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Rézo est un être solitaire, paradoxalement. Une âme fragmentée. Sa destinée débute avec une découverte macabre : Ofeli, jeune fille de 13 ans, pendue et mutilée. Il fait alors la promesse de retrouver le meurtrier, et de la venger. Nous suivons son chemin, à travers les villes, les rues, la forêt ; à travers son esprit, aussi. Différentes personnes croiseront sa route, certaines perdront leur souffle après son passage. Car dans son sillage rôde une cohorte de personnages étranges, qui lui offrent une singulière compagnie dans l'obscurité de son existence. Écrit lorsque l'auteur avait entre 17 et 18 ans, ce récit noir et poétique nous plonge dans les profondeurs de l'âme humaine, explorant les thèmes de la solitude, de l'identité, et de la quête de soi.
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Seitenzahl: 152
Veröffentlichungsjahr: 2024
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À celui qui parcourait les routes avec des idées baroques plein la tête et une vision bien personnelle du monde, que j’ai beaucoup aimé être. À cette partie de ma vie qui me manque parfois ; qui semble si loin, si proche. À ce gamin qui m’est si familier ; qui garde encore pourtant tellement de zones d’ombre aujourd’hui.
Une pensée à Stéphanie, qui a inspiré des bribes d’Amélie.
À ma mère, à André, à Cilène. Aux gens que j’aime, qui se reconnaîtront.
La falaise
La plage
La ville
L’appattement
Le train
Les ombres
Contact
La forêt
Le marais
Le grenier
La route
Lettre de Lame
À paraître : Oréli.
Je me suis approché d’elle. Me suis avancé, pour la toucher.
J’ai caressé sa joue ; si fine, presque transparente.
Elle ne m’a pas regardé. Ses yeux étaient rivés sur le ciel.
J’ai fui, alors, pour me cacher.
…
Depuis combien de temps suis-je caché maintenant ?
Je ne me souviens de rien.
Le vide est absolu, creux.
Il fait nuit noire. Je suis accroupi, derrière un massif de ronces, au sommet d’une falaise. Je ne reconnais pas le lieu.
Des éclairs déchirent le ciel sporadiquement. Le tonnerre se charge de donner une dimension sonore au décor.
Et il se donne du mal. Mais je ne l’entends pas.
Le tonnerre est en moi. Sourd et envahissant.
La pluie me lacère le visage, s’infiltre en-dedans par chaque pore de ma peau. Elle me ronge, telle une nuée d’insectes hostiles. Je suis trempé jusqu’aux os. Perméable et consentant.
Je suis conscient, mais je ne ressens pas.
Je ne sens pas le froid, s’il est là. Je ne sens pas la force du vent, qui semble vouloir me faire plier, me renverser dans le vide. Je me raccroche aux épines devant moi, qui entaillent mes mains. Mais je ne sens rien.
Le vent hurle comme un dément.
Il ne m’impressionne pas. Il m’en faut bien plus que cela.
Et surtout, il y a elle. Là-bas.
Elle, qui se balance au gré de son souffle puissant. Petit corps léger à la merci de ce dieu omnipotent.
Elle accomplit sa dernière danse. À une centaine de mètres devant.
C’est pour elle que je suis ici. Je le sais.
C’est elle que j’observe, de loin, tapi dans l’ombre.
Mon ombre.
Hypnotisé par ce ballet funèbre, ce dernier rite de passage. Incapable de bouger, d’aller la détacher.
Je ne me souviens de rien.
Ni même de qui je suis exactement, en cet instant.
Ma vie commence ici.
Je crois savoir qui elle est. Mais je n’ai aucune idée de comment je le sais ; juste la certitude de la connaître.
Son prénom est Ofeli, je ne sais pas davantage comment je le sais. Le fait est que je l’ai su, et que cela est resté.
C’est un bon début, un prénom. Peut-être l’essentiel, même. L’essence de chaque être. Un sens se cache derrière chacun d’entre eux.
Nous avons tous un nom. Comme chaque chose.
Soit, ce sera Ofeli.
Une silhouette apparaît soudainement dans mon champ de vision, se découpant dans le noir, là-bas, et glisse en direction du corps de la petite fille. Car Ofeli est une petite fille.
Arrivée tout près d’elle, l’ombre se fige subitement, et s’enfuit en sens contraire, visiblement choquée. Tout comme je l’ai été, quelques instants auparavant.
Alors je suis resté caché.
…
Pendue à cette branche depuis plusieurs heures, Ofeli est une petite fille.
Une jeune fille, aurait-elle rectifié ; en passe de devenir femme.
Ofeli ne sera jamais une femme. Le printemps est mort avec elle ce soir.
De toute façon ça ne lui aurait pas plu, ce monde d’adultes.
Cela fait partie des choses que je sais.
Ofeli est la pureté. L’innocence incarnée ; la blancheur immaculée. Maculée de sang, à présent.
Ce sang. Et elle ne sera jamais une femme.
Sa bouche n’est plus qu’un trou béant, figée dans un hurlement qui reste suspendu à cette nuit immortelle. Quelqu’un a manifestement voulu la faire taire.
La vérité sort de la bouche des enfants disent certains, qui ne savent rien. Et la vérité fait peur. Alors on la mutile, on l’écorche ; on la bafoue.
La vérité est un secret.
« Bouche cousue ». Vite ! Réparons cette offense faite à un visage si doux. Refermons ce trou béant d’où la vie s’en est allée. Évitons à notre vue ce spectacle inesthétique, cette vérité hypnotique ; nous ne méritons pas cela.
Ceci est l’oeuvre d’un dément, très certainement.
Un petit groupe d’insomniaques curieux s’est formé autour de l’ambulance qui vient d’arriver. Des oiseaux de mauvais augure qui viennent se repaître de ce spectacle carnavalesque.
Un peu de fil, une aiguille, et voilà. Ofeli sera condamnée à ne jamais plus parler, dans l’au-delà.
Qu’importe, ses yeux sauront. Ils apprendront.
Ainsi, Ofeli est suspendue, entre une nuit et un jour qu’elle ne verra jamais.
Et moi je reste caché. Le regard accroché à ce petit être ballotté par le vent, qui représente en cet instant l’entièreté de mon univers, le centre et les côtés. La seule chose existante.
Le seul acquis.
Chère petite fille.
La lune nimbe ton doux visage mutilé d’une lumière spectrale, conférant à la scène une atmosphère surnaturelle.
Joli fantôme au corps fluet, tu as revêtu ton masque afin de jouer ton rôle, de l’autre côté. Tu vas bientôt pouvoir entrer en scène.
Mais pour l’instant, tu fais tache dans cette partie de notre monde, éclairée par intermittence par la lumière des éclairs et du gyrophare.
Ils te détachent, alors. T’ôtent de ta potence. Ta danse avec Éole s’achève ici. Tu iras rejoindre les airs un peu plus tard dans la nuit. Car tout n’est pas fini, tu as encore des choses à dire, même si le monde se refuse à les entendre. Des secrets qui partent avec le temps, que l’on oublie en franchissant le seuil du monde adulte.
Ci fait, la place est nettoyée. La pluie achèvera de l’épurer. Tout reste bien propre. Les gens sont satisfaits. Rien ne viendra troubler leur sommeil. Seule restera l’image d’un lieu resté bien net. Les ambulanciers/épurateurs ont effectué leur travail. Chacun peut rentrer chez lui.
Et le vent hurle pour rappeler les gens ; la pluie essaie de les réveiller.
Il n’y a plus que moi, qui reste planté là. Trempé jusqu’au sang.
Seul témoin finalement de cette scène nocturne. Hanté, déjà, par cette image d’Ofeli ; ne sachant que penser, ne sachant où aller.
Petite fille, comme j’aurais voulu te rencontrer autrement.
C’est là, oui, que tout a commencé.
* *
*
Une nuit entière j’ai ressassé ce moment. Bien d’autres nuits encore. Toutes les nuits, depuis. Chaque instant, chaque seconde, passés à y penser.
Cette image intangible, ce mauvais rêve, désespérément réel. Imprimée à jamais sur ma rétine.
Une fine robe de gaze blanche contrastant avec la nuit. Enveloppant ce petit corps léger, lourd de sens. Un doux linceul.
Mais cette nuit-là plus que toute autre. Car elle ne faisait que commencer.
La nuit la plus longue qui ait jamais existé.
Une nuit bourrée d’étoiles.
Des constellations entières témoins de cet acte théâtral et qui ne diront rien, qui resteront muettes. Elles brillent de toute leur magnificence ce soir, complices de ce méfait, et confèrent à cette nuit un éclat particulier, terrible et inoubliable.
Une nuit étrange et malfaisante. À croire qu’il n’y en aurait jamais plus, après.
La fin d’un univers peuplé de chimères, de songes. Celui d’une enfant qui n’avait pas sa place dans ce monde.
Une nuit figée dans cette image. Plusieurs images en fait. Malsaines, macabres, presque provocantes.
Celle de tes yeux, fixés sur les étoiles comme pour implorer de l’aide aux habitants de tes rêves.
La vision de ta bouche, ouverte dans un cri éternel, écartée plus qu’il n’en est possible,en une grimace obscène,inhumaine.
Ton petit cou gracile, marqué à jamais d’une cicatrice indélébile, cassé par le poids de ton corps suspendu.
Cette corde, enfin, qui n’y est pour rien.
Une nuit nimbée d’irréel, de visions et de cauchemars. Partagée entre une réalité bien trop présente, et des percées d’un sommeil furtif enfantant des rêves acides, tristes et salés.
Une voix dans la tête ; des sons, sensations et odeurs. Ma mémoire, mon intellect, s’emballent, s’ébranlent, se fixent et se bloquent sur ce moment précis, présent ; passé, plus tard, mais toujours présent.
Le figent.
Et je pense à toi. Ça me ronge. Ça fait mal, mais je ne sens plus rien.
Juste engourdi à l’intérieur.
Je pense à toi tellement fortement. Plus encore. Alors l’image de ton divin visage prend la place du mien ; et je me sens bien. Alors j’ai cette impression insensée de te laisser lire mes pensées ; de voler les tiennes, aussi. Impression de t’appartenir ; et de te tenir.
Une pulvérisation progressive et latente, sous-jacente. D’un esprit, d’une merveille, à la sensibilité exacerbée, incontrôlée.
Une extraction de sentiments, de moments, d’instants.
De minutes rêvées, souhaitées, vécues. Ne plus penser.
Un effluve de sensations, de senteurs, morceaux de sons.
À la sonorité cristalline, d’une douceur exquise, dramatique.
D’un brouhaha infernal, fatal.
De spirales, de volutes, le chant d’une flûte ; l’image d’un voile, d’étoiles.
Ma mémoire figée depuis tout ce temps s’éveille brusquement.
Un subit torrent de souvenirs, enfouis depuis des empires. Trop subit, trop important ; violent.
Une déchirure interne irréparable,une explosion insupportable.
Une brèche s’ouvrant, un trou béant ; une coupure qui ne cicatrisera jamais. Qui restera. Même si, avec le temps, sans nul doute, elle s’effacera ; même si elle s’estompe, un jour futur. Ne devient qu’une ligne, un signe.
Je sais qu’elle se rouvrira.
…
Et si cela n’avait été qu’un rêve, après tout ? Une hallucination, dessinée par une trop grande fatigue. Un rêve qui hanterait le reste de mes jours, bercerait chacune de mes nuits, m’accompagnerait dans tous mes tourments.
Mais si cela était vrai, qu’était-ce finalement ?
Se pouvait-il que ce fût un suicide ? Si jeune ? Non, ce ne pouvait être qu’un crime.
Mais quel fou avait-il pu faire cela ? Un homme qui tue un enfant ne peut être sein d’esprit. Il se tue lui-même. Il détruit sa propre enfance, son passé, ses racines, et n’est de sorte plus rien, ni personne.
Il n’existe plus.
Homme ou femme, je le traquerai ; ce tueur de mémoire, ce justicier illusoire. Je n’ai pas croisé ta route par hasard Ofeli. Il périra de ma main. Je l’écorcherai, lui arracherai la peau de mes ongles. Je m’assurerai qu’il n’existe plus. Et ce n’est pas une promesse, c’est une prophétie.
Mon nom est RéZo et je poursuis un meurtrier.
* *
*
Plusieurs jours durant, j’ai erré. Je me cachais. Je dissimulais ma peine aux yeux du monde.
Des nuits j’ai hurlé ; j’ai pleuré. J’ai plaint cet homme maintes fois. Qu’il doit être triste et misérable pour accomplir une telle faute, un tel péché. Atrocité.
Des nuits j’ai chanté, pour te bercer dans l’au-delà, te consoler. Que tes nuits à toi, là-bas, soient légères et réconfortantes, fillette.
Des litanies troubles et déstructurées poussées par la seule force de mon désespoir. Comme un appel à quelque chose ; à une réversibilité imminente, un retour en arrière. Que le ciel gronde, et que tout revienne, comme avant.
J’ai souhaité cet instant de tout mon coeur, de tout mon corps ; pour que tu reviennes.
Et tu es revenue.
Non évidement, pas comme cela. Pas si facilement que ça.
Tu étais là, toujours, habitant mes pensées diurnes, ça oui.
Tu m’es apparue, aussi, dans les bribes confuses de mes rêves, lors de trop courts instants de sommeil. Tu semblais tellement réelle.
Mais tu es revenue, de manière beaucoup plus concrète : devant moi cette fois-ci, et non en moi. Une lumière intermittente, douce et apaisante ; oui, c’était bien toi, mon petit ange.
…
Cela faisait trois jours déjà que je m’égarais au gré de ma douleur, plus que jamais déterminé à n’en plus revenir, me laissant doucement emporter par la mort, seul aboutissement réel à ma trop grande affliction. Douleur morale, mais aussi physique.
D’une part due à un manque de sommeil certain, elle se manifestait violemment en me fissurant le crâne au rythme des heures perdues, me fracassant les tympans ; violant ma vision et la remplaçant par des ombres floues et déformées. Me morcelant les jambes à chaque pas.
La faim, d’autre part, me lacérait le ventre ; le labourait de bas en haut, de droite à gauche, remuant mes tripes.
Poussé par cette trop grande faim, je grimpai à un arbre et tentai d’en arracher les derniers fruits restants.
Et je t’ai vue, là, devant mes yeux. La bouche cousue, et le regard ouvert, profondément noir, terriblement profond. Et surtout désespéré et triste ; si triste.
Surpris, j’ai trébuché, me lacérant le visage et les bras sur le tronc. Le temps de relever les yeux, et déjà tu n’étais plus là.
Une pointe de bonheur s’est alors introduite en moi, de quelques millimètres à peine ; suffisamment pour que je la sente. J’ai été alors si heureux, de savoir que tu étais là encore, près de moi. Que tu ne m’avais pas quitté.
À deux autres reprises, j’ai cru te voir ; trop brèves pour être certain.
Et depuis, j’attends. Je vis dans la pensée que tu es là, parfois.
Le vent qui frétille, le bruissement des feuilles, l’onde de l’eau, chaque vibration me suggère que c’est peut-être toi, ma petite fée, petit esprit.
Après quatre jours d’errance irrésolue, et quatre nuits à courir après les morceaux épars de ma raison, savoir que tu étais là, que tu n’étais pas vraiment partie, me remplit d’une joie intense. Âcre, mais bel est bien réelle. Tu m’étais apparue. Tu étais revenue et je ne cessais de me le répéter ; à voix basse, pour que les gens ne sachent pas.
Une idée fixe.
Je me suis alors soumis à une once de bon sens, et suis rentré à mon hôtel,dans le centre-ville,aux premières heures du matin.
Mon visage, visiblement, portait les séquelles de mon agonie morale, de ma fugue mentale, à en voir la manière insistante dont le garçon d’hôtel me regardait lorsqu’il m’a remis les clefs de la chambre.
Je n’aime pas que l’on me regarde ainsi ; d’aucune façon, pour aucune raison. Qui est-il pour poser les yeux sur moi de telle sorte ? Se faire quelconque commentaire intérieur sur cet aspect physique que je revêts, cette mutation physiologique ? Je porte sur moi le masque du désarroi, l’armure du chaos. Et nul ne peut, ne doit se permettre un tel affront.
Je monte dans ma chambre, suivant le cours de mes pensées, manquant une marche, manquant de tomber. Chuter de milliers d’étages, de milliers de pensées ; chaque marche étant un bout d’idée, sans début ni fin, dénuée de sens. Juste des sensations ; de douleur, de trouble, de confusion.
…
Une ombre se faufile derrière RéZo. C’est PsYché ; un personnage-clef.
Il dérobe, à juste titre, les clefs du garçon d’hôtel, sans même que ce dernier ne le voie.
Puis il suit, marche à marche, chacun des pas de RéZo. Pensée après pensée, suivant le cours de ses idées, son cheminement mental.
Une ombre vivante, mouvante, qui n’a de cesse de suivre notre héros.
Un personnage funeste, qui traque et pourchasse sans fin, sans répit ni relâche. Un être aux noirs desseins, un devenir malsain. Une victime, aussi, d’un destin déjà tout tracé.
RéZo ne le connaît pas. RéZo ne se retourne jamais, ne regarde jamais en arrière.
PsYché, lui, connaît bien RéZo. Mieux que quiconque.
Il glisse le long des marches, sur les traces de celui qui le précède. Mais il ne rentre pas, lui, dans la chambre. Pas dans cette chambre, non. Il préfère les autres ; celles dont il vient de dérober les clefs. Le but avoué étant de visiter des existences, des parcelles de vie. Qu’il assemble ou s’approprie selon son envie. C’est là son grand plaisir.
Et Monsieur est un gourmet. Il aime choisir ses victimes.
Écoutez-le fredonner, au gré de sa quête, au gré de ses conquêtes :
— Je suis l’homme fractal, l’homme morcelé, fractionné, imparfait. J’erre dans les vies, à la recherche des fragments qui me manquent. Bribes de personnalité, morceaux d’ego. Je suis le pilleur d’intérieur, le voleur d’âmes.
Si la vôtre m’intéresse, si elle me séduit, alors je m’infiltre silencieusement derrière vous et subtilise quelque once de votre Moi profond. Je bois une partie de votre souffle. Cette substance vaporeuse si chère à ma survie, ce substitut d’amertume.
Alors il va, de pièce en pièce. Tentant de se rapiécer luimême.
Il choisit une personne parmi ces âmes. Une jeune femme, qui dort encore. Tout le monde dort à cette heure-ci.
Le sommeil l’enveloppe d’un charme tout particulier. Une aura douce et chaude.
— Regarde-moi… Perds-toi dans les profondeurs de mon âme multiple.
Un murmure mental, envoyé d’un esprit à un autre esprit.
La jeune femme, encore perdue dans la brume de ses songes, ouvre difficilement les yeux. Les écarquille subitement, lorsqu’elle voit. Les ouvre bien trop grand, lorsqu’enfin elle comprend.
Elle ne les refermera jamais plus.
« Attaque cardiaque », dira-t-on par la suite. Non. Simplement, la demoiselle n’a plus d’âme. Cette dernière a été bue par quelqu’un qui en avait plus besoin qu’elle.
Acte fait, PsYché n’est plus là.
…
Arrivé dans la chambre, mon premier réflexe est de prendre une douche.
Une douche que je ressens comme purificatrice et bénéfique, qui me lave de ces quatre nuits de souffrance, de ces quatre journées d’agonie. Une douche qui noie toutes ces mauvaises pensées, pour un moment. Chacune des gouttes d’eau diluant mon tracas, qui s’évacue avec elles dans le trou noir de la douche. Mauvais rêves se vidant dans un tourbillon bruyant, vomis à jamais dans un égout infernal ; un véritable dégoût.
A jamais, vraiment ?
Puis je me rase, la barbe m’ayant poussé plus que de raison. Le reflet du miroir me renvoie l’image d’un visage soucieux, sombre, écorché sur toute la face droite. Mes mains sont meurtries, je le sens, maintenant.
Je me couche anéanti, et sombre immédiatement dans un coma profond.
Les mauvais rêves me rattrapent déjà dans mon sommeil. Des rêves tapissés d’horreur.
