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Et si les super-héros existaient ? Une chasse dans l'obscurité. Une étincelle musclée. Une montre d'amitié. Quand des âmes perdues débarquent des ténèbres, seul un ange peut s'en débarrasser. Et quand un ange tombe du ciel, il n'arrive jamais seul. Mais attention, le temps est compté avant qu'une catastrophe (pas si naturelle) ne s'abatte sur des innocents. Peut-être même que l'amour sera de passage. Trois auteurs s'unissent pour créer une toute nouvelle équipe de super-héros.
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Seitenzahl: 280
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Au héros qui se cache à l’intérieur de toi,
il suffit d’un mot, d’un geste, d’une action.
PREMIÈRE PARTIE : L’ANGE DES PERDUS
PROLOGUE
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
CHAPITRE 10
CHAPITRE 11
CHAPITRE 12
CHAPITRE 13
CHAPITRE 14
ÉPILOGUE
DEUXIÈME PARTIE : L’HEURE DES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
TROISIÈME PARTIE : LES FAILLES DU TEMPS
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
Il existe une ville qui se trouve à l’épicentre de toute création, un lieu qui voit naître des millions d’âmes par an. Contrairement au ventre réconfortant d’une mère, cet endroit est obscur, lugubre, sale. Il regorge de dangers dont ses habitants humains ignorent la proximité.
En effet, des entités nommées « âmes perdues » rôdent et ne cherchent qu’à posséder un des corps faits de chair et d’os sans lesquels ils sont nés.
Moi, Salneya, je les chasse afin d’éviter qu’ils ne fassent du mal aux humains. Alors, je parcours la ville au quotidien et capture l’ennemi que seule mon espèce est en mesure d’apercevoir.
Mais même les chasseurs d’âmes ne peuvent pas arrêter toute l’obscurité qui ronge cet endroit.
BIENVENUE À HAWLVILLE.
Je me lève du canapé, éteignant le son de la télé qui m'indique qu'il est l'heure de la météo. Le visuel à lui seul me suffira amplement.
C'est un moment essentiel dans ma journée, car connaître la météo m'est nécessaire pour pouvoir m'intégrer au mieux dans la société humaine. Après tout, c'est quasiment la seule chose dont les humains parlent toute la journée ! Je mémorise donc soigneusement ce que je vois sur l'écran full HD.
Parfois, au cours de mes rares instants de repos, je l'utilise pour regarder un de ces documentaires qui me font éclater de rire face à l'absurdité de la vision qu'ont les hommes de leur propre monde. De temps à autre, je me laisse également tenter par des films de Fantasy, le reflet parfait du surnaturel présent dans cet univers.
Comme quoi la réalité n'est absolument pas ce que l'on croit.
Mais ce matin, c'est une carte de Hawlville qui s'offre à moi et je fais de mon mieux pour l’analyser en retenant les heures prévisionnelles des intempéries.
C’est un des facteurs qui impacte l’agressivité des âmes perdues. Alors, j’ai appris à me fier aux messages météorologiques que m'indiquent quotidiennement la télé et les journaux.
Je n'ai pas d'amis, mais cela m'importe peu car, entre les quêtes et les réunions des chasseurs d'âmes, il ne me reste pas de temps à leur consacrer. Je m'en tiens donc au cercle assez limité de la brigade des chasseurs d'âmes et à ma sœur aînée, qui en faisait également partie.
Elle était d'ailleurs la seule famille qu'il me restait avant... Je secoue la tête pour chasser cette pensée.
Pas en début de journée en tout cas, car cela plomberait sans doute mon moral pour les nombreuses heures à venir. Sans oublier que cela me rappelle inévitablement que mon travail est tout sauf sûr.
Huit heures trente, 11 degrés au dehors et un ciel bien dégagé pour tout le reste de la journée.
C'est la seule chose que je me répète en permanence, tout en continuant à me préparer pour enfin sortir parmi les âmes perdues et les humains.
Je dois bien avouer qu'une certaine nervosité m'envahit à chaque fois que je dois sortir de mon appartement. Je ne compte plus les heures que j’ai passées à contempler la ville d’en haut à travers la grande baie vitrée. À travers celle-ci, l'on peut voir toute la partie sud de la ville, ce qui m'aide énormément dans mon travail de chasseuse, ou plutôt de tueuse, d'âmes.
Être installée au dernier étage d'un des plus grands immeubles des environs a ses avantages. Niveau loyer, c'est tout autre chose.
Heureusement, mon métier paie bien jusqu'à maintenant. L'on travaille par quêtes, qui nous sont attribuées par la base générale des chasseurs d'âmes se trouvant exactement à deux rues de cet appartement. Et j'ai la chance de décrocher des boulots intéressants.
J'attrape habilement ma veste, posée sur une des six chaises noires qui entourent la table à manger. Je l’emporte toujours avec moi. Elle est un porte-bonheur à mes yeux.
Je serre un peu plus fort l’habit en cuir contre ma poitrine, tandis que je contemple une dernière fois ma tenue composée d'une chemise rouge à carreaux et d’un jeans bleu tout à fait ordinaire dans le miroir de mon salon.
Mes bottines noires ont pris l'eau hier, ce qui a laissé des traces sur le daim, mais je n'y prête pas grande attention. Il est temps pour moi de changer de chaussures de toute façon ! Voilà une bonne occasion de le faire.
Je soupire, pas réellement prête pour cette nouvelle journée éprouvante qui m'attend de l'autre côté de la porte d’entrée.
Je sais que ma voisine, madame Grévin, ancienne militaire logée ici par l'État, me demandera pour la millième fois si j'ai déjà acheté une plante d'intérieur pour filtrer l'air de ma pièce à vivre. Je répondrai honnêtement que non, comme je le fais chaque matin à la même heure.
Je suis sûre qu'elle ne fait même plus attention à ce que je réponds. Ce n'est devenu qu'une vulgaire habitude comme les humains en ont pas mal.
J'ai beau parler comme ça, j’en ai également. Me comporter comme une humaine de temps à autre me permet d’oublier que je suis tiraillée au quotidien entre la peur de ruiner ma carrière et la culpabilité d’anéantir des âmes.
Depuis petite, je ne vis que pour l'Ordre des chasseurs d'âmes, rien d'autre ne me pousse à persévérer ou à conserver la combattivité qui me guide. Toute ma vie n'a toujours tourné qu'autour de cela, ne me laissant même pas le temps de m’adonner à des loisirs ou des activités sociales.
Tout à coup, alors que je m’apprête à franchir le pas de la porte, une figure en mouvement attire mon attention.
Je me tourne aussitôt vers le coin dans lequel elle semble être piégée et m'approche aussi vite que je le peux du fin filet violet qui s'obstine à vouloir sortir de mon appartement, étonnée de ne pouvoir traverser les murs comme il le ferait d'habitude.
C'est l'une des rares âmes perdues qui a réussi à percer la bulle de protection que j'ai créée autour de mon foyer. Cela m'a pris un certain temps et beaucoup d’énergie de confectionner ce bouclier qui protège tout cet espace de la présence des âmes perdues, mais je suis bien heureuse de l'avoir fait.
Au moins, j’ai accès à un endroit paisible loin de l'agitation de la vie quotidienne. Un havre de paix rien qu'à moi.
J'inspire lentement avant d'empoigner l'âme, chose que seuls les chasseurs d'âmes sont capables de faire s'ils sont vraiment concentrés. Le petit filet de lumière violet tente de se libérer de toutes ses forces, ne sachant rien de mes intentions pourtant aimables. Elle est aussitôt envahie d'une panique sourde qui la fait gesticuler comme un diable.
Je ne suis pas du genre à tuer quand je n'ai pas une bonne raison de le faire, contrairement à d'autres membres de notre Ordre qui feraient tout pour augmenter leur nombre d’assassinats.
Je me dirige donc vers la porte de l’appartement et l’ouvre grand, atterrissant au beau milieu du couloir de l'immeuble. J’y relâche aussitôt l'âme perdue qui part, aussi vite qu'elle le peut, se réfugier parmi ses semblables qui flottent un peu partout dans l'espace sur lequel je porte à présent mon regard.
Les couloirs entiers sont envahis d'une multitude de petites formes violettes plus abstraites les unes que les autres. Cependant, au-dehors, ce ne sera que pire et le nombre d'âmes perdues doublera sûrement, si ce n'est plus.
Je ferme lentement la porte d'entrée derrière moi et dessine un sourire sur mon visage en apercevant ma voisine, avant de m'engager dans le chaos de Hawlville.
Je m'assois lourdement sur un des nombreux tabourets qui longent le bar du café dans lequel j'ai décidé d'entrer. C’est un des seuls endroits fréquentables de la rue entière.
Je soupire, fatiguée de la nouvelle journée de travail que je viens de traverser. Heureusement pour moi, chacun est bien trop occupé pour me prêter la moindre attention. De toute façon, personne ne me connaît dans ce quartier sombre où tous ne s'occupent que de leur survie.
Après de longues minutes, le serveur se dirige enfin vers moi pour prendre ma commande. Je me retiens d'éclater de rire en voyant l'âme perdue qui se raccroche tant bien que mal aux bras bien musclés de l’homme, tentant de dormir paisiblement dessus.
Cela me vaut un petit regard noir de la part de l'humain qui croit que je me moque de lui, mais je l’ignore royalement.
Je pose mes deux bras d'un blanc presque effrayant sur le comptoir, tout en rejetant mes cheveux châtains derrière mon épaule avec un simple mouvement de la tête.
— Qu'est-ce que tu viens faire ici ?
Je fixe le serveur dont la voix grave m’est légèrement familière. Je reste muette, le défiant du regard, en tentant de me souvenir d’où je le connais.
J'excelle dans mon travail, pas dans les relations sociales.
— Elle désire un Bloody Mary, répond une voix masculine à ma place.
La surprise recouvre le visage du serveur qui acquiesce, avant de s’éloigner.
Une main forte et assurée se pose sur mon épaule et mes muscles se crispent aussitôt en guise de réponse.
Du coin de l’œil, je vois un homme à la carrure imposante s'asseoir sur un des tabourets à côté de moi. J’inspire en calmant les battements de mon cœur face à l’apparition de l’inconnu. Je peux le mettre à terre en un simple mouvement si je le souhaite. Toutefois, il est plus judicieux de découvrir s’il est un ennemi ou un allié avant d’entreprendre quoi que ce soit.
— Même pas de merci, Salneya ?
Je me mets furtivement sur pied en entendant ces mots, manquant de renverser le tabouret en cuir brun sur lequel j’étais assise jusque-là.
Je scrute l’inconnu de haut en bas. De son long manteau qui ressemble tant à l'accoutrement des méchants dans les films d’action, jusqu'à son visage anguleux. Sa barbe est soigneusement taillée et ses yeux sont vifs et brillants.
Je ne lui donne pas plus de trente ans.
Je me détourne peu à peu de ce mystérieux inconnu qui ne m'inspire nullement confiance lorsqu’il m’attrape par le bras afin de me retenir.
— Je ne suis pas ton ennemi, au contraire. Je peux t'aider avec ton travail.
Je fronce les sourcils, déboussolée par ses propos insensés. Comment pourrait-il savoir ce que je suis ? Je connais les visages de tous les chasseurs et il n’en est pas un. Et personne d'autre n’est conscient de notre existence si ce n’est les âmes perdues, mais je ne détecte aucune parcelle de ce genre en lui.
Il est complètement normal. Un être humain ordinaire. Il est impossible qu’il sache quoi que ce soit au sujet de mon travail. L’Ordre veille toujours à tout garder secret.
Mes traits se figent, menaçants et méfiants, lorsque j'approche mon visage de celui de cet inconnu jusqu'à sentir son souffle contre le mien.
— Tu ne sais absolument rien de moi.
Et c'est la dernière chose que je dis avant de me redresser et de marcher tout droit vers la sortie, laissant mon Bloody Mary derrière moi avec cet homme énigmatique.
Je sors du café, prenant le chemin du local souterrain dans lequel la réunion des chasseurs d'âmes se déroulera ce soir.
Pour une fois, j’ai quelque chose d’intéressant à leur communiquer.
Je traverse lentement les rues de la ville, observant ici et là les vitrines attirantes des magasins qui ne pensent qu'à nous soutirer des sommes d'argent toujours plus colossales.
Et je sais que je ne suis pas immunisée contre ces arnaques, au contraire. J'ignore ce que les vendeurs se disent entre eux, mais je suis presque sûre qu'ils se sont tous passé le mot « Attention, petite crétine à arnaquer » entre eux.
En tout cas, je n'en rate pas une pour me faire avoir ! Des vêtements défectueux, des prix scandaleux, des remises qui me font payer plus cher que ce que le produit coûte en vrai… Je suis vraiment passée par toutes les situations !
Pourtant, malgré le fait que je connaisse la nature frauduleuse de l’être humain, je ne peux pas m’empêcher d’apprécier leur existence de temps à autre.
Je m'arrête devant une des vitrines de chaussures, contemplant une paire de bottes en cuir noir, bien résistantes à l'eau d'après l'élégante étiquette qui les accompagne. J’hésite un court instant à entrer. Cependant, le sourire commercial de la vendeuse m’en dissuade. Je décide donc de continuer mon chemin, sachant que la réunion de l’Ordre des chasseurs d’âmes approche. Ce n’est pas le moment de penser à la mode.
La foule est omniprésente aujourd'hui, se bousculant violemment, tandis que je me fraye du mieux que je le peux un chemin à travers ce rassemblement d'êtres humains bien trop important pour que je puisse m'y sentir à l'aise. Comme d'habitude, tout le monde se presse pour une raison qui m'importe peu.
J'oblige mes jambes, enfermées dans mon jeans bien trop serré, à avancer malgré l'envie de partir en courant qui me prend à chaque coin de rue.
Après un long combat contre le flux de personnes pressées, je parviens enfin à arriver devant l'immense bâtiment qui abrite notre salle de réunion secrète. La façade est simple, mais bien entretenue. La pierre poreuse s’effrite par endroits, sans pour autant créer la moindre instabilité.
D’après les rumeurs, la bâtisse nous a été cédée par un allié politique. L’Ordre en possède pas mal. Notre organisation est une sorte de secret d'État qui veille à la protection constante de la ville. Seuls les plus privilégiés en connaissent l’existence.
Bien que je fasse partie intégrante de cet univers depuis ma naissance, je n’ai jamais eu l’occasion de contempler les visages de nos bienfaiteurs humains.
Parfois, je me demande à quoi le monde ressemblerait sans nous, sans notre travail ou notre existence. Je pense que la seule explication rationnelle aux attaques des corps possédés par des âmes perdues serait celle d'un virus qui rend fou. Ils mettraient en place une multitude de contrôles et de recherches scientifiques qui n'aboutiraient à rien du tout.
Car quand les humains sont menacés, ils ne pensent qu'à trouver une explication scientifique, tandis que la réalité va bien au-delà de ce qu'ils soupçonnent.
J'ouvre lentement la porte en verre du bâtiment de l’Ordre, me faufilant aussi discrètement que je le peux dans le majestueux hall d'entrée orné de quelques lampes LED, dont la lumière blanche me fait affreusement mal à la tête, et d’un bureau d'accueil complètement vide.
Je me dirige vers un escalier qui devrait être l'accès aux toilettes d'après le panneau qui en indique le chemin juste à côté de la cage d'escalier. On ne peut jamais être assez prudent face à des humains curieux.
Je passe mes doigts sur le papier peint d'un rose saumon fade et délavé qui orne fièrement les murs, avant d'enfin m'engager dans la descente vers notre antre secret. Ce lieu est le premier dont je me souviens, le seul que j’explorais en tant qu’enfant. Il est en quelque sorte ma maison.
Je jette un regard prudent en arrière afin de m’assurer qu’on ne me suive pas. L’homme du café me revient aussitôt à l ’esprit et j’espère qu’il ne me posera aucun problème par la suite. Dans tous les cas, l’Ordre devait tout savoir au sujet de notre interaction étrange.
Je descends lentement les escaliers, étrangement nerveuse. Pourtant, après plus de deux cents réunions je devrais déjà être habituée à cette situation.
J'arrive assez rapidement à la porte d'entrée des toilettes. Toutefois, ce n'est pas dans cet espace-là que je disparais. Au lieu de ça, j’emprunte la porte menant au placard à balais qui se trouve juste à côté.
À première vue, ce n'est pas un passage secret qui s'offre à moi, mais une simple pièce contenant tout le nécessaire pour nettoyer en profondeur les couloirs peuplés de toiles d'araignées. Pourtant, c’en est bel et bien un.
Je pousse l'armée de balais sur le côté avec le plus de discrétion possible, dévoilant une nouvelle porte du même blanc que le mur de placo dans lequel elle est incrustée.
Quelques voix proviennent déjà de l'autre côté de la surface glaciale, m'indiquant que je ne suis pas la seule à être venue un peu en avance.
Je m'apprête à entrer dans la pièce de la réunion quand, tout à coup, mon nom résonne dans celle-ci. C'est la voix de Ron, un des chasseurs d'âmes les plus aguerris, qui le prononce. Je colle donc mon oreille au mur pour tenter de comprendre ce qu'ils disent à mon sujet.
Je ne comprends que des bribes de la conversation. Heureusement, cela m'est déjà suffisant pour me rendre compte que quelque chose ne va pas. Alors, j’entrouvre légèrement la porte pour mieux entendre ce qui se dit de l'autre côté. Auraient-ils commencé la réunion sans moi ? Y a-t-il une urgence ?
— Donc on est tous d'accord ?
C’est la première chose que j'entends, suivie d'une confirmation unanime. Pourquoi sont-ils réunis autant en avance sans moi ?
— Alors, je déclare le sort de Salneya scellé.
Je retiens mon souffle. Mon sort ? De quoi parlent-ils ?
Mon rythme cardiaque ne cesse d'accélérer au fil des secondes qui paraissent durer une éternité. Mes mains tremblent, tout autant que mon souffle saccadé.
— Elle sera suspendue à cause de son erreur lors du cas C246. Il est plus judicieux de la laisser reprendre ses esprits à partir de maintenant.
Soudain, mon monde entier s'effondre. Ce n'est pas possible ! C'est une blague ! Je reste immobile, comme absorbée par ce que je crois être un cauchemar.
J’ai l’impression qu’on dissout mes organes dans de l’acide et qu’on tord mon cœur dans tous les sens.
Je recouvre ma bouche ouverte de mes mains, retenant du mieux que je le peux mes cris de désillusion.
Le cas C246, la pire erreur de mon existence, est revenu me hanter des mois après les événements.
Tout à coup, en essayant de reculer, je me cogne contre la horde de balais présents dans la pièce.
La porte en face de moi s'ouvre à la volée, dévoilant le robuste Ron et son visage si sévère. Ses yeux me scrutent, surpris de me voir ici. Une once de compassion s’empare de son visage, tandis que je tente de me faire croire que ceci n'est qu'un mauvais rêve.
— Salneya...
Je n'entends déjà plus rien et m’éloigne aussi vite que possible vers la sortie du bâtiment, m’enfonçant dans les rues corrompues de Hawlville.
Prise au piège par les souvenirs de la pire erreur de ma vie, je ne peux plus empêcher les larmes de couler sur mes joues. Je me déteste d’être aussi faible.
J’avais promis à ma sœur de ne jamais l’être.
Une fois de plus, je la déçois.
J'ai envie de crier, de m'effondrer au milieu de ma course, mais personne ne sera là pour m'aider.
À présent, je n'ai plus rien si ce n’est les souvenirs d'un glorieux passé qui ne m'a jamais vraiment appartenu. Les souvenirs de celle que j’aurais aimé être.
La pluie tombe sur mes membres las, accentuant les émotions déchirantes qui me traversent. Parfois, j'aimerais savoir ce que ça fait de sentir mes cheveux mouillés me coller au visage, de sentir les frissons parcourir ma chair. À mon grand malheur, les gouttes imprègnent peu à peu le tissu de mes vêtements sans que j’en ressente quoi que ce soit.
La météo m’a menti, mais c’est le dernier de mes soucis.
À présent, je ne fais partie de plus rien. Je suis comme une rejetée de la société qui a perdu son chemin. Est-ce ce que les humains ressentent au quotidien ?
J'ai toujours pu me reposer sur mon groupe de chasseurs d'âmes, sur ce que je croyais être une véritable famille. Il n'en est rien. Je n'appartiens à rien. Ni aux humains, ni aux chasseurs d'âmes, ni aux âmes perdues. Rien du tout.
Je soupire longuement, évacuant toute la pression qui s'est accumulée en moi jusque-là.
Tous mes mouvements se font à présent automatiquement. Mes bottines se retrouvent plusieurs fois plongées dans des flaques colossales que j'aurais évitées auparavant, aspergeant mon pantalon de gouttelettes sales.
Les larmes dévalent mes joues lorsque je parviens enfin à atteindre l'immeuble de mon appartement en un seul morceau. Est-ce que la suspension signifie que je vais devoir changer de foyer ? Que je n’ai plus de salaire ?
J'ai beau avoir mis de l'argent de côté, je doute vraiment que cela sera assez pour tenir même quelques mois de plus ici.
J'entre aussi rapidement que mon état le permet dans le hall d'entrée du bâtiment majestueux orné de marbre et de chandeliers, tandis que la femme de l'accueil m'adresse son beau sourire hypocrite.
Je monte les escaliers sans lui jeter le moindre regard, bien trop tourmentée par les événements encore trop récents pour pouvoir dessiner le moindre sourire sur mon visage.
Les âmes perdues sont étonnamment agitées. Je ne leur prête pas la moindre attention. Des images du cas C246 se bousculent dans mon esprit, se mêlant à celles de cette journée affreuse. Je pensais pouvoir l’oublier, mais rien n’y fait. Elles me hanteront à vie. Comment puis-je un jour oublier ce que j’ai fait ? Est-ce que me faire torturer par ma conscience n’est pas assez ? Faut-il vraiment y ajouter la suspension ?
J'ouvre la porte de mon appartement dans l’espoir d’y trouver un peu de calme. J'ai hâte de prendre une douche et de me changer pour reprendre un peu mes esprits et trouver une solution rationnelle à tout ce qui m'arrive en ce moment.
Toutefois, quand j'entre enfin dans ma pièce de vie, j'y découvre le mystérieux homme que j'ai croisé plus tôt dans le bar de la banlieue.
Je retiens ma respiration en reculant. Toutefois, il m'arrête avec une seule phrase :
— Je me présente : mon nom est Marc et je peux t'aider.
« Comment ? » ai-je envie de lui demander sans pour autant le faire.
Face à mon silence, il lève les yeux vers moi. Même si je m’attends au pire, il n'y a aucune menace dans son comportement ou sa voix.
— Comment es-tu entré ici ?
C’est la seule chose que je parviens à articuler en sentant mes muscles se tendre. Je n’hésiterai pas à attaquer si besoin.
Il sourit, heureux de me voir m'intéresser à lui, ce qui me fait pester intérieurement.
Les humains sont si prétentieux.
— Tu es une chasseuse d'âmes.
Je reste muette, faisant mine de ne pas être impressionnée du tout, même si mon cerveau me dit tout le contraire. Qui lui a dévoilé l’existence de notre ordre ? Quel traître cherche à nous exposer aux humains ?
— Et, en bonne chasseuse, tu cherches des quêtes à accomplir, n'est-ce pas ?
J’acquiesce, tout en serrant fermement les poings. Lui dire que je viens d’être suspendue ne servirait à rien. Il n’a pas à le savoir.
— Je suis là pour t’en proposer une de la plus haute importance.
Il m'adresse un petit clin d'œil délicat que j'ignore en détournant la tête.
— Vous ne faites pas partie de l’Ordre et n’êtes donc pas digne de confiance. Je me dois de refuser.
À ma grande surprise, il sourit en s’approchant de moi.
Je sens mon cœur se serrer à cause du stress qui me submerge. Que veut-il de moi ?
— Ne t'inquiète pas, tu as encore trois jours pour te décider.
Puis, il me dépasse, s'apprêtant à sortir de mon appartement aussi rapidement qu'il y est apparu.
J'entends la porte s'ouvrir et reste de marbre, confuse.
— Je ne suis pas ton ennemi, Salneya.
Ça aussi, il me l'a déjà dit.
Croit-il vraiment que tout répéter suffit à me convaincre ?
Il s’éclipse en silence tel que le ferait un fantôme et je soupire une fois qu’il a disparu. Accepter serait de la folie. Alors, pourquoi j’y pense ?
Je suis du mieux que je peux l'allure que m'impose Marc, traversant aisément la forêt dans laquelle nous nous trouvons. Une boue désagréablement collante, due à la pluie des derniers jours, rend notre petite expédition en dehors de Hawlville encore un peu plus désagréable. Pourtant, le bruit des feuillages qui ornent chaque arbre de cette vaste étendue de verdure me rassure dans ma quête vers l'inconnu.
L'on pourrait me traiter de folle ; folle de suivre un homme que je connais à peine à travers un bois, mais personne n'est là pour le faire. Seul le silence nous a accompagnés jusqu'ici.
À bien y réfléchir, c’est une situation digne des meilleurs livres d'horreur qui vous tiennent en haleine du début jusqu'à la fin. Le détail qui change tout : je sais me défendre et combattre comme une pro.
Aucun oiseau ne nous offre son chant angélique et tout ce qui m'entoure est plongé dans une obscurité extrême, la même qui me déchire. Depuis plusieurs nuits, le cas C246 hante de nouveau mon esprit, me rappelant les cris de ma propre sœur et les conséquences de mes erreurs.
Désespérément en quête d’action pour me distraire, j’ai fini par accepter l'offre de Marc après un jour de constante réflexion. Je me délecte de la possibilité d'une nouvelle quête de chasseuse. Surtout après le silence de l’Ordre à la suite de ma suspension.
Leur rejet évident me blesse, tout en me donnant la détermination de leur démontrer leur erreur. Je leur prouve que je suis essentielle !
Marc poursuit son chemin avec une mine renfrognée, concentré sur notre objectif et notre destination. Parfois, j'aimerais lui demander à quoi ressemble le soleil ou le ciel bleu. S'il fait beau ou mauvais temps. Savoir à quoi ressemble ce monde du point de vue de quelqu'un de vrai, d'humain, me rend curieuse. Je n’avais jamais envisagé travailler avec quelqu’un d’autre qu’un chasseur, mais cette collaboration m’offre de nouvelles perspectives.
Toutefois, je ne dois pas attendre de réponses de sa part. Avant notre départ, je lui ai demandé des explications au sujet de la quête qu'il me propose. Il s'est contenté de me murmurer un petit « tu verras », avant de quitter mon appartement.
Je l'ai suivi, sachant au fond de moi que mon choix était déjà fait dès l'instant où il m'a proposé une mission.
Soudain, l'homme qui me précède s'arrête brusquement. Je sursaute et évite de justesse une éventuelle collision.
Est-ce qu’on a atteint notre destination ? Je me surprends à m’en réjouir.
— On est arrivés, Salneya.
En observant les environs, je tombe alors nez à nez avec une majestueuse demeure entourée par une rangée de cyprès dont chaque branche est soigneusement taillée. Le gravier blanc de l'avenue qui mène jusqu'à l'entrée de la maison ressemble à un tapis de lumière.
Mon regard tombe presque aussitôt sur la fontaine en pierre grise sculptée en un immense renard, fier et élégant. Un immense jet fait surgir une eau limpide et pure sur l'ensemble du dos de l'animal majestueux. Tout ce liquide est alors recueilli dans un bassin de quelques bons mètres de diamètre qui se trouve juste en dessous de la sculpture.
La façade de la maison aux airs modernes jure avec l'environnement rustique dans lequel elle a été implantée, mais les volets rappellent le style d’origine de la propriété.
Ça fait quelques bonnes années que je ne suis plus sortie de la ville, bien trop occupée par mon métier et mes responsabilités. Au moins, je n’aurai plus ce problème-là maintenant. À ma grande surprise, ça me fait du bien de sortir de mon milieu de vie habituel pour oublier un peu tout ce qui me tourmente. Du changement est toujours le bienvenu.
— C'est la demeure de notre client. Enfin, si tu acceptes la mission, bien sûr.
Je demeure muette, fixant intensément l'homme qui s'est tourné vers moi. J’ai presque l’impression qu’il a peur que je m’enfuie en courant.
Partout autour de moi, je vois voltiger toutes sortes d'âmes perdues, signifiant que quelque chose les attire ici. En général, elles préfèrent les lieux très peuplés et non pas les coins isolés. Alors quelle est la raison de leur présence ici ?
« On verra » est la seule réponse que je parviens à lui donner, avant de le dépasser sans lui accorder le moindre regard.
Il ne prête même pas attention à ma manœuvre peu aimable et me suit aussitôt vers la porte d'entrée devant laquelle je m'arrête net. Je toque à la porte et attends patiemment que quelqu'un vienne nous ouvrir. Rien ne se passe.
Marc prend le soin de lisser sa chemise blanche et son long manteau noir d'un mouvement de main bien adroit, tandis que je ne cesse de contempler la poignée de porte argentée qui ne bouge pas d’un millimètre.
Au bout de quelques minutes, la porte s'ouvre enfin avec un léger grincement, ce qui me rappelle une fois de plus un scénario de film d'horreur. Marc ne tarde pas à se faufiler à l’intérieur en me faisant signe de le suivre.
En entrant, je découvre que personne ne se trouve de l'autre côté de la porte, ce qui a le don de me donner la chair de poule. Où est le propriétaire ?
Pourtant, la situation ne semble nullement inquiéter Marc qui pénètre aussitôt dans le hall d'entrée immense, donnant accès à un long couloir.
J'hésite longuement, avant de décider de suivre mon guide. Il sait ce qu'il fait… non ?
Tout à l'intérieur de la bâtisse dans laquelle on vient de rentrer est fait de bois, à l’exception des murs. Les meubles semblent provenir d'un siècle bien lointain avec leurs airs sombres et leurs formes imposantes. Même les fondements du plafond ont l'honneur de faire partie de cet ensemble rustique, rendant le tout encore plus obscur et inquiétant.
J'avance lentement, ayant trop peur de faire craquer le parquet ancien sur lequel on se meut en douceur.
— Notre client peut parfois être un peu atypique, mais il est très fiable. Ne te laisse pas trop distraire par le décor, me rassure Marc.
Il me précède et je le suis, sans pour autant lui faire confiance.
— Tu veux dire pas comme toi quand tu as mis pour la première fois les pieds ici, Marc ?
Une voix grinçante s'adresse à mon guide qui se fige aussitôt.
Je me retourne aussi vite que possible et ne perçois que de l'ombre. Je plisse les yeux, tentant d'apercevoir tant bien que mal l’inconnu. Tout cela me stresse encore plus. D'habitude, je n'ai aucun mal à apercevoir les créatures qui se cachent dans l'ombre.
Pourtant, cette fois-ci, je n'y parviens pas. Mon niveau de stress augmente encore plus qu'à notre arrivée ici. Serait-ce un piège ?
— Bonjour, John, articule Marc lorsqu'un homme d’un âge avancé sort d’un coin sombre de la pièce.
Il a des cheveux blancs et porte une barbe de la même couleur qui lui sied à ravir.
Il a peut-être l'aspect d'un homme dans la tranche d'âge des 70 ans, cependant, ses mouvements souples et élégants n'ont rien à envier aux miens, ce qui est assez étrange à voir. Ses yeux clairs, dont je ne parviens pas à apercevoir la couleur, font de vifs allers-retours entre moi et l'homme qui m'accompagne.
Il semble venir vers nous pour nous saluer. Toutefois, il se détourne au tout dernier moment, préférant se diriger vers un magnifique canapé en cuir blanc. Il en caresse lentement la surface légèrement craquelée, avant de se concentrer de nouveau sur nous.
— Tu ne m'avais pas dit que ta compagne de travail était aussi charmante.
Je déglutis avec difficulté et croise les bras sur ma poitrine, tentant de cacher au mieux mes muscles saillants. J’ai peiné à les développer lors des nombreuses séances de musculation imposées lors de la formation à l’Ordre des chasseurs d'âmes. Cette posture me donne un air plus confiant. Et intimidant.
— Nous ne sommes pas des compagnons de travail, Monsieur…
Il me fixe longuement, ne semblant pas comprendre que j’attends qu’il complète ma phrase. Puis, il émet un petit rire, avant de me répondre avec un grand sourire.
— Monsieur Whissell.
Je me racle la gorge avant de répéter ma phrase en ajoutant cette information.
— Nous ne sommes pas des compagnons de travail, Monsieur Whissell.
Il se recule dans son fauteuil, aussi imposant que le reste de la pièce, tandis que Marc se pose contre le rebord de la table en chêne massif.
Notre hôte joint ses deux mains ridées, parcourues par de nombreuses veines bleutées qui ressortent sous sa peau livide, devant lui. Il paraît réfléchir, comme concentré sur quelque chose d’invisible.
— Je vous ai convoqués ici pour vous confier une mission des plus importantes.
Le ton qu'il emploie pour exprimer cette phrase est tellement grave que mon cœur se serre.
Si cette quête est tellement importante et qu'il a besoin d'une chasseuse d'âmes pour l'accomplir, alors pourquoi ne l'a-t-il pas confiée à l'Ordre ? Ils sont les mieux placés pour résoudre ce genre d’affaires.
