Les contes de la plage - Fernand Hue - E-Book

Les contes de la plage E-Book

Fernand Hue

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"Les contes de la plage", de Fernand Hue. Publié par Good Press. Good Press publie un large éventail d'ouvrages, où sont inclus tous les genres littéraires. Les choix éditoriaux des éditions Good Press ne se limitent pas aux grands classiques, à la fiction et à la non-fiction littéraire. Ils englobent également les trésors, oubliés ou à découvrir, de la littérature mondiale. Nous publions les livres qu'il faut avoir lu. Chaque ouvrage publié par Good Press a été édité et mis en forme avec soin, afin d'optimiser le confort de lecture, sur liseuse ou tablette. Notre mission est d'élaborer des e-books faciles à utiliser, accessibles au plus grand nombre, dans un format numérique de qualité supérieure.

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Fernand Hue

Les contes de la plage

Publié par Good Press, 2022
EAN 4064066302283

Table des matières

L’ACADIENNE
I
II
III
IV
V
LE GÉNÉRAL CABIEU
LE MARIAGE DU PÈRE LECORNEC
PIERRE LE SOMBRE
SAUVER OU PÉRIR
CREVETTE
LA DAME DE COURSEULLES
I
II
III

L’ACADIENNE

Table des matières

I

Table des matières

C’est une histoire vraie que je vais vous raconter, cher lecteur; je la tiens d’un vieux marin, petit-fils du principal héros de l’aven-’ ture.

Ce vieux marin s’appelait Philippe Aubert; c’est lui qui m’a appris à connaître et à aimer ceux que l’on nomme les «gens de mer». Quand j’étais un petit enfant, c’était déjà presque un vieillard, et, pendant qu’il me gréait de jolis bateaux, il me racontait des histoires, des épisodes de sa vie de marin, le plus souvent.

Avant de commencer le récit de mon vieil ami, laissez-moi vous rappeler en deux mots le fait historique auquel il se rattache.

Au commencement du dix-septième siècle, quelques marins normands vinrent se fixer sur la grande presqu’île américaine qui porte aujourd’hui le nom de Nouvelle-Écosse: ils l’appelèrent Acadie.

Un siècle après, malgré les incursions continuelles des colons anglais, établis dans la Nouvelle-Angleterre–depuis les États-Unis, –les Acadiens avaient prospéré; ils étaient huit mille, répartis en plusieurs villages situés le long des côtes.

De marins qu’ils étaient tous au début, les Acadiens s’étaient faits cultivateurs; ne trouvant pas à vendre le produit de leurs pêches, ils avaient laissé le filet pour prendre la charrue. Avec l’adresse, l’habileté et la persévérance qui distinguent l’habitant de nos côtes septentrionales, ces nouveaux agriculteurs avaient obtenu des résultats merveilleux: ils avaient conquis sur la mer d’immenses territoires au moyen de digues qu’ils nommaient aboiteaux, et qu’eux seuls savaient construire; les plaines, jadis désolées et couvertes de marécages, donnaient chaque année de riches moissons; ils avaient bâti des fermes, fondé des villages, et l’aisance régnait partout.

De mœurs douces, de vie simple et réglée, ces Acadiens coulaient uné existence heureuse, et les auteurs de l’époque nous les montrent comme des hommes braves–ils l’avaient prouvé, pendant leurs longs démêlés, avec l’Angle terre,–honnêtes et laborieux.

«Leurs moeurs ’ étaient extrêmement simples, dit Raynal. Il n’y eut jamais de cause criminelle ou civile assez grave pour être portée devant la cour de justice établie à Anapolis (la capitale de l’Acadie). Les petits différends qui pouvaient s’élever de loin en loin entre les colons, étaient toujours terminés à l’amiable par les anciens...

«... Dès qu’un jeune homme avait atteint l l’âge convenable au mariage, on lui construisait une maison, on défrichait, on ensemençait des terres autour de sa demeure, on y mettait les vivres dont il avait besoin pour une année. Il y recevait la compagne qu’il avait choisie et qui lui apportait en dot des troupeaux. Cette nouvelle famille croissait et-prospérait à l’exemple des autres.»

En1713, à la suite du traité d’Utrecht, l’Acadie fut cédée à l’Angleterre. Pendant les premières années, les envahisseurs laissèrent vivre en paix les Acadiens, et ceux-ci, bons et honnêtes, espéraient qu’il en serait toujours ainsi. Hélas! c’est pour mieux les tromper et les frapper plus cruellement que la perfide Angleterre les laissait s’endormir dans une tranquillité trompeuse.

Jaloux de la prospérité de nos compatriotes, les Anglais résolurent de chasser les Acadiens et de confisquer à leur profit les terres que ces malheureux avaient mis un siècle et demi à défricher, à ensemencer et à rendre productives.

C’est en1755qu’ils mirent cet infâme projet à exécution.

Maintenant, je cède la parole à mon vieux marin.

II

Table des matières

Un jour, j’avais accompagné Philippe Aubert à la pêche; nous étions au large, par un beau temps, quand j’aperçus à l’horizon un grand bâtiment, toutes ses voiles déployées.

–Oh! le beau navire! m écriai-je.

Philippe, étendant sa main au-dessus de ses yeux, regarda dans la direction que je lui indiquais.

–C’est un navire de guerre.

–Comme j’aimerais à le voir de près!

Mon vieil ami examina le temps, consulta la hauteur du soleil, puis, avec ce bon sourire qu’il prenait quand il parlait à ceux qu’il aimait:

–Je vais vous y conduire, me dit-il.

Trois quarts d’heure après, nous étions dans les eaux du bâtiment: c’était une grande frégate en bois et à voiles, comme on les faisait autrefois, et comme on n’en voit plus depuis l’invention des cuirassés.

–Dieu! que c’est beau! m’écriai-je après avoir admiré le colosse.

–Oui, c’est beau, reprit Philippe; mais quel dommage que ça appartienne à ces faillis chiens d’habits rouges!

C’était une frégate anglaise.

–Vous n’aimez pas les Anglais, père Philippe?

–Quand on est marin, quand on est Normand et qu’on s’appelle Aubert, on vient au monde et on meurt avec la haine de l’Anglais; cette haine-là, nous l’avons sucée avec le lait maternel, et nos mères nous ont élevés dans l’amour du prochain et la haine des Anglais. Ah! si je ne haïssais pas ces gens-là, je ne serais pas digne de porter le nom d’Aubert.

En prononçant ces paroles, le vieux marin s’était levé; appuyé d’une main sur la barre de son gouvernail, de l’autre, étendue, il semblait menacer la frégate, et son regard brillait d’un éclat que je ne lui connaissais pas encore.

–Que vous ont-ils donc fait? demandai-je timidement, un peu effrayé de la colère de mon vieil ami.

–Ce qu’ils m’ont fait! Écoutez: mais d’abord, partons, que je ne les voie plus.

Nous virâmes de bord, mettant le cap sur la terre, et le marin commença ainsi:

–Ça remonte loin: à plus de cent ans. Les hasards de la vie de marin avaient conduit mon arrière-grand-père en Acadie; le pays lui plut, il y trouva bon nombre de compatriotes et même des parents, car vous n’ignorez pas, vous qui allez au collège, que c’est par des marins normands que ce pays fut d’abord peuplé; il s’y fixa. Quelque temps après son arrivée, il se maria à une brave fille qui habitait le village des Mines, situé au fond de la baie de Fundy, sur les bords de la rivière des Gasparaux.

Ce village était un des plus florissants de l’Acadie; tous ses habitants étaient cultivateurs; mais tous, aussi, étaient restés marins; ils se rappelaient trop leur origine pour ne pas consacrer de temps en temps un jour à la pêche. Quant au vieil Aubert, il refusa absolument de prendre la charrue: il se construisit un bateau et se mit à faire la pêche.

De son mariage il eut plusieurs enfants, qui se marièrent à leur tour et devinrent cultivateurs, à l’exception d’un seul, l’aîné, Jacques Aubert, mon grand-père.

Dès l’âge de dix ans, Jacques accompagnait son père, c’était son mousse; il devint bientôt un fin matelot, et quand, à l’âge de vingt-cinq ans, il se maria, c’était le plus habile pêcheur de la côte; il connaissait la baie comme pas un et servait souvent de pilote pour entrer les grands navires anglais qui fréquentaient ces parages.

En1755, rappelez-vous cette date, mon enfant, elle restera dans l’histoire de l’Angleterre –comme une tache de honte et d’infamie que rien au monde ne saurait effacer ou faire oublier. En1755, mon grand-père Jacques avait trente et un ans; il était marié depuis six ans et avait un fils nommé Jean, qui avait alors cinq ans: c’était mon père.

Un jour, le3septembre, Jacques revenait de la pêche; comme de coutume, Marie, sa femme, tenant le petit Jean par la main, attendait son mari sur la plage.

–Il y a du nouveau, Jacques, dit-elle, pendant que le père embrassait son enfant.

–Qu’est-ce que c’est?

–Ce matin, on a lu par les rues une proclamation ordonnant à tous les habitants de se réunir dimanche à l’église; c’est, paraît-il, pour entendre une importante communication du gouverneur.

–Eh bien, femme, nous irons, répondit tranquillement Jacques en rangeant ses filets; c’est quelque nouvelle mesure vexatoire que ces brigands d’Anglais veulent nous imposer, sans doute.

–Je le crains, soupira Marie; je ne sais pourquoi, cette nouvelle m’effraie.

–Tu seras toujours la même, ma pauvre femme, un rien te chavire la tête.

–Nous sommes si heureux, Jacques, que je tremble sans cesse pour notre bonheur.

Et ma pauvre grand’mère pleurait, sans savoir pourquoi: c’était comme un pressentiment.

Pour la consoler, Jacques l’embrassa, et, chargeant sur ses épaules une lourde manne pleine de poisson, se dirigea vers sa demeure.

Le surlendemain, le dimanche5septembre, vêtus de leurs plus beaux habits, les habitants se rendirent à l’église: ils étaient tous là; personne n’avait manqué, car tout le monde était curieux de connaître le motif de cette réunion.

Pendant que les femmes entraient dans le temple avec leurs enfants, les hommes, restés devant la porte, se formaient par groupes et causaient de l’événement; chacun émettait son avis, et tous étaient d’accord qu’ils n’avaient rien de bon à attendre de la nouvelle qu’on allait leur apprendre.

Enfin, la cloche tinta un dernier coup, et les hommes pénétrèrent à leur tour dans l’église.

Le prêtre était à l’autel, les habitants écoutaient les prières dans un pieux recueillement.

–Jamais, me disait mon père quand il me racontait cette histoire, jamais les femmes n’avaient prié avec tant de ferveur.

Soudain, les portes s’ouvrent avec fracas; chacun se retourne, et un cri d’épouvante sort de toutes les poitrines.

Une troupe de soldats anglais, le fusil chargé, la baïonnette au canon, entre dans l’église; un officier les précède. Arrivé au centre de l’édifice, il commande halte, et, dépliant un papier qu’il tient à la main, il lit ce qui suit:

«Au nom du roi,