Le secret de Thangka - Nicolas Gaube - E-Book

Le secret de Thangka E-Book

Nicolas Gaube

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Beschreibung

L'homme-loup est à ses trousses...

Il est peut-être le seul à pouvoir vous sauver la vie...
Il s’est échappé de sa prison. Perdu au milieu de la garrigue, il court pour sa vie.
Derrière lui, il laisse la fille, abandonnée aux mains de son geôlier.
C’est elle qui l’a libéré, il lui doit la vie.
Il a besoin d’aide pour la sauver. Viendra-t-elle de Jean-Pierre qui se sait condamné et déteste tous ceux qui s’approchent de lui ? Viendra-t-elle de Rémi qui a été jeté à la rue et semble plus désespéré que lui ?
Il n’a pas de temps à perdre, l’homme-loup est à ses trousses. Il sait de quoi il est capable, il l’a vu tuer ses semblables tant de fois.
Ce qu’il ne sait pas, c’est que, sans lui, la fille est condamnée.
Il ne peut pas le savoir.
Ce n’est qu’un chien.

Plongez dans ce récit d'épouvante et frissonnez en découvrant son intrigue haletante !

EXTRAIT

Le hurlement de l’homme.
Derrière lui.
Des pas précipités.
Une lampe torche projetant des filets d’ombres devant lui, autour de lui. L’impression d’être écrasé par les ténèbres.
Tenir bon, courir, courir encore.
Vivre enfin. Le monde bat en lui. Les odeurs émanent de toutes parts, buissons de thym, fourrures d’animaux sauvages, plumes et excréments laissés çà et là. L’horreur de retrouver les sens dont il était privé depuis si longtemps.
Pas le temps de… penser.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Attention mes amis, voilà encore une nouvelle plume qui vaut largement le détour! Si vous êtes curieux et prêts à vous lancer sur de nouveaux terrains, ce roman mérite toute votre attention. L'histoire nous prend dans ses filets dès le début et les émotions ressenties durant cette lecture sont tellement nombreuses qu'il nous faut toujours absolument découvrir la suite, à tel point que je l'ai dévoré en une soirée... Quand je vous dis qu'il vaut le détour, ce n'est pas un mensonge... - Yumiko, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né en 1977 à Cenon, Nicolas Gaube découvre à l’adolescence la littérature d’épouvante à travers les œuvres de Stephen King et d’Edgar Allan Poe. Elles lui inspireront ses premiers textes, dont certains seront publiés dans différentes anthologies. Après l’obtention d’une maîtrise de biologie cellulaire et de géologie, il devient professeur de Sciences de la Vie et de la Terre. Le Secret de Thangka lui a permis d’allier ses deux passions, l’écriture et les dernières découvertes scientifiques.

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Table des matières

Résumé

Le secret de Thangka

Résumé

Il est peut-être le seul à pouvoir vous sauver la vie...

Il s’est échappé de sa prison. Perdu au milieu de la garrigue, il court pour sa vie.

Derrière lui, il laisse la fille, abandonnée aux mains de son geôlier.

C’est elle qui l’a libéré, il lui doit la vie.

Il a besoin d’aide pour la sauver. Viendra-t-elle de Jean-Pierre qui se sait condamné et déteste tous ceux qui s’approchent de lui ? Viendra-t-elle de Rémi qui a été jeté à la rue et semble plus désespéré que lui ?

Il n’a pas de temps à perdre, l’homme-loup est à ses trousses. Il sait de quoi il est capable, il l’a vu tuer ses semblables tant de fois.

Ce qu’il ne sait pas, c’est que, sans lui, la fille est condamnée.

Il ne peut pas le savoir.

Ce n’est qu’un chien.

Né en 1977 à Cenon, Nicolas Gaube découvre à l’adolescence la littérature d’épouvante à travers les œuvres de Stephen King et d’Edgar Allan Poe. Elles lui inspireront ses premiers textes, dont certains seront publiés dans différentes anthologies. Après l’obtention d’une maîtrise de biologie cellulaire et de géologie, il devient professeur de Sciences de la Vie et de la Terre. Le Secret de Thangka lui a permis d’allier ses deux passions, l’écriture et les dernières découvertes scientifiques.

Nicolas Gaube

Le secret de Thangka

Roman

Dépôt légal novembre 2014

ISBN : 978-2-35962-669-8

Collection Aventure

ISSN : 2104-9696

©2014 - Couverture Ex Aequo

©2014 – Illustration de couverture J. R. Doyle

Dans la même collection

Le trésor des abbesses – Charlène Mauwls – 2009

Le prince des favelles – Thierry Rollet - 2010

Charles, 10 ans Kidnappé – Florence Lemaire – 2011

En pleine face – Abdelkader Railane – 2011

Le tireur de sable – Pierre Cousin - 2013

L’Anse de Rospico – Daniel Costal - 2013

Le dernier cerf – Pierre Cousin - 2014

Vents froids – J-M Pen – 2014

La petite fille du cimetière

1

Le hurlement de l’homme.

Derrière lui.

Des pas précipités.

Une lampe torche projetant des filets d’ombres devant lui, autour de lui. L’impression d’être écrasé par les ténèbres.

Tenir bon, courir, courir encore.

Vivre enfin. Le monde bat en lui. Les odeurs émanent de toutes parts, buissons de thym, fourrures d’animaux sauvages, plumes et excréments laissés çà et là. L’horreur de retrouver les sens dont il était privé depuis si longtemps.

Pas le temps de… penser.

Le sol rocailleux file sous ses pieds. Le plaisir de sentir les petits cailloux s’enfoncer dans sa peau.

La chaleur de l’été accumulée dans la journée se libère, le réchauffe.

Finis les revêtements plastiques puant l’eau de javel.

— Bon sang !

La voix de l’homme le glace. Il change de direction et continue sa course folle. Il sent son pas lourd, sa sueur pleine de peur et d’adrénaline, la rage dans son souffle court. Il ne va pas le lâcher, il ne va pas abandonner. Lui court plus vite, mais sans savoir où aller. Il plonge dans l’inconnu. L’homme sait, il a la connaissance pour lui, toujours cette supériorité, qui justifie toutes les tortures. Tout ce qu’il a subi.

L’homme gagne du terrain.

Un oiseau s’envole en se lamentant, toujours plus haut, vers la douce et pleine lune… Lui est cloué au sol. Des sabots claquent sur sa gauche, trois, quatre individus… Lui est seul. Seul. À lutter pour sa survie, pour sa liberté, pour ne pas devenir… fou ?

Il freine brusquement, le sol s’arrête, un vide béant ouvre sa bouche glacée, il ne voit rien, une odeur vaguement humide lui parvient. Il est en haut d’une falaise. Il fait volte-face, pris par le faisceau lumineux.

— Calme. Pas bouger.

La voix de l’homme se fait plus douce.

Il entend un grondement sourd sortir de sa propre gueule. C’est la première fois qu’il s’oppose, qu’il exprime sa colère, face à celui qui l’a tenu enfermé.

Il regarde autour de lui. Il pourrait courir, se faufiler, s’enfuir encore.

Son cœur bat fort dans sa poitrine, il commence à souffrir.

— Pas... bouger, le chien.

Le bruit caractéristique. Ce bruit métallique qui précède le coup de feu et la piqûre violente qui fait dormir.

Plus jamais cela.

Ses griffes s’enfoncent dans le sol et il se jette dans le vide.

Se tourner vers l’inconnu plutôt que vivre le même enfer encore et encore.

2

Le médecin semblait perdu dans ses feuilles.

Face à lui, Jean-Pierre se cala dans son fauteuil. Il se sentait à l’étroit, emprisonné entre les accoudoirs, gêné dans ses mouvements.

Il essuya une fois de plus une goutte de sueur qui pendait au bout de son nez. Il détestait les rendez-vous avec son médecin, mais alors là, face à cet inconnu de spécialiste, dans le bureau inconnu de cet hôpital tout aussi inconnu, l’attente était insupportable. Accouche le vieux, accouche !

— Mon ami, je viens de voir les résultats de votre scanner cérébral. Regardez.

Mon ami ? Il venait de l’appeler son ami ? Pour qui se prenait-il ?

Jean-Pierre n’eut même pas le temps de réagir. Le médecin continuait son discours. Un discours maintes fois répété, toujours bienveillant, toujours adapté, il en était convaincu. Il faisait des pauses, histoire de laisser à son patient le temps d’assimiler.

Jean-Pierre ne faisait que regarder la gomme du crayon à papier qui faisait de petits cercles sur l’écran de l’ordinateur.

Un mot sur dix parvenait à ses oreilles.

Vos vertiges, vos maux de tête insupportables, vos vomissements.

Il sentait ses entrailles se creuser.

Masse plus claire anormale.

Ses mains se crispaient sur les accoudoirs.

Augmentation de la pression intracrânienne.

Ses yeux voyaient, mais ils n’enregistraient rien.

IRM cérébrale, examens complémentaires.

Il entendait, mais il n’écoutait pas.

Glioblastome…

Tout s’était effondré à l’intérieur de lui. Plus d’organes, plus rien, une carcasse vide qui hochait la tête.

Il se dit bêtement qu’il avait un beau profil sur cette image en noir et blanc, ce nez parfait, fin et droit, il le tenait de sa mère. Tout le reste, ses mains épaisses, son torse large, son ventre rebondi, ses jambes solides et ses poils qui remontaient jusque sur ses épaules, il les tenait de son père.

— Monsieur Cabanel ?

— Quoi ?

— Vous avez des questions ?

— Heu, j’ai un cancer ?

Sourire du monsieur.

— Ne vous inquiétez pas, on va s’occuper de vous. Venez, nous allons voir ma secrétaire et vous prendre un rendez-vous pour l’IRM de manière à mieux localiser votre problème.

Ils se levèrent, le médecin lui montra le chemin de la sortie et posa une main osseuse, glacée, sur son épaule. Jean-Pierre serra le poing pour éviter de lui en retourner une en pleine face.

— Vous avez de la famille qui vous attend ?

— Non. Je suis seul.

*

* *

À peine descendu, Jean-Pierre remit rapidement sa casquette grise en place. Le bord était blanchi par le sel de sa propre transpiration, mais elle avait l’avantage de le soustraire aux regards d’autrui.

Première étape : la pharmacie.

Ses yeux fixaient le goudron du trottoir.

Surtout ne croiser le regard de personne. La dernière fois qu’il avait eu le malheur de regarder qui il avait en face de lui, un groupe de petits cons de son quartier s’était ouvertement foutu de sa gueule. Ils l’avaient apostrophé, tutoyé, insulté et lui n’avait pas su comment réagir.

Au passage piéton, il sortit de ses pensées et regarda de chaque côté, au cas où. Il ne regardait pas pour lui, non. Il s’en foutait de se faire écraser. Mais impliquer une personne, qui n’avait rien demandé, dans un accident de la route, avec un vieux croulant comme lui, était la limite de sa misanthropie.

À ce moment précis, il aperçut une tache émeraude, à droite, sur le trottoir d’en face et se raidit instinctivement. C’était une de ses bonnes voisines, madame X. Elle portait encore cette robe verte à bretelles qu’il lui avait déjà vue. Un chapeau de paille reposait, de biais, sur ses cheveux auburn, légèrement bouclés.

À ses pieds, se tenait son chien, une sorte de croisement entre une chauve-souris et un rat. Petit corps ovoïde, tête minuscule et oreilles pointues qui offraient une forte portée au vent. Il remuait tout le temps la queue.

Elle s’approchait de lui.

Jean-Pierre déglutit.

Elle ne manquerait pas de le saluer, comme à chaque fois.

— Bonjour, monsieur Cabanel ! Cela fait longtemps que je ne vous ai pas vu ! Quelle belle journée, n’est-ce pas ?

— ’jour.

Oh ! Oui, quelle belle journée, en effet ! Je viens d’apprendre que j’ai une tumeur au cerveau ! Un temps pareil, c’est parfait pour une petite chimiothérapie ! Que diriez-vous de m’accompagner ?

Il remit machinalement sa casquette en place et fit semblant de se plonger dans son ordonnance.

— Vous allez à la pharmacie ?

Détourner le regard, faire quelques pas sur le côté.

— Elle est fermée, lança-t-elle.

Il leva la tête, elle arborait un petit sourire en coin. Ses lèvres peintes s’entrouvraient, on pouvait deviner la blancheur de ses dents.

— Comment ? bredouilla-t-il.

Il s’était mis en condition une heure avant de partir. Tous ses plans tombaient à l’eau.

— La pharmacie a fermé une heure plus tôt aujourd’hui.

— Pourquoi ?

— Je ne sais pas ! Peut-être une urgence, peut-être un mari souhaitant passer un week-end en amoureux avec sa femme, peut-être ont-ils su que vous arriviez et ont voulu fermer avant !

Elle éclata de rire en rejetant ses cheveux en arrière.

Une décharge d’adrénaline laissa Jean-Pierre sans réaction. Elle pouvait dire ce qu’elle voulait, il ne l’écoutait plus. Il n’aurait pas ses médicaments.

Sa bouche devint sèche.

— Tout va bien, monsieur Cabanel ? Je ne vous ai pas vexé, j’espère ! Je parle trop. Mon défunt mari me le disait tous les jours. Je suis désolée.

Il pourrait tenir ce soir, en espaçant les prises. Avec un peu de chance.

— Ce n’est pas vous, reprit-il. J’ai vraiment besoin de…

Il agita l’ordonnance.

— Oh… Vous permettez ?

Sans attendre sa réponse, elle lui prit le papier et commença à le parcourir des yeux.

— Ce n’est pas possible, s’exclama-t-elle.

Jean-Pierre tendit la main pour récupérer son bien. Avait-elle compris ? Était-elle un médecin à la retraite ? Y avait-il, sur la feuille, le nom de certains médicaments prescrits seulement en cas de cancer ? Était-il démasqué ? Il ne voulait pas qu’on le prenne en pitié. Il ne voulait pas que l’on s’intéresse à son cas. Il voulait qu’on le laisse tranquille. Les gens qui aiment souffrent trop. Lui, pouvait souffrir, lui, pouvait mourir, mais il se devait d’épargner les autres.

— Quelle écriture de cochon ! Je n’arrive même pas à lire votre nom ! Au moins, le docteur Garcin, il imprime ses feuilles ! Vous devriez aller chez lui !

Il reprit sa feuille sans manière et lui tourna le dos. Le sang montait à sa tête et tambourinait sous son crâne. La douleur s’éveillait.

— Au revoir, dit-il dans un souffle.

Elle haussa la voix pour le retenir.

— Vous ne voulez pas venir chez moi ? J’ai de la bière belge au frigo ! Vous aimez la bière ?

Il adorait la bière. Sa couleur ambrée, les bulles qui remontaient et éclataient à la surface du liquide, la mousse légère et généreuse, l’amertume de la première gorgée, traçant son chemin au fond de sa gorge et de ses organes. Et la fraîcheur.

— Non merci, je préfère rentrer.

Il ne la regardait même pas. La lumière ambiante commençait à l’aveugler. Il serra les dents.

— Alors, à bientôt, monsieur Cabanel ! Au plaisir !

Il s’arrêta et leva les yeux.

Elle agitait sa main avec légèreté.

Il sourit. Enfin… il fit ce qu’il imaginait être un sourire et lui demanda :

— Comment vous appelez-vous ?

Elle lui sourit à son tour, le sourcil gauche légèrement froncé, étonnée qu’il ne le sache pas déjà.

— Je m’appelle Anabelle… Anabelle Morisot.

Il ne répondit pas.

Il la salua simplement en posant deux doigts sur la visière de sa casquette. Il avait beau se montrer désagréable depuis des années, elle était comme immunisée contre toute mauvaise humeur. Cette femme devait être folle pour lui adresser encore la parole.

Il ne voulait qu’une chose. Rentrer chez lui, dans sa vieille baraque à étage, au milieu d’un misérable jardin, pour fermer les portes à double tour et hurler sa douleur au bordel ambiant.

3

La nuit avait été éprouvante. Son corps le martyrisait, même si chaque articulation, chaque muscle le faisait souffrir, il ne pouvait pas s’arrêter d’avancer.

La chute, le contact glacé de l’eau, l’impression de suffocation, de ne jamais pouvoir remonter à la surface n’avaient pas duré longtemps. D’instinct, il avait su quoi faire, les mouvements de ses pattes étaient venus d’eux-mêmes, il s’était lentement laissé porter par le faible courant. Il avait simplement nagé pour rester à la surface. De chaque côté du fleuve, les falaises calcaires avaient empêché tout repos, pas de rives, pas d’îlots.

Pas le temps de savoir où aller, pas le temps de penser, avancer, avancer encore.

Il avait pu émerger des eaux, sur une plage de galets multicolores. Il s’était ébroué et, levant le nez au vent, avait tenté de repérer son ennemi.

Son odeur lui était à peine parvenue. Il allait pouvoir se reposer. En regardant autour de lui, il avait vu un amoncellement de troncs, de branches mortes, arrachés aux berges lors de la précédente crue. Il s’était mis à couvert et s’était endormi quelques minutes plus tard, épuisé.

Un autre jour commençait. Son premier jour de liberté. Ses poils avaient séché et des croûtes de terre grisâtres pendaient sous son ventre. Il suivait un sentier qui longeait le fleuve. Le clapotis de l’eau, la fraîcheur du sous-bois le ravissaient.

Tout grouillait.

Les oiseaux s’envolaient sur son passage en poussant de petits cris aigus, des créatures invisibles détalaient, il avait envie de leur courir après, de courir tout court, mais son corps réclamait encore du repos. La douleur se faisait moins insistante au fur et à mesure que son organisme se réveillait. Il regardait autour de lui. Il découvrait, s’émerveillait, profitait. Il vivait.

Une odeur différente attira son attention. Il huma l’air autour de lui et repéra l’endroit où l’effluve se faisait plus intense. Là, tout droit. Plus il s’approchait, plus sa bouche s’emplissait de salive, plus il progressait, plus le monde autour de lui disparaissait. Il n’avait plus qu’un seul objectif : manger.

Il déboucha sur une clairière et atteignit enfin son but.

À la vue de tous, il s’approcha de l’objet renfermant tant de délices potentiels : un sac-poubelle. Le contact du plastique sur sa langue, son goût chimique ne le rebutèrent pas. Il serra les dents et, s’arc-boutant sur ses quatre pattes, tira de toutes ses forces, secoua la tête de gauche à droite pour déchirer, faire céder les entrailles artificielles qui renfermaient son futur festin.

Les canettes rebondirent et tintèrent sur les galets. Serviettes, assiettes en carton, emballages, s’étalèrent devant lui. Il lécha les moindres restes de sauce, il fouilla du museau un sachet de chips à moitié entamé, c’était salé, cela croquait sous la dent, il engloutit une saucisse rouge et juteuse. L’odeur légèrement fumée, le gras de la mayonnaise absorbée par la mie, la croûte molle et dorée. Manger. Manger. Manger.

Il ne tint pas compte de la gentille petite famille qui approchait et installait une couverture épaisse sur les galets pour faire un pique-nique.

Sucre. Du sucre, par là. Le beignet rond, fourré à la confiture de fraises était intact. Le liquide rouge envahit sa bouche au premier coup de dent. Il sentait qu’il en avait sur sa moustache, sur sa truffe même. Qu’importe, il se remplissait, c’était bon.

— Maman, regarde !

Ses oreilles pivotèrent aussitôt. Il arrêta net toute activité et se redressa, les sens en alerte.

Une petite fille le pointait du doigt. Un bob rose écrasait ses bouclettes blondes, une robe fleurie descendait juste au-dessus de ses menus genoux et des socquettes blanches dépassaient de ses baskets violettes. Elle souriait et commençait à marcher dans sa direction.

Il essuya la confiture collée à sa moustache d’un coup de langue.

— Il est mignon !

Des pas précipités s’enfoncèrent dans les cailloux.

— Cindy ! Viens ici ! hurla sa mère.

Elle l’enferma dans ses bras. Les yeux de la fillette s’agrandirent d’incompréhension.

— C’est un chien errant, il est dégoûtant, il a peut-être des maladies. Tu ne dois jamais toucher un chien inconnu. Ils sont méchants. Kévin ! Kévin ! Viens vite !

De grosses larmes débordaient des yeux de l’enfant. Elle commençait à hoqueter.

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a encore ?

— Là, le chien !

L’homme en bermuda et polo jaunes fit signe à sa femme de dégager le terrain.

— Bouge-toi de là, je m’occupe de lui.

Cindy se mit à pleurer, emportée dans les bras de sa mère, comme un paquet de linge sale. Cette dernière manqua de se fouler la cheville en fuyant.

L’homme se pencha et ramassa un galet dans sa main épaisse.

Il le soupesa un instant et, ajustant son tir, le balança vers l’animal. Le chien ne broncha pas. Il les regardait s’agiter, immobile. Il n’avait plus faim, il ne connaissait pas ces gens, il n’avait pas peur. Pourquoi avaient-ils peur, eux ? Leur sueur piquante agressait ses narines.

Le galet tomba à plus d’un mètre de lui.

— Casse-toi, sale clébard !

La gamine hurlait et la mère cachait sa tête dans sa poitrine. L’homme jeta un autre galet.

Il percuta le couvercle de la poubelle. Le bruit métallique, sec et profond, tira l’animal de sa passivité. Les oreilles vers l’arrière, la queue basse, il fila.

S’éloigner de cette odeur de peur. Au plus vite.

Le sol changea sous ses pattes. Il devint noir et âcre. Une route.

Le vrombissement du moteur d’une voiture en approche.

Il enfonça ses griffes dans le sol.

Un hurlement de pneus déchira ses tympans.

4

Les yeux perdus, debout devant sa fenêtre, Alice brossait machinalement ses cheveux blonds.

Elle avait bien fait de libérer le Chien. Oui.

Il eût été trop égoïste de sa part de le garder rien que pour elle. Les moments qu’ils avaient passés ensemble étaient des souvenirs précieux. Cela lui suffisait amplement.

Elle changea la brosse de main et continua de démêler ses cheveux. Il n’y avait pas la moindre trace de sourire sur son visage pâle.

Elle se demandait même si elle serait encore capable de sourire, de sourire vraiment, sans y penser, face aux gens qu’elle connaissait. Elle n’avait plus la force de faire semblant, de tricher, de composer une mine joyeuse pour éviter les questions.

Le Chien lui avait permis de tenir. Elle avait déversé tout son mal de vivre sur lui. Il avait été une oreille attentive, un corps à étreindre, un confident, un partenaire de jeu, un… ami ?

— Tu as bien fait, murmura-t-elle.

On n’enferme pas les gens contre leur volonté. Ni les chiens.

Jouer avec lui, le sortir de sa cage, même de manière temporaire, lui avait fait d’autant plus de bien qu’elle avait transgressé un interdit. Elle n’avait pas le droit de sortir de chez elle. Trop dangereux, à l’extérieur. Elle se demandait parfois si elle n’était pas contagieuse.

Un nœud bloqua sa brosse dans ses cheveux. Elle tira un peu plus fort. La douleur la fit grimacer.

Où était-il ? Pensait-il à elle, à l’occasion ? Mangeait-il à sa faim ?

Lorsqu’elle avait ouvert la porte, il s’était échappé aussitôt, sans un regard en arrière. Elle n’avait pu s’empêcher de se sentir trahie. Le cœur lourd, elle était remontée dans sa chambre, en silence, pour se camoufler sous les couvertures et mordre son poing de désespoir.

Devant ses yeux s’étalait la garrigue, vaste, aux reflets ondoyants, amas de broussailles odorantes, où perçaient çà et là quelques chênes verts, sur un sol calcaire d’une blancheur électrique. C’était tout ce qu’elle voyait de la fenêtre de sa chambre. Pas la moindre maison. Pas le moindre signe de civilisation.

Oui, le chien avait pu se cacher n’importe où. Il se devait d’être en vie. Il était son unique espoir.

Le nœud refusait de se défaire. Elle enroula la mèche autour de ses doigts.

— Tu as bien fait, répéta-t-elle.

Les larmes roulèrent sur ses joues, elle serra les dents et d’un coup sec arracha la mèche rebelle. Ses cheveux retomberaient un jour de toute façon.

Elle entendit le plancher craquer dans son dos.

Sans réfléchir, elle retourna dans son lit, sous les couvertures, sa brosse serrée contre elle, le cœur battant. Elle frotta rapidement sa joue contre l’oreiller pour essuyer ses larmes.

La porte de sa chambre s’ouvrit. Elle guettait le son de ses pas qui contournaient son lit. Il s’approchait de la fenêtre.

L’obscurité.

Il avait fermé les volets.

Personne ne devait savoir qu’elle existait.

Puis les pas sur le parquet s’approchèrent lentement de son lit. Toujours le même rituel.

Elle se força à clore les yeux sans se crisper, à respirer profondément et régulièrement, comme une personne endormie.

Elle sentit d’abord son souffle dans son cou puis la pression de ses lèvres sur sa joue. Le baiser laissa sur place une mince pellicule humide et fraîche. Elle devait se retenir de ne pas hurler, de ne pas essuyer sa joue souillée.

Alice sentit un index glisser dans ses cheveux et remettre une mèche blonde derrière son oreille.

— Fais de beaux rêves, ma chérie, murmura-t-il.

Ne pas bouger, ne pas montrer qu’elle était réveillée, ne pas se débattre, ne pas crier.

Elle savait qu’il resterait encore de longues minutes à l’observer dormir.

Alors, comme à chaque fois, elle pensa à son chien. Sa manière de poser ses pattes sur ses cuisses lorsqu’elle s’accroupissait devant lui, sa manie de lui lécher les oreilles pour l’accueillir. Il lui avait montré tout de suite beaucoup d’affection sans rien réclamer en retour. Elle avait joué de longues heures avec lui, en plein milieu de la nuit, avec une simple boulette de papier qu’elle envoyait rebondir contre le mur. Elle lui avait même appris des tours. Assis, couché, au pied, roulade ! Avec lui, elle s’amusait et se détendait. Vraiment.

Les pas s’éloignèrent.

La porte de sa chambre se referma enfin.

Elle ouvrit les yeux et souffla.

Dans son dos, elle entendit le cliquetis métallique de la serrure que l’on venait de verrouiller.

5

On l’avait couché à l’intérieur d’un véhicule. Il sentait les vibrations sous ses pattes. À ses côtés, la mauvaise odeur du mauvais homme. Il la connaissait bien, il l’avait côtoyée quotidiennement ces dernières semaines.

L’animal ferma les yeux. On l’emporterait. Loin. Très loin de son ancienne vie. C’était parfait. Il se laissait bercer par les mouvements apaisants de la voiture dans les virages, mais il se tenait prêt.

Un arrêt. Ses narines s’agitèrent un instant.

Rien.

Pas le moindre filet d’air frais. Aucun bruit suspect.

L’homme à ses côtés était stressé.

Ce n’était rien comparé au choc qu’il avait subi. Voir cette masse énorme foncer sur lui et déraper vers lui dans un hurlement de caoutchouc brûlé l’avait terrorisé. Fini. Tout était fini.

Et puis, rien. Le véhicule s’était arrêté à temps. Alors, il avait joué au mort. Il s’était laissé porter, palper, secouer.

Un dernier virage.

L’homme coupa le moteur.

Le claquement des portières et là, enfin, un nouveau parfum, celui du monde extérieur.

Il ouvrit les yeux et se précipita à l’air libre.

— Hé ! Où tu pars ? On va chez le véto, là !

Il détala. Ses griffes n’arrivaient pas à s’enfoncer dans le goudron chaud et vaguement collant. Il n’aimait pas cette sensation.

Partout des cris, un vacarme insupportable. La ville.

La fumée des pots d’échappement rendait sa respiration laborieuse, la chaleur environnante lui donnait soif et il ne voyait pas le moindre point d’eau à l’horizon.

Il était très loin de toutes les stimulations qui l’avaient accompagné la nuit de son grand départ.

À gauche, à droite, les sons des véhicules rebondissaient contre les murs de la ruelle qu’il venait d’emprunter. Pas le moindre brin d’herbe, mais des jambes qui s’écartaient sur son passage, velues ou nues, fines ou solides, avec des nuages odorants autour des pieds.

Il entendait des voix aussi. Des voix douces, légèrement aiguës, attendries. Des voix aux mêmes tons que ceux de la fille quand elle lui parlait. Il ne voulait pas céder, il lui fallait avancer. Coûte que coûte.

Bientôt, son corps ne tint plus. Le repas qu’il avait ingurgité pesait sur son estomac.

Il devait se calmer. Il n’avait pas d’autre choix.

Ses narines palpitèrent.

Là. Oui, dans cette direction.

La fraîcheur de l’eau qui coule. Il n’avait pas bu depuis la veille et là, devant ses yeux, il découvrit une fontaine, comme celle de son ancienne cage, mais beaucoup plus grande. Tout autour, des petits jets arrosaient le sol.

Il se précipita dessous. La fraîcheur le revigora, lui redonna de l’énergie. Il ouvrit la gueule pour mordre les jets d’eau, il se coucha et plaqua son ventre sur le sol glacé. Insouciant, à nouveau, l’espace de quelques minutes. Quand il perçut que des gens s’arrêtaient pour l’observer, il cessa aussitôt son manège et s’éloigna sans perdre de temps.

Cette journée s’annonçait sous les meilleurs auspices. Des gens mangeaient. Partout. Il s’ébroua et approcha discrètement, la tête basse. Il déglutit, la gueule pleine de salive. L’odeur de gras était à peine supportable, son estomac se tordait encore de douleur. Ses yeux scrutaient le sol. Rien de rien. Il tenterait sa chance plus tard…

À quelques centaines de mètres de là, il vit son premier arbre depuis bien trop longtemps à son goût. Ses racines soulevaient le goudron. Dans les craquelures, quelques pissenlits réussissaient à subsister. Il alla saluer un arbre en urinant dessus. Ce n’était pas le seul. Il y en avait une vingtaine, plantés bien droit, alignés, dans leur petit cercle de terre brune. Un peu plus loin, il vit même mieux : de l’herbe !

Partout, des hommes. Ils se déplaçaient seuls ou par groupe. Des grands, des petits, des jeunes, des vieux. Ils se retournaient sur son passage, mais rien de dangereux, non. Certains ne prêtaient même pas attention à lui.

Là, en face, un autre chien. Isolé, au milieu de la pelouse.

De sa taille. Une femelle. Il lui tourna autour en remuant la queue. Présentation.

Dans les effluves qu’elle lui renvoyait, il détectait toujours la présence d’humains mais aussi des senteurs inconnues, qui n’étaient pas naturelles.

Il s’arrêta et s’assit.

L’autre le regardait toujours.

Tentative de contact. Il tendit une patte en avant et lui tapota l’oreille.

Aucune réaction.

Il aboya.

Elle rabattit ses oreilles vers l’arrière et commença à s’en aller.

Il couina et lui coupa la route. Pas déjà. Non.

— Cerise ! Viens ici ! Allez ! Au pied.

Elle jappa et courut ventre à terre pour rejoindre ses maitres. Ils l’accueillirent à bras ouverts et la soulevèrent du sol.

Il souffla. Lui aussi avait connu cela. Avec la fille.

La nuit commençait à tomber.

Ce jardin public regorgeait de bosquets et de buissons. Il pouvait se cacher à loisir.

C’était ce qu’il lui fallait.

Tous les hommes n’étaient pas aussi gentils que la fille.

Un prédateur redoutable était sur ses traces.

6

Huit heures du matin et son fils n’était pas rentré.

Le pire est qu’il ne s’en serait jamais aperçu si l’hôpital ne l’avait pas appelé pour une urgence. À croire que personne ne pouvait se passer de lui. Bref. Il en avait profité pour passer chez lui et faire une lessive. Du moins, c’est ce qu’il pensait. Il n’avait pas prévu que son fils ne serait pas là pour s’en charger.

Lorsque la sonnerie retentit, Paul Andrieux sursauta et, maladroitement, sortit son téléphone de la poche de sa veste. Aucun message. Dommage.

Bien sûr, il le laissait seul la plupart du temps. À vingt ans, Rémi pouvait largement prendre soin de lui. C’était un garçon sérieux, responsable, qui avait la tête sur les épaules. Paul ne comprenait même pas pourquoi il n’était pas là.

La même sonnerie, à nouveau. Il se leva et se dirigea vers le petit meuble situé dans l’entrée de la maison. Son fils avait oublié son téléphone portable. Tête en l’air. Brillant, mais tête en l’air. Il le prit et lut :

« Comme promis, je t’écris. J’ai passé une super soirée. »

Paul haussa les sourcils.

Tiens, tiens, Rémi se dévergonderait-il ? Oui, c’était les grandes vacances pour lui. Il les avait largement méritées, sortant major de sa promotion.

Le téléphone sonna à nouveau.

« Et le baiser ne fut pas mal non plus ! »

Il sourit. Cela le rassurait finalement. Son fils n’avait jamais mentionné de petite amie, il éludait toujours la question quand on abordait le sujet. Rémi était donc un garçon comme les autres et cela ne l’empêchait pas de réussir ses études. Une bouffée de fierté s’épanouit en lui. Il allait bien le faire marcher quand il rentrerait !

Encore une sonnerie.

Paul commençait à être gêné. Il pouvait le taquiner sur le sujet, mais là, il commençait à avoir le sentiment de violer sa vie privée.

Il allait reposer le téléphone. Mais il vit, sur l’écran, un mot qui attira son attention. « Bastien. »

Il faillit laisser tomber l’appareil à même le sol.

« Au fait, c’est Bastien ! : p »

Paul lut les messages encore et encore.

Impossible.

Pas son fils.

Pas Rémi.

Jamais.

Il devait s’agir d’une plaisanterie entre potes. Cela se faisait souvent. Lui-même, en fac de médecine, avait eu droit à un sacré bizutage. Il avait même essayé des trucs… qu’il préférait oublier…

Il relisait le message sans cesse.

Non. Le ton était différent. C’était davantage un message de premier rendez-vous. Il devait en avoir le cœur net.

Il laissa le téléphone et monta l’escalier quatre à quatre. La chambre de son fils était immaculée. Le lit était fait. Son bureau, rangé. Rien ne dépassait. Justement, c’était suspect.

Il était temps de passer à l’action.

Paul, les dents serrées, regarda sous le lit. Rien. Il souleva le matelas, le porta à bout de bras, le retourna d’un geste vif et le plaqua contre le mur. Rien.

Sur le bureau, l’ordinateur portable de son fils. Il l’ouvrit et l’alluma.

Il essuya ses lèvres sèches du revers de la main. La machine prenait trop de temps. Il sortit les tiroirs et les vida. Des stylos, des fiches bristol, des trombones, des rouleaux de ruban adhésif s’éparpillèrent à ses pieds. Rien.