Les aventures d'Etienne Pellot - Eric Quintric-Divérrès - E-Book

Les aventures d'Etienne Pellot E-Book

Éric Quintric-Divérrès

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Beschreibung

Légende au Pays basque, célébré chaque mois de janvier dans sa ville natale d’Hendaye, le corsaire Etienne Pellot demeure largement méconnu dans le reste de l’Hexagone.

Celui que l’on surnommait « le renard basque » pour ses ruses téméraires et ses nombreuses évasions spectaculaires des geôles anglaises fut le dernier des corsaires français, cette activité ayant été interdite l’année de sa mort.

Etienne Pellot a servi sous Louis XVI, la Convention, le Directoire, le Consulat et l’Empire, causant un tort immense au commerce anglais. Blessé dès sa première course à l’âge de 13 ans, il devint la terreur des marins ennemis. Sa tête fut mise à prix pour la somme record à l’époque de 500 guinées.

Dans ce tome 1, nous découvrons l’enfance du corsaire et ses premiers actes héroïques, de la Mer d’Irlande au Golfe du Bengale.


À PROPOS DE L'AUTEUR

Eric Quintric-Divérrès est originaire de Lampaul-Plouarzel (Finistère).

Passionné par l’océan et ses légendes, il a retrouvé au Pays basque ce qu’il aimait dans sa Bretagne natale : un peuple fier attaché à sa langue, sa culture et son identité. Des chants de marins et un folklore tourné vers la mer. Une histoire propre à une région au sein d’une nation composite. Il est également l’auteur du recueil de poésie Orpailleur de lucioles aux Éditions Plume Libre.

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Seitenzahl: 126

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Ähnliche


 

 

 

 

 

Les aventures d’Étienne Pellot

 

 

Le dernier des corsaires

 

 

Roman

 

 

 

 

 

 

Eric Quintric-Divérrès

 

 

Préface

Légende au Pays basque, célébré chaque mois de janvier dans sa ville natale d’Hendaye, le corsaire Étienne Pellot (prononcer Péyo) demeure largement méconnu dans le reste de l’Hexagone. L’Histoire a surtout retenu les noms des Malouins et de quelques Dunkerquois, Surcouf et Jean Bart en particulier. Cela tient essentiellement à la richesse de leurs prises car en termes d’exploits, de ruse et de témérité, peu d’entre eux peuvent rivaliser avec notre Étienne Pellot.

Nostalgique des romans de mon enfance tels que L’île au trésor de Stevenson ou L’ancre de miséricorde de Pierre Mc Orlan, il me tenait à cœur de rendre hommage au dernier des corsaires. En effet, l’activité de course, ainsi que l’on nomme l’abordage des bateaux ennemis au nom de l’État, fut interdite en 1856, année de la mort de Pellot.

Avant même d’être romancée, la vie d’Étienne Pellot est tellement riche en péripéties et évasions rocambolesques que la réalité est parfois plus invraisemblable que la fiction. Mais alors, quelle est la part de vérité dans ce roman historique?

 

La vie d’Étienne Pellot fut si romanesque que son récit pourrait se suffire à lui-même. La première source d’information fut sa biographie Le dernier des corsaires, ou la vie d’Etienne Pellot Montvieux de Hendaye, dictée de sa bouche au capitaine Jean Duvoisin et publiée à Bayonne en 1856, année de la mort de Pellot. Plusieurs historiens ont remis en cause la véracité de certaines anecdotes figurant dans cette biographie.

En 1932, Thierry Sandre propose donc une autre version intitulée Le corsaire Pellot : qui courut pour le roi, pour la République et pour l’empereur et qui était basque, visant à corriger certains points de l’œuvre de Duvoisin.Enfin en 1996 paraît Contradictions et erreurs sur les exploits du corsaire Pellot, de Pierre Darrigrand.

 

N’étant pas historien, il ne m’appartient pas de choisir entre certains détails subtils de ces différentes versions. Car, hormis quelques dates ou nombres de prises, toutes les sources se rejoignent sur la majorité des exploits de Pellot, que ce soit ses combats ou ses évasions spectaculaires.

 

Je me suis donc appuyé sur la chronologie de Sandre et de Duvoisin, respectant les dates, les lieux, les noms des personnages historiques. Si les capitaines sous lesquels a servi Pellot (excepté celui du La Fayette) sont réels, ainsi que ses adversaires anglais, les membres d’équipages sont en revanche fictifs : j’ai emprunté leurs noms sur les tombes autour de celle de Pellot quand j’allais lui rendre visite au cimetière d’Hendaye. Pellot a bien embarqué sur Madame de la Fayette à l’âge de 13 ans, mais l’incendie sur les quais comme la présence du chat à bord sont imaginés. Pellot était également aux côtés de Suffren en Inde, mais rien n’indique qu’il ait pris part à la bataille de Gondelour : seules les dates rendent cela plausible. J’ai pris la liberté de le faire participer à cette bataille.

 

Pour le reste, j’ai fait confiance aux sources existantes. De même, j’ai pris la liberté de mettre dans sa bouche des tirades ou bons mots empruntés à d’autres. Ainsi la réplique sur l’honneur et l’argent est en réalité due à Surcouf.

 

Ailleurs on trouvera un clin d’œil à Audiard, Frédéric Dard, Sylvain Tesson, un hommage que n’aurait pas renié l’esprit vif de Pellot.

 

Lors de mes recherches à Hendaye, j’ai pu constater que mon projet de romancer la vie de Pellot était accueilli avec enthousiasme, et je tiens à remercier le personnel de l’Office du tourisme et de la Cité des Mémoires pour leur aide et conseils.

 

Merci également à Stéphane Micoud qui m’a fait parvenir son article 1778 : Première course du corsaire Étienne Pellot.

 

Ma première lectrice impitoyable, agente, directrice artistique, celle qui met de la couleur dans ma vie et sur mes couvertures, Andréa Turgis, a illustré cet ouvrage avec talent en redonnant vie au visage d’Étienne Pellot.

 

Merci aussi à mes éditrices de Plume Libre, Marie Prat et Sylvie Prat pour leur confiance renouvelée.

 

Carte du Pays basque

 

1 – Incendie avant le baptême du feu

19-20 novembre 1778

Le port de Bayonne, à la confluence de la Nive et de l’Adour, semble endormi sous un ciel où de gros nuages noirs laissent à peine passer quelques faibles rayons de lune entre deux brises. De rares étoiles émiettées au-dessus des quais n’arrivent pas à percer la pénombre. Les braves bourgeois, les ouvriers et les artisans dorment du sommeil du juste après une longue journée de labeur dans le Labourd.

La citadelle surplombant le quartier Saint-Esprit, conçue en 1680 par Vauban comme la majorité des fortifications de France, semble veiller sur le sommeil des habitants. Sur le port, le long du quai de la Galuperie, la majestueuse frégate Marquise de La Fayette est amarrée. Pour appareiller, il faudra attendre la marée haute : la barre (bancs de sables mouvants à l’embouchure) rend la sortie du port périlleuse. Le faible tirant d’eau convient mieux aux goélettes, pinasses, senaus, dogres, chaloupes et autres embarcations familières des ports de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz qu’à un tel navire de 400 tonneaux et 30 canons. Son étendard royal, bleu étoilé de blanc, pend le long du mât de pavillon, comme impatient de battre au vent du large à la poursuite de la perfide Albion, ainsi que l’on nommait l’Angleterre.

À quai, la frégate a l’air un peu ventrue en raison de la forme de sa coque évasée, mais qu’on ne s’y trompe pas : en pleine mer, toutes voiles dehors, elle fend les flots à grande vitesse tel un oiseau de proie. Avec son mât de beaupré tendu vers sa future victime, on pourrait la comparer à un espadon prêt à embrocher tout ce qui se présente sur son chemin.

À bord, ce n’est pas encore l’effervescence du départ, l’équipage profite dans ses quartiers des quelques heures de repos qu’il lui reste avant de lever l’ancre. L’officier de quart Pierre Etcheverry somnole en mâchonnant son brûle-gueule, assis sur le banc de la timonerie, l’œil légèrement entrouvert. A priori, ce n’est pas ici que l’on risque une attaque ennemie! Le rougeoiement de sa pipe se reflète sur le pont impeccablement lustré à l’huile de lin pendant la remise à neuf du navire au retour de sa dernière croisière. Chaque fois que le marin inspire une bouffée, le reflet d’une faible lueur rouge s’intensifie sur le bois verni, comme une petite bouche aux lèvres brillantes qui semble respirer l’air de la nuit. C’est du moins ce que se dit le jeune Étienne Pellot, accoudé au bastingage, et dont les yeux gonflés par le manque de sommeil lui font imaginer toutes sortes de fantaisies. De l’autre côté de l’Adour, les sabords d’un brick avaient commencé par le menacer en prenant l’apparence d’une gueule de requin pour finalement lui sourire, et les bouches des canons bien alignés lui apparaissaient comme une flûte flottant à la surface de l’eau.

«Akitua nalz ! Faudrait aller dormir un peu mon gars, parce que c’est bientôt le baptême du feu, et il faudra avoir les yeux bien en face des trous», se dit-il.

Mais l’excitation qui l’avait tenu éveillé jusque-là est bien trop forte. Ce n’est pas tous les jours que l’on s’embarque pour sa première course, à 13 ans qui plus est. En effet, la belle frégate est un bateau corsaire, et si le jeune Pellot a déjà navigué sur des baleiniers avec son père, il est totalement novice en matière de batailles navales. Qui pourrait le blâmer d’être trop anxieux pour trouver le sommeil? Ses yeux rougis voient maintenant un dragon bossu aux yeux jaunes devant l’Auberge du Port en amont du bateau. En clignant des yeux, il s’aperçoit qu’il s’agit de la silhouette de deux hommes, un petit devant et un plus grand derrière, tous deux vêtus de manteaux sombres. Les yeux jaunes sont en fait deux petites lanternes que le premier tient à la main tandis que le deuxième, qui fait plus de six pieds de haut, se dirige vers les écuries de l’auberge, sa démarche titubante trahissant un abus de boisson. Adossé d’une main à la poutre verticale qui supporte l’avant-toit, il se met à uriner.

«Zorri Zikina! Espèce de cochon, pense le jeune Pellot, tu peux pas utiliser le petit coin ou pisser dans l’Adour!»

Le second homme semble avoir la même envie pressante, et s’avançant vers son compère, trébuche et se vautre en avant. La bougie de chanvre de l’une des petites lanternes tombe sur la paille qui se met à crépiter. La brise légère transforme vite les petites flammes en un grand brasier.

Sans un regard pour leur forfait, les deux lascars s’enfuient après avoir ramassé leurs lanternes. Bientôt, des cris fusent de l’auberge, et quelques marins à moitié ivres titubent vers les abreuvoirs de l’écurie pour tenter de contenir l’incendie. Mais un pan de mur brûle déjà, et le toit s’enflamme à son tour. L’aubergiste se précipite dans les box pour détacher les chevaux qui ruent de panique. Leurs sabots claquent sur les pavés des quais dans leur fuite apeurée, tandis que les quelques personnes présentes reculent, impuissantes devant l’ampleur du feu. Elles n’ont pas remarqué la silhouette des deux coupables qui se cachent sous les arches dans leurs dos. Les deux hommes profitent de ce que la foule a les yeux rivés sur le drame en cours pour se diriger droit sur la frégate.

Alors qu’ils atteignent la passerelle, Étienne se baisse instinctivement, longe le bastingage et s’accroupit derrière le cabestan tandis que les deux marins, sans un regard dans sa direction, se précipitent dans la cale. Étienne ne reconnaît pas le plus petit des deux marins, en revanche l’identité du second ne fait aucun doute, il s’agit du contremaître Pierre Olazabal, surnommé Barbe Noire par l’équipage, non seulement parce qu’il a du poil sombre au menton, mais aussi en raison de la peur qu’il inspire, tout comme le pirate Edward Teach, plus connu sous le sobriquet de Barbe Noire.

Étienne sort de sa cachette à quatre pattes pour regagner son poste d’observation et suivre l’incendie, presque en face de son bateau. La charpente consumée par les flammes s’écroule dans un fracas assourdissant, forçant les curieux à reculer précipitamment. Sans doute réfugié au grenier, un chat noir détale avec un miaulement de terreur, la queue en flammes. Fonçant droit devant lui, il tombe dans le fleuve à quelques encablures de la proue de la frégate.

Sans réfléchir, Étienne se précipite vers la passerelle, saute sur le quai et court vers l’endroit où le chat a disparu. Quand il le voit flotter à la surface, il saute à l’eau et nage vers le pauvre animal. Celui-ci se débat et lui griffe la main.

«Ez izan beldurrik, katu txikia ! N’aie pas peur petit chat, et si tu n’arrêtes pas de me griffer, par Dieu je jure de te laisser boire tout l’Adour et la moitié de la Nive, jusqu’à ce que tu te fasses harponner parce qu’on t’aura pris pour une baleine!»

Saisissant le chat par la peau du cou d’une main, il enlève sa chemise de l’autre. Il noue les manches entre elles, et place le chat dans ce baluchon improvisé, qu’il tient entre ses dents. Il a ainsi les mains libres pour saisir le cordage de la frégate qui pend le long du quai et se hisser sur la terre ferme. Serrant le chat emmitouflé dans sa chemise contre sa poitrine, et grelotant déjà de froid malgré le peu de temps passé dans l’eau glacée, Étienne court à bord et file dans le réduit qui sert de chambrée aux moussaillons à côté de la cambuse. Il entre sur la pointe des pieds pour ne pas éveiller les trois corps endormis et attrape dans son sac en toile de jute sa seule chemise de rechange. Il enveloppe le chat bien au chaud dans sa couverture et le dépose délicatement dans son hamac.

«Surtout, ne bouge pas d’ici et ne fais pas un bruit, sinon je ne donne pas cher de ta peau! Le premier qui te trouve te jettera par-dessus bord sans scrupules. Tiens, fit-il en lui tendant un bout de gras de jambon qu’il avait mis de côté pour le frotter sur son pain. Je me gardais ça en réserve, mais t’as l’air d’en avoir plus besoin que moi!»

Il y avait du bruit et de l’agitation sur le pont. Étienne remonta et constata qu’une partie de l’équipage avait été réveillée par le raffut de l’incendie. Le capitaine Ehki Arizgoiti demandait aux marins présents d’aller donner un coup de main à l’aubergiste. Mais déjà les flammes se faisaient moins menaçantes. Les bâtiments autour de l’écurie étaient en briques, et leurs murs avaient seulement noirci. Une pluie fine, mais soutenue, achevait de contenir l’incendie dans les ruines de l’écurie, aidant les pompiers à le maîtriser. Les premiers marins de la Marquise de La Fayette revenaient à bord après avoir prêté main-forte aux riverains.

«Que s’est-il passé? demanda le capitaine Arizgoiti. Un accident?

– Non, il paraît que quelqu’un a volontairement mis le feu à la paille, répondit un matelot qui remontait à bord.

– Quelle misère! fit le capitaine. Le pauvre aubergiste qui peine à nourrir sa famille, le voilà bien mal. Il y a vraiment des pourris sur cette terre! Et pourquoi donc s’en prendre à ce pauvre type? Un vin bouchonné? Ou bien refusait-il de faire crédit à quelque ivrogne?

– En effet, voilà qui est bien triste, j’espère qu’on attrapera les gredins qui ont fait ça, et qu’on les jettera au cachot!

Celui qui venait de parler n’était autre que le contremaître Barbe Noire, et il secouait la tête d’un air dégouté et compatissant.

– Zuek, fartzuntziak, hilobien idurikoak zarete, kanpoz eder, baina barnez ustelak! pensa Étienne. Sale hypocrite, toi t’es comme les tombes : beau dehors et pourri en dedans!

Le capitaine se tourna vers Étienne et lui passa affectueusement la main dans les cheveux :

– Tu as la tignasse trempée, mon garçon ne reste pas sous cette pluie, tu vas attraper la mort avec le vent du large dès que nous serons sortis de la rade. Nous levons l’ancre dans une heure. 

Étienne aimait bien le capitaine, un ami de son oncle. C’est grâce à cette amitié que le capitaine Arizgoiti avait accepté de le prendre à bord malgré son jeune âge; et sans doute aussi parce qu’au Pays basque le nom de Pellot jouissait d’une réputation d’excellents marins, tous capitaines de père en fils.

Le jeune Pellot ne se fit pas prier pour obéir et rentra se mettre au sec, pressé qu’il était de voir comment se portait son passager clandestin. Les trois jeunes mousses qui partageaient ses quartiers se préparaient à rejoindre le pont pour la manœuvre. Plus âgés que lui, de 15 à 16 ans, ils embarquaient eux aussi pour la première fois sur un navire corsaire. Il attendit qu’ils aient quitté la pièce pour aller à son branle, où le chat semblait dormir, lové dans la couverture. Ce n’était plus un chaton, mais il n’avait pas encore atteint sa taille adulte, il devait avoir dans les six mois.

– Comment vais-je t’appeler, toi? Avec tes poils noirs ébouriffés autour de ton encolure, on dirait une barbe, mais il y a déjà un Barbe Noire à bord, qui est des plus antipathiques. Et en plus c’est un nom de pirate, toi tu seras un chat corsaire!