Les cavaliers de Zapata - FF Valberg - E-Book

Les cavaliers de Zapata E-Book

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Beschreibung

C'est l'heure de la révolution au Mexique. Zapata est un nom magique pour beaucoup de Mexicains. Quand on pense à lui, on pense aussi à ses cavaliers. Ils sont des frères, ils sont cinq cents, six cents, peut-être mille. Ils poussent un cri à l'unisson : « Viva la revolución ! viva ! »

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Seitenzahl: 197

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Inhalt

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Citation 4

PREMIÈRE PARTIE 5

Chapitre 1 6

Chapitre 2 8

Chapitre 3 10

DEUXIEME PARTIE 13

Chapitre 4 14

Chapitre 5 21

Chapitre 6 26

TROISIÈME PARTIE 29

Chapitre 7 30

Chapitre 8 34

Chapitre 9 37

Chapitre 10 40

Chapitre 11 43

Chapitre 12 48

Chapitre 13 51

Chapitre 14 58

QUATRIÈME PARTIE 61

Chapitre 15 62

Chapitre 16 66

Chapitre 17 70

CINQUIÈME PARTIE 73

Chapitre 18 74

Chapitre 19 76

Chapitre 20 81

Chapitre 21 86

Chapitre 22 90

Chapitre 23 94

Chapitre 24 97

Chapitre 25 103

Chapitre 26 106

Chapitre 27 109

Chapitre 28 113

Chapitre 29 115

Chapitre 30 118

SIXIÈME PARTIE 121

Chapitre 31 122

Chapitre 32 126

Chapitre 33 128

Chapitre 34 132

Chapitre 35 134

Chapitre 36 139

Chapitre 37 141

Chapitre 38 144

Chapitre 39 146

Chapitre 40 148

Chapitre 41 151

Chapitre 42 155

Chapitre 43 158

Chapitre 44 160

Chapitre 45 162

Chapitre 46 166

Chapitre 47 168

Chapitre 48 171

LES CAVALIERS DE ZAPATA - TOME 2 173

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Tous droits pour la distribution sont réservés: par voie de cinéma, de radio ou de télévision, de reproduction photomécanique, de tout support de son, de reproduction même partielle et de supports informatiques.

© 2021 novum maison d’édition

ISBN Version imprimée: 978-3-903861-63-3

ISBN e-book: 978-3-903861-64-0

Relecture: Sébastien Pansart

Photographie de couverture: Mariia Vasileva, Ahmad Mujib | Dreamstime.com

Création de la jaquette: novum maison d’édition

www.novumpublishing.fr

Citation

« Il vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux »

Emiliano Zapata

PREMIÈRE PARTIE

JERÓNIMO MIRANDA TORRES

AZTECA

LE DESCENDANT DES AZTÈQUES

Chapitre 1

LES CIMES DES MONTAGNES DE LA SIERRA

Zapata est un nom magique pour beaucoup de Mexicains. Jake Hendersonle savait. Il savait que le général Zapata était le chef desrévolutionnaires dans le sud du Mexique. Et que Pancho Villa l’était dans le nord du pays.

Il savait aussiqu’Emiliano Zapata portait le surnom d’Attila du Sud.

L’affaire en était restée là jusqu’au jour où Henderson avait regardé par hasard un film documentaire à la télévision.

Certaines images s’étaient incrustées dans son esprit. Des sangsues qui ne le lâchaient plus.

Une vaste plaine couverte de cavaliers.

Tousétaient des frères, cinq cents, six cents, peut-être mille. Ils poussèrent tous un cri à l’unisson :

« Viva la revolución ! Viva ! »

C’étaient les cavaliers de Zapata.

En arrière-fond,les bruits de la bataille résonnaient.

Une colonne de cavaliers traversaun village quelque part dans le sud du Mexique ; c’étaient des zapatistas,des cavaliers de Zapata.

Une nuée de cavaliers en blanc déferla d’une colline telle une avalanche. Une batterie de canons était braquée dans la direction opposée aux assaillants, leurs serveurs s’affairant à les tourner. Mais il était déjà trop tard, la vague des cavaliers les submergea. Le combat cessa. La plaine redevint calme après la tempête.

Les cavaliers en blanc ne délaissèrent pas Jake Henderson.

Cette nuit-là, Jake eut des insomnies. Il pensa àAntonio Rivera, leCapitan, le fidèle compagnon de Pancho Villa.El Capitanlui avaitraconté l’épopée desdorados, les soldats de Villa. Jake avait mauvaiseconscience à cause d’une promesse : la promesse faite à El Capitan de raconter aussi l’aventure deszapatistas.

Une promesse non tenue jusqu’à ce jour.

Henderson finit par se lever en pleine nuit pour fouiller dans ses papiers. Dans une note, il retrouva le nomqu’il recherchait : Jerónimo Miranda Torres. Etait-il encore en vie ? Si oui,il devait avoir plus de cent ans aujourd’hui.

Le lendemain matin, il en reçut la confirmation d’un ami journaliste de Mexico City. Jerónimo était encore en vie.

La nuit suivante il rêva de nouveau des cavaliers de Zapata.

Le nom de Jerónimo Miranda Torres revint plusieurs fois dans son rêve. Et c’est alors que Jake Henderson a entendu le chant :

Le chant de guerre des cavaliers de Zapata.

Chapitre 2

LE CHANT DES CAVALIERS DE ZAPATA

Jaunes sont les plaines en été.

Dans les champs de blé,

Soudain des fleurs blanches éclosent

Comme des roses.

Tel un coup de tonnerre,

Notre cri de guerre

Sous le ciel bleu jaillit,

Poussé par mille voix unies.

Viva la revolución!Viva!

Viva la revolución!Viva!

Nous sommes les cavaliers de Zapata.

Tous vêtus de blanc,

Nous dévalons à travers les champs.

Nous sommes frères de sang.

Rien n’arrête le torrent,

Qui tombe de roche en roche,

De cascade en cascade,

Rien n’arrête

Dans les plaines etles sierras,

Les cavaliers de Zapata.

La nuit est tombée

Sur les fleurs fauchées.

Demain matin, à l’orée,

De fraiches fleurs sont nées.

Sont séchées nos larmes,

Et rechargées nos armes.

Notre cri de guerre

Retentit de nouveau

À travers champs et vaux,

Le cri de guerre

Des cavaliers de Zapata :

Viva la revolución!Viva!

Vivala revolución!Viva!

Chapitre 3

JERÓNIMO MIRANDA TORRES

Monnom est Jerónimo Miranda Torres. Je suis originaire duvillage de Milpa Alta et fier de mes ancêtres, les Aztèques. Onme dénomme aussi Azteca.

Je suis devenu un cavalier de Zapata parce quel’injustice m’a révolté.

C’est moi le narrateur de ce qui s’est passé,mais dans laCronica zapatistaje donne aussi la voixà mes frères de sang Tara Diego, Moctezuma Las Casas, BenitoNavarro et Santiago Alvarez.

Chaque nuit je rêve.

Je rêve d’hommes qui mènent un long combat pourreconquérir leur dignité perdue, cette dignité que d’autres hommessans scrupules leur ont fait perdre. Je rêve d’hommes révoltés qui, un jour, las des exactions de leurs tortionnaires, se sont levés au cri de «Tierra y Libertad».

Je rêve de ma jeunesse aux beaux jours de la révolution.

Chaque matin, je me réveille quand les premières lueurs de l’aubechassent la nuit de ma chambre. Les yeux encore fermés, j’écoute un moment le gazouillement des oiseaux.

Mon premier regard esttoujours pour la photo.

Elle est accrochée au mur crépi à la chaux blanche.

La photo les montre regardant vers l’objectif, des hommes basanés au regard sombre et dur, personne n’esquisse un sourire. Leur regard, un morceau de charbon. Deux d’entre eux sont assis à une table en bois, les deux autres se tiennent debout derrière eux.

Celui assis à gauche, les yeux légèrement plissés, semble fixer le photographe – ou qui sait, l’avenir ? – avec méfiance. Il porte une large etprofonde entaille à la joue gauche.

Son voisin ne daigne même pas regarder le photographe, il fixe d’un air méditatif le fusil qu’il tient à lamain. Il porte la cartouchière en bandoulière et un pistolet automatiquedans un holster fixé sur la poitrine.

L’homme debout àgauche, derrière l’homme à la balafre, regarde fixement l’objectif avec unemine de défi.

Le quatrième homme a la tête légèrement relevée comme s’il voulaitregarder le ciel.

Tous portent la moustache, seule la forme diffère, droite, tombante ou incurvée. Tous sont des Indiens.

La photo a étéprise à Mexico, un des premiers jours de décembre 1914.

Sur laseconde photo, ils posent en vainqueurs. Tous ont la double cartouchièrecroisée sur la poitrine. À cette occasion-là, deux des hommes esquissent un léger sourire, les autres affichent un air grave.

Ce sont mes amisTara Diego, Moctezuma Las Casas, Benito Navarro et Santiago Alvarez.

Ce sont des cavaliers de Zapata.

Puis mon regardse pose sur mon vieux compagnon, le compagnon de mes combats. J’ai chaque matin un regard attendri pour lui, il a vieilli avec moi. Souvent, je le caresse, je le dépoussière, je m’assurequ’il n’y a pas de grain de sable dessus, jele cire lentement. Il a traversé les années avec moi, jen’ai jamais pu me résoudre à me séparer de lui. Il ne m’a jamais trahi.

Le matin,au lever du jour, je vais souvent dehors avec lui,je sors du village en direction de la montagne. Quand je suis assez loin du monde civilisé, je m’arrête pour choisir un point de repère sur les rochers, je vise à peine et j’appuie doucement surla détente. Même aujourd’hui, je ne rate jamais ma cible. J’ai la chance quemes mains ne tremblent pas encore et ma vue est aussi bonnequ’à l’époque de larevolución. Je ne tire jamais surun animal, un arbre, une fleur ou un cactus.

Pourquoi ne me suis-je pas séparé de mon fusil ?La raison en est simple : il est chargé de trop de souvenirs.Me séparer de lui aurait signifié me séparer d’une partie de moi. Il m’est impossible de me séparer d’une partie de moi-même.

Tous mes frères n’ont pas adopté la même attitude. Prenons par exemple Moctezuma Las Casas.

À la fin de la revolución, Moctezuma a déclaré : « Je ne toucherai plus jamais à un fusil. Lavérité est que j’ai horreur des armes à feu, de toutes les armesà feu. Je les ai toujours détestées. Elles n’apportent que la mort et le malheur. Certes, j’ai été obligé de me servir de mon fusil, mais cela ne change rien à mon opinion. »

Je comprends bien Moctezuma.

Pour BenitoNavarro le fusil est un symbole. Il l’a placé dans sameilleure chambre, au-dessus de la cheminée. Son fusil est sacré pour Benito.Personne n’a le droit d’y toucher. L’arme a une histoire. Il a appartenuau père de Benito qui s’en est servi pendant la révolution de Juárez. Puis il l’a donné à son fils qui s’en est servi pendantnotrerevolución. C’est une relique qui a une âme. Elle sera transmise de génération en génération.

Tara Diego m’a dit unjour, goguenard. « Je garde mon fusil. Un cavalier deZapata sans son fusil ? Tu peux vraiment imaginer cela, Jerónimo ? Moi pas !»

Santiago Alvarez : « Me séparer de mon fusil ?Pourquoi,por Dios? Je ne saurais me défaire ni de ma balafre ni de ma pétoire. »

Seul Moctezuma s’est débarrassé de son fusil.

Pour Benito, le fusilest une relique sacrée, symbole de la pérennité des révolutions.

Pour Moctezuma, le fusil estsymbole de mort et de destruction.

Pour Tara, il est l’instrument de la révolte et de la liberté.

Pour Santiago, il en est de même que pour Tara.

Pour moi, mon fusil porte en lui tous mes souvenirs et incarne ainsi la mémoire de larevolución.

DEUXIEME PARTIE

UN PETIT VILLAGE DANS LE MORELOS

Chapitre 4

Unjour, mon ami Jerónimo Miranda Torres – beaucoup d’entre nousl’appelaient simplement Azteca pendant la révolution – me prit à part :

« Écoute, Jesús, tu sais que je suisle principal narrateur de laCronica zapatista.

– Je sais. C’est toi qui racontes ce qui s’estpassé pendant notre révolution.

– Tu sais aussi qu’au début de la révolution,j’étais encore à Milpa Alta. Toi, tu étais depuis votre enfance avecEmiliano à Anenecuilco et à Vila de Ayala. Ce qui fait que tues sans doute mieux placé que moi pour raconter quelques chapitresde la chronique. Tu es un témoin oculaire de cette période. C’esttoi qui raconteras comment tout a commencé. Tu en as été témoin, pas moi, donc à moi de m’effacer. Es-tu d’accord pour prêter ta voix pour quelques chapitres de laCronica? »

J’acceptais avecjoie et remerciais chaleureusement Azteca d’avoir pensé à moi.

« La parole est donc à toi, Jesús, me dit-il. À toi, l’amiet le compagnon d’enfance de Miliano. Tu nous racontes tes souvenirs des débuts de la révolution. Moi je viens prendre la relève quand je me joins à vous après que j’ai quitté mon village de Milpa Alta. »

Anenecuilco

Cronica zapatista

Jesús Moreno

Comme Jerónimo, je pense chaque jour à l’époque de la révolution. Mais jepense aussi souvent au temps d’avant la révolution, à l’époque où de sombres nuages ont commencé à obscurcir le ciel.

C’était le soir, à la fin de l’été.

Un dimanche de septembre 1909.

Pendant toute la journée, le cielau-dessus de notre petit village d’Anenecuilco avait été d’un bleu serein. Mais dans le cœur des hommes rassemblés sous les arcades derrière l’église, l’atmosphère n’était pas à la joie.

L’heure était grave. La colère grondait,sourde, non encore exprimée ouvertement, mais elle était là dans lecœur des hommes de cette bourgade de quatre cents habitants. Certes, elle n’était pas encore sur le point d’éclater au grand jour. Mais la mèche était allumée, elle brûlait doucement.

En cas d’événement important, on faisait d’ordinaire sonner la cloche de l’église pour rassembler les hommes.

Aujourd’hui, on ne l’avait pas fait par mesure de précaution.

Il ne fallait pas mettre la puceà l’oreille des majordomes des haciendas de la région. La cloche les aurait avertis que quelque chose d’inhabituel se tramait. Ilvalait mieux qu’ils n’en sachent rien.

La nouvelle s’était répandue de bouche à oreille : le président a une importante déclaration à faire. Presque tous étaient venus, près de quatre-vingts hommes. Tous les jeunes étaient là et tousles vieux aussi. Andrés, à mes côtés, me prit parle bras, l’air espiègle.

« Devines-tu ce qui se passe, Jesús ? »

Je fronçai les sourcils, j’hésitai avant de murmurer :

« Une révolte, comme celle de Juárez ?

– Non, non,amigo, dit Andrés avec un sourire. L’heure n’est pas encore à la révolte, pas encore. Je lesaurai à temps, tu sais. »

Un nouveau sourire dévoila ses dents blanches. Ilpassa la main sur sa cicatrice à la racine de ses cheveux.

« Quand mon ancienne blessure commencera à brûler, le feu sepropagera dans mon corps, et alors la cloche sonnera le tocsin. Aujourd’hui,je ne ressens pas encore de brûlure, la clocherestera silencieuse. Mais plus pour longtemps. Je le sais, je ne suispas sourd et aveugle. Aujourd’hui, c’est l’heure des jeunes. »

Je le regardais, en attendant son explication.

« Les vieux, continua-t-il, je les connais bien. Dix années qu’ils s’occupent desaffaires du village. Dix années de conflits permanents avec leshacendados, cela épuise un homme. Vient un moment où tudois te demander si tu es encore capable de menerce combat. Tu es honnête jusqu’au bout des ongles,mais il y a un os : tu te fais vieux.Le poids de l’âge et des soucis devient de plus enplus lourd. Alors tu décides en toute lucidité de passer la relève aux jeunes.

– Pourquoi aujourd’hui ?

– Parce que c’est le bon moment  », dit Andrés.

Mon ami Amerigo Cerqueiros vint nous rejoindre.

« Que complotez-vous, vous deux ?

– Andrésdit que les vieux vont laisser la place aux jeunes dans leconseil municipal. Que c’est pour ça qu’ils nous ont convoqués.

– Ils vont donner leur démission ?

– Je pense que oui, dit Andrés.

– Il faut que j’annonce ça tout de suite à PacoRobles. Je me demande qui de nous trois sera le nouveau maire, toi Jesús, moi ou Paco. »

Il ricana en s’éloignant. Andrés s’éclaircit la voix.

« Ton ami est trop jeune pour devenir maire.

– Peut-être encore trop irréfléchi aussi, ai-je suggéré.

– Tu assans doute raison, muchacho, dit Andrés, pensif. Ces fonctions exigent beaucoup d’énergie et de sens tactique.

– Àt’entendre parler ainsi, on dirait que tu parles d’un chef de guerre.

– Nous sommes depuis des décennies en guerre avec leshacendados, dit Andrés, c’est une guerre non déclarée ouvertement. Et lestemps sont particulièrement durs aujourd’hui. Il faut des hommes à poigne pourtenir tête auxhacendados, des hommes jeunes qui n’ont pas froid aux yeux pour faire face aux épreuves difficiles qui nous attendent. »

Miguel Mendes vint se joindre à nous.

« Qu’est-ce qu’il se mijote, Andrés ?Toi qui es toujours dans le secret des dieux… »

Miguel était aussi vieux qu’Andrés. Mais iln’avait pas rejoint les rangs des guérilleros juaristes et Andrés nele lui avait jamais pardonné.

« Dis-moi, Andrés, qu’est-ce qui se passe? Pourquoi la cloche n’a-t-elle pas sonné ? Y aura-t-il une révolte ?

– De toute façon, tu ne seras pas au premier rang. »

La voix d’Andrés étaitpleine de sarcasme. Les traits burinés de Miguel se rembrunirent encore plus.

« Toi, tu me reprocherascela encore quand je serai dans mon cercueil, dit Miguel, dépité.Mais, cette fois-ci, tu seras trop vieux toi aussi.

– Non, non, rouspéta Andrés, jeserai en première ligne, comme en 1860.

– Ça, je veux bien le voir, maugréa Miguel. »

Il tourna les talons pour aller rejoindreCandido Mendoza, en conversation avec Enrique Moreira et Pascual Flores.

« En 1860 aussi, t’avais la trouille, grogna Andrés, oui, la trouille.

– Une question me brûle les lèvres depuis un bon moment, Andrés. Y aura-t-il une révolte ?

– Oui, sourit-il.

– Maintenant ?

– Pas encore.

– Ce sera pour bientôt ?

– Je ne suis pas devin, mais ce sera pour bientôt si les chosesne changent pas vite. Il faudrait des réformes tout desuite. Mais le vieux Porfirio ne changera plus de peau, lui non plus. »

Andrés poussa un soupir, puis enchaîna.

« Il est trop vieux, lui aussi. Toiet tes amis, vous serez de la partie.

– Toi aussi.

– Tu rigoles ? Moi, à soixante-douze ans ?

– Mais tu viens de dire à Miguel…

– Cela le fait enrager, c’est pourça que je le lui ai dit,muchacho.

– Alors, ce n’estpas vrai non plus ce qu’on raconte dans le village…

– Qu’est-ce qu’on raconte ?

– Quetu as toujours le fusil chargé et à portée demain pour le cas où il y aurait unerevolución. »

Il avait les yeux rieurs.

« Ça c’est vrai.

– Je ne comprends pas.

– Mais si, c’est pourtant simple. Je reste ici de garde. Si les hacendados arrivent, je ferai feu contre eux. Toiet tes amis, vous partirez d’ici.

– Andrés, es-tu certain de ce que tu dis ?

– C’est la vérité.Si,muchacho.

– T’en es sûr ?

– Décidément, tu ne veux pas me croire aujourd’hui.

– Comme tu sais tout, tu sais aussi qui sera lenouveau chef.

– Caramba, oui, je le sais.

– Alors qui ?

– Emiliano Zapata. »

Le président du conseil du village avait des choses importantes à nous dire. Nous sommes allés boire ses paroles, dans un silence respectueux.

« Mes conseillers et moi, nous sommes tous des vieillards. Le poids de l’âge et desresponsabilités devient écrasant pour nous. Il arrive un moment où les vieillards sont à bout de force. La tâche qu’ils ont assumée est devenue untrop lourd fardeau pour eux. Ce moment est maintenant venu pournous. Nous remettons les affaires du village aux mains d’hommes jeunes, dans la force de l’âge.

Désormais, ce sont ceux que vous allez élire qui vont défendrenos droits sur les terres du village et les coursd’eau devant les tribunaux de Cuernavaca.

Ce sont eux qui vont se rendre à Cuautlapour affronter lejefe politico, ce sont eux quise déplaceront à Mexico pour régler les affaires d’avocatet qui vont traiter avec les régisseurs deshaciendas.

Nous allons au-devant de temps de plus en plus difficiles. Notre sagessedeviejitosne suffit plus pour régler les problèmes qui se posent.

Il nous faut des hommes nouveaux, des hommesà poigne pour les résoudre. C’est tout ce que j’avais à vous dire. »

Le chef s’interrompit un instant, puis reprit la parole.

« Je vous demande maintenant : qui veut succéder à laprésidence du conseil ? »

À l’issue du vote, Emiliano Zapata est devenu le chef denotre village. Andrés s’est contenté de me jeter un coup d’ œil goguenard,il n’a pipé mot.

Si je portais un sombrero, ce serait maintenant lemoment de l’ôter.

« Andrés, tu es le Grand Prêtre », lui ai-je dit.

Il a ri en me donnant une tape sur l’épaule.

«Bueno, tu verras qu’Emiliano estun choix historique. »

Dans notre village d’Anenecuilco et dans la ville voisine de Villa de Ayala, tout le monde connaissait Emiliano Zapata. Ilavait la réputation d’être le meilleur dresseur de chevaux des étatsde Morelos, de Puebla et de la capitale Mexico. On sedisputait ses services, c’était uncharroaccompli.

À seize ou dix-sept ans – peu de tempsaprès le décès de ses parents – il avait eu des démêlés avecles autorités du district et trouvé refuge dans leranchod’unde ses amis aux environs de Puebla.

Chez nous, des démêlésavec les autorités à cet âge étaient considérés comme un simpleincident de parcours dénotant la volonté d’indépendance d’un gars au caractère fort.

Emiliano était vite devenu un homme solide commeun roc. Il avait hérité d’un peu de terre et debétail de ses parents. Il cultivait ses champs et s’occupait de ses chevaux.

Comme il était dotéd’une farouche volonté d’indépendance, il n’avait jamais travaillé comme journalier sur les terres d’une hacienda.

Quand ce n’était pas la saisonde travailler la terre, il conduisait des mules vers le sud, dansles campements établis le long de la rivière Cuautla.

D’après les critères de nos campagnes, Emiliano n’était pas un homme pauvre. Il nevivait pas dans une hutte, mais dans une maison de pierre et d’adobe. Il était jeune – trente ans – et n’avait peur ni dujefe politico ni deshacendados.

Ilaimait ses chevaux et quand, les jours fériés, il se promenait surson beau cheval, en costume decharro, dans notre village ouà Villa de Ayala, il n’avait pas l’air d’undon, mais il restait un des nôtres.

Le nom de Zapata jouissait d’une excellente réputation.

Vers 1810, pendant la Guerred’Indépendance, une armée espagnole assiégeait Cuautla.

Les gamins des villages avoisinants se faufilaient à travers les lignes ennemies pour ravitailler les assiégés en poudre, tortillas et eau-de-vie. Un de ces gamins s’appelait Zapata.

Au cours de la Guerre d’Intervention, en1866 et 1867, le grand-père maternel d’Emiliano, José Salazar, était dans la région d’Ayala l’homme de confiance du général Porfirio Díaz qui organisait dans le sud des compagnies en vue del’assaut final contre les Français.

Emiliano était un homme taciturne, il parlait peu.

Après son élection, il s’est contenté de nous dire :

« J’accepte cette lourde responsabilité, mais je compte aussi sur chacun d’entre vous. »

Chapitre 5

LE GRINGO

Chaque matin, au lever du jour, ma première démarche quand je sors de ma chambre à coucher est de faire un tour dans le jardin. Je reste un moment assis sur le banc à regarder le soleil se lever au-dessus des montagnes. J’ai alors l’impression que le temps est suspendu et que la nature retient sa respiration à l’aube du jour nouveau.

Aujourd’hui, comme d’habitude, je pousse la porte donnant accès au jardin. Je sais tout de suite que ce sera une journée splendide. J’hésite un instant en apercevant la silhouette d’un homme sur le banc. Il m’a déjà vu.

« Buenos dias, señor Miranda. Por favor, permettez-moi de me présenter : mon nom est Jake Henderson, dit-il d’une traite en se levant du banc. Je vous prie d’excuser mon intrusion chez vous. La porte du jardin était ouverte et j’ai décidé de vous attendre ici. Je suis reporter du San Francisco Word of the Day. Mon patron m’a chargé de faire un reportage sur les cavaliers de Zapata.

– Buenos dias.

– Cela vous étonne sans doute de me trouver déjà ici, fait-il d’un air enjoué. Oh ! Excusez-moi si j’ai pris votre place. »

Ce gringo a du culot. Cela me plaît, j’esquisse un sourire. Je n’ai aucune raison de le chasser.

« Il y a de la place sur mon banc pour deux hommes, dis-je, rasseyez-vous. Vous êtes un lève-tôt comme moi. Je considère cela plutôt comme une qualité.

– Oui, ne dit-on pas que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt ? Ils ont toute la journée devant eux pour travailler.

– Ou pour ne rien faire, dis-je.