Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Des ombres qui la suivent, des cauchemars répétitifs, c'est ce que vit Olivia depuis sa naissance. Longtemps à tenter de les ignorer, elle va commencer à les écouter et à les apprivoiser. Pourquoi ressent-elle tout cela ? Aurait-elle un don ? C'est ce qu'elle va essayer de découvrir, c'est l'histoire de sa vie. Lui, les ombres c'est toute sa vie, elles le vident chaque jour de son énergie. Arrêter ? Il y a pensé mais il n'est pas sûr d'en être capable. Son parcours le mènera à croiser la route d'un tueur en série. Il n'aura alors qu'un seul objectif arrêter cet homme. Deux personnes, deux histoires, deux destins entremêlés d'une manière inexpliquée.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 332
Veröffentlichungsjahr: 2021
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Née en 1971 à Gennevilliers, Virginie Malard a passé sa vie entre Paris, Rouen et Tours où elle vit actuellement. Passionnée de romans policiers et de thriller, elle s’est lancée dans son premier roman entre fiction et réalité afin de mettre des mots sur des émotions enfouis au plus profond d’elle.
Préface
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Pourquoi écrire cette histoire entre fiction et réalité ?
Peut-être le besoin de me libérer. Peut-être le besoin de mettre des mots sur des sensations de présence, des sentiments de peur, d’angoisse, de solitude que d’autres personnes peuvent également ressentir sans jamais oser l’exprimer ou savoir l’écrire. Difficile pour une enfant fragile, timide et sensible de comprendre et d’accepter.
Essayer de donner un sens à un monde où se côtoie le réel et l’irréel. Aider les âmes perdues à rejoindre la lumière. Ceux qui possèdent un don peuvent parfois en souffrir car leur intuition leur offre de voir ce qui est caché aux yeux des autres. Il faudra alors rester ouvert d'esprit et ne pas nier qu'on est capable de remarquer des détails imperceptibles pour les personnes ordinaires. Créer un lien entre deux mondes, l'un visible et l'autre invisible, mais qui est bel et bien réel.
Asnières, 1er septembre 1971,
C’était un bel été indien, le soleil réchauffait l’atmosphère de ce mois de Septembre, une belle journée s’annonçait. Les arbres commençaient à perdre leurs feuilles qui virevoltaient dans l’air et se déposaient sur le sol. C’était un grand jour pour Paul et Marie, le jour de la naissance de leur bébé ou plutôt de leurs bébés. Eh, oui ! Des jumelles. Ils avaient appris la nouvelle quelques semaines auparavant suite à une échographie faite au huitième mois de grossesse. Imaginez ! La surprise, l’étonnement puis la confusion qui les avait envahis à ce moment. Ils devaient tout prévoir en double, tout organiser pour deux petites filles au lieu d’une seule. Pour le moment, La chambre serait assez grande pour accueillir deux nouveaux nés mais tout se bousculait dans leurs têtes.
Paul, bel homme, grand mince au visage fin et traits réguliers filait à toute allure vers la clinique, il avait un œil sur Marie et l’autre sur la route. On pouvait sentir l’angoisse qui montait. Seul le bruit de la circulation remplissait l’intérieur de la voiture, une coccinelle. Il travaillait chez un concessionnaire Volkswagen et adorait sa voiture. Ils seraient bientôt une famille, mais pour l’instant, leur seul souci était d’arriver à la clinique le plus vite possible. Il y avait seulement quinze minutes de route mais en ce mercredi il y avait suffisamment de circulation pour les ralentir.
Marie, jeune femme brune aux traits d’Eva Hepburn, ressentaient les contractions se rapprocher l'une de l'autre et n'arrivaient pas à se concentrer pour les atténuer, elle ne pensait qu'à une seule chose, chose qui l'effrayait encore plus, ces deux bébés, deux bébés, deux bébés… Comment allaient-ils faire avec deux bébés ? Tout se compliquait.
Après quinze minutes de route qui paraissait interminable, ils arrivèrent à la clinique. Paul se gara en hâte devant l'entrée des urgences puis aida Marie à descendre de la voiture et l'emmena à l'intérieur. Elle fut prise en charge rapidement par une infirmière sous le regard attentif de Paul. On installa Marie dans une grande chambre, l’infirmière prit le temps de poser ses affaires sur une petite table près de la salle de douche. La chambre avait une grande fenêtre qui donnait sur un jardin rempli d'arbres centenaire dont les feuilles commençaient à recouvrir le gazon. L’angoisse était à son paroxysme, il y aurait bientôt deux bébés qui allaient demander beaucoup d’attention, de soins et d’amour mais en attendant les contractions étaient de plus en plus fortes et le stress de plus en plus envahissant. En rentrant dans la chambre, la sage-femme pouvait lire l’angoisse sur le visage de Marie, elle s’approcha et avec une infinie douceur essaya de la rassurer.
- Nous allons prendre soin de vous pas d’inquiétude.
- Merci, j’ai peur, lui répondit Marie d'une voix qui trahissait son angoisse.
- Je vous comprends mais nous sommes là, rassurez-vous, tout se passera bien.
Malgré ces paroles, elle sentait que les choses n’allaient pas se passer si bien que cela. Quelques jours avant, le médecin leur avait annoncé qu’un des bébés était plus petit, vraiment plus petit et cela suffisait à les inquiéter. Ces paroles résonnaient encore dans sa tête :
- Il faut que je vous dise, Madame, il y a un des bébés plus petits, vraiment plus petit.
Plus petit, plus petit… Ces mots ne quittaient pas ses pensées, fallait-il réellement s’inquiéter ?
Quelques heures après son arrivée dans le service de maternité, Marie accoucha de deux petites filles, deux belles et adorables petites filles au joli prénom de Rachel et Olivia. L’accouchement s’était bien passé et on pouvait lire la joie et le soulagement sur les visages de Paul et Marie, jusqu’à ce qu’une des sages-femmes dépose un seul des bébés sur son ventre en leur expliquant que leur deuxième bébé devait recevoir des soins intensifs dans un autre hôpital. Ce fut un choc terrible, mélange de bonheur et d’angoisse, aucuns sons n’arrivaient à sortir de la bouche de Paul et Marie.
Il fallait s’occuper du bébé qui était là, près d’eux et s’inquiéter du bébé qui venait de partir.
Après quelques minutes d’hésitation, Paul fut le premier à prendre la parole :
- Que se passe-t-il ? Ou l’emmenez-vous ? Elle va bien ?
- On va bien s’occuper de votre bébé, elle est trop petite et a besoin de soins particuliers, lui dit la sage-femme pour essayer de le rassurer.
- Mais… ! Paul n’avait pas de mot
- Je vous donnerai des nouvelles dès qu’elle sera arrivée en néonatalogie pour que vous puissiez aller la voir, en attendant prenez soin de votre femme et de votre petite fille.
- Qu’entendez-vous par néonatalogie ? Lui dit-il d’un air plein de tristesse.
- C’est un service dédié aux prématurés en détresse vitale, nous les plaçons sous assistance respiratoire.
Paul et Marie étaient sous le choc. Cette annonce fut comme un coup de tonnerre qui résonnait encore et encore, dans cette petite chambre éclairée par la lumière de septembre, Marie eut du mal à retenir ses larmes. Et malgré cet événement, ils regardèrent la petite fille blottît dans les bras de Marie avec tout l’amour qu’ils allaient lui donner, qu’ils pouvaient lui donner.
Dehors, le vent soufflait faisant toujours tournoyer les feuilles qui annonçaient les prémices de l’automne avec leurs belles couleurs rouge brun ; quelques minutes de silence en cette belle journée avant une nouvelle vie.
Mais en fin de compte, ce n’était pas une si belle journée.
Paris, 1er septembre 1971,
5 heures du matin, Mario se réveilla en sursaut après quelques heures de sommeil, le cendrier rempli de mégots et la bouteille de whisky à moitié vide sur la table de nuit étaient les témoins d'une nuit encore agitée. Sa tête allait exploser, cette douleur intense lui broyait le cerveau et le mettait hors de lui. Le souvenir du passé le hantait mais il y avait autre chose, un rêve étrange et troublant ou bien était-ce peut-être un événement qui venait réellement de se produire, il n’aurait su le dire. Il voulut se lever mais n'y arriva pas, le mal de tête l'en empêchait mais il devait prendre un cachet pour éradiquer cette douleur.
Après de longues minutes, il arriva enfin à se lever et essaya de mettre un peu d'ordre dans ses idées. Il se dirigea vers la salle de bain en titubant tellement cette migraine le terrassait. Il ouvrit l'armoire à pharmacie et prit un tube de cachets d'aspirine parmi les innombrables tubes de médicaments, il se servit un verre d'eau et avala le cachet. Mario attendit quelques secondes avant de retourner dans la chambre. Il faisait noir dehors, il le voyait car la veille il n'avait pas eu le courage de fermer les volets, trop fatigué, trop mal, trop saoul…
Il alla en direction de la fenêtre, l’ouvrit et respira l'air frais de ce mois de septembre. Il s'imprégna de cette douceur, c'était une belle arrière-saison, les couleurs de l'automne envahissaient les arbres de l'avenue, les feuilles étaient d'un marron, brun presque rouge, les réverbères éclairaient les trottoirs pratiquement vides des rues de Paris. Mario senti une vague de fraîcheur l'envelopper et essaya de reprendre ses esprits.
La journée allait être longue.
Il retourna vers le lit en laissant la fenêtre entrouverte, pas la peine de se recoucher, il n'arriverait pas à se rendormir alors ses pensées divaguèrent vers le passé, c’était toujours présent dans son esprit, les moments les plus tristes et angoissants de toute sa vie, tout était devenu tellement difficile depuis…
Il prit une cigarette, elle lui donna la nausée mais la fuma quand même, il fallait qu'il arrête de fumer, il le savait. Maintenant il avait juste envie d’un café. Il se leva et se dirigea vers la cuisine, alluma la lumière qui l'aveugla, prit le paquet de café, rempli la cafetière d'eau. Mario allait faire toute la cafetière, il en avait besoin.
La journée allait être longue.
En attendant que le café coule, il alla se doucher. Prendre une bonne douche chaude pour laver la moiteur de sa nuit agitée et laver ce rêve qui paraissait si réel, laver pour oublier, mais il savait au fond de lui que cela ne servirait à rien, les fantômes du passé ne le laisseront jamais. Son premier client arrivait à 10 heures, juste le temps de se remettre de cette nuit. La douche lui fit beaucoup de bien et il ressortit avec le cerveau moins embué. Il retourna dans la chambre, ferma la fenêtre et s'habilla. L’odeur emplit ses narines, ça sentait bon le café frais. Il s'installa dans la cuisine, se versa une tasse et bu d'une traite, puis s'en servit un deuxième puis un troisième, il avait besoin d'avoir l'esprit clair et libre pour répondre aux attentes de ses clients. Il reprit une cigarette et pensa à cette nouvelle journée qui l'attendait.
Après avoir vidé plus de la moitié de la cafetière, il alla vider le cendrier et ranger la bouteille de scotch, qui traînait sur la table de nuit. Un Glenfiddich, son whisky préféré, il aimait ses notes florales qui se mélangeaient aux arômes de feuilles de tabac brut et son goût de marmelade d'orange et de caramel à la vanille. La sonnette de l'appartement retentit et le fait tressaillir, c'était son premier client qui arrivait, il eut le temps de tout ranger, il était fin prêt !
La journée allait être longue, ses séances de médiumnité s’enchaînaient toutes les demi-heures mais ce n’était pas le pire.
Deux semaines étaient passées depuis la naissance des jumelles et Paul passait tous les jours à la maternité malgré la fatigue de la journée. Il faisait les allers/retours entre le service de néonatalogie et la clinique. Il passait d'abord voir sa petite fille, ce bébé si fragile que l'on surveillait 24 heures sur 24. Il s'installait près d'elle. Un sentiment d'impuissance l'envahissait à chaque visite, seuls les branchements, tuyaux, couveuse et autres garnissaient cette chambre dénuée de toute décoration et d'une voix douce et rassurante lui racontait des histoires, les médecins et infirmières lui avaient dit que c'était important de parler à son bébé pour créer un lien parental.
Ce bébé trop petit, privé de tout repère. Il était donc important que Paul soit près d’elle chaque jour. Et comme à chaque fois, il était assommé de mots, de jargon médical par le personnel soignant ; nouvelles qui devait transmettre à Marie. Il fallait être fort, ne pas montrer la souffrance qui l'envahissait à chaque visite car il était le seul lien entre son bébé et sa maman.
À la suite, Paul passait voir Marie et son autre petite fille et retrouvait à leurs côtés un peu de joie. Paul prenait sa petite fille dans ses bras avec toute la tendresse et l’amour d’un jeune papa. Il restait jusqu’à la fin des heures de visite. Ils avaient également remarqué que leur bébé pleurait et s’agitait le soir venu, une infirmière leur avait répondu qu’il pouvait s’agir d’angoisses nocturnes. Trop de bruit, trop de passages et de visites pouvaient être à l’origine de cette agitation et cela se traduisait par des pleurs mais rien d’inquiétant a priori. Ensemble, Ils se posaient mille questions mais aucune réponse ne permettait de les rassurer vraiment.
Le lendemain, 8 heures du matin
Le temps était au beau fixe mais les nouvelles qui allaient arriver n'étaient pas bonnes, le bébé en néonatalogie était de plus en plus faible et malgré les soins constants qu’on lui apportait, le personnel de l’hôpital se souciait beaucoup de sa santé. Une sage-femme frappa doucement à la porte, entra, regarda Paul et Marie et avec une infinie douceur leur demanda :
- Avez-vous choisi qui portera quel prénom ?
À ce moment, Paul et Marie se regardèrent et s'aperçurent qu'il n'avait pas pris le temps de donner les prénoms des bébés, c'était un peu la confusion depuis la naissance des jumelles.
- Nous les avons trouvés mais ne savons pas lequel donner pour chacune, lui répondit Marie.
- Nous étions sur Rachel et Olivia ajouta Paul
- J'ai besoin de savoir le prénom du bébé qui se trouve en néonatalogie, lui demanda la sage-femme sur un ton plus insistant
- Nous n'avons pas encore décidé.
- Madame, c'est urgent, j'ai besoin de le savoir maintenant, lui lâcha la sage-femme.
- Ce sera Rachel, euh ! Non Olivia, lui dit Marie d'une voix chevrotante qui trahissait la peur et l'angoisse.
- Madame, maintenant pour le prénom, s'il vous plaît.
- Rachel, oui Rachel.
- Très bien, je les préviens tout de suite.
13 heures 30,
Olivia se mit à crier et pleurer sans aucune raison apparente. Paul et Marie un peu démunis devant ce petit être qui paraissait en détresse avaient appelé l’infirmière qui ne comprenait pas ces pleurs si soudain et si violents, étant donné que c’était un bébé plutôt calme depuis la naissance malgré les angoisses nocturnes. Debout près de la fenêtre, sur les conseils de l’infirmière, Marie essaya de la calmer en la berçant, puis quelques minutes plus tard les pleurs cessèrent. Le calme était revenu dans la chambre. Le soleil qui avait disparu derrière de gros nuages gris foncé couleur d’orage avait repris toute la place dans ce ciel de début d’automne.
À ce moment, ils apprirent le décès de Rachel ce mardi 14 septembre 1971 à 13 h 30. Un lien fort et imperceptible s'était rompu entre les jumelles mais était-il réellement rompu ?
Une vague de tristesse les submergea, la souffrance était là, terrible et réelle. Subitement tout s'écroula autour d'eux, le bonheur se transforma en cauchemar. Il fallait à présent surmonter cette douloureuse épreuve, faire un travail de deuil et un travail de parentalité. Trouver l'énergie nécessaire pour s'occuper d’Olivia. Un long travail de reconstruction psychique pour trouver un nouvel équilibre après cette perte brutale et violente et un travail de construction de la nouvelle vie qui les attendait avec ce bébé que Marie portait dans ses bras.
Tout se bousculait. S'occuper d’Olivia, ce petit être qui avait besoin de l'attention de ses parents et organiser une cérémonie et un enterrement pour le bébé qu'il venait de perdre. Sentiments de joie et de bonheur se mélangeant aux sentiments de tristesse et de douleur. Comment se sortir de ce tumulte de sentiments qui les envahissaient à ce moment.
Là, dans cette chambre de la maternité qui donnait sur un parc rempli d'arbres centenaire aux feuilles couleur d'automne, une nouvelle vie attendait cette famille avec des souvenirs gravés à jamais dans leur mémoire.
14 Septembre 1971,
8 heures du matin, encore une nuit sans sommeil qui présageait que la journée allait être encore longue et fatigante, ce qui soulagea Mario c’était de savoir qu’il n’avait pas de clients aujourd’hui, il s’était octroyé une journée de repos comme il le faisait tous les ans depuis dix ans à la même date.
Jour de souvenirs, jour de pleurs, jour de tristesse, jour d’angoisse.
C’était le mois qu’il aimait le moins et la journée qu’il détestait le plus de l’année : La naissance et la perte d’un être cher. Il se leva et comme chaque matin depuis des années, s’alluma une cigarette, il avait commencé à fumer et boire plus que de raison il y a dix ans, pour oublier, pour surmonter l’insurmontable, pour affronter la solitude qui le rongeait. Sa femme n’avait pas supporté le déclin de son mari et le drame qui les avaient touchés de plein fouet. Elle était partie vivre aux États-Unis d’où elle était originaire, le laissant dans un désarroi total, seul avec sa tristesse et ses angoisses ainsi que ses clients qui lui bouffaient sa vie et son énergie.
Mario se dirigea vers la cuisine quand il entendit la sonnerie du téléphone. Je ne veux pas être dérangé, mais il ne put s’empêcher d’aller répondre, et d’un pas lent il alla décrocher. Quelle ne fût pas sa surprise quand il entendit cette voix si familière qu’il n’avait pas entendue depuis tant de temps.
- Bonjour Mario,
- Hannah ! Ça fait longtemps Pourquoi maintenant se demanda-il ? Tu vas bien ? Répondit Mario qui avait du mal à trouver ses mots.
- Oui je vais bien, merci répondit Hannah
- Ta petite famille se porte bien ?
Mario avait posé cette question avec une boule au ventre. Hannah lui avait toujours soit téléphoné soit écrit pour lui donner des nouvelles mais cela faisait quelque temps qu’il n’en avait pas eu. Il aimait toujours Hannah c’était la seule personne qui comptait vraiment pour lui.
- Pourquoi m’appelles-tu ? Pourquoi Maintenant ? Ajouta Mario
- Je ne sais pas trop, j’ai rêvé de toi et il fallait que je t’appelle pour savoir si tout allait bien de ton côté. Et… C’est un jour important pour toi, pour moi, pour nous… J’avais besoin de t’entendre, j’avais besoin que tu me dises que tu vas bien.
- Je ne vais pas bien Hannah, depuis que tu m’as quitté je ne vais pas bien mais rien ne changera ça, et oui, je vis des moments difficiles et aujourd’hui est une journée difficile. Je fais toujours des rêves étranges et troublants depuis la mort de notre fille et jour après jour j’essaie de surmonter ce terrible malheur qui nous a frappés.
La conversation s’arrêta quelques instants, on entendait la respiration de chacun à travers l’écouteur, on pouvait ressentir la peine qu’ils avaient mais aussi le bonheur de se retrouver au téléphone.
- Tu crois que je ne suis pas malheureuse moi, lâcha Hannah tu crois que j’ai oublié, alors oui j’essaie d’avancer mais je ne pourrai jamais oublier. Et je viens prendre de tes nouvelles car je m’inquiète pour toi
- Désolé, Hannah… Je…
Les pensées de Mario se bousculaient, c’est vrai qu’il avait besoin de réconfort, d’entendre une voix douce et apaisante en ce moment. À cet instant il aurait voulu la prendre dans ses bras, pour sentir sa chaleur, son odeur qui lui manquait tant. Puis Hannah reprit le fil de la conversation.
- Je vais revenir en France pour quelques jours d’ici trois semaines, je pourrai peut-être passer te voir à ce moment, annonça Hannah, bien sûr, Hannah avec plaisir, tu as déjà réservé un hôtel et pris tes billets d’avion ? - Non, je n’ai pas encore réservé mes billets d’avion et j’irai dormir chez Gabrielle, je suis toujours en contact avec elle.
- Je pourrai peut-être venir te chercher à l’aéroport si cela te convient, proposa Mario
- Oui, si tu veux cela nous permettra de parler un peu, lui dit Hannah. Je te rappellerai pour te confirmer mon arrivée.
- D’accord Hannah, alors à bientôt.
- Prend soin de toi Mario, Hannah prononça ses paroles avec une infinie douceur et en raccrochant elle se douta que des larmes coulaient déjà sur les joues de Mario.
Ce fut la plus longue conversation qu’il avait eue avec Hannah depuis longtemps et il ne put réprimer ses larmes. Il lui fallut plusieurs minutes pour se remettre de ce moment. Il partit vers la cuisine pour se servir un café et fumer, s’installa devant la fenêtre du salon. Il ressassa les paroles d’Hannah et passa sa matinée à faire le vide dans sa tête sans y parvenir, trop d’émotions, de sensations et de pensées torturées.
13 h 30,
Mario s’aperçut que le temps s’était assombri, les nuages envahissaient ce ciel d’automne et Mario qui avait passé une nuit blanche, ressassaient les souvenirs de ce 14 septembre 1961 douloureux et éprouvants… 10 ans déjà, il ne pouvait oublier, ce sentiment de désarroi, de tristesse et d’impuissance qui l’avait assailli ce jour, ce sentiment de culpabilité qu’il avait ressenti, pourquoi n’avait-il rien vu venir ? Il se posait souvent la question comment aider les autres si lui ne parvenait pas à s’aider lui-même et pourtant ses clients avait confiance en lui et il était plutôt doué dans ce qu’il faisait.
Hannah n’avait pas supporté de voir Mario sombrer, Il ne faisait plus attention à elle et elle avait préféré le quitter. C’était la femme de sa vie, une jolie rousse aux yeux verts, traits fins, nez fin, c’était une magnifique femme mais il n’avait pas réussi à la garder auprès de lui. Ça lui avait arraché le cœur de la voir partir. Mario savait que c’était de sa faute. Il avait essayé de lui parler à plusieurs reprises pour tenter de la dissuader de le quitter mais Hannah le connaissait suffisamment pour savoir que même si elle était restée cela n’aurait rien changé. Elle avait pris la décision de partir et recommencer une nouvelle vie. Hannah était une battante et avait besoin d’avancer quelles que soit les épreuves de la vie.
Une tasse de café à la main, il se dirigeait vers le salon quand tout à coup il sentit une douleur intense et fulgurante le transpercer tel un coup de poignard, au niveau du cœur. Cette douleur violente le fit s’écrouler sur le tapis du salon. La tasse tomba faisant un jet de café qui se répandit sur tout le sol, créant des tâches sur le tapis, les rideaux et le parquet en bois clair. Mario resta plusieurs minutes dans cette position puis dans un état second, il attrapa un bout de papier et un crayon qui traînait sur la table du salon et griffonna des lettres : R A C et d’autres moins lisibles. Il attendit encore un instant avant de se relever pour s’installer sur le canapé situé à un mètre de lui et reprendre ses esprits. La douleur disparue aussi vite qu’un éclair qui frappe le ciel lors d’un orage. Cette métaphore était le reflet de ce qui se passait actuellement dans sa tête.
Que s’est-il passé ? Sensation si étrange.
À travers les vitres, Mario pouvait voir que le temps était redevenu clair et ensoleillé, en cette journée de septembre. Il y avait maintenant une belle luminosité qui traversait les fenêtres du salon, on pouvait même sentir la chaleur du soleil réchauffer l'atmosphère. Mario resta plusieurs minutes sans bouger afin de se remettre de ce qui venait de lui arriver. Quelque chose avait changé, il ressentait un sentiment de présence indéfinissable autour de lui.
Quelques semaines après la naissance,
Paul et Marie avaient repris le cours normal de leur vie, ou presque normal après cette terrible épreuve. Ils habitaient un appartement d’un petit immeuble de 4 étages à Asnières, situé dans une impasse ou régnaient un grand calme. Seuls les passants qui filaient d’un pas pressé et le rire des enfants qui couraient envahissaient l’atmosphère. Paul avait repris le travail et Marie s’occupait d’Olivia, le médecin lui avait conseillé de ne pas reprendre tout de suite.
Suite à la naissance, il s’était avéré qu’Olivia avait quelques soucis de santé et la présence de Marie était indispensable à ses côtés. Le médecin de la clinique avait expliqué que suite à une grossesse gémellaire il pouvait y avoir quelques complications. Étant donné ce qu’il s’était passé il fallait une surveillance rapprochée.
Ils avaient bien réagi à cette explication et comme tous bons parents ils prenaient soin d’Olivia avec un amour inconditionnel, néanmoins ils avaient un sentiment de malaise, une sensation indéfinissable qui les envahissait sans pouvoir donner une explication rationnelle à ces ressentiments. Ils ne comprenaient pas cette agitation qui s’emparait d’Olivia le soir venu. Ils ressassaient les paroles de la sage-femme sur les angoisses nocturnes mais pour Paul et Marie les explications n’étaient pas suffisantes.
Était-ce le fait d’avoir perdu un de leur bébé ou le fait que ses soucis de santé les préoccupaient beaucoup… Ou y avait-il autre chose ? Oui autre chose…
L’automne donnait encore de belles journées ensoleillées et douces mais on commençait à sentir les prémices de l’hiver avec des journées plus froides et plus courtes. Malgré ces baisses de température Marie promenait Olivia et profitait des couleurs chaudes qu’offrait cette saison ou les arbres se paraient de rouge, de jaune et d’orange. L’automne, printemps de l’hiver. Elle profitait de ces instants de calme pour retrouver une paix intérieure et oublier ce sentiment de culpabilité qui la rongeait depuis la mort de son autre bébé. Mais aussi pour ne pas penser à la tombée de la nuit qui présageait des nuits difficiles et agitées.
L’hiver s’installait progressivement avec ses gelées matinales, ses arbres dépourvus de feuilles, le soleil passant à travers ces branches nues, ses matins qui se mêlaient aux soirs, ce temps gris ou le brouillard remplissait les rues de la ville faisant des passants des ombres floues.
Mario repensait à Hannah et ces hivers fabuleux qu’ils avaient passés ensemble, des années auparavant, serrés l’un contre l’autre, contemplant le feu de la cheminée qui crépitait. Des dizaines de souvenirs refaisaient surface dans la tête de Mario, et regardant sa montre il se disait que c’était l’heure d’aller chercher Hannah à l’aéroport. Il allait retrouver la femme qu’il avait tant aimée et qu’il n’avait jamais remplacée, trop de souvenirs heureux et malheureux, trop d’esprits torturés et d’angoisse qui l’empêchait d’avancer sentimentalement.
Dehors, le calme régnait en ce dimanche matin, une légère gelée avait recouvert les voitures garées dans la rue et Mario se disait qu’il avait eu raison de partir en avance avec ce temps. Il ne voulait pas arriver en retard pour accueillir Hannah. Il arriva à l’aéroport avec un peu d’avance comme prévu ce qui lui permit de se garer tranquillement et de se poster devant la porte qui desservait l’arrivée des passagers. Il n’aimait pas les endroits avec beaucoup de monde car il se sentait vidé de toute énergie. Les quelques minutes qui le séparaient d’Hannah lui parurent une éternité et il commençait à avoir le cœur qui battait à tout rompre, quand enfin après avoir entendu l’annonce de l’atterrissage du vol 784 en provenance de New York, il vit une flopée de voyageurs se précipiter de part et d’autre de la sortie.
Mario était anxieux et avait les mains moites, il était à quelques secondes de retrouver Hannah, son amour de toujours. Soudain, il la vît, emmitouflée dans son manteau, son sac dans une main, sa valise dans l’autre, elle n’avait pas changé, toujours aussi radieuse avec ses cheveux roux qui lui tombait sur ses épaules, ses yeux verts pétillants, son visage fin et lumineux et ses pommettes saillantes, elle avait peut-être pris quelques petites rides mais elle était toujours aussi belle et la maternité lui avait réussi. Elle lui avait annoncé à chaque fois la naissance de ses enfants, un garçon puis une petite fille. Mario s’approcha d’Hannah et la prît dans ses bras, à ce moment une vague de bonheur le submergea.
- Bonjour Hannah, je suis tellement content de te voir
- Bonjour Mario, moi aussi ça me fait plaisir de te voir, cela fait longtemps, trop longtemps. Tu n’as pas changé dit-elle avec un petit sourire en coin.
- Oui bien sûr, Mario avait toujours apprécié son humour car il savait qu’il avait vieilli et prit quelques rides. Tu as fait bon voyage ?
- Oui, malgré quelques turbulences au décollage à cause de la neige, tout s’est bien passé.
- J’ai vu ça aux infos, effectivement ça tombe pas mal en ce moment. Bon, allez, je te dépose chez Gabrielle pour la journée et ce soir je t’emmène au resto si cela te convient ?
- Ça marche, comme ça, je pourrai passer un moment avec Gaby et voir comment je m’organise pour les jours à venir.
- Tu sais combien de temps tu restes lui demanda Mario
- Pas vraiment, cela dépendra du bon vouloir du cabinet d’avocat à me fournir rapidement, ou non les pièces du dossier.
Hannah était une excellente avocate qui avait eu l’opportunité de partir à New-York grâce à une filiale de la société Parker & Parker, quelques mois après le décès de leur fille. Elle avait eu besoin de prendre le large et Mario le comprenait. C’est là-bas qu’elle avait rencontré son mari, avocat également. Hannah avait une force de caractère qui lui avait permis de tourner la page beaucoup plus vite que Mario, pas question de végéter et ressasser des souvenirs. Même si elle n’avait rien oublié, Hannah avançait dans la vie telle un train qui filait à vive allure. Elle était revenue en France pour un dossier de fraude fiscale internationale qu’elle suivait depuis plusieurs mois et il y avait des pièces de celui-ci qui se trouvait à Paris.
Mario lui prit sa valise et ils se dirigèrent tous les deux vers la voiture. Les paroles avaient laissé place au silence durant tout le trajet. Mario se dit qu’il aurait largement le temps de lui parler lors du repas de ce soir et des jours à venir même s’il n’allait pas se voir autant qu’il l’aurait voulu. De temps à autre Hannah regardait Mario et elle s’aperçut que l’expression de son visage était toujours aussi impénétrable. Il avait toujours eu ce côté mystérieux qui lui donnait tout son charme. Elle avait aimé cet homme, d’un amour inconditionnel, cet homme athlétique, puissant avec son visage carré, ses yeux verts qui lui donnait ce regard perçant. En le regardant elle s’aperçut que cet homme qu’elle connaissait depuis longtemps avait changé, quelque chose avait changé en lui mais elle ne sut quoi.
Il déposa Hannah chez son amie Gabrielle en lui disant qu’il viendrait la chercher pour 19 heures trente. Sur la route qui le ramenait chez lui Mario avait la tête ailleurs, mélange de regrets et de tristesse, pourquoi n’avait-il pas réussi à garder cette femme près de lui, l’amour de sa vie. Il se dit qu’il allait se reposer un peu avant le soir, il se sentait épuisé et il fallait qu’il soit en forme pour ce soir. Depuis le jour où il avait reçu comme une décharge dans le cœur il se sentait différent. Il avait l’esprit tourmenté comme si un esprit l’habitait et se manifestait de temps en temps, comme un appel qu’on lui faisait. Il repensa à ses quelques lettres écrites à la hâte sur un bout de papier qu’il avait conservé dans le tiroir de son bureau et qu’il ressortait de temps en temps pour essayer de comprendre ce qui lui était arrivé ce jour-là.
Mario pensait que c’était les effets des séances de voyance mais il éprouvait quelque chose de plus fort qu’il n’avait jamais ressenti auparavant. Il devait en parler à Hannah ce soir car elle le comprenait mieux que personne. Ils arrivèrent pour 20 heures, Mario avait réservé quelques jours auparavant dans le restaurant préféré d’Hannah, un italien qui faisait les meilleures pâtes de Paris. À l’époque, ils venaient y manger au moins une fois par semaine, cela lui rappelait de bons moments. Ils furent accueillis par Luigi, le chef cuisinier et propriétaire du lieu depuis toujours, il était ravi de revoir son couple préféré. Il leur avait gardé la table qu’il prenait à chaque fois, Luigi avait déjà préparé une bouteille de champagne et deux coupes.
Après avoir bu la première gorgée Hannah prit la parole :
- Bon, Mario, dis-moi ce qui te perturbe et ne me dit pas qu’il n’y a rien, je ne te croirais pas.
- Tu sais que mes clients me vident de mon énergie et que j’ai un sommeil agité...depuis toujours.
- Oui, je le sais tu as toujours été hypersensible, c’est un des symptômes de ta médiumnité.
- Oui, mais il s’est passé quelque chose de très étrange il y a plusieurs semaines. J’ai eu un genre d’attaque qui n’a duré que quelques minutes, rassure-toi je vais bien mais pendant ce court instant j’ai écrit des lettres sur un bout de papier.
- Ce n’est pas la première fois que tu écris, tu es un médium intuitif, lui répondit Hannah qui ne semblait pas comprendre ou Mario voulait en venir.
- J’étais seul, je n’avais pas de client à ce moment et pendant cette attaque j’ai griffonné quelques lettres, certaines lisibles et d’autres moins. En lui annonçant cette nouvelle Mario sortit le bout de papier de sa poche. Il avait pris soin de le prendre avec lui pour le montrer à Hannah.
Elle prit le papier et regarda attentivement les lettres écrites.
- R A C....je n’arrive pas à lire le reste, tu sais ce que cela veut dire
- Non, je n’arrête pas d’y penser depuis et je n’ai pas la moindre idée de ce cela représente.
- C’était quand exactement ? Lui demanda Hannah
Après une seconde d’hésitation Mario lui répondit
- Le 14 septembre vers 13 h 30.
Le visage d’Hannah se figea, elle devint blême, ce ne pouvait être qu’une coïncidence, même jour, même heure...Mario reprit l’air bouleversé
- Je cherche Hannah, je cherche la signification de ce mot et je ne trouve pas de réponse à ce mystère et depuis je suis désappointé, j’ai le sentiment d’être envahi par un esprit, j’y pense jour et nuit… Se pourrait-il que... ?
Ils restèrent un moment sans rien dire à se regarder droit dans les yeux, à chercher une explication rationnelle à ce phénomène, mais y avait-il une explication a tout cela ?
Mario en était persuadé.
- NON ! Affirma-t-elle un peu brusquement qu’elle ne l’aurait voulu Ce n’est pas possible Mario.
- Je sais, mais tu admettras que c’est bizarre quand même.
Hannah bu une nouvelle gorgée de champagne et respira profondément afin de digérer la nouvelle.
- J’en conviens reprit Hannah sur un ton plus doux et je vais t’aider Mario. De toute façon le dossier dont je m’occupe veut que je fasse des Paris/New-York très souvent.
À ces mots, Mario se sentit soulagé, il n’était plus seul à affronter ses démons. Ils finirent leur repas et la soirée en parlant de choses et d’autres avec chacun des pensées qui les tourmentaient.... Et si c’était elle ?
Les lettres écrites sur ce bout de papier ne correspondaient à rien, rien qui puisse leur rappeler quelque chose de connu. Cela restait un mystère qu’il fallait résoudre pour que Mario puisse retrouver un peu de sérénité, un mystère à résoudre avec comme unique indice trois lettres écrites sur un morceau de papier et ils savaient au fond d’eux que la tâche allait être longue et éprouvante.
Quelques années plus tard,
Les saisons passaient avec son lot de joie, de tristesse, de bonheur, de quiétude et d’inquiétude et Olivia grandissait laissant place à une petite fille timide et réservée. L’entourage de Paul et Marie leur faisait souvent la réflexion qu’Olivia était une petite fille effacée. C’était surtout une petite fille avec un esprit tourmenté qui ressentait une multitude d’émotions qu’elle ne pouvait exprimer et ça ses parents ne le savaient pas.
La première fois qu’Olivia ressentit une profonde angoisse elle avait environ six ans. C’était une jolie petite fille aux yeux bleus et cheveux châtains bouclés. Ce n'est qu’à cet âge que tout avait vraiment commencé, ou peut-être que cela ne s'était jamais arrêté, mais c'est à ce moment qu’elle avait pris conscience des choses qui l'entouraient, des réveils nocturnes, des sensations imperceptibles de malaise que l'on ne peut réprimer, des sentiments de confusion de brouillard, d'ombres et de reflets et ses voix toujours là.
Olivia aimait les dimanches matin. Il faisait beau ce jour-là, les fenêtres étaient ouvertes, une légère brise soulevait les rideaux du salon et de chambre qui se trouvait de l'autre côté de l'entrée. Elle attendait avec impatience le retour de son père, parti chercher le pain comme tous les dimanches. Instant magique quand la porte s'ouvrait et qu’Olivia courait fouiller dans ses poches pour en ressortir un ‘Kinder surprise’, un vrai bonheur ! Petit bonheur dans la vie d'une petite fille timide et solitaire derrière lequel se cachait un bouleversement psychologique. Son père ne se lassait jamais de voir la petite lueur dans les yeux de sa fille.
- Merci, papa lui dit Olivia avec un grand sourire
- De rien, ma puce et ne mange pas ton Kinder avant de passer à table.
- Non, non, lui répondait Olivia en ayant déjà ouvert l’emballage.
Elle partit alors dans sa chambre pour découvrir la surprise. Cette grande chambre, trop grande pour elle et pourvu d'une grande fenêtre donnant sur un jardin. Au fond de celui-ci on pouvait apercevoir les rails des trains, ces trains qui défilaient comme les pensées qui filaient dans sa tête. Paul qui s’inquiétait pour sa fille alla rejoindre sa femme dans le salon.
- S’est-elle réveillée cette nuit, je n’ai rien entendu ?
- Oui, comme toujours mais j’ai l’impression qu’elle ne se souvient pas de ses réveils nocturnes, je lui demande mais elle me répond toujours qu’elle a bien dormi.
- Il faudrait peut-être aller voir quelqu’un d’autre, cela fait longtemps que ça dure, Paul avait prononcé ses paroles avec désespoir.
- Oui Paul, lui répondit Marie, fatiguée de ces conversations, c’est depuis sa naissance et j’en ai marre, nous avons vu deux pédiatres et un pédopsychiatre et tous nous ont répondu que tout allait bien.
- Alors, pourquoi ? Pourquoi a-t-elle ses réveils nocturnes qui la mettent dans cet état, tu as vu, elle paraît effrayée, terrorisée et elle ne se rappelle jamais de rien.
Encore une fois il fallait que Marie rassure son mari mais elle était aussi angoissée que lui.
- Je ne sais pas Paul, répondit-elle d’un ton las.
Ils étaient désemparés devant cette situation et ne pouvaient rien montrer de leur angoisse, faire que tout allait bien devant Olivia. Ils savaient que leur fille était timide et réservée mais il ne s’imaginait pas qu’elle pouvait être si angoissée et tourmentée.
A la nuit tombée, on voyait les lignes électriques surmontées de temps à autre de lampadaires qui de leurs lumières blafardes éclairaient les quelques trains de nuit qui filaient à toute allure vers le centre de Paris dans un bruit métallique et fracassant Marie fermait les volets de la chambre puis Olivia lui demandait de fermer également les rideaux. Elle appréhendait la tombée de la nuit, pas tous les soirs mais certains soirs. Ses parents avaient instauré un rituel : une histoire, un bisou et un câlin de chacun.
Ne pas s’endormir ! Ne pas s’endormir ! Se disait Olivia, la nuit me fait peur.
Cela annonçait toujours des nuits agitées remplies de rêves ou de cauchemars mais Olivia ne pouvait résister au sommeil et finissait par s’endormir la porte de sa chambre légèrement entrouverte avec en bruit de fond les voix de ses parents. Cela la rassurait même si cela ne la protégeait pas des angoisses de la nuit.
Tout se bousculait dans sa tête !
