Mortels Rendez-vous - Gérard Lucas - E-Book

Mortels Rendez-vous E-Book

Gérard Lucas

0,0

Beschreibung

La commissaire Alice Vernier dirige le commissariat de Saint-Brieuc. Ses supérieurs ont voulu l’éloigner de la brigade criminelle de Lyon où elle a passé l’essentiel de sa carrière. Désormais, elle n’y compte pas que des amis. Ce n’est jamais bon de dénoncer ses pairs. En la mutant au cœur de la Bretagne, ses chefs pensaient sans doute cantonner la forte tête à la comptabilité des chiens écrasés et des sacs à main égarés. Seulement, c’est mal connaître Alice Vernier. Les chiens et les sacs à main peuvent toujours attendre, la commissaire a d’autres chats à fouetter. En plein confinement, alors que l’épidémie COVID fait rage, les meurtres de malades du cœur s’enchainent dans les hôpitaux de Bretagne. Alice Vernier et son équipe sont sur les dents. Mortels rendez-vous est la première enquête de la commissaire Vernier.


À PROPOS DE L'AUTEUR


Gérard LUCAS, 65 ans, est professeur de théâtre à Lorient. Il a beaucoup écrit pour le théâtre. Lauréat du prix de la Madeleine à TROYES en 2017 et en 2023, il a profité du confinement en 2020 pour écrire son premier polar Mortels rendez-vous

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 182

Veröffentlichungsjahr: 2023

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.


Ähnliche


Gérard LUCAS

Mortels rendez-vous

Une enquête d’Alice Vernier

Policier

ISBN : 979-10-388-0727-3

Collection : Rouge

ISSN : 2108-6273

Dépôt légal : juillet 203

© Couverture Ex-Æquo

© 2023 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite.

« — En ce cas, tu devrais dire ce que tu penses.

— Mais c’est ce que je fais, répondit Alice vivement. Du moins… du moins… je pense ce que je dis… et c’est la même chose n’est-ce pas ? »

Alice au pays des merveilles. Lewis Carroll

La commissaire Vernier entre en scène

Alice Vernier arriva à l’hôpital de Saint-Brieuc flanquée de son jeune adjoint, l’inspecteur Ronan Le Thiec. La commissaire ne l’avait pas choisi. D’ailleurs depuis l’affaire des ripoux de Lyon, la bouillonnante Alice Vernier ne choisissait plus grand-chose.

Il n’est jamais bon de dénoncer ses pairs. Elle en payait le prix. Parfois, quand le temps breton était trop gris, quand le vent de l’océan bousculait tout sur son passage, il lui arrivait de douter. Avait-elle bien fait ?

De toute façon, elle n’aurait pas pu se taire, elle n’avait jamais su se taire. Depuis son plus jeune âge Alice Vernier était classée dans la catégorie des fortes têtes. Elle se disait d’ailleurs que sa mutation chez les irréductibles Gaulois était un retour de bâton voulu par la magistrature. « Le premier qui dit la vérité, il sera exécuté… » Chantait Guy Béart.

En observant son adjoint, elle se demandait s’il faisait partie du pack punition. Il était tout le contraire d’elle. Un jeune homme de 27 ans, bien coiffé, coincé comme pas deux, portant des pulls sans manches sur des chemises blanches, des cravates en laine, des pantalons en tergal, des chaussettes noires dans des mocassins qu’il cirait chaque jour avant la prise du service, à moins que ce soit l’œuvre de sa mère.

Le Thiec était le profil type du premier de la classe timide et pointilleux. Ce qui avait agacé plus encore Alice Vernier à sa prise de fonction, c’est qu’elle découvrit que Le Thiec était sorti major de sa promotion d’officier de police, tout comme elle, une trentaine d’années plus tôt, et qu’il avait choisi le commissariat de Saint-Brieuc comme affectation ! Comment pouvait-on choisir Saint-Brieuc en premier choix ? Une hérésie !

Le Thiec lui avait expliqué qu’il avait choisi la proximité de la famille. Ses parents habitaient à huit kilomètres du commissariat. Il avait vu le côté pratique des choses. Il avait joué le confort et la sécurité. Deux mots qu’exécrait la commissaire Vernier.

Alice Vernier n’était pas sympathique. Elle laissait ça aux autres. Elle côtoyait les humains depuis trop longtemps pour leur vouloir du bien.

Elle avait coincé des dizaines de criminels en tout genre, elle avait dénoncé ses plus proches collègues avec lesquels elle avait travaillé plus de dix ans, elle avait trompé ses compagnes, elle avait été trompée, elle avait regardé les tricheurs dans les yeux, elle avait fait pleurer les pères de famille pédophiles, elle avait bousculé les violeurs, chassé les clandestins, rudoyé les maris violents. Elle avait passé trop de temps à tenter de récurer la fosse septique de l’humanité. À force, elle s’était imprégnée de la puanteur des vices de l’homme.

Alice Vernier dirigeait le commissariat de Saint-Brieuc depuis deux ans déjà. Rien à voir avec la brigade anti-banditisme de Lyon, même si le travail ne manquait pas ici non plus. Violences conjugales, bagarres d’ivrognes, incestes, cambriolages dans les résidences secondaires. Les gens du voyage, souvent présents dans la région, apportaient eux aussi leur lot d’embrouilles.

Elle devait pourtant se l’admettre, au milieu de tout ce merdier, elle avait appris à apprécier Le Thiec. Ce gamin était déjà un très bon flic. Sous ses airs coincés, il savait prendre une affaire par le bon bout et ça, ça n’était pas donné à tout le monde dans le métier.

Le jeune homme était méticuleux, méthodique et surtout très intelligent. En deux ans, ils avaient appris à se connaître. Alice passait ses journées à taquiner son jeune adjoint et lui, faisait au mieux pour donner la réplique à sa supérieure.

Alice Vernier appréciait les gens d’ici ; des personnes rugueuses au caractère bien trempé ; de vraies têtes de mule, mais pas autant qu’elle, pourtant.

La mort de cette femme dans le hall de l’hôpital aurait pu passer pour une mort naturelle sans le flair d’Alice Vernier. Sa curiosité à analyser tous les faits divers qui arrivaient sur sa boîte mail à partir du réseau police, lui avait permis de sentir l’affaire criminelle. Quand une demi-heure plus tôt, elle avait vu passer l’info du décès d’une femme dans la salle d’attente de l’hôpital de Saint-Brieuc, elle passa rapidement en revue les mails des deux derniers jours. Elle avait la certitude d’avoir vu une info similaire très récemment.

Une femme était morte dans le hall du C.H.U. de Rennes.

Alice Vernier retrouva facilement le mail daté du 14 mars à 16 heures Deux jours plus tôt, une jeune femme était morte subitement dans le hall du C.H.U. de Rennes. Il s’agissait d’une jeune femme malade du cœur et suivie régulièrement au C.H.U. depuis de nombreuses années. Elle s’était effondrée en salle d’attente.

Le mail précisait que Camille Langlois, la victime, tenait encore dans la main le ticket de la file d’attente.

« Il s’agit probablement d’un décès accidentel qui sera confirmé par les résultats des analyses demandées par le légiste. »

La commissaire ne croyait pas au hasard ni aux coïncidences. Cette seconde victime moins de deux jours après la femme de Rennes éveilla aussitôt l’instinct de la flic d’expérience. Alice saisit son téléphone.

Elle s’agaça en entendant une secrétaire de l’hôpital lui répondre que le directeur n’était pas joignable pour l’instant.

— Veuillez rappeler plus tard.

— Plus tard mon cul ! Vous allez décoller votre joli derrière de votre chaise et vous allez me le ramener au bout du fil très, très vite !

— Mais enfin Madame, je ne vous permets pas !

— Je me passerai de ta permission, Miss Cormoran ! Fissa poulette ! Parole de poulet !

Quelques instants plus tard, un type coincé se présenta comme étant le directeur de l’hôpital. Il allait prendre de grands airs pour sermonner Alice Vernier, mais elle lui coupa la chique en un quart de seconde.

— Monsieur le directeur va écouter ce que lui dit Madame la commissaire. Il va bien écouter et il va bien faire ce qu’elle lui demande. Je ne veux pas qu’un seul poil de cul change de place avant mon arrivée. Suis-je assez claire ? Vous allez mettre en place un cordon de sécurité autour de la salle d’attente dans laquelle a eu lieu le décès puis vous attendrez sagement. Je compte sur vous. Un ! Deux ! Trois ! J’arrive.

Elle enfila son perfecto, attacha son arme au ceinturon, puis elle hurla le nom de Le Thiec dans le couloir. Le bureau de son adjoint était en face du sien.

La victime s’appelait Camille Langlois.

Les conclusions du légiste étaient mitigées. Il avançait l’hypothèse d’une crise cardiaque compte tenu du dossier médical de la victime, pourtant il n’excluait pas un empoisonnement. Il préférait émettre un doute sur les circonstances exactes du décès.

Alice Vernier écrasa son mégot dans le cendrier placé à l’entrée de l’hôpital. Il y avait deux types en pyjama qui promenaient leurs perfusions en tirant avidement sur leurs roulées. La commissaire reconnut le plus jeune.

— Pour une surprise, c’est une surprise ! Je te croyais en prison pour un bon bout de temps. 

— Ah commissaire ! Salut ! Je suis en conditionnelle. Mon procès aura lieu en octobre. J’ai bien peur qu’il se fasse sans moi.

L’homme semblait heureux de voir celle qui l’avait conduit en prison quelques mois plus tôt. Ce type en pyjama, très souriant, avait poignardé son beau-frère et cassé le bras de sa belle-mère le soir du réveillon. Le beau-frère s’en était sorti avec un poumon perforé. Le casier judiciaire du bonhomme était un modèle du genre. Il comptait une quinzaine de condamnations pour violences, troubles à l’ordre public, outrages en tous genres, vols et escroqueries. Le gars salua la commissaire en la complimentant sur son look de Bikeuse. Alice Vernier se tourna vers son adjoint.

— Vous voyez, Le Thiec, le paradoxe de ces gars-là, c’est qu’ils sont capables d’assassiner leur propre mère tout en conservant les bonnes manières.

— Vous savez, commissaire, lui répondit le gars en rigolant, dans mes pires cauchemars je suis face à vous dans la salle d’interrogatoire. J’en ai connu des flics, mais des coriaces comme vous, jamais !

— C’est bien ! Ça me rassure. Je préfère être dans tes cauchemars que dans tes rêves ! Même si tu es très beau en pyjama. Fais gaffe, il semblerait que le bout de ta petite bite ait envie de prendre l’air ! Salut terreur.

Une fois dans le hall, Alice Vernier s’adressa à son adjoint :

— Je vous parie vingt euros qu’il sera dans mon bureau avant la fin de l’année.

Ces deux-là apprenaient à s’apprécier au fil des jours et des enquêtes. Toutefois, ils restaient dans le jeu du chat et de la souris. Le Thiec répondit sèchement :

— Je ne joue jamais pendant le service ni le reste du temps d’ailleurs.

— Vous devriez essayer un jour. Vous avez une bonne tête de gagnant.

— Et vous, commissaire, vous devriez confier la vôtre à un bon coiffeur. La policière que vous êtes ne doit pas négliger la femme qui sommeille en vous. 

— En forme, le petit Le Thiec ce matin ! Allez Lieutenant, je vois que ça s’agite au bout du couloir. Nous sommes attendus.

Ils arrivèrent dans la salle d’attente où rien n’avait bougé depuis le décès de Yasmine une demi-heure plus tôt. Deux médecins, les pompiers et le directeur de l’hôpital se tenaient légèrement en retrait du corps recroquevillé sur le carrelage blanc. Alice Vernier remarqua que la victime avait entre quarante et cinquante ans, jolie femme, élégante, parfumée, méditerranéenne probablement, aucune blessure apparente.

Le Thiec remarqua que la victime conservait dans sa main droite un morceau de papier. La commissaire demanda à son adjoint de prendre des photos de la scène et elle demanda à un des médecins de mettre une paire de gants avant de récupérer le papier. Il s’exécuta sans prononcer un mot. Il remit à la commissaire un rectangle de papier vert pâle d’environ cinq centimètres de long sur trois de large sur lequel était imprimé à l’encre noire le nombre vingt-neuf.

— Ça vient de chez vous ?

Le directeur, ainsi que les deux médecins, regarda attentivement le bout de papier.

— Non, dit le Directeur.

— Ça ressemble à un ticket de borne de salle d’attente, mais nous n’utilisons pas ce genre de papier.

Les deux médecins confirmèrent qu’ils n’avaient jamais vu ce genre de ticket dans l’hôpital.

La Commissaire Vernier comme à son habitude, réfléchit à voix haute.

— Pourquoi serre-t-elle ce papier dans sa main au moment de sa mort ? Il n’y a pas un rayon boucherie à proximité de l’hôpital, non ?

Les autres ne voyaient pas quoi répondre à cette vanne. Les circonstances dramatiques imposaient le sérieux et le recueillement seulement, Alice Vernier s’en fichait pas mal.

Les bonnes manières et elle ne faisaient jamais bon ménage. En plus, elle adorait choquer ! Ça lui donnait un avantage sur les gens.

Par ses facéties de mauvais goût, elle arrivait à leur clouer le bec. Elle pouvait alors profiter de cet avantage pour porter les premiers coups.

Pour Alice Vernier, les relations humaines se vivaient comme un match de catch. Les seules fois où les gens parvenaient à la mettre mal à l’aise, c’était quand ils étaient aussi trash qu’elle.

Pour l’instant, Alice Vernier ne détachait pas son regard du morceau de papier froissé. Elle sentait que cet élément insolite n’était pas à considérer à la légère.

Elle faisait confiance à son instinct, or, pour elle, ce ticket jouait son rôle dans cette scène de crime, car pour Alice Vernier ça ne faisait pas l’ombre d’un doute, il s’agissait bien d’un crime.

Probablement l’œuvre d’un criminel prudent, méticuleux, méthodique, intelligent et surtout très dangereux. Pour le moment il était encore trop tôt pour parler de serial killer, mais si c’était le cas, il faudrait rapidement trouver le sens de sa logique meurtrière.

Ce morceau de papier pourrait alors être un élément de réponse. Une scène de crime, c’est un peu comme un tableau. Il y a le sujet principal, le mort, le second plan, le cadre, et les détails qui échappent souvent aux regards du public. Seuls les spécialistes les débusquent, les analysent et percent leurs secrets. Ce morceau de papier était la signature d’un crime.

— Le Thiec, appelez la scientifique. Je veux une autopsie, l’analyse toxicologique, une étude minutieuse des lieux, le visionnage des bandes vidéo. De mon côté j’informe le proc pour obtenir une perquisition du domicile de la victime. Vous connaissez cette personne ?

La commissaire s’était adressée au groupe des hommes restés muets depuis l’arrivée de la police.

Le médecin le plus âgé répondit avec une certaine émotion dans le ton.

— Absolument, il s’agit de Madame Yasmine El Hadj. C’est une de mes patientes depuis environ quatre ans. 

De retour au bureau Alice Vernier se chargea de contacter Landrieux, le procureur de la République de Saint-Brieuc.

— Bonjour Vernier 

— Bonjour Landrieux

Comme l’aurait voulu l’usage, Alice négligea toutes marques de respect hiérarchique vis-à-vis du procureur.

Leurs parcours s’étaient croisés une paire de fois depuis leurs débuts de carrière. À Versailles tout d’abord puis à Lyon et désormais à Saint-Brieuc. Tous deux se demandaient s’ils étaient maudits, pour toujours trouver l’autre en travers de son chemin.

Jean-Bernard Landrieux était un quinquagénaire d’une élégance raffinée. 15/4 au tennis, Handicap 21 au golf. Landrieux prenait autant soin de son corps que de son paraître. Moustache Guidon, cheveux coupe Business ou Harvard Chip, mains délicates manucurées avec soin, costume trois-pièces avec montre à gousset, (il avait abandonné la lavallière au profit du nœud pap fantaisie quand un collègue jaloux lui avait dit que peu à peu il ressemblait à Cédric Villani) chaussures John Lobb, rien ne laissait à désirer chez ce Dandy au style original et savamment élaboré.

Bien entendu, quand il lui arrivait de se retrouver face à Vernier, tout le choquait.

Petite femme, mal coiffée portant en permanence des jeans bon marché, des T-shirts de bikers, un perfecto usé, jusqu’à la trame, sans doute le même depuis Versailles, des bottines colorées en toutes saisons et quelques tatouages apparents dont le plus choquant pour Landrieux était celui qui lui couvrait l’avant-bras droit rock’n’roll.

Landrieux devait toutefois admettre que Vernier était un bon flic. Vernier devait reconnaître que Landrieux était un bon magistrat.

— Je vous écoute commissaire.

Commissaire ? Voilà qui n’était pas fréquent dans la bouche de Landrieux ! 

L’air de la mer le rendrait-il aimable ? S’il attend que je lui rende la politesse pensa Alice Vernier, il peut toujours se lisser les moustaches.

— Une mort suspecte dans la salle d’attente du service Cardio du Centre Hospitalier Yves le Foll de Saint-Brieuc.

La commissaire fit part au procureur de toutes les observations qu’elle avait pu faire en se rendant rapidement sur les lieux, mais aussi de ses interrogations au sujet de la mort de cette autre femme, une certaine Camille Langlois, la veille à Pontchaillou.

Landrieux écoutait sans interrompre. L’exposé de la commissaire était terminé depuis plusieurs secondes et le procureur ne prononçait toujours pas le moindre mot. Il analysait méthodiquement chaque information.

Alice Vernier s’était habituée aux longs silences téléphoniques de Landrieux. Elle savait par expérience qu’ils étaient le signe avant-coureur d’un feu vert pour l’ouverture d’une enquête. Tout comme elle, Landrieux savait flairer les affaires criminelles.

— D’accord Vernier, il avait abandonné Commissaire, on y va. On ouvre une enquête de mort suspecte. Appelez Rennes et dites-leur de vous transmettre les éléments dont ils disposent sur le décès d’hier. Je veux une autopsie, une analyse toxicologique totale. De mon côté j’appelle mon collègue procureur à Rennes. Je veux être informé de l’avancée de votre enquête Vernier. Je compte sur vous. 

— Comme d’hab Landrieux. Elle raccrocha sans autre formule de politesse.

Le dos bien droit, assis dans son fauteuil ergonomique derrière son bureau, Landrieux haussa les épaules. Comme d’hab ! Cette femme est l’expression même de la vulgarité.

De son index droit, il lissa deux à trois fois sa délicate moustache afin de s’apaiser un instant avant d’appeler la juge d’instruction Claire Derrien, une jeune magistrate fort séduisante. Depuis un moment, il avait le désir de lui confier une belle affaire. Il lui demanda d’instruire le dossier Yasmine El-Hadj, la victime de Saint-Brieuc.

Le Commissaire Compagnon

— Commissaire Vernier au téléphone. Commissariat de Saint-Brieuc. Passez-moi le chef rennais S.V.P. Je suppose qu’il est collé dans son fauteuil. Dépêchez-vous beau fonctionnaire ! Je n’ai pas le temps d’attendre. Merci.

À l’autre bout du fil, le jeune planton, réceptionniste inexpérimenté, posa la question de trop.

— C’est à quel sujet, Commissaire ?

— Dites-lui que je voudrais qu’il me donne la recette de la galette saucisse, faites vite, j’ai déjà la poêle sur le feu et mon beurre est en train de roussir !

Alice attendit quelques secondes tout en entendant en fond, le planton expliquer au Commissaire Compagnon le chef de la S.R.P.J. de Rennes, qu’il y avait une certaine commissaire Vernier de Saint-Brieuc qui voulait d’urgence la recette de la galette saucisse.

Mickael Compagnon ne put s’empêcher d’esquisser un large sourire. 

— Passez-la-moi.

— Vernier, c’est Compagnon, comment vas-tu vieille canaille ?

— Je vais bien, compagnon de mes nuits les plus folles et toi ? Toujours aussi gras ?

— Plus encore depuis que je ne peux plus te courir après. Alors pour recette de la galette saucisse ne t’en fais pas, prend une galette et enroule-toi dedans.

Les deux vieux amis rirent ensemble de bon cœur avant de reprendre le sérieux nécessaire à leurs fonctions. Ils s’étaient rencontrés vingt-cinq années plus tôt à l’École Nationale Supérieure de la Police de Saint-Cyr-au-Mont-D’or près de Lyon. Compagnon et Vernier étaient sortis majors ex aequo de la promotion 1995.

En premier choix, Vernier avait choisi Versailles, tandis que Compagnon était allé tâter de la pègre marseillaise.

Une balle de 9 mm l’avait contraint au fauteuil roulant alors qu’il n’avait que trente ans. Ce drame s’était déroulé au cours d’une interpellation assistée par les policiers du RAID.

Une grosse opération montée depuis plusieurs mois pour coincer un groupe de voleurs de moteurs hors-bord, installés dans un camp de voyageurs au ruisseau Mirabeau.

Le jour J, au petit matin, une trentaine de policiers du RAID bloquait les entrées et les sorties du camp. Une autre équipe faisait sortir les occupants des caravanes et des baraques pour les regrouper dans un espace dégagé au milieu du camp. Les hommes devaient s’asseoir sur le sol tout en maintenant les mains sur la tête. Les femmes, elles, étaient regroupées à l’écart en compagnie des enfants. Compagnon et ses hommes attendirent que les gars du Raid finissent la phase de sécurisation avant d’entamer la fouille de chaque caravane, chaque habitation, chaque cabanon et surtout chaque fourgon, à la recherche d’éléments de preuves.

Les policiers étaient sûrs de leur coup. Les filatures avaient permis de cibler le camp. Hier, il y avait eu une série de vols de moteurs dans plusieurs ports méditerranéens. La bande sévissait sur toute la côte de Marseille à Toulon. Les moteurs ne restaient pas plus d’une journée dans le camp. Compagnon savait qu’une partie filait vers l’Italie pour partir aussi sec vers la Libye et la Syrie, une autre partie partait vers le Maghreb, essentiellement Tunisie et Maroc. Les moteurs volés, très puissants et en bon état servaient à équiper les embarcations des passeurs de l’autre côté de la méditerranée. Un moteur de 200 CV pouvait très facilement se revendre dix mille euros.

Les hommes de Compagnon avaient récolté une information de la plus grande importance. Une dizaine de moteurs étaient prêts à être acheminés vers Naples par la route dans la journée.

Une heure après l’encerclement du camp par les forces de Police, l’équipe de Compagnon n’avait toujours pas trouvé le butin. Les hommes, Yéniches, manouches et gitans devenaient de plus en plus nerveux. Les femmes, restées silencieuses depuis le début de l’opération de police, invectivaient les policiers alors que les gamins menaçaient de leur jeter des pierres.

Le premier coup de feu claqua à l’instant précis où le lieutenant de Brussac ouvrit la porte arrière d’une fourgonnette blanche, garée à l’abri d’une caravane. Il tomba au sol dans une mare de sang. Puis il y eut une fusillade nourrie. Un fracas d’armes automatiques. Un vacarme assourdissant et une odeur âcre de fumée envahit très rapidement la totalité du camp. Les femmes et les enfants criaient, affolés. Les hommes regroupés sous bonne garde, jubilaient en voyant le sang des policiers souiller le sol poussiéreux de leur campement.

Il y avait des hommes cachés partout sous les caravanes, sous les fourgons. Les policiers du Raid, un peu débordés par la situation, retrouvèrent rapidement leurs automatismes de combat. Une première équipe se chargea de mettre à l’abri les hommes, les femmes et les enfants restés à découvert. Déjà une femme gémissait sur le sol. Elle saignait abondamment. Deux policiers la protégeaient en faisant écran tout en tirant en rafales en direction des caravanes les plus proches. Une seconde équipe se déployait pour couvrir les hommes du Commissaire Compagnon. Il y avait déjà trois policiers au sol, dont le commissaire. Une troisième équipe, composée de six tireurs d’élite, se chargeait d’éliminer méthodiquement, un à un, chaque assaillant. Un coup de feu, une nouvelle victime. Ces gars étaient d’une précision diabolique.