes dans ce champ. Il ne se contente pas d’énoncer; il classe, définit, reformule, afin d’offrir au lecteur un instrument de travail plutôt qu’un oracle. Le résultat est un manuel de pensée qui suppose l’examen, invite au doute, et cherche l’accord de la conscience.
Au cœur de l’ouvrage se déploie un bouquet de thèmes durables. La réciprocité entre liberté et responsabilité, l’énigme des inégalités, l’éducation de l’âme par l’expérience, la continuité de l’existence au-delà de la mort, la fraternité comme horizon du progrès moral: autant de questions qui résonnent avec la tradition philosophique tout en la déplaçant. Le Livre des Esprits ne prétend pas épuiser le mystère; il propose un cadre où l’éthique se nourrit d’une métaphysique du devenir. Le lecteur y trouve moins des dogmes que des lignes de force, conçues pour ordonner la réflexion et guider l’action.
Sa portée littéraire tient à une forme maîtrisée. L’écriture est claire, précise, dépourvue d’effets superflus. Le dialogue socratique se mue ici en catéchisme philosophique, offrant un rythme propice à l’appropriation progressive des idées. La concision des réponses, la gradation des chapitres et la cohérence du vocabulaire donnent à l’ensemble une autorité tranquille. Cette économie rhétorique, alliée à la fermeté de la construction, explique que l’ouvrage ait traversé les décennies sans perdre sa lisibilité. Il s’ouvre aux lecteurs de tous horizons, qui peuvent y entrer par thèmes, revenir en arrière, interroger les articulations, et y bâtir un parcours.
Ce statut de classique ne tient pas seulement à l’ancienneté, mais à la capacité du livre à structurer un champ. Fondateur d’une doctrine, il a installé des catégories, fixé des distinctions, offert une carte conceptuelle à ceux qui souhaitaient penser les phénomènes dits spirites au-delà de l’effet de mode. Sa longévité s’explique par trois traits conjoints: l’ambition d’un système, l’exigence morale qui l’habite, et l’accessibilité d’un style. Qu’il soit lu comme philosophie religieuse, comme traité d’éthique, ou comme document d’histoire des idées, il continue de fournir un cadre de référence.
Son influence s’est exercée sur des écrivains et penseurs qui ont poursuivi, précisé ou discuté la voie ouverte par Kardec. Léon Denis et Gabriel Delanne, notamment, ont contribué à étendre et argumenter cet édifice, multipliant les approfondissements et les synthèses. Au-delà du cercle doctrinal, l’ouvrage a irrigué des sensibilités littéraires et culturelles dans des pays où le spiritisme a trouvé un public durable, en particulier au tournant des XIXe et XXe siècles. Par son mélange de rigueur formelle et d’interrogation métaphysique, il a offert un répertoire d’images, de thèmes et de questions aux créateurs.
Le contexte de sa naissance aide à mesurer sa portée. Le milieu du XIXe siècle voit l’Europe et l’Amérique débattre de phénomènes inattendus, tandis que s’affirment la science expérimentale, la presse de masse et les sociétés de discussion. Kardec intervient dans ce concert en pédagogue: il ne s’oppose pas à la modernité, il la sollicite, en recourant à l’ordre, aux définitions, au contrôle des sources. Cette articulation entre curiosité et méthode confère au livre une tonalité singulière, éloignée du sensationnel, soucieuse de mettre l’inconnu en questions plutôt qu’en spectacle.
Lire Le Livre des Esprits, c’est accepter un pas de côté: on suspend le jugement immédiat, on examine les propositions, on suit la progression du questionnement. L’ouvrage ne suppose pas l’adhésion préalable; il organise une scène où la raison est invitée à circonscrire l’inconnu. Sa structure en séquences brèves permet des parcours variés, selon les préoccupations de chacun. On peut y chercher une éthique, une métaphysique, ou un simple appareil de concepts pour explorer le rapport entre visible et invisible. Cette plasticité explique qu’il demeure un outil de travail pour de nombreux lecteurs.
À l’époque présente, où se croisent innovations techniques, interrogations éthiques et quête de sens, les thèmes du livre gardent une acuité particulière. La dignité de la personne, la responsabilité de nos choix, l’idée de progrès moral, la continuité des liens au-delà de la séparation, sont autant de questions qui reviennent au premier plan dans les conversations contemporaines. L’ouvrage propose une manière de les aborder sans céder ni au relativisme ni au dogmatisme, en rappelant que l’examen patient et la cohérence d’une vision peuvent offrir un appui à la conduite de la vie.
Ainsi s’explique l’attrait durable de ce texte fondateur. En articulant hypothèse et méthode, métaphysique et éthique, il a donné forme à une conversation qui n’a cessé de s’élargir. Classique, il l’est parce qu’il fixe un langage et ouvre un horizon à la fois. Qu’on y adhère ou qu’on le discute, on y rencontre une discipline de pensée et une invitation à la responsabilité. En cela, Le Livre des Esprits demeure un compagnon de lecture pour un temps qui, plus que jamais, cherche à unir lucidité et espérance.
Publié en 1857 à Paris, Le Livre des Esprits d’Allan Kardec inaugure la codification du spiritisme. Présenté sous forme de questions-réponses, l’ouvrage propose un cadre philosophique visant à éclairer l’origine et la destinée de l’âme, la structure du monde invisible et les principes moraux qui guident la vie humaine. Kardec s’appuie sur des communications attribuées à des Esprits obtenues par l’intermédiaire de médiums, en les soumettant à un examen méthodique. Le livre se veut synthétique et didactique, ordonné en quatre parties cohérentes, et s’inscrit dans un effort de rationalisation de phénomènes alors populaires, tout en écartant le merveilleux gratuit.
Dans son introduction, Kardec précise sa méthode: recueil comparatif de messages, contrôle par la concordance de réponses venues de différents groupes, et recours constant au critère de la raison. L’objectif est de distinguer l’hypothèse viable de la fantaisie, d’écarter l’autorité individuelle et d’atteindre un enseignement considéré comme universel. Il définit le spiritisme comme une doctrine d’observation portant sur la nature, l’origine et la destinée des Esprits, ainsi que sur leurs relations avec le monde corporel. Le texte met en garde contre la crédulité, souligne le risque d’erreur et insiste sur la nécessité d’une critique prudente des communications médianimiques.
Le premier livre traite des causes premières. Il affirme l’existence de Dieu comme intelligence suprême et cause initiale, tout en rejetant les représentations anthropomorphiques. Il distingue matière et esprit, introduit l’idée d’un principe vital et explore la formation des mondes sans prétendre au détail scientifique. La notion d’un ordre moral inhérent à la création sert de cadre aux questions sur l’âme, son individualité et sa conscience. Kardec pose que la compréhension de la cause première éclaire la finalité de l’existence, mais qu’elle se limite aux attributs accessibles à la raison, évitant spéculations gratuites et assertions invérifiables.
Le second livre examine le monde des Esprits. Il soutient la survivance de l’âme après la mort, son passage par des états plus ou moins élevés et la possibilité de progrès. L’idée d’existences multiples est présentée comme un moyen d’éducation morale et d’égalisation des chances, dans le respect du libre arbitre. Une hiérarchie d’Esprits – des plus imparfaits aux plus élevés – rend compte de la diversité des communications et des influences perçues. La relation entre Esprits et incarnés est décrite comme constante, mais régie par des lois morales qui modèrent l’ingérence et invitent à la responsabilité personnelle.
Dans ce cadre, l’ouvrage détaille les phénomènes médianimiques, physiques ou intelligents, et le rôle des médiums. Il recommande des critères de discernement: cohérence, moralité du contenu, indépendance d’esprit, et corroboration par des sources distinctes. Les dangers de l’illusion, de la supercherie et de l’obsession sont soulignés, ainsi que l’influence du caractère du médium sur la qualité des messages. La pratique proposée exige calme, méthode et désintéressement. Kardec refuse les démonstrations spectaculaires et privilégie la valeur éducative des communications, subordonnant le phénomène à l’enseignement moral qu’il est censé soutenir et à l’amélioration intime de ceux qui l’étudient.
Le troisième livre expose des lois morales tenues pour naturelles: adoration, travail, reproduction, conservation, destruction, société, progrès, égalité, liberté, et justice, amour et charité. L’ensemble fonde une éthique de la responsabilité, où la liberté individuelle s’accompagne d’un devoir de solidarité. Le progrès est présenté comme double, intellectuel et moral, ces deux aspects devant s’équilibrer pour éviter l’abus de puissance. Les relations sociales sont interpretées à la lumière d’une fraternité de destin, tandis que l’instruction, le travail et la réforme des habitudes concourent à l’amélioration collective. La morale n’est pas imposée par contrainte, mais proposée à la raison.
Le quatrième livre traite des espérances et consolations. Il aborde la signification de la souffrance, des épreuves et des inégalités apparentes, en les reliant à une loi de cause et d’effet qui s’étend au-delà d’une seule vie. Les peines et récompenses n’y sont pas envisagées comme fixes ou éternelles, mais proportionnées au degré de progrès. La perspective d’existences successives vise à expliquer vocations, talents et obstacles sans les attribuer au hasard. L’ouvrage condamne les actes qui abrègent la vie et encourage la confiance dans un avenir perfectible, tout en refusant les descriptions matérielles des peines et félicités.
Tout au long de l’ouvrage, des objections matérialistes et sceptiques sont rapportées puis discutées. Kardec propose une « foi rationnelle » fondée sur l’examen des faits et la cohérence des principes, plutôt que sur l’autorité ou le miracle. La conduite morale devient l’épreuve décisive de la valeur d’une doctrine: la dignité humaine, la charité et la tolérance en sont les repères. L’influence des Esprits n’exonère pas la responsabilité individuelle; elle rappelle la continuité de la conscience et l’interdépendance des êtres. La connaissance, sans vertu, est donnée comme insuffisante, et la réforme de soi, comme chemin de progrès durable.
En conclusion, Le Livre des Esprits propose une synthèse qui articule phénomènes spirites, métaphysique et morale en un ensemble structuré. Son ambition n’est pas de clore la recherche, mais d’ouvrir un champ d’étude ordonné et accessible, où l’observation s’allie à une éthique universaliste. Texte fondateur du spiritisme, il a servi de base à des développements ultérieurs et à une littérature d’édification. Sa portée durable tient à la promesse d’un sens pour la vie individuelle et sociale, ainsi qu’à l’idée d’un progrès continu de l’âme, sans exclusive confessionnelle, laissé à l’examen critique du lecteur.
Au milieu du XIXe siècle, Paris est la capitale d’un empire en transformation. Le Second Empire de Napoléon III (1852–1870) consolide un État centralisé, modernise l’économie et réorganise la ville, tandis que l’Église catholique conserve une influence majeure dans l’éducation et la vie morale sous le régime concordataire. Les grandes institutions savantes encadrent la légitimité du savoir, et la presse à grand tirage structure l’opinion. C’est dans ce cadre où s’entrecroisent autorité politique, renouveau religieux et ambitions scientifiques qu’apparaît Le Livre des Esprits (1857), dont l’ambition est de proposer un ensemble d’idées ordonnées sur l’âme, la morale et l’au-delà, au moment où la société française débat de la place du spirituel dans la modernité.
Le phénomène qui prépare le terrain est transatlantique. À partir de 1848, la curiosité publique se porte sur les « coups » et « communications » attribués aux esprits aux États-Unis, avant de gagner l’Europe. En France, vers 1853–1854, la vogue des « tables tournantes » s’installe dans les salons, décrite et parfois moquée par la presse. Des expérimentations domestiques et des démonstrations publiques se multiplient. Le Livre des Esprits s’inscrit dans ce contexte d’effervescence en cherchant moins l’effet spectaculaire que la mise en ordre d’un corpus de réponses présenté comme issu de communications médiumniques, mais soumis à un tri et à une critique rationnelle selon son auteur.
L’auteur, Allan Kardec, est le pseudonyme d’Hippolyte Léon Denizard Rivail (1804–1869), pédagogue formé dans l’orbite de Johann Heinrich Pestalozzi à Yverdon au début des années 1820. Installé à Paris, Rivail publie manuels et traités d’instruction, dans un esprit de clarté et de méthode hérité des Lumières et du réformisme pédagogique. Ce socle éducatif façonne sa démarche: lorsqu’il s’intéresse aux manifestations spirites, il revendique une posture d’observateur et de compilateur. Le Livre des Esprits transpose ce réflexe d’enseignant en une série de questions et réponses ordonnées, cherchant à concilier curiosité métaphysique et exigence didactique.
Une autre matrice culturelle est le magnétisme animal hérité de Mesmer (fin XVIIIe siècle) et les états de somnambulisme décrits au tournant du siècle, qui avaient déjà suscité commissions et controverses. En France, des savants et médecins avaient examiné ces pratiques, souvent en attribuant leurs effets à l’imagination et aux actes involontaires. Le climat intellectuel reste donc partagé entre fascination pour les états psychiques et vigilance critique. Dans ce paysage, Le Livre des Esprits se démarque en affirmant que les phénomènes dits « spirites » doivent être classés, comparés et interprétés selon des principes, plutôt qu’exhibés comme curiosités ou réduits d’emblée à l’illusion.
La sociabilité urbaine et la culture des salons jouent un rôle décisif. Des écrivains comme Victor Hugo participent à des séances à Jersey entre 1853 et 1855, et les journaux relaient récits, polémiques et satires. De nouveaux instruments, tels que la « planchette », popularisent l’écriture automatique. La pratique s’installe à la croisée du divertissement et de l’exploration du mystère. Kardec prétend s’en démarquer par une méthode: comparer des messages obtenus en divers lieux et par différents médiums, retenir les concordances, rejeter les contradictions. Le Livre des Esprits se présente ainsi comme une tentative de sortir la curiosité spirite du seul registre mondain pour l’inscrire dans un cadre doctrinal.
Le contexte politique pèse sur la circulation des idées. Après la Révolution de 1848 et le coup d’État de 1851, le Second Empire s’affirme d’abord comme autoritaire, puis s’ouvre graduellement dans les années 1860. Les libertés de réunion et de presse restent encadrées, mais la scène publique se structure via journaux, sociétés et cercles. Les pratiques spirites, souvent domestiques, se situent à la lisière du public et du privé. Le Livre des Esprits, en optant pour l’imprimé et le débat argumenté plutôt que la seule séance, investit cet espace légalement toléré de discussion, tout en évitant l’affrontement frontal avec les autorités politiques.
Sur le plan intellectuel, le positivisme d’Auguste Comte, la montée de la physiologie et un matérialisme confiant dans les sciences naturelles réorientent les horizons de la connaissance. La notion de preuve expérimentale s’impose dans l’espace savant et dans la presse vulgarisatrice. Le Livre des Esprits répond à ce climat en assumant un vocabulaire d’« observation » et de « contrôle » des communications, et en organisant la matière sous forme de série méthodique. Sans appartenir aux institutions scientifiques, l’ouvrage emprunte leurs codes de rationalité. Il oppose ainsi une vision spiritualiste, mais réordonnée, à la réduction matérialiste, tout en se plaçant sur le terrain de la discussion raisonnée plutôt que du pur témoignage.
La France connaît en parallèle un renouveau catholique au XIXe siècle, porté par l’ultramontanisme et une piété populaire vivace, dont les apparitions de Lourdes en 1858 deviennent un symbole. La loi Falloux (1850) a renforcé la place de l’Église dans l’enseignement. Le Livre des Esprits intervient dans cet environnement où l’institution ecclésiale est influente mais contestée par des courants laïcs. L’ouvrage se situe hors du cadre confessionnel: il promeut une morale et une eschatologie propres, incluant notamment l’idée de réincarnation, en rupture avec l’orthodoxie catholique. Ce positionnement explique, en partie, l’intérêt d’un public en quête d’alternatives spirituelles et morales.
Le volume paraît en 1857 à Paris sous le nom d’Allan Kardec, pseudonyme adopté pour distinguer ces travaux de la production pédagogique antérieure de Rivail. Le texte expose, sous forme de questions-réponses, une synthèse attribuée à des communications recueillies par divers médiums. L’auteur affirme avoir comparé et contrôlé ces messages, ne retenant que ceux qui concordaient. L’ouvrage introduit en outre, en français, le terme « spiritisme » pour différencier ce corpus du « spiritualisme » philosophique plus général. Le format didactique vise à donner au lecteur un cadre d’intelligibilité plutôt qu’un récit d’expériences singulières.
Dès 1858, Kardec fonde la Revue Spirite (Journal d’études psychologiques), périodique consacré aux débats, cas rapportés et considérations doctrinales. La même année naît la Société Parisienne des Études Spirites, qui cherche à encadrer les réunions, échanger des comptes rendus et correspondre avec des groupes en province et à l’étranger. Ce maillage associatif renforce l’audience du livre, lui offrant un espace de réception et de controverse. La Revue joue un rôle d’interface: elle publie réponses aux critiques, récits soumis à examen, et contribue à stabiliser un vocabulaire et des procédures sommaires d’évaluation.
Le Livre des Esprits ne demeure pas isolé. Une édition augmentée paraît en 1860, portant le nombre de questions à environ un millier. Puis suivent des volumes complémentaires: Le Livre des Médiums (1861) sur les pratiques et pièges de la médiumnité, L’Évangile selon le Spiritisme (1864) proposant une lecture morale, Le Ciel et l’Enfer (1865) et La Genèse (1868). Cette « codification » progressive témoigne d’un projet: transformer une curiosité mondaine en doctrine structurée, articulant ontologie, morale et conseils pratiques, et répondant aux griefs de confusion ou d’illusion adressés au mouvement naissant.
L’essor du spiritisme rencontre des résistances religieuses et politiques, variables selon les pays. En Espagne, en 1861, des autorités ecclésiastiques et civiles à Barcelone organisent la saisie et la destruction publique d’ouvrages spirites, épisode connu comme un « auto-da-fé » moderne, qui concerne aussi des écrits de Kardec. En France, si la pratique n’est pas uniformément réprimée, des ecclésiastiques mettent en garde contre ce qu’ils considèrent comme une superstition ou une hérésie. Ces réactions, relayées par la presse, nourrissent la visibilité du Livre des Esprits, qui répond en se présentant comme examen méthodique plutôt que prosélytisme irrationnel.
Des savants s’emploient, dans les mêmes années, à expliquer les phénomènes à partir de causes psychophysiologiques. Michel Eugène Chevreul, vers 1854, propose l’idée de mouvements idéomoteurs pour rendre compte des baguettes, pendules et tables. En Grande-Bretagne, William Benjamin Carpenter avance des thèses voisines. Les prestidigitateurs, héritiers de Robert-Houdin, dénoncent fraudes et trucages. Le Livre des Esprits prend acte de ces critiques en distinguant, dans ses prolongements, entre manifestations dignes d’examen et illusions, en recommandant prudence et contrôle. Il n’intègre pas pour autant les explications matérialistes, préférant une interprétation spiritualiste ordonnée.
La diffusion du livre et de ses idées est favorisée par des mutations matérielles. L’extension du réseau ferré, l’abaissement du coût du papier, la multiplication des librairies et cabinets de lecture, ainsi que le télégraphe qui accélère la circulation des nouvelles, forment l’infrastructure d’un espace public élargi. La reconstruction de Paris par Haussmann crée de nouveaux quartiers, lieux de sociabilité et de réunions. Dans ce contexte, Le Livre des Esprits circule par la librairie et par les réseaux amicaux, alimente correspondances et comptes rendus, et trouve un public qui s’initie à la lecture méthodique des « communications » autant qu’à la discussion morale qu’elles suscitent.
La composition sociale des cercles spirites reflète la bourgeoisie urbaine cultivée, mais des participantes et participants d’origines variées y prennent part. Les femmes tiennent souvent un rôle central comme médiums, ce que relaient de nombreux récits et comptes rendus. La dimension morale insistée par Kardec – devoirs, progrès individuel, responsabilité – rencontre des préoccupations d’époque, sensibles aux questions de pauvreté et d’assistance. Le Livre des Esprits inscrit ces thèmes dans un cadre de loi morale universelle et d’éducation des sentiments, ce qui le distingue à la fois des divertissements de salon et des catéchismes confessionnels, tout en parlant à des lecteurs soucieux de réforme intérieure.
À mesure que le Second Empire s’assouplit dans la seconde moitié des années 1860, débats et publications se multiplient. L’Exposition universelle de 1867 consacre l’optimisme technique, tandis que critiques et oppositions gagnent en audience. Allan Kardec poursuit ses travaux éditoriaux jusqu’à sa mort en 1869. L’astronome Camille Flammarion lui rend un hommage public, signal d’un intérêt persistant de personnalités scientifiques et littéraires pour les questions d’âme et d’infini, même sans adhésion à la doctrine. Dans les décennies suivantes, le mouvement s’implantera hors de France, notamment en Amérique latine, mais l’élan initial se joue autour du livre de 1857 et de ses prolongements.
Si l’on replace Le Livre des Esprits dans sa conjoncture, il apparaît comme une réponse à trois tensions de son temps: l’affirmation scientifique et le besoin d’au-delà, l’autorité religieuse et la quête d’autonomie morale, l’urbanité moderne et le désir de sens partagé. En proposant une codification et un vocabulaire propres, l’ouvrage s’offre comme miroir et critique: miroir des espoirs et inquiétudes d’une société qui modernise ses savoirs, critique d’un matérialisme exclusif et d’un monopole doctrinal. Son influence tient moins à l’originalité de phénomènes observés qu’à la prétention – typiquement XIXe siècle – de les ordonner, les discuter et les insérer dans une pédagogie de la vie morale.
Allan Kardec (1804-1869), né Hippolyte Léon Denizard Rivail, fut un pédagogue et auteur français devenu le principal codificateur du spiritisme au XIXe siècle. Actif dans une époque marquée par la Révolution industrielle, les controverses religieuses et l’essor des sciences expérimentales, il chercha à organiser, sous un cadre rationnel, des phénomènes alors populaires dans les salons européens. Ses livres et ses périodiques proposèrent une doctrine présentée à la fois comme philosophie morale, science d’observation et perspective spiritualiste. Son œuvre, très lue en France et à l’étranger, suscita débats, adhésions durables et critiques, et demeure une référence pour les courants se réclamant du spiritisme.
Formé en Suisse auprès de Johann Heinrich Pestalozzi, à Yverdon, Rivail assimila une pédagogie fondée sur l’observation, la méthode inductive et l’attention portée à l’élève. Cette formation, profondément ancrée dans le rationalisme éducatif du début du XIXe siècle, orienta ses premiers travaux et modela son style d’argumentation. De retour en France, il enseigna différentes disciplines et publia des manuels destinés à rendre l’instruction plus accessible. L’influence pestalozzienne, avec son insistance sur l’exactitude, la clarté et l’exercice progressif des facultés, demeure perceptible jusque dans ses écrits ultérieurs, où il cherchera à classifier des témoignages et à dégager des principes généraux à partir d’observations répétées.
Avant de se consacrer au spiritisme, Rivail se fit connaître comme éducateur à Paris. Il dirigea une institution d’enseignement et participa aux discussions publiques sur la réforme de l’instruction. Ses travaux, de nature pédagogique, visaient la diffusion de savoirs pratiques et une progression méthodique adaptée aux élèves. Sans rompre avec ces préoccupations, il se montra attentif aux expérimentations et aux moyens de vérification, une attitude qui marquera sa démarche future. Ce profil d’enseignant et de méthodologue explique en partie la tonalité didactique de ses livres, ainsi que la structure en questions, définitions et séries de principes qui caractérise son écriture dans la période suivante.
Au milieu des années 1850, il s’intéressa aux manifestations couramment désignées comme tables tournantes et communications médianimiques, alors largement discutées en Europe. Abordant ces séances avec prudence, il recueillit et confronta des réponses obtenues par divers médiums, écartant ce qu’il jugeait incohérent et conservant des éléments récurrents. C’est dans ce contexte qu’il adopta le nom d’auteur Allan Kardec pour distinguer cette phase de ses activités. Sa démarche se voulait descriptive et comparative, soucieuse de méthodes et de contrôles, avec l’ambition d’élaborer un ensemble cohérent de notions plutôt qu’un simple recueil de curiosités ou d’expériences isolées.
Le Livre des Esprits (1857) inaugura ce qu’il nomma la codification spirite, proposant un corps de principes sur la nature des esprits, l’âme et la morale. L’année suivante, il fonda la Revue Spirite, périodique dédié aux études et controverses du domaine, et participa à la création de la Société parisienne des études spirites (1858). Il publia ensuite Qu’est-ce que le spiritisme ? (1859), bref exposé destiné au grand public, puis Le Livre des Médiums (1861), manuel portant sur l’observation des phénomènes et les précautions à prendre. Ces ouvrages donnèrent au mouvement une orientation doctrinale et une base d’échanges réguliers.
Dans une seconde phase, Kardec développa les applications morales et religieuses de la doctrine. L’Évangile selon le spiritisme (1864) proposa une lecture morale des textes évangéliques. Le Ciel et l’Enfer (1865) examina, dans ce cadre, peines et consolations, tandis que La Genèse (1868) aborda miracles et prophéties selon le spiritisme. La réception fut contrastée: un lectorat fidèle y vit une synthèse accessible et méthodique; des critiques, venus notamment de milieux religieux ou savants, contestèrent la validité des sources et des procédures. Kardec défendit une position qui se voulait expérimentale et progressiste, subordonnant les hypothèses à l’observation cumulative.
Jusqu’à sa mort à Paris en 1869, il anima la Revue Spirite, coordonna des correspondances et veilla à la cohésion doctrinale du mouvement. Inhumé au cimetière du Père-Lachaise, il laissa une œuvre qui connut une large postérité, avec une diffusion durable en France et, surtout, en Amérique latine, où le spiritisme s’est implanté de manière notable, notamment au Brésil. Ses livres continuent d’être réédités et traduits, et inspirent des sociétés d’étude, des centres et des initiatives caritatives se réclamant de son enseignement. Sa figure demeure associée à la codification d’un courant qui, pour ses adeptes, allie morale, raison et spiritualisme.
Pour les choses nouvelles il faut des mots nouveaux, ainsi le veut la clarté du langage, pour éviter la confusion inséparable du sens multiple des mêmes termes. Les mots spirituel, spiritualiste, spiritualisme ont une acception bien définie; leur en donner une nouvelle pour les appliquer à la doctrine des Esprits serait multiplier les causes déjà si nombreuses d’amphibologie. En effet, le spiritualisme est l’opposé du matérialisme[1q]; quiconque croit avoir en soi autre chose que la matière est spiritualiste; mais il ne s’ensuit pas qu’il croie à l’existence des Esprits ou à leurs communications avec le monde visible. Au lieu des mots spirituel, spiritualisme, nous employons pour désigner cette dernière croyance ceux de spirite et de spiritisme, dont la forme rappelle l’origine et le sens radical, et qui par cela même ont l’avantage d’être parfaitement intelligibles, réservant au mot spiritualisme son acception propre. Nous dirons donc que la doctrine spirite ou le spiritisme a pour principes les relations du monde matériel avec les Esprits ou êtres du monde invisible. Les adeptes du spiritisme seront les spirites ou, si l’on veut, lesspiritistes.
Comme spécialité, le Livre des Esprits[2] contient la doctrine spirite; comme généralité, il se rattache à la doctrine spiritualiste dont il présente l’une des phases. Telle est la raison pour laquelle il porte en tête de son titre les mots: Philosophie spiritualiste.
Il est un autre mot sur lequel il importe également de s’entendre, parce que c’est une des clefs de voûte de toute doctrine morale, et qu’il est le sujet de nombreuses controverses, faute d’une acception bien déterminée, c’est le mot âme. La divergence d’opinions sur la nature de l’âme vient de l’application particulière que chacun fait de ce mot. Une langue parfaite, où chaque idée aurait sa représentation par un terme propre, éviterait bien des discussions; avec un mot pour chaque chose, tout le monde s’entendrait.
Selon les uns, l’âme est le principe de la vie matérielle organique; elle n’a point d’existence propre et cesse avec la vie: c’est le matérialisme pur[2q]. Dans ce sens, et par comparaison, ils disent d’un instrument fêlé qui ne rend plus de son: qu’il n’a pas d’âme. D’après cette opinion, l’âme serait un effet et non une cause.
D’autres pensent que l’âme est le principe de l’intelligence, agent universel dont chaque être absorbe une portion. Selon eux, il n’y aurait pour tout l’univers qu’une seule âme qui distribue des étincelles entre les divers êtres intelligents pendant leur vie; après la mort, chaque étincelle retourne à la source commune où elle se confond dans le tout, comme les ruisseaux et les fleuves retournent à la mer d’où ils sont sortis. Cette opinion diffère de la précédente en ce que, dans cette hypothèse, il y a en nous plus que la matière et qu’il reste quelque chose après la mort; mais c’est à peu près comme s’il ne restait rien, puisque, n’ayant plus d’individualité, nous n’aurions plus conscience de nous-même. Dans cette opinion, l’âme universelle serait Dieu et chaque être une portion de la Divinité, c’est une variété du panthéisme.
Selon d’autres enfin, l’âme est un être moral, distinct, indépendant de la matière et qui conserve son individualité après la mort. Cette acception est, sans contredit, la plus générale, parce que, sous un nom ou sous un autre, l’idée de cet être qui survit au corps se trouve à l’état de croyance instinctive et indépendante de tout enseignement, chez tous les peuples, quel que soit le degré de leur civilisation. Cette doctrine, selon laquelle l’âme est la cause et non l’effet, est celle des spiritualistes.
Sans discuter le mérite de ces opinions, et en ne considérant que le côté linguistique de la chose, nous dirons que ces trois applications du mot âme constituent trois idées distinctes qui demanderaient chacune un terme différent. Ce mot a donc une triple acception, et chacun a raison à son point de vue, dans la définition qu’il en donne; le tort est à la langue de n’avoir qu’un mot pour trois idées. Pour éviter toute équivoque, il faudrait restreindre l’acception du mot âme à l’une de ces trois idées; le choix est indifférent, le tout est de s’entendre, c’est une affaire de convention. Nous croyons plus logique de le prendre dans son acception la plus vulgaire; c’est pourquoi nous appelons AME l’être immatériel et individuel qui réside en nous et qui survit au corps. Cet être n’existerait-il pas, et ne serait-il qu’un produit de l’imagination, qu’il faudrait encore un terme pour le désigner.
A défaut d’un mot spécial pour chacun des deux autres points nous appelons:
Principe vitalle principe de la vie matérielle et organique, quelle qu’en soit la source, et qui est commun à tous les êtres vivants, depuis les plantes jusqu’à l’homme. La vie pouvant exister abstraction faite de la faculté de penser, le principe vital est une chose distincte et indépendante. Le mot vitalité ne rendrait pas la même idée. Pour les uns, le principe vital est une propriété de la matière, un effet qui se produit lorsque la matière se trouve dans certaines circonstances données; selon d’autres, et c’est l’idée la plus commune, il réside dans un fluide spécial, universellement répandu et dont chaque être absorbe et s’assimile une partie pendant la vie, comme nous voyons les corps inertes absorber la lumière; ce serait alors le fluide vital[8], qui, selon certaines opinions, ne serait autre que le fluide électrique animalisé, désigné aussi sous les noms de fluide magnétique, fluide nerveux, etc..
Quoi qu’il en soit, il est un fait que l’on ne saurait contester, car c’est un résultat d’observation, c’est que les êtres organiques ont en eux une force intime qui produit le phénomène de la vie, tant que cette force existe; que la vie matérielle est commune à tous les êtres organiques, et qu’elle est indépendante de l’intelligence et de la pensée; que l’intelligence et la pensée sont les facultés propres à certaines espèces organiques; enfin que, parmi les espèces organiques douées de l’intelligence et de la pensée, il en est une douée d’un sens moral spécial qui lui donne une incontestable supériorité sur les autres, c’est l’espèce humaine.
On conçoit qu’avec une acception multiple, l’âme n’exclut ni le matérialisme, ni le panthéisme. Le spiritualiste lui-même peut très bien entendre l’âme selon l’une ou l’autre des deux premières définitions, sans préjudice de l’être immatériel distinct auquel il donnera alors un nom quelconque. Ainsi ce mot n’est point le représentant d’une opinion: c’est un protée que chacun accommode à sa guise; de là, la source de tant d’interminables disputes.
On éviterait également la confusion, tout en se servant du mot âme dans les trois cas, en y ajoutant un qualificatif qui spécifierait le point de vue sous lequel on l’envisage, ou l’application qu’on en fait. Ce serait alors un mot générique, représentant à la fois le principe de la vie matérielle, de l’intelligence et du sens moral, et que l’on distinguerait par un attribut, comme les gaz, par exemple, que l’on distingue en ajoutant les mots hydrogène, oxygène ou azote. On pourrait donc dire, et ce serait peut-être le mieux, l’âme vitale pour le principe de la vie matérielle, l’âme intellectuelle pour le principe de l’intelligence et l’âme spirite pour le principe de notre individualité après la mort. Comme on le voit, tout cela est une question de mots, mais une question très importante pour s’entendre. D’après cela l’âme vitale serait commune à tous les êtres organiques: plantes, animaux et hommes; l’âme intellectuelle serait le propre des animaux et des hommes, et l’âme spirite appartiendrait à l’homme seul.
Nous avons cru devoir insister d’autant plus sur ces explications que la doctrine spirite repose naturellement sur l’existence en nous d’un être indépendant de la matière et survivant au corps. Le mot âme devant se produire fréquemment dans le cours de cet ouvrage, il importait d’être fixé sur le sens que nous y attachons afin d’éviter toute méprise.
Venons maintenant à l’objet principal de cette instruction préliminaire.
La doctrine spirite, comme toute chose nouvelle, a ses adeptes et ses contradicteurs. Nous allons essayer de répondre à quelques-unes des objections de ces derniers, en examinant la valeur des motifs sur lesquels ils s’appuient sans avoir toutefois la prétention de convaincre tout le monde, car il est des gens qui croient que la lumière a été faite pour eux seuls. Nous nous adressons aux personnes de bonne foi, sans idées préconçues ou arrêtées quand même, mais sincèrement désireuses de s’instruire, et nous leur démontrerons que la plupart des objections que l’on oppose à la doctrine proviennent d’une observation incomplète des faits et d’un jugement porté avec trop de légèreté et de précipitation.
Rappelons d’abord en peu de mots la série progressive des phénomènes qui ont donné naissance à cette doctrine.
Le premier fait observé a été celui d’objets divers mis en mouvement; on l’a désigné vulgairement sous le nom de tables tournantes[3] ou danse des tables. Ce phénomène, qui paraît avoir été observé d’abord en Amérique, ou plutôt qui s’est renouvelé dans cette contrée, car l’histoire prouve qu’il remonte à la plus haute antiquité, s’est produit accompagné de circonstances étranges, telles que bruits insolites, coups frappés sans cause ostensible connue. De là, il s’est rapidement propagé en Europe et dans les autres parties du monde; il a d’abord soulevé beaucoup d’incrédulité, mais la multiplicité des expériences n’a bientôt plus permis de douter de la réalité.
Si ce phénomène eût été borné au mouvement des objets matériels, il pourrait s’expliquer par une cause purement physique. Nous sommes loin de connaître tous les agents occultes de la nature, ni toutes les propriétés de ceux que nous connaissons; l’électricité, d’ailleurs, multiplie chaque jour à l’infini les ressources qu’elle procure à l’homme, et semble devoir éclairer la science d’une lumière nouvelle. Il n’y avait donc rien d’impossible à ce que l’électricité, modifiée par certaines circonstances, ou tout autre agent inconnu, fût la cause de ce mouvement. La réunion de plusieurs personnes augmentant la puissance d’action semblait appuyer cette théorie, car on pouvait considérer cet ensemble comme une pile multiple dont la puissance est en raison du nombre des éléments.
Le mouvement circulaire n’avait rien d’extraordinaire: il est dans la nature; tous les astres se meuvent circulairement; nous pourrions donc avoir en petit un reflet du mouvement général de l’univers, ou, pour mieux dire, une cause jusqu’alors inconnue pouvait produire accidentellement pour les petits objets et dans des circonstances données un courant analogue à celui qui entraîne les mondes.
Mais le mouvement n’était pas toujours circulaire; il était souvent saccadé, désordonné, l’objet violemment secoué, renversé, emporté dans une direction quelconque, et, contrairement à toutes les lois de la statique, soulevé de terre et maintenu dans l’espace. Rien encore dans ces faits qui ne puisse s’expliquer par la puissance d’un agent physique invisible. Ne voyons-nous pas l’électricité renverser les édifices, déraciner les arbres, lancer au loin les corps les plus lourds, les attirer ou les repousser?
Les bruits insolites, les coups frappés, en supposant qu’ils ne fussent pas un des effets ordinaires de la dilatation du bois ou de toute autre cause accidentelle, pouvaient encore très bien être produits par l’accumulation du fluide occulte; l’électricité ne produit-elle pas les bruits les plus violents?
Jusque-là, comme on le voit, tout peut rentrer dans le domaine des faits purement physiques et physiologiques. Sans sortir de ce cercle d’idées, il y avait là la matière d’études sérieuses et dignes de fixer l’attention des savants. Pourquoi n’en a-t-il pas été ainsi? Il est pénible de le dire, mais cela tient à des causes qui prouvent entre mille faits semblables la légèreté de l’esprit humain. D’abord la vulgarité de l’objet principal qui a servi de base aux premières expérimentations n’y est peut-être pas étrangère. Quelle influence un mot n’a-t-il pas souvent eue sur les choses les plus graves! Sans considérer que le mouvement pouvait être imprimé à un objet quelconque, l’idée des tables a prévalu, sans doute parce que c’était l’objet le plus commode et qu’on s’assied plus naturellement autour d’une table qu’autour de tout autre meuble. Or, les hommes supérieurs sont quelquefois si puérils qu’il n’y aurait rien d’impossible à ce que certains esprits d’élite aient cru au-dessous d’eux de s’occuper de ce que l’on était convenu d’appeler la danse des tables. Il est même probable que, si le phénomène observé par Galvani[4] l’eût été par des hommes vulgaires et fût resté caractérisé par un nom burlesque, il serait encore relégué à coté de la baguette divinatoire. Quel est, en effet, le savant qui n’aurait pas cru déroger en s’occupant de la danse des grenouilles?
Quelques-uns cependant, assez modestes pour convenir que la nature pourrait bien n’avoir pas dit son dernier mot pour eux, ont voulu voir, pour l’acquit de leur conscience; mais il est arrivé que le phénomène n’a pas toujours répondu à leur attente, et de ce qu’il ne s’était pas constamment produit à leur volonté, et selon leur mode d’expérimentation, ils ont conclu à la négative; malgré leur arrêt, les tables, puisque tables il y a, continuent à tourner, et nous pouvons dire avec Galilée[5]: et pourtant elles se meuvent! Nous dirons plus: c’est que les faits se sont tellement multipliés qu’ils ont aujourd’hui droit de cité, et qu’il ne s’agit plus que d’en trouver une explication rationnelle. Peut-on induire quelque chose contre la réalité du phénomène de ce qu’il ne se produit pas d’une manière toujours identique selon la volonté et les exigences de l’observateur? Est-ce que les phénomènes d’électricité et de chimie ne sont pas subordonnés à certaines conditions et doit-on les nier parce qu’ils ne se produisent pas en dehors de ces conditions? Y a-t-il donc rien d’étonnant que le phénomène du mouvement des objets par le fluide humain ait aussi ses conditions d’être et cesse de se produire lorsque l’observateur, se plaçant à son propre point de vue, prétend le faire marcher au gré de son caprice, ou l’assujettir aux lois des phénomènes connus, sans considérer que pour des faits nouveaux, il peut et doit y avoir des lois nouvelles? Or, pour connaître ces lois, il faut étudier les circonstances dans lesquelles les faits se produisent et cette étude ne peut être que le fruit d’une observation soutenue, attentive et souvent fort longue.
Mais, objectent certaines personnes, il y a souvent supercherie évidente. Nous leur demanderons d’abord si elles sont bien certaines qu’il y ait supercherie, et si elles n’ont pas pris pour telle des effets dont elles ne pouvaient se rendre compte, à peu près comme ce paysan qui prenait un savant professeur de physique faisant des expériences, pour un adroit escamoteur. En supposant même que cela ait pu avoir lieu quelquefois, serait-ce une raison pour nier le fait? Faut-il nier la physique parce qu’il y a des prestidigitateurs qui se décorent du titre de physiciens? Il faut d’ailleurs tenir compte du caractère des personnes et de l’intérêt qu’elles pourraient avoir à tromper. Ce serait donc une plaisanterie? On peut bien s’amuser un instant mais une plaisanterie indéfiniment prolongée serait aussi fastidieuse pour le mystificateur que pour le mystifié. Il y aurait, au reste, dans une mystification qui se propage d’un bout du monde à l’autre, et parmi les personnes les plus graves, les plus honorables et les plus éclairées, quelque chose d’au moins aussi extraordinaire que le phénomène lui-même.
Si les phénomènes qui nous occupent se fussent bornés au mouvement des objets, ils seraient restés comme nous l’avons dit dans le domaine des sciences physiques; mais il n’en est point ainsi: il leur était donné de nous mettre sur la voie de faits d’un ordre étrange. On crut découvrir, nous ne savons par quelle initiative, que l’impulsion donnée aux objets n’était pas seulement le produit d’une force mécanique aveugle, mais qu’il y avait dans ce mouvement l’intervention d’une cause intelligente. Cette voie une fois ouverte, c’était un champ tout nouveau d’observations; c’était le voile levé sur bien des mystères. Y a-t-il, en effet, une puissance intelligente? Telle est la question. Si cette puissance existe, quelle est-elle, quelle est sa nature, son origine? Est-elle au-dessus de l’humanité? Telles sont les autres questions qui découlent de la première.
Les premières manifestations intelligentes eurent lieu au moyen de tables se levant et frappant, avec un pied, un nombre déterminé de coups et répondant ainsi par oui ou par non, suivant la convention, à une question posée. Jusque-là rien de convaincant assurément pour les sceptiques, car on pouvait croire à un effet du hasard. On obtint ensuite des réponses plus développées par les lettres de l’alphabet: l’objet mobile, frappant un nombre de coups correspondant au numéro d’ordre de chaque lettre, on arrivait ainsi à formuler des mots et des phrases répondant à des questions posées. La justesse des réponses, leur corrélation avec la question excitèrent l’étonnement. L’être mystérieux qui répondait ainsi, interrogé sur sa nature, déclara qu’il était Esprit ou génie, se donna un nom, et fournit divers renseignements sur son compte. Ceci est une circonstance très importante à noter. Personne n’a donc imaginé les Esprits comme un moyen d’expliquer le phénomène; c’est le phénomène lui-même qui révèle le mot. On fait souvent, dans les sciences exactes, des hypothèses pour avoir une base de raisonnement, or, ce n’est point ici le cas.
Ce moyen de correspondance était long et incommode. L’Esprit, et ceci est encore une circonstance digne de remarque, en indiqua un autre. C’est l’un de ces êtres invisibles qui donna le conseil d’adapter un crayon à une corbeille ou à un autre objet. Cette corbeille, posée sur une feuille de papier, est mise en mouvement par la même puissance occulte qui fait mouvoir les tables; mais, au lieu d’un simple mouvement régulier, le crayon trace de lui-même des caractères formant des mots, des phrases et des discours entiers de plusieurs pages, traitant les plus hautes questions de philosophie, de morale, de métaphysique, de psychologie, etc., et cela avec autant de rapidité que si l’on écrivait avec la main.
Ce conseil fut donné simultanément en Amérique, en France et dans diverses contrées. Voici les termes dans lesquels il fut donné à Paris, le 10 juin 1853, à l’un des plus fervents adeptes de la doctrine, qui déjà depuis plusieurs années, et dès 1849, s’occupait de l’évocation des Esprits: «Va prendre, dans la chambre à côté, la petite corbeille; attaches-y un crayon; place-le sur un papier; mets les doigts sur le bord.» Puis, quelques instants après, la corbeille s’est mise en mouvement et le crayon a écrit très lisiblement cette phrase: «Ce que je vous dis là, je vous défends expressément de le dire à personne; la première fois que j’écrirai, j’écrirai mieux.»
L’objet auquel on adapte le crayon n’étant qu’un instrument, sa nature et sa forme sont complètement indifférentes; on a cherché la disposition la plus commode; c’est ainsi que beaucoup de personnes font usage d’une petite planchette.
La corbeille, ou la planchette, ne peut être mise en mouvement que sous l’influence de certaines personnes douées à cet égard d’une puissance spéciale et que l’on désigne sous le nom de médiums[7], c’est-à-dire milieu, ou intermédiaires entre les Esprits et les hommes. Les conditions qui donnent cette puissance spéciale tiennent à des causes tout à la fois physiques et morales encore imparfaitement connues, car on trouve des médiums de tout âge, de tout sexe et dans tous les degrés de développement intellectuel. Cette faculté, du reste, se développe par l’exercice.
Plus tard on reconnut que la corbeille et la planchette ne formaient, en réalité, qu’un appendice de la main, et le médium, prenant directement le crayon, se mit à écrire par une impulsion involontaire et presque fébrile. Par ce moyen, les communications devinrent plus rapides, plus faciles et plus complètes; c’est aujourd’hui le plus répandu, d’autant plus que le nombre des personnes douées de cette aptitude est très considérable et se multiplie tous les jours. L’expérience enfin fit connaître plusieurs autres variétés dans la faculté médiatrice, et l’on sut que les communications pouvaient également avoir lieu par la parole, l’ouïe, la vue, le toucher, etc., et même par l’écriture directe des Esprits, c’est-à-dire sans le concours de la main du médium ni du crayon.
Le fait obtenu, un point essentiel restait à constater, c’est le rôle du médium dans les réponses et la part qu’il peut y prendre mécaniquement et moralement. Deux circonstances capitales, qui ne sauraient échapper à un observateur attentif, peuvent résoudre la question. La première est la manière dont la corbeille se meut sous son influence, par la seule imposition des doigts sur le bord; l’examen démontre l’impossibilité d’une direction quelconque. Cette impossibilité devient surtout patente lorsque deux ou trois personnes se placent en même temps à la même corbeille; il faudrait entre elles une concordance de mouvement vraiment phénoménale; il faudrait, de plus, concordance de pensées pour qu’elles pussent s’entendre sur la réponse à faire à la question posée. Un autre fait, non moins singulier, vient encore ajouter à la difficulté, c’est le changement radical de l’écriture selon l’Esprit qui se manifeste, et chaque fois que le même esprit revient, son écriture se reproduit. Il faudrait donc que le médium se fût appliqué à changer sa propre écriture de vingt manières différentes et surtout qu’il pût se souvenir de celle qui appartient à tel ou tel Esprit.
La seconde circonstance résulte de la nature même des réponses qui sont, la plupart du temps, surtout lorsqu’il s’agit de questions abstraites ou scientifiques, notoirement en dehors des connaissances et quelquefois de la portée intellectuelle du médium, qui, du reste, le plus ordinairement, n’a point conscience de ce qui s’écrit sous son influence; qui, très souvent même, n’entend pas ou ne comprend pas la question posée, puisqu’elle peut l’être dans une langue qui lui est étrangère, ou même mentalement, et que la réponse peut être faite dans cette langue. Il arrive souvent enfin que la corbeille écrit spontanément, sans question préalable, sur un sujet quelconque et tout à fait inattendu.
Ces réponses, dans certains cas, ont un tel cachet de sagesse, de profondeur et d’à-propos; elles révèlent des pensées si élevées, si sublimes, qu’elles ne peuvent émaner que d’une intelligence supérieure, empreinte de la moralité la plus pure; d’autres fois elles sont si légères, si frivoles, si triviales même, que la raison se refuse à croire qu’elles puissent procéder de la même source. Cette diversité de langage ne peut s’expliquer que par la diversité des intelligences qui se manifestent. Ces intelligences sont-elles dans l’humanité ou hors de l’humanité? Tel est le point à éclaircir et dont on trouvera l’explication complète dans cet ouvrage, telle qu’elle est donnée par les Esprits eux-mêmes.
Voilà donc des effets patents qui se produisent en dehors du cercle habituel de nos observations, qui ne se passent point avec mystère, mais au grand jour, que tout le monde peut voir et constater, qui ne sont pas le privilège d’un seul individu, mais que des milliers de personnes répètent tous les jours à volonté. Ces effets ont nécessairement une cause, et du moment qu’ils révèlent l’action d’une intelligence et d’une volonté, ils sortent du domaine purement physique.
Plusieurs théories ont été émises à ce sujet: nous les examinerons tout à l’heure, et nous verrons si elles peuvent rendre raison de tous les faits qui se produisent. Admettons, en attendant, l’existence d’êtres distincts de l’humanité, puisque telle est l’explication fournie par les intelligences qui se révèlent, et voyons ce qu’ils nous disent.
Les êtres qui se communiquent ainsi se désignent eux-mêmes, comme nous l’avons dit, sous le nom d’Esprits ou de génies, et comme ayant appartenu, pour quelques-uns du moins, aux hommes qui ont vécu sur la terre. Ils constituent le monde spirituel, comme nous constituons pendant notre vie le monde corporel.
Nous résumons ici, en peu de mots, les points les plus saillants de la doctrine qu’ils nous ont transmise, afin de répondre plus facilement à certaines objections.
«Dieu est éternel, immuable, immatériel, unique, tout-puissant, souverainement juste et bon.»
«Il a créé l’univers qui comprend tous les êtres animés et inanimés, matériels et immatériels.»
«Les êtres matériels constituent le monde visible ou corporel, et les êtres immatériels le monde invisible ou spirite, c’est-à-dire des Esprits.»
«Le monde spirite est le monde normal, primitif, éternel, préexistant et survivant à tout.»
«Le monde corporel n’est que secondaire; il pourrait cesser d’exister, ou n’avoir jamais existé, sans altérer l’essence du monde spirite.»
«Les Esprits revêtent temporairement une enveloppe matérielle périssable, dont la destruction, par la mort les rend à la liberté.»
«Parmi les différentes espèces d’êtres corporels, Dieu a choisi l’espèce humaine pour l’incarnation des Esprits arrivés à un certain degré de développement, c’est ce qui lui donne la supériorité morale et intellectuelle sur les autres.»
«L’âme est un Esprit incarné dont le corps n’est que l’enveloppe.»
«Il y a dans l’homme trois choses: 1° le corps ou être matériel analogue aux animaux, et animé par le même principe vital; 2° l’âme ou être immatériel, Esprit incarné dans le corps; 3° le lien qui unit l’âme et le corps, principe intermédiaire entre la matière et l’Esprit.»
«L’homme a ainsi deux natures: par son corps, il participe de la nature des animaux dont il a les instincts; par son âme il participe de la nature des Esprits.»
«Le lien ou périsprit[6] qui unit le corps et l’Esprit est une sorte d’enveloppe semi-matérielle. La mort est la destruction de l’enveloppe la plus grossière; l’Esprit conserve la seconde, qui constitue pour lui un corps éthéré, invisible pour nous dans l’état normal, mais qu’il peut rendre accidentellement visible et même tangible, comme cela a lieu dans le phénomène des apparitions.»
«L’Esprit n’est point ainsi un être abstrait indéfini, que la pensée seule peut concevoir; c’est un être réel, circonscrit qui, dans certains cas, est appréciable par les sens de la vue, de l’ouïe et du toucher.»
«Les Esprits appartiennent à différentes classes et ne sont égaux ni en puissance, ni en intelligence, ni en savoir, ni en moralité. Ceux du premier ordre sont les Esprits supérieurs qui se distinguent des autres par leur perfection, leurs connaissances, leur rapprochement de Dieu, la pureté de leurs sentiments et leur amour du bien: ce sont les anges ou purs Esprits. Les autres classes s’éloignent de plus en plus de cette perfection; ceux des rangs inférieurs sont enclins à la plupart de nos passions: la haine, l’envie, la jalousie, l’orgueil, etc.; ils se plaisent au mal. Dans le nombre, il en est qui ne sont ni très bons ni très mauvais, plus brouillons et tracassiers que méchants, la malice et les inconséquences semblent être leur partage: ce sont les Esprits follets ou légers.»
«Les Esprits n’appartiennent pas perpétuellement au même ordre. Tous s’améliorent en passant par les différents degrés de la hiérarchie spirite. Cette amélioration a lieu par l’incarnation qui est imposée aux uns comme expiation, et aux autres comme mission. La vie matérielle est une épreuve qu’ils doivent subir à plusieurs reprises jusqu’à ce qu’ils aient atteint la perfection absolue; c’est une sorte d’étamine ou d’épuratoire d’où ils sortent plus ou moins purifiés.»
«En quittant le corps, l’âme rentre dans le monde des Esprits d’où elle était sortie, pour reprendre une nouvelle existence matérielle après un laps de temps plus ou moins long pendant lequel elle est à l’état d’Esprit errant.»
«L’Esprit devant passer par plusieurs incarnations, il en résulte que nous tous avons eu plusieurs existences, et que nous en aurons encore d’autres plus ou moins perfectionnées, soit sur cette terre, soit dans d’autres mondes.»
«L’incarnation des Esprits a toujours lieu dans l’espèce humaine; ce serait une erreur de croire que l’âme ou Esprit peut s’incarner dans le corps d’un animal1.»
«Les différentes existences corporelles de l’Esprit sont toujours progressives et jamais rétrogrades; mais la rapidité du progrès dépend des efforts que nous faisons pour arriver à la perfection.»
«Les qualités de l’âme sont celles de l’Esprit qui est incarné en nous; ainsi l’homme de bien est l’incarnation du bon Esprit, et l’homme pervers celle d’un Esprit impur.»
«L’âme avait son individualité avant son incarnation; elle la conserve après sa séparation du corps.»
«A sa rentrée dans le monde des Esprits, l’âme y retrouve tous ceux qu’elle a connus sur terre, et toutes ses existences antérieures se retracent à sa mémoire avec le souvenir de tout le bien et de tout le mal qu’elle a fait.»
«L’Esprit incarné est sous l’influence de la matière; l’homme qui surmonte cette influence par l’élévation et l’épuration de son âme se rapproche des bons Esprits avec lesquels il sera un jour. Celui qui se laisse dominer par les mauvaises passions et place toutes ses joies dans la satisfaction des appétits grossiers, se rapproche des Esprits impurs en donnant la prépondérance à la nature animale.»
«Les Esprits incarnés habitent les différents globes de l’univers.»
«Les Esprits non incarnés ou errants n’occupent point une région déterminée et circonscrite; ils sont partout dans l’espace et à nos côtés, nous voyant et nous coudoyant sans cesse; c’est toute une population invisible qui s’agite autour de nous.»
«Les Esprits exercent sur le monde moral, et même sur le monde physique, une action incessante; ils agissent sur la matière et sur la pensée, et constituent une des puissances de la nature, cause efficiente d’une foule de phénomènes jusqu’alors inexpliqués ou mal expliqués, et qui ne trouvent une solution rationnelle que dans le spiritisme.»
«Les relations des Esprits avec les hommes sont constantes. Les bons Esprits nous sollicitent au bien, nous soutiennent dans les épreuves de la vie, et nous aident à les supporter avec courage et résignation; les mauvais nous sollicitent au mal: c’est pour eux une jouissance de nous voir succomber et de nous assimiler à eux.»
«Les communications des Esprits avec les hommes sont occultes ou ostensibles. Les communications occultes ont lieu par l’influence bonne ou mauvaise qu’ils exercent sur nous à notre insu; c’est à notre jugement de discerner les bonnes et les mauvaises inspirations. Les communications ostensibles ont lieu au moyen de l’écriture, de la parole ou autres manifestations matérielles, le plus souvent par l’intermédiaire des médiums qui leur servent d’instruments.»
«Les Esprits se manifestent spontanément ou sur évocation. On peut évoquer tous les Esprits: ceux qui ont animé des hommes obscurs, comme ceux des personnages les plus illustres, quelle que soit l’époque à laquelle ils ont vécu; ceux de nos parents, de nos amis ou de nos ennemis, et en obtenir, par des communications écrites ou verbales, des conseils, des renseignements sur leur situation d’outre-tombe, sur leurs pensées à notre égard, ainsi que les révélations qu’il leur est permis de nous faire.»
«Les Esprits sont attirés en raison de leur sympathie pour la nature morale du milieu qui les évoque. Les Esprits supérieurs se plaisent dans les réunions sérieuses où dominent l’amour du bien et le désir sincère de s’instruire et de s’améliorer. Leur présence en écarte les Esprits inférieurs qui y trouvent au contraire un libre accès, et peuvent agir en toute liberté parmi les personnes frivoles ou guidées par la seule curiosité, et partout où se rencontrent de mauvais instincts. Loin d’en obtenir ni bons avis, ni renseignements utiles, on ne doit en attendre que des futilités, des mensonges, de mauvaises plaisanteries ou des mystifications, car ils empruntent souvent des noms vénérés pour mieux induire en erreur.»
«La distinction des bons et des mauvais Esprits est extrêmement facile; le langage des Esprits supérieurs est constamment digne, noble, empreint de la plus haute moralité, dégagé de toute basse passion; leurs conseils respirent la sagesse la plus pure, et ont toujours pour but notre amélioration et le bien de l’humanité. Celui des Esprits inférieurs, au contraire, est inconséquent, souvent trivial et même grossier; s’ils disent parfois des choses bonnes et vraies, ils en disent plus souvent de fausses et d’absurdes par malice ou par ignorance; ils se jouent de la crédulité et s’amusent aux dépens de ceux qui les interrogent en flattant leur vanité, en berçant leurs désirs de fausses espérances. En résumé, les communications sérieuses, dans toute l’acception du mot, n’ont lieu que dans les centres sérieux, dans ceux dont les membres sont unis par une communion intime de pensées en vue du bien.»
