Mélissende et Circé - Marc LaMouche - E-Book

Mélissende et Circé E-Book

Marc LaMouche

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Beschreibung

Mélissende, l'héroïne, une jeune femme érudit dont les aventures se déroulent dans les 2050. Elle traverse le globe pour lutter contre les agissements d'un groupe malfaisants, les SEPT. À chaque volume un nouveau membre massacre des innocents sur les 4 coins de la terre. Mélissende met tout son coeur, son intelligence afin de combattre et d'éliminer ces membres. Dans le volume deux, votre héroïne est en prise avec Circé, femme terrifiante prêtresse de l'eau et de l'aire. Mélissende pourchasse Circé entre Paris et la Russie. Va-t-elle pouvoir la faire taire définitivement.

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Seitenzahl: 286

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Remerciements et crédits :

Évelyne HAMLAT, correctrice orthographique grammaticale

et syntaxique.

Viviane Schvartz-Huten, correctrice.

Illustratrice & Directrice Artistique

[email protected]

www.amandinecomte.com

Sommaire

Chapitre

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1.

Nous approchons de Port Of Spein. Le spectacle encore fumant aux appartements terrasses de notre Hôtel me glace le sang. Notre X3 va se poser sur la plage privée de l’hôtel. Un comité d’accueil bien connu nous attend, Katinka, Sophia et moi. Au loin, un nouvel attroupement se forme sur la plage juste à côté de notre point d’atterrissage. Et plus on se rapproche du sable, plus nous distinguons ce qui attire la police locale et les badauds. Un corps git sur une petite embarcation de fortune. J’allume mon quantique et colle mon patch audio. Je demande à Sophia d’en faire autant.

– Héléna, s’il te plait.

– Oui Mélissende.

– Peux-tu enregistrer toutes les caméras avoisinantes, te brancher sur le X3 et utiliser les images et conversations autour de l’engin. Ne manque pas d’aller scanner au large, la mer des Caraïbes y compris.

– Je ne manquerai pas non plus de capter tous les flux numériques émis depuis une heure.

– Parfait Héléna.

Les agents du BEI, Rod et Phil, la substitute Figuéré et mon amie Maritie me semblent très tendus et inquiets. Doriane Figuéré est la première à me saluer et elle me présente aux autorités locales et à l’équipe d’enquête sur place. Le procureur de Trinidad et Tobaco avec son chapelet d’enquêteurs et d’experts divers nous dirigent vers l’évènement le plus récent.

– Bonjour Madame D’Avicenne, je suis le Procureur Gutiérrez-Berdugo. Un homme sur la plage est couché sur une barque où un radeau vient d’apparaitre.

Je franchis le cordon de sécurité en me rapprochant du cadavre, les traits du visage me font penser à cet homme discret qui accompagnait le Mage de Prague.

– Procureur, Sophia et Doriane venez, je connais cet homme. Sophia toi aussi tu l’as déjà vu.

– C’est qui Madame D’Avicenne ?

– Procureur Gutiérrez-Berdugo, nous avons rencontré cet homme à Prague. Nous allons examiner cette scène. Donnons-nous rendez-vous dans vos bureaux d’ici trois heures. Le temps de faire le point sur cet évènement récent et sur celui de l’hôtel.

– Bon, Madame je vous reçois dans mon bureau. Ne me faites pas attendre et ne me décevez pas. J’ai toutes les autorités des Caraïbes et celles des États-Unis voisins sur le dos. J’ai accepté votre participation grâce à la vice-Procureur Figuéré qui est une amie de promotion. Pour faciliter vos déplacements, voici le Capitaine José-Pérez Del Mar. Il sera votre passepartout pour vos mouvements dans la capitale.

– Je n’ai aucunement besoin de votre pression, et encore moins de vos menaces ! Je peux simplement repartir sur le champ et vous laisser avec vos cadavres. Alors, soit vous nous faites confiance, soit nous allons prendre le soleil là où personne ne nous le cachera.

– Je t’avais prévenu Carlos, elle est spéciale.

– Ce n’est pas le problème, pourvu qu’elle soit efficace.

Mon regard est attiré par une mise en scène très spéciale. L’homme est maintenu par des algues sur un grand morceau de bois que je devine en forme du chiffre 1.

– Les filles, vous avez une idée.

– Le bois, cette embarcation, ce radeau, c’est bien le chiffre 1. Cela voudrait dire que c’est UN ? Ce serait trop simple.

– Je pense justement Sophia, que c’est bien UN.

– Mélissende regarde comment est positionnée sa tête. Elle est maintenue sur le côté, sur la joue droite regardant le petit nez du chiffre. Une algue brune a perforé la partie molle de son visage pour qu’il reste dans cette position.

– J’avais remarqué la position. Venez voir, il tient dans ses mains un coquillage. C’est un Engina de la famille des Buccinidae, un gros bulot quoi. Je lui retire le coquillage des mains.

Je saisis l’enveloppe du mollusque, je commence à le scruter dans tous les sens, lentement, quand, par le trou, sort un macrodrone. C’est un drone Pagure. Ce bernard-l’ermite est parfaitement confectionné. Il tente de sortir complètement de son habitacle. Je repose rapidement la coquille avec son hôte sur UN. Quand le drone est totalement extirpé de la carapace, il se pose sur ce reste du corps couché de l’homme sans vie, précisément sur le plexus. Les pattes du mollusque électronique reposent sur les mains inertes de la dépouille. Les petits yeux ronds noir profond semblent me fixer, puis par un orifice minuscule un petit hologramme s’affiche et une voix se fait entendre. Un visage trouble se distingue mimant ce discours.

– Bonjour Mélissende. Je suis Circé. Oh le beau cadavre que voilà. C’est UN. Il ne vous causera plus de misères. Votre cauchemar maintenant, c’est moi et vous serez mon jouet. Le petit message se répète encore plusieurs fois quand le mollusque électronique se consume en laissant échapper une fumée grise nauséabonde.

– Héléna, as-tu enregistré l’hologramme ?

– Oui et il est déjà en cours d’analyses.

Je rassemble ma troupe, Maritie, Sophia, Katinka, Rod et Phil.

– Nous savons ce que nous devions comprendre. Allons juste voir ce que peut nous apprendre l’explosion de l’hôtel.

Pendant que nous sortons de la scène de UN, accompagnés de notre saufconduit, Héléna nous renseigne sur l’identité de UN, qu’elle a enfin découvert.

Dans les décombres de l’étage de l’hôtel, rien que de la désolation. Une énorme et profonde tristesse s’empare de moi. Je suis en colère de n’avoir pas pu, ou pas su prévoir et anticiper ce désastre. Encore 83 morts au palmarès de UN.

Devant l’entrée du parquet de Trinidad et Tobago, notre laissez-passer montre son accréditation aux plantons du poste de garde. Le bâtiment date du début des années 2000. D’une forme elliptique tout de verre et d’acier, l’excentricité de sa structure sur 4 étages la rend futuriste. Le toit est lui aussi tout en courbe et en rondeur. Les baies vitrées, les murs de verres sont désaxés, il n’y a rien de symétrique ou d’identique. Après le passage du poste de garde, un voile translucide nous détaille les fonctions de chaque niveau. Le rez-de-chaussée est réservé aux salles d’audience, le deuxième est lui destiné aux consultations avec des avocats ou conseillers en chair et en os. Mais bien des salles sont appareillées en ordinateurs puissants reliés au serveur central qui recèle des milliards de data sur le droit local et les procès depuis que Trinidad et Tobago a une existence légale. D’autres pièces de l’étage sont dédiées aux conseils virtuels et holographiques qui complètent les salles du deuxième. Le troisième est lui, le lieu privilégié des différents greffes, des instances étrangères et d’autres pièces plus spécialisées équipées pour du parloir. Enfin au dernier étage, des salles de réunion, les différents magistrats et les procureurs. Enfin, nous entrons dans l’antre du monument. Au milieu se tient une salle vide ovoïde comme une cheminée, un puits s’ouvrant sur l’extérieur inondé de lumière. Ce vide baigné par le soleil est leur salle des pas perdus. Nous ne le saurons point.

Le capitaine nous demande de le suivre. En plein centre de l’édifice, un grand cercle orangé est en surbrillance comme pour nous indiquer un endroit. Sur la périphérie du rond, une plaque translucide rectangulaire inclinée est posée sur un pied fin en métal brossé. Le panneau clignote doucement et trois petites lumières de couleurs différentes sont alignées, en effet, le capitaine nous invite à nous mettre à l’intérieur. Il pose sa main droite sur cette tablette, une lumière scanner balaie la paume ainsi posée, puis il touche la dernière lumière de la commande. Le cercle se teint en vert et aussitôt un cylindre sort du sol et nous entoure. Sous nos pieds, la lumière verte passe au bleu et nous montons jusqu’au dernier étage. Face aux commandes, une passerelle sort de la coursive de l’étage pour se coller au cylindre qui laisse un passage devant l‘accès créé depuis l’étage.

Cette cour de justice de Trinidad et Tobago nous réserve bien de belles surprises. Deux sentinelles discrètes et robotisées déambulent dans le couloir de l’étage des magistrats. À notre arrivée, ils ne sont pas surpris ni inquiets de voir autant de monde marcher vers le bureau du procureur. À ce niveau, l’édifice regorge de statues et de bustes d’anciens magistrats ou de dignitaires qui se sont illustrés pour la justice ou qui ont siégé en qualité de procureurs généraux de la cour de justice de l’état.

Carlos Gutiérrez-Berdugo se tient debout et fier derrière son bureau magistral. Un instant, je me suis demandé si c’est lui qui était magistral, son bureau ou les deux. J’opte pour lui, car Monsieur est doté d’une forte personnalité. Je me prépare à entendre un bon nombre d’arguments piquants.

J’ai déjeuné avec Doriane, elle m’a fait un panégyrique de vous, Madame d’Avicenne. J’espère que votre substitute ne se sera pas époumonée pour rien et que vous avez des éléments à me fournir.

– Je peux en placer une. Nous n’en avons pas fini ici, j’attends l’autopsie de René Proserpin, Monsieur le Procureur.

– Mais je ne vous permets pas de me parler ainsi.

– Le fait que je vous parle autrement va-t-il changer les faits ? Non ?

La mine étonnée du magistrat faisait office d’approbation.

– Bon, qu’est-ce qui vous étonne ?

– René Proserpin, c’est qui ?

– C’est votre cadavre de la plage. C’est un criminel qui, a, ou avait, fait exploser le bus scolaire à Paris, 155 morts. Le massacre du marché de Noël à Prague, 172 morts. L’explosion du dernier étage du Child Regency, ici à Port of Spein 102 morts annoncés hier matin. Et je rajoute mes trois amis Masaya, Jakub et Rafiki qui ont perdu la vie lors de la destruction du prototype de l’hélico, avec le pilote, et 4 victimes de plus.

– Sachez Madame, que votre information est incomplète. Cela part mal entre nous. Je vous croyais plus précise, méticuleuse, et rigoureuse que cela.

– Mais vous me prenez pour qui ? 108 morts hier. Aujourd’hui, nous en sommes à 142 victimes, 20 dans un état critique, 58 blessés et encore 9 personnes dans les décombres en cours d’extirpation. Je rajoute, que je n’ai intentionnellement pas compté le pilote en second qui faisait partie du clan de Un. Lui, pour moi, est une quantité négligeable, même moins que ça. La facture totale se monte actuellement à 472 victimes. Je ne compte pas les blessés et ceux en sursis.

C’est bien de mordre Monsieur quand on en a les moyens. Or depuis l’explosion de la Wrightson Road vos services de police n’ont rien. Nous 6, Katinka, Maritie, Sophia et les agents du BEI, nous savons que l’étage a été soufflé par la destruction des poteaux de soutènement par des pains de plastic placés et complétés par des petites bonbonnes de gaz dans les faux plafonds de l’étage inférieur. Cela a été fait rapidement. En plus, il a utilisé un explosif assez ancien, probablement un vieux stock à écouler. Le déclenchement a été fait par un Smartphone, la liaison entre les poteaux et les pains de plastic suivait simplement les chemins de câbles desservant les chambres : logique, facile et rapide ! Héléna, mon assistante virtuelle, nous a montré qu’un homme du service de maintenance inconnu s’était introduit dans le bâtiment, précisément à cet étage. On le voit parfaitement trifouiller dans les faux plafonds sur les vidéos de l’hôtel. Un membre du service de sécurité du Child Regency est venu l’interrompre, il a payé de sa personne. Il est mort pour avoir fait son travail. Monsieur Fernando Soares Da Silva est bien sûr inclus dans la liste des 142 victimes de votre hôtel.

Mais tout cela nous le savons, car, il, Un, ignorait la date de notre arrivée et le lieu précis. Les informations qu’ils disposaient étaient trop floues. Ainsi il a pris le risque de mettre les charges en suivant des bribes de données. Mais, même si ces cibles n’étaient pas dans l’hôtel, il avait assez de victimes pour satisfaire sa soif de meurtre, de morts, de destruction. Son dernier épisode sur le navire russe, l’Alexandre Soljenitsyne s’est fait aussi dans la précipitation, pour cela il a dû sacrifier un membre de son équipe Nicolaï Anochkine.

Je disais quand on veut mordre, il faut avoir des dents. Capitaine, pouvons-nous aller à votre institut de médecine légale ? Nous sommes un tantinet pressés.

Je laisse le magistrat avec son étonnement et sa bouche grande ouverte. Je pense qu’à Pâques, il l’aura fermée !

– Mélissende t’as peur de rien, tu n’es pas gonflée de lui parler ainsi.

– Ce n’est rien Katinka. Je trouve qu’elle a été douce. Il fallait l’entendre parler au commissaire, à Prague.

– Merci Sophia.

Les locaux du médecin légiste se trouvent dans un ancien bâtiment de la poste locale. D’une architecture espagnole classique de la fin du XVIIIe siècle, monté sur des moellons taillés dans la roche des carrières du centre de l’ile. L’entrée a emprisonné l’atmosphère froide que requièrent les lieux. Le sol en tomettes de béton ciré rend encore plus pesant le sentiment de lourdeur et de froideur. Un homme bedonnant vêtu d’une blouse bleue aux nuances mer du sud vient vers nous, sa main droite tendue à l’horizontale et l’autre dans sa poche gauche.

– Bonjour, je suis le docteur Goutierrez. Venez, suivez-moi, j’ai une surprise pour vous.

Au centre de la salle d’autopsie, sur le marbre se tient notre homme drapé d’un linge blanc sauf sur son visage.

Le légiste décrit son examen qu’il vient de finir.

– Voici un homme de plus de 40 ans, mais moins de 50 ans. Pas du tout sportif, un peu porté sur les boissons alcoolisées et la bonne chère.

– C’est tout ? Je lui demande d’un ton sec.

– Non Madame. Il est mort dans la journée, entre 10 et 14 heures.

– Ça, c’est inintéressant. C’est dans la fourchette horaire où nous sommes arrivés sur la capitale. Désolée, continuez.

– Mais j’ai bien plus passionnant pour vous.

– Allez, doc. Dis ma Sophia qui pourtant n’est pas friande de cadavres.

– Monsieur a été émasculé.

– Nonnnn ! Faites voir monsieur Goutierrez.

– Tu es bien curieuse Katinka.

– Je vous montre Mesdames.

Il découvre le drap délicatement posé sur son corps, laissant le haut du corps couvert à partir du pubis, nous dévoilant l’emplacement de l’appendice masculin totalement désert.

– Dites voir Doc, la plaie semble découpée avec précision, la cicatrisation est propre. Mais elle a été accélérée, cautérisée électriquement.

– Vous avez raison. À l’examen il apparait que cette ablation a été faite ante mortem. Et aucune drogue ne lui a été injectée. Sauf qu’après les différentes analyses et biopsies, j’ai découvert un nombre incalculable de nanoparticules. Moi ? Je les nomme ainsi, elles me sont inconnues jusqu’à aujourd’hui, mais avec qui, je viens de faire connaissance ?

J’en ai découvert de deux sortes, la plupart totalement éclatées et une petite centaine encore actives ou vivantes, je ne sais pas comment le dire. Mais jugez par vous-même Madame, d’Avicenne. Il désigne d’un geste l’écran géant de son ordinateur qui affiche un noir complet.

– Mais il n’y a rien Doc.

– Désoler madame. Il tapote sur sa tablette, qu’il tient dans sa main et l’écran révèle des enveloppes ferreuses contenant une multitude de protéines qui ressemblent à celles qui composent certaines méduses.

– Doc, pouvez-vous me transférer vos prélèvements ainsi que les séquences de votre A.F.M ?

– Oui Madame, pas de problème. Voilà c’est fait.

– Vous serez d’accord avec moi pour dire que cette façon de faire mourir quelqu’un est plutôt vicieuse et particulièrement torturante.

– Je suis entièrement en accord avec vous.

– Le pauvre. Il a souffert. Je le plains.

– N’en fais pas trop Sophia. Il est quand même responsable de 472 morts. Merci Doc.

– Doucement, Mesdames, ce n’est pas fini.

Notre hôte découvre le haut du corps et juste en dessous du nombril et au-dessus de l’émasculation, un marquage au fer rouge ou au laser de 4 centimètres de haut sur dix ou douze de long, il y est inscrit : Circé.

– Avant que vous me posiez la question. Oui ? Cela aussi a été fait ante mortem. Ceci étant dit, pas de trace, pas d’empreinte, rien qui nous indique une moindre piste.

– Merci Docteur Goutierrez.

Dans la rue, le soleil nous tend ces rayons de bonheur. Mais il nous renvoie à cette question qui maintenant se pose à moi, à nous. Qui est cette Circé ?

2.

Derrière le hublot de l’avion qui nous ramène à Paris, je laisse passer sous mes yeux le bleu du ciel et les petits moutons cotonneux blancs qui cassent cette immensité. Je vois parfaitement ce qu’offre mon voyage, mais mon esprit est accaparé par les derniers jours passés sur Port Of Spein et les moments intenses sur la frégate du Capitaine Bronislav avec Masaya, Rafiki et Jakub, mes amis, membres de la quintessence. Leurs humeurs, leurs tempéraments et leurs façons particulières de réagir face aux évènements me manquent. Un vide presque abyssal submerge mon corps et mon cœur. Je suis brisé. Au moment où je prends conscience de leurs absences et de la frayeur qu’elles entrainent, un sentiment bien plus puissant, plus fort, met le tout au second plan. Je suis en colère. Je suis en colère et énervée. Je suis en colère, énervée et en rage. Le mélange de ces deux formes de ressenti compose un cocktail, forme une osmose, cela m’interpelle, il faut que je sois plus fine dans mes déductions, que je réfléchisse comme eux, comme Sept, comme ces divers cavaliers. L’avantage, et, c’est une piste, les Sept ont une ligne directrice, ont un même dessein, suivent la même ordonnance. Le dernier cadavre de la plage me laisse un gout amer. Mettre fin à la vie des cavaliers quand ils ont fait leur office est très cruel. Pourquoi agir de la sorte et me dire qu’un chapitre est fini ?

La façon dont cette organisation utilise et se sépare de ces membres dénote d’une simple et efficace cruauté. Simple, car elle permet de mettre fin aux agissements sans autres marques de reconnaissance sauf celles des actes faits. Et efficace cruauté qui fait une suite logique à la simplicité. L’efficacité réside dans la brutalité, la rugosité du geste et des mises en scène. Le théâtralisme de la mort de la bibliothécaire et la mise en scène de UN, même la fin de vie du copilote, ne sont pas restés inaperçus ou indifférents aux yeux des autres ou de nous.

Il me semble que chaque membre doit sa mission, et qu’une fois celle-ci effectuée, il doit disparaitre. Cette mise à mort reste le choix et l’attribut du membre suivant.

La carcasse du vieux Boeing craque de partout. Des ongles pénètrent dans la chair de mon avant-bras gauche et la tête tremblante de Maritie se glisse rapidement sous mon aisselle. Ma main droite caresse ses cheveux afin de la rassurer, mais surtout pour qu’elle soulage l’étreinte de ses ongles dans mon avant-bras. Les turbulences ont enfin fini de ne plus faire vibrer l’avion et ainsi elles ont fait stopper l’empoignade de ma copine et les douleurs. Tout son corps se trouve maintenant détendu, sa tête a rejoint l’appuie-tête de son siège. Maritie m’aura laissé pour plusieurs jours les marques de sa peur, et de ses frayeurs sur ma peau. Après cet interlude de ma tendre et douce sadique, mon esprit repart dans les limbes profonds des pensées tumultueuses et tourmentées de Sept. La vieille carcasse entame sa descente vers la capitale française. Paris, ma ville, je veux ma ville, mon arrondissement, ma rue, oui parfois j’ai besoin de me retrouver dans mon environnement. Cela me ressource, me rassure de savoir que tant d’aïeuls y ont vécu, c’est un véritable cocon, mon havre de paix, ma source régénératrice.

– Bonne Mélissende.

– Bonjour Héléna.

– Mademoiselle a fait un bon voyage de retour ?

– Le Boeing était un vieil oiseau d’un autre temps. Et Maritie a sculpté ses ongles dans mon avant-bras lors d’un passage dans une zone de grosses turbulences. Regarde !

Je dégage mon avant-bras afin qu’Héléna prenne la dimension des empreintes que m’a laissées Maritie.

– Je prépare une poche de glace ?

– Oui Héléna, s’il te plait, dans le labo de Roger.

– Oui Madame, de nombreuses informations venant du Docteur Goutierrez et émanant du parquet de Port Of Spein sont à votre disposition. Je vous les transfère dans le Laboratoire ?

– Oui Héléna, tu accompagnes tout cela de mes friandises, des Fruits de l’air, 150cl de Soupir d’été et de l’angélique.

Après les évènements de l’hélicoptère et de Port au Spein, je dois m’isoler dans le laboratoire que mon ancêtre Roger avait créé dans les années 1960. Les murs, le sol, les poignées en cuivre, les Erlenmeyer, les ballons bicol sont autant de vestiges du passé qui, parfois, me permettent de résoudre des petits problèmes ou de jouer à la chimiste. C’est grand-maman Hélène qui a fini d’aménager l’immeuble du 1 et 3 pour ses besoins, pour nos besoins.

Je décide de ne pas utiliser l’ascenseur qui dessert les niveaux inférieurs, j’emprunte l’escalier en béton ouvragé autour du monte-charge. Ces quelques pas me permettent de faire le vide avant que je me mette à décortiquer les pièces et les éléments envoyés des Caraïbes.

Je passe devant la porte au premier sous-sol du labo de Léonie, celui qu’elle a aménagé sur les vestiges de l’officine érigée par son époux Charles. Malheureusement Charles fut fusillé par les troupes conquérantes germaniques au premier temps de l’occupation parisienne lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle avait posé ses pipettes et autres instruments de pharmacie et de chimie dans l’ancienne cave de l’immeuble. J’ouvre souvent cette porte qui recèle derrière elle tant de souvenirs, tant de batailles contre les armes chimiques et biologiques de l’armée nazie. Je respire les émanations de gloire, je goute les larmes de joies quand elle découvrait des antidotes et même, je hume les cris de tristesse lorsque Léonie échouait. Elle me stimule, elle, et son antre, ses vieilleries ;

Le second sous-sol abrite moins de poussières, d’antiquailles. C’est là, l’ancienne cave des Avicenne, la cave des mystères. L’antre d’expérimentation ancestrale de la Famille. J’y ai joué avec le vieux Roger et mamie Hélène. Ces deux complices étaient très espiègles. Ils m’ont tellement appris. Tout était jeu, divertissement, expérimentation. Roger inventait toujours de nouveaux objets et Mamie expliquait comment il avait fait et comment cela fonctionnait. Je me dissimulais dans un renfoncement placé derrière une armoire remplie de bric et de broc, des ustensiles que seul Roger utilisait. Ils faisaient semblant de me chercher, mais un jour ma cachette s’agrandit pour s’ouvrir sur une immense bibliothèque, celle des Avicenne.

Des grimoires datant du premier de la lignée :" Ibn Sīnā " le philosophe, l’alchimiste, le médecin, l’originel, le liminaire. Une table magnifique en granite rose trône au milieu de la pièce comme un autel face à moi, juste derrière l’édifice massif tourné comme pour accueillir un lecteur ou le bibliothécaire, une cathèdre resplendissante. Ces lieux me paraissaient n’avoir jamais traversé le temps. Même si l’éclairage datait du début de l’électrification, tout y était lumineux et paisible.

– Mél où es-tu ?

– Je suis là Mamie! Venez voir. C’est incroyable.

J’entends les objets de Roger s’entrechoquer lorsque l’armoire grince sous les efforts empressés de mes deux parents. Tous deux s’engouffrent dans le renfoncement, et découvrent ma richesse et l’étendue de ma trouvaille. Comme des enfants, ils trépignent d’exaltations, de joie, d’envie, de curiosité de soif de nouveautés et de raretés. Roger emprunte le grand escalier longeant les parois de cette bibliothèque aménagée dans un pentagone. Personnellement je n’avais pas trop conscience de l’étendue de ce puits où la mémoire des siècles était rassemblée. La cachette de mes huit premières années de ma vie rouvre mon esprit et tous les méandres de mon cerveau. Mamie s’exclame, avec un peu de candeur, en découvrant au centre de la table de lecture, une pièce d’argile flottant dans sa cloche de verre où était soudée une inscription gravée dans un rectangle d’airain.

– Roger vient voir la tablette de Plimpton 322 !

– Ce n’est pas possible Héléna, elle est depuis 1930 à l’Université de Columbia où elle y est toujours exposée.

– Mais viens voir, je te dis !

– Oh nom de LUG !

– Laisse donc ce vieux Dieu celte tranquille, et dis-moi, est-ce un Plimpton ?

– Oui Héléna c’est bien une tablette, elle vient bien d’Irak, probablement du lot qui a été pillé en 1920 par……

– Non Grand Papi, pas pillé par, mais découverte, puis vendue par Edgar J. Banks à George Arthur Plimpton, deux ans plus tard.

Quand Roger était passé à côté de moi pour rejoindre Hélène, naturellement, aussi un peu poussée par ma curiosité, je l’avais suivi. Le champ de vision de mes huit ans ouvrait mon regard à 100 cm au-dessous de celui des adultes. C’est ainsi que je découvrais, bien rangé dans une étagère taillée dans la masse, sous le plateau de la table, un carnet parmi quatre autres. Je l’avais ouvert et lu rapidement au fil des pages, des illustrations, dessins, tableaux et autres descriptifs griffonnés, la provenance de cette tablette était mentionnée avec soins, détails et précisions.

– D’où sais-tu cela Mél ?

– Grand Papi, de là !

Je lui tendis le carnet relié de cuir noir rectangulaire de 95 sur 170 mm. Mon index posé sur le paragraphe traitant de la tablette.

J’ai vu son regard s’illuminer à la vue des dessins et commentaires écrits par un ou une de nos prédécesseurs.

J’ai encore les images de cette découverte en moi et les élans de joies dont m’avaient gratifiée Roger et Mamie Hélène. Depuis, j’ai pu comprendre que cette fabuleuse tablette est un des morceaux manquants. Après numérisation de la Plimpton 322, celle détenue par les Avicenne s’enclenche parfaitement. Toutefois cette révélation, cette découverte ouvre d’autres mystères, car la nôtre, elle aussi doit avoir un morceau sur sa droite qui lui correspond, même si cela ne semble pas, à première vue, évident. La tablette de Plimpton traite de mathématiques, la nôtre est illustrée par des symboles, par cinq symboles, plus précisément. Le feu, l’eau, l’air et la terre, notre tablette montre un pentagone où sont reliés les quatre éléments d’Empédocle et un élément supplémentaire, la Quintessence, comme l’avait supposé et prétendu Aristote, en son temps.

J’ai vu passer tant de scientifiques dans cette bibliothèque, qui voulaient toucher, ausculter, scruter, sonder, ou explorer avec toutes sortes de machines, de trucs et de choses ou simplement prendre la tablette dans leurs mains, mais jamais personne n’a pu soulever la coupole de verre pour libérer le morceau de pierre en suspension. Les seules à avoir pu s’en emparer ont été Mamie Hélène, ma maman et moi.

Je me laisse parfois trop entrainer par les souvenirs, les réminiscences de mon enfance. Cela me fait du bien, je dois poursuivre, j’ai du travail qui pleure de ne pas me voir à l’ouvrage. Je poursuis ma descente jusqu’à ce troisième sous-sol. J’ai cette manie un peu puérile de faire glisser ma main sur le mur de pierre, ces caresses qui couvrent celles de mes ancêtres, les odeurs, les essences, me rappellent que je suis responsable de leurs mémoires, des actions qu’ils ont accomplies. Je suis une d’Avicenne garant et comptable de la Quintessence.

3.

Le numéro 1 rue de l’Arbre Sec est un véritable cocon, mon havre de paix, ma source régénératrice. Après les évènements de l’hélicoptère et de Port au Spein, je me suis isolée dans le laboratoire que mamie Hélène avait créé dans les années 1960. Les murs le sol, les poignées en cuivre, les Erlenmeyer, les ballons bicol sont autant de vestiges du passé qui, parfois me permettent de résoudre des petits problèmes. Générations après générations, l’immense plateau avec ses diverses salles du troisième sous-sol, sont pour moi de magnifiques aires de jeu.

– Héléna s’il te plait, affiche-moi tous les fichiers reçus des Caraïbes.

– Les voici Mélissende.

– Ils y sont tous, y compris ceux du légiste ?

– Oui Mélissende.

– Alors, envoie.

Debout au milieu de la pièce, devant moi, mon univers audio visuel. Disposé en arc de cercle de 100° mon écran holographique m’obéit au moindre soupir. Les images du scanner du cadavre de UN à ma gauche les images d’une nanoparticule morte, en face, sur ma droite, une, bien vivante et active.

– Héléna tu peux m’en dire plus, sur ces nanoparticules ?

– Le docteur Goutierrez n’a fait aucun commentaire.

– Mais toi, as-tu commencé tes investigations ?

– Oui bien entendu.

– Alors Héléna, qu’attends-tu, ton comportement est totalement nouveau, donne-moi tes résultats. Cependant on reparlera ensemble de ta nouveauté, même ta voix a évolué. Bref !

– Les nanoparticules sont très particulières. À ta gauche un spécimen inactif, plus précisément qui a fait son office, il est éclaté. À ta droite une nanoparticule encore active, vivante ou qui n’a pas pu exécuter sa mission.

– OK ! Cela, je l’avais déjà compris, tu n’as rien d’autre.

– Bien évidemment ! La nanoparticule est composée d’une enveloppe ferreuse ou si tu préfères une enveloppe ferrofluide de charge contrôlée. Il faut que j’en détermine la formule chimique. Il apparait que le procédé serait basé sur le principe de Stephen Papell et de Rosenweig.

– Les travaux de Papall sont basés sur des particules de magnétites et non sur de la poudre de fer. Donc Héléna, si je te comprends bien, la nanoparticule a une enveloppe ferreuse. La consistance est gélatineuse pouvant contenir un noyau. Ce noyau restant est à déterminer ?

– Mélissende, tu as raison, c’est bien cela. J’ai eu le temps d’analyser le noyau en question.

– Et alors Héléna.

– J’ai un début de réponse, Mélissende. Cette molécule ressemble étrangement à une protéine d’origine animale.

– Tu peux me montrer Héléna ?

Les écrans affichent dans tous les sens cette mystérieuse protéine. Je me pose en tailleur sur le sol, comme je le fais à chaque phase de profonde réflexion.

– Tu peux isoler et déstructurer cette protéine. Si tu peux, détache les macromolécules biologiques. Il faut que tu extraies les différentes chaines de résidus d’acides animés des liaisons peptidiques, sauf si cette chose n’est pas une protéine.

– Que voudrais-tu que ce soit d’autre ?

– Mélissende, tu as raison. Je ne peux pas faire mieux avec ces simples images, la résolution que nous avons ne permet pas de faire plus d’investigations.

– Ce n’est pas un problème Héléna ! Car ce n’est pas une protéine. Le légiste a envoyé avec les clichés, une vidéo prise par son A.F.M. ? Non ?

– Je ne comprends pas, pourquoi cela nous aidera plus que les séquences de l’A.F.M, j’envoie tout de suite.

– Tu vas vite comprendre Héléna.

– Mélissende ! – Quoi encore ?

– Maritie est devant la porte elle sonne.

– Va la chercher, moi, je, on continue.

Pendant que je visionne la vidéo, l’hologramme conduit ma copine jusqu’à moi où je devrais dire jusqu’à nous, les fioles, les livres, les auras de tous mes ancêtres. Je vois arriver Maritie avec sa bouche grande ouverte de stupeur et ses yeux écarquillés comme si elle venait de voir des extraterrestres. Je n’ai pas pu me contenir et m’exprimer énergiquement.

– Ferme ta bouche et regarde où tu marches. Ne va pas casser quelque chose.

Elle continue à déambuler comme une demeurée. J’ai frappé dans mes mains avec violence. Je l’ai vue tressaillir, signe d’un réveil imminent de ma copine.

– Dis donc tu m’avais caché tout cela, Mél ?

– Non, je n’avais eu l’occasion de te le faire découvrir. Que fais-tu ici ma belle ?

Alors qu’elle regarde avec candeur et intérêt autour d’elle, elle me répond calmement et avec hésitation.

– J’avais fini mes consultations de la journée, je voulais savoir si on pouvait souper ensemble.

– Mais qu’est-ce que tu me racontes. Nous sommes quel jour ? Héléna ?

– Oui Mélissende ?

– Cela fait combien de temps que nous sommes dans le labo de Roger ?

– 38 heures 42 minutes et 8 secondes.

Je suis énervée, très énervée, mes investigations m’ont fait perdre la notion du temps.

– Héléna, affiche mon état physiologique.

– Mél, tu es en hypotension avec ta systolique à 87 mm Hg, des battements cardiaques à 103 par minutes et des ondes cérébrales gamma frôlent les 100 Hz, tes bêta oscillent rapidement, elles sont depuis 8 heures entre 94 et 98 Hz. Alors ma belle, tu viens tout de suite avec moi pour prendre un bon repas.

– Non, pas tout de suite. Regarde ce que j’ai découvert. Héléna repasse la vidéo au ralenti, s’il te plait.

La vidéo montre cette chose que l’on peut prendre pour une protéine. Puis sous les yeux de Maritie, la chose bouge doucement. Sans le ralenti, cette manifestation serait passée inaperçue, tellement ces mouvements sont imperceptibles, fugaces.

– Alors Maritie tu en déduis quoi ?

– Une protéine qui bouge comme un être vivant, ce n’est pas normal.

– Bien sûr que ce n’est pas normal. Car ma belle c’est une amibe. Un être unicellulaire eucaryote.

– Alors là ! Je suis sans voix.

– C’est bien continu. Héléna, pendant qu’on va manger, tu cherches, dans toutes les bases de données possibles imaginables et même inimaginables, il me faut une réponse.

– Mélissende, j’ai déjà commencé.

Pendant que nous prenons l’escalier doucement, car je commence à ressentir mon manque de sommeil, Maritie me demande avec curiosité.

– Mél, tu peux m’expliquer comment a fait Héléna pour déterminer le niveau de tes ondes cérébrales, enfin bref de dérouler un bilan sanguin et neural complet ?

– Ah ! Ça ? C’est une de mes dernières nouveautés. J’ai mis au point des capteurs de 50 microns d’épaisseur.

– Même à 50μ je devrais en apercevoir au moins un !

– J’en ai préparé pour toi ? Tu veux les essayer ?

Je sors de ma poche gauche de mon veston couleur printemps, une boite translucide d’un bleu tendre, le bleu pantone 277, cette couleur semble rassurer ma copine.

J’ouvre délicatement cet écrin. Je lui présente sept capteurs, trois petits, un en forme d’un flageolet allongé, et les derniers de structure ovoïde plus épais que les 4 autres.