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Lorsqu'il arrive à Cannes pour déjeuner avec la femme qu'il a rencontrée sur Internet, Michael, tout juste trente ans, ne se doute pas que sa vie s'apprête à basculer...Et si cette rencontre n'était pas intervenue tout à fait par hasard ? Va-t-il enfin percer le mystère de cette marque en forme de triangle qu'il possède dans la nuque depuis sa naissance ? Dans une course effrénée contre la montre, il ne va pas tarder à comprendre que sa destinée intéresse des sociétés secrètes, prêtes à tout pour s'en emparer. A lui de trouver son camp... Mais comment savoir qui est du bon ou du mauvais côté ? « Le scénario ferait le bonheur d'un cinéaste, tant l'imaginaire est puissant, fertile en rebondissements, faisant la part au romantisme comme à la scène d'action la plus réaliste, avec un goût pour le suspense délicieusement maitrisé. »
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Seitenzahl: 222
Veröffentlichungsjahr: 2019
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un livre de Régis LAGAUTRIERE
Pour Isabelle
Chapitre 1 : GARE DE CANNES, LE VENDREDI 10 JUIN 2007 17h58
Chapitre 2 : CANNES LA CROISETTE, LE VENDREDI 10 JUIN 2007, 18h21
Chapitre 3 : CASINO CROISETTE DE CANNES, LE VENDREDI 10 JUIN 2007, 21h43
Chapitre 4 : VIEUX PORT DE CANNES, LE SAMEDI 11 JUIN 2007, 1h43
Chapitre 5 : RUES DE CANNES LE SAMEDI 11 JUIN 2007, 2h31
Chapitre 6 : CENTRE-VILLE DE ROME LE DIMANCHE 12 JUIN 2007, 12h27
Chapitre 7 : PIZZERIA « L'ITALIA » A ROME LE DIMANCHE 12 JUIN 2007, 20h14
Chapitre 8 : HOTEL SANTA LUCIA A ROME LE LUNDI 13 JUIN 2007, 09h30
Chapitre 9 : FORUM ROMAIN LE LUNDI 13 JUIN 2007, 21h32
Chapitre 10 : LIAISON JET PRIVE ROME-PARIS LE MARDI 14 JUIN 2007, 08h33
Chapitre 11 : METROPOLITAIN DE PARIS LE MARDI 14 JUIN 2007, 13h46
Chapitre 12 : QUARTIER LATIN A PARIS LE MARDI 14 JUIN 2007, 14h30
Chapitre 13 : LYCEE HENRI IV A PARIS LE MARDI 14 JUIN 2007, 15h57
Chapitre 14 : AVENUE DES CHAMPS-ELYSEES LE MARDI 14 JUIN 2007, 18h35
Chapitre 15 : HOTEL WESTHILTON LE MERCREDI 15 JUIN 2007, 23h12
Chapitre 16 : CHAMBRE N°417 - HOTEL WESTHILTON LE MERCREDI 15 JUIN 2007, 7h45
Chapitre 17 : QUATRIEME ETAGE - HOTEL WESTHILTON LE MERCREDI 15 JUIN 2007, 8h35
Chapitre 18 : BATEAU MOUCHE - SUR LA SEINE LE MERCREDI 15 JUIN 2007, 12h47
Chapitre 19 : QUARTIER LATIN LE MERCREDI 15 JUIN 2007, 14h15
Chapitre 20 : NEW YORK – AEROPORT J-F KENNEDY LE JEUDI 16 JUIN 2007, 09h02 -heure locale-
Chapitre 21 : NEW YORK – QUARTIER DE MANHATTAN LE JEUDI 16 JUIN 2007, 12h15 -heure locale-
Chapitre 22 : NEW YORK – QUARTIER DE MANHATTAN LE JEUDI 16 JUIN 2007, 14h29 -heure locale-
Chapitre 23 : NEW YORK – QUARTIER DE MANHATTAN LE JEUDI 16 JUIN 2007, 15h13 -heure locale-
Chapitre 24 : NEW-YORK – GROUND ZERO LE JEUDI 16 JUIN 2007, 17h30 -heure locale-
Chapitre 25 : HELICOPTERE AU DESSUS DE NEW-YORK LE JEUDI 16 JUIN 2007, 19h04 -heure locale-
Chapitre 26 : VILLA DE JOHN TUDOR LE VENDREDI 17 JUIN 2007, 07h17 -heure locale-
Chapitre 27 : AERODROME AU SUD DE PARIS LE VENDREDI 17 JUIN 2007, 20h05
Chapitre 28 : PARIS – CAVE SOUTERRAINE LE VENDREDI 17 JUIN 2007, 23h33
Chapitre 29 : PARIS – JARDIN DES TUILERIES LE SAMEDI 18 JUIN 2007, 09h27
Chapitre 30 : PARIS – QUARTIER DE LA DEFENSE LE SAMEDI 18 JUIN 2007, 10h12
Chapitre 31 : PARIS – ASCENSEUR PANORAMIQUE n°1 DE LA GRANDE ARCHE DE LA DEFENSE LE SAMEDI 18 JUIN 2007, 10h31
Chapitre 32 : PARIS – DERNIER ETAGE DE LA GRANDE ARCHE LE SAMEDI 18 JUIN 2007, 10h33
Dans un crissement métallique, le train ralentit sur les derniers mètres avant de s’immobiliser complètement. « Mesdames et Messieurs, nous sommes arrivés en gare de Cannes, destination de notre train. Nous espérons que vous avez fait un agréable voyage et nous nous excusons pour le léger retard. Veuillez descendre sur le quai s’il vous plaît ». Le haut-parleur s’interrompit dans un grésillement désagréable et les portes du train ne tardèrent pas à s’ouvrir.
« Puis-je vous aider Mademoiselle ? » La jeune femme n’était pas mécontente qu’un séduisant garçon lui propose de descendre sa lourde valise du range-bagages au dessus des sièges. Elle lui fit un sourire en remerciement et ils patientèrent quelques instants, l’un derrière l’autre, dans la file qui avançait nonchalamment, rythmée des balancements uniformes des bras lestés par les valises, telle une chenille qui aurait du mal à coordonner tous ses membres.
Le jeune homme galant, c’était Michael. A peine trente ans. C’était la première fois qu’il venait à Cannes. A vrai dire, c’était la première fois également qu’il se rendait à un rendez-vous galant suite à une rencontre faite sur Internet. Il était allé sur ce forum de discussion un peu par hasard. C’était du moins ce qu’il avait dit à ses amis de Bourges. Puis cette jeune femme l'avait séduit avec une certaine retenue, qui n’avait pas suffi à dissimuler son envie d’aller un peu plus loin que de simples échanges dactylographiés. Il l’avait trouvée intéressante, sympathique, et en plus, elle partageait la même passion que lui pour les belles voitures. Maintenant qu’il posait le pied sur le quai, il se demandait comment il pourrait au mieux aborder Fanny, cette mystérieuse internaute de vingt sept ans. C’est vrai qu’ils s’étaient déjà un peu découverts sur le Net, et Michael n’avait pas été insensible à la photo que la jeune femme lui avait envoyée. Mais le mystère restait quand même entier tant qu’une rencontre physique ne s’était pas réalisée. Il n’avait même pas encore entendu le son de sa voix, puisqu’ils avaient fixé leur rendez-vous par Internet. Un rendez-vous. Cela faisait longtemps que Michael n’y avait pas songé. Il avait passé ces dernières années à travailler dans le Muséum d’Histoire Naturelle de Bourges, pendant qu’il préparait le concours de conservateur. Il n'aurait les résultats que dans quelques jours maintenant, et il avait décidé de faire avancer sa vie dans tous les domaines. Alors, ce rendez-vous qui arrivait si soudainement… peut-être un signe du destin…
Pris dans ses pensées, Michael s’était laissé entraîner par le flot humain dans le hall de la gare. Il regarda la pendule qui surplombait le kiosque à journaux : 18h07. Fanny lui avait donné comme point de rencontre la terrasse du café « La Voile Provençale » sur le Vieux port, qui était, d’après elle, l’un des plus agréables sites de la ville. Elle devait savoir ce qu’elle disait. Après tout, cela faisait presque dix ans qu’elle était dans la région, d’abord pour ses études de lettres, puis en tant qu’assistante bibliothécaire à la médiathèque. Elle aimait énormément cette ville et elle s’était montrée impatiente de la faire découvrir à Michael.
Celui-ci s’avançait maintenant vers la sortie indiquée par un panneau « TAXI ». En fait, il n’avait pas besoin d’un taxi. Il avait loué une voiture pour deux jours dans une agence de Cannes pour faire une surprise à Fanny : un BM Z4, superbe coupé décapotable doté d’un moteur terriblement efficace. Vu leur passion partagée pour les belles voitures, il était sûr de faire impression. Le magnifique engin était là, sur une place de taxi, comme prévu, avec un homme au volant, qui patientait en lisant le Midi Libre, la portière ouverte.
- Bonjour Monsieur, Michael Bertrand, c’est moi qui…
- Bonjour Monsieur Bertrand, bienvenue sur la Côte !, lança l’homme de l’agence, repliant son journal en deux et sortant de la voiture, le cigare à la main. Voici la bête : 230cv sous le capot. Faudra faire attention de ne pas vous envoler ! Elle est chouette, hein ?
- Elle est magnifique ! C’est l'une de mes voitures préférées.
- Ah ça, c’est sûr qu’elle fait sensation. Bon, venons-en aux choses sérieuses. Il déplia un carnet de bons de commande, duquel il sortit un contrat. Je vais vous demander une petite signature sur ce document. Je vous rappelle les clauses principales, en dehors du prix que vous connaissez bien sûr : utilisation sur Cannes et un périmètre de cent kilomètres autour, sur un week-end, avec un maximum de cinq cent kilomètres, le plein doit être refait au retour du véhicule à ce même emplacement, et je dois vous demander le paiement de six cents euros ainsi qu’un chèque de caution de dix mille euros.
- Tout correspond, répondit Michael en sortant son chéquier de la poche arrière de son pantalon.
Après la réalisation des différentes formalités, Michael s’installa au volant de la BM. L’agent de location lui expliqua les subtilités des différentes commandes, le fonctionnement du GPS, et lui répéta une bonne dizaine de fois des précautions de conduite. « Laissez vous pas aller, mais profitez en quand même. Allez, je rentre à l’agence à pied. J’adore le soleil de juin. A dimanche soir ! »
Michael fit légèrement vrombir le moteur sourd du coupé sport, prit une grande inspiration, enclencha la première, et s’élança dans les rues de Cannes.
Le dos appuyé contre le mur de la gare, un grand gars de couleur, de type antillais, baissa la tête sur sa longue veste noire, approchant un briquet de la cigarette qu’il venait de déposer entre ses lèvres. La flamme se refléta dans ses lunettes de soleil avant de laisser place à une dense fumée bleutée. « Il est sorti du parking en coupé Z4 », murmura-t-il secrètement en laissant la tête légèrement baissée sur sa veste ouverte. « C’est bon, on le file », répondit une voix dans son oreillette parfaitement dissimulée. « Tu as vu un Cavalier dans le coin ? », continua la voix. « Non », répondit le grand black, « mais je sais qu’ils sont là, je les sens ». « Traîne pas ici alors ! ».
La Gare n’était pas très loin du point de rendez-vous, alors Michael décida de s’engager sur la Croisette, afin de profiter des ces quelques minutes. Capote repliée, cheveux au vent, lunettes de soleil, cadre magnifique… au volant d’une Z4. « C’est le pied », se dit Michael. « Je sens que ces deux prochains jours vont être plein de surprises ». En passant devant le Carlton, un peu distrait, il freina juste à temps pour laisser passer des piétons qui traversaient la voie. « Regarde devant toi un peu ! ». Michael se ressaisit et écouta les instructions de son GPS. Le café-restaurant du rendez-vous était situé sur le Vieux Port, à l’extrémité Ouest de la Croisette. Il était sûrement possible de s’arrêter sur le quai. Parti sur cette idée, Michael s’engagea dans une ruelle étroite et se trouva bientôt face à de somptueux voiliers et des yachts illuminés par le soleil. Finalement, le Z4 n’était plus si impressionnant, se dit-il. Mais à peine ironisait-il sur son choix, qu’il vit un véhicule quitter devant lui son emplacement. « Ah, quand je disais que c’était un jour de chance ». Il prit immédiatement la place, qui semblait en fait réservée aux utilisateurs du Vieux Port. Mais bon, au moins, il pourrait garder un œil dessus. Il tenait à récupérer sa caution de dix mille euros.
Refermant la portière derrière lui, Michael étudia le lieu avec un regard circulaire. Fanny avait raison, le coin était vraiment agréable. Cette petite baie portuaire avait conservé son charme d’antan, tout en étant devenue un quartier chic et vivant, avec une multitude de terrasses et restaurants sur toute la partie ouest, et le palais des festivals et des congrès, avec le casino Croisette Lucien Barrière, en face, sur la partie Est du Port. Michael arpenta le quai afin de trouver la terrasse du café « La voile provençale » et vit rapidement une jeune femme lui faire signe. C’était Fanny. Apparemment aussi jolie que sur la photo qu’elle lui avait envoyée. Elle se leva pour lui faire la bise quand il arriva à la table.
- Bonjour, alors tu n’as pas eu trop de mal à trouver, j’espère ?
- Ah non, comme tu peux le voir, je suis même arrivé un peu en avance. Mais comme tu es déjà là, c’est tant mieux »
- Vas-y, assieds-toi, je n’ai encore rien commandé. Alors, toi qui n’es jamais venu à Cannes, ça te plaît ?
- Magnifique ! Honnêtement, je pensais que l’image de la ville était un peu surfaite, avec le Festival et tout ça. Mais là, je suis agréablement surpris.
- Et bien tu vois, le bâtiment juste en face, de l’autre côté du port, c’est le Palais des Festivals. Et juste à côté, c’est le casino Croisette Lucien Barrière.
- J’ai même vu le Carlton en roulant sur la Croisette.
- Impressionnant, hein ? Et tu sais ce que représentent les dômes de cet hôtel ?
- Alors là, aucune idée.
- Et bien, pour la petite histoire, l'architecte Charles Dalmas aurait édifié ces deux tourelles en hommage aux seins de la Belle Otero, illustre chanteuse et danseuse de cabaret de la Belle Epoque. La pauvre a fini sa vie à Nice, ruinée par sa passion des Casinos.
- Ah ! On sent bien la bibliothécaire qui s’intéresse à sa ville.
- Mais parlons un peu de toi, reprit Fanny avec une expression soulignant sa curiosité. Tu m’as dit que tu devais venir en train. Finalement, tu as opté pour la voiture ?
- Non, en fait, je suis bien venu en train, mais je voulais te faire une petite surprise, alors j’ai loué un coupé BM Z4 pour le week-end.
- Ouah ! Géant ! Tu fais très fort dis donc pour une première rencontre.
Michael s’attendait à une réaction comme celle-là de la part de Fanny et était content de son coup. C’était vraiment le type de fille qui lui plaisait, mais qu’il n’aurait jamais osé aborder dans la rue. Silhouette élancée, des formes exquises tout juste dissimulées par une robe légère, de beaux cheveux noirs, longs et frisés sur un teint mat illuminé par deux grands yeux verts. « C’était un peu le genre brésilienne », se dit le jeune homme. Michael était plutôt rassuré. Elle avait l’air vraiment heureuse de le voir et n’avait montré aucun signe de déception. Il savait bien que, généralement, les femmes ne lui refusaient pas un sourire, mais il n’avait pas une grande confiance en lui pour autant. Grand, brun, les yeux marron, il pensait qu’il n’avait rien de vraiment exceptionnel. C’est vrai que sa pratique régulière de la natation lui offrait une ligne de sportif accompli, mais il préférait miser sur le dialogue et les échanges pour développer sa technique de charme. En fait, ce n’était pas un grand dragueur expérimenté, et un rendez-vous si rapide avec une inconnue, c’était incontestablement une première dans sa maigre vie sentimentale.
Après avoir commandé de quoi se rafraîchir, la discussion continua entre les deux complices au jeu de la séduction, et chacun semblait prendre un grand plaisir à découvrir l’autre. Les études, les passions partagées ou non, les pays visités, les villes de France où ils avaient tous les deux séjourné… Les points communs se déroulaient entre eux comme les vagues sur la mer.
Sur la terrasse du café d’à côté, séparé d’un bac envahi de bambous, son casque de moto posé sur la table, Justin portait à ses lèvres son deuxième demi de Despé. De larges lunettes de soleil posées sur le nez, un bandana noir autour du cou et un blouson en cuir encore sur le dos, il était assis de manière à parfaitement suivre les faits et gestes des deux tourtereaux.
- Alors, est-ce que tu as pu voir si c’est bien lui ?, lui souffla la voix d’une jeune femme à l’oreillette.
- Non, rien pour l’instant.
- Et tu n’entends toujours rien ?
- Non, je suis trop loin. Mais bon, ils ont l’air de s’échanger les banalités ordinaires avec des sourires niais toutes les trente secondes.
- Bonjour le romantisme, t’es vraiment un handicapé de l’amour toi !
- Il y a des expériences qui vous font croire que le romantisme n’est qu’un gadget, voire un piège.
- Et alors, il y tombe dans le piège, notre flambeur en Z4 ?
- A fond… Bon, fin de la conversation jusqu’à nouvel ordre, ma pizza mexicaine arrive !
- OK, reste éveillé. On n’est pas loin.
Michael et Fanny aussi avaient prolongé leur présence en terrasse par la commande d’un repas pour leur premier tête à tête. Le soleil commençait à descendre vers la mer, mais ses rayons encore chauds illuminaient le visage de Fanny, qui avait définitivement conquis le cœur de son chevalier servant.
- Tu es déjà allé au casino ?, lança-t-elle alors qu’ils dégustaient chacun une glace aux parfums des îles.
- Non, je n’ai jamais eu l’occasion, je t’avouerais. Et puis, j’ai une confiance très limitée dans ma chance. Je préfère les jeux où je peux moi-même agir sur le résultat.
- Tu dis çà parce que tu n’as jamais essayé, mais je suis sûre que tu te laisserais rapidement prendre au jeu. Allez, ce soir je te propose ton baptême du jeu de hasard au casino Barrière. Ne t’inquiète pas, on se fixe une somme au départ, genre cinquante euros chacun, et on regarde à la fin de la soirée qui a gagné le plus.
- Tu es optimiste. Je dirais plutôt qui a perdu le moins. Mais bon, j’aime bien découvrir de nouvelles choses, et comme c’est un jour spécial, je vais miser sur ma bonne étoile ce soir. Alors c’est OK pour moi pour cinquante euros !
En jeune homme galant qu’il était, Michael demanda l’addition, qu’il honora directement à la caisse du café-restaurant en présentant sa carte bleue. Pendant ce temps, Fanny s’était rendue aux toilettes afin de se refaire une beauté. Michael avait le cœur léger et le sentiment d’une magie qui s’était installée entre eux. De son côté, Justin avait repris la discussion, par oreillettes et micros interposés :
- Ils sont sur le point de quitter le restau. Il était temps, j’en suis à mon 3ème café ! Je vais être un peu nerveux sur la poignée des gaz !
- Surtout, tu ne les lâches pas d’une semelle.
- Je vais aller vers ma moto, prêt à démarrer.
- OK, on reste en contact.
Justin avait garé sa moto juste devant la terrasse. Il se mit devant, le regard posé vers les bateaux du port, mais avec l’entrée du restaurant en ligne de mire du rétroviseur de sa Yamaha R6. Il vit le couple sortir et passer juste à côté de lui. « Il faudra vraiment que tu m’expliques les règles, parce que je ne sais même pas jouer à la roulette, je t’aurais prévenue ».
- Ils vont au casino, murmura Justin dès qu’ils furent à une distance raisonnable. Je pense que quelqu’un doit prendre la relève.
- Tu as raison, c’est trop risqué pour toi. Non seulement tu n’as pas la tenue adéquate, mais en plus, tu risques de paraître suspect s’il y a des Cavaliers dans le secteur. Je propose Steve. Il a déjà vu Michael à la gare et il est mieux sapé pour l’occasion.
- Oui, je suis de cet avis, répondit Steve dans les oreillettes. Je suis content que quelqu’un le remarque enfin !
- Tu me fais marrer ! On va te prendre pour le videur, ouai !, répondit Justin.
- Arrêtez de vous chamailler sans arrêt, intervint Tina. Allez, on y va !
Michael et Fanny longeaient l’enfilade de yachts et voiliers amarrés dans le port, baigné dans la douceur des éclairages jaunes des candélabres, mais aussi de la lueur particulière de la pleine lune. Le clapotis des petites vagues, qui venaient lécher le quai, et le balancement nonchalant des bateaux maintenus par leurs cordages, créaient l'une de ces ambiances qui rendent le cœur léger et l’esprit libéré de tout souci du quotidien. Michael se disait que Fanny avait vraiment bien choisi le lieu de leur rencontre. Devant l’entrée du casino, un défilé de voitures de luxe et de taxis, pas moins clinquants d’ailleurs, apportait son lot de jeunes femmes en tenues de soirées pimpantes, et d’hommes avec une assurance distinguée.
- Tu sais, indiqua doucement Michael à Fanny, je crois que je vais un peu détonner au milieu de tout çà. Ce n’est pas trop mon monde à vrai dire…
- Rassure-toi, ce n’est pas le mien non plus, et c’est çà qui est exaltant. Regarde bien tous ces habitués : ils n’ont plus aucune excitation à venir ici. Ils sont soit drogués par le jeu, soit ils viennent ici pour parader ou pour soigner les apparences, pour retrouver des amis à qui ils ont donné rendez-vous… Ce sont des habitués, et crois moi, l’habitude, il n’y a rien de tel pour assombrir la vie. Moi, ce que je veux t’apporter ce soir, ce sont des surprises ! Elle lui jeta un de ces airs malicieux et complices qui redonnent aux hommes toute la confiance et l’assurance qu’ils ressentent après avoir regardé un bon James Bond.
- Vu sous cet angle, ce serait incorrect de ne pas se laisser surprendre, sourit-il en retour.
Agents de sécurité à l’entrée, vestiaire tenu par de charmantes hôtesses, de l’argent contre des jetons agréables à manipuler, échangés par une femme ravissante en tenue de gala. Et voilà notre jeune historien plongé dans l’univers du jeu, au bras de celle qui ne faisait que le noyer davantage dans un nuage de bonheur auquel il s’était préparé, mais sans vraiment y croire. L’ambiance était vraiment unique : de somptueuses tables de jeu en bois avec des tapis de feutrine, sur lesquelles se penchaient les mains alternant entre les jetons et les cigares. Autour des tables défilait un balai incessant de robes de soirée aux décolletés insolents, parés de colliers de perles et autres pierres scintillantes. Mais en y regardant de plus prêt, on pouvait également observer de nombreux groupes d’amis, des touristes, des jeunes couples, qui venaient ici pour un soir afin de passer un bon moment, et qui riaient aux éclats devant les péripéties de l’un ou de l’autre. Les « jackpots » des machines à sous rythmaient la soirée et rappelaient que les gérants du casino ne seraient pas les seuls à gagner de l’argent cette nuit. Finalement, Michael se laissa rapidement emporter par l’ambiance et, après quelques parties de bandit manchot où Fanny fut plus en veine que lui, ils tentèrent quelques parties de Black Jack, ce qui permit à Michael de se refaire une santé financière.
- Et bien dis donc, pour une personne qui n’a jamais fréquenté les salles de jeux, tu lis une fois la règle et tu gagnes deux manches de suite ! Bravo l’artiste !
- Je t’avoue que j’aime bien le Black Jack. Il n’y a pas que le hasard qui entre en jeu…
- Ah !, Monsieur est un stratège, il a besoin de faire travailler ses méninges !
- Disons que je n’aime pas laisser le hasard décider de ma vie. Je préfère être acteur plutôt que spectateur de ce qui m’arrive. Pas toi ?
- Si, bien sûr. Mais de temps en temps, je trouve agréable de se laisser guider par le destin. D’ailleurs, on va aller à la roulette maintenant. Tu vas voir que l’on peut également se prendre au jeu du hasard.
- D’accord, tu places les mises en premier, je voudrais voir comment tu te débrouilles.
- Mais pas de problème, tu vas voir ce que tu vas voir !
Ils se dirigèrent vers la roulette, star incontestée de la soirée où se pressaient autant les habitués que les joueurs d’un soir, tous cependant avec la même lueur dans les yeux, celle qui éclairait chacun de leur geste, l’espoir de gagner.
- Allez, je commence !, lança, enjouée, Fanny en s’approchant avec quelques jetons de la table de jeu. Je mise sur le 10, car nous sommes le dix juin, sur ces quatre cases là, et je place six jetons sur « passe ».
« Les jeux sont faits !». La bille entreprit une rapide escapade en sens inverse du mouvement de la roulette et finit par l’accompagner brutalement sans se stabiliser encore sur l’une des cases. « Rien ne va plus !». Bientôt, la bille s’immobilisa sur le 23, alors que la roue effectuait ses derniers tours. « 23, rouge, impair, et passe ! ».
- Et bien tu vois, ça ne commence pas si mal. J’ai au moins « passe ». Ça doit être 2 contre 1 il me semble.
Le croupier ramassa les mises à l’aide d’un T manipulé avec une adresse remarquable, et effectua la distribution des gains, en rendant douze jetons à Fanny.
- Mine de rien, j’ai gagné deux jetons sur cette manche. Allez, regarde si tu fais mieux que moi.
- On va essayer, on va essayer !, murmura Michael, qui semblait déjà bien concentré sur ses mises.
Pendant qu’il plaçait ses jetons, Fanny, déjà proche de Michael, lui mit une main sur l’épaule pour l’encourager et, dans l’élan, lui souleva délicatement les cheveux dans le creux de la nuque, en l'effleurant d'une caresse qui troubla immédiatement le jeune homme. La douce main de Fanny, en soulevant les cheveux de Michael, fit apparaître un tatouage en forme de triangle équilatéral dans la nuque, la pointe dirigée vers le haut.
Le tatouage noir n’échappa pas au regard de Fanny, dont le sourire se dessinant sur son visage croisa celui de Michael, qui, visiblement, avait été sensible à ce discret geste de tendresse. Il se mit à rougir légèrement et masqua son émotion par un « rien ne va plus !», qu’il lança à Fanny en plaisantant.
- Oh putain ! C’est lui ! C’est le Triangle ! Elle lui a soulevé les cheveux. Il n'y a plus aucun doute.
Le grand black, qui venait de parler à ses complices dans son micro dissimulé, était juste derrière le couple, à quelques mètres, comme d’autres spectateurs qui hésitaient encore à se lancer dans l’arène de la roulette.
- Bien joué Steve ! On l’a enfin !
- Façon de parler Tina, parce que pour l’instant, c’est elle qui l’a, je vous le rappelle, dit une troisième voix dans les oreillettes
- Tu as raison, Justin, répondit-elle. Tout le monde en embuscade à la sortie du casino. Steve, tu les suis de près. Carlos, tu te radines avec la « soub’ ».
- OK, princesse, compté sour moi !, répondit une voix avec un accent latino marqué.
- Et bien dis donc, à nous deux, on forme une bonne équipe. J’ai perdu mes cinquante euros, et tu en as gagné vingt !
Fanny était accrochée au bras de Michael à la sortie du casino et débordait encore d’exaltation.
- Tu veux dire que l’on forme déjà un vrai couple, risqua Michael avec un grand sourire. Je rapporte un peu d’argent à la maison, et toi, tu en dépenses encore plus !
- Bravo, belle image du couple !, lui lança-telle en lui rendant un regard complice.
C’était vraiment une nuit magnifique. Les éclairages de la ville n’ajoutaient rien à la luminosité particulière apportée par la lune, dessinant un rond de lumière parfait dans le ciel étoilé. Même à cette heure là, le Vieux Port de la Croisette était très animé. Des voix fêtardes s’échappaient des yachts, dont les ponts étaient le théâtre de soirées, où il était de bon ton de boire quelques coupes de champagne dans des tenues légères, annonçant l’arrivée imminente des grandes chaleurs de l’été. Sur la Côte, il fallait être en avance sur tout, sur la mode, mais aussi sur les saisons.
Fanny et Michael regardèrent une scène, amusés, durant laquelle un jeune homme semblait vouloir prouver qu’il pouvait se rendre à cloche pied au bout du plongeoir du yacht et en revenir, chose qu’il n’aurait sûrement pas plus réussie s’il avait été à jeun. Le jeu se termina par une chute bruyante dans l’eau, le garçon éclaboussé des sarcasmes et éclats de rire de ses compagnons de soirée.
