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Le Sang de Germanicus, cependant, a été plus funeste aux hommes que le sang des tyrans les plus exécrés : il n'a pas résisté à l'épreuve d'un pouvoir sans bornes et a produit des égoïstes si formidables qu'on les a comparés à des monstres. C'est le fils de Germanicus, Caligula, c'est le frère de Germanicus, Claude, c'est le petit-fils de Germanicus, Néron, c'est-à-dire un fou, un imbécile et un histrion, qui vont être coup sur coup les bourreaux des Romains et les instruments d'une ruine politique irréparable. Aucune démonstration n'est plus décisive contre les défenseurs du pouvoir personnel. Il semble que, dans les époques de décadence, la vertu elle-même ne soit qu'une amorce de la servitude et que la popularité devienne un poison qui se tourne contre la patrie.
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Seitenzahl: 698
Veröffentlichungsjahr: 2023
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LE SANG DEGERMANICUS
CHARLES ERNESTBEULÉ
1869
© 2023 V. Florentin
Tous droits réservés
ISBN : 978-2 3221 2802-2
Édition : BoD - Books on Demand, Norderstedt
I. — DrususetAntonia.
II. —Germanicus.
III. —Agrippine.
IV.— Caligula.
V. — Unerévolution.
VI. — Claude.
VII. — Messaline.
VIII. —LesCésariens.
IX. — La MèredeNéron.
X. — LesHonnêtes gens.
XI. — Néron.
Nousavons,messieurs,desadversairesquinelisentnisanssévériténisans protestationsnosentretienssurlesCésars.Ilsn'admettentpasquenos jugementssurAugusteetsurTibèreaientuneportéegénérale;ilsrefusentà desexemplesparticulierslavaleurd'unedémonstration.Votreduretépources deuxempereurs,disent-ils,estinjusteàlafoisetd'uneapplicationpurement personnelle.Lesfautesdecesdeuxgrandspersonnagesaprouventcontreeux, maisneprouventariencontrelathéoriequ'ilsreprésentent.L'infériorité humainenedoitpointcompromettrelamajestédupouvoir.Augusteestun parvenu,forméparlaguerrecivile:Tibère,unintrus,déforméparlatyrannie d'Auguste.Nil'unenil'autredecesâmesnes'estdéveloppéespontanément, dansleberceaucharmant,dansl'atmosphèresereine,danslesclartésvivifiantes de latoute-puissance.
L'histoirenoussertàsouhait,messieurs,carelleprésenteuneséried'empereurs quisatisferontàtouteslesexigencesduproblème.Nésdanslapourpre,élevésà l'ombredutrône,idolesdelafoule,favorisdessoldats,ilssontissusdesparents lesplusnoblesetlesplusexcellents;ilsdescendentdurépublicainDrusus,de l'honnêteAntonia,del'adoréGermanicus,delafièreAgrippine;lesangqui couledansleursveineslesdestineàlavertu,àlapopularité,ausacrifice. Ardemmentdésirés,cesprincespromettentàRomelesdouceursdel'âged'or. Leursqualitésdoiventêtrehéréditairesetpeuventgrandirsouverainementau-dessusdel'universprosternéavecamour.Demêmequel'onrecherche,pour figurerdanslescourses,lesraceslesplusgénéreusesdechevaux,demême nousprenonslesrejetonsd'unefamilleéminemmentlibéraleoùlegénie,la droiture,ledésintéressement,l'humanité,lerespectdes loissontunetraditionet où lalibertécomptedes martyrs.
LeSangdeGermanicus,cependant,aétéplusfunesteauxhommesquelesang destyranslesplusexécrés:iln'apasrésistéàl'épreuved'unpouvoirsans bornesetaproduitdeségoïstessiformidablesqu'onlesacomparésàdes monstres.C'estlefilsdeGermanicus,Caligula,c'estlefrèredeGermanicus, Claude,c'estlepetit-filsdeGermanicus,Néron,c'est-à-direunfou,unimbécile etunhistrion,quivontêtrecoupsurcouplesbourreauxdesRomainsetles instrumentsd'uneruinepolitiqueirréparable.Aucunedémonstrationn'estplus décisivecontrelesdéfenseursdupouvoirpersonnel.Ilsembleque,dansles époquesdedécadence,lavertuelle-mêmenesoitqu'uneamorcedelaservitude et que la popularité devienne un poison qui se tournecontre la patrie.
Unproverbegrecditqueleplusheureuxdeshommesestceluiquin'estpas encorené:onpourraitaffirmerdemêmequelemeilleurdesprincesestcelui quin'ajamaisrégné.Il yadeuxsecoursmerveilleuxpourceuxquisetrouventà côtédelapuissancesansespoirpermisdel'obtenir.D'abord,souslesmauvais souverains,lepeupleabesoindesecréerunechimère;ilcherchedes consolations,seleurre,caresseuneidole;commelesnaturesromanesques, froissées,souffrantes,ilrevêtcetteidoledetouteslesperfections.Ensuitece soufflepopulairesoutientuneâmedouéedequalitésbrillantes,quiade l'honneur,sinondel'ambition;illuidonnedesailesetunesortedevirginité jalouse.Lesentimentdelaconquête,uneardeurquiressembleàcellede
l'amoureux,l'auréolequiajouteaufrontlalégèretéetl'allégresse,toutrend l'hommemeilleur,lesintentionspluspures,lamodérationplusfacile.Telleaété lacondition,non-seulementdeGermanicus,maisdesonpèreDrusus,qu'on appelaitDrususl'Ancien,etquiaexercésurladestinéedesonfilsuneinfluence plusconsidérable queles historiens neledisent.Lepère et le filsappartiennent à cettefamilleuniverselledeprincesqui promettent beaucoup avantderégner, qui tiennentmoinsqu'ilsn'ontpromisquandilsrègnent,etquineconserventle cœurdeleurscontemporainsqu'àlaconditiondenepointêtremisàl'épreuveet de s'en tenirà un amour platonique pourlaliberté.
NéroClaudiusDrusus,néen714,étaitlefrèrecadetdeTibère.Onaprétendu qu'ilétaitfilsdel'empereur,parcequeLivieétaitenceintedesixmoisquand Augustel'épousa:quelquescourtisansdistinguaientmêmeunecertaine ressemblance;maiscetteopinionn'estpassoutenable.Ilestévident qu'Auguste,siDrususavaitétésonfils,l'auraitadoptédepréférenceàTibère, quineluiétaitrien,quiluiinspiraitdel'aversion.Toutjeune,Drususétait agréableàAuguste,moinsàLivie,àquiilrappelaitdescirconstancespénibles: ilestdurpourunefemmealtièred'arrivergrossedanslamaisond'unnouvel époux.Drusustoutefoisgagnaitl'affectionparsagrâcenaïveetsesreparties enfantines. Ilétaitlefavori duPalatin, tandisqueTibèren'y étaitquetoléré. L'un montraitlesqualitéslesplusaimables,l'autrelecaractèreleplussombreetune tristessepleinederaideur.Machiavel,l'auteurdelaMandragore,oseraitseul expliquercommentdeuxfrèressontsi'différentsetcomment,l'aînéayant essuyél'âcretédumoulematernel,lecadetn'ypuisequecharmeetque douceur.
Aimédetoutlemonde,dupeuplecommedelacour,Drususfutpousséparun mouvementunanimedanslacarrièredeshonneurs.Avingt-troisans,ilfaitla guerreauxGermains,bientôtilcommandeenchefsurleRhin,Aprèscinq annéesdevictoiresstériles,ilrevientàRomeinaugurerleconsulatquiestlui décernéparAuguste.S'enfonçantdenouveaudanslesforêtsdelaGermanie,il poussejusqu'àl'Elbeetjusqu'àl'Océan;maisilestarrêtéparuneapparition semblableàcellequidevaittroublerunjourlaraisondeCharlesVI.Unefemme gigantesqueseprécipiteau-devantdesoncheval,elleparlelatin,elledéfendà Drususd'allerplusloinetluiannoncequesavietoucheàsonterme;lecheval secabre,renversesoncavalier,luibriselacuisse;aprèstrentejoursde maladie,Drusus meurt.
Sesfunéraillesfurentmagnifiques.Uncortègetriomphall'accompagnadepuisle Rhinjusqu'àRome.Augustevintau-devantducorpsàPavie,lesénatvota l'érectiondeplusieursstatuesdansleForumetdel'arcdetriomphequi existeen avantdelaporteSaint-Sébastien,maisquiestrestéinachevé.Tibère,pendant unrègnedevingt-troisans,n'atrouvéletempsdeterminerniletemplequ'il s'étaitchargéd'éleveràAuguste,nil'arcdesonfrèreDrusus,nilemonument commémoratif qu'il s'étaitréservé, par unepromesse publique,de consacrerà sa mèreLivie.Sapiétéapparentepoursafamillen'étaitqu'unmoyenderalentirla piétédesautresetdedétournerdeshonneursquilui portaientombrage.Enfinle sénatavaitdécernéàDrususlesurnomdeGermanicusàlaconditionqu'ilfût héréditaire et devintpour sa race un titreperpétuel.
Leprincequ'onhonoraitainsiavaittrenteetunans.Ladouceurdeson caractère,sabonté,samodestie,sonattachementàsesamis,lagravitédeses mœurs,chosedéjàrareàlacourimpériale,lafaveurd'Auguste,l'amourdes Romains,l'amitiémêmedeTibère,toutprouvaitquecettenatureouverte,
généreuse,avaitsuseconcilierlesespritslesplusopposés.Celanesuffiraitpas pourexpliquersaprodigieusepopularité.Drususavaitunequalitédeplus,pour laquelleilestdifficiledetrouverunmotquin'éveillepastoutunordred'idées modernes:ilétaitprofondémentlibéral.OnsavaitàRome,etAuguste commençaitàs'enalarmer,qu'ilaimaitlesanciennesinstitutionsdesapatrie, qu'ilregrettaitlarépubliqueetqu'ilsouhaitaitlarestaurationdelaliberté.On savait,paruneindiscrétionposthume,qu'ilavaitécritunelettreàTibère pendantqu'ilscommandaient,l'unl'arméedeGermanie,l'autrel'arméede Pannonie.Danscettelettre,illuiproposaitdes'entendrepourforcerAugusteà rendreauxRomainslaliberté;c'estl'expressiondontsesertTacite:de cogendoadrestituendamlibertatemAugusto.Ilestcertainque,silesdeux frèresavaientmarchésurRomeavecleurslégions,Augusteétaitàleurmerci. OnignorecequeTibèreréponditàcettehardieproposition,ouplutôtilnedut jamais yrépondre. Sa prudence,d'accord avec sonambition,lui dictaitle silence. Plustardcependant,aprèslamortdeDrusus,Tibère,fatiguédel'entendrelouer sanscesseparAuguste,montraunjourlesfameusestablettes,qu'ilavait conservées,biensûrqu'oncesserait,dèsqu'ellesseraientconnuesauPalatin,de luijeterauvisagelesouvenirimportundesvertusdesonfrère.Ilparvintàson but,maislerésultatqu'ilavaitmoinsprévufutunredoublementderegrets parmilesRomains.LamémoiredeDrususrestacommesacréedepuiscette époque.Onnedoutaitpointd'unesincéritéquelamortavaitscellée.Onrépétait sanscessedansRome:S'ilavaiteulepouvoir,Drususauraitrenduaupeuple sesdroitsetsaliberté!Cetespoirfutreportésur son filsGermanicus,il explique lafaveurquil'entouredèssespremierspasetluitracesonrôle.Lesparoles adresséesparDrususàsesamis,sesintentionsdéclarées,sesengagements,sa lettreàsonfrère,démarchesidécisiveetsicourageuse,assuraientàsafamille l'amourdes citoyens etla haine des Empereurs.
NousconnaissonsDrusus,messieurs.LemuséeduLouvrepossèdeunbustequi estundeschefs-d'œuvredusiècled'Auguste;cebusteétaitdepuisla renaissanceaupalaisdeFontainebleauetavaitétéenvoyédeRome.Cequi frapped'abord,c'estlaformedelatête,quiestronde,bienpleine,d'une heureuseproportion.Touteslesfacultésysontenéquilibre,toutestàsaplace, toutestsensé,raisonnable,expliquéàl'extérieur.Lefrontaquelqueanalogie aveclefrontdeTibère.PresquetouslesprincesdelafamilledeTibèreet d'Auguste,mêmelesmeilleurs,ontlefrontdéveloppénonenhauteur,maisenlargeur.CetteparticulariténeseretrouveplussouslessuccesseursdeNéron.Il fautallerjusqu'àl'époquedeConstantinpourretrouveruneconformationaussi caractéristique,quisembleannoncerlaprédominancedesappétitssensuels. Hâtons-nous d'ajouter quechezDrusus,laproportionestencoreheureuse ;s'il yaquelquespronosticsquitrahissentlarace,ilsontétédémentispardes qualitéséminentes.Lescheveuxsontcoupéscarrémentsurlefront,àlamode dutemps.Lenezestdroit,lanarineouverte,lesjouesdouces,avecdesplans tranquilles. Il n'y a pointdecessailliesinquiètes, qu'on observechezCaligula, ou decescavitésimpénétrablesquiappartiennentàTibère.Laboucheestfranche, pleinedebontéetd'expression.Lementonestrond,net,biendéfini.Enfin,tout estdroiture,honnêteté,mansuétude,danscettefigureprivilégiée,et l'intelligenceparaît égale à la beauté.
Onpeutvérifier,dureste,l'exactitudedusculpteurencomparantaubustedu LouvreuncaméeducabinetdesMédailles(n°213)quireprésenteDrususlatête nue,aveclevêtementmilitaire,magnifiqueportrait,quirespirelàdouceur,la grâceetuncharmepresqueféminin.Enfinnousavonsdesmonumentsofficiels,
desmonnaiesfrappéessousClaudeensouvenirdeDrusus.Lesmonnaiesd'or portentl'inscription:NeroClaudiusDrususGermanicusimperator,etaurevers untrophéeaveclenomdesGermains.Lesmonnaiesdebronze,d'ungrand module,portentlamêmelégende.Lereversporteunefigureassise,vêtuedela toge,tenantunrameaud'olivieràlamain,entouréed'armesetd'armures:c'est l'image d'un triomphateur,et ce triomphateurest Drusus.
Acôtédecetteaimablefigure,dontlepassageparmileshommesfutsicourtetlamémoiresidurable,ilconvientdeplacersafemme,Romainedesanciens jours,dignedelui donnerunfilsetdel'éleveraprèslui,puisquelamortdevaitle frapperdanslafleurdel'âge:cettefemmes'appelaitAntonia.Elleétaitfilledu triumvirMarc-AntoineetdecettedouceOctavie,sœurd'Auguste,quiluiavait elle-mêmedonnél'exempledetouteslesvertus.Antoniaestreprésentéesurdes monnaiesquidatentdurègnedeClaude,sonfils.L'empereurClaudeayantvoué àsamèreunculteparticulier,plusieursvillesfirentgraversoneffigiesurleurs monnaies,notammentAlexandrie,Amphipolis,ClazomèneetThessalonique. AntoniayestassimiléeàCérèsetportesur satêtelesattributsdeladéesse.On l'appelleencoreAugusta,parcequ'elleareçusousCaligula,sonpetit-fils,le même titre que Livie.
Lesmonnaiesnefontpointsaisirlecaractèrepersonneldesabeauté.Frappées dansdesvilleslointaines,quin'avaientpointdemodèlepeut-être,ellesoffrent plutôtletyperégulieretirréprochabledesGrecsqu'unportraitexact.Les caméesontplusdevraisemblance,etl'ons'attacherasurtoutaucaméedenotre cabinetdesMédaillesquiportelenuméro206.C'estuneagate-onyx,matière magnifique;lebusteestvudeface;lacouronnedelauriersquiceintlefront estlesymboledesprêtressesd'Auguste.Cettefigureunitl'harmoniedutype grecàlafermetédutyperomain.Lajouesaillanteaveclespommetteshautes rappellelesjouesdesfemmesdeRaphaël;lesyeuxontunencadrementnoble, levisageuneexpressioncharmante,refletd'uneâmepluscharmanteencore.Le busteetlastatuequ'onvoitauLouvrelamontrentdansl'éclatd'unebeauté pure,suave,rayonnante:sabouchefinesembleparfuméed'honneuretde sincérité.Cettechastecréatureconnutàpeinelebonheur,etsavie,aprèsla mortdeDrusus,devientunlongmartyre.Veuve,elleseretireauprèsdeLivie, surlePalatin,cachée,vertueuse,filantlalaine,toutentièreàlamémoiredeson époux.Malgrécettesolitude,leschagrinsviennentsanscessel'assaillir.Ellea troisenfants,Germanicus,LivillaetClaude.Germanicusmourrajeunecomme sonpère;Livillaempoisonnerasonmari,lefilsdeTibère,etAntoniaobtiendra commeunegrâcedelafairemourirdefaim,elle-même,danslepalais,pourlui épargnerlahontedusupplice;Claude,cerveauaffaibli,serapourtousunobjet demépris.LesenfantsdeGermanicusferontàleurtourcoulerseslarmes.C'est d'abordAgrippine,saveuve,persécutée,exilée,expirantdansuneîledéserte; puisNéron,exiléégalementetforcédeselaissermourir;ensuiteDrusus,le seconddesespetits-fils,qu'onaccabledemauvaistraitementsàcôtéd'elle, dontelleentendlescrisdanslescavesduPalatin,dontellenepeutempêcherle meurtre;enfinCaligula,letroisième,qu'elleparvientàsauver,maispourle surprendre,toutjeuneencore,commettantunincesteavecsasœur,etpourse voirinfligerparlui,quandilestsurletrône,detellesamertumesetdetelles menaces, qu'ellepréfèresedonnerlamort. Tel étaitsousl'empirelesortréservé àunehonnêtefemme:victimedesespropresvertus,dédaignéepardes ambitionscriminellesqu'ellenepouvaitcomprendre,rejetéeparl'égoïsme, menacéeparlaviolence,ellesemblaitavoirprolongésaviejusqu'àsoixante-
quinzeansuniquementafinqu'aucunedouleurneluifûtépargnée,pasmêmele suicide.
Néd'unpèrevénéréetd'unetellemère,Germanicusgranditaumilieudes souvenirspursetdesbonsexemples.Ilétaitsoutenusurtoutparl'amourdes Romains,dontlesregardsattendriscouvaientleseulrejetondeleurs espérances,favoriadorédèsleberceau.Leuraffectionavaitquelquechosedesi familier, que,par uneexception unique dans l'histoire romaine,ils ne l'ont jamais appeléparsonnomniparsonprénom.Onneledésignaitqueparlesurnomde Germanicus,quirappelaitsonpère.Celaétonnepeulesmodernes,accoutumés ànedonneràlaplupartdespersonnagesromainsqueleursurnom.ARome,les convenancess'yopposaient.Onappelaituncitoyenparsonnometparson prénom;iln'étaitpasautrementdésignédanslesactesofficiels,surles monnaies,surlesinscriptions;lesurnomnevenaitqueledernier,etparfoisil étaitomis.Caligula,àpeinesurletrône,punitsévèrementuncenturionqui l'avaitappeléparsonsurnom.Leshistoriensetlesdocumentsdutempsle nommenttoujoursCaïusCésar.Germanicus,aucontraire,selaissaitsalueravec plaisirparunsurnomquifaisaitimage,quirappelaitlestriomphesdeDrusus, quiétaitconsacréparl'attachementpopulaire.L'histoireaperdusesvéritables noms:l'archéologieleschercheenvaindanslesdocumentssansnombrequ'elle tiredusoldel'Italie;peut-êtredoit-onlesignorertoujours.Rienneprouve mieuxcetamourtendre,cettefamiliaritéenquelquesortepaternelled'unpeuple entier pourl'héritier du libéralDrusus.
iGermanicusétaitnél'an45avantJésus-Christ.AdoptéparTibèreenmême tempsqueTibèreétaitadoptéparAuguste,ilappritl'artdelaguerreavecson onclesurlesbordsduRhin.Nomméconsulàvingt-septans,ilrevintàRome prendrepossessiondesonconsulat.Ill'exerçaavectantdemodération,il montrauntelrespectdelajusticequelatendressedupeuplepourluiredoubla. Ilprenaitlesintérêtsdesaccusés,lesaccueillaitavecimpartialité,impartialité pleinedefaveurpourceuxqu'ilsupposaitinnocents,pleinedeménagements pourceuxqu'ilcroyaitcoupables.Soignait-ilsapopularité?Était-ilentraînépar elle,semblableaunageurquidescendunfleuve,etdontilestdifficilededires'il devancelecourantous'ilestportéparlui?Lesjeuxqu'ildonna,lescombatsde gladiateurs,deuxcentslionsjetésdansl'arène, n'étaientpointfaitspourrefroidir l'enthousiasme.Sonconsulatexpiré,ilretournaenGermaniepourcommander en chefleslégions ; c'est là quele surpritla mortd'Auguste.
Avantderappelercequ'ilfitàcetteépoque,quellestentationsvinrentl'assaillir, ilestutilederetracersonportraitetdepuiserauxsources.Lesécrivainssont unanimesetnecontredisentpointTacite,quiestsibienacquisàGermanicuset àsacause.Ilestévidentquecegravehistorienneditquelavéritéquandilloue entouteoccasionleboncœurdeGermanicus,sonhumanité,sesvertusciviles, sadouceurmerveilleuse,saclémenceenverslesennemisvaincus.Enlui,dit-il, toutcequ'onvoyaitettoutcequ'onentendaitinspiraitunégalrespect.Ses manièresétaientaffables,sonespritpopulaire,cequiveutdirequ'ilavaitla passiondeplaire,l'artd'exciteretdemériterl'amourdeshommes.Enunmot,il étaitexactementl'opposédeTibère.SiTaciteestsuspectdepartialité,Dionne leserapas,Dionquin'avaitriendecommunaveclepartilibéraldel'ancienne Romeetquivécutbeaucoupplustard.Voicileportraitqu'iltracedeGermanicus danslecinquante-huitièmelivredesonHistoire:Soncorpsétaitbeau,sonâme admirable;soninstructionégalaitsaforcephysique.Trèsvaillantcontre
l'ennemi,trèsdouxenverslessiens,ilunissaitàlapuissanced'uncésarla modérationquiconvientauxcitoyenslesplusfaibles.Ilévitaittoutcequi pouvaitfairedelapeineàceuxqu'ilgouvernait,mériterlessoupçonsdeTibère, exciterl'enviedesonfils.Ilaétédu'trèspetitnombredeceuxquinefurent pointau-dessousdeleurfortunéeneselaissèrentpointcorrompreparelle. Plusieursfoisilauraitpus'emparerdel'empireduconsentementnonseulement du sénat,mais du peuple et des soldats :il nelevoulutpoint.
Germanicusétaitorateur;onlesaitmoinsparlesdiscoursqueluiprêteTacite etquisontdeTacite,queparunvotesolenneldusénat.Aprèssamort,les sénateursvoulaientquesonimage,sculptéesurungrandmédaillon,fûtplacée parmilesimagesdesorateurscélèbres.Lesecrétairedel'empereurHadrien vante,eneffet,sonéloquence,etrappellequ'ilacontinuédeplaidermême aprèsavoirobtenuletriomphe.Germanicusétaitpoète;ilacomposédesvers quinesontpastousperdus:onentrouveraquelquesfragmentsdanslerecueil intituléCarminafamiliæcæsareæ.Suétoneassurequ'ilavaitfaitdes'comédies grecques.OvideluidédiesesFastesenlouantsonéloquenceetsontalent poétique.
Cejeunehommesicomplet,d'unecultureégaleàsabeauté,n'est-ilpasnaturel dedésirerleconnaître?LeLouvrepossèdeunestatuequiestcélèbreetquia ététrouvéeen1792danslabasiliquedeGabiesparleprinceBorghèse.D'autres statuesmoinsbellessontaumuséedeSaint-Jean-de-Latran.Labibliothèquede Munichmontreunbuste,lemuséedeDresdeunetêtedebronze,quirappellent égalementGermanicus.LastatueduLouvreestl'œuvrelaplusremarquable, c'estàellequ'ilfauts'attacher.EllefaitvoirGermanicusdanslecostume héroïque,c'est-à-direletorsenu,lebasducorpsdrapé,l'extrémitédumanteau rejetéesurlebrasgauche.Ilestdeboutettientl'épéemilitaire.Lebrasdroitest étenduavecungestedecommandementcontenuettrèsdoux.Levisage n'exprimepasseulementlabonté,onysentunecertainemollesseaffectueuse. Onydécouvrirapeut-êtrequelquestraitsdeLivie,sonaïeule,maisnonsa fermeté,sapénétration,sonénergie.Laboucheestunpeuaffaisséeversles coins,cequidonnel'impressiondelamansuétudeettrahitsurtoutlafaiblesse ducaractère.L'œilestbon,ouvert,lefronttranquille,pleind'aménité,moins largequeceluideTibère,commesiletriomphedesnoblesinstinctsetdes qualitésmoralesétaitabsolu.Lenezestlégèrementaquilin,sansquelacourbe ensoitnetteetaccentuée.Lecouestgrasetfaitpenserauxstatuesd'Antinoüs. Quantauxépaules,ellessonttrèscaractéristiques,parcequ'ellessonthautes, larges,fléchissantes.Ontrouveuneressemblanceentrelapartiesupérieurede cettestatueetcelleduMercurequiestàlavillaLudovisi:lesépaules, l'agencementaveclecou,lesentimentplastique,sontpresqueidentiques.Je n'entireaucuneconséquence,c'estunsimplerapprochement.Enfin,cequiest exceptionnel,toutàfaitnouveaudansl'artromain,latêteestinclinéeavecune expressiondetristesse.Dansl'antiquité,lesdivinitésinclinentlatêteparbonté, commepouraccorderauxmortelscequ'ilsdemandentdansleursprières;mais latêteinclinéedeGermanicusoffreuneexpressiondemélancoliequel'artistea cherchée,qui luiapeut-être étésuggéréepar l'original.
Ainsinousapparaît,sansinterprétationforcée,ceportraitsiconformeau témoignagedesanciens.L'artnedémentpointl'histoire,lorsqu'àcôtédes sentimentsetdesacteslesplusnoblesilnousfaitcomprendrelafaiblessede notrehéros,etnousmontrel'attitudetriste,lesépaulesfléchissantes,labouche inclinéeverslescoins.LesmonnaiesfrappéesàRomeaveclesinitialesS.C.
(senatus-consulto)portentunprofilsemblableetfontvoirdescheveuxqui descendent assez bassurle cou, marquetraditionnelle delarace d'Auguste.
OnremarqueraaucabinetdesMédaillesdeParisdeuxcaméesquireprésentent Germanicus:len°207,oùlatête,quin'aque2centimètresdehauteur,est d'une grandefinesse,pleine dedouceur,d'une expression calme; le n°209, plus grandetjustementcélèbre.RapportédeConstantinopleparlecardinalHumbert, ilaappartenupendantplusieurssièclesàl'abbayedeSaint-Èvre,àToul.Au tempsdeLouisXIV,onl'aentouréderosesetd'unemontureémailléequien rehausselabeauté.CecaméereprésenteGermanicuslatêtenue,lapoitrine couvertedel'égide;delamaindroiteiltientlebâtonaugural,àlacrosse recourbée;delamaingaucheunecorned'abondance,symboledesbienfaits qu'onattendaitdelui.Ilestassissurunaigleimmensedontlesailessont dresséesversleciel,dontlespattesposentencoresurlaterreetétreignentune palme,signedevictoire.Cesailessontgrandiosesetd'unjethardi:lestrois couchesdel'onyx,savammentdégradéesparlegraveur,leurdonnentdela couleuretdesplansdivers;ellescachentunepartieducorpsdeGermanicus, prêtàselaisseremporterversl'Olympe,tandisqu'uneVictoireailées'approche pourluiceindreunecouronne.Lesentimentgénéralindiqueénergiquementle sujet,quiestl'apothéose.Lacompositionestpleined'unenoblessevraiment sculpturale;ellefrappeparsagrandeurtoutàfaitidéale,carilestévidentque Germanicusdoitàl'artisteunebeautéqueniAugusteniTibèren'ontreçuede leurspluscélèbresgraveurs.Ondiraitquel'âmedetouttinpeupleapassédans cemonument,oudumoinsquelesouffledetoutunpartietl'ardeurdes honnêtesgensquilecomposaientontéchauffél'artisteetluiontimpriméun élansupérieuràceluiqu'ilavaittrouvéjusque-làenlui-même,tantilestvrai que,danslesarts,l'amourfaitplusquelafaveuretlaconvictionplusque l'intérêt.
Telleest,messieurs,l'imageexacteetidéaletouràtourdeceluiqu'onpeut appelerlesdélicesdupeupleromain.Lepeupleromainétaitdestinéàdes amourscourtesetmalheureuses,selonl'expressiontouchantedeTacite.Aussi ceportraitserait-ilincomplet,sinousn'ajoutionsdansl'ombre,commefondde tableau,lahainedeTibère,quigranditaveclapopularitédeGermanicus,la hainedeLivie,quin'avaitjamaisaiméDrususetquidétestaitsurtoutAgrippine, femmedeGermanicus;enfinlaviolenced'Agrippineelle-même,petite-fille d'Auguste,filledufaroucheAgrippaetdecetteJuli
