Les Canaletto - Octave Uzanne - E-Book

Les Canaletto E-Book

Octave Uzanne

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"Les Canaletto", de Octave Uzanne. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Octave Uzanne

Les Canaletto

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066306939

Table des matières

CHAPITRE I
CHAPITRE II
CHAPITRE III
CHAPITRE IV
BIBLIOGRAPHIE
RECUEILS D’ESTAMPES DE VENISE ET AUTRES VILLES
TABLE DES ILLUSTRATIONS

CHAPITRE I

Table des matières

LES CANALETTO, PORTRAITISTES DE VENISE

De toutes les cités du monde, Venise apparaît être celle qui ait exercé la plus impérieuse séduction aussi bien sur ses fils amoureux de leur mère, que sur ses visiteurs étrangers. Ses portraitistes se multiplièrent au cours de son histoire. Il n’y en eut point de plus zélés, de plus attentifs, de mieux doués que Le Canaletto et son neveu Bellotto, qui reproduisirent en de multiples tableaux ses visages, aspects et perspectives. La difficulté d’une étude complète sur ces deux petits maîtres vénitiens est apparente dans cet écrit plutôt essentiellement biographique, aucun développement critique n’y pouvant trouver place.

LES heureux et spirituels Vénitiens du siècle de Giambattista Tiepolo et de Goldoni déclaraient éprouver pour leur divine cité une telle dilection qu’ils y passaient leur vie à se «consoler les yeux».

On comprend aisément cette ivresse contemplative, cet enchantement continu de la vision, ce soulas bienfaisant du regard devant ce décor urbain le plus merveilleux qui ait été créé par les hommes et le moins susceptible de rassasier l’admiration, tellement le charme subtil des éclairages et la variété des atmosphères en modifie continuellement les aspects.

Aucun des voyageurs qui accoururent au chevet de la sérénessime République de 1700 jusqu’à l’heure de son agonie inconsciente et enjouée, ne s’avisa de protester contre cette déclaration d’intime jouissance du Civis Vénétus au contact visuel de sa chère ville natale et devant les surprenants et chatoyants spectacles qu’elle présente à chaque heure du jour.

Le Président de Brosse, qui s’y accagnarda voluptueusement, en bon épicurien qu’il était, avouait la délectation qu’il éprouvait à parcourir places, quais, canaux, ruelles et ponts, afin de se régaler «la vue» devant la splendeur et la variété des visions, échappées, perspectives imprévues qui s’offraient à lui, à chacune de ses promenades à pied ou en gondole. Gœthe, qui avait profondément subi les attraits de cette ville de Castors, comme il nommait la perle de l’Adriatique, en emporta dans ses yeux les sortilèges, qui, disait-il, s’y étaient fixés pour toujours et n’en parla désormais qu’en poète hypersensible aux phénomènes de fascination de la rétine par la beauté des choses.

Combien d’autres s’extasièrent devant les radieuses physionomies du palais des Doges, des Procuraties, de Saint-Marc, des palais de marbre du Grand Canal, de Saint-Georges Majeur, de la Giudecca et de cet extraordinaire mélange de terre et de mer, d’églises de tous styles, de coupoles byzantines, de mosaïques orientales, de façades roses baignant dans l’onde de la lagune, de vaisseaux et de gondoles se multipliant devant le quai des Esclavons, sans parler des jardins mystérieux et enchanteurs dépassant les murs de clôture, du peuple en liesse, des carillons et des barcarolles apportant leurs joyeuses vibrations dans la gaîté de l’atmosphère.

ANTONIO DA CANAL Vue du Colisée à Rome (Galerie Borghèse).

«Faites, implorait Gasparo Gozzi, qu’autour du Vénitien ambulant rie l’air qui l’enveloppe et que disparaisse à ses regards béatifiés tous les aspects de laideur, de douleur et de misère!»

La prière semble avoir été exaucée pour ceux qui goûtèrent l’heur de vivre dans cette patrie des fêtes carnavalesques et des épousailles de la mer à bord du solennel Bucentaure. Depuis Addison, qui vit Venise en 1700, jusqu’à Montesquieu, J.-J. Rousseau, l’abbé de Bernis, Mme du Boccage, Young, Moratin, Lady Montaigu et Mme Vigée-Lebrun, qui y séjournèrent tour à tour, il n’y eut qu’un concert de louanges, une exaltation d’hommages admiratifs, un constant panégyrique de l’exceptionnel et incomparable foyer d’art et de beauté que représenta la glorieuse Douairière de l’Adriatique, l’urbs-amphibie vivant de la mer et de l’opulence artistique prodigieuse de sa vie d’assolement sur pilotis.

Des peintres affluèrent de tous les points de l’Italie et de l’Europe dans ce bienheureux et libre séjour des plaisirs, des grâces et des ivresses de l’œil assoiffé d’impressions féeriques et de polychromies harmonieuses. Quelques-uns lui dédièrent, à leur passage, le los reconnaissant de leur talent, en symbolisant sur la toile l’image de cette Circé, de cette maravigliosa Regina del Mare. Mais les Vénitiens surtout, et aussi les artistes de Vérone, de Bellune, de Trévise s’entendirent mieux que les forestieri, à fixer avec un éclat et une sensible grandeur d’émotion les véritables traits de l’incomparable Idole.

Il fallait être issu du giron même de cette délicieuse Isola Madre pour la sentir pleinement, pour en percevoir toute la tendresse berceuse et en deviner la rare morbidesse, l’éloquent langage maniéré des architectures et toutes les délicates nuances des frissons de lumière sur la multiplicité de ses visages marmoréens.

Que de physionomies changeantes sur ce «Canal grande» ! Combien de sourires épanouis au seuil de la Basilique et sur la tour de l’horloge donnant accès à la Merceria! Quelle exhubérance de vie, de couleurs fines et nacrées sur la façade inachevée de SS. Giovanni e Paolo, devant la Scuola di S. Marco et sur ce monument équestre, le plus grandiose du monde, que Verrocchio érigea à la mémoire du mâle condottiere Bartholomeo Coleoni, de Bergame.

Toutes ces radieuses visions, reproduites, doublées souvent par le miroir des canaux, déformées parfois par le friselis, l’émoi chatouilleux des ondes plissées et zigzaguantes au passage des gondoles à fleur d’eau, donnèrent à Venise des expressions inoubliables, dont les maîtres de la palette se sont efforcé de restituer toutes les apparences spectrales, les aspects changeants, les magiques transparences et les paysages fantastiques, d’une indicible, exclusive et resplendissante splendeur.

Combien d’artistes peintres et graveurs vénitiens, paysagistes urbains dans l’âme, en dehors même de J. B. Tiepolo et de Francesco Guardi, cherchèrent à exprimer toutes les facettes esthétiques de la ville des Doges, où ils avaient fait vœu de vivre en rajeunissant la tradition de Bellini et du Véronèse. Qui se souvient encore aujourd’hui de Domenico et de Giuseppe Valeriani, de Marco Ricci, de Jacopo Marieschi, de Giambattista Piranèsi, cependant si exhubérant de vie et si prodigue de son talent de graveur original; de Zaïz, de J. B. Cimaroli, de Luca Carlevaris ou de Antonio Marini, qui, tous, méritèrent l’estime des connaisseurs et la ferveur d’une élite d’amateurs passionnés.

Depuis Vittore Carpaccio qui, dans les fonds de ses compositions, nous conserva l’image de la Venise du XVe siècle et surtout depuis le dernier des Vivarini, l’histoire des portraitistes de la Cité souveraine des lagunes serait certes intéressante à écrire, car du point de vue spécial des effigies de cet ancien centre du commerce du monde, cette histoire ne fut jamais réalisée au complet ni à la perfection.

Le nom qui domine tout ce passé aux yeux du public constituant la postérité, celui qui s’impose à la mémoire de tous les lettrés et curieux d’art, est un petit surnom aimable, diminutif sémillant et presque symbolique de la ville des canaux, un nom preste, cascadant dans l’oreille et qui semble avoir fait ricochet comme un palet miroitant à fleur de lagune, c’est un joli sobriquet à l’italienne, celui de Canaletto, le petit canal ou le bambino issu de Bernardo da Canal.

Le Canaletto! Aussitôt prononcé, ce mot évoque tous les visages pittoresques de Venezia la Bella, son Canalazzo, qui est sa grande artère, ses pali ou pieux semblables à des mirlitons géants fichés au-devant des nobles vieux palais princiers et presque tous peints aux couleurs de leurs possesseurs.

Le Canaletto! c’est la Dogana di Mare qui surgit à l’orée de la Giudecca, tout à la punta della Salute; c’est le noble défilé des édifices religieux et civils où apparaissent les styles d’architectures les plus étranges et les plus bâtards dans leur confusion d’accouplement avec les prodigalités du fastueux goût oriental. Les gothiques s’y multiplient au fil des canaux. Celui de Ravenne y épouse la somptuosité du gothico-byzantin, sinon du Roman fleuri et décadent.

On revoit le composite inextricable des frontons, des entablements, des arcs à paraphe où se déploya l’imagination confuse et le grandiose mauvais goût d’un Balthasar Lenghena et de quelques-uns de ses émules et disciples. Dans ces lapidaires extravagances, partout apparaissent, selon le mot de Taraboschi, les métaphores, les concettis et même le gongarisme. L’outrance des Levantins règne avec éclat sur toutes ces physionomies palatiales.