Le mystère de la tombe maudite - Francis Delemer - E-Book

Le mystère de la tombe maudite E-Book

Francis Delemer

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Beschreibung

Dans un passé lointain, une petite fille appelée Gwenevez est abandonnée au cœur de la forêt. Heureusement, elle est secourue par une femme courageuse nommée Ygerne, qui veille sur elle et la protège des périls du monde. Ce récit, initialement empreint de féérie, évolue ensuite vers un sombre roman noir. Nous sommes ensuite ramenés à l’époque contemporaine, où nous suivons les premiers émois amoureux d’un jeune étudiant d’ascendance noble, dont le comportement est grossier, et d’une jeune fille issue du milieu ouvrier, élevée dans le respect et la considération pour autrui. Leur seul lien commun réside dans leur terre natale, la Bretagne. Ensemble, ils retournent sur les terres celtes de leurs ancêtres, mais la jalousie et le sentiment de supériorité les entraînent inexorablement vers la dévastation, telle que relatée dans les légendes les plus sombres.


À PROPOS DE L'AUTEUR 


Au fil du temps, le style de Francis Delemer s’affine pour atteindre l’essence même de son art. Son écriture se caractérise par sa simplicité qui demeure toujours authentique, sans la moindre ambiguïté quant à sa sincérité. Se plonger dans ces pages, c’est embarquer pour un voyage à travers nos propres souvenirs et nos propres questionnements.

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Seitenzahl: 163

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Francis Delemer

Le mystère de la tombe maudite

Roman

© Lys Bleu Éditions – Francis Delemer

ISBN : 979-10-377-9609-7

Le code de la propriété intellectuelle n’autorisant aux termes des paragraphes 2 et 3 de l’article L.122-5, d’une part, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective et, d’autre part, sous réserve du nom de l’auteur et de la source, que les analyses et les courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information, toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite (article L.122-4). Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles L.335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

C’était fou, le pouvoir d’une légende, quand on se donnait la peine d’y croire.

Didier Van Cauwelaert,

Un aller simple

Prologue

Il y a de cela bien longtemps, dans une forêt profonde du bout de la terre, vivait une pauvre femme. Ygerne logeait dans une masure, seule, comme abandonnée de tous, ne rencontrant personne, ne demandant rien à personne. Qui était-elle, de quoi vivait-elle, que faisait-elle là ? Nul ne le savait, et d’ailleurs personne ne se le demandait ! Elle était là, tout simplement.

Sous une apparente fragilité, elle était en fait très forte et volontaire. Vivre seule dans un milieu souvent hostile demandait du courage et de la persévérance. Au fil du temps, elle avait appris à connaître la forêt avec toutes ses ressources et ses dangers. Y survivre, c’était possible. Mais y vivre ? Trouver de quoi se nourrir, boire, mais aussi trouver un abri contre le temps, contre les animaux dangereux, et dormir, ça demandait des apprentissages, des astuces. ! Il fallait se vêtir, se chauffer, se protéger de toutes sortes de dangers et aussi se soigner. Pas évident. Elle avait tout quitté, sa famille, ses amis, sa maison, mais également ses habitudes et son confort de vie. Le village le plus proche se trouvait à des jours de marche et elle n’avait plus jamais rencontré personne depuis des lunes et des lunes. Elle se repérait grâce aux saisons, avec l’apparition des premiers ails des ours, le départ et le retour des hirondelles, les éclosions des premiers têtards… mille faits qui passent souvent dans l’indifférence des hommes, mais qui pour elle étaient notoires. Aussi au fil des mois, des années, elle avait monté une cabane, d’abord sommaire, mais qui s’était agrandie pour devenir presque confortable. Elle s’y sentait bien : elle pouvait se chauffer près d’un bon feu, dormir sur une couche épaisse recouverte de peaux, mettre des provisions à l’abri, suspendues à des poutres ou enfermées dans des coffres en bois rustiques, mais efficaces et qui défiaient le temps ! Elle vivait au rythme du jour, se levait avec le soleil, se couchait avec le coassement des grenouilles l’été et la venue de la nuit l’hiver. Au début de sa vie de liberté, cheveux longs d’un somptueux noir chatoyant tombant en vagues sur des épaules dénudées, à peine vêtue de la chasuble qu’elle portait lors de sa fuite et qui, mois après mois, courses après courses, s’était déchirée aux ronciers impénétrables, ses sandales de cuir épais qui, heureusement, avaient résisté aux longs déplacements nécessaires pour lui permettre de prendre possession de son territoire de survie, elle aurait mérité le surnom de sauvageonne. Puis le temps faisant son ouvrage, telle la plante sauvage qui peu à peu s’acclimate dans un nouvel environnement, tel le fruit sauvage qui, cultivé par l’Homme devient plus gros, plus juteux, plus sucré, elle avait changé. Elle ne sentait plus la présence des villageois, savait utiliser le feu pour éloigner les loups et les ours, elle connaissait les coins où trouver de la nourriture, de l’eau fraîche, du bois sec. Alors, elle avait appris à ménager son temps et ses forces, à parer au plus pressé et à prendre le temps de vivre.

Au commencement…

Un après-midi de début d’automne, alors qu’elle était allée ramasser du bois mort, elle entendit une voix. Une drôle de voix, une voix douce, étrange, presque surnaturelle. Une voix qui semblait prier, qui l’interpellait : « Viens, viens, vieille femme, approche. Ne crains rien. »

Toute surprise, la vieille Ygerne laissa tomber son fagot et prudemment s’approcha de l’endroit d’où provenait cette voix, tout à la fois bizarre et familière. Et là, au creux d’un fourré épineux, stupéfaite, elle découvrit un petit corps enveloppé dans un linge blanc. C’était une enfant âgée d’à peine quelques jours. La vieille femme la recueillit délicatement et l’emmena dans sa pauvre demeure. Elle décida tout de suite de la garder. Elle l’appela Gwenevez ce qui signifie cadeau blanc en Celte.

Si elle était pauvre d’argent, Ygerne était riche d’amour. Elle fit tout ce qu’elle put pour élever correctement Gwenevez qui ne manqua de rien. Il faut dire qu’il fallait peu de chose pour vivre au milieu de nulle part. La forêt et la campagne toutes proches fournissaient les repas ; la source intarissable tout près de là donnait une eau pure et fraîche ; le bois mort se trouvait en abondance ; les quelques chèvres se laissaient volontiers traire et les deux ou trois brebis, même si elles n’étaient pas bien grosses, se laissaient tondre et fournissaient la laine de la plupart des vêtements. La vieille femme connaissait toutes les plantes qui soignaient, celles aussi qui permettaient de jolies teintures et même celles que l’on pouvait tisser.

Gwenevez grandit donc dans ce milieu protégé. C’était une belle jeune fille qui faisait la fierté de sa mère adoptive. Ses cheveux auburn tombaient en vagues indomptées sur ses épaules bien dessinées et son frais minois que le grand air avait teinté d’un blond caramel était éclairé par des yeux bruns pétillants et rieurs.

Mais Ygerne qui sentait le poids des ans sur son corps décharné commençait à se faire du souci pour son enfant. Qu’allait-elle devenir quand elle ne serait plus là ?

Cela faisait presque seize hivers qu’elles vivaient ensemble, quand un soir, plus fatiguée que jamais, Ygerne se confia à Gwenevez.

— Tu sais, petite, je vieillis… Bientôt, je ne serai plus là… Tu ne peux pas rester seule dans cette forêt. Demain, nous partirons pour le village, là-bas, au-delà des collines, là où vivent tous ceux que j’ai quittés il y a bien longtemps maintenant. Nous irons les retrouver et je leur demanderai de veiller sur toi.

— Mais, ma mère, je veux rester avec toi ! Je ne connais que toi et cette forêt ! Jamais je ne pourrais vivre ailleurs. Et puis, tu as bien vécu ici, toi !

— C’est vrai ! Mais j’ai aussi vécu longtemps au village, tu sais !

— Pourquoi l’as-tu quitté alors ?

— Oh ! c’est une bien triste histoire !

Et la vieille femme se mit à raconter :

« Il y a longtemps, quand j’étais jeune, j’étais folle amoureuse d’un garçon ! Il était majestueux, beau, grand et fort ! Des cheveux bruns à peine bouclés encadraient son visage aux traits fins. Ses yeux d’un bleu intense lui donnaient un air presque mystérieux. Sa voix ferme et chaude me charmait et je passais beaucoup de temps en sa compagnie. Mais Anthor, c’était son nom, était le fils du machtiern 1 Morvan et moi, je n’étais que la fille de Maudez, le forgeron du bourg. Devant cet amour inconcevable pour le machtiern, il envoya son fils à la cour du roi Aymeric. Les années passèrent et Anthor ne donna jamais aucune nouvelle. Morvan, quant à lui, refusa de me recevoir pour me renseigner. J’attendis longtemps, longtemps, animée de ce fol amour et un jour, de désespoir, j’ai quitté le village et je me suis réfugiée dans la forêt. Je n’ai prévenu personne. Au début, j’ai bien entendu des battues : on me recherchait ! Mais, je me suis enfoncée encore plus profondément dans les bois, là où personne n’allait jamais, pas même les chasseurs ! Aucun villageois n’a jamais retrouvé ma trace et je n’ai revu personne, pas même ma famille. Cela fait tant d’années maintenant que je crois bien que l’on m’a oubliée ! Et cependant, durant toutes ces années, il ne s’est jamais passé un jour sans que je ne pense à Anthor ! »

Gwenevez écoutait, toute surprise et toute triste. Surprise, car jamais Ygerne n’avait fait la moindre allusion à ces événements et triste de découvrir que sa vieille mère avait vécu un amour si fort, mais impossible. En tout cas, sa décision était prise : jamais elle n’irait rejoindre ces gens qui avaient rendu Ygerne si malheureuse et l’avaient laissée toute une vie seule et abandonnée dans cette forêt ! Non, elle resterait jusqu’au bout près d’elle et après sa mort, elle aviserait !

Quelques mois s’écoulèrent encore. L’hiver fut une saison particulièrement rude. Il dura longtemps et la pluie tenace, fine, insidieuse créait une atmosphère humide peu propice à la santé d’Ygerne. Les provisions diminuaient rapidement et Gwenevez devait aller de plus en plus loin pour trouver de quoi alimenter le maigre feu. Puis le printemps s’installa timidement. La vieille Ygerne ne se levait plus guère si ce n’est pour profiter des premiers rayons du soleil printanier. Gwenevez passait de plus en plus de temps éloignée de la demeure. La quête de nourriture l’occupait beaucoup. Elle fut tout heureuse de rapporter les premiers œufs de poules faisanes, les premiers tendres pissenlits, les tout premiers rayons de miel de saule. Ygerne ne pouvait s’empêcher d’admirer le savoir-faire de sa fille même si elle n’avait guère d’appétit pour faire honneur à ces mets délicieux !

Un après-midi d’avril, Gwenevez alla au bord d’un petit cours d’eau poissonneux. Elle voulait installer une nasse pour prendre de belles écrevisses ou, qui sait, une belle anguille. Elle avait appâté son piège avec des viscères de lapin et, installée à l’ombre d’un merisier en fleur, elle était occupée à le caler dans le courant quand elle entendit le galop d’un cheval. Elle se redressa et tendit l’oreille. Le cheval se rapprochait puis il hennit et un cri humain résonna. Vite, elle se cacha dans de hautes herbes et se tint immobile et silencieuse. Le cheval s’approcha du ruisseau. Il était tout harnaché et ses naseaux étaient couverts d’écume. Il avait l’air fourbu et regardait dans sa direction. Elle bougea doucement, se redressa, s’approcha de la bête qui ne semblait pas avoir peur et elle se mit à lui parler tout en la caressant. L’animal, rassuré, se désaltéra longuement puis il se dirigea lentement en aval, se retournant vers Gwenevez comme s’il l’invitait à le suivre. Elle le suivit donc et très vite, elle le découvrit ! Un jeune homme gisait sur le chemin. Bizarrement, il ne lui parut pas inconnu ! Il était vêtu simplement, mais les étoffes témoignaient d’une richesse certaine. Ses bottes de cuir fauve étaient couvertes de terre et de poussière et n’avaient pas connu de graisse depuis fort longtemps. À sa ceinture, un coutelas de chasse dont elle ne voyait que le manche sculpté prouvait que cet homme était noble. D’ailleurs, le fourreau de l’épée l’avait déjà renseignée. Ce ne pouvait être qu’un chevalier ! Peut-être même un chevalier du roi Aymeric ! Elle s’approcha de lui alors qu’il se mettait à bouger légèrement tout en gémissant. Il ouvrit les yeux sur la fille et avec beaucoup de difficulté, il balbutia :

— Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que je fais là ?

— Ne bougez pas, vous êtes tombé de cheval. Attendez, je vais vous aider !

Elle l’aida à s’asseoir, puis il continua :

— Je ne sais pas ce qu’il m’est arrivé ! Mon cheval s’est arrêté brutalement et j’ai vidé les étriers. Je suis un peu sonné !

— Pouvez-vous vous relever ? Vous n’avez pas l’air d’être gravement blessé ! Je vais vous conduire chez moi pour vous soigner. Venez !

Tout en le soutenant, ils se dirigèrent vers le refuge d’Ygerne, suivis par le beau cheval bai du chevalier. Quand ils arrivèrent aux abords de la maisonnette, la vieille femme somnolait dans l’herbe, au pied du vieux saule. Au bruit que firent les deux jeunes gens, elle ouvrit les yeux et quand elle découvrit le visage du chevalier, elle fut prise de tremblements, murmura des mots incompréhensibles et s’évanouit.

— Mère, mère, que t’arrive-t-il ? s’écria Gwenevez.

— Laissez ! Ne craignez rien, dit le jeune homme en s’approchant d’Ygerne.

Il s’agenouilla près d’elle, lui caressa le visage en murmurant des mots que Gwenevez ne comprenait pas. C’était des mots magiques, sûrement, car au fur et à mesure, la vieille femme reprenait des couleurs. Son visage rajeunissait, les rides s’estompaient, les stigmates du temps passé disparaissaient, son sourire revenait, son regard devenait de plus en plus pur, ses cheveux retrouvaient leur sombre couleur chatoyante d’autrefois… La vieille Ygerne redevint la belle jeune femme qu’elle était jadis, jeune femme que Gwenevez n’avait jamais connue. Elle ne quittait plus des yeux le jeune chevalier qui lui caressait toujours son visage en lui souriant tendrement.

— Anthor, mon Anthor, c’est toi, c’est bien toi ?

— C’est bien moi, ma belle Ygerne. Tu ne rêves pas ! Je suis revenu pour t’épouser, enfin !

— Mais comment cela est-il possible ? Il y a tellement longtemps que tu es parti ! Et maintenant, je suis vieille, bien trop vieille pour t’épouser, toi si beau et si jeune !

— Mais, Ygerne, regarde-toi ! Toi aussi tu es jeune et belle !

Ygerne, incrédule devant ses paroles, découvrit d’abord ses mains : elles étaient fines, d’un teint délicat, les doigts agiles et mobiles et non plus déformés par les affres de la vieillesse. Elle se redressa, se leva, toute surprise de pouvoir le faire si facilement, sans douleur ! Son corps, à nouveau, lui obéissait totalement. Elle pouvait se tenir droite, marcher sans ressentir la moindre gêne !

Elle avait retrouvé ses vingt ans. Elle se jeta alors dans les bras de son bien-aimé. Ils s’étreignirent, et s’embrassèrent à n’en plus finir. Les larmes se mêlaient à leurs rires, les mots se perdaient dans leurs baisers, leurs cris se taisaient dans leurs soupirs. Tout à leur immense bonheur, ils ne virent pas le visage de Gwenevez s’assombrir, ses traits se durcir, et un rictus de rage se dessiner sur ses lèvres…

Le soir venu, installé autour du feu en se délectant des provisions apportées par Anthor, Ygerne comprit enfin en écoutant le récit de son promis.

Il s’était donc rendu à la cour du roi Aymeric. D’abord simple écuyer, son courage, son intelligence, son dévouement et son attachement indéfectible au roi et à sa cour firent l’unanimité. Il fut vite adoubé et reçut des mains du roi lui-même son épée et son armure. Lancelot, Perceval, Gauvain, Mordred, Tristan et les autres furent ses amis. Il participa à maintes aventures et à maints combats, et jamais son courage ne fit défaut. Apprécié de tous, il le fut encore plus quelque temps plus tard : c’est lui qui retrouva le Chevalier Yvain, errant, les vêtements déchirés après que sa fiancée Laudine lui eut retiré son amour et reprit l’anneau qui lui conférait l’invincibilité. Il en avait perdu la raison et Morgane, la fée, avait confectionné un onguent magique pour que la folie disparaisse et qu’il se rétablisse. Mais fallait-il encore le retrouver ! Elle avait chargé le jeune Anthor de cette mission. Après une longue recherche de plusieurs mois, le jeune chevalier avait retrouvé Yvain. Ils avaient même, tous deux, sauvé un lion attaqué par un serpent crachant des flammes gigantesques. Le lion s’était alors attaché à Yvain et le suivait partout. Il était devenu « le Chevalier au Lion ». Anthor, quant à lui, sa mission terminée, était rentré au château royal.

Morgane voulut récompenser Anthor et elle lui accorda la jeunesse éternelle. Anthor ne réalisa pas vraiment à quoi cela pouvait lui servir. Il pensait souvent à Ygerne, restée au pays et qui, elle, devait vieillir ! Et quand bien même… Reverrait-il un jour l’amour de sa vie ? Les campagnes du roi Aymeric l’avaient conduit à travers le monde et il avait eu l’occasion de rencontrer de bien belles jeunes filles, princesses ou roturières, mais jamais il n’avait oublié son premier amour. Il lui était resté fidèle, malgré les rencontres et les tentations. Alors, la jeunesse éternelle ? À quoi cela pouvait-il bien lui servir s’il ne pouvait pas retrouver Ygerne ?

Un jour qu’il errait dans le château, Merlin l’enchanteur l’interpella :

« Mais, dis-moi, Anthor, que t’arrive-t-il ? Tu sembles bien triste ! »

Alors Anthor lui raconta Ygerne, le temps de sa jeunesse, la colère de son père le machtiern et son départ forcé pour la cour du roi, cet amour impossible, mais tellement vrai et tellement fort ! Merlin n’avait pas besoin de toutes ces paroles… Il savait lire dans l’âme des êtres et il savait combien Anthor était sincère et malheureux. Lui qui avait une relation si compliquée avec Morgane, il rassura le jeune chevalier :

« Écoute-moi ! Tu retrouveras bientôt Ygerne, belle et jeune comme lorsque tu l’as quittée. Les choses s’arrangeront, crois-moi. Mais, sois patient ! Sois très patient ! »

Le temps passait, lentement, trop lentement. Sa vie, comme toute celle des chevaliers, était consacrée au combat. Lorsqu’il n’accompagnait pas Aymeric à la guerre, il s’entraînait. Entre le maniement des armes de poing et de jet, le dressage des chevaux, les joutes diverses, les chasses à courre et à cris, l’enseignement aussi à de jeunes écuyers et les divers jeux à l’intérieur quand il faisait mauvais, Anthor ressassait les promesses de Merlin et il lui arrivait même de les mettre en doute ! Un jour, cependant, Aymeric le fit venir dans la salle de la Table ronde :

« Anthor, je vais te confier une mission et tu seras seul pour l’accomplir. Tu vas te rendre dans ton pays, chez ton père, le machtiern Morvan. Tu lui diras de te conduire chez le forgeron Maudez dont on m’a dit grand bien. Je lui ai commandé une épée pour le père de mon épouse Guenièvre. C’est bientôt l’anniversaire de Leodagan et je sais qu’une nouvelle épée lui redonnerait un peu de vaillance. Il vieillit, ses forces déclinent et cette arme lui apportera un peu de joie ! Pars donc dès demain pour ce long voyage, sois prudent et accomplis cette mission. Sois de retour dans trente jours ! Mes vœux t’accompagnent ! »

— Et voilà donc, comment ce soir je me retrouve près de toi, ma belle Ygerne ! Et toi, dis-moi ? Qui est cette jeune fille ? Ta fille ? Tu es mariée ?

— Non, non, mon Anthor, n’aie crainte ! Après ton départ, j’ai fui le village, ma famille, les villageois. Je me suis réfugiée ici et c’est là que les dieux ont sans doute eu pitié de ma détresse, de ma très grande solitude puisqu’ils m’ont envoyé ce présent ! Cette jeune et jolie jeune femme, je l’ai recueillie bébé, abandonnée dans la forêt. Je l’ai appelée Gwenevez et elle est, pour moi, ma vraie fille. Elle a été à mes côtés pendant une grande partie de ma vie et elle a comblé mon chagrin par sa jeunesse et son amour. J’étais là, avec elle à mes côtés, à attendre la mort, et te voilà ! Tu es là maintenant et tout peut recommencer !