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Un hold-up a lieu à quelques jours de Noël dans un magasin de jouets. Une dizaine de types lourdement armés et organisés comme des militaires. Angel et Alice sont présentes et prises en otage, puis relâchées rapidement. Plus qu'intriguées, elles décident d'enquêter et se retrouvent à devoir le faire, non pas pour l'Unité, mais pour les Services Secrets français. Comment ? Pourquoi ? Quel intérêt ont les Services Secrets à passer par elles pour ça ? Qui sont ces mercenaires qui ont fait ce hold-up ? Et qui est le patron du magasin de jouets ? C'est une enquête difficile où se mêlent l'armée, les mercenaires, les Services Secrets et leur patronne, un virus, des hold-up, Interpol... et Angel et Alice au milieu de tout ça qui risquent littéralement leur peau douce. Une enquête qui pourrait bien devenir fatale, pour elles, mais pas seulement.
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Seitenzahl: 504
Veröffentlichungsjahr: 2020
Pour moi, parce qu’après tout on est jamais aussi bien servi que par soi-même !
Cette histoire est avant tout romancée, et je me suis permis, non seulement de vous donner mon point de vue et vous raconter les événements dont j’ai pu être témoin, mais également d’autres où je n’étais pas présente. Ceux-ci sont racontés à ma façon après que des témoins me les aient eux-mêmes rapportés, et il en va de même pour les pensées des autres que je rapporte ici.
Quant à l’Unité, il est important de savoir qu’elle est en dehors des règles. Unité de police formée exclusivement de militaires, et sous commandement et hiérarchie militaire, elle ne prend ses ordres que de la Présidence directement, ou indirectement par le biais de différentes personnes qui sont purement politiques, et ne dépendent ni de la hiérarchie militaire, ni de la hiérarchie policière, ni de celle de la justice.
Elle est là pour remplacer la police dans certains cas qui sont plus du ressort politique qu’autre chose. Ces cas, dits « sensibles », sont laissés à la totale appréciation de la seule Présidence. Ces cas sont ceux qui, en général, réclament avant tout une grande discrétion vis-à-vis du public et impliquent soit des risques de panique si ça se savait, soit des politiques à haut niveau, peu importe leur tendance ou leur poste, et ce ne sont que les deux catégories les plus générales. Toutefois, il existe quelques différences entre Unité et polices « ordinaires ».
Les membres de l’Unité sont militaires, mais ont pour une partie, une couverture civile. Contrairement aux gendarmes ou aux policiers, lors des missions qui leur sont assignées, ils peuvent tirer leurs armes, et répliquer sans sommation, comme tout militaire en guerre. Seuls sont condamnés et condamnables, les meurtres et assassinats tels qu’on peut les définir avec un terme de préméditation. Pour autant, ils ne sont pas là pour exercer une sorte de justice expéditive, et enquêtent très sérieusement, exactement comme les autres, recueil de preuves, études et analyses diverses, dossier solide, aveux ou autres, et ne tirent que pour se défendre, et de préférence pour blesser.
De même, tous les suspects peuvent être arrêtés et détenus par l’Unité, sans durée maximale de détention ni appel à un avocat. Enfin, toutes les formes d’interrogatoire, hormis la véritable torture, y sont employées. L’efficacité seule prime… le but étant avant tout d’obtenir des réponses aux questions. Mais au final, la justice suit son cours habituel, et les coupables ou leurs complices sont déférés devant des juges et jugés suivant les règles établies.
Enfin, oui, l’Unité a des moyens qui dépassent largement ceux d’une unité de police traditionnelle, et même si ça peut sembler disproportionné parfois, pour nous ça nous donne un véritable confort dans nos enquêtes et nous sommes bien moins limités qu’eux de fait.
De plus, je tiens à préciser que bien que les événements racontés ici rappellent énormément ceux qui sont en cours, ce roman a été écrit en 2012, même s’il ne paraît qu’aujourd’hui. Ils ne sont donc absolument pas inspirés par tout ça.
Angel
Prologue
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Bonjour !
Mon nom est Angel, et je suis détective privée. Oui, je sais déjà, ce que vous allez dire.
– Quoi ? Une fille détective privée… pas courant !
C’est en général la première réaction des clients ou des gens à qui j’en parle. Et ça, c’est le minimum, le genre très modéré voir indifférent. Remarquez, en général les clients commencent par croire que je ne suis que la secrétaire du détective. Et certains vont jusqu’à s’enfuir en courant en apprenant que JE suis le détective. Mais si, je vous assure que c’est vrai !
Je vis depuis quelque temps déjà avec un homme adorable, John. Grand, beau, intelligent, courageux, amoureux, sensible, gentil… enfin, je pourrais continuer les adjectifs comme ça pendant des heures, avec quelques défauts quand même, il ne faut pas pousser. Mais vous savez l’amour a tendance à rendre un peu aveugle parfois, sur certains plans au moins. Et nous avons une petite fille Sophie. John est flic à la PJ, et moi, je m’occupe de mon agence : Angel Face.
Nous avons un couple d’amis, Alice et Simon, avec qui nous passons beaucoup de temps et faisons beaucoup de choses. Eux sont mariés et sans enfant, encore. Alice est journaliste et Simon est également à la PJ, mais lui fait partie de la section informatique. Et si John et Simon sont amis, Alice et moi sommes quasiment comme des sœurs. Nous nous connaissons depuis le lycée, la pension où nous étions ensemble et où nous avons fait les quatre cents coups. Depuis nous sommes restées complices, dans le crime comme dans la vie.
Et ça, c’est notre façade civile, pour le boulot tout au moins. Ce n’est qu’une couverture, pour cacher notre véritable travail. Nous sommes tous les quatre dans l’armée, et nous faisons partie de l’Unité, où nous formons ce qu’on nomme entre nous, une unité-action. Nous ne sommes pas vraiment des flics, pas vraiment des espions, pas vraiment des civils, mais pas vraiment non plus des militaires classiques, enfin surtout moi. Mais on forme à tous les quatre, une drôle d’équipe.
Ne me demandez pas pourquoi les choses concernant l’Unité doivent rester secrètes, c’est évident. Voyez-vous, parfois, nos méthodes pourraient apparaître comme étant à la limite de la légalité et puis, parfois, il vaut mieux aussi que le grand public ignore certaines choses, histoire de pouvoir dormir tranquille. Mais cela nous offre une marge de manœuvre bien plus grande que pour des flics ordinaires. On rassemble les preuves, on attrape les coupables, on monte les dossiers pour les juges… Ensuite, on laisse la justice suivre son cours.
La base à laquelle nous sommes rattachés s’appelle « La Fabrique », un petit nom entre nous, mais ne la cherchez pas sur une carte vous ne pourriez pas la trouver, elle n’apparaît nulle part. Elle est cachée dans la forêt, pas vraiment loin de Paris, je ne vous préciserais pas où pour des questions de secret, vous vous en doutez. Là, on y trouve les bureaux du Patron, mais aussi des équipes qui nous entourent.
Celle de Bob, qui est… un homme à tout faire de génie.
Il y a aussi l’équipe du Toubib. Lui, c’est notre médecin-chef, et également un chirurgien et légiste. Il est là pour un peu tout, nous retaper si on est blessés, ou… m’accoucher, car c’est lui qui a mis Sophie au monde, et qui la suit. Et oui, il fait aussi médecin de famille. Pas mal de cordes à son arc. Mais je crois que là-bas, ils en sont tous un peu là.
Marc lui, est chargé de tout ce qui est « Scientifique », étude des preuves et autres sont de son domaine, avec son équipe.
Un autre maillon important pour nous, c’est Michel et son équipe. Eux sont chargés du renseignement sous toutes ses formes, et sans eux, on aurait du mal à avancer. Ils nous trouvent nos informations, peu importe lesquelles, on a besoin.
Sinon, notre équipe a un « QG », à la maison, où on l’a rajouté. On avait besoin de place à la naissance de Sophie et on en a profité, une chambre pour elle, un QG pour nous. Ça nous évite pas mal de kilomètres pour aller à la Fabrique, et on a un peu tout ce qu’il nous faut sur place. Simon a son ordi, on a du matériel a minima, on a surtout besoin d’une table, de chaise et de nos cervelles. Et s’il faut plus, outre une armurerie, très bien fournie là, mais très bien dissimulée aussi dans le fond du garage, on va le chercher et on le ramène.
Oh, et une toute dernière précision, Bob, est celui qui nous fournit tout ça. Et accessoirement, il est aussi le parrain de Sophie et la gâte dès qu’il le peut…
Enfin, là, vous avez une première idée d’un peu tout. Mais passons à ce qui vous amène, mon histoire.
Les premiers invités du Patron venaient d’arriver et ils étaient plutôt nombreux. Il choisit de commencer par Maud Prunier, la nièce de Rattier. Il savait qu’il arriverait facilement à la faire parler. Il en avait mâté de bien plus durs qu’elle.
– Mademoiselle Maud Prunier. C’est cela ?
– Oui. Mais j’aimerais savoir où je suis et qu’est-ce que je fais ici.
– Silence ! C’est moi qui pose les questions et vous, vous répondez. Vous êtes ici dans le cadre de plusieurs enquêtes pour vols à main armée, meurtres, association de malfaiteurs, enlèvement, torture, espionnage et j’en passe. Et vous êtes complice de tous ces crimes. Vous êtes mal barrée ma petite. Vous n’allez pas revoir le monde de sitôt !
– Mais… Je n’ai rien fait ! Je suis innocente !
– Ben voyons ! Je ne l’ai encore jamais entendue celle-là d’excuse… Oh, je suis innocent ! Vous avez commencé par aider votre oncle à mettre la main sur la maison des jumeaux dans votre rue. Et vous l’avez également aidé à séquestrer ces deux pauvres hommes, pendant plus de six mois !
– Mais…
– Pas de mais ! Rattier, l’ex-colonel Rattier, c’est bien votre oncle n’est-ce pas ?
– Oui. C’est mon oncle, mais il l’a louée cette maison, enfin ces maisons… Les deux vieux messieurs les lui ont louées, car ils partaient en croisière pour un an !
– Et c’est ce qu’il vous a raconté ?
– Oui.
– Et vous avez cru ces sornettes ? À qui est-ce que vous allez faire croire ça ? Et quand il a reçu son équipe chez vous, il vous a dit quoi ? Qu’il organisait une réunion Zupperware ? Et vous l’avez cru aussi, même en voyant la gueule des ménagères invitées sans doute ?
– Non, il m’a dit qu’il devait recevoir d’anciens soldats qui avaient servi sous ses ordres, une sorte de réunion de copains quoi.
– Et dans ce cas, pourquoi chez vous et pas chez lui ?
– Il n’avait pas encore les clefs de la maison. Il ne devait les avoir qu’une semaine après et il avait déjà lancé les invitations, la location venait d’être reportée. Il n’avait que cette solution !
– Et vous, vous avez fait quoi ? Distribué les balles souvenirs ?
– Non, j’étais absente, je travaillais ce jour-là. C’est pour ça que je n’y ai pas vu d’inconvénients.
– Et vous savez où on peut joindre ce cher tonton gâteau ?
– Il m’a téléphoné, il y a quelques jours. Il m’a dit qu’il devait s’absenter pour une durée qui restait encore indéterminée. Mais il m’a dit que je ne me fasse pas de souci et que je n’avais pas à me préoccuper de mes factures ni de mon loyer. Il m’a donné une adresse où je dois les faire parvenir, et il m’a dit qu’on les réglerait pour moi.
– L’adresse ?
– 27 rue des Chaumes. C’est chez un notaire. Maître Bernouille.
– Je vais vous laisser. On va vous ramener en cellule pour le moment. Peut-être que je vous interrogerais plus tard à nouveau. Garde… Vous la raccompagnez à ses appartements.
Le Patron était soucieux. Ce type avait l’art et la manière de couper les ponts. Il demanda qu’on prenne le téléphone de la demoiselle pour retrouver la trace des appels de ces huit derniers jours, mais il se demandait si cela allait donner quelque chose. Et il se dit qu’il fallait continuer à interroger les uns et les autres. Par recoupement peut-être qu’il finirait par en sortir une petite piste…
………………………………………
John et Simon étaient plus qu’inquiets pour nous, mais au lieu de les abattre, cela les motivait plus encore. Maintenant, ils avaient encore plus conscience que jamais qu’ils jouaient la montre. Plus le temps avançait et plus nous allions nous enfoncer et nous risquions gros.
Ils se remirent au travail, reprenant minutieusement tout ce qu’ils savaient et tout ce qu’ils pouvaient supposer pour trouver LA bonne piste à suivre. Ils pensaient que pour le moment, le notaire, et Jim étaient leur meilleure chance pour obtenir des informations et savoir où Rattier se cachait.
– … En fait, je finis par me demander si on ne fait pas fausse route en cherchant Rattier. Dit John.
– Pourquoi ? demanda Michel.
– Parce que, d’après ce que nous a dit le Patron, s’il ne s’est pas trompé, il n’est qu’une marionnette entre les mains de Bruzzi et Lagrange. On n’a toujours rien sur la véritable identité de Bruzzi ?
– Non. Ça tourne toujours. On va bientôt arriver au bout de ce qu’on peut faire sur les fichiers nationaux. Réguliers ou non. – Tu as attaqué les photos des journaux ?
– Pas encore, mais ça ne va pas tarder. Mais là, ça va vraiment être très long. Je ne sais pas ce que ça va donner.
– Ce type doit avoir à peu de choses près le même âge que son identité d’emprunt. Disons que s’il apparaît dans le journal, il aura déjà dix ou douze ans. Réduis d’autant la période de recherche.
– Oui, et plutôt dans les journaux régionaux que dans les nationaux, et réduits aux pages régionales.
– Si on savait quelle région choisir en priorité, ça simplifierait les recherches. Dit Michel.
– Je me demande si on ne devrait pas aller du Nord au Sud. Dit John.
– Pourquoi du Nord au Sud ?
– Juste parce que je me dis que s’ils ont choisi un enfant en Corse, c’est parce que ce type vient du Nord et que comme ça, ceux qui le connaissent ou qui l’ont connu sous sa véritable identité ne feront pas le rapprochement. On ajoute, le mot sosie dans la phrase et le tour est joué…
– Mouais. Une idée comme une autre. On a qu’à faire comme ça. Dit Michel. Je programme la recherche sur les pages régionales des journaux régionaux des quinze dernières années du Nord au Sud. Il serait temps qu’on ait un peu de chance dans cette histoire.
– C’est certain. Bon, sinon, qu’est-ce qu’on a sur Lagrange ? Biens immobiliers, feuilles d’impôt, baux, il faut que tu nous sortes tout ce qu’il y a de plus banal, comptes bancaires, et autres retraits par carte bleue. Ce type a besoin d’argent, il faut bien qu’il vive tous les jours. Il ne se cache pas vraiment depuis les six derniers mois. Par précaution, remonte à la dernière année. On va tout examiner ligne par ligne. Et on va noter tous ses déplacements sur les douze derniers mois. Ça fait six mois que Rattier a monté son groupe, c’est certainement une opération de longue haleine pour Lagrange.
– Je te sors tout ça. Dit Michel.
– Je t’aide, ça ira plus vite. Dit Simon. Je prends le côté banque et tu prends le reste…
Très rapidement, les premières informations sont sorties, et John a attaqué pendant qu’ils continuaient à lui donner le reste. Puis, au fur et à mesure, ils se sont mis aussi à analyser les informations qu’ils avaient obtenues. La recherche sur Bruzzi tournait toujours.
Au bout de deux heures, ils commençaient à se faire une première idée des allées et venues de Lagrange durant les douze mois précédents. Ils arrivaient presque à le suivre pas à pas. Se mettant derrière lui, comme des fourmis qui suivent les chemins tracés par la première exploratrice, du nid au réservoir de nourriture.
Alors qu’ils étaient tous les trois concentrés sur leur proie, on a signalé à John l’arrivée de La Baleine avec Jim. Il savait qu’ils devaient être conduits en priorité à l’hôpital. Il se contenta de demander qu’une fois qu’ils en auraient fini avec le Toubib, on conduise La Baleine jusqu’à lui et Jim à la prison. Et il se remit au boulot. Moins de dix minutes plus tard, cette fois, c’était l’ordinateur qui faisait la recherche sur Bruzzi qui signalait enfin qu’il l’avait trouvé quelque part.
Michel se précipita pour voir ce qu’il avait trouvé. Et se releva, triomphant.
– John ! On le tient ! Son véritable nom est Bruno Devisel. Et, tu avais raison, il est d’origine lilloise ! Je lance une recherche pour trouver tout ce qu’on a sur lui.
– Vas-y ! Je me demande qui peut-être ce type en réalité. Dit John.
– Pourquoi est-ce que j’ai l’impression qu’on pourrait lui trouver des accointances avec Danièle Voronèse à lui aussi. Dit Simon.
– Peut-être parce qu’il doit en avoir. Je suis certain qu’il connaît bien Lagrange. Répondit John. Michel, pense bien à regarder tout ce qu’il pourrait avoir comme biens à son nom. S’il se cache aussi bien, il pourrait aussi être tout simplement dans son véritable chez lui, sous son vrai nom, sans même qu’on le sache.
– C’est parti ! fit Michel.
– Pour Lagrange, je commence à avoir une idée de l’endroit où il peut être. Dit John. Enfin, où il pouvait être il y a quelque temps. Regarde ses circuits, je les ai reportés sur cette carte au fur et à mesure. On dirait bien que sa base est dans ce secteur.
– Oui. Mais, est-ce qu’il y est encore ? C’est un autre problème. Dit Simon. Moi, je n’ai rien de bien consistant avec les feuilles d’impôt. Je ne pense pas qu’il soit assez idiot pour se réfugier à l’adresse des impôts. Et il a montré que jusqu’ici, il était assez loin d’être stupide. Il a toujours eu un ou deux coups d’avance sur nous.
– Il faudrait qu’on le prenne à son propre piège, mais comment ? Je ne suis pas un spécialiste des échecs, loin s’en faut. Il n’a plus son hacker, pour nous trouver. Et donc, il ne peut pas savoir qui nous sommes vraiment et de quels moyens nous disposons. Peut-être que c’est là qu’est notre avantage.
– Mais, il doit vraiment se poser des questions sur nous. Tu crois qu’il aurait encore des contacts dans le service de Danièle ? Parce que si c’est le cas, il doit déjà savoir qui nous sommes en réalité. Fit remarquer Simon.
– Oui. Mais Danièle y aura déjà pensé non ? Demanda Michel.
– Pas forcément. Dit John. Je me demande si nous ne devrions pas avoir une petite discussion avec cette dame. Je pense que ce serait très enrichissant. Mais ne nous dispersons pas pour le moment. Continuons déjà avec ce qu’on a sur Lagrange et comment il s’appelle déjà ?
– Devisel. Dit Michel.
– C’est ça Devisel…
………………………………………
Le Toubib était soucieux. Notre état semblait stable pour le moment, mais il avait d’autant plus peur que toutes nos défenses s’effondrent d’un coup et que les choses empirent brutalement, nous conduisant vers une issue fatale, rapidement.
Son ami virologue, et les chercheurs du laboratoire avaient trouvé ce qui avait été modifié dans leurs dossiers. Mais hélas, la formule pour tuer le virus avait été totalement détruite, et ils n’avaient rien pu en récupérer. Leurs archives papier conservaient bien les notes prises au fur et à mesure des recherches, mais il allait falloir reprendre pas mal de choses avant de pouvoir en sortir à nouveau un remède efficace. Et le temps pourrait bien manquer, au moins pour Alice et moi. Mais ils faisaient tout leur possible pour réussir.
La course contre la montre continuait. Et John et Simon n’allaient plus tarder à céder eux aussi. Les infirmiers et le Toubib étaient déjà malades. Son second, Bruno, avait pris le relais, et il l’aidait du mieux qu’il pouvait, mais son mal de tête empirait et il avait de plus en plus de mal à se concentrer.
– … Philippe, il faut aller vous reposer. Sinon, vous n’allez plus pouvoir être utile à personne. Ne vous en faites pas, je m’occupe des filles.
– D’accord, vous avez gagné. Je vais me reposer un moment. Mais venez me chercher si leur état empire.
– Je viendrais vous chercher si leur état empire. Promis. Allez vous allonger maintenant.
Le Toubib, vaincu, partit s’allonger dans une chambre qui lui avait été réservée. Il savait que si les choses ne s’arrangeaient pas très vite, ils allaient avoir des problèmes de place dans les baignoires très rapidement, puisqu’ils n’avaient encore rien trouvé qui permette de faire baisser la fièvre que donnait le virus. Déjà les infirmiers et lui-même présentaient les premiers symptômes de la maladie. Et John et Simon, devaient tenir encore grâce à leur constitution robuste, mais très bientôt, eux aussi allaient devoir renoncer. Il ne se sentit pas partir et il tomba endormi, épuisé, à peine écroulé sur son lit.
Bruno, lui, savait déjà qu’il était seul à tenir la barre dès à présent. Il passa nous voir, et constata que notre état restait stationnaire. Il appela alors le laboratoire et l’ami de Philippe, le virologue pour savoir à quoi il faillait s’attendre précisément quant à la suite des événements.
Quand il raccrocha, au bout d’un long moment, il resta songeur un instant. Puis, il reprit son téléphone et il appela John et Simon.
– John ? C’est Bruno, le second de Philippe.
– Oui toubib, c’est les filles ? Elles vont plus mal ?
– Non. Pour le moment, leur état est encore stable. Mais je crains que les choses empirent rapidement maintenant. Dans l’heure qui vient en fait. Et, dès que ça empirera, d’après le laboratoire, les choses devraient aller vraiment très vite. Pour eux, il ne leur reste plus que deux heures, trois tout au plus.
– Je ne sais pas si ce sera suffisant pour trouver ce type qui doit avoir le remède. Mais on fait tout notre possible.
– Je sais. Et vous n’êtes pas les seuls. Croyez-moi. Mais c’est pour vous deux que je m’inquiète, Philippe et les deux infirmiers qui se sont occupés d’elles pour les ramener, sont déjà HS. Toujours rien de votre côté ?
– Un peu de fatigue pour moi. Je demande à Simon… Simon, tu vas bien ?
– Un léger mal de crâne, mais à part ça je vais bien.
– Vous l’avez entendu ?
– Oui. Il vient ici immédiatement. Ce sont les premiers symptômes qui se déclenchent. Et vous feriez bien de venir aussi. Vous n’allez pas tarder à être atteint aussi John.
– Il faut que je continue.
– Laissez ça aux autres. Il y a plein de monde qui pourra continuer à votre place. Je vais vous mettre tous les deux en observation. Et, je vous préviens que si vous n’êtes pas ici tous les deux dans les dix minutes j’envoie les gardes vous chercher et ils vous mettront les menottes si nécessaire pour vous conduire ici.
– Compris toubib. On arrive.
– Alors, j’arrive et vous partez ? dit La Baleine en entrant dans la pièce.
– Mais oui. Désolé ! Ce sont les aléas de la situation. Et le Toubib n’est pas facile. Mais si vous voulez nous accompagner à l’hôpital, on pourra toujours bavarder. Allez Simon, on laisse Michel continuer sans nous. On va aller retrouver les filles.
– Tu renonces, comme ça, tout simplement !? s’exclama Simon surpris. Juste parce qu’un toubib t’a menacé de te faire venir encadré par des gardes ?
– Non Simon, je ne renonce pas. Mais on a bien défriché le terrain et Michel sait où on en est. Il est à même de continuer sans nous. Et de toute façon, on n’ira pas nous même l’avoir sur le terrain et tu le sais. Alors, je préfère retrouver ma femme maintenant, pendant que je suis encore à peu près d’équerre pour rester avec elle. Si elle doit mourir, je préfère rester avec elle jusqu’au bout. Pas toi ? Tu ne préfères pas qu’Alice sache que tu es là avec elle ?
– Si. Tu as raison. Allons-y.
Ils se dirigèrent vers l’hôpital, accompagnés de La Baleine.
– Dites, vous avez une superbe installation ici. J’ai quand même été surpris de me retrouver sur une base militaire. Même si je sais que vous êtes de la partie tous les deux. Vous êtes quoi John ? Lieutenant ?
– Je suis lieutenant, mais avec colonel derrière. C’est la seule différence. Quant à Simon, le petit jeune qui nous accompagne, lui il est juste lieutenant.
– Petit jeune ! Tu pousses là ! J’ai juste quelques années de moins que toi !
– Mais là, petit jeune, c’est juste par rapport au nombre d’années passées dans l’armée. J’en ai quand même un certain nombre de plus que toi, et tu ne diras pas le contraire cette fois.
– Là, j’avoue.
– Dites, c’est surprenant la façon dont il vous parle. Je n’ai pas été habitué à ça moi. Quand je parlais à mon colonel, si j’avais osé dire ne serait-ce que le quart de ce qu’il vient de dire, je me serais vite retrouvé au trou !
– Normal. Dit Simon. On ne parle pas comme ça à son colonel. Moi, je parle à mon ami. Mon meilleur ami. Mais quand je parle au colonel, croyez-moi, je n’ai pas intérêt à dire les choses de la même façon ! N’est-ce pas mon colonel ?
– Tout à fait lieutenant !
John se mit à rire un peu. Puis il reprit, souriant, en regardant Simon, complice.
– Ne t’en fais pas, je sais encore faire la différence. Et puis, on bosse ensemble, presque douze heures par jour. Si on passait notre temps à respecter la hiérarchie et se donner du colonel, du lieutenant ou de l’adjudant, on ne s’en sortirait plus. Sans compter les garde-à-vous et tout le tintouin ! On perdrait un temps fou, et on serait bien moins efficaces.
– Mais vous faites quoi exactement ? demanda La Baleine, curieux.
– Secret défense.
Il avait parlé plus que sérieux d’un coup, et sur un ton qui ne souffrait pas la moindre question supplémentaire. La Baleine se le tint pour dit, et n’insista pas.
– Ah. OK. Je ne demande plus rien dans ce cas. Mais j’aimerais quand même comprendre pour Jim. Enfin, si vous pouvez m’expliquer.
– Oui, là on peut. C’est lui qui nous a mis sur la piste de Rattier, mais on soupçonne que c’était volontaire et que Rattier avait tout manigancé pour ça. Il voulait qu’on vienne délivrer les filles. Il leur a inoculé un virus, qui est en train de les tuer… Et sans doute nous aussi. Toi compris. Et peut-être d’autres encore. On pense qu’il veut le vendre et que nous sommes une démonstration de l’efficacité de l’arme. Et que lui seul possède le remède.
– Mais, et Jim dans tout ça ? Quel est son rôle ?
– Il est les yeux et les oreilles de Rattier. Il doit être en liaison avec lui. Il était là pour nous mettre sur le bon chemin pour trouver les filles. Il vous a dit qu’il avait refusé de bosser pour lui, mais nous, on pense que c’est faux. Rattier a choisi les filles exprès en sachant qu’on les chercherait et qu’on en avait les moyens. Et aussi, qu’on aurait les moyens de les retrouver.
– Je comprends mieux certaines choses. Entre autres pourquoi Jim a fait savoir qu’il avait refusé l’offre de Rattier si haut et fort. Il fallait qu’on soit au courant dans le milieu pour être certain que ça vous parvienne à coup sûr.
– Et voilà. Ça confirme ce qu’on soupçonnait. Dit Simon.
– On est arrivés. Désolés, mais on va te laisser. Je vais donner des ordres aux gardes pour qu’ils t’emmènent voir notre commandant. Je voudrais que tu lui racontes tout ce que tu sais.
– Pas de problèmes. Ils n’ont qu’à me guider.
– Salut ! On se reverra quand tout ça sera fini. Enfin, si on s’en sort.
Simon avait dit ça un peu fataliste, tout en serrant la main de La Baleine. John, lui, donna ses ordres aux gardes, puis il se retourna vers La Baleine et le salua à son tour, également assez fataliste mais légèrement plus optimiste que Simon.
– Salut. La Baleine. Et peut-être à bientôt.
La Baleine n’ajouta rien, puis ils entrèrent dans l’hôpital pendant que les gardes accompagnaient La Baleine à la prison pour y rencontrer le Patron. Le remplaçant du Toubib les attendait déjà.
– Enfin, vous voilà. J’ai eu peur que Simon ne soit tombé dans les pommes déjà. Comment ça va ?
– Le mal de tête empire. Je voudrais aller voir Alice avant qu’il ne soit trop tard.
– D’accord. Allez-y. Et vous John ? Mal au crâne ? Vous me disiez que vous vous sentiez fatigué ?
– Oui. Rien d’étonnant. Vous avez vu l’heure ? Et je n’ai rien avalé depuis ce matin en prime. Je n’ai pas arrêté de bosser, plus ce qui arrive à Angel qui fait plus que m’inquiéter… Tout ce stress finirait par épuiser n’importe qui malade ou non.
– Je pourrais vous refaire des prises de sang ? J’aimerais refaire des analyses. Vous savez que parfois, certaines personnes sont naturellement résistantes à certains virus. Si vous êtes dans ce cas, vous pourriez bien être notre sauveur. Mais ensuite, vous mangez un morceau.
– Il faut que j’aille retrouver Angel. Je veux absolument qu’elle sache que je suis avec elle. Que je ne la laisse pas tomber et qu’elle n’est pas seule.
– Ne vous en faites pas. Si j’ai laissé Simon y aller tout de suite, c’est qu’il ne va pas tarder à perdre connaissance. C’est la première phase de la maladie. Et ensuite, viennent la fièvre et la gêne respiratoire. Mais elle va aller en s’amplifiant ensuite, et… on meurt étouffé. Comme dans une pneumonie mal ou non soignée. J’ai peur que chez les filles, ça vienne vite. Même si elles sont stables encore.
– Alors, dépêchons-nous Toubib. Si ça peut la sauver, il ne faut pas perdre un instant. Dites, je voulais vous demander une chose. Combien de temps est-ce qu’on est contagieux ?
– Jusqu’à ce que la maladie soit déclarée. On a échappé au pire avec Alice et Angel. Elles ont dormi quasiment tout le temps et elles sont restées à la base. Mais vous deux, vous avez répandu déjà pas mal l’infection hélas. On nous a signalé déjà quelques cas dans les hôpitaux, mais ils ne sont pas avérés pour le moment, et je pense que c’est encore un peu tôt pour qu’ils aient contracté le virus, mais dans le doute, des personnes plus fragiles. Mais, on va en avoir, c’est certain. Ça pourrait vite devenir une sacrée épidémie. Un peu comme une grippe, mais pour laquelle on n’a aucun vaccin pour le moment, ni surtout aucun remède.
– Le Patron. Il ne va pas tarder à tomber lui aussi ?
– Tout dépend des personnes et de leur constitution. Même moi, je vais tomber, plus tard, mais je vais tomber. Tendez votre bras. Attention, je pique ! Quant au Patron, je pense qu’il va encore pouvoir tenir vingt-quatre heures, mais il finira par tomber lui aussi… Voilà. C’est fini. Mangez maintenant. Vous avez une collation qui vous attend dans la pièce à côté. Je file faire les analyses.
– Toubib, une dernière chose. Vous avez analysé le sang des types que je vous ai envoyé ?
– Non, pas encore, je comptais le faire en même temps. Pourquoi ?
– Parce que, si je suis malade, il y a de fortes chances pour qu’au moins l’un d’entre eux soit immunisé. Le complice de Lagrange. Il n’aurait quand même pas osé laisser ses propres hommes y passer ?
– Et qui est Lagrange ? Je ne comprends rien à ce que vous dites.
– Laissez tomber, regardez leur sang en priorité. Ensuite, regardez le mien. Mais surtout, mettez-moi au courant et prévenez le Patron. Je serais auprès d’Angel. Je ne la quitterais pas, même si je tombe dans les vapes laissez-moi avec elle.
– Je ferais comme vous le demandez.
Le Toubib partit en courant dans son labo, et appela le virologue pour quelques informations supplémentaires. De leur côté, ils avançaient, mais bien moins rapidement qu’ils le souhaitaient. Il leur demanda deux ou trois choses, puis il se mit à faire ses analyses. Le sang de La Baleine d’abord, puis celui de Jim et enfin, celui de John. Cela lui prit pas mal de temps, mais, enfin, il entrevoyait une solution.
Il se dépêcha de rappeler le laboratoire qui lui donna ses instructions. Il devait voir John rapidement. Il courut pour le rejoindre. Et une mauvaise nouvelle l’attendait. Notre état avait brutalement empiré. Simon, lui, était à son tour tombé, et seul John restait là, à me soutenir et à soutenir Alice, pour qu’on tienne bon, du mieux qu’il le pouvait.
– Toubib… dit-il désespéré quand il le vit. Elles vont mal. Et c’est pire à chaque respiration on dirait.
– John, vite, pas de temps à perdre, venez avec moi. Elles sont comme ça depuis combien de temps ? Demanda-t-il à l’infirmière qui était là pour nous surveiller.
– Plus d’une heure. C’est arrivé d’un coup. Et leur fièvre remonte docteur. Le bain n’est plus assez efficace. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
– Je vous note ça ici. Donnez-leur ceci immédiatement. Il faut qu’elles tiennent encore. John, suivez-moi, j’ai besoin de votre sang d’urgence. Je l’ai analysé, vous avez développé suffisamment d’anticorps pour que je puisse m’en servir en vitesse. Le virologue m’a indiqué quoi faire. Mais c’est juste pour elles deux.
– Je vous suis, allons-y !
John et le Toubib repartirent au pas de course. Il préleva assez de sang à John pour pouvoir tirer quelques doses d’un remède qui allait pouvoir nous sauver. Mais il devait en garder suffisamment pour l’envoyer au laboratoire où de plus grandes quantités pourraient rapidement être mises en culture. John lui demanda d’en garder cinq doses, s’il le pouvait. Il pensait aux filles, mais aussi au Patron, à Simon et au Toubib qui allait avoir du boulot.
– Impossible. Je dois choisir. Je vais en tirer deux doses pour les filles et le reste part immédiatement au laboratoire. Nous aurons des retours de remèdes à temps pour les autres, ne vous en faites pas.
– Alors, prenez-moi plus de sang !
– Impossible. Je prends déjà le maximum que je peux. Ne vous en faites pas. On va y arriver maintenant.
Les choses n’étaient plus de son ressort. Le Toubib le pria de rester allongé un moment, il lui avait tiré pas mal de sang et il risquait de tourner de l’œil s’il se levait trop vite. Puis il demanda à une infirmière de s’occuper de lui et de le faire manger un peu à nouveau avant de le laisser aller nous rejoindre.
Enfin, l’infirmière le libéra, et il courut à nouveau vers nous, nous demandant encore de tenir bon, nous assurant que le remède allait arriver et qu’on allait s’en sortir. Nous étions dans un coma, causé par la fièvre, et nous étions totalement inertes et incapables de réagir. Il me prit dans ses bras, m’embrassant, me secouant, pour me faire comprendre les choses mais ce fut en vain. Je manquais m’étouffer et mon cœur s’arrêta. Les infirmières le firent repartir de justesse, et John me voyait déjà morte, alors qu’une solution apparaissait.
Il était blême, et il ne savait plus quoi faire. Puis ce fut Alice qui à son tour lâcha, et repartit. Les infirmières faisaient tout leur possible pour nous maintenir suffisamment, le temps que le toubib puisse nous apporter le fameux remède. Et même elles ne surent plus quoi faire au bout d’un moment. Que nous soyons encore en vie était déjà presque impossible, mais que nous nous en sortions était à la limite du miracle. Enfin, le Toubib arriva et il nous injecta ce qu’il ramenait sans toutefois pouvoir être sûr qu’il était encore temps pour nous deux. Mais il tenta quand même le tout pour le tout. Et laissa le reste à Dieu.
Ensuite, il attendit avec John. Il n’y avait plus que cela à faire. Une partie avait été expédiée au laboratoire en urgence, directement par hélicoptère et elle n’allait plus tarder à arriver et à être produite pour sauver ceux qui étaient atteints.
John nous serrait la main à toutes les deux, et il attendait. Il ne savait pas combien de temps il allait attendre ainsi, sans bouger, mais il ne se résignait pas à nous laisser, il nous enjoignait de continuer à nous battre, même si le toubib n’avait guère d’espoir. Il ne savait pas si notre organisme, déjà fatigué par les tortures que nous avions subies et cette longue fièvre, puis par nos cœurs qui avaient fini par s’arrêter avant de repartir, allait pouvoir encore se battre et produire assez d’anticorps. Et il se disait que, si nous passions la fin de la nuit, déjà, ce serait un miracle.
7 janvier
Nous avions passé la nuit sans autre alerte, mais la fièvre était toujours là, aussi importante. John ne nous avait pas lâché la main. Il avait fini par s’endormir, fatigué, toujours en nous tenant la main. Le toubib, lui, passait de chambre en chambre, pour voir comment avançaient les choses pour les uns et les autres.
Simon et le Toubib étaient stables, tout comme les infirmiers. Mais de nouveaux cas s’étaient déclarés sur la base. Parmi les prisonniers que John et Simon avaient ramenés, et parmi certains éléments de la base aussi. Michel et Lolitabelle étaient tombés, remplacés par d’autres qui avaient repris leur travail, supervisés par le Patron. Mais lui aussi était en train de tomber, tout comme Bruno l’avait prédit.
Une journée complète avait passé où les choses étaient restées à peu près stables y compris pour Alice et moi. Les autres, eux, voyaient les choses évoluer à leur rythme. Toubib, puis les infirmiers, à leur tour, avaient été mis dans les baignoires, et luttaient contre le virus. Une nouvelle nuit d’inquiétude avait suivi. Bruno était en première ligne… encore.
Un nouveau jour s’était levé, apportant l’espoir. Le laboratoire avait commencé à produire les premières doses de remède, mais il fallait que ça se fasse.
Enfin, au milieu de la matinée, il en avait expédié en urgence à la base. Le toubib remplaçant ne manquait pas de boulot. Et il avait injecté les doses, sitôt reçues aux cas les plus avancés en priorité, puis aux autres ensuite, sans oublier lui-même.
Nous étions toujours là, et il reprenait espoir en ce qui nous concernait. John refusait toujours de nous quitter et de nous lâcher la main. Il ne le faisait que lorsqu’il devait aller aux toilettes et il revenait aussitôt vers nous. Enfin, la fièvre qui nous tenait commença à baisser. Et John soulagé accepta de nous laisser pour aller manger un peu.
À son retour, Simon était réveillé. John était ravi de le voir ainsi.
– Simon ! Comment ça va ?
– Mieux, bien mieux, grâce à toi, paraît-il.
– Oui, il paraît. Je me suis contenté de donner un peu de sang. C’est le toubib qui a fait le reste, tu sais.
– Et les filles ? Elles vont comment ?
– Elles ont eu très chaud. On a bien manqué les perdre pour de bon. Et elles ne sont pas encore totalement tirées d’affaire. D’après le toubib, leur fièvre commence tout juste à baisser.
– Tu as continué à travailler pendant que j’étais HS ?
– Non. J’ai passé mon temps ici avec elles à leur tenir la main pour qu’elles tiennent bon. Et tu vois, je crois que ça a marché. Je dois avoir des cheveux blancs maintenant !
– Non, rassure-toi. Ta tignasse est toujours bien brune.
– C’est tout de même curieux. Dire que j’ai appelé mes beaux parents pour leur demander de garder Sophie plus longtemps parce qu’Angel était malade et qu’elle devait se reposer et qu’on devait aussi éviter que Sophie n’attrape sa maladie…
– Finalement, tu auras été un augure sans le savoir.
– Oui, mais tu vois, je m’en serais bien passé. Elles ne sont pas encore sorties d’affaire. J’ai horreur de savoir Angel dans cet état. J’ai tellement peur pour elle. J’ai eu si peur pour elles deux. Tu sais, je ne sais pas si le Toubib te l’a dit, mais, avant qu’il puisse leur injecter le remède, elles ont eu le cœur qui s’est arrêté. Angel d’abord et puis Alice. Les infirmières ont pu les faire revenir, mais j’ai eu si peur qu’une des deux ne revienne pas, ou que ça recommence.
– Non, il ne m’avait rien dit. Il a sans doute voulu me ménager. Mais je comprends ce que tu as pu ressentir. Tu comptes faire quoi maintenant ? Tu vas retourner au boulot ?
– Non. Je vais rester ici jusqu’à ce qu’elles se réveillent. Je ne serais pas tranquille tant qu’elles ne seront pas parfaitement réveillées et que je le saurais. Le Patron s’occupe de tout pour le moment. Michel et Lolitabelle se sont déjà remis au boulot et ils se débrouillent très bien sans nous.
– Tu veux laisser tomber cette enquête ? On dirait que tu t’en désintéresses complètement. Ça ne te ressemble pas.
– Je sais. Mais là, je ne sais pas. Cette fois, Angel a failli mourir pour de bon. Elle est même morte un instant, comme je viens de te le dire. Et je me demande…
– Tu voudrais tout arrêter ? Pour de bon ? Prendre ta retraite à ton âge ?
– Je ne sais pas. J’y pense sérieusement cette fois. Je voudrais qu’on fasse des frères et sœurs à Sophie et si c’est pour qu’un matin, les enfants se réveillent et se retrouvent sans parents ou sans leur mère ou leur père… Il faut que j’en parle avec Angel. Je veux savoir ce qu’elle en pense.
– Et si elle a envie de continuer ? Tu feras quoi ? Tu continueras à être simplement un flic et elle tu la laisseras continuer à enquêter avec nous ? Et puis, même si tu peux donner ta démission, tu crois que le Patron va l’accepter ? Il voudra au moins que tu finisses ton contrat. Il te reste quoi ? Trois, quatre ans encore. On a signé pour cinq ans en même temps, je crois.
– Tu as raison, je ne sais pas ce que je ferais si elle veut continuer. Mais là, tu vois, pour le moment, je crois que je ne ferais que des conneries si je continuais. Et si on se retrouvait face à face avec n’importe lequel des trois hommes qu’on recherche, ou même avec cette Danièle, je ne sais pas si je pourrais me contrôler. Surtout si elle n’est pas là pour me retenir.
– Alors, tu as raison. Attends son réveil et parles-en avec elle. Ce n’est pas le genre de décision qu’on prend à la légère sur un coup de tête. Elle saura t’aider à savoir ce que tu veux vraiment. Tout comme Alice m’aide. Y’a rien à faire, hein ? On est totalement fous d’elles et on n’en démordra pas. On est vraiment fichus si on les perd.
– Je t’ai déjà dit que si j’étais tombé amoureux d’Angel c’est à cause d’Alice ? C’est elle qui m’a donné sa photo, sans le vouloir. Et pendant des années, j’ai juste eu cette photo près de moi et tout le temps, dès que ça n’allait pas bien, je la contemplais. Elle m’a toujours calmée. Et a chaque fois qu’elle nous parlait d’elle, même si je n’en donnais pas l’impression, je l’écoutais et ce que j’entendais, me plaisait toujours.
Et, en fait, quand je l’ai trouvée assommée devant sa porte, ça faisait déjà quinze jours que je me demandais comment j’allais pouvoir faire sa connaissance officiellement, comment je pourrais l’aborder, comme par hasard. Et quand elle m’a appelé mon ange, alors qu’elle était encore à moitié assommée et qu’elle m’a presque supplié de ne pas la quitter… J’ai totalement craqué. J’ai bien failli revenir, et juste là, devant le Toubib des urgences qui venait la soigner, je l’aurais embrassée et je lui aurais fait l’amour là tout de suite… Et tu te souviens aussi, cette enquête dans ce patelin paumé, où Alice l’avait rencontrée totalement par hasard… On ne pouvait rien lui dire… Tu ne peux pas savoir ! Je n’avais qu’une envie, aller vers elle et l’embrasser. Et toi qui étais amoureux d’Alice…
– Oui, je me souviens… John…
– Oh ! Je suis désolé Simon. Tu dois être fatigué quand même. Je vais aller retrouver les filles.
– D’accord ! Quand Alice se réveillera, dis-lui que je l’aime. Et qu’elle m’a manqué, et qu’elle me manque encore !
– Promis. Je vais lui dire. Mais tu vas aller mieux maintenant et elle aussi. Tu lui diras la suite toi-même !
John sortit et vint nous retrouver dans la chambre où nous étions toutes les deux. Il s’approcha de moi. Me prenant la main, et la serrant très fort. Puis, à nouveau, il se pencha vers moi.
– Je t’aime. Je t’aime depuis le premier instant où je t’ai vu. Maintenant que je t’ai trouvée, je ne veux pas te perdre. Alors tu vas te dépêcher d’aller mieux ! Sinon, je vais me fâcher !
– Et moi, je suis tombée amoureuse de toi, dès que je t’ai vu en ouvrant mes yeux. Tu avais tout à fait la même tête que celle que je donnais à mon ange depuis des années… Dis-je en ouvrant les yeux. Bonjour mon ange. J’ai beaucoup dormi encore ?
– Angel ! Enfin ! Tu es réveillée ! dit-il en me sautant dessus et en m’embrassant passionnément.
– Doucement chéri. Laisse-moi au moins le temps de revenir. J’ai mal partout et je suis en nage. Je suis trempée… Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu as mis ta menace à exécution ? Le Toubib m’a encore fait dormir des jours entiers ? Et Alice ?
– Calme-toi. On te racontera tout, mais calme-toi. Alice est ici… Tu vois ? dit-il en se reculant un peu.
– Elle doit bientôt se réveiller ? Comment ça se fait qu’on soit dans la même chambre toutes les deux ?
– Ça fait beaucoup de questions chérie. Tu auras tes réponses, mais avant, je dois appeler le toubib.
Je le regardais, surprise de sa réaction. D’habitude, il prenait son temps avant d’appeler le Toubib. Pendant qu’il sortait pour aller le chercher, je regardais Alice. Quelque chose n’allait pas. Elle avait l’air si pâle. Puis, je la vis frémir.
– Hmmm ! Simon ? Pourquoi tu as autant monté le chauffage ?
– Personne n’a monté le chauffage chérie. Simon n’est pas ici. Tu devrais ouvrir les yeux…
– J’ai chaud. Je suis trempée de sueur. Et j’ai encore envie de dormir. Je sais qu’on doit aller au boulot, mais si on prenait la journée toutes les deux ? Et puis, pourquoi c’est toi qui me réveilles ?
John avait entendu, revenant accompagné du toubib. Il sourit.
– Alors on veut paresser au lit ? C’est du joli Alice !
– Mon colonel, j’ai sommeil ! Et puis, qu’est-ce que tu fais dans ma chambre d’abord ? Ouste ! Je suis chez moi ici…
– Non, ma belle, si tu ouvrais les yeux, tu verrais que tu es à l’hôpital de la base. Et que ce n’est pas seulement ta chambre, mais aussi celle d’Angel…
– Simon ! Où est Simon ? Il va bien ?
D’un coup elle s’affola. John la rassura, se penchant vers elle, et l’embrassant doucement sur la joue.
– Rassure-toi, Simon va bien. Il se repose et on t’amènera dans sa chambre après. Enfin, on vous mettra dans la même chambre. Il ne pouvait pas être ici pour ton réveil. Mais il m’a chargé d’un message pour toi. Il dit qu’il t’aime, que tu lui as manqué et que tu lui manques encore. Mais je lui ai dit que la suite, il te la dira lui-même !
Il se releva et vint au pied de mon lit.
– Mais, où est le Toubib ? Enfin, je veux dire, notre Toubib habituel ?
Je regardais Bruno et rougis un peu de ma question. J’avais été surprise de le voir entrer et m’ausculter, même si je l’avais laissé faire sans protester. Il sourit amusé.
– Vous savez, je peux vous soigner aussi bien que lui ! Ne vous en faites pas. Il n’est pas loin, mais il se repose, lui aussi a été malade. Mais il va mieux. À vous maintenant Alice. Je vais aussi vous ausculter !
Il fit pareil avec Alice et il lui prit aussi sa température. Puis, il se tourna vers nous deux.
– Dites-moi, l’une de vous deux se souvient elle de ce qui s’est passé ?
– Quand ? demanda Alice. La dernière chose dont je me souviens, c’est qu’Angel et moi étions sur une enquête pour vol. Et qu’on a été enlevées et torturées.
– Oui, et que le Toubib nous a fait dormir deux jours et qu’il nous a menacées d’en refaire autant si on ne se reposait pas.
– Peut-être toi, mais pas moi. Il ne m’a pas menacée. T’as dû rêver !
– Mais alors, si j’ai rêvé, pourquoi il t’a aussi fait dormir ?
– Oui, et pourquoi est-ce que John est aussi débraillé et que Simon n’est pas là ?
– C’est normal toubib ? Le fait qu’elles ne se souviennent de rien ?
– Ce n’est pas bien grave. Sans doute un effet secondaire de la fièvre. Vous avez eu vraiment une fièvre de cheval. Et d’ailleurs, elle n’est pas encore complètement tombée, même si vous êtes réveillées. Vous devriez tout leur raconter. Et ensuite, une chambre pour chacune. Enfin, Alice, je vais vous faire transporter dans la même chambre que Simon.
– J’ai aussi besoin de repos. Et je reste avec Angel.
– OK, je vais donner des directives dans ce sens. Je vous laisse, j’ai encore pas mal de boulot. Mais je suis ravi de vous revoir en vie les filles. Et pour ce qui est du repos encore quarante-huit heures au moins. Tant que la fièvre n’est pas complètement tombée, elles restent ici.
– Bien, je vais vous rafraîchir la mémoire en vitesse. Dit John. Hier ou avant-hier, je ne sais même plus, on s’est rendu compte que ceux qui vous avaient enlevées ne l’avaient pas fait pour vous faire parler. Enfin, pas seulement. Ils ont dû vouloir faire d’une pierre deux coups. On vous a inoculé un virus. On s’est servi de vous deux comme porteur, pour une démonstration.
Vous avez été malades toutes les deux. Comme vous aviez été les premières infectées, c’est vous qui avez été le plus malade, et le plus longtemps. Vous avez même failli mourir. Mais les toubibs ont pu vous donner le remède juste à temps. Simon et le Toubib eux aussi ont été malades, comme les infirmiers de l’ambulance, Michel, Lolitabelle, le Patron, et d’autres encore. On a continué l’enquête pendant que vous étiez out. On a trouvé pas mal de choses avec Simon, mais on n’est pas au courant depuis que Simon est tombé malade, des derniers développements. C’est le Patron qui s’est occupé de tout. Angel, je dois te parler, seul à seule. C’est important.
– Si tu veux. Mais, je suis fatiguée et j’aimerais me rendormir. Mais j’aimerais prendre une douche aussi avant. Tu pourrais leur demander si c’est possible ?
– J’y vais tout de suite.
Une fois John sorti, j’abordais une chose qui me tenait à cœur avec Alice.
– Alice, dis-moi, je me souviens de choses, de sorte de rêves… Et tu étais là.
– Moi aussi, j’ai rêvé d’anges et tu étais là. Mais ça reste très confus dans mon esprit. Tu crois qu’on a rêvé de la même chose ?
– C’est justement ce que je voulais te demander. Depuis tout à l’heure, ça me tracassait un peu. Mais non, c’est impossible hein ?
– C’est toi la spécialiste des anges… On leur en parle ?
– Vaut mieux pas. Ils se demanderaient si on n’est pas devenues folles. Et je ne suis pas loin de le croire. On fait quoi dans deux jours ? On gueule pour sortir ?
– On va se gêner. Tout ce que j’espère c’est que le Patron n’aura pas déjà été mettre la main sur ces types, parce que, je ne sais pas toi, mais moi, j’ai comme qui dirait une dent contre eux et j’aimerais beaucoup qu’ils résistent à une arrestation !
– Alors on est d’accord. Un chacune…
– Et on partage le dernier.
– Jambe droite !
– Oh, t’es pas marrante, j’ai plus qu’à prendre l’épaule gauche…
– Eh ! Je l’ai dit la première et t’as perdu !
– OK ! OK ! Mais la prochaine fois, c’est moi qui choisis en premier ! J’espère que les garçons vont nous laisser faire…
– On aura qu’à les câliner un peu. Tu sais bien que ça marche à tous les coups ! Ils ne peuvent rien nous refuser dans ces cas-là ! Dis, tu n’as pas trouvé que John était un peu bizarre ?
– Tu sais, rien d’étonnant. Il ne doit pas encore s’être remis de ce qu’on vient de passer. On a dû vraiment être très malades toutes les deux, sans compter Simon. Il a dû avoir très peur pour nous trois. Mais ce qui m’étonne c’est que lui n’ait rien eu.
– Tu crois qu’il aurait pu être malade et ne rien vouloir me dire, pour ne pas m’inquiéter ?
– Avec lui, plus rien ne m’étonne, tu sais. C’est ça, ou il te cache quelque chose. Il va sûrement t’en parler dès que vous serez seuls. Tu verras bien. Mais à mon avis, ce n’est rien de grave. Mais c’est vrai quand même qu’il était curieux, surtout quand il a précisé qu’il ignorait quels étaient les derniers développements de l’enquête. S’il n’a pas été lui-même malade, c’est étonnant qu’il ait laissé le Patron se débrouiller seul, d’autant que d’après lui, il était malade aussi.
– Ça ne lui ressemble pas hein ? Je me demande ce que ça cache.
– Il va peut-être se décider à te demander en mariage cette fois ?!
– Alors, là, il ne faut pas y compter. Pour lui, tu sais très bien qu’on est déjà mariés.
– Sauf, qu’il ne t’a toujours pas passé la bague au doigt ! Et qu’il veut passer quand même le reste de sa vie avec toi, aucun doute.
– Il le fera quand il le décidera. En attendant, moi, je rectifie systématiquement quand on m’appelle madame. J’ai l’impression parfois d’usurper la fonction !
– Tu devrais lui donner un ultimatum ! C’est tout ce qu’il mérite ! Ça le ferait réfléchir pour de bon !
– Chut, je crois qu’il revient.
John ouvrit la porte, suivi d’une infirmière.
– Ne t’en fait pas, Alice, cette charmante demoiselle est là pour te transférer dans ta chambre. Et je vais l’aider. Chérie, une autre infirmière va arriver pour t’aider à te doucher. Elle amène aussi un lit pour moi dans la chambre.
– D’accord. J’espère qu’ils vont faire vite. Je suis vraiment fatiguée.
– Je fais vite et je reviens.
John sortit, accompagnant l’infirmière qui poussait le lit d’Alice. Elle me fit un petit signe, l’air de dire à plus, puis, elle se tourna vers John, qui poussait le lit.
– Tu vas bien toi ?
– Oui. Maintenant que vous êtes toutes les deux réveillées, je vais bien.
– Dis-moi, tu ne nous as pas dit. Tu as été malade aussi ?
– Euh, non. En fait, j’ai été résistant au virus. J’ai eu de la chance, beaucoup de chance. J’ai développé des anticorps, et c’est-ce qui a permis de vous sauver toutes les deux. Ne me demande pas comment, si tu veux plus d’informations, tu demanderas au Toubib. Il t’expliquera les choses bien mieux que moi. Tu veux savoir autre chose ?
– Oui, qu’est-ce que tu ne nous as pas dit tout à l’heure ? Qu’est-ce qu’il y a eu ? Comment se fait-il que tu aies laissé le Patron diriger l’enquête alors qu’il était malade et toi non ? Ça n’est pas le John que je connais ça. Surtout quand il s’agit de traquer des types qui nous on fait du mal, et tout particulièrement dès qu’on touche à Angel.
– Simon était malade, et vous deux, vous étiez vraiment très mal. Je ne voulais pas vous laisser seules je voulais être là si jamais… Enfin, si jamais vous étiez mortes, je ne voulais pas que vous soyez seules sans personne avec vous. C’est pour ça que j’ai laissé le Patron s’en occuper. Et il n’a même pas tenté de me demander de le remplacer. Il ne m’a même rien dit ni rien demandé pendant tout le temps… Alice, vous êtes mortes toutes les deux. À tour de rôle. Vous êtes mortes ! Votre cœur s’est arrêté. Pas longtemps, les infirmières l’ont relancé tout de suite et j’étais là. Simon était déjà inconscient, à cause de la fièvre. Et ce n’est qu’ensuite qu’on n’a pu vous soigner et vous guérir. S’il s’en était sorti, et pas vous, je voulais pouvoir lui dire que j’étais là avec vous. Que je ne vous avais pas laissées partir sans quelqu’un qui vous aime avec vous. Tout simplement. Tu sais que je t’aime aussi. Pas de la même façon qu’Angel bien entendu, mais je t’aime quand même. Et puis, c’était moi qui te plaisais au départ non ? ajouta-t-il en souriant tristement.
Alice comprit alors que cette fois, nous étions passées à deux doigts, et même moins de la mort. Et que seul, un peu de chance ou un très heureux concours de circonstances, avait pu nous sauver.
– Penche toi un peu que je t’embrasse. Tu es trop grand !
John se pencha vers elle et elle déposa un baiser léger sur sa joue.
– Merci. Murmura-t-elle. Merci d’avoir été là pour nous. Merci, de nous avoir sauvées et merci pour Simon.
– De rien ma chérie. Je ferais n’importe quoi pour vous deux. Je veux dire, pour vous trois. Mais n’en profite pas trop quand même ! répondit-il. Et si tu le répètes à quiconque, je nierai tout en bloc ! Je pars retrouver Angel maintenant. J’ai à lui parler à elle aussi.
– John. Continue comme tu le fais avec Angel. Ne la laisse pas tomber… Et puis, pense à l’épouser. Je crois qu’il serait temps que tu en fasses une honnête femme !
Elle lui sourit, tendre.
– Oui, ben ça, on verra plus tard. Ce n’est pas à l’ordre du jour pour le moment !
Et il allait sortir alors que Simon se réveillait à nouveau.
– Tu disais quoi en douce à ma femme ? demanda-t-il tout sourire.
– Je lui avouais mon amour inconditionnel ! fit John en riant.
– Tu as la tienne et j’ai la mienne, alors pas touche ! Je suis un mari très jaloux et je sais tirer ! répliqua Simon en riant aussi.
Et John sortit, les laissant seuls. J’étais encore sous la douche avec mon infirmière qui m’aidait, quand John entra dans ma chambre.
– Besoin d’aide ? demanda-t-il à la cantonade.
– Non, ça va aller chéri. J’ai presque fini. J’arrive dans deux minutes. Merci. Ajoutais-je pour l’infirmière qui me passait une serviette pour m’essuyer.
Puis elle m’aida à enfiler une chemise de nuit et me ramena à mon lit. Je me sentais mieux, malgré la fièvre que j’avais encore. Une fois bien installée au chaud sous les couvertures, l’infirmière nous laissa seuls. Deux lits avaient été installés dans la chambre et deux plateaux-repas nous attendaient, encore fumants.
– Le toubib veut qu’on mange un peu tous les deux avant de nous coucher. Ça tombe bien, j’ai faim maintenant que je me sens plus fraîche.
– Alors mange chérie.
– Et toi ? Ne me dis pas que tu n’as pas faim. Je ne te croirais pas. Je veux que tu manges aussi. Allez !
– Bon, puisque tu insistes. Je mange. Oh… Des repas en direct du mess ! Les hôpitaux s’améliorent on dirait.
– Tu sais très bien qu’ici, on mange toujours bien et qu’on n’a jamais eu à se plaindre. Ce n’est pas n’importe quel hôpital quand même. Allez mange ! Tu peux tout aussi bien me parler en mangeant ! Qu’est-ce que tu voulais me dire d’abord ?
– Chérie… Tu sais que j’ai eu peur, mais alors vraiment très peur cette fois.
– Plus que quand tu m’as crue morte ?
– Cette fois, c’était très différent… En fait, tu es morte devant moi. Ton cœur s’est arrêté pendant un moment, et si les infirmières n’avaient pas réussi à le faire repartir, nous n’aurions pas cette conversation.
– Oh… On est passé si près cette fois ?
– Oui. Et ça m’a fait réfléchir. Pendant tout ce temps, où je vous ai tenu la main à toi et à Alice, j’ai eu le temps de réfléchir. On vous avait donné le remède, mais le toubib… Pour lui, il y avait très peu de chances que vous puissiez vous en sortir. Et je suis resté là avec vous. Je vous ai tenu la main, pour que vous teniez bon et que vous sachiez que vous n’étiez pas seules. Que quelqu’un qui vous aimait était là. Et je me suis demandé si j’allais pouvoir continuer. Je supporte de moins en moins de te voir risquer ta vie à chaque mission, et la mienne aussi. Je me suis demandé comment je pourrais annoncer à Sophie qu’elle ne verrait plus sa maman, si tu y étais restée. Et je ne me voyais pas vivre le reste de ma vie sans toi.
Pour la première fois de ma vie, je n’ai plus envie Angel. Je n’ai pas envie de continuer cette enquête, je n’ai pas envie de continuer à avoir peur pour toi à chaque fois qu’on part en mission. Je n’ai pas envie de me demander à chaque fois si on va s’en sortir ou combien de temps va durer mon prochain séjour à l’hôpital ou le tien. J’ai envie de donner ma démission, de prendre ma retraite, de changer de métier.
