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"Nous autres, quadrupèdes félins et canidés, sommes interdits dans vos centres de santé et hôpitaux, sous prétexte que nous sommes porteurs de microbes ! Je rêve ! Et vous, les bipèdes ? Que ne trimballez-vous pas comme cochonneries ? Alors quand une lettre anonyme signale une possible escroquerie à l’héritage au cours d’un examen médical, et que même les flics ne peuvent pas y assister, que fait-on, hein ?
On fait appel aux deux meilleurs limiers de Bretagne : Catia et Hector, qui, grâce au stratagème astucieux monté par l’intelligent directeur du centre de santé, et mes keufs préférés de Quimper, vont pouvoir assister à l’examen. Heureusement car la spoliation projetée dépasse tout ce que les tordus de bipèdes peuvent imaginer ! À remarquer que les protagonistes sont complètement barges, bons ou mauvais ! Comment ? Hector et moi aussi ? Allez voir chez Palémon si j’y suis !
Un chat surdoué, un vieux chien chevaleresque, une clinique bretonne pleine de secrets… et une enquête où l’absurde flirte avec le danger. Irrésistible, mordant, et délicieusement inattendu !"
À PROPOS DE L'AUTEUR
Gérard Chevalier s’est installé définitivement en Bretagne en 2012, après une carrière d’acteur et de scénariste. Suite à la parution de ses quatre romans policiers, "Ici finit la terre", récompensé de trois prix, "L’ombre de la brume", "La magie des nuages" et "Vague scélérate", une série un brin déjantée est née d’un besoin de l’auteur de s’amuser et faire rire. L’héroïne des intrigues est la fameuse CATIA, chatte de race angora européenne, qui a tout de suite conquis son public. Rédigeant elle-même ses textes sur ordinateur (Gérard Chevalier prétend être son correcteur), elle s’impose aujourd’hui comme une référence originale de remède contre la morosité ambiante.
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Seitenzahl: 158
Veröffentlichungsjahr: 2025
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CE LIVRE EST UN ROMAN.
Toute ressemblance avec des personnes, des noms propres, des lieux privés, des noms de firmes, des situations existant ou ayant existé, ne saurait être que le fait du hasard.
Le premier qui vient me souffler dans les moustaches, je le transforme en steak tartare !
Je ne veux plus les voir ni les sentir. Avant de partir à la crèche, Rose a été odieuse. Ce n’est pas mon rôle d’assumer son éducation. Je ne suis que la chatte de la maison et, même si j’ai des dons prodigieux, une intelligence bien supérieure à ces bipèdes mal foutus, il est invraisemblable que les parents se reposent sur moi pour inculquer à ce petit monstre la base de la politesse, du comportement en société, et un vocabulaire exempt de vulgarité. Nom d’un tigre ! Erwan, le père, avant d’être flic, est tout de même pourvu d’un bagage littéraire, et Catherine, la mère, est spécialisée en biologie marine. Alors, bonjour les dérapages ! Sans parler des sévices que cette petite tarée m’inflige en permanence sans soulever de remarques compatissantes à mon égard. C’est normal, je ne suis qu’une « bête », un objet, un joujou pour la p’tite ! Bien qu’ils soient partis gagner notre gamelle, mon ire est intacte.
Ah, oui, pour ceux qui ne me connaissent pas, je me dois de préciser mon statut. Je suis une chatte policière, vivant chez mon homme et sa taupe. Dès mon plus jeune âge, j’ai compris le langage des bipèdes et assimilé toutes les techniques informatiques pendant les longues heures de solitude à l’appartement, rue du Chapeau rouge à Quimper. Erwan Quemener, flic-journaliste célibataire à l’époque, gagnait notre gamelle péniblement, étant en disgrâce dans son commissariat par la faute d’un flic ripou, son patron. Je subissais les turpitudes d’une femelle épisodique, qu’il a fini par mettre à la porte, vu la conduite de la donzelle à mon égard1. Je me souviendrais toujours de l’instant où j’ai découvert un micro espion derrière le frigidaire, posé par un des sbires du commissaire corrompu. Affolée, je lui ai envoyé un mail à partir de son ordinateur sans réaliser qu’il était rentré silencieusement dans notre appartement et se trouvait dans mon dos ! Quel choc émotionnel pour mon homme, découvrant que son chat savait se servir d’un computer ! Dès ce moment, nous avons pris l’habitude de converser par l’intermédiaire d’une tablette high-tech qu’il m’a offerte. C’était le début d’une collaboration fructueuse pour de nombreuses enquêtes. Erwan me déposait sur les lieux des crimes ou délits, cachait ma tablette afin que je puisse lui envoyer mes observations. Évidemment, personne ne se méfiait de la greffière qui déambulait avec l’air innocent de sa race ! Au cours de ma deuxième enquête2, j’ai rencontré un être exceptionnel : un vieux et beau chien saint-hubert nommé Hector, qui, s’il ne lisait pas ni ne se servait d’un ordinateur, avait des connaissances historiques incroyables, concernant surtout la période des croisades dont son espèce prestigieuse était l’accompagnatrice. Ce fut le coup de foudre entre nous. Attention, pas de sentiments salaces ! Il s’agit d’amour pur, d’amour courtois comme en ces temps-là. Bien que nous nous disputions assez souvent, compte tenu de nos opinions contraires, nous ne pouvons nous passer de notre présence réciproque. Et puis Hector a un flair et une perception du mensonge émis par certains bipèdes. Sa collaboration est précieuse et nous sommes intégrés au commissariat de Quimper, dont le nouveau patron, le commissaire Legal, est l’ami intime d’Erwan et le père de sa jeune femme Catherine. Conscient de notre valeur hors norme (il a eu du mal à l’admettre), il fait appel à nous pour des enquêtes délicates. Ah, oui, j’oublie aussi de vous dire que je rédige nos affaires une fois terminées sous forme de livres, publiés aux Éditions du Palémon, mais que malheureusement on m’a imposé un correcteur, un droch3 nommé Gérard Chevalier, lequel se croit tout permis. Ses réflexions débiles sont continuellement source de conflits. Enfin, je le supporte, bien obligée, car, paraît-il, il est bien vu de la maison. Fayot, va !
Je suis à ma place favorite sur le bord de la fenêtre, mais je ne regarde pas les toits de ma belle ville de Quimper tant je suis énervée, mon panache fouettant l’air et ma fourrure un peu hérissée. Mon état va perdurer… un certain temps, je me connais. Je vois quand même du coin de l’œil ma tablette qui s’allume. Un message. M’en fous ! Ce ne peut être que pour solliciter mes compétences exceptionnelles dans tous les domaines. Allez voir chez les Papous si j’y suis ! My name is Catia, the only one. Mais si ! Vous pouvez fouiller la planète, tous les élevages et les refuges de la SPA, il n’y a pas une seule féline Catus-vulgaris comme moi. Et puis, hein, vous aussi, les lecteurs, lâchez-moi ! Ce n’est pas le jour pour… Cling, éructe ma tablette au cas où je n’aurais rien remarqué. Un message d’Yvon, mon commissaire de choc, le père de Catherine qui vit avec l’ex d’Erwan, « Pot-de-tartouilles », la demeurée au pois chiche en guise de cerveau ! Pourquoi je l’ai baptisée ainsi ? Parce qu’elle gère un magasin de produits esthétiques. Vous connaissez bien les gonzesses : les crèmes Curonferm ou Fixossin, qui vont bien là où on les met ! Bon, tu attendras, je ne suis pas à ta botte. Incapable de résoudre une affaire sans mon concours, le chef poulet, avec sa bande de keufs qui ne distingue pas un pistolet d’un trombone ! Non, je suis injuste : le major Boutier, ce colosse de charme, n’est pas un bras cassé. Il est cultivé, bien élevé (ça change) et intelligent. Pas autant que moi, mais quand même d’un bon niveau. Et puis il n’est pas en rut permanent comme ses collègues. Ah, oui, je ne vous ai pas dit : il y a deux nouveaux gniards dans la tribu ! Un que je suis en train de garder, et l’autre que Pot-de-tartouilles a mis bas il y a un an. Si le mien est mignon, il dort en ce moment dans son berceau, l’autre perpétue l’espèce qui n’a pas l’électricité à tous les étages. Pas étonnant ! Il faut entendre le charabia débile que ses parents lui bafouillent en permanence. « Oh, le beau rototo ! Et qui c’est-y qui va faire un sourire à ses tits Mama et Poupou. Ah, mais c’est un kiki-mimi, ça, madame ! Guiliguili, mon tit coco. »
Voilà qui lui prépare une belle carrière d’informaticien !
Je regarde le message d’Yvon, ma conscience professionnelle étant la plus forte.
Catia, ma belle chérie, ma collaboratrice préférée,
Un cas délicat nous arrive qu’il va falloir traiter avec tact. Erwan est à côté de moi et je sais que tu es irritée ce matin, en raison de problèmes familiaux. Néanmoins, connaissant ton charisme, je me permets de demander ton aide une fois de plus, car, étant donné le caractère particulier de cette affaire, tes dons d’observation et d’intuition me semblent indispensables. Si tu es d’accord, on peut se réunir après le déjeuner chez toi. (Je sais que tu surveilles Jean-Marie.) J’attends ta réponse. Bisous et caresses,
Yvon.
P.-S. : tu peux t’adjoindre Hector si tu le juges nécessaire ultérieurement.
Alors, là, les paturons m’en tombent ! Il a employé le mot « charisme » pour me qualifier ! C’est parfaitement exact, mais c’est sa connaissance du mot qui me surprend ! Enfin, il y a des hasards heureux. Et puis, le ton de son message est on ne peut plus respectueux envers ma personne. Cela me fait du bien après l’attitude des Cro-Magnon de tout à l’heure. Avec la perspective de retrouver mon cher compagnon Hector, je sens mon humeur s’apaiser. Il faut dire aussi qu’une « affaire délicate » n’est pas pour me déplaire. Allons, tout ne va pas si mal.
Mon cher Yvon,
C’est avec grand plaisir que je te verrai après le déjeuner. Ma collaboration t’est acquise, comme d’habitude. Je suis très flattée par tes compliments qui me paraissent bien exagérés quant à mes modestes dons. Je t’attends donc. Caresses et ronron à ton délicieux bambin,
CATIA.
Comment ? Je suis hypocrite ? Ben oui, il faut un minimum de convenances, c’est de bonne politique.
Erwan rentre vers midi et demi alors que nous nous contemplons gentiment, Jean-Marie et moi. Que ce petit bonhomme de trois mois peut être tranquille et avenant ! Il gazouille en souriant et ma présence éveille son intérêt, tout en le rassurant, c’est évident. Pas comme sa sœur dont le premier geste à mon égard fut de m’arracher des touffes de poils en hurlant. Quelle idée de le baptiser Jean-Marie ! Je sais, nous sommes Bretons et fiers de l’être, mais quand même ! Enfin, ce ne sont pas mes poireaux. Quoi ? Je dis ce que je veux.
— Ah, vous êtes là, mes amours !
Où veux-tu qu’on soit, Dugenet ? dis-je mentalement. Il prend son fils dans les bras, l’embrasse, et me regarde malicieusement.
— Viens, ma fifille chérie, je t’ai rapporté des crevettes grises.
Je me précipite dans la cuisine, les babines soudain bavantes, nonobstant ce surnom ridicule dont il s’obstine à m’affubler. Ma lamentable lâcheté ne m’effleure même pas tandis que je croque ces délices dans ma gamelle Guy Degrenne. Un peu de honte, peut-être.
— Yvon nous rejoindra, comme il te l’a écrit. Je préfère l’attendre pour t’exposer les aspects de notre future enquête. Cela ne va pas être simple. Je… Je m’excuse pour ce matin, nous étions en retard et on t’a un peu bousculée. Je donne le biberon à Jean-Marie et ensuite on déjeune tous les deux. Ça te va ?
Un peu bousculée !!! Alors que j’ai été méprisée, rejetée, humiliée… Allons, il faut savoir terminer une crise, se montrer magnanime, dominer les événements quels qu’ils soient. Je le regarde, cligne des yeux pour manifester mon assentiment, sans en faire trop.
Quelques instants plus tard, le bébé changé, installé dans son youpala sur la table, Erwan me sert un morceau de cabillaud arrosé de beurre fondu. Ce qui élimine toute trace de rancœur dans mon esprit. Il a également disposé ma tablette à portée de pattes.
— C’est exquis, merci ! tapé-je.
— Oui, il est tout frais, pêché de ce petit matin, François me l’a assuré.
François est notre mareyeur dont la boutique est à cent mètres de chez nous. J’ai toujours une pensée émue pour nos pêcheurs et leur dur métier, qu’ils aiment et défendent âprement pour nourrir les chats… heu… les clients.
C’est le ventre arrondi et l’esprit somnolent que je gagne le salon, sautant lourdement sur le canapé et attendant qu’Erwan ait recouché son fils. J’ai eu juste le temps d’envoyer un SMS sur le téléphone de mon homme pour lui dire d’ouvrir la porte, afin que le commissaire Legal ne sonne pas, ce qui réveillerait mon bébé. Rideau.
Ding dong ! La sonnette me réveille brutalement tandis que la voix du commissaire-du-genre-à-braire hurle :
— Y a quelqu’un ?
C’est consternant ! Quel droch ! Erwan arrive, portant son fils qui, réveillé lui aussi, sourit gentiment. Le brontosaure réalise sa gaffe.
— Oh, je suis désolé, j’ai oublié que c’était l’heure de sa sieste !
Pas que pour lui, crétin ! Mais Jean-Marie ne pleure pas, au contraire. Yvon se précipite pour lui déposer un baiser sur sa main.
— Qu’il est mimi, ce petit coco ! Fais risette à Pépé.
Ah, non, pas de ce langage pour lombric avec MON bébé ! Garde ça pour le tien !
Ils viennent s’asseoir près de moi sur le canapé, et je lis dans les yeux de mon petit bonhomme une excuse pour la débilité de son grand-père. Qui est aussi le beau-père de son père, et le père de son oncle ! C’est ça, la famille Tuyau-de-poêle !
— Alors, ma belle Catia, tu es en forme ?
Oh, là ! Au top ! Surtout quand tu n’es pas là.
— Mais oui, frappé-je, je me porte on ne peut mieux. Et toi ? Tout va bien ? Gwendal grandit bien ?
Gwendal, cet horrible moutard dont il est gâteux. J’ai averti Erwan qu’en aucun cas je ne le garderais, ne serait-ce qu’une heure. Je me suis fait traiter de « sans-cœur » et de… je ne sais plus. C’est une infamie.
— Mais oui, c’est un gamin qui nous rend heureux. En tout cas, je te trouve plus belle que jamais.
Ah bon ? Je n’aurais pas cru. Allez, ça me fait bien plaisir, car je sais qu’il est sincère. Quoi ? Vous n’êtes pas contentes, les gonzesses, quand on vous dit que vous êtes belles ? Alors que, hein, en ce qui vous concerne, il n’y a pas de quoi défourailler !
— Bien. Je vais essayer d’être le plus concis possible. Erwan est au courant du dossier, donc vous pourrez en discuter à loisir. Il y a quelques jours, j’ai reçu cette lettre d’un clerc du notaire Decourtanne à Morlaix. Je te laisse la lire.
Il la sort de sa poche, la pose sur la table basse sur laquelle je saute pour la déchiffrer, ce qui est facile, car elle est tapée à l’ordinateur.
Monsieur le Commissaire Legal,
Je me permets d’attirer votre attention sur le fait suivant. Le 5 mai prochain aura lieu à la maison médicale de Carantec l’examen de Monsieur Claude Bardinot par une commission médicale, afin de statuer sur son état et de le placer en asile psychiatrique ou non. Il est depuis des années en maison médicalisée de standing correct, sans problème particulier. Si je vous signale ce fait banal en apparence, c’est parce que, étant au courant de sa situation en notre étude, je soupçonne une grave atteinte malveillante à sa condition de vie. Je ne peux pas vous révéler mon identité, et je m’en excuse, car ma missive est contraire à notre déontologie et j’en serais très affecté dans mon travail si cela se savait. Mais, je vous en prie, ne prenez pas mon avertissement pour une plaisanterie. Ce serait trop grave pour cet homme dont, je l’espère, vous saurez sauvegarder l’avenir !
Recevez, Monsieur le Commissaire, l’expression de mes meilleurs sentiments.
— Voilà ! Comme annoncé, la lettre n’est pas signée. Mais Boutier a tout vérifié. L’étude de Maître Hélène Decourtanne existe bien, il y a en effet un dossier Claude Bardinot, et le 5 mai, dans quatre jours, effectivement, il doit passer devant une commission médicale à la maison de santé de Carantec. J’ai moi-même appelé cet établissement qui me l’a confirmé. Je crois instinctivement que cette histoire est sérieuse. La question est de savoir comment on peut intervenir sans éveiller de soupçons ! Pas évident ! C’est pour ça que je voulais te consulter… aussi.
Waouh ! Comme disent ceux qui n’ont rien à dire. Je suis tout émoustillée ! J’aime les situations cornéliennes, les affaires inextricables que vous autres, les tordus de bipèdes, savez si bien créer. Je sens que je vais me régaler en découvrant ce que je ressens comme un cas exceptionnel. Alors, voyons voir.
— Dis-moi, mon cher Yvon, ce genre d’examen n’est-il pas exclusivement privé ? Sans aucun témoin ? tapé-je.
— Bien sûr. Seuls les médecins de la discipline concernée peuvent décider, et il n’est pas question que ce soit en présence de témoins lambda.
— Il y a plusieurs membres psychiatres ?
— Certainement, mais je ne sais pas combien ni s’ils viennent du privé ou du service de l’hôpital public. Peut-être les deux en l’occurrence.
— Oui, oui, oui. Tu as bien une idée devant la tête en me consultant ?
— Euh… Peut-être, oui.
— Tu t’es dit que si des bipèdes ne pouvaient pas assister à l’examen, des « bestioles » le pourraient ?
— Oh, Catia ! Tu sais très bien que nous te tenons en haute estime et que le terme « bestiole » ne nous effleure même pas.
Mais bien sûr ! Allons-y, les violons ! Envoyez la soupe au miel bien dégoulinante !
— N’empêche que tu n’as pas trop le choix ! Catia pour sa prodigieuse mémoire, et son extraordinaire faculté d’analyse, et Hector pour son flair inimaginable ainsi que sa perception de la vérité au son des paroles. Reste à faire accepter notre présence par ces augustes mandarins, ce qui ne va pas être du moka ! Oui, je sais, je n’aime pas vos expressions ni vos lieux communs.
— Peu importe, tu penses ce que tu veux, c’est ton droit. Bien sûr, j’ai réfléchi à ce problème. Je connais le maire de Carantec, qui connaît personnellement le directeur de la maison de santé. On peut agir de ce côté-là. Mais de quelle façon ?
Le silence, qui est assourdissant, nous permet de cogiter sur ces échanges on ne peut plus sensés. Surtout les miens. Et vu leurs quotients intellectuels, la solution ne peut provenir que de la même source. D’ailleurs, Erwan n’a pas moufeté au cours de notre discussion. Il doit penser à sa plantureuse femelle et à son prochain accouplement. Ça ne pense qu’à ça, ces mâles qui se croient dominants. Pauvres petits…
— Écoute, Yvon, voilà ce que je te propose, tu verras bien si c’est faisable. Partant du principe que, plus c’est gros, mieux ça passe, tu demandes au maire d’avertir le directeur de la maison de santé : il doit nous aider pour cette histoire on ne peut plus spéciale. On installe du matériel destiné à de faux travaux d’urgence pour des dégâts liés aux conditions climatiques. C’est un argument qui passe très bien en ce moment. Si bien qu’il n’y a plus qu’une salle de disponible pour l’examen de Claude Bardinot, et que les animaux du directeur (hors de question d’exclure Hector), dont il ne veut pas se séparer dans la journée, seront dans un coin sur leur coussin, bien tranquilles. Tu proposes cette solution ou bien… on ferme la maison médicale et on fait l’examen dans une salle de la mairie. Mais ce n’est pas une bonne idée à cause des patients qui ont pris rendez-vous avec les autres médecins après la réunion. Et puis, rien qu’à imaginer la gueule de la Sécurité sociale, je me marre !
Un certain temps de réflexion est nécessaire avant que mes keufs réalisent, c’est normal. J’en profite pour lécher mes pattes soigneusement.
— Je savais bien que tu trouverais un plan d’action ! Effectivement, c’est gros comme argument, mais cela peut fonctionner. On peut éventuellement mettre un paravent pour vous isoler si votre présence les dérange, ce qui ne vous empêchera pas d’entendre.
— Je ne préfère pas, mais, bon, si cela leur convient, pourquoi pas ?
— Très bien. On « arrange » la salle avec des micros et des caméras.
— C’est parfaitement illégal ! m’insurgé-je, pour la forme.
— Oui, mais qui le saura, hein ? Si rien ne nous semble suspect, on détruira les bandes.
— Bravo, ma fifille ! Euh… Catia. Tu es toujours la meilleure, ponctue Erwan.
C’est ça ! Quand ON a besoin de mon génie, ON oublie tous les outrages qu’ON me fait subir. Et puis, hein, je coûte moins cher qu’une nounou. À ce propos, l’apprentie avocate lubrique qui me remplace parfois va bientôt obtenir son diplôme. Vous ne serez pas dans la confiture à ce moment-là ! Ce sera dur pour elle d’enfiler sa robe noire par-dessus sa mini-jupe. Elle n’aura plus les mêmes capacités convaincantes pour plaider.
— Allez, on repart au commissariat. On te laisse tranquille. Merci, Catia, dit Yvon.
— Je recouche Jean-Marie et je te rejoins, dit Erwan.
Ils me font chacun leur tour des caresses et des bisous, me laissant avec mon petit chéri dans son berceau, où nous ne tardons pas à nous endormir, blottis l’un contre l’autre, moi ronronnant pour le bercer. Rideau.
