Le temps d'un croque - Michel Falicon - E-Book

Le temps d'un croque E-Book

Michel Falicon

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Beschreibung

L'histoire débute au Pays de Galles en 1989 au domicile de Christopher qui reçoit une enveloppe sur laquelle figurent des caractères gaéliques et cyrilliques. Mais ce n'est pas le plus surprenant, car à l' intérieur de la dite enveloppe, il trouvera un mystérieux manuscrit. Sa lecture plongera Christopher au coeur de l'Histoire, notamment un épisode peu connu de la seconde guerre mondiale, ainsi qu'une incursion au temps de la guerre froide. Et c'est bien le temps le principal protagoniste de ce roman, où l'action, l'humour et l'amour seront parties prenantes. Christopher va être confronté à son passé et découvrir qu il ne faut pas perdre de temps pour sauver son avenir.

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Veröffentlichungsjahr: 2017

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Ähnliche


A Christopher

Table des matières

C

HAPITRE

I - S

TRANGE

G

AELIC

S

IGNS

C

HAPITRE

II - A C

HRISTOPHER

C

HAPITRE

III - LA B

ARRIERE DE

R

OSS

C

HAPITRE

IV - T.K

C

HAPITRE

V - L

E

D

ESERT BLANC

C

HAPITRE

VI - L

A TEMPETE

C

HAPITRE

VII - F

IRST TIME OF A

W

ELSH

R

AREBIT

C

HAPITRE

VIII - L

’ATTAQUE

C

HAPITRE

IX - S

ECOND TIME OF A

W

ELSH

R

AREBIT

C

HAPITRE

X - T

HE FINAL COUNTDOWN

C

HAPITRE

XI - L

A PAGE BLANCHE

C

HAPITRE

XII - L

'AEROPORT

C

HAPITRE

XIII - L

'USPNE

C

HAPITRE

XIV - M

ATINEE TOASTEE

C

HAPITRE

XV - L

E COMMANDANT

L

APIN

C

HAPITRE

XVI - V

ISITE GUIDEE

C

HAPITRE

XVII - Z

A

R

ABOTOU

 !

C

HAPITRE

XVIII - C

HASSE AU

L

APIN

C

HAPITRE

XIX - L

E REPAS

C

HAPITRE

XX - R

ENCONTRES A LA BIBLIOTHEQUE

C

HAPITRE

XXI - V

ISITE INTERDITE

C

HAPITRE

XXII - B

RUITS DE COULOIR

C

HAPITRE

XXIII - U

NE MORT ATROCE

C

HAPITRE

XXIV - C

ONFESSIONS INTIMES

C

HAPITRE

XXV - U

LTIME COMBAT

C

HAPITRE

XXVI - T

ATIANA

Chapitre I - Strange Gaelic signs

Pays de Galles août 89

Rien n’est comparable à un paysage du Pays de Galles, c’est du moins ce que pense la plupart des Gallois. La couleur du ciel est comme irréelle en cette fin de journée. De petits cumulus humilis, pareils à des flocons de laine, se disputent le ciel, comme nos fameux moutons gallois se disputent nos vertes prairies de la belle Llangollen, dans le Denbighshire.

Justement, j’entends au loin les brebis à tête noire du vieux Griffiths qui regagnent leur enclos. Je peux presque apercevoir Jasper Griffiths roulant sa énième cigarette dont le tabac quand il est expulsé sous forme de petites volutes de fumée opaque, ressemble à celui de la pipe…

Encore une fois, le vieux Jasper Griffiths rouspétait après son troupeau car il avait encore dévié sur le chemin du retour. De violents coups de sonnette retentirent là-bas, derrière la butte. A l’instant même, le chien du vieux berger apparut sur la crête, aboyant comme un fou ; son maître vociféra à son encontre, en faisant de grands gestes avec ses bras squelettiques. Visiblement, Jasper Griffiths ne comprenait pas l’attitude étrange de son chien, et ce n’est qu’au bout d’une minute qu’il réalisa que ces sons métalliques ne pouvaient provenir que d’une machine : le célèbre vélo rouge de notre bon facteur Mr Wright qui, il faut bien le dire, ne supportait ni les chiens ni les brebis. Sa seule préférence allant aux bovidés.

Lorsque Wright arriva à la hauteur de Jasper, ce dernier le menaça de son poing recouvert d’un gant troué, ce qui ne troubla pas le facteur. Il se contenta simplement de lui adresser un salut protocolaire, en soulevant sa casquette de la main droite, tout en maîtrisant sa conduite de l’autre, car monsieur Wright était gaucher.

Un léger sourire se dessina aux commissures de mes lèvres, en observant ce cérémonial tant attendu, qui ne dérogeait jamais à la règle. Pourtant un détail me chagrina : j’avais l’impression que monsieur Wright pédalait plus vite que d’habitude, ce qui témoignait d’un comportement insolite, le connaissant.

Le pneu arrière crissa, projetant le gravier sur ma petite barrière en bois de pin. Dans le même temps, William Wright sauta de son vélo et fit claquer le verrou de ma clôture. A la même seconde mon carillon retentit, annonçant les cinq coups de l’heure du thé : Dong… Dong… Dong… Dong… Puis soudain le silence. Et lorsque j’ouvris, c’est là que je compris qu’il avait une heure d’avance.

« Eh bien William, que vous arrive-t-il ?

- Oui… Ben j’ai fait aussi vite que possible, lança Monsieur Wright, terriblement essoufflé.

Vous auriez dû me prévenir William, j’aurais avancé l’heure du thé.

- Non ! Vous êtes trop aimable Mr Atkins, mais je dois finir ma tournée ! Le facteur en profita pour ôter sa casquette et s’éponger le front avec le revers de sa manche.

- Alors ?…

- C’est à propos de cette grosse enveloppe… Je me suis dit que c’était pour vous… Il me tendit l’objet en question et je crus remarquer une tension inhabituelle dans sa main. Néanmoins, j’arrivai à saisir l’enveloppe entre deux tremblements.

- Merci, Mr Wright.

- J’ai vraiment pensé que c’était important. C’est surtout cette écriture bizarre, vous voyez !… C’est vrai qu’avec les collègues, on n’a pas su ce que c’était… Par contre derrière c’est du gallois ou ma main à couper !!!

- On va vous éviter d’en arriver à cette extrémité : il serait dommage que vous ne puissiez plus pédaler…

- J’ai vraiment pensé que c’était important ! »

Je regardais le pauvre homme continuant à s’éponger, au risque de noircir d’avantage les poignets de sa chemise, puis mes yeux se posèrent sur l’enveloppe, une enveloppe dont le papier kraft passablement vieilli, donnait l’impression d’avoir voyagé exagérément. Toutefois, il y avait une chose dont j’étais sûr, l’écriture mystérieuse qui avait bouleversé ce pauvre facteur, était en réalité du – russe - !!!

« Excusez-moi Mr Atkins, si cette enveloppe n’est pas pour vous, je la reprends, et on l’envoie au plus vite à la poste de Chester ! Eh oui, vous savez aujourd’hui c’est le début du « Bank Holidays 1», notre bureau ferme à cinq heures.

Je ne prêtai pas attention à cette dernière remarque, et lui rétorquai tout simplement :

- Du calme, Mr Wright, juste deux choses avant que vous ne partiez :

Tout d’abord, cette écriture étrange est tout bonnement du russe ! … et pour finir, elle ne repartira pas à Chester !

- Ah bon ?

Je souriais intérieurement en regardant l’air hébété de Mr Wright, et lui tendis un billet, en le remerciant de sa course.

- Merci encore Mr Wright, mais je ne voudrais pas vous retarder dans la suite de votre tournée.

- Y a pas d’mal, Mr Atkins, content d’avoir pu vous rendre service ! »

Je lui fis un petit geste de la main, alors qu’il avait déjà enfourché son vélo, et allai refermer la porte, quant à cet instant précis l’homme m’interpella d’une voix tonnante :

Au fait, Mr Atkins, n’oubliez pas le dos de l’enveloppe, c’est du gallois ou ma main à couper !!!»

Il s’élança sur le chemin, et je ressentis un brin d’ironie dissimulé sous sa casquette. Je claquai la porte et restai immobile, examinant cette mystérieuse enveloppe, et ne sachant quoi penser de son expéditeur. Pourquoi du russe ? Je ne me rappelais pas être jamais allé en Russie, étrange !?

Je fis un pas en direction de la cuisine, dans l’idée de me préparer du thé, mais je me ravisai aussitôt ; j’avais une étrange sensation, comme une force qui s’emparait de moi, et me poussait à ouvrir au plus vite cette enveloppe. En grimpant l’escalier, je ne cessais de la manipuler, lorsque je faillis louper une marche trop bien encaustiquée par Mrs Pentherth, et me rattrapai in extremis à la rampe immaculée. En effet, la fameuse phrase galloise s’était révélée à moi.

Enfin, je passai le seuil de mon bureau, et m’installai à ma table de travail. La phrase galloise continuait à habiter mes pensées, alors que la lame de mon coupe-papier à manche de porcelaine découpait délicatement le côté droit de l’enveloppe, ainsi que les ficelles qui l’entouraient. Ce n’est qu’à cet instant précis que je me rendis compte de la taille et de l’épaisseur de mon courrier.

J’aperçus au loin le facteur glisser une dernière fois sur la crête et disparaître à l’ombre de celle-ci. J’étais partagé entre le bonheur d’être seul et l’appréhension soudaine d’être isolé du monde.

Une fois, le document reposant sur mon sousmain en cuir, je me saisis de la couverture et la poussai doucement vers ma gauche, et fut immédiatement attiré par une petite phrase presque insignifiante qui trônait sur la page de garde. De nouveau une phrase galloise, et curieusement c’était la réponse à la question apposée sur l’enveloppe :

Ciamar a tha thu?: Comment vas-tu ?

Tha gu math: Ca va bien

Un trouble s’empara de moi, je ne savais que penser : qui pouvait bien m’écrire de façon si familière et de si loin ? Tout de même, si j’avais été en Union Soviétique je m’en souviendrais. J’avais beau réfléchir, je ne voyais aucune relation entre moi et la patrie de Lénine. Je basculai en arrière et me carrai le mieux possible dans mon rocking chair en osier élimé par les années. Je commençai à me balancer, songeur…, lorsque tout à coup le carillon retentit à nouveau, imprimant un mouvement désordonné à mon fauteuil, qui me projeta sur le rebord de mon bureau, que j’agrippai tant bien que mal, pour éviter une chute malencontreuse… Au cinquième dong, je réalisai que c’était l’heure du thé, alors que j’allais me lever, je me retrouvai nez à nez avec mon prénom, écrit sur la page de droite du manuscrit :

A CHRISTOPHER

Le mystère s’épaississait, afin de découvrir l’origine de ce document, je savais dans mon for intérieur qu’il n’y avait qu’une seule solution : celle de tourner la page.

A la minute où mes yeux se posèrent sur les premiers mots, je sus que cette lecture ne serait pas sans risques.

1 Congés exceptionnels en Grande-Bretagne où tout est fermé

Chapitre II - A Christopher

Ah ! Je me souviens de la première fois où il me parla de son bureau ; il le décrivit si bien que je me suis vue, installée confortablement dans son Triiyassya Stoul2 et balançant lentement au rythme de sa voix. Si je tourne un peu la tête sur la gauche, je peux apercevoir à travers la vitre, la crête qui trace entre le ciel et la terre un électrocardiogramme fait de vert et de pierre. C’est par là qu’arrive le facteur qui vient lui apporter son courrier. A côté de la fenêtre, légèrement sur la droite, se trouve un tableau, une petite peinture à l’huile toute modeste. Au premier plan trois barques, chacune de couleurs différentes. La première, striée de blanc, en partant du fond, était recouverte à moitié par un saule dont les ramures se terminaient dans les eaux tranquilles d’un lac d’Ecosse. La seconde, plus imposante, grâce notamment à cette figure de dragon rouge, comme lors d’un coucher de soleil sur Land’s End 3, qui trônait fièrement à sa proue. Pour finir, la dernière, de même couleur que le saule, semblait le prolonger, au-delà du cadre, voire au-delà du monde.

Paniqué, je fixai immédiatement l’endroit où ce tableau aurait dû se trouver. Dash ! The picture is gone !!!

« Incredible ! » Ce manuscrit me parlait d’un tableau que je venais d’enlever il y a à peine un mois, à cause de Mrs Pentherth.

« Oh Monsieur Atkins, m’avait-elle dit, comment vous dire ? Mais ce… cette chose… Enfin… !

- Cette peinture vous voulez dire, lui avais-je répondu, un peu surpris par son attitude

- Oui, c’est ça… Enfin, si, euh… Si vous pouviez enlever cette peinture, au moins pendant que je fais la poussière … Sir Atkins… Vraiment ça m’aiderais beaucoup !!!

- Sorry ?

- Pour tout vous dire, on avait fait, mon mari et moi, une promenade en bateau, et il y a eu cet accident tragique…

- Your Husband ?

- No, Sir !!! My cat !!!! »

Je ne comprenais pas : comment se pouvait-il que cette inconnu-e- soit aussi bien renseignée sur la décoration de mon bureau ? En portant mon regard vers la bibliothèque, je me dis qu’il était impossible qu’elle puisse me la décrire au mètre près. D’ailleurs, moi-même, j’avais toujours été incapable d’en évaluer aussi bien la hauteur que la largeur. Afin de me rassurer, je décidai de continuer…

« Au-delà du monde… Et pourtant pas si loin que ça se trouvait un meuble de belle taille (à peu près 2m08 de haut et lm52 de large), comprenant l’encyclopédie CWM ou plus communément appelée Chronicals of Welsh’s Minds, c’est-à-dire 24 volumes tenant sur une seule étagère. Juste en dessous se trouvait celle du milieu, où figurait bon nombre de bibelots, disposés de manière particulière que seul, son propriétaire, aurait pu l’expliquer; comme par exemple cette curieuse carafe en porcelaine, sur laquelle était peinte un tigre au milieu d’une jungle clairsemée (je me suis toujours demandée, quel intérêt il pouvait porter à cet ustensile). A 30 cm sur la droite, il y avait cette médaille en argent dont il était particulièrement fier. Durant ses années d’université, Il avait participé à un tournoi réunissant tous les meilleurs joueurs de cricket du Pays de Galles. Ce n’est qu’au bout d’une lutte acharnée qu’il remporta ce trophée.

Pour ce qui est de la dernière étagère, elle comportait divers ouvrages hétéroclites où se mariaient aussi bien des ouvrages spécialisés sur le kaolin, matière première de la porcelaine, que des romans d’auteurs classiques et contemporains, tels Dylan Thomas, Walter Scott, Emile Zola, Harold Pinter, Frederico Garcia Lorca et l’écrivain si cher à mon cœur ce merveilleux, ce fantastique Fiodor Dostoïevski.

Dans la partie inférieure de ce meuble en if massif se trouvaient deux portes aux ferrures stylisées représentant des Triskéles, symbole de l’esprit, de l’âme et du corps, d’un pays étrange. Tout ceci accentuait l’ambiance mystérieuse que dégageait cette bibliothèque.

«N’en parlons pas… m’avait-il dit, et notamment de cette zone sensible.

- Je ne comprends pas, lui avais-je répondu, pourquoi ne me dites-vous pas ce qu’il y a à l’intérieur ?

- Considérez que c’est mon jardin secret »

Je n’avais pas insisté, mais j’étais persuadée, en moi-même, que c’était sa cave à liqueurs »

Tout à coup, je me surpris à élever la voix : « Ah ! Elle ne comprend pas. Eh bien ! Moi non plus. »

C’est tout de même insensé. De colère, je basculai en arrière et ce maudit fauteuil me renvoya sur le bord de mon bureau, et de nouveau me retrouvai nez à nez avec ce fichu manuscrit ! Mes yeux balayèrent ces quatre mots : « sa cave à liqueurs ». A ce moment je n’eus qu’une envie, c’est de lui prouver qu’elle avait tort. Je me levai brutalement et me dirigeai vers la bibliothèque pour en avoir le cœur net. Seulement voilà je n’avais pas les clés. Mais où diable les avais-je mises ? Je me jetai sur le tapis, face à la bibliothèque et cherchai à genoux, pensant qu’elles avaient pu éventuellement glisser sous le meuble, mais en vain. « Dammit ! »

Soudain, je reconnus une odeur particulièrement familière, une odeur qui émanait de ces deux portes fermées et ne laissait aucun doute sur son origine : Mrs Pentherth ! Encore elle !!! Je regardai autour de moi, scrutant mon bureau, ma fenêtre, les murs et me demandant où elle avait pu mettre mes clés en cuivre du Zaïre. Ce n’était tout de même pas encore à cause de son chat ?

M’adossant contre le meuble, la serrure s’enfonça dans mes côtes, me rappelant aux souvenirs de Mrs Pentherth. Oui, c’était à peu près à la même époque où cette dernière me demanda de retirer le tableau, perturbée qu’elle fût par la disparition de son chat. En passant l’aspirateur, elle se plaignait souvent que son mollet droit heurtait systématiquement les clés, qui selon elle, dépassaient trop. J’avais eu pitié de ce pauvre mollet et lui avait suggéré de mettre les clés en lieu sûr, afin qu’elles ne représentent plus un danger pour elle. Elle me désigna la carafe en me précisant qu’elle n’irait jamais y mettre la main, car pour elle, le tigre du Bengale était l’animal le plus dangereux au monde. Je me saisis de ladite carafe, et plongeant ma main à l’intérieur, j’entendis un tintement métallique : les clés étaient retrouvées !

Le cœur battant, j’introduisis les deux clés simultanément dans les serrures. Les deux portes s’entrouvrirent lentement et je découvris malheureusement que l’écrivain mystérieux avait une nouvelle fois raison. Ce qui m’étonna malgré tout, c’est que parmi tous ces alcools, il y avait une bouteille de Vodka. Je la pris entre les mains, comme si c’était un objet précieux. Tournant machinalement la bouteille, je distinguai juste au bas de l’étiquette deux initiales tracées au stylo : « T.K ».

Tout à coup, fasciné par cette nouvelle énigme, je portai mon regard vers le manuscrit posé sur le sousmain en cuir, sachant qu’il fallait continuer à lire pour en découvrir le secret.

2 Tpяcя CTyл : fauteuil à bascule

3 Land's End (Penn an Wlas en cornique) est un promontoire de Penwith, Cornouailles

Chapitre III - La Barrière de Ross

Michael Barrett en avait marre de cette expédition. Depuis que le transport de chalands les avait lâchés dans ce lieu inhospitalier, il n’avait pas arrêté de vomir :

« Saleté de pays », avait-il lancé à son voisin de gauche, Peter Mac Cormick, un fusilier marin d’origine écossaise, qui pour toute réponse lui donna un coup de coude dans les côtes, heureusement amorti par le gilet de sauvetage.

« Ferme-la ou tu vas encore te vider !

- Fais pas chier sale Scottish, c’est pas toi qui va m’empêcher de par…Rrggghhh….

- Sale amerloque, tu peux pas faire dans ton froc !!!

- Vous ne pouvez pas vous taire !!! On est en mission!

- Mais mon lieutenant, c’est lui qui a commencé !

- Si tu veux débarquer en kilt, continue comme ça, l’Ecossais ! Et je me ferais un plaisir de satisfaire à ta demande !

Bien envoyé mon lieuten… Rrgggh… »

A son tour, le lieutenant fut atteint par le vomi et de rage saisi le pauvre Michael par la ceinture de son gilet de sauvetage, pour le propulser vers l’arrière du chaland, où se trouvait le médecin.

« Eh Doc, t’as deux minutes pour le remettre d’aplomb !

- Deux minutes, c’est plus qu’il m’en faut ! Répliqua le toubib, tout en attrapant le soldat, par son gilet. Il plongea sa main dans sa musette, en retira un comprimé, qu’il saisit entre le pouce et l’index, et le brandissant sous le nez de Mike Barrett lui suggéra :

Je te donne deux solutions, petit, soit tu m’avales ce cachet, vite fait et on n’en parle plus, soit tu fais demi-tour… A la nage !

Le jeune fusilier marin jeta un coup d’oeil pardessus son épaule, pour constater que le bateau transporteur était bien à 2-3 miles derrière eux. En soupirant, il prit le cachet et le glissa dans sa bouche.

Allez mon gars, reprends ta place ! » Lui dit le médecin de manière paternelle, tout en adressant un sourire complice au lieutenant. Celui-ci se contenta juste de lever un sourcil.

Les yeux étonnamment bleus du lieutenant balayèrent l’espace liquide et sombre. Mû par les mouvements désordonnés d’une mer qui semblait rejeter une colère ancestrale, l’horizon n’était plus qu’une ligne tordue, découpée, torsadée, qui n’aurait bientôt plus lieu d’exister. Le bâtiment qui les avait libérés d’un carcan de tôle et d’acier rejoignait la jonction faite par les vagues écumantes et une armée de cumulonimbus s’apprêtait à déverser des milliers de gouttes d’eau, comme autant de projectiles que même une guerre ne pût fabriquer. D’un moment à l’autre, le transporteur de chalands disparaîtrait, et quelques secondes après, le destin se chargerait de tout.

Pourquoi avoir choisi un tel périmètre de débarquement songea le lieutenant ? Il n’avait d’ailleurs pas hésité à interpeller, sur ce point le général qui commandait cette opération.

«Je voulais vous entretenir d’un gros problème, mon général.

- Ouais, je vous écoute…

- Enfin, je… C’est rapport à la… Enfin, le…

- Oui, vous pourriez être plus clair, lieutenant !

- Pour tout vous dire, je ne la sens pas cette mission.

- On ne vous demande pas de la sentir ou de ne pas la sentir, on vous demande de la faire.

- Oui bien entendu, mais vous avouerez quand même que le mur de glace de la barrière de Ross, n’a rien à voir avec notre entraînement sur la maquette. Voyez vous-même !

- Le général saisissant les jumelles marines, les plaqua contre ses yeux rageusement, et l’instant d’après il se tourna vers le lieutenant et lui dit un brin ironique :

- Et vos exercices répétés au cœur des Appalaches, vous avez oublié ?

- Non, non…

- C’est juste un peu plus haut !

- Oui, oui…

- C’est une affaire classée, rejoignez vos hommes. »

En quittant la passerelle, le lieutenant David Hancox, haussa les épaules et se dit que ce mec-là était peut-être général mais oser dire que la maquette, les Appalaches et la Barrière de Ross c’était la même chose, il fallait quand même être un peu con.

« Mon lieutenant, mon lieutenant !!! ».

Hancox revint à la réalité, un de ses hommes le tirait par la manche, il le dévisagea et le trouva trop jeune pour cette guerre.

« Avec tous ces creux de deux à trois mètres, on va s’écraser contre cette muraille de glace, mon lieutenant !

- Vérifie ton arme et ton barda, on va bientôt accoster… Lui répondit calmement Hancox. Il s’agissait maintenant de se concentrer sur l’objectif, et rien d’autre ne devait exister ».

Un homme cria : « Regardez ! Les premiers copains débarquent !!! ».

Le lieutenant joua des coudes pour parvenir jusqu’à l’avant de la péniche. Il se hissa sur le rebord et constata qu’effectivement deux des chalands avaient accosté sur la grève glacée. Il put même distinguer les premiers hommes qui prenaient position sur un des contreforts jouxtant la falaise blanche. Là, il se retourna et s’adressant à la masse compacte des troupes embarquées, il leur dit :

« Rappelez-vous les Appalaches ! Vous en avez chié grave mais tout ça n’aura pas était en vain, car vous allez en chier double, voire triple !!! Vous savez bien que rien n’arrête la 10th Mountain Division.

- Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !!! Crièrent les soldats à l’unisson. »

Le lieutenant leur répondit, poing fermé, pouce dressé vers le ciel, en sachant très bien que beaucoup y laisserait leur vie.

Il ne croyait pas si bien dire quand il s’aperçut que la péniche L608 était maintenant en dernière position. Au départ, il esquissa un sourire, se disant que cette péniche étant la dernière, il ne serait pas lanterne rouge au classement (vieux réflexe de lanceur au baseball). Mais rapidement son visage s’assombrit, car la L608 semblait anormalement ballottée par les flots rugissants. Visiblement le pilote avait perdu le contrôle de son embarcation. Les hommes, à son bord, s’agitaient tels des pantins désarticulés, mais il ne percevait aucune de leurs voix, comme dans un mauvais film burlesque des années 20. Il savait simplement qu’un drame se jouait là-bas à quelques miles, et qu’il serait impuissant pour l’empêcher.

« Bon sang ! Vous avez vu, David… »

Le lieutenant jeta un coup d’oeil rapide au Doc, qui pointait un doigt fébrile vers la L608. Dans un premier temps, il ne comprit pas ce que voulait lui dire le Doc. Lui aussi, s’était rendu compte d’un problème. Au moment même, où il s’apprêtait à répondre à O’Brien, le toubib au fort accent dublinois, vit la vague, énorme, impressionnante, presque aussi haute qu’un building de Manhattan, fondre sur la péniche.

« Pauvres gars ! Ils n’ont aucune chance »

O’Brien opina du chef.

La vague s’abattit sur la L608, dans un fracas assourdissant. Le film burlesque touchait à sa fin.

O’Brien fit un signe de croix, quant à Hancox, il plongea les mains dans ses poches et baissa la tête, tout en prononçant à voix basse : « Puisse Dieu vous venir en aide ! ».

Et O’Brien de crier : « Dieu, vous a entendu, David, regardez, regardez, bon sang !!! »

Hancox, hébété, porta son regard droit devant lui et vit surgir au milieu de la houle cinq ou six Zodiacs contenant les survivants de la L608.

O’Brien l’attrapant par l’épaule lui glissa à l’oreille : « Nous avons de la chance, Dieu est avec nous ».

Hancox le fixa dans les yeux et lui dit :

« Peut-être, mais le diable, lui, est contre nous !

- Que voulez-vous dire ? Ajouta le Doc, interloqué.

Hancox lui indiqua d’un bref mouvement du menton l’objet de son inquiétude.

Mais qu’est-ce que c’est ?

- Tout simplement ce qu’on pouvait redouter de pire dans cette région du globe… The killers whales4, qu’on appelle aussi… Les orques ou épaulards. »

Effectivement, des nageoires dorsales noires et blanches se profilaient entre les crêtes des vagues et leur destination ne faisait aucun doute. Certaines vagues faisaient plus de deux mètres et pourtant les nageoires les dominaient. Hancox se dit qu’elles devaient appartenir à des mâles, en général plus grands et plus forts que les orques femelles. Alors qu’il essayait de comprendre l’attitude agressive de ces mammifères, ses hommes s’étaient précipités sur le côté droit de la péniche, manquant de la faire chavirer. Ils criaient, hurlaient, essayant vainement de prévenir leurs camarades, mais ces derniers restaient sourds à leurs appels, continuant à pagayer vers leur objectif, sans se douter du danger qu’ils courraient.

Un jeune québécois prénommé Talbert, paniqué - comme d’Ia marde - avait saisi son fusil et s’apprêtant à viser les épaulards, brailla aux oreilles de Michael Barrett :

« Faut faire que’k chose ou sinon ils vont se manger une volée !!!

- Mais qu’est-ce que tu racontes ?

- Eh Mike ! Il faut les assassiner ces espadons !!!

- C’est pas des espadons bougre d’idiot ! Rétorqua Mike toujours patraque.

- Avec des ailerons noirs et blancs et aussi gros que ça, c’est peut-être pas des espadons, hein ?

- T’es con ou quoi ? Des espadons ça possèdent un long bec, comme une sorte d’épée.

- Oui, mais pour un québécois un espadon c’est aussi un épaulard !

Soudain les deux soldats se retournèrent d’un même élan. Hancox se tenait là, à moins d’un mètre, les toisant de toute sa hauteur. Il agrippa le fusil de Talbert, et lui dit le plus calmement possible :

« Tu veux nous faire repérer ?

- Mais tabernacle ! Ils sont mal pris !!!

- Je veux pas le savoir, ils devront se débrouiller tout seuls, malheureusement…

- Mais mon lieutenant !

- Il n’y a pas de mais ! Et reprenez tous vos positions dans la barge ! Sinon nous allons tous finir à la baille !!! Lança Hancox, en haussant le ton. »

En effet, la péniche de débarquement n’était plus qu’à quelques mètres du rivage, et les hommes devaient se tenir prêts.

Déjà l’équipage s’affairait auprès des passerelles afin qu’elles puissent basculer à l’instant même où la péniche entrerait en contact avec la glace.

L’arme au poing, le lieutenant se plaça à la tête de ses hommes, lesquels savaient tout comme lui que ce débarquement en Antarctique étant une opération commando et, de ce fait, tout cri de guerre était à proscrire.

Soudain, toute l’embarcation s’ébranla. L’acier venait de rencontrer la glace. Aussitôt les passerelles tombèrent lourdement, fracassant la banquise par endroits. Hancox s’engagea le premier sur l’appontement, ses bottes heurtèrent le revêtement métallique de façon saccadée et furent presque surprises par le contact glacial de la surface gelée. Une fois en position, il s’assura que tous ses hommes avaient quitté la péniche et étaient en train de se déployer. Il fit signe au capitaine de la péniche de dégager au plus vite et se tourna vers la muraille de glace qui déjà était prise d’assaut. Les canons spéciaux porte-amarres continuaient à lancer les grappins, entraînant des câbles et des échelles de cordes. Des hommes pendus à ces derniers, grimpaient tant bien que mal en s’aidant de piolets.

Ainsi cette gigantesque forteresse marmoréenne étant comme constellée de minuscules petites tâches blanchâtres, telles des fourmis assiégeant une termitière.

O’Brien avait rejoint Hancox au pied d’un des canons lance grappins. Il s’efforçait d’encourager ses hommes dans cette escalade vertigineuse :

« Allez le Scottish c’est tout même moins haut que les Grampians Mountains 5!!!

- Ouais, mais c’est plus haut que ton foutu Empire State Building, grogna l’Ecossais tout en se cramponnant à son piolet. »

Hancox et O’Brien eurent un sourire de connivence.

Une petite voix jaillit entre les tirs des canons et le fracas des grappins atteignant le sommet :

« Eh, toubib vous auriez pas un médoc contre le vertige ?

- Ben, vous êtes encore là vous ? Maugréa O’Brien.

- J’étais là pour assurer nos arrières.

- Maintenant que tu l’as fait, grimpe tout de suite pour assurer nos avants, sinon je te donne à bouffer aux épaulards, s’emporta Hancox.

Sur ce, Michael Barrett n’eut d’autre choix que d’entreprendre sa longue ascension.

« Les épaulards… »

Hancox avait presque oublié les camarades à bord des Zodiacs. A l’aide de ses jumelles, il scruta l’horizon avec appréhension. En balayant les crêtes des vagues, il sentait une boule triturer son estomac. « Pourvu qu’il y ait des survivants ! »

Malheureusement il ne distinguait rien, si ce n’est deux ou trois ailerons qui se jouaient des hautes vagues, quand soudain il cria « Up she rises !!! 6».

Un des dinghys, propulsé par le ressac venait d’atterrir sur la berge. Sans plus attendre les commandos s’en extrayaient précipitamment.

« Regardez David, un autre, puis un autre, encore un autre !! S’exclama le Doc »

Hancox soupira profondément, les trois quarts des hommes étaient saufs, mais il manquait tout de même deux embarcations. Et cette fois-ci, il n’eut pas longtemps à attendre pour les repérer, car elles étaient assaillies de toutes parts par des épaulards assoiffés de sang. Les hommes du premier canot se défendaient comme de beaux diables, frappant le dos des mammifères à l’aide de leurs pagaies, bien entendu il aurait été plus facile de se servir de leurs armes, mais ils avaient la consigne de ne pas tirer. Hancox qui s’était aperçu de l’absurdité des ordres du haut commandement aurait voulu leur crier de tirer, mais ils étaient encore trop loin. Il braqua ses jumelles sur le deuxième canot et une vision horrifique lui sauta aux yeux. Les deux boudins latéraux avaient été éventrés sur toute leur longueur, par les nageoires aussi tranchantes que des lames de rasoirs. Et déjà les gueules des épaulards envahissaient le centre du dinghy. La seule consolation, songea Hancox était que le froid de l’eau mettrait un terme rapide au calvaire de ces pauvres hommes.

Et de nouveau la voix d’O’Brien se fit entendre :

« L’avant dernier canot est sauvé ! ».

Le lieutenant ôta les jumelles de ses yeux et rejeta sa tête en arrière. Il observait la crête de la forteresse glacée en se demandant combien d’hommes allaient encore être sacrifiés.

4 Les baleines tueuses des mers glacées

5 Monts au nord-est de l’Ecosse dans la région des Grampians

6 Il surgit en parlant du bateau

Chapitre IV - T.K

Coudes appuyés sur la table, mains soutenant la tête, je ne pouvais décoller les yeux du texte.

«J’aurais bien voulu savoir ce que ce charabia voulait dire ? Je ne comprenais pas ! »

Je me versai une rasade de vodka et en bu une gorgée. Le liquide se répandit dans tout le palais puis alla flirter auprès de la luette, pour tout à coup chuter dans mon œsophage, me procurant une chaleur réconfortante bien qu’inhabituelle. Tout aussi inhabituelle était ma situation. J’avais beau fouillé ma mémoire et ne trouvais rien qui soit en rapport avec ce débarquement en Antarctique. Je me versai à nouveau un verre de cette vodka mystérieuse. En reposant la bouteille, elle heurta le coupe-papier, je la rattrapai in extremis avant qu’elle ne se renverse sur mon bureau. Je remarquai alors une goutte qui s’était échappée du goulot et commençait à glisser lentement le long de la paroi de verre. Fasciné, je suivais son périple, en me demandant si elle changerait de direction. Mais son destin était tout tracé : elle passerait inexorablement entre les deux initiales énigmatiques. Je ne sais pas ce qu’il me prit, mais mon doigt, comme mû par une force extérieure, se précipita et recueillit la goutte que je portai instinctivement à la bouche. Tout s’était passé tellement vite que je ne me rendis pas compte que le doigt n’avait pas simplement arrêté la goutte dans son mouvement mais avait aussi effleuré les deux lettres mystérieuses ; ce qui provoqua dans ma tête une succession de flashs.

Fermant aussitôt les yeux, j’essayai de chasser ces images déformées, mais je ne pus empêcher la matérialisation de l’une d’elles : une porte froide et grise dans un couloir sombre, sans âme et sans vie.

Je me levai d’un bond, pour tenter d’échapper à cette vision. Réfugié près de la fenêtre, je constatai l’émergence du crépuscule et vécu soudainement le temps suspendu. Revoyant Jasper Griffiths je repensai à ce vieux dicton anglais : « Red sky at night is the shepherd’s delight…7 » qui me réconforta. Seulement, la vision ne me quittait pas et elle se mêlait à présent au ciel rouge couleur de sang. Le passé rejoignait le présent mais celui-ci ne tarderait pas à basculer dans l’autre monde, dans l’autre nuit. Ce pourrait-il alors que le passé soit la lumière de ma nuit à venir ?

Je retournai m’asseoir, et allumai ma lampe, une belle lampe de mineur en cuivre, un souvenir du temps où mon père travaillait dans la mine de kaolin à Saint Austell en Cornouailles. Bien entendu je l’avais transformée afin de l’adapter aux temps modernes. La lumière diffusée plongeait intensément au centre du manuscrit, adoucissant ses contours et jetant les objets disséminés sur le reste de mon bureau, au cœur d’une ombre tamisée de petits éclats luminescents.

Délicatement, je fis pivoter la page et découvris le titre du chapitre suivant.

7 Ciel rouge le soir est gage de beau temps le lendemain

Chapitre V - Le désert blanc

Les hommes retirèrent difficilement les derniers grappins, enfoncés dans la glace solide et se regroupèrent, attendant les ordres. Un vent glacial balayait ce plateau immaculé, dont la surface semblait se perdre à l’infini. Excepté ces soldats, on aurait pu croire que ce lieu était sans vie.

Hancox se tenait près d’un jeune radio :

«Transmettez… Avons pris position en haut du plateau de Ross… 20% de pertes d’après mes premières estimations… Sommes prêts à progresser… Nous reprendrons contact dans une heure…Terminé !!!

- Je ne sais pas si ça a marché mon lieutenant ?

- Aucune importance ! ! ! Répondit sèchement Hancox ».

Le radio replia l’antenne de son émetteur.

« Et maintenant mon lieutenant ?

- J’attends le rapport des sergents.

- C’est un putain de froid, hein ?

- T’es d’où mon petit ?

- Bridgeport, mon lieutenant.

- Dans le Nebraska ?

- Mais non dans le Connecticut !

- Ah ! C’est pour ça que t’as froid alors ! Ironisa Hancox, tout en n’avouant pas que lui aussi avait terriblement froid.

- Sergents au rapport, crièrent de concert trois hommes aux tailles inégales, mais dont la détermination farouche se lisait sur leurs visages marqués par le givre.

- Oui, messieurs dit Hancox.

Le plus petit des trois, originaire de Los Angeles, surnommé par ses hommes le quater back s’adressa à Hancox d’une voix mal assurée :

- Les éclaireurs sont en pointe, les trois colonnes déjà en formation sont déployées selon vos ordres, nord-est, est, sud-est; les grappins ont été camouflés sous une bâche non loin de la falaise. Mais il y a tout de même un problème, John va vous le dire.

Le fameux John à la carrure impressionnante s’avança d’un pas et dit :

- Ouais, c’était pour vous dire… Enfin… Vous êtes sûr que les tests ont été faits ?

- Quels tests ? demanda Hancox.

- Eh ben vous savez, on a peur que les armes se bloquent, mon lieutenant, à cause de ce putain de froid !

- Pas d’inquiétude messieurs les tests ont été faits… Et dans les règles ! Répondit Hancox sans sourciller, tout en pensant néanmoins que des tests ne sont jamais fiables à 100%. Il s’apprêta à parler, quand une troisième voix, celle du dernier sergent se fit entendre :

- Nothing Significant To Report, Sir!

- Rejoignez vos groupes respectifs ».

Les sergents saluèrent et tournèrent les talons. Le médecin les croisa en venant rejoindre Hancox. « Et maintenant que faisons-nous, David ?

- Tout simplement, ce pourquoi nous sommes là : effectuer cette mission telle qu’on nous l’a demandées ».

Hancox se souvenait du jour où le plan lui avait été présenté dans un bureau du Pentagone. En cet après-midi maussade étaient réunis des officiers de l’état-major général, le Chief of Staff et des membres des services secrets.

Earl W.Miller posa sa sacoche à ses pieds et embrassa la salle de son regard fatigué. L’homme était grand, ses cheveux coupés raz, son visage carré lui donnait une allure de lutteur au caractère charismatique. Seulement, même les lutteurs pouvaient être épuisés. Le voyage avait été long jusqu’à Washington D.C. Les hommes présents dans cette pièce étaient tous pour la plupart de grands stratèges, aux médailles impressionnantes, mais à voir le bilan actuel des alliées, on pouvait se poser des questions. Il espéra que cette réunion apporterait des solutions, quand il fut interrompu dans le fil de ses pensées par la voix stridente de Rod Wayland :

« Eh ! Vous avez vu ? Les Raiders de Dallas se sont pris une nouvelle fois la pâtée contre les Seattle Seahawk !

- Nous ne sommes pas réunis pour ça, monsieur Wayland ! Lança le Chief of Staff

- Au contraire, monsieur Miller, car si je me rappelle bien, Jake Mervin est un fan des Dallas Raiders !

- A ce propos, Monsieur Mervin n’est pas là ? Interrogea Lawrence T.Brown.

- Vous savez bien mon général, que le bureau des services stratégiques est toujours à la traîne… Comme les Raiders ! Ironisa Rod Wayland, responsable de la CIA, récemment créée. Il était un peu à l’image de cette nouvelle agence, costume à la coupe impeccable, cheveux châtains foncés, plaqués en arrière et une aisance qui n’aurait pas fait honte à un acteur de cinéma.

A cet instant précis la porte s’ouvrit…

- Ben voilà la cavalerie ! Dit le général Burl Derrell, commandant en chef de l’US Army, en soulevant sa tête ovale et massive.

Une jeune femme pénétra dans la salle, des documents à la main.

- La cavalerie a de bien jolies jambes cette année ! Chuchota l’Amiral Clem Durwood dont les cheveux blancs presque argentés tranchaient avec ceux d’Hancox.

 - Je vous en prie Amiral, intervint rapidement W.Miller, un léger sourire au coin des lèvres.

La secrétaire Mrs Cathleen Pearlie déposa les dossiers auprès du Chief of Staff, sans prêter attention à ces remarques machistes habituelles, et se dirigea vers la porte. Perchée sur des talons réglementaires en accord avec son tailleur bleu nuit, sa tête esquissa un léger balancement vers la droite imprimant de ce fait un mouvement de sa longue natte blonde qui reprit presque instantanément sa place lorsque sa main gauche agrippa la poignée et qu’une une voix inconnue s’éleva :

« Je prendrais bien un peu de café… Pas vous ? »

A l’unisson toutes les têtes se tournèrent vers un homme, dont on apercevait la chevelure noire abondante pas très réglementaire et les muscles de son dos laissant à penser qu’il s’agissait de quelqu’un d’athlétique. Il paraissait plus captivé par la course des gouttes d’eau qui glissaient sur la vitre que par la présente réunion.

Tiens, curieux, c’est comme l’épisode de la goutte de Vodka, pensa Christopher.

«Tout à fait, lieutenant Hancox », s’empressa de répondre Rod Wayland.

Cathleen Pearlie interrogea du regard son responsable. Earl W.Miller se contenta d’un léger signe de tête en guise d’acquiescement.

Elle répondit en réajustant ses lunettes et sortit.

 « Pour une fois que l’US Army dit quelque chose de censé !!! »

« S’il fallait attendre que la CIA soit censée… »

« Du calme lieutenant Hancox, vous n’êtes pas en guerre contre monsieur Wayland »

«Justement vous faites bien d’en parler, Général Derrell, car si je sais que le lieutenant est présent aujourd’hui, j’ignore pour quelle raison son responsable est absent !!! »

Le général Derrell garda un calme apparent mais en son for intérieur il fulminait, car à cet instant précis deux comportements l’exaspéraient au plus haut point. En première lieu, ces satanées gouttes de pluies qui n’arrêtaient pas de dégouliner le long de cette maudite fenêtre, et en deuxième ce rictus sarcastique de ce phénomène de foire : Rod Wayland, premier président de cette CIA, nouvellement constituée, auquel il aurait volontiers décerné la médaille du congrès des incompétents. En effet, Burl Derrell avait toujours eu une sainte horreur du cirque à la Barnum.

« Cher Monsieur Wayland, si le général Robert Jackson n’est pas présent parmi nous c’est qu’il est actuellement face à une commission parlementaire, qui comme vous le savez, suit toutes nos dépenses de très près. »

« Tiens, j’ignorais qu’elle se tenait aujourd’hui ! »

«Tout simplement parce que les budgets sont différents ! Je suis tout de même étonné Monsieur Wayland que vous ne sachiez pas faire la différence entre un budget militaire et un budget civil ! »

Le président de la Cia ne releva pas ce camouflet mais se contenta d’allumer une cigarette, dont il tira une bouffée qui se voulait réconfortante.

« Bien envoyé, mon général ! » murmura Hancox, qui connaissait le fin mot de l’histoire, à savoir que son chef Robert Jackson lui avait avoué qu’il avait peur d’être confronté à la marine, donc au corps des marines, et subir une fois de plus leur arrogance légendaire.

Soudain le téléphone claironna et Wayland ironisa :

« Serait-ce l’OSS qui nous annonce qu’il est pris dans les embouteillages, voire qu’il n’a plus d’habilitation pour entrer dans le bâtiment ?

« Gardez vos blagues pour la fin de la guerre, monsieur Wayland ! » Rétorqua Earl W. Miller en agrippant le combiné, tout en essayant de masquer une impatience exaspérante.

« Oui… Mmmh…Pardon… C’est Earl Miller… Oui Monsieur… Bien sûr… Mais nous attendons toujours le représentant de l’OSS…Oui… Non… Bien entendu…Ben, je vous tiens au courant… Au revoir, monsieur le…

« Il a raccroché … » Marmonna E.W Miller.

C’était le Secrétaire d’état à la défense dit Miller tout en raccrochant le combiné, essayant cette fois-ci de dissimuler sa gêne.

Toutefois les regards ne l’accablèrent pas, ils se contentaient simplement de se dévisager les uns les autres, dissimulant chacun leurs pensées secrètes.

Trois coups résonnèrent à la porte et Hancox de dire « Enfin du café ! »

Mais lorsque deux jambes habillées d’un pantalon à la coupe stricte et de couleur noire se dessinèrent sur la moquette beige les pensées secrètes - de jolies jambes - furent bien amères, car venait de surgir la silhouette longiligne de Jake Mervin, le dernier responsable en sursis (selon les termes de son opposant le plus direct Rod Wayland) de l’OSS (bureau des services stratégiques).

« Aurais-je loupé l’heure du thé ? », interrogea de manière désinvolte Jake Mervin.

« Non malheureusement », répondit presque du tac au tac E.W Miller.

Jake Mervin, en s’installant à la place qu’on lui avait attribuée, se demanda pourquoi Miller avait employé le mot « malheureusement ».

« Bon puisque tout le monde est présent, nous allons pouvoir commencer !! » annonça E.W Miller, le Chief of Staff. Toutes les chaises se rapprochèrent, tous les bustes se redressèrent, toutes les mains se posèrent sur la table : le discours d’introduction pouvait commencer.

Miller redressa les papiers posés devant lui, tout en les alignant méticuleusement.

 « Messieurs, leur dit-il, la situation devient de plus en plus préoccupante, nous stagnons, messieurs, nous stagnons !!!

« Pourtant nous occupons toute l’Allemagne, si je ne m’abuse ? » Interpella l’Amiral Clem Durwood, responsable de l’US Navy.

« Presque toute l’Allemagne, grogna Lawrence T. Brown, général responsable de l’USAF (US Air Force) en déposant avec vigueur ses lunettes sur la table au risque de les casser. Vous devriez quand même savoir Amiral que nous perdons chaque jour, un nombre considérable d’avions, je vous fais grâce des chiffres. Et si je suis venu à cette réunion c’était dans l’espoir de trouver une solution. » Sa voix grave avait résonné dans toute la pièce comme elle résonnait jadis quand il n’était encore qu’un élève dans une modeste école d’Harlem, mais déjà un élève au caractère trempé, fier de ses origines africaines.

« Une solution qui passe par un meilleur entraînement de vos pilotes !!! » Persifla l’Amiral.

« Là n’est pas la question, Clem, mais si tu as une idée pour me débarrasser de ces foutues soucoupes allemandes, je suis preneur !!! »

« Mais de quoi parles-tu ? »

« De cette nouvelle arme des Allemands qui va cinq fois plus vite que le meilleur de mes chasseurs !!!

Tout d’un coup, régna dans la pièce comme une atmosphère pesante, gênante, car le principal sujet venait d’être abordé. Et avant même que l’Amiral puisse dire quelque chose, E.W Miller s’empressa de prendre les choses en main : du moins essaya-t-il.

« Messieurs s’il vous plaît, gardons notre calme, je vais vous présenter les faits dans un ordre précis, nous commencerons par un bilan général, puis nous verrons effectivement les solutions que nous devons apporter à la crise actuelle.

Pour ce qui est du bilan général… »

Mais Miller n’eut pas le temps de finir sa phrase, que trois petits nouveaux coups retentirent à la porte d’entrée. Le silence envahit la salle, un silence remplit d’âmes inquiètes, sauf une, dont la voix perça le mutisme collectif : « Cette fois-ci c’est le café ! »

Les têtes n’eurent pas le temps de se tourner vers Hancox, car déjà la porte s’ouvrait lentement et les jolies jambes tant espérées, gagnaient le fond de la salle.

La jolie Cathleen Pearlie déposa le plateau derrière E.W Miller, et lui dit d’une voix emplie d’une douceur infinie: «Je suis désolée, une des tasses n’a pas de soucoupe, j’ai posé le sucre à côté.

« Ne vous inquiétez Miss Pearlie, je sais déjà à qui je vais donner cette tasse, lui glissa Miller, un tantinet taquin. Miss Pearlie eut un léger sourire gêné et regagna la sortie d’une démarche voluptueuse. »

« J’aurais préféré un peu de thé, implora presque Jake Mervin d’une voix aigüe en s’adressant à E.W Miller. Miss Pearlie n’eut pas le temps d’arrêter son mouvement, que son chef d’une voix tonitruante lança : vous prendrez du café comme tout le monde monsieur Mervin !!! Car, à présent, je déclare cette séance top secrète et plus personne ne peut sortir ni entrer même avec mon autorisation ».

Au même moment, la porte vibra dans ses gonds et seul un léger parfum teinté de myosotis flottant encore dans l’air serait pour certains la dernière image de Miss Pearlie, une secrétaire dévouée à la cause américaine.

«Je vous disais donc à propos du bilan général qu’il n’était pas très brillant.

Selon les derniers rapports, nous constatons 30% de pertes sur toutes nos patrouilles depuis deux mois au-dessus de l’Allemagne. Le cumul de ces pertes en appareils commence à nous poser un sérieux problème, car les chaînes de montage n’arrivent pas à compenser ces dernières. La résistance est plus importante que prévue, nous devons faire face à des attaques sporadiques mais terriblement sanglantes, sur tout le territoire allemand. Les photos aériennes nous montrent que la région de Kahlen Asten 8 serait la plaque tournante des poches de résistances nazies, du fait notamment de ces nombreuses grottes et forêts qui la composent. Pourtant, paradoxalement notre cible dans l’immédiat ne sera pas Kahlen Asten, car les soucoupes volantes qui hantent vos nuits, général Derrell y font escale, mais en aucun cas, n’y sont fabriquées.

En effet, selon les dernières sources recueillies par la CIA, l’objectif se trouverait en Antarctique, et plus précisément, non loin de la barrière de Ross. C’est à cet endroit que les nazis auraient construit une immense usine souterraine totalement invulnérable aux bombardements classiques. C’est pourquoi, nous allons changer notre fusil d’épaule, si je puis m’exprimer ainsi car vous n’êtes pas sans savoir qu’une opération était planifiée afin de bombarder le Japon en utilisant l’arme atomique. Nous avons donc décidé que la résistance du Japon pouvait très bien être brisée par un blocus économique, sachant qu’un débarquement dans l’archipel Nippon est totalement exclu au vu des pertes humaines estimées et du coût financier que cela représenterait.

Toujours selon la CIA, nous sommes absolument sûrs que des sous-marins japonais convoient les pièces détachées de ces fameuses soucoupes. Il est primordial de ce fait que les Japonais n’aient en aucun cas la possibilité de les fabriquer et de s’en servir. Ainsi grâce à ce blocus nous isolons d’une part le Japon, et bien entendu l’Antarctique qui devient alors l’objectif indéniable d’une attaque en règle. »

« Dites-moi une chose… Comptez-vous employer l’arme atomique pour neutraliser l’usine en Antarctique ? demanda T.Brown.

 « Oui, en effet ! » répondit Miller, qui déglutit difficilement, en sachant ce qu’il avait à dire ensuite.

« Une bombe est en cours d’essai à Alamogordo au Nouveau Mexique et nos savants ont bon espoir de faire en sorte que sa puissance générée perfore la couche de glace et la croûte terrestre, limitant ainsi la distance circulaire de son onde de choc et tous les effets néfastes sur une éventuelle fonte des glaces. »

« Et… vous êtes sûr du résultat ? » Interrogea l’amiral.

« Non, bien entendu, mais nous n’avons pas d’autres choix que de tenter cette opération qui mettra un terme final à ce conflit.

- L’opération Final Countdown !

- Tout juste amiral, et c’est pourquoi nous avons besoin de vous Clem Durwood, car votre flotte sera chargée d’assurer le blocus du Japon, et que votre meilleur porte-avion aura pour tâche d’assurer la supériorité aérienne et du même coup le soutien des troupes au sol. Sachez seulement amiral que vos pilotes auront à affronter des engins ultra - perfectionnés, responsables de la mort de nombreux pilotes de l’US Air Force.

Miller tourna son regard vers Lawrence T.Brown, qui ajouta d’une voix empreinte d’émotion :

« Ces machines sont des œuvres du diable, et le terme n’est pas trop excessif croyez-moi car avec la vitesse à laquelle elles se déplacent, elles ne laissent que peu de chance à leurs adversaires. Néanmoins, nous avons réussi à en abattre une et nos spécialistes travaillent en ce moment dessus. Seulement le matériau employé pour leur fabrication demeure encore inconnu, ainsi que leur mode de propulsion. »

« Comment avez-vous réussi à en abattre une ? » demanda l’amiral.

« Un de nos pilotes a réussi à la toucher au ventre… Au cours du combat il a remarqué une protubérance triangulaire située sous la soucoupe et il l’a visé. C’est pour l’instant le seul défaut de sa cuirasse que nous avons pu exploiter et répertorier. »

« Concernant les troupes au sol, enchaîna Miller, elles auront la mission de localiser les cibles, et plus particulièrement la base secrète. Et c’est là qu’intervient la 10° Moutain Division… Lieutenant Hancox… Lieutenant Hancox !!! »

Ce dernier ne réagit pas tout de suite, et ce ne fut qu’au troisième appel qu’il se tourna lentement, fixa Miller dans les yeux et lui dit :

« On fera de notre mieux, comme d’habitude, j’aimerais simplement avoir l’assurance que mes hommes seront bien évacués avant le bombardement. »

« L’Amérique ne vous oubliera pas, Hancox !

« Je préférerais que les hélicoptères de l’amiral ne nous oublient pas !!! »

L’amiral acquiesça d’un léger mouvement de tête, et Miller continua :

 « Inutile de vous rappeler messieurs que nous ne devons échouer en aucun cas ! ! ! »

« L’armée de terre a toujours était présente, intervint le général Burl Derrell, n’en déplaise à la marine. » L’amiral ne releva pas et se contenta d’un regard en coin, tout en portant à sa bouche, la seule tasse de café sans soucoupe.

Earl W. Miller classa les papiers devant lui, s’éclaircit la voix, puis solennellement s’adressa à l’assemblée :

« Je vous souhaite bonne chance, vous en aurez besoin. Ah ! J’oubliais une dernière chose, ses yeux bleu gris plongèrent dans ceux d’Hancox. Ce dernier remarqua le malaise du Chief of Staff (en prenant Hancox comme témoin muet il se donnait quelques forces).

« Monsieur Jake Mervin, j’ai entre les mains une lettre du président qui m’informe que l’OSS est définitivement dissoute. Mais la CIA, dans votre cas a fait une exception en vous trouvant un nouveau poste. »

« Mais comment je ne comprends pas… »

« Je reprendrais juste la formule du président qui me semble adéquate aujourd’hui : trop de services secrets tue les services secrets ! Monsieur Rod Wayland, ici présent vous présentera les modalités d’entrée à la CIA.

« Mais… »

« Il n’y pas de mais, nous n’avons pas le temps !!! Vous avez fait du bon travail, Jake mais vous devez admettre que l’OSS est à présent obsolète et comme vous êtes quelqu’un d’intelligent vous saurez vous adapter à vos nouvelles fonctions et continuer à faire du bon boulot. »

Rod Wayland eut beaucoup de mal à réfréner un rire qui aurait était déplacé, mais on peut être assuré qu’il jouissait intérieurement.

« La séance est levée et j’espère qu’à la prochaine j’aurais de bonnes nouvelles à annoncer. In God we trust !!! »

« Ah ! Une dernière chose, Hancox, les détails de votre mission vous seront exposés par le général Jackson, votre supérieur hiérarchique, lors de prochaines réunions d’état-major. »

Et comme si tout avait été coordonné à l’avance, la porte d’entrée s’ouvrit pour laisser sortir les participants.

8 Région d’Allemagne occidentale

Chapitre VI - La tempête

Hancox donna le signal du départ et tout le monde se mit en marche.

Il réalisa que cette mission était insurmontable : trouver une base secrète dans cette immensité blanche c’était comme vouloir chercher une aiguille dans une meule de foin, insensé ! Alors, qu’il fixait le sol trop pur, il se rappela les paroles de sa mère : « Il ne faut pas simplement suivre les traces, mais il faut aussi sentir le vent, car le vent véhicule bon nombre d’odeurs, donc bon nombre de repères ». Hancox qui était encore très jeune lui avait répondu : « mais maman tu n’aimes pas la chasse ! »

« Oui je sais, c’est vrai ! Mais ton grand-père lui, chassait beaucoup. Et quand il rentrait, il me racontait en détails ses aventures. J’avais à cette époque le même âge que toi, maintenant. Les longues périodes d’hiver que nous traversions étaient prétextes à ce genre de récits. Il faut te dire que ton grand-père avait appris à lire dans la neige ; on l’avait d’ailleurs surnommé « the smart white fox9». J’ai toujours pensé que la tradition avait du bon, car elle permet à notre peuple de conserver ses racines et ainsi de continuer à survivre. Rappelle-toi, jeune Séquoia-agile-qui-vole-dans-les-airs, c’est