Mon chien s'appelle Cosmos - Caro Cosmos - E-Book

Mon chien s'appelle Cosmos E-Book

Caro Cosmos

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Beschreibung

C'est l'histoire vraie d'une petite fille qui rêvait de voir le monde. En grandissant, elle met ses projets entre parenthèse. Mais la réalité la rattrape. Enfermée dans un mariage où elle ne trouve pas sa place, elle a soif d'aventure. Elle décide alors de divorcer et de prendre son bonheur en main. Sénégal, Pérou, Australie, USA, Bosnie-Herzégovine, Suède... Ses périples la mènent aux quatre coins du monde. D'abord seule, puis avec celui qu'elle appelle affectueusement sa meilleure-moitié : son chien Cosmos. Un récit empreint d'émotions, raconté avec le coeur. De la jeune femme de 27 à la femme épanouie de 35, découvrez dans ce livre comment le voyage peut transformer une vie et permettre de se rencontrer soi-même.

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A Cosmos, L’Amour de ma vie

A toi Maman, A toi Papa, Merci de m’avoir donné des ailes pour voler et des racines pour revenir

A Claudine, Merci de supporter mes frasques depuis plus de 20 ans

A Marisa, Merci de m’écouter, sans jamais me juger

A moi, Parce que personne d’autre ne le fera à ma place

Sommaire

PROLOGUE ET DIEU CRÉA CARO

NGARRI MUDLANHA

PURA VIDA

STUART’S WALKABOUT

SÉNÉGALEMENT VÔTRE

C’EST PAS LE PÉROU

TIME TO WANDER

AFRIQUE ADIEU

CALL OF THE WYOMING

UN JOUR J’IRAI À NEW YORK

LE BOUT DU MONDE

ET DIEU CRÉA COSMOS

TU SERAS POUR MOI UNIQUE AU MONDE

LES BALKANS DE LA LIBERTÉ

POUR VIVRE HEUREUX VIVONS TOUT NUS

BALANCE TON BLOG

SWEDEN YOUR SOUL

EPILOGUE ET DIEU AVAIT UN PLAN

REMERCIEMENTS

1

PROLOGUE ET DIEU CRÉA CARO

Moi c’est Caro. Si tu ne me connais pas encore, je suis née à Genève, en 1985 (j’ai donc fêté mes 35 ans en 2020), et comme dit souvent mon Papa « quand j’ai une idée en tête, je ne l’ai pas ailleurs ». J’ai la chance de partager ma vie avec mon chien, un Jack Russell né en 2016, qui s’appelle Cosmos. Entre lui et moi, ça a été un coup de foudre immédiat. Indépendant, véritable aventurier en herbe, dès que j’ai rencontré ce chiot alors âgé de quelques semaines seulement, j’ai su que nous étions faits l’un pour l’autre. Et c’était réciproque puisqu’il ne voulait pas quitter mes bras non plus.

Il faut dire qu’avec la vie que je m’apprêtais à lui offrir, il me fallait un chien intrépide, avec du caractère et un goût prononcé pour l’exploration et les grands espaces. Parce que nous parcourons régulièrement l’Europe en roadtrip, dans notre voiture que j’ai aménagée pour pouvoir y dormir, comme un mini van.

Depuis que Cosmos est entré dans ma vie, nombre de personnes ont critiqué mes choix, me reprochant d'en faire trop, d'organiser ma vie en fonction de lui, ou de me priver de sorties et de moments à moi, car je refuse bien souvent une activité si mon chien ne peut pas m’accompagner. Il est vrai que je préfèrerai toujours partir en randonnée à 6h00 du matin plutôt que de participer à une fête en soirée avec 30 autres personnes, surtout si je n’en connais même pas la moitié. Mais ce que toutes ces personnes n’ont pas compris, c’est que mon chien n’a pas apporté de contraintes dans ma vie. Au contraire, j’ai toujours aimé vivre de cette manière.

Je n’ai jamais apprécié la foule, ni le bruit excessif. Je déteste être le centre d’attention en société et les conversations de « politesse » m’ennuient au plus haut point. Je n’ai jamais non plus été attirée par ce qui est « matériel », ni par les apparences et je ne suis pas carriériste. Avoir un poste influent, du pouvoir, un salaire élevé, mais que je n’aurais pas le temps de dépenser ? Non merci ! Moi je veux avoir du plaisir à me lever le matin et profiter de mon temps libre pour voyager et m’isoler en pleine nature, là où je me sens comprise, à ma place. Et aujourd’hui, j’ai trouvé en Cosmos un véritable complice pour partager mes passions, mon partner in crime comme j’aime à l’appeler.

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu envie de partir faire le tour du monde. Il faut dire que le goût de l’aventure, je le tiens de mes parents, car j’ai passé mon enfance dans la nature. Certes, nous habitions en ville, mais il ne se passait pas un seul jour de congé sans que mes parents ne nous emmènent, mon frère et moi, construire des cabanes dans la forêt, tailler une branche de bois, chercher des fossiles dans les roches ou construire un barrage avec des cailloux dans une rivière. Le week-end, nous partions en montagne dès que la météo s’y prêtait. Parfois pour une randonnée à la journée, et parfois pour dormir en refuge. En général, nous avions tous un sac à dos pour répartir le poids des affaires et du repas « équitablement » (nous portions notre gourde et le goûter). Je crois d’ailleurs que j’ai su allumer un feu de camp avant même de savoir faire du vélo. Nous avions des livres sur les plantes et les traces d’animaux que nous connaissions, à force, par cœur. Pour nous, la nature était une carte aux trésors géante.

Un jour, alors que je devais avoir une dizaine d’année, j’avais ramassé des crottes de lièvre durant une randonnée et les avais placées dans une petite boîte, bien cachée dans ma chambre. Quelques semaines plus tard, ma meilleure amie de l’époque était venue jouer à la maison et je lui avais montré ma précieuse découverte. Je me demande encore aujourd’hui ce qui m’a le plus vexée : sa réaction dégoutée ou le fait que ma Maman m’a confisqué la boîte et en a jeté le contenu à la poubelle. Elles étaient tellement cools, ces crottes de lièvre !

Pour les vacances d’été, mes parents nous offraient le plus grand des terrains de jeux : nous partions camper ! Alors que la plupart de mes camarades de classe passaient deux semaines dans un hôtel en Italie ou en Espagne avec femme de chambre et repas au restaurant, nous, on dormait sous tente, on creusait des rigoles au milieu de la nuit quand il pleuvait, on se prenait des gamelles à deux sur le même vélo, on préparait le repas sur un réchaud à gaz, on se faisait des dizaines de copains qui ne parlaient même pas notre langue, on construisait des Tomahawk d’indiens avec des bâtons et des os de la boucherie. Mes parents nous consacraient du temps, partageaient des activités avec nous… on était heureux ! On était libres et heureux !

Pour les autres vacances durant le reste de l’année, nous allions dans notre résidence secondaire en Valais, dans les Alpes suisses. Nous avions la chance d’avoir une Maman qui avait choisi, à l’époque, le métier le plus difficile (et le moins valorisé) au monde : elle était mère au foyer. J’ai volontairement utilisé le terme « choisi », car il s’agissait bien d’un choix. Elle avait volontairement abandonné sa carrière pour s’occuper de nous. Elle nous consacrait tout son temps et à chaque fois que l’occasion se présentait, elle nous emmenait loin de la ville, même si mon Papa travaillait. Qu’importe le fait qu’elle soit seule pour s’occuper de nous deux. Elle embarquait tout le matériel dans la voiture et nous emmenait découvrir la Suisse, découvrir le monde, découvrir la vie. Le mercredi, nous n’avions école que le matin, alors souvent, elle venait nous chercher à la sortie des classes avec la voiture déjà chargée, nous avalions un sandwich sur la route et nous passions l’après-midi en montagne, à courir dans les pâturages au printemps et à faire de la luge en hiver.

L’automne dernier, j’ai voulu retourner faire une balade que nous effectuions régulièrement. Mais lorsque j’ai été confrontée à l’étroitesse de la route d’accès et à sa dangerosité (il était impossible de croiser deux véhicules et seul un petit muret de moins de 60 centimètres protégeait d’une chute accidentelle dans le ravin haut de plusieurs centaines de mètres), j’ai fait demi-tour.

Quelques semaines plus tard, j’ai raconté cet épisode à mes parents et leur ai demandé quel itinéraire ils empruntaient à l’époque puisque je ne l’avais pas trouvé moi-même. Ma Maman a éclaté de rire et m’a expliqué qu’il n’y avait qu’une seule route et qu’un jour, alors que mon frère n’était même pas encore né (nous avons moins de deux ans d’écart), elle avait dû s’y arrêter en plein milieu pour changer une roue à la suite d’une crevaison. Elle avait déposé mon couffin plus haut dans le talus pour me mettre en sécurité et s’était débrouillée toute seule avec son cric. Voilà, ma Maman c’est cette femme incroyable qui ne s’est jamais demandé si elle allait y arriver mais plutôt comment elle allait y arriver. Juste pour que tu comprennes l’exemple que j’ai eu durant toute mon enfance.

De temps en temps, nous partions aussi une semaine chez ma grand-mère en Italie. Là, c’était encore une tout autre histoire, parce que sa maison se trouvait tout en haut de la montagne, dans un hameau où seules trois ou quatre habitants vivaient encore à l’année (je crois qu’aujourd’hui, il n’y a plus personne). Lorsque l’on voulait téléphoner, il fallait demander à la voisine. Ma grand-mère habitait si haut que l’on devait descendre à pied au village pour trouver des commerces et aller faire des courses. Du coup, chez elle, il y avait un grand potager et un poulailler, pour les œufs. Je me souviens que l’on devait souvent aller cueillir des orties la journée, puis les hacher à la main avec un hachoir, avant de les donner à manger aux poules. Il y avait aussi une grande fontaine à l’entrée du village, qui servait aussi bien pour faire la lessive que pour puiser l’eau de la douche, que l’on faisait ensuite chauffer au soleil. L’avantage de ce village isolé de tout, c’est que l’on pouvait y faire ce que l’on voulait, sans crainte d’être renversés par une voiture ou importunés par un inconnu.

Parfois, on était forcés de rester chez nous parce que l’on était malades ou que le temps était vraiment trop mauvais. S’il tombait juste une petite pluie, on allait dans un musée, à la piscine, ou bien on sortait et on sautait dans toutes les flaques d’eau que l’on croisait. Mais quand la météo virait au déluge, que l’on avait épuisé toutes les activités manuelles disponibles (menuiserie, pyrogravure, peinture, poterie, dessin, fabrication de bougies, pâtisserie, jeux de société, herbier… oui, j’ai la chance d’avoir eu des parents avec vraiment beaucoup d’imagination pour nous occuper), et toutes les bandes dessinées de la maison (mes préférées restent les Schtroumpfs, les aventures de Lucky Luke et celles de Tintin), on avait le droit de regarder la télévision une heure par jour. Mais attention, pas de dessins animés violents (même pas le Club Dorothée, parce qu’il y avait Dragon Ball Z). Non, ma Maman sélectionnait et enregistrait les émissions à l’avance sur des cassettes VHS.

Nous avons donc grandi avec un stock impressionnant d’épisodes des Babibouchettes (des marionnettes suisses faites avec des chaussettes… il y avait Albert le Vert, le facteur Hyacinthe et Mademoiselle Cassis, tu dois pouvoir les trouver sur Youtube), de dessins animés Walt Disney (mais j’ai découvert très tard ce qui arrivait réellement à la Maman de Bambi car la scène était coupée sur ma version) et de reportages animaliers en tous genres, à travers lesquels j’ai développé un profond respect pour le règne animal et une fascination grandissante pour les paysages majestueux que j’y découvrais.

Ce désire d’aventures fait partie de moi depuis toujours. C’est d’ailleurs ce que j’ai fini par expliquer à ma Maman il n’y a pas si longtemps, elle qui ne comprenait pas d’où me venait ce besoin de parcourir le monde, d’être toujours en vadrouille, de m’isoler dans la nature et de camper dans les plus beaux parcs nationaux de la planète. Ce sont pourtant mes parents qui m’ont montré la voie.

Surtout que j’ai la chance d’avoir un Papa qui avait souvent congé en semaine, qui s’est énormément occupé de nous et qui n’a jamais fait de différence entre mon frère et moi. Il m’a toujours considérée aussi capable qu’un garçon pour les activités sportives et manuelles. Enfants, nous avons passé des jours entiers dans son atelier à fabriquer toutes sortes d’objets en bois.

Mon Papa a toujours eu à cœur de m’apprendre à réaliser moi-même ce dont j’avais besoin, plutôt que de le faire à ma place. Son objectif était de me rendre totalement autonome quelle que soit la situation, de manière à ce que je puisse me débrouiller seule une fois devenue adulte, quoi qu’il m’arrive dans la vie. A grand renfort de patience, il a pris le temps de me transmettre son savoir, dans tous les domaines qui m’intéressaient.

Grâce à lui, je sais utiliser une scie sauteuse, une scie circulaire et je connais les différents types de rabots à bois et quand utiliser un tournevis plat, un cruciforme et un Torx. Je sais également fixer une étagère, repeindre un appartement complet (y compris le plafond), changer les roues de ma voiture, y installer des chaînes à neige et vérifier les niveaux des liquides, lire une carte de randonnée, choisir un bon emplacement pour monter une tente de camping seule, même de nuit et sous la pluie, allumer un feu dans la neige, faire un pansement compressif, prodiguer les gestes de premiers secours à une personne inconsciente, épeler un mot en alphabet phonétique (A-Alpha, B-Bravo, C-Charlie, …), envoyer un SOS en morse avec une lampe de poche et je connais la gestuelle pour communiquer avec un hélicoptère en cas d’urgence et l’aider à se poser. Pas très courant lorsque l'on grandit à Genève.

Évidemment, mon Papa m’a aussi appris à conduire. Et lorsque j’ai obtenu mon permis, il m’a accompagnée suivre un cours de conduite sur un circuit de glace (c’était mon cadeau de Noël), parce qu’il voulait être sûr que j’aurais les bons réflexes si un jour j’étais confrontée à cette situation (et cela m’a déjà été utile plus d’une fois). Voilà, mon Papa, c’est cet homme incroyable qui jouait à la dinette avec moi le samedi et qui m’apprenait à utiliser une hache le dimanche. Juste pour que tu comprennes l’exemple que j’ai eu durant toute mon enfance.

En grandissant, j’avais prévu de réaliser mon rêve en partant faire le tour du monde à la fin de mes études. Après un parcours scolaire des plus brillants (j’ai toujours été cette fille que tout le monde déteste, tu sais… la première de classe, celle qui termine ses devoirs en 30 minutes et qui ne stresse pas avant un examen car elle a passé la semaine à réviser méthodiquement tous les soirs, d’ailleurs, tu devrais faire pareil, tu verras, c’est quand même plus agréable et… bref, cette nana que tout le monde déteste), j’avais décidé de m’offrir une année de répit et de sillonner la planète avec mon sac à dos. Alterner camping et auberges de jeunesse, goûter le monde, le dévorer même, le sentir, le vivre, devenir riche de cette multitude de cultures. J’avais même décroché un job d’étudiant de serveuse dans une boulangerie tea-room, job qui devait me servir de première expérience pour mon CV et à terme, financer ce projet.

Et puis, quelques mois avant l’obtention de mon diplôme, au détour d’un arrêt de bus, j’ai revu cet ami d’enfance, perdu de vue depuis plusieurs années, et une chose en entrainant une autre, nous avons emménagé ensemble. Tout s’est fait très vite, c’était d’une telle évidence. On était jeunes, on était insouciants… A quoi bon attendre et se poser mille questions.

J’ai dit adieu à mon projet de tour du monde parce que sa carrière était en pleine ascension et que je ne me voyais pas partir plus d’une année sans lui. Au fond de moi, j’avais la certitude que si je partais, je ne rentrerais pas. A la place, j’ai décroché mon premier contrat fixe, découvert la vie de couple, la routine et les voyages en hôtel 4 étoiles à Majorque, Marbella ou aux Seychelles. Voyager à deux, c’est faire des compromis… ! Et puis bon, je voyageais quand même. Différemment, mais je voyageais. Au bout de 4 ans de vie commune, nous nous sommes mariés.

Comment aurais-je pu me plaindre, moi qui me retrouvais à 25 ans, mariée, vivant dans un appartement dont il était propriétaire, avec deux bons salaires de fonctionnaires et des vacances trois fois par année ?

Bon, les choses ne se sont pas tout à fait déroulées comme je les avais souhaitées et pour faire court, disons que le prince n'était pas aussi charmant qu'espéré et que la jolie princesse à rapidement décidé qu'elle vivrait heureuse, mais sans lui et qu'à la place des enfants, elle ferait de nombreux et magnifiques voyages un peu partout dans le monde.

Maintenant que tu en sais un peu plus sur moi, je vais pouvoir aborder le véritable sujet de ce livre. J’y explique comment le voyage a transformé ma vie, comment le voyage physique m’a fait voyager intérieurement. Le voyage m’a permis de prendre du recul, réfléchir, grandir, avancer. Il a également bouleversé mes certitudes, cassé mes à priori, dévoilé des facettes de ma personnalité que je ne soupçonnais pas et m'a appris que je suis bien plus forte que ce que je pensais et que mes seules limites sont celles que je m’impose. Il m’a permis de me reconstruire, de me créer aussi d’une certaine manière. En résumé : je vais t’expliquer comment le voyage m’a servi de thérapie.

On associe souvent les backpackers (les jeunes gens qui voyagent avec un sac à dos, qui dorment en auberge de jeunesse ou en camping sauvage et n’ont pas de plan défini) au terme wanderlust. Ce mot anglais désigne un fort désire de voyager, de découvrir le monde. Voyager ce n’est pas « être en vacances ». C’est suivre le flow, se laisser guider par la vie, vivre les événements qui s’offrent à nous et en tirer les enseignements nécessaires à notre évolution. C’est accepter que les réponses viennent à nous au moment où nous sommes prêts à les recevoir, au lieu de se borner à les chercher. C’est lâcher prise, et tendre les bras à la vie.

Un voyage se vit, se ressent. Il ouvre les yeux sur d’autres cultures, d’autre réalités, on y apprend la tolérance, et on prend conscience du monde et de la place infime que l’on y occupe. Quant au voyage en solitaire, c’est aussi l’occasion de se retrouver face à soi-même, d’apprendre à se connaître, de repousser ses limites, d’explorer les confins de son esprit.

Le voyage, et en particulier le voyage en solaire, est souvent perçu comme une activité marginale, incomprise de la majorité des gens pour qui voyager se résume à faire une croisière dans les Caraïbes ou prendre en photo la muraille de Chine. Mais voyager, pour certaines personnes dont je fais partie, c’est prendre le temps de l’introspection, de soigner ses blessures, et d’accéder à un autre niveau de conscience. Un retour à l’essentiel nécessaire. Voyager en solitaire, c’est faire la paix avec son passé et apprendre à apprécier sa propre compagnie.

Il y aura des anecdotes marrantes, et d’autres parfois plus douloureuses d’un point de vue personnel, dont, pour certaines, je n’avais encore jamais parlé à personne. Et, dans ce livre, tu découvriras aussi pourquoi mon chien s’appelle Cosmos.

L’idée n’est pas de tirer une gloire quelconque de ce que j’ai pu vivre, mais simplement de partager mon vécu, mes expériences, et montrer que, quoi que l’on soit amené(e) à vivre, il est toujours possible de s’en sortir. On parle souvent de force de caractère, moi je préfère parler d’état d’esprit, car cette force, nous l’avons toutes et tous en nous, il suffit de la laisser s’exprimer. Et si cet ouvrage permet, ne serait-ce qu’à une seule personne, de trouver le courage de suivre mes pas, alors j’aurai gagné mon pari.

2

NGARRI MUDLANHA

Printemps 2019. Je suis assise au bord de ce lac suédois, entourée de forêts. La nature semble calme, paisible, tout comme moi. Mon chien Cosmos est allongé dans l’herbe à mes côtés, profitant des rayons du soleil pour se réchauffer, après sa baignade dans les eaux fraiches de ces latitudes.

Je viens de terminer ma séance de méditation matinale et, comme à mon habitude lorsque je suis en voyage, j’attrape mon téléphone pour envoyer un message à mes parents, manière de les rassurer sur le fait que tout va bien pour nous.

Par nous, je veux dire Cosmos et moi. Parce que cela fait bien longtemps que mon entourage a compris que nous sommes un véritable binôme, que l’un ne va pas sans l’autre.

Je prends une photo de ce décor de rêve, j’appuie sur envoyer et au moment où j’allais reposer mon appareil, je reçois une notification du célèbre réseau social dont le logo est un F sur fond bleu ; j’ai un souvenir à revoir. J’ai presque un choc en découvrant la photo dont il est question. Il s’agit d’un vieux cliché de moi, datant d’il y a sept ans, pris lors de mon deuxième voyage en Australie en 2012, qui s’est ensuite poursuivi en Indonésie. Six semaines de voyage, six semaines d’introspection et d’intenses réflexions.

Sur cette photo, je suis accroupie à côté d’un rocher, dont la gravure indique le nom du sommet sur lequel je me trouve, ainsi que son altitude. Une randonnée de 21 kilomètres dans les Flinders Ranges, parc national d'Australie-Méridionale. Je me souviendrai toute ma vie de cette journée, de l’instant précis où cette photo a été prise.

Elle a été le point de départ d’une remise en question qui durera sept mois, avec à la clé, une véritable prise de conscience. Comme une petite graine qui éclot, comme une étincelle dans la nuit, qui ne cessera de grandir pour m’éclairer, comme le premier pas … dans la bonne direction !

Et puis, en regardant le cliché ce matin-là, un détail a attiré mon attention. Le nom gravé sur la roche : Ngarri Mudlanha, le nom aborigène de ce sommet.

Je ne m’y étais jamais intéressée, mais ce matin, j’ai le sentiment de devoir en rechercher la signification. Les aborigènes appellent cet amphithéâtre naturel Ikara : l’espace du milieu, lieu de rencontre, l’endroit où vous êtes assis. Quant au sommet, Ngarri signifie l’esprit et Mudlanha l’attente.

Pour le peuple aborigène, des créatures géantes semi-humaines ont créé, au temps des origines, les criques, les montagnes, les gorges et les collines en Australie. Selon la légende, ce lieu a été créé par deux serpents (mâle et femelle) en se laissant mourir sur place et le Pic Ngarri Mudlanha représente la tête du serpent femelle. Les anciens avertissent qu’en y accédant, le visiteur sera étourdi, désorienté et perdu.

J’ai alors cherché la symbolique du serpent : Symbole d’immortalité et de renaissance, comme d’autres animaux, qui entrent sous terre comme on enterre les morts, et en ressortent. Opportunité de guérison, transformation, changement de vie.

Je pensais explorer les contrées australiennes, alors qu’en réalité, c’est l’Univers lui-même qui m’avait menée en ce lieu, qui n’avait rien d’anodin. Il était chargé en énergies, précisément celles dont j’avais besoin pour avancer, à ce stade de ma vie.

J’étais au sommet du Ngarri Mudlanha, connu et respecté de ses propriétaires ancestraux comme un lieu de rencontre avec soi-même, pour ses vertus de guérison de l’esprit et de l’âme, de transformation et de changement de vie.

Durant les jours, les semaines et les mois qui ont suivi, j’ai été étourdie, oui j’ai été désorientée et perdue au plus profond de mon âme. Mais les choses ne sont jamais ce qu’elles semblent être. Car en me perdant, je me suis retrouvée. Ma vie entière a été chamboulée, éparpillée en mille morceaux, puis reconstruite, pièce par pièce.

Chacun en pensera ce qu’il voudra. Pour ma part, à cet instant et plus que jamais, j’ai confiance en la vie. Tout a un sens, même si nous ne le comprenons pas sur le moment. L’Univers prend soin de nous et nous guide. Nous sommes exactement là où nous sommes censés être. Il nous faut apprendre à lire les signes.

Comme disait Albert Einstein ; Le hasard, c’est Dieu qui se promène incognito. Ce matin-là, au bord de ce lac suédois, en me rappelant cette photo, l’Univers m’a fait un clin d’œil. Comme une grande tape dans le dos… Well done Caro, le chemin a été long, mais tu as réussi. Maintenant profite !

3

PURA VIDA

Février 2013. Il neige depuis deux jours. A tel point que je me demande si mon avion pourra décoller. Je boucle ma ceinture de sécurité, roule mon pull en boule et le glisse entre ma tête et le hublot. Si tout va bien, je serai à Dakar, au Sénégal, dans quelques heures.

Les hôtesses ferment les derniers compartiments à bagages, le décollage est imminent. Quelle aventure pour arriver jusque-là. Un billet d’avion réservé sur un coup de tête une semaine auparavant, un visa obtenu en catastrophe, des vaccins faits en urgence, un trajet de nuit jusqu’à Lyon pour m’assurer d’être à temps à l’aéroport au vu des conditions météorologiques… Toute cette agitation me donne le sourire. C’est l’aventure, la vraie.

Je pense à tout ce qui m’attend à l’atterrissage. L’Afrique, c’est une première pour moi. Tout comme le voyage en solitaire, par la force des choses. Le Sénégal, je le vois comme une bouffée d’oxygène, comme un exutoire. Parce que depuis bientôt un an et demi, ma vie me semble être une chrysalide, dans laquelle je me transforme. A présent, il faut que j’en sorte et vite. Je m’y sens à l’étroit, comme si je n’y étais plus à ma place.

Voilà deux mois que je suis retournée vivre chez mes parents. J’ai 27 ans, je viens d’annoncer à mon mari que je veux divorcer. Sans rentrer dans les détails de notre vie de couple, car cela n’a pas grand intérêt en soit et surtout car cela ne regarde que lui et moi, je dirai simplement qu’après sept ans de relation j’avais fini par prendre conscience que j’étais seule responsable de mon bonheur et que, clairement, je ne me voyais pas vieillir à côté de la personne qu’il était en train de devenir.

Pour t’expliquer mon parcours, je vais parfois devoir te raconter des passages de mon ancienne vie (celle avec lui). Non pas qu’il tienne une place particulièrement chère dans mon cœur, ni que j’aie une envie folle de parler de lui, mais parce que je n’ai pas vraiment le choix, si je veux que tu comprennes qui je suis et pourquoi j’ai été amenée à faire les choix que j’ai faits.

Par respect pour sa vie privée, je l’appellerai simplement « Monsieur ». Et si je mentionne des fragments de cette relation, c’est uniquement pour que tu puisses comprendre mon état d’esprit du moment. Les décisions qui m’ont poussée à le quitter ont été basées sur des faits beaucoup plus profonds que ceux que j’évoque ici. Si je le précise, c’est pour que tu n’imagines pas que je l’ai quitté par égoïsme pour partir faire le tour du monde ou parce que, tout compte fait, j’avais changé d’avis.

Je n’ai plus de rancune envers lui aujourd’hui et j’admets très volontiers que c’est un homme qui possède de nombreuses qualités (sinon je n’en serais pas tombée amoureuse), mais, malheureusement, pas celles dont j’avais besoin pour m’épanouir sur le long terme. Et puis, aucune histoire n’est toute blanche ou toute noire. J’ai aussi ma part de responsabilité. Comme je l’ai dit, notre histoire ne regarde que nous.

Tout a commencé durant ce fameux second voyage avec lui en Australie en 2012. Ou bien non… Je crois que tout a réellement commencé à Golfito, au Costa Rica. Après des années à prendre sur moi et accepter de loger en hôtel demi-pension, en novembre 2011 j’ai décrété que, cette fois, j’allais m’occuper moi-même d’organiser notre prochaine expédition. Adios le camping de luxe (ou plutôt glamping) avec un lit king size (un vrai lit) dans notre tente montée sur une estrade en bois avec douche, WC et petit déjeuner servi en chambre en plein milieu de l’Outback australien. Cette fois, on part à l’aventure !

Une fois que nous nous sommes mis d’accord sur la destination, j’ai réservé deux billets aller-retour pour San José, la capitale du Costa Rica, loué un 4x4 suffisamment robuste pour pouvoir rouler sur les pistes et chemins forestiers et effectué les réservations d’hôtels et d’autres logements plus atypiques.

Après un premier vol jusqu’au Panama, changement d’appareil pour finaliser notre transport aérien. Burritos au menu, toilettes rapidement hors service, avion qui traverse un orage impressionnant… Et voilà que les premières sensations fortes arrivent. Nous prenons possession de notre chambre dans une petite auberge assez tard dans la nuit. Malgré le manque de luminosité dans les rues, nous pouvons tous les deux constater que les jardins des maisons sont tous délimités par de hauts grillages, surmontés de fils de fer barbelé, et que les fenêtres sont sécurisées par d’imposants barreaux. Pour l’anecdote, nous n’avons pas dormi en plein bidonville. En réalité, les assurances coûtent cher au Costa Rica, alors les gens se protègent comme ils peuvent pour éviter les cambriolages.

Le lendemain matin, réveil aux aurores, car un bus doit venir nous chercher. Nous laissons nos bagages à l’auberge (nous promettons de venir les récupérer dans quelques jours) et montons dans la navette avec nos passeports et un bagage à main chacun, contenant le strict nécessaire pour les 3 jours à venir. Après quelques heures de route, dont près de 45 minutes sur un chemin de terre en pleine campagne, le véhicule s’arrête. Nous voici arrivés au bord d’une rivière à l’eau brune et totalement opaque. Nous prenons place à bord d’un bateau à moteur, pour plus d’une heure de navigation à travers la jungle. Moi qui, en temps normal, ai le mal de mer même sur un matelas gonflable dans une piscine, curieusement, je n’ai pas été malade.

Lorsque nous arrivons enfin à destination, l’après-midi est déjà bien entamée. Nous déposons nos affaires dans le bungalow que j’ai réservé. Nous sommes en plein cœur d’une réserve naturelle, celle de Tortuguero, au bord de la mer des Caraïbes. L’île est réputée pour être un sanctuaire de nidification des tortues marines. Mais il semblerait que nous soyons arrivés un peu tard, la saison des éclosions est déjà terminée. Qu’à cela ne tienne : nous filons faire une balade à pied pour visiter les alentours.

Et quelle merveilleuse idée : à peine avons-nous marché 10 minutes que j’aperçois sur la plage… une dizaine de bébés tortues lutter sur le sable pour rejoindre les vagues. Sans les toucher, je remonte la file en sens inverse et découvre ainsi le nid, ou du moins ce qu’il en reste. Il est infesté de fourmis rouges et plusieurs cadavres de jeunes tortues gisent déjà au fond du trou.

Après dix minutes de débat sur le « Faut-il vraiment laisser faire la nature alors que l’on peut les sauver ? », suivi de « Mais si on les touche, elles seront incapables de retrouver leur chemin… C’est bien connu que les tortues doivent gagner elles-mêmes la mer, car c’est ainsi qu’elles retrouveront la plage qui les a vu naitre pour pondre leurs propres œufs… » et enfin « Mais si elles meurent, elles ne viendront pas pondre non plus… »… nous élaborons un plan d’action.

Aider les tortues à sortir du nid (et des fourmis) en construisant une rampe avec un bâton (pour ne pas les manipuler). Une fois sur le sable, les protéger des oiseaux prêts à les ramasser au vol et les engloutir, en faisant de grands mouvements de bras et en poussant des cris. Creuser un sillon dans le sable pour faciliter leur trajet et enlever les obstacles éventuels, telles que les branches et les grosses pierres. S’émerveiller de les voir atteindre la mer. Verser une larme en les regardant s’éloigner

Tout ceci nous prend plus d’une heure. Au sentiment incroyable de faire partie d’un tout, se mêle la prise de conscience des dangers que la nature subit à cause des activités humaines. Pour information, une tortue pond une centaine d’œufs dans son nid et seuls 5% de ses petits arriveront à rejoindre l’océan. Sur ces 5%, combien finiront au fond d’un filet de pêche, blessés par un hameçon, ou étouffés par un sac plastique voguant à la surface de l’océan ?

Toutefois, c’est le cœur plein d’espoir que nous continuons notre promenade le long de la plage. Après quelques kilomètres, nous rentrons un peu à l’intérieur des terres et quelle n’est pas notre surprise de découvrir, derrière les branchages… Une piste d’aéroport. Vraisemblablement désaffectée. Pile au moment où un orage éclate (il y en a tous les jours, plusieurs fois par jour, au Costa Rica). L’ancien bâtiment servant de porte d’embarquement fera office d’abri, avant de retourner à notre bungalow, trempés jusqu’aux os.

Frigorifiés, c’est à ce moment-là que nous découvrons que l’eau de la douche est chauffée à l’énergie solaire. Et comme le temps était couvert depuis plusieurs jours, et bien ce sera douche froide pour tous les deux. Moi, ça me va. Je préfère me doucher à l’eau glacée si cela permet de préserver la nature.

Le repas du soir est servi sous forme de buffet, sur lequel j’aperçois une grande soupière. Parfait pour me réchauffer. Je soulève le couvercle et … encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai fait, mais toujours est-il que j’ai réussi à verser le contenu de la louche sur ma main et non dans mon bol. Bonne nouvelle : je n’ai plus froid. Mauvaise nouvelle : la soupe est composée en grande partie d’huile, et la douleur est intense. Ma peau commence déjà à cloquer. Je fonce sous la douche remettre ma main sous l’eau froide. Autre mauvaise nouvelle : j’ai bien emporté une pommade antibiotique (car une blessure peut rapidement se gangréner dans cette région du globe), mais elle est restée dans la valise, qui se trouve à San José.

Pour ne rien arranger, au lieu de chercher une solution pour m’aider, Monsieur me reproche de m’être blessée. Ajoute à cela le fait qu’il a également choisi de finir son repas avant de venir voir comment j'allais et tu auras une idée de mon humeur du moment. Mais je me reprends rapidement, m’énerver ne changera rien à la situation. Je fais le vide dans ma tête. Nous sommes dans un pays relativement pauvre. Ok. Les gens qui vivent dans ce village doivent faire une heure de bateau et la même chose en voiture pour voir un médecin. Ils doivent donc avoir une autre solution pour se soigner.

J’envoie Monsieur à la réception du lodge afin qu’il explique la situation à la jeune femme de l’accueil, laquelle se révèle être charmante et lui offre un tube de pommade aux plantes locales, à appliquer pendant trois jours sur ma plaie. Crois-le ou non, mais ce traitement entièrement naturel a été le plus efficace que j’aie eu à tester sur une brûlure. En moins de cinq jours, je n’avais plus une seule marque. Il faut encore que je précise qu’il s’agissait de son tube personnel et qu’elle n’a jamais accepté que je le lui rembourse.

Le reste du séjour à Tortuguero se passe bien. Nous profitons de nombreux tours en pirogue sur le canal entre deux averses. J’y apprends notamment que les eaux sont infestées de requins bulldog, l’une des rares espèces à pouvoir remonter les eaux claires des rivières depuis l’océan et tenir ainsi compagnie aux crocodiles et autres caïmans locaux.

Le Costa Rica a été le premier pays au monde à avoir supprimé son armée. A la place, le gouvernement a décidé d’utiliser l’argent qui lui était consacré à des fins plus nobles : la conservation de la faune et de la flore. En voilà une belle évolution des mentalités. Plutôt que de protéger des frontières tracées par l’homme, protégeons la planète qui nous permet de vivre.

Le jour du départ, après une rapide vérification de nos documents de voyage, nous découvrons que le 4x4 réservé nous attendra près de la zone où nous débarquerons du bateau, soit à plusieurs heures de route de l’auberge où nous avions laissé nos valises. Quelques téléphones plus tard, le chauffeur qui nous amène notre véhicule accepte de faire le détour depuis la capitale pour récupérer nos bagages au passage et tout est bien qui finit bien.

De là, notre véritable voyage peut commencer. Nous voici libres comme l’air, à arpenter les routes costariciennes. Après quelques heures de conduite en direction de la côté ouest, au milieu d’une végétation dense, nous arrivons à Santa Cruz, petite village perché à 1'500 mètres d’altitude. L’auberge qui nous accueille est simple et relativement isolée. Ce n’est pas vraiment une auberge, mais plutôt une maison surélevée par les propriétaires pour construire des chambres d’hôte. Une fois n’est pas coutume, je profite du service pressing pour faire laver et sécher nos vêtements qui, à cause de l’humidité ambiante, commencent à sentir la moisissure. J’aurais pu le faire moi-même dans la douche, mais pour 5 dollars américains, la somme n’est pas excessive pour nous, et je sais que cet argent aidera toute une famille (le salaire mensuel moyen au Costa Rica est de 900 dollars, soit environ 40 dollars par jour travaillé).

De la même manière et pour « aider » un maximum de gens, le soir, au lieu de prendre notre repas sur place, nous nous rendons à pied dans le village voisin pour manger dans un soda (sorte de bistrot local), qui ne doit pas accueillir des touristes bien souvent. La décoration est sommaire, les tables et les chaises sont composées de mobilier de jardin, mais il y a des nappes en tissu et visiblement le patron est fier de ce détail. Nous sommes et resterons ses seuls clients de la soirée. Comme nous n’avons pas à conduire pour rentrer, nous profitons de déguster différentes bières, ainsi que les portions généreuses des spécialités chaudement recommandées par le patron.

A la fin de la soirée, l’addition se monte à 19 dollars pour nous deux. Nous nous rendons bien compte que c’est beaucoup trop cher et que nous nous faisons rouler, mais franchement, nous n’avons pas eu le cœur à marchander.

Le lendemain matin, nous partons en direction du volcan Irazù. Gravir un volcan figurait dans le top 10 des choses que je voulais faire une fois dans ma vie. Ce jour-là, dans le brouillard et à 3'432 mètres d’altitude, nous sommes au pied du cratère et nous contemplons les entrailles de la terre. Le paysage se veut lunaire, fait de cendres et de terre. Toutefois, nous ne pouvons pas y rester trop longtemps, car l’acidité des eaux du lac formé dans le cratère est présente dans l’air et le brouillard, ce qui pourrait devenir dangereux pour notre santé. Il suffit de regarder les trous dans le maigre feuillage autour de nous pour comprendre que les panneaux de sécurité disent vrai. De retour au parking, nous croisons un coati (petit mammifère qui ressemble vaguement à un raton laveur) peu farouche et habitué aux touristes.

En descendant sur Cartago (première capitale du Costa Rica jusqu’en 1823), nous traversons des paysages colorés et verdoyants. Arrivés dans la périphérie de la ville, nous sommes confrontés à la réalité de la pauvreté et de la misère de ses habitants. Il existe une grande différence entre le fait de savoir que cela existe et celui le voir de ses propres yeux. Cette différence représente un cap que tout voyageur franchit un jour, sans vraiment s’en remettre, mais surtout, sans jamais l’oublier. On dit que les voyages forment la jeunesse. Pour moi, les voyages enseignent avant tout l’humilité, la solidarité, la compassion et le respect, aussi bien envers la nature qu’envers les autres populations et cultures.

Après un arrêt rapide dans un supermarché pour acheter des bouteilles d’eau (oui… en 2011, j’achetais encore de l’eau en bouteille), nous prenons la direction de Cerro de la Muerte (Montagne de la mort, en français). Pour nous y rendre, nous roulons sur la célèbre route Panaméricaine (autoroute qui relie les deux continents américains, de l’Alaska aux USA jusqu’à la Terre de feu en Argentine).

Si certains rêvent de rouler des heures durant sur la Route 66 à moto, moi, j’ai toujours été fascinée par la Panaméricaine. N’est-ce pas incroyable de pouvoir parcourir plus de 20'000 kilomètres sans jamais devoir changer de direction ? Se lever un matin et se dire : Tiens, et si je décide d’aller tout droit, jusqu’où me mènera cette route ? Bon… J’ai appris depuis qu’il existe un tronçon de 87 kilomètres actuellement infranchissable entre le Panama et la Colombie et qu’il faut prendre le ferry pour contourner la zone, mais quand même !

Cerro de la Muerte se trouve à 3'450 mètres d’altitude, dans les montagnes de Talamanca. Il s’agit du point culminant de la Panaméricaine. Le lieu doit son nom au fait qu’à l’époque où les gens se déplaçaient à pied, il fallait près de 4 jours pour effectuer ce trajet, et beaucoup mourraient en cours de route à cause de la météo et de l’altitude. Aujourd’hui, je pense que ce nom est toujours approprié, mais pour une autre raison. Le tracé de la route est étroit et sinueux, ce qui implique que les dépassements sont interdits. En ajoutant une épaisse brume due au climat humide de la région, tu comprendras pourquoi j’ai retenu mon souffle sur la quasi-totalité des 30 derniers kilomètres, car les camionnettes se livraient une guerre sans pitié en se dépassant n’importe où, avec une nette préférence pour les virages sans visibilité, ce qui nous a obligés à effectuer des freinages d’urgence à plusieurs reprises.

Puis soudain, j’aperçois enfin un écriteau sur le bord de la route, indiquant le chemin d’accès à notre logement pour la nuit. Nous voici embarqués, sous un orage certain, sur un chemin de terre à travers la forêt dont la pente est pour le moins impressionnante. Impossible de croiser un autre véhicule tellement le sentier est étroit. Heureusement, pas de précipice en vue. Mais il ne faudrait pas avoir besoin de freiner davantage, car les roues patinent déjà dans la boue. Sept kilomètres de descente plus tard, nous voici enfin arrivés dans la vallée de Dota.

Nous profitons d’une accalmie pour partir en randonnée dans la vallée. Si j’ai voulu venir ici, c’est pour avoir une chance d’observer un oiseau rare : le quetzal. Chez les Mayas, le quetzal était un oiseau sacré. De couleur verte et rouge, pour le mâle, les plumes de sa queue peuvent atteindre un mètre. Après deux heures de marche et de recherches infructueuses, la luminosité diminue, et comme nous n’avons ni carte ni lampe de poche, c’est au pas de course que nous regagnons le lodge. Durant la nuit, heureusement que nos hôtes avaient prévu d’épais duvets, car la température a dangereusement flirté avec le point de gel.

Réveil à 5h00 le lendemain matin. Nous avons 4h30 de route à faire (si tout va bien) et un bateau à prendre (avant midi). Il fait déjà jour, le ciel est dégagé, les oiseaux chantent : direction Golfito !

Golfito se situe de l’autre côté du Costa Rica, sur la côte pacifique. Il s’agit d’une destination prisée des Ticos (les Costaricains) et des surfeurs. Mais c’est également une immense réserve nationale pour la faune. Pour nous, ce sera l’occasion de rejoindre un écolodge en pleine forêt, accessible uniquement par bateau. Le trajet jusqu’à Golfito se déroule paisiblement. Le seul ralentissement est survenu dans la vallée, lorsque nous avons dû attendre une bonne demi-heure que la route soit réouverte. La raison ? Les pluies de la veille avaient drainé tellement de boue, de roches et de troncs d’arbres qu’une partie de la chaussée avait été emportée par le torrent et qu’il a fallu attendre que la voirie fasse son travail de déblaiement.

Cette attente s’est déroulée dans la bonne humeur générale, avec des vendeurs ambulants qui nous ont permis de prendre un petit déjeuner composé de crêpes frites fourrées à ce qui semblait être de la confiture, d’empanadas au fromage et de barres de céréales artisanales. Tout le monde prenait son mal en patience. Belle leçon de vie pour ceux qui klaxonnent dans les bouchons chez nous. S’énerver ne débloquera pas la situation, alors autant le prendre avec philosophie et profiter de ce temps disponible pour faire autre chose.

Arrivés à Golfito, nous laissons notre voiture de location à l’embarcadère, n’emportant avec nous, encore une fois, que le strict nécessaire pour les jours à venir (et la trousse de pharmacie !) et prenons soins de dissimuler le reste comme nous pouvons, dans le but d’éviter de se faire vandaliser la voiture. Puis, nous allons nous annoncer, comme convenu, au patron de la buvette. Ce dernier appelle son collègue, puis nous indique qu’il devrait être là d’ici 30 minutes. Parfait : juste le temps de commander deux bières. En réalité, son collègue a dû « envisager » de se mettre en route 30 minutes plus tard, car nous avons eu le temps de boire un certain nombre de bières avant qu’il n’arrive. Mais l’endroit disposait du wifi (une première depuis le début de ce voyage), ce qui nous a permis de rassurer nos familles respectives en leur donnant quelques nouvelles.

Lorsque notre commandant de bord personnel se présente à nous, c’est avec joie que je découvre le « navire » qui nous conduira à destination. Une simple barque à moteur, sur laquelle le pilote chargera encore plusieurs caisses de boissons et de nourriture. A peine avons-nous parcouru quelques centaines de mètres le long de la côte que déjà, je lui demande de ralentir. Juste en face de nous se dresse un arbre rempli de pélicans, dont certains sont en train de nicher.

L’écolodge appartient à une biologiste allemande retraitée, qui a acheté quelques hectares de forêt pour créer une réserve naturelle privée. Elle accueille chaque année un étudiant allemand afin qu’il puisse effectuer des recherches pour sa thèse et en échange, ce dernier lui donne un coup de main à la pension.

Le site possède trois (ou peut être quatre) cabanons en bois, chacun installé à bonne distance des autres pour ne pas entendre les éventuels « voisins ». Il n’y a pas d’électricité hormis les panneaux solaires qui alimentent également l’eau chaude de la douche.

Autant dire la vérité tout de suite : la douche se résumait à un mince filet d’eau glacée, car il n’y a jamais eu d’eau chaude durant tout notre séjour et l’électricité a dû fonctionner deux heures en tout et pour tout. Quant au lit, le matelas de cinq centimètres d’épaisseur était posé sur un sommier composé d’une planche de bois. Les fenêtres n’étaient fermées que grâce à de robustes moustiquaires, agrémentées de quelques lamelles de plexiglas. Quant au repas, ici on ne choisit pas son menu. Cela dépend de la pêche du jour (le pilote du bateau fait aussi office de pêcheur). S’il revient bredouille, c’est riz aux légumes pour tout le monde. Et s’il a des prises, c’est riz, légumes et poisson pour tout le monde. Qu’est-ce que j’ai pu aimer cet endroit !

Ce « confort » peut paraitre spartiate pour beaucoup de gens. A commencer par Monsieur qui ne s’est jamais vraiment remis, je crois, des insectes qui ont pondu sous notre peau pendant la nuit : c’était assez étrange de constater que les « piqures » se déplaçaient le long de nos jambes durant la journée.

Moi, au contraire, je pense que le véritable luxe, c’est justement ça. Un retour à l’essentiel, une communion avec la nature. Si loin de notre quotidien et si proche à la fois de la vraie vie. Quelle chance incroyable j’ai eue de pouvoir dormir en pleine jungle au Costa Rica, sans aucune pollution, ni invasion technologique, dans un logement respectueux de l’environnement.

Certes, il a fallu secouer trois fois chaque vêtement avant de s’habiller, retourner les draps du lit avant de s’y coucher et vérifier l’intérieur des chaussures avec un bâton avant de les enfiler, dans le but de s’assurer qu’il n’y avait ni serpent ni araignée (le Costa Rica compte, avec l’Australie, les espèces les plus dangereuses au monde). Mais en échange de ces maigres concessions, la nature nous a tendu les bras et nous a enveloppés de son Amour.

La propriétaire des lieux met gentiment à notre disposition des bottes en caoutchouc, plus épaisses que la normale, afin que les crochets des éventuels serpents qui croiseraient notre route ne puissent pas nous atteindre, puisqu’ici, la plupart sont mortels, à l’instar du Fer de lance. Elle nous explique également avoir fait installer une plateforme d’observation, à environ un kilomètre, qui nous permettra de nous familiariser avec l’environnement tout en étant en sécurité. Appareil photo et caméra en poche, nous avançons prudemment sur le sentier, bâton à la main, pour vérifier qu’aucun reptile ne se trouve dans les branchages adjacents.

La plateforme, haute d’une dizaine de mètres, se trouve dans une clairière. Durant notre séjour ici, nous y retournerons tous les jours, à des horaires différents, et chaque fois pour de longues heures à observer la nature environnante. C’est ainsi que j’ai pu admirer mes premières orchidées sauvages, et que j’ai eu la chance d'apercevoir le vol de plusieurs aras (espèce de la famille des perroquets).

Notre route croisera également celle de plusieurs agoutis (petit rongeur de la taille d’un lapin, typique de l’Amérique Centrale), de dizaines de champignons, de papillons, de milles pattes, d’araignées et autres lézards aux formes et couleurs toutes plus improbables les unes que les autres.

Un matin, au petit déjeuner, la vieille femme nous explique que son jeune stagiaire a aperçu des ocelots (félin apparenté au chat sauvage, qui ressemble à un léopard en miniature) sur la plage au lever du soleil. Nous finissons rapidement nos assiettes de fruits frais et nos tasses de café, sous l’œil attentif des colibris qui nous tiennent compagnie, puis prenons la direction indiquée, dans l’espoir d’observer, nous aussi, les fameux mammifères.

Arrivée à quelques mètres du sable, mon regard est attiré par une masse jaune dans l’arbre devant moi. Je n’en crois pas mes yeux. Après avoir passé des jours à en chercher, en vain, me voici face à un magnifique toucan. Il se tient fièrement sur sa branche et ne semble pas le moins du monde perturbé ou apeuré par ma présence. Je prends le temps de l'admirer, immobile et silencieuse, savourant chaque seconde de cette chance qui m’est offerte. Puis, comme s’il estimait avoir rempli sa mission, le voilà qui s’envole.

A peine remise de mes émotions, c’est au tour de l’océan de prendre part au spectacle. A une cinquantaine de mètres du bord du rivage, j’assiste à la partie de chasse d’un banc de thons. Ces derniers sautent hors de l’eau avec frénésie. Encore une fois, je reste sans voix devant tant de beauté. Ce soir-là, je refuserai catégoriquement de manger le poisson prévu au menu. Finalement, nous ne verrons pas d’ocelots. Mais qu’importe, nous avons fait d’autres belles rencontres.

Le cabanon où nous dormons dispose d’une terrasse protégée par un avant toit, sur laquelle est installé un hamac. J’y ai passé plus d’une heure chaque soir, à me balancer dans la pénombre, bercée par les bruits de la jungle. Quelle quiétude, quel sentiment de renaissance. Le bruit de la pluie sur les feuilles, le chant des oiseaux, les cris des singes hurleurs par moments. Ces instants n’ont pas de prix. J’y repense encore aujourd’hui, lorsque j’ai besoin de me sentir apaisée.

Pour le dernier matin, nous programmons le réveil avant le lever du soleil. Monsieur espère enfin apercevoir les ocelots. Moi, je veux juste sentir la forêt s’éveiller et prendre part à cet événement majestueux. Cette matinée restera gravée dans ma mémoire pour toujours ! Nous avançons discrètement jusqu’à la plage et longeons la crique avant de nous enfoncer dans la forêt aux premières lueurs du jour.

Soudain, nous entendons de l’agitation dans les buissons devant nous et nous arrêtons net. En sortent trois pécaris paniqués (sorte de petits sangliers de 50 cm de haut). Ils ne s’attendaient pas à tomber sur nous, et inversement. Nous patientons quelques minutes sur place, afin de leur laisser une longueur d’avance et ne pas ajouter un stress inutile à leur journée, avant de continuer notre balade.

Le long du chemin, nous croisons des bananiers aux fruits bien mûrs. La nature a même prévu le petit déjeuner sur place ! Après une heure de marche, je m'arrête pour manger. Et là, alors que je me penche pour cueillir une banane (et je te promets que c’est vraiment ainsi que cela s’est passé), un fruit à moitié rongé ressemblant à une petite pomme tombe à côté de moi. Puis un deuxième, et un troisième. Intriguée, je lève la tête. Pas un bruit, pas un mouvement. Etrange. Je me retourne et voilà que deux nouveaux fruits tombent du ciel. Je regarde à nouveau autour de moi, scrute les branches des arbres.

Soudain, mon cœur fait un bon énorme dans ma poitrine ! Je manque partir à la renverse. Je suis surexcitée, comme une petite fille le matin de Noël. Celui qui me jetait ses déchets dessus n’était autre qu’un magnifique singe capucin (le même que Marcel, le singe de Ross dans la série Friends) !

Avant d’aller plus loin, il faut que je t’explique une chose à mon sujet. Lorsque j’étais enfant, j’ai regardé un jour à la télévision un reportage sur Jane Goodall, la célèbre anthropologue britannique qui a dédié sa vie à l’étude des chimpanzés. Elle a vécu parmi eux en Tanzanie et a été la première à découvrir que chaque primate avait sa propre personnalité, qu’ils avaient réussi à développer un langage commun. Elle a également ouvert une fondation pour les protéger.

Cette femme m’a tellement inspirée qu’elle a été mon sujet de prédilection pour une grande partie des exposés et des rédactions que j’ai été amenée à faire durant ma scolarité. Et surtout, durant toute mon enfance, j’ai rêvé de suivre ses traces. Je connaissais par cœur toutes les espèces de primates et leurs caractéristiques. Je te rappelle qu’à l’époque, Google n’existait pas. C’est à la bibliothèque municipale que je glanais mes informations. J’y passais tellement de temps que je n’avais même plus besoin de présenter ma carte de membre pour emprunter un livre, tout le monde me connaissait. Mes parents doivent encore se souvenir de ces innombrables fois où je leur disais que, plus tard, lorsque je serais grande, je vivrais moi aussi au milieu des chimpanzés.

Maintenant que tu connais ce détail de ma vie, tu comprends certainement mieux ma réaction face à ce capucin. Je savais qu’il y avait des singes proches du lodge puisque j’en avais entendu crier pendant les nuits précédentes, mais je ne m'étais pas autorisée à espérer en croiser un, ne serait-ce que de loin. Alors de le voir lui, me narguer du haut de sa branche, c’est… un rêve éveillé ! Un cadeau de l’Univers ! Un instant que j’aimerais pouvoir faire durer des heures. Et il faut croire que ce bout de jungle était à l’écoute de mon cœur, car en quelques minutes, deux de ses cousins l’on rejoint.

J’assiste à un balai de capucins, sautant de branche en branche, prenant la pause le temps de quelques photos, jouant du regard avec moi. Encore aujourd’hui, en écrivant ces lignes, je peine à trouver des mots assez forts pour t’expliquer ce que j’ai vécu et ressenti.

Ce jour-là, la vie a réalisé l’un de mes plus grands rêves, sans même que je cherche à rendre cela possible. Peut-être que ce lieu était un peu magique. Peut-être que cette jungle exhausse les souhaits de ceux qui s’y aventurent avec un cœur pur et un amour sincère pour la Nature ? Ceux qui n’attendent rien de particulier et qui sont prêts à recevoir, en toute simplicité, ce qui voudra bien leur être donné ? Peut-être était-ce l’Univers qui m’envoyait son premier signe ?

Et Monsieur dans tout ça ? Eh bien, les singes, ce n’était pas sa passion. Mais je crois que cette fois-là, il a compris l’intensité du moment que j’étais en train de vivre, car il a attendu patiemment, une bonne heure je pense, un peu plus loin. De toute façon même s’il était parti, je ne m’en serais certainement pas rendue compte, tellement j’étais absorbée par cette rencontre inattendue et inespérée.

J’avais choisi un hébergement dans la jungle « sauvage », et pourtant je ne m’étais encore jamais sentie aussi proche de la nature, la vraie Nature, celle qui vit bien mieux loin des Humains et de leurs règles absurdes. J’en suis arrivée à penser que le monde « sauvage » n’est pas celui que l’on imagine. A ce sujet, j'ai lu quelque part : Le véritable sauvage n’est pas celui qui vit dans la forêt, mais celui qui la détruit !

Vers midi, nous reprenons le bateau pour Golfito et récupérons notre voiture. Quoi qu’il advienne maintenant durant ce voyage, j’ai la certitude d’avoir déjà vécu ce que j’avais à vivre dans ce pays. Rien ne pourra être plus beau ou plus fort que la matinée que je viens de passer. Ce souvenir est gravé en moi. Le premier d’une longue série, mais ça, je ne le sais pas encore.

Après une demi-journée de route sans encombre en remontant le long de la côte, nous rejoignons le Parc National Manuel Antonio. Là-bas, une chambre climatisée nous attend dans un hôtel au bord de l’eau. Le lieu, particulièrement prisé des touristes américains, a de faux airs de station balnéaire.

La Playa Manuel Antonio est d’ailleurs réputée pour être l’une des plus belles au monde (personnellement, les plus belles plages que j’ai été amenée à voir se trouvent aux Seychelles et en Australie, dans les îles Whitsunday). Quel choc pour moi de retrouver la « civilisation » et l’effervescence touristique. Monsieur, lui, se sent nettement plus à l’aise et retrouve doucement ses marques. Comme nous avons prévu de rester deux nuits sur place, nous décidons de profiter de la plage cette après-midi.

Pourtant, après quelques timides tentatives de sa part pour me rejoindre dans les vagues, il décrète que l’eau est trop froide, qu’il y a trop de gens bruyants et trop de sable sur la plage. Bref, il cherche tous les prétextes pour partir de là. Devant tant de mauvaise foi, c’est à contre cœur que j’accepte de retourner au bord de la piscine de l’hôtel. Certes, la vue est jolie, mais bon… Des piscines, on en a aussi chez nous.

Moi, j’avais envie de boire la tasse dans l’eau salée à force de me faire charrier par les courants, de me rouler dans le sable avec lui, de manger une glace artisanale assise par terre à l’ombre d’un palmier, de danser au son de la salsa jouée par les transistors de nos voisins de serviette. J’avais envie, l’espace d’une après-midi, de me laisser porter par l’ambiance de ce lieu.

Je me suis sentie blessée par son comportement. Je pouvais parfaitement comprendre et accepter qu’il ait un besoin de confort différent du mien et qu’il était important que nous prenions tous les deux du plaisir dans ce périple. En revanche, ce qui m’a blessée, profondément même, c’est la vraie raison qui l’a poussé à revenir à l’hôtel : le wifi gratuit, pour surfer sur les réseaux sociaux et les jeux en ligne des heures durant.

Je réalisais amèrement que, si moi j’étais capable de prendre en compte ses envies et son bien-être, la réciprocité ne semblait être qu’une douce utopie de ma part. Pire encore, au lieu de me dire la vérité et de trouver un compris qui puisse nous satisfaire tous les deux, il avait pris la décision seul et me mettait devant le fait accompli. Quel décalage entre ma matinée féérique de communion avec La Nature et son attitude. Ce soir-là, je me souviens m’être couchée triste, les larmes au bord des yeux.

Le lendemain, nous partons faire de l’accrobranche dans la jungle. Ici, on appelle ça canopy. La décision a été prise hier soir après qu’une dispute ait éclaté entre nous. J’ai fini par céder pour cette activité, même si ce n’est vraiment pas mon truc. Il m’a promis qu’en échange, nous irions, ensuite, visiter le parc naturel durant l’après-midi. J’ai toujours eu le vertige et il le sait, mais je prends sur moi et je me lance pour le suivre, suspendue au bout du câble de la tyrolienne. De toute façon, une fois au sommet de l’arbre, je n’ai plus vraiment le choix si je veux redescendre sur la terre ferme. Le groupe de touristes auquel nous nous joignons est composé d’une dizaine de personnes, et l’ambiance est plutôt sympathique. Je passe un bon moment en rigolant avec les autres et ne suit pas peu fière d’être sortie de ma zone de confort en dépassant mes peurs.

De retour à l’hôtel ; nouvelle dispute. Monsieur m’annonce que nous ne visiterons finalement pas le parc national de Manuel Antonio, car il